Mayunaise le 3 janvier 2016
Bonsoir bonsoir ! J'espère que cette période festive s'est bien passée pour vous et BONNE ANNEE à tous :D
Précédemment : Tom entre enfin en première année à Serpentard (of course) et se pose des questions sur son père et la théorie du sang.
En réponse à Guest : Harry est plutôt gaffeur, il se trahit lui-même (en disant que Dumbledore est Directeur) mais c'est aussi pour les besoins de l'histoire :) J'aime beaucoup l'idée que Tom se vante à Dumbledore d'avoir une autre conscience, ça interviendra dans un petit moment je pense. Et ce que Dumbledore sait ou ne sait pas, c'est un des mystères de la saga ! Pour l'histoire des baguettes jumelles, il y aura effectivement un conflit mais dans très, très longtemps. Et la création des Horcruxes (quelle âme sera découpée ?) sera aussi source de questions... Comme d'habitude, tes commentaires sont très justes et m'aident à voir cette histoire d'un point de vue extérieur, merci beaucoup !
En réponse à Artmis : Effectivement, trouver un corps à Harry sera une des motivations de Tom. Merci pour le message !
En réponse à Blue : Je ne sais pas si tu craignais ou avais hâte de lire les premières branlettes de Tom mais en tout cas, merci pour le message :)
ANIMUS, ANIMA
Première et deuxième années (1938-1940 / 11-13 ans)
Chapitre 6 : Les mains préadolescentes
– Dites-moi, mon garçon, j'espère que vous avez une bonne raison de ne pas écouter mon discours. Vous êtes Monsieur... ?
Tom releva la tête, surpris. C'était son premier cours de Potions. Il s'était attendu à une discipline complexe, car c'est ainsi que Harry la lui avait décrite, mais il était pour l'instant très déçu. Le Professeur Slughorn avait passé les trente premières minutes de l'heure à se présenter, lui et son curriculum vitae, et les dix suivantes à expliquer quelles étaient les différentes sortes de potions.
Tom savait déjà tout ça, car il avait bénéficié des leçons particulières d'un Harry récalcitrant. Même si ce dernier détestait cette matière, il en avait retenu les bases et, pour compléter ses connaissances, Tom avait lu les premiers chapitres de son manuel de Potions la veille de la rentrée.
Bref, le jeune Serpentard avait rangé sa plume et s'amusait à identifier le contenu des différents bocaux alignés sur les étagères. Il était en train de se demander si cette poudre rouge n'était pas de la corne de dragon éruptif broyée – Harry soutenait que c'était du sang de Gobelin séché – quand Slughorn l'avait interrompu.
– Je m'appelle Riddle, Monsieur, répondit poliment Tom, en espérant que le sorcier reconnaisse son nom.
A son grand étonnement, le visage du professeur s'éclaira et il se mit à babiller avec excitation :
– Ho, ne seriez-vous pas le fils de Sphinx ? Sphinx était un élève brillant, c'est si dommage qu'il n'ait pas gardé contact avec moi ! Je lui avais pourtant proposé de rencontrer Nicolas Flamel, rien que ça ! Voyez-vous, Nicolas... oui, on peut dire que je compte parmi ses amis sincères, il m'a même invité à son mariage avec Perenelle, une charmante sorcière, soit dit en passant. Il faut dire que Sphinx...
De quoi il parle, Harry ?
Ho, Slughorn aime les célébrités, il...
Peut-être qu'il connaît mon père alors ! Sphinx, ça te dit quelque chose ?
Tom, je...
Mais Tom n'écoutait plus son ami car Slughorn avait désormais toute son attention. Si ce prof connaissait son père...
– Je... commença-t-il.
– Ho, non, suis-je bête, lança Slughorn avec un sourire gêné et un geste vague de la main. Ce n'est pas Sphinx Riddle mais Puzzle, comment ai-je pu me tromper ? Bon, en tout cas, Monsieur Riddle, soyez plus attentif à l'avenir. Les Potions sont une matière qui demande beaucoup de concentration.
Tout le reste du cours, Tom écrivit sagement les conseils méthodologiques dictés, mais le cœur n'y était pas. Souvent, c'était Harry qui finissait les phrases qu'il s'était arrêté d'écrire en cours de route.
Tu crois vraiment que mon père n'était pas un sorcier ?
Je sais pas, Tom, s'énerva un peu Harry. Et c'est pas Ambroisie mais Armoise.
Tom ratura son parchemin.
xXxxXxxXx
Durant tout le mois de Septembre, l'humeur de Tom oscilla dangereusement entre deux extrêmes. Il était, la moitié du temps, extatique d'être enfin à Poudlard. Le château en lui-même était comme un rêve. Et l'autre moitié du temps, il était déprimé et s'engueulait avec Harry.
Entre les cours, il se promenait dans les couloirs aux murs recouverts de tableaux animés, ouvrait toutes les portes qu'il rencontrait sur son chemin et partait en quête, grâce aux indices de Harry, du passage secret le plus proche. Il lui arrivait de prendre un escalier plusieurs fois d'affilé, dans le seul but de voir où il allait le mener et, dès qu'il en avait l'occasion, il filait dans le Parc pour se balader à l'orée de la Forêt Interdite ou pour chercher dans le lac les créatures extraordinaires dont Harry lui avait parlé.
Il n'avait par ailleurs eu aucun mal à obtenir une nouvelle bourse de la part du Professeur Dippet qui, contrairement à Dumbledore, était très facile à manipuler. Tom lui avait fait les yeux doux, avait joué au Né-Moldu orphelin ayant dépensé avec trop d'enthousiasme ses premiers gallions et le sorcier lui avait accordé une autre bourse sur le champ.
– Faites attention cette fois-ci, l'avait-il tout de même averti. Je comprends bien que le Chemin de Traverse soit un lieu poussant aux dépenses inconsidérées, mais je serai moins indulgent la prochaine fois.
– Ça ne se reproduira pas, Professeur Dippet, avait répondu Tom, en glissant avec empressement la bourse dans sa poche.
Harry l'avait ensuite conduit à la Volière, où ils avaient emprunté un hibou de l'école pour commander une malle et quelques friandises dont Harry était nostalgique.
La vie était donc bien plus agréable que celle qu'il avait menée à l'orphelinat même si ça lui faisait tout bizarre de devoir partager un dortoir avec d'autres élèves. Heureusement, ses camarades avaient compris qu'il était plutôt du genre introverti et le laissaient tranquille.
Aucun d'eux ne s'était avisé de le charrier : Albert Avery avait du le leur déconseiller. Albert était un enfant pédant mais assez malin pour reconnaître un sorcier plus fort que lui et, dès le premier soir, il avait senti que Tom n'était pas un gamin comme les autres.
xXx
Pour ce qui était des cours, Tom était très mitigé. Les professeurs n'étaient pas incompétents, loin de là – Harry lui avait d'ailleurs assuré qu'ils étaient bien meilleurs que certains que lui avait eus – mais ils semblaient prendre les première années pour des demeurés et, par conséquent, les leçons avançaient à une lenteur effarante. Le pire dans tout ça, c'était que la plupart de ses camarades galéraient vraiment, surtout les enfants de Moldus. Quand l'un d'eux levait la main pour demander des explications sur une notion ou un mouvement de baguette clairs comme neige, Tom rageait intérieurement.
Arrête de gueuler mentalement ! lui reprocha Harry. Les autres t'entendent pas mais moi si, et c'est pas vraiment agréable de supporter tes jérémiades à longueur de journée !
Mais Harry, ils sont aussi bêtes que Billy Bishop ou Elliot Frank ! Comment est-ce que toi tu peux rester aussi calme ?
C'est des enfants, certains ont jamais fait de magie jusqu'à aujourd'hui, je suis aussi passé par là, les défendait Harry. Un peu de patience, tout le monde progresse à son rythme.
Moi non plus j'avais jamais tenu de baguette magique avant cet été ! Et pourtant, regarde !
Tom, d'un coup de baguette rageur, envoya voler sa plume jusqu'au plafond.
– Bravo, Monsieur Riddle ! le félicita un très jeune Flitwick. C'était un beau mouvement, quoiqu'un peu brusque. Dix points pour Serpentard !
Les Gryffondors grognèrent. C'était une autre des choses qui emmerdaient Tom. Harry avait beau lui avoir dépeint Poudlard comme une grande Maison, la réalité était moins jolie. Gryffondors et Serpentards se détestaient d'un commun accord, les Serdaigles croyaient être l'élite et...
T'avais qu'à demander au Choixpeau à aller à Poufsouffle, le taquina Harry.
Tom ne daigna pas répondre.
xXxxXxxXx
Toutes ces années, Harry lui avait vendu un rêve si doux, il lui avait tellement décrit le fonctionnement de l'école, le contenu des différents cours, que Tom ne pouvait s'empêcher d'être un peu blasé. Tout ce que ses camarades avaient la chance de découvrir, lui avait l'impression de l'avoir déjà vu dans une autre vie.
Si Harry avait gardé la magie secrète, s'il ne lui avait rien raconté, peut-être que Tom aurait été sincèrement heureux d'entrer à Poudlard. Peut-être que, comme les autres gamins, il aurait cherché à se faire des amis, il aurait eu des difficultés à rédiger ses devoirs et il aurait goûté avidement à tous les plats du dîner.
Bah t'as qu'à essayer ça. Pourquoi tu y goûtes pas ? demanda Harry en désignant mentalement un plat de ragoût.
Tu m'as dit que t'aimais pas, que c'était super lourd...
Mais oui, mais on a pas les mêmes goûts, allez.
Harry fit un geste vers le plat mais il n'arriva pas à en attraper la cuillère. Son bras était bloqué devant lui, comme s'il n'avait plus ni coude ni poignet. Harry tenta de lutter contre Tom pour libérer son bras mais il était comme emplâtré. Albert lui jeta un regard soucieux.
– Ça va, Tom ?
– Ouais, ouais, marmonna Harry. Une crampe.
Arrête de me bloquer, s'énerva-t-il. Tu vois pas qu'Albert trouve ça louche ?
Te sers pas de mon corps sans autorisation ! Je veux pas goûter à ce ragoût ! répliqua Tom, mais il consentit à se servir du plat qu'il trouva, malgré lui, plutôt bon.
xXxxXxxXx
Pendant leur enfance, Harry et Tom s'étaient pas mal disputés et leur relation n'avait jamais vraiment été tranquille, certes. Cependant, plus l'année scolaire avançait, plus leurs accrochages se faisaient fréquents. Ça tournait toujours autour des mêmes problèmes : Harry ne voulait pas lui parler des Sang-Purs, Harry ne comprenait pas pourquoi Tom n'essayait pas de se faire des amis, Harry ne comprenait pas pourquoi Tom cherchait son nom de famille dans tous les registres de l'école.
C'était très fatiguant.
Les vacances de Noël arrivèrent en un clin d'œil. Quand le Professeur Dippet leur demanda s'ils comptaient rentrer chez eux pour les fêtes, Harry et Tom répondirent à l'unisson, ce qui était devenu chose rare.
– Non, je préfère rester à Poudlard, si c'est possible.
– Bien entendu, Monsieur Riddle. Je ne me fais pas de souci pour vous, vos professeurs ne tarissent pas d'éloges sur vos facultés.
Dumbledore, qui passait dans le coin, leur lança un coup d'œil avant de disparaître derrière un mur.
Qu'est-ce qu'il veut ? C'est le seul qui m'aime pas.
Il est juste plus impartial que les autres, c'est tout, grogna Harry.
Tu sous-entends quoi, que j'embobine les autres ?
Non, pas du tout !
– Monsieur Riddle, tout va bien ? demanda soudain le Directeur.
Le Serpentard réarrangea son visage, qui avait du se tordre sous l'effet de sa dispute interne, et répondit avec délicatesse :
– Tout va bien, Monsieur Dippet. Bonne journée à vous, et merci de m'autoriser à rester pour les vacances.
xXx
Tom termina ses devoirs en une journée. Il avait prévu de passer ses deux semaines de temps-libre à chercher des informations sur son père. Il était très intrigué, il fallait l'admettre, mais ce qui le poussait à faire ces recherches, c'était l'attitude de Harry.
Dès qu'ils évoquaient, de près ou de loin, la famille de Tom, Harry se refermait sur lui-même et lui refusait ses pensées. Le Serpentard n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait lui cacher. Comment est-ce que Harry pourrait savoir quelque chose de ses parents ? Et, s'il était effectivement au courant de quelque chose, pourquoi ne voudrait-il pas lui en parler ? Qui pouvait bien être Tom Riddle Senior ?
xXx
Harry était replié sur lui-même depuis de longues heures et ça commençait à lui peser car, malgré le caractère pourri de son autre conscience, sa compagnie lui manquait déjà.
Tom, et si on arrêtait ?
Mais j'ai pas regardé dans celui-ci...
Harry soupira. Tom avait insisté pour passer, pour la cinquième journée consécutive, son après-midi à éplucher des livres de la Bibliothèque, à la recherche d'une trace d'un Riddle. Il avait commencé par le rayon le plus au fond et remontait graduellement vers ceux qui étaient les plus proches de la sortie. En cinq jours, pourtant, il n'avait progressé que d'un rayon et demi.
Ça va te prendre des années d'ouvrir et de refermer tous les livres de la Bibliothèque !
Et alors ? J'ai sept années devant moi, répondit méchamment Tom.
Tom... Si ton père avait été un sorcier, il aurait laissé des traces plus visibles dans l'école que son nom sur une fiche d'emprunt !
Comment tu peux savoir ? Toi, par exemple, tu figures nulle part, et t'as pourtant été élève ici, non ?
Terrain glissant–et merde–J'étais pas très spécial, dit Harry précipitamment. Par contre, je suis sûr que tu peux trouver des personnes de ma famille dans les registres ou sur des trophées.
Peut-être que mon père n'était pas très spécial non plus, rétorqua Tom, contrarié. Ça veut pas dire qu'il mérite pas que je le retrouve.
J'ai jamais dit ça. Allez, je vais t'aider, souffla Harry, en tirant un grimoire vers lui.
xXx
A la fin des vacances de Noël, Tom, harcelé par Harry, arrêta ses recherches.
Je trouve pas ça bon pour toi de vouloir à tout prix prouver que ton père était un sorcier. Qu'est-ce que ça change ? Moi aussi, je suis orphelin et...
Mais tu sais que tes deux parents étaient des sorciers, tu sais à quoi ils ressemblent ! Je sais rien de ma mère, même pas son nom. Au moins, j'ai le nom de mon père. Je veux savoir d'où je viens, c'est normal, non ?
Harry n'écoutait plus.
Qu'est-ce que t'as dit ? Comment tu sais que mes parents étaient tous les deux des sorciers ?
Tu... tu me l'as dit non ? hésita Tom mais en arrière-fond, ses pensées révélèrent les visages de Lily et James Potter.
Comment tu connais leurs visages ? s'écria Harry, ses intestins se tordant dans tous les sens.
Parfois, tu penses à eux. J'ai surpris tes pensées, c'est tout. Quoi ? Qu'est-ce que ça fait ? Ils sont pas moches, t'as pas à avoir honte.
Rien, répondit rapidement Harry. Je m'y attendais pas, c'est tout.
Tandis que Tom était trop occupé à avoir la diarrhée pour faire attention à lui, Harry se dit que c'était quand même assez ironique que Tom connaisse déjà le visage de personnes qu'il tuerait bien des années plus tard.
xXxxXxxXx
Le reste de l'année scolaire passa sans événements notables. Tom s'était imposé comme l'élève le plus doué de sa promotion. Sa maturité, sa politesse et sa retenue lui conféraient une aura mystérieuse, qui attirait autant les professeurs que les autres élèves.
Nombreux étaient ceux qui l'observaient discrètement en cours et qui souriaient quand ses bonnes réponses lui valaient des louanges et des points pour sa Maison. Contrairement à Hermione, songeait Harry, il ne donnait pas l'impression d'être un intello insupportable mais simplement d'être un garçon brillant, studieux et relativement modeste.
On le prenait aussi pour un rêveur, car il parlait peu et avait souvent l'air profondément plongé dans ses pensées.
Bien que ses résultats soient excellents et que son obsession pour son père et les Sang-Purs soit morte, Harry s'inquiétait pour eux. Leur relation ne s'était pas vraiment dégradée mais leurs façons de penser devenaient de plus en plus différentes. Tom avait grandi. Quand il était plus jeune, il comptait sur Harry pour le tirer de ses mauvais pas, pour entretenir l'espoir d'un jour quitter l'orphelinat mais, maintenant que Harry et lui avaient passé presque un an à Poudlard, qu'ils s'étaient faits à la vie au château, Tom avait moins besoin de lui.
Souvent, il le rembarrait, quand il lui proposait son aide pour rédiger ses devoirs ou pratiquer ses sorts.
Laisse-moi faire tout seul ! J'en ai marre que ce soit toi qui fasses tout !
Mais tu tiens mal ta baguette ! répliqua Harry, se donnant l'impression d'être Hermione.
Avait-il vieilli sans s'en apercevoir ? Il ne se sentait plus l'âme d'un adolescent, après toutes ces années à éduquer et surveiller Tom.
C'est mon corps, pourquoi tu dois toujours fourrer ton nez dans mes affaires ?
Harry rit.
C'est ton corps ? Tom, on partage le même corps, donc j'ai bien le droit d'intervenir de temps en temps, non ?
N'importe quoi ! Tu avais déjà un corps, avant, je l'ai vu ! Alors pourquoi tu es venu en moi, hein ? Tu pouvais pas aller hanter quelqu'un d'autre ?
Il a vu mon corps–Comment est-ce possible–Tu as vu mon corps ? demanda Harry, affolé.
xXx
Tom se renfonça dans son fauteuil et abandonna sa baguette à côté de lui. Il sourit sournoisement, l'air très satisfait de lui-même. Albert Avery, Byron Mulciber, Nath Rosier et Callum Nott, qui partageaient son dortoir, lui jetèrent un regard interrogateur mais n'intervinrent pas. Ils avaient l'habitude des attitudes parfois un peu étranges de Tom. De temps en temps, son visage changeait d'expression à toute allure, comme s'il était aux prises de différentes émotions contradictoires.
Ça faisait partie de son personnage, sûrement. Tom était définitivement un gars anormal et, quand il passait de longues minutes à scruter son reflet, comme à la recherche de quelqu'un d'autre dedans, il était même effrayant.
Mais les Serpentards ne jugeaient pas les lubies personnelles, ce qui leur importait, c'était la grandeur. Et même si Tom Riddle était dingue, ça ne changerait pas la fascination qu'ils avaient pour lui car le garçon avait définitivement beaucoup de pouvoir. Sa magie était incroyable, pour son âge. Il n'avait certainement pas menti quand, au tout début de l'année scolaire, il avait affirmé maîtriser la magie noire.
Tom Riddle deviendrait quelqu'un d'exceptionnel et les autres Serpentards, qui n'avaient pas ses capacités, avaient tout intérêt à ne pas se mettre sur son chemin. Alors, ils faisaient semblant de ne pas voir la lueur de démence qui dansait parfois dans ses yeux.
Harry, tu es très mauvais pour cacher tes pensées et tes émotions, tu sais ça ? ricana Tom. Alors oui, après tout ce temps passé avec toi, je sais à quoi tu ressembles, quand même ! Binoclard, yeux verts, cheveux noirs en bordel...
Merde–Ça craint–Que f...
Pourquoi est-ce que ça t'embête tant ? demanda Tom avec curiosité. Ça m'a toujours intrigué, tu as l'air d'avoir tellement de secret... Est-ce que ça a quelque chose à voir avec cet homme encapuchonné ?
De quoi tu parles–faut que je me calme–
On dirait que ça a un rapport avec lui, conclut Tom. Tu sais, ta vie précédente m'intéresse. En fait, je comprends pas comment ça se fait que tu sois là, avec moi. Il doit bien y avoir une raison... Je comprends pas pourquoi, d'ailleurs, si tu es mort il y a seulement douze ans, je n'ai croisé ton nom sur aucune plaque, dans aucun livre, sur aucun bureau.
Je t'ai dit, j'étais pas spécial.
Je te crois pas. Si tu t'es réincarné en moi, c'est qu'il s'est passé un truc inimaginable, à la fin de ta vie. Le hasard ne fait pas ce genre de choses.
Harry marmonna qu'ils en parleraient autre part que dans la Salle Commune, car ils attiraient définitivement l'attention avec leur air constipé. Il se saisit de la baguette de Tom, dans l'idée de l'obliger à pratiquer un sort qu'ils connaissaient par cœur, mais sa magie déborda et il lança, sans le vouloir, un sortilège de désarmement.
xXx
Et merde, t'es pas du tout censé savoir faire ça, se lamenta Harry, quand il vit la baguette d'un troisième année sauter dans les airs.
– Hey, ma baguette ! s'écria ce dernier en se levant pour la ramasser mais elle lui échappa encore une fois des mains car Tom venait de murmurer un petit Accio.
T'es absolument pas censé savoir faire ça, Tom ! Le deal c'était que je t'apprenne certaines choses mais que tu les gardes pour toi ! Bordel, t'as aucune limite ? Accio, sérieux ! J'aurais tout vu !
Ça va, ça va, regarde, il vient vers nous. Il a pas l'air méchant.
Le troisième année se tenait devant eux, curieux.
– Tu serais pas le premier année prodige ? Riddle, c'est ça ?
Tom le regarda de haut en bas et sentit Harry se crisper comme s'il avait marché sur un lego.
Il a pas l'air net, ce gars, grogna Harry, en examinant le visage émacié de l'inconnu. Lui parle pas, Tom. Je t'interdis de le faire ! Tu m'écoutes ?
C'était un de ses défauts que Tom supportait le moins : il avait la fâcheuse habitude de lui interdire certaines actions sans explication, comme s'il avait peur de ce qu'il pourrait en découler. Par pur esprit de contradiction, Tom décida de prolonger la discussion.
– C'est ça, je suis Tom Riddle, se présenta Tom, ignorant la panique de son âme. Tiens, ta baguette.
Tu flippes vraiment pour rien, Harry. J'avoue, il est franchement laid, mais il est peut-être très intelligent. Et tu m'as bassiné pendant des mois pour que je me fasses des amis.
Mais pas lui–J'ai un mauvais pressentiment–
– Merci, souffla l'autre, en glissant l'artefact dans sa poche. Très belle magie, pour un première année. Je pourrais t'apprendre d'autres tours, si tu veux.
T'es penses quoi ? questionna Tom.
Il m'inspire pas confiance, laisse tomber–Tom, ce type est vraiment, vraiment pas net–Tu connais ma réponse, de toute façon–
Okay, dit Tom mentalement mais à voix haute, il fit semblant d'hésiter :
– Peut-être oui. Comment tu t'appelles ?
– John Lestrange, dit le futur beau-père de Bellatrix Lestrange née Black, en serrant la main de Tom.
xXxxXxxXx
Cet été 1939, Tom rentra à l'orphelinat le cœur lourd. Malgré ses déceptions et frustrations, il s'était attaché à son dortoir, aux autres Serpentards qui manifestaient devant lui respect et crainte et à la liberté qu'on accordait aux élèves modèles.
Le règlement de l'école n'était pas assez strict pour l'empêcher de traîner la nuit dans les couloirs en évitant les rondes des Préfets-en-chef et du concierge, le vieux Fox, comme on l'appelait. Harry tolérait ses escapades nocturnes pour la seule raison qu'il lui avait confié, longtemps auparavant, avoir lui aussi souvent déambulé dans le château bien après le couvre-feu. Pourquoi ne lui autorisait-il qu'avec beaucoup de réticence ce qu'il avait lui-même fait sans scrupule étant plus jeune, Tom n'en savait rien. C'était un truc d'adulte ça.
Durant tout le trajet en train pour Londres, Tom et Harry restèrent très silencieux, chacun ruminant ses problèmes. Tandis que Tom se morfondait de revenir dans le monde moldu, Harry cherchait désespérément à se rappeler de la date exacte qui marquerait le début de la seconde guerre mondiale. Alors qu'il avait du apprendre la chronologie du conflit à l'école primaire, il n'en avait presque rien retenu.
Est-ce que l'URSS et l'Allemagne avaient déjà conclu leur pacte de non-agression ? Est-ce que l'Allemagne avait déjà envahi la Pologne ? Quand est-ce que les Nazis mettraient en place la solution finale ?
Ce qui était certain, c'était qu'il ne trouverait pas de réponses dans les livres d'Histoire et, comme tous les autres, il devrait donc attendre que les événements se passent.
Harry s'aperçut que Tom était en train de faire la conversation avec John Lestrange, qui venait d'entrer dans leur compartiment. Il se fit encore plus petit, par crainte de laisser entrevoir des images de Bellatrix Lestrange ou de Sirius, ou de Narcissa Malfoy, ou de Tonks, ou des parents de Neville, ou de tant d'autres personnes qui n'appartenaient définitivement pas à ce temps. Il s'était reculé si loin du monde qu'il lui fallut de longues secondes pour percuter le sujet de la discussion de Tom et de son nouvel ami.
– Ho, ça t'intéresse vraiment ? Si tu veux, viens chez chez moi cet été, on a beaucoup de livres sur la question.
– J'aimerais bien, marmonna Tom, mais je crois que je pourrais pas.
– Tes parents sont stricts ?
– On va dire ça, oui.
– C'est une famille respectable, alors, lança Lestrange, avec un sourire. Je peux t'expliquer un peu la théorie du sang maintenant mais il faut qu'on soit discrets. Certaines personnes pourraient mal comprendre.
xXx
Il se leva pour fermer la porte de leur compartiment, jeta un sortilège de silence pour faire bonne mesure et se rassit. Ses longs cheveux raides formèrent deux rideaux autour de son visage quand il se pencha vers Tom et ses yeux étaient fixés dans les siens. Il avait de grosses cernes violettes striées de veines roses.
– Tu dois savoir que les Sang-Purs sont les seuls sorciers à avoir une magie immaculée, intacte.
Tom opina du chef.
– Les Sang-Mêlés, eux, ont les veines souillées mais ils peuvent encore servir la cause, surtout si leur sang moldu a été dilué après quelques générations.
– Je suis d'accord, dit Tom, même s'il était lui-même un Sang-Mêlé, même s'il était presque persuadé désormais d'être un Sang-de...
– Sang-de-Bourbe, ricana John, ça c'est un nom qui va bien aux...
– Né-Moldus, compléta Tom.
Ma mère est morte en accouchant, elle pouvait pas être une sorcière–Mon père n'existe nulle part à Poudlard–Le Baron Sanglant ne connaît pas son nom–Mon visage ne lui dit rien–Je suis un Sang-de-Bourbe–
– Voilà, ce sont les bases de la théorie du sang. Les Sang-Purs doivent naturellement dominer les autres sorciers, mais aussi toutes les créatures magiques. Les Elfes de Maison, les hybrides, les vampires, tous doivent se soumettre aux Sang-Purs, c'est dans l'ordre des choses. Et tout en bas de l'échelle, il y a les Moldus.
Tom frissonna. Si John apprenait qu'il allait passer l'été chez ces Moldus qu'il méprisait tant...
S'il découvre que je vis avec des orphelins moldus, je vais baisser dans son estime–Il risque de me plonger la tête dans les toilettes, comme il a fait pour...
Hey, Tom, Tom, vous étiez pas en train de parler de théorie du sang, j'espère ?
T'occupe Harry, c'est pas tes affaires.
Tom ! Tom !
Mais l'enfant ne lui répondit pas. Il trouvait la thèse de John aussi effrayante que convaincante. N'était-ce pas naturel que les plus purs, les plus forts, les plus sains soient tout en haut de la hiérarchie ? La violence, n'était-ce pas justement de vouloir mettre tout le monde au même niveau ? Mais lui, qui ne faisait pas partie des Sang-Purs et qui pourtant soutenait leur cause, où se trouvait-il, à quel monde appartenait-il ?
xXxxXxxXx
L'été à l'orphelinat aurait été invivable si Tom n'avait pas eu deux toutes nouvelles distractions. La première, c'était la théorie du sang. Pourquoi est-ce que Harry, qui était si intelligent, si censé, avait refusé de lui parler de quelque chose d'aussi important ? La thèse de John était aussi simple qu'évidente, même si Tom avait du mal à y adhérer de toute son âme, car elle ne privilégiait pas vraiment la classe à laquelle il appartenait : Sang-Mêlé ou peut-être Sang-de-Bourbe. Il fallait aussi dire que Harry la trouvait abominable.
La deuxième, c'était une réaction inopportune de son corps. Il se rappelait vaguement que, gamin, son pénis était parfois devenu dur sous la douche ou quand il le tripotait pour s'amuser mais Harry l'avait toujours rassuré comme il le pouvait. C'était normal, lui aussi, quand il avait son propre zizi, ça lui était déjà arrivé.
Durant cet été-là pourtant, ces érections spontanées se firent de plus en plus fréquentes. Et Tom avait remarqué autre chose : il commençait à avoir des poils autour du sexe.
Harry avait pesé le pour et le contre et avait vite conclu qu'il préférait de loin parler de puberté avec Tom que de théorie atroce sur le sang. Si ça pouvait distraire son ami, si ça pouvait repousser ses questionnements sur le droit de vivre des Moldus, le Survivant était tout prêt à lui raconter comment on faisait des bébés.
Harry, ça recommence ! T'es sûr que c'est normal ? Et il y a du liquide, cette fois-ci !
Tom venait à peine de se réveiller et il était déjà bien embêté. Son caleçon était tout collant et les poils fins qui auréolaient son sexe étaient englués d'une substance transparente.
On dirait de la colle, pensa-t-il. Harry, est-ce que c'est du sang ?
xXx
Harry essaya de se rappeler de sa première érection matinale mais il n'y parvint pas. Est-ce que c'était arrivé à Little Whinging ? Si c'était le cas, une chose était sûre : il n'avait pas appelé Dudley à l'aide – encore moins Vernon ou Pétunia. Et si ça s'était passé à Poudlard, est-ce que Ron et lui avaient eu une discussion typique de garçons nouvellement pubères ? Il ne se souvenait plus et ça lui foutait un peu le bourdon, comme si ce trou de mémoire était la preuve que sa première vie était définitivement derrière lui.
Combien de temps cela faisait-il qu'il n'avait pas vraiment pensé à Ron ou Hermione ?
C'est normal, j'te dis. Ça veut dire que tu grandis, dit-il d'un ton rassurant, en pinçant la joue à son autre.
Tom reprit immédiatement le contrôle de son bras. Harry ne prenait pas son inquiétude au sérieux et c'était très énervant.
Je vais pas avoir une « érection » comme tu dis, tous les matins de ma vie, quand même ! Et hier soir, pendant le repas, c'était affreux ! T'es sûr que c'est pas du sang ?
Harry sourit. Il n'aurait pas du.
Te fous pas de moi, Harry ! C'est pas ton corps, tu te rends pas compte combien c'est désagréable de grandir. Parfois, j'aimerais être comme toi.
Comment ça ? Mort ? ironisa le Survivant.
Non, juste une âme. Au moins, toi, t'as pas un sexe qui fait n'importe quoi, au moins t'as pas à subir ces réactions corporelles bizarres.
Ça va passer. Tu verras, un jour tu prendras du plaisir à band–à avoir des érections.
Ouais, c'est ça, répondit dubitativement Tom. Et comment on nettoie ça, à la Moldu ?
Exactement.
xXx
A la fin de l'été, Tom avait absolument oublié John Lestrange et ses thèses réactionnaires. Il était devenu accro à la masturbation – ou, comme disait Harry, à la « branlette ».
Il avait changé d'avis. Harry, c'était une habitude, avait eu raison : les érections, c'était fantastique. Certes, les premières fois, il n'avait pas su quoi faire de cette partie embarrassante de son corps. Mais depuis qu'il connaissait la façon de soulager son sexe douloureux, il se demandait comment est-ce qu'il avait pu vivre sans ça.
Dès qu'il avait un moment pour lui, il s'enfermait dans sa chambre, se glissait sous ses draps, baissait son pantalon et son caleçon et se touchait. Ou plutôt, Harry le touchait.
Ça n'avait pas été facile de le convaincre de lui montrer comment faire. Alors qu'il était plus expérimenté que lui, cet égoïste n'avait d'abord rien voulu entendre.
C'est trop étrange, Tom, comme tu dis souvent, c'est ton corps à toi ! Je me vois pas... avait bredouillé le Survivant, le cou et les joues rouges de gêne.
Harry, avait protesté Tom. Tu m'as essuyé les fesses quand j'étais môme, tu vas tout le temps pisser avec moi, tu es moi ! Ma bite est aussi la tienne, ya rien de bizarre. Tu te rappelles, ya trois jours on a eu la colique et bah, ça t'a pas gêné plus que ça, non ?
C'est pas vraiment la même chose, avait soupiré Harry en passant leur main dans leurs cheveux.
Fais pas ça, tu me décoiffes !
Tu vois que tu veux pas que je te touche, avait dit Harry, triomphalement.
T'es vraiment un gamin. Allez, s'te-plaît, je sais pas comment faire, tu m'as toujours tout appris ! Harry s'il-te-plaît-te-plaît-te-plaît...
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Harry avait tergiversé. C'était fondamentalement mal de toucher le sexe d'un enfant de douze ans, même s'il le faisait quotidiennement pour uriner. C'était mal, car Tom était un gamin et un garçon et Voldemort. Ce ne serait pas se branler, ce serait branler quelqu'un d'autre, branler Tom Riddle... Il n'avait pas le droit. Tom était comme son frère, son fils mais en même temps, il était une part de Harry, il était lui-même.
Harry, j'ai envie et tu sais le faire ! Je me suis fais mal, la dernière fois ! Et avoue, toi aussi tu as envie de te toucher, non ? Fais comme si c'était ton ancien corps ! Je me ferai tout petit, tu me remarqueras même pas...
Tom avait fait un long caprice, le menaçant de ne plus jamais se lever tant que Harry ne l'aurait pas aidé à satisfaire ses désirs sexuels, et pendant tout ce temps, leur pénis n'avait pas molli, comme si la vigueur de leur dispute entretenait leur excitation.
Je... Je te montre juste une fois, okay ? avait fini par accepter Harry en se répétant que c'était la seule option possible, que Tom était assez têtu pour se laisser mourir de faim, de soif et d'érection s'il ne cédait pas à son chantage.
La prochaine fois, par contre, tu fais ça tout seul pendant que je suis dans mon coin. C'est pas normal que quelqu'un d'autre, quelqu'un que t'aimes pas te touche là, d'accord ?
Mais Harry, tu es moi. Si toi tu peux pas me toucher là, qui le pourrait ?
Harry ne souhaitant pas s'embarquer si tôt dans une discussion sur l'amour, les relations sexuelles et le fait inhabituel d'avoir une double personnalité, il s'était attelé à la tache.
Ça lui avait fait tout drôle. Pourtant, il touchait le pénis de Tom à chaque fois qu'ils pissaient, il le nettoyait quotidiennement sous la douche et ça ne l'avait jamais embarrassé, car il connaissait tout de Tom. Il n'avait jamais rougi de pudeur devant ce qui était devenu son presque-corps.
Mais là, c'était différent. Il touchait leur sexe, qui avait un peu grossi depuis quelques temps, pour des motifs qui titillaient sa conscience morale. Il touchait un sexe qui n'était pas vraiment le sien, qui était celui de son futur meurtrier, qui était celui d'un enfant et d'un autre garçon qu'il considérait comme son petit frère. Est-ce que ce geste pouvait être considéré comme pédophile, homosexuel ou incestueux ? Était-ce une forme déviante du syndrome de Stockolm ? Dans ce cas, était-il la victime ou le bourreau ?
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Mais en même temps... Ça faisait si longtemps qu'il n'avait pas ressenti un tel plaisir ! Depuis combien d'années ne s'était-il pas masturbé ? Depuis combien d'années n'avait-il pas pensé au sexe ? La masturbation d'un garçon à peine pubère de l'entre-deux-guerres n'avait que peu à voir avec l'acte sexuel d'un adolescent des années 1990 mais ce n'était pas mauvais, au contraire.
Il avait oublié combien un pénis tout neuf était sensible. Il lui suffisait de l'effleurer de la pulpe des doigts, et ça réagissait, dispersant des étoiles dans tout leur corps. C'était extraordinaire de redécouvrir cette douceur solitaire qu'il avait cru appartenir à un passé révolu, à laquelle il n'avait pas accordée une seule pensée depuis plus de dix ans. Ses attouchements maladroits s'étaient vite transformés en mouvements francs et décidés, ses principes moraux éclipsés par un plaisir assourdissant.
Ça lui était revenu tout seul. Il n'avait plus fait attention ni au monde extérieur, ni aux gémissements mentaux de Tom. Il avait été entièrement absorbé par le plaisir qu'il ressentait, par la chaleur dans sa main, par la dureté d'un sexe qui n'était pas le sien, par ce petit gland rose qui gonflait, gonflait, gonflait...
Les mains préadolescentes de Tom avaient été possédées par les mains invisibles de l'adulte qu'était Harry. C'était comme si, après tant d'années à se tenir en retrait, à jouer à la conscience désincarnée, Harry s'était à ce moment-là déployé entièrement. Tom n'avait censuré aucun de ses mouvements, il s'était totalement abandonné à lui et Harry en avait profité pour habiter pleinement leur corps jeune.
Les doigts sur ce pénis, c'était les siens. Les lèvres qui tremblaient, c'était les siennes. La poitrine qui respirait par à-coup, le souffle chaud qui s'échappait de sa bouche, la sueur que ses pores dégageaient, la salive sur sa langue, les frottements contre la couverture rêche, le bourdonnement dans ses oreilles, les fines veines sur son sexe, les tremblements dans ses orteils crispés, les cheveux collés sur son front, ses yeux plissés et remplis de liquide lacrymal, tout ça, c'était lui.
Il avait éjaculé dans un cri silencieux, tout arqué, tout transpirant, et un peu de liquide transparent, qui n'était pas tout-à-fait du sperme, s'était échappé de son urètre pour maculer leurs draps.
C'était génial, avait dit Tom après un long silence mental. Harry, tu sais tout faire. Je peux te prêter mon corps quand tu veux.
C'est la dernière fois, avait grogné Harry.
Mais ce n'était que la première de leurs branlettes mutuelles.
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Le premier septembre 1939, Tom entra en deuxième année en ayant tout oublié de la théorie du sang, du moins en apparence. Il avait des années devant lui pour creuser la question, certes très intéressante, mais qui ne lui procurait aucun plaisir semblable à l'éjaculation. Pour le moment, il profitait de sa jeunesse.
Se branler était devenu une sorte de rituel entre Harry et lui, un secret un peu honteux qui les liait bien plus intimement que jamais. Tom n'aurait pu partager ces moments avec personne d'autre. Il n'existait qu'un être qu savait comment lui faire plaisir : c'était son ami imaginaire.
Ce qui était incroyable, c'était que Harry jouissait à tous les coups exactement au même moment que lui. Ils devaient être les seules personnes au monde à pouvoir se targuer d'une telle synchronisation... mais après tout, ils étaient une âme unique coupée en deux.
Ainsi, quand Lestrange lui tapa sur l'épaule quelques jours après la rentrée, Tom lui accorda un demi-coup d'œil chiffonné. Il était occupé à bassiner Harry avec un potentiel moyen magique d'augmenter leur plaisir.
Mais si, il doit bien y avoir un truc pour... je sais pas moi, repousser au maximum l'éjaculation ?
Heu, Tom, sincèrement, t'es pas un peu jeune pour ça ? gémit Harry. Et puis, on bouffe, là !
Ses autres pensées, cependant, indiquaient qu'il en savait plus qu'il ne le prétendait et, surtout, que les pleurnicheries de Tom l'amusaient malgré lui.
Tu t'es trahi, ça existe ! cria Tom. Tu crois qu'on peut en commander par Hibou Postal ?
– Comment ça va, Tom ? insista John, en se faisant une place à côté de lui. Alors, t'as vu ce qui est arrivé aux Moldus ?
La seconde guerre mondiale, lâcha Harry, oubliant de se censurer.
Lui qui était un instant plus tôt tout joyeux, insouciant, venait d'être frappé par un éclair historique. L'Allemagne avait envahi la Pologne le premier septembre 1939, le jour où Tom était entré en deuxième année.
– La seconde guerre mondiale ? répéta Tom, dans une sorte d'interrogation.
Comment t'es au courant ? A l'école primaire, on nous a appris que la première guerre mondiale.
Tu sais, avant d'être consignée dans des manuels scolaires, l'Histoire se fait tous les jours, soupira Harry.
– C'est un peu tôt pour appeler ça comme ça, non ? s'étonna John. Mais ouais, le Royaume-Uni et la France Moldus viennent de déclarer la guerre à l'Allemagne Moldue. Franchement, ils se battent pour des conneries, ceux-là. Tout ça parce que l'Allemagne a envahi la Pologne... Nous, au moins, on se bat pas pour des lopins de terre ! Notre combat est légitime.
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Il y a aussi un conflit du côté sorcier ? demanda Tom à Harry, qui était en train de penser que la seconde guerre mondiale était bien plus qu'un conflit autour d'un territoire.
Mais comment Lestrange, un sorcier, un Sang-Pur, pourrait-il l'imaginer ?
Hey, Harry, je te cause !
Heu, réfléchit Harry. Chez les sorciers, on a Grindelwald ?
Ha oui, on a vu son nom dans les journaux. C'est le mage noir.
– Tu soutiens Grindelwald ? Tu trouves sa cause juste ? demanda Harry, en connaissant par avance la réponse de John.
Si tu sais qu'il le soutient, pourquoi tu lui demandes ? grinça Tom.
Parce que, Tom–J'espère que ça va lui prouver que Lestrange est pas quelqu'un de fréquentable–
Harry, je m'en fous de lui, maintenant, chouina le Serpentard.
– Bien sûr ! répondit John, comme si c'était une évidence. Il est puissant. Il a déjà soumis Durmstrang, c'est plus qu'une question de temps avant que Poudlard tombe aussi.
– Je veux pas ça, moi, répliqua Tom. Poudlard, c'est chez moi.
John lui jeta un regard suspicieux.
– Tu ressembles à un Gryffondor, fais gaffe. Et sois pas bête, si Grindelwald bat Dumbledore et Dippet, Poudlard sera à lui mais il bannira seulement les Né-Moldus. Nous autres, on aura rien à craindre et ton bien-aimé château ne sera pas démoli. Après tout, il veut juste appliquer les principes de Salazar Serpentard.
Avant de rejoindre sa bande d'amis, il ajouta :
– Si tu es vraiment un Serpentard, tu devrais choisir le bon camp.
L'écoute pas, Tom, Grindelwald va perdre. Dumbledore est le plus grand sorcier de tous les temps, c'est donc lui qu'il faut soutenir.
Tom ne demanda pas à Harry comment il le savait. S'il le disait, c'était que c'était vrai.
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Les mois suivants, Tom écouta plus attentivement les conversations de ses camarades et le nom de Grindelwald y revenait souvent.
Il n'était pas abonné à la Gazette du Sorcier, car Harry lui avait dit que c'était une perte d'argent, mais Albert lui filait volontiers son exemplaire. Le mage noir faisait très rarement la Une, pour la bonne raison que les attaques qu'on lui attribuait étaient toutes perpétrées contre des Moldus.
Dès qu'un récit un peu gore ou accompagné de photos était publié, ça coupait l'appétit de Harry mais Tom continuait à manger ses toasts comme si de rien n'était.
Allez, c'est pas contre nous ! Mange, faut qu'on grandisse, disait Tom, en fourrant un pain grillé dans sa bouche.
Mais Tom, tu es un Sang-Mêlé, tu te rends pas compte que tu vaux moins, selon Grindelwald, que la plupart des autres Serpentards ?
Il faut juste que personne le sache. De toute façon, tu dis qu'il va perdre, non ? On a rien à craindre, alors.
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Durant sa deuxième année, Tom en apprit énormément sur l'histoire de Harry. Il ne savait pas pourquoi, mais leurs séances masturbatoires lui ouvraient l'esprit de son ami. A chaque fois que Harry se laissait aller à le toucher, ses pensées refoulées se faisaient plus claires, plus intelligibles que le reste du temps. Mais le plus intéressant dans tout cela, c'était qu'il n'en avait pas conscience.
Et Harry était une réserve incroyable d'informations.
Ainsi, Tom bien plus doué que son ami pour l'Occlumencie, en apprit énormément sur lui sans qu'il s'en aperçoive. Pour cela, il dut sacrifier le plaisir immédiat de la branlette et garder l'esprit lucide, mais ce qu'il apprenait était mille fois plus excitant qu'éjaculer.
Tout comme durant l'été il avait préféré la jouissance toute neuve de la masturbation à la théorie du sang, il s'intéressait désormais plus à l'histoire de son autre conscience qu'aux gâteries solitaires.
C'était que les quelques souvenirs qu'il récoltait patiemment avaient l'air tout droit sortis d'un roman. Harry lui avait caché tant d'aventures, toutes ces années !
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Ses parents étaient morts peu après sa naissance, assassinés par un puissant mage noir encapuchonné, celui qui hantait souvent leurs cauchemars. Pour une raison ou une autre, Harry avait passé son enfance à être martyrisé par sa famille adoptive. Tom comprit enfin pourquoi il ne s'était jamais plaint des conditions de vie de l'orphelinat. Son gros cousin, sa tante et son oncle l'affamaient, le faisaient dormir dans un placard et avaient fait de lui leur Elfe de Maison. Ils étaient pourtant terriblement riches car leur maison était remplie d'instruments et de machines que Tom n'avait vus que dans des bandes-dessinées. Comment pouvait-il ne pas détester les Moldus ?
Et tout ce temps-là, il semblait que Harry ignorait qu'il était un sorcier ! Contrairement à Tom, il n'avait pas pu se raccrocher à l'idée qu'il entrerait à Poudlard pour y réaliser de grandes choses... Il avait du attendre, mais Tom n'était pas certain d'avoir bien interprété, l'arrivée d'un type immense, une sorte de géant avec un parapluie rose. Et il y avait une histoire de queue de cochon.
Au fil des visions, il rencontra deux visages récurrents, au milieu de dizaines d'autres : deux Gryffondors, une fille et un garçon. Mais il y en avait tant, des visages, des figures, certains flous, la plupart très nets, preuves que Harry avait été, de son vivant, extraordinairement entouré.
Des voix très différentes prononçaient son nom avec familiarité, des voix jeunes, âgées, féminines, masculines, appartenant à des créatures non-humaines, appartenant à des morts, disaient « Harry Potter » comme s'il s'agissait d'un nom célèbre, comme celui de Merlin ou de Grindelwald. Tout ça dérangeait Tom car il ne comprenait pas comment une personne aussi populaire n'avait pu laisser aucune trace à Poudlard. A moins d'être un fantôme...
Mais il y avait d'autres souvenirs, bien plus sombres, bien plus cachés, peut-être plus préoccupants, beaucoup plus confus, comme cryptés. Il y avait des cadavres, un long-garou, un cimetière, des détraqueurs, un chien à trois têtes, un miroir, un troll, de drôle d'objets – un diadème, un médaillon, une coupe –, il y avait des souvenirs qui ressemblaient à Tom mais qui n'étaient pas lui...
Tom, au fil des masturbations, élabora une théorie tentante. Harry était un Voyant renommé et avait été tué par un mage noir, Grindelwald certainement, parce qu'il était capable de voir l'avenir et donc de provoquer son échec. Ça expliquerait tellement de choses !
Pourquoi il semblait toujours tout connaître à l'avance, pourquoi il avait pris peur en voyant Navet, pourquoi il savait que Tom était un Fourchelangue, pourquoi il avait annoncé la chute de Grindelwald, pourquoi il était au courant pour la guerre des Moldus, pourquoi il était souvent très paniqué sans raison... Pourquoi il ne voulait pas que Tom en sache trop sur la magie, sur ses parents, sur la théorie du sang, sur lui.
Il savait quelque chose sur le futur de Tom, quelque chose que Tom ne devait pas savoir.
Alors le Serpentard se branlait tous les soirs et, parfois seulement, il oubliait de conserver toute sa tête et s'abandonnait aux plaisirs indécents que Harry et lui, confusément, se procuraient.
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Harry, toutes les nuits, se répétait que c'était la dernière fois qu'il faisait ça. C'était plus que mal : c'était absolument immoral. S'il avait eu son propre corps, on l'aurait dénoncé, condamné et sûrement qu'un Détraqueur l'aurait embrassé, par dessus le marché. A quoi pensait-il ?
Mais il était une partie de l'âme de Tom et, à moins de créer un Horcruxe pour séparer leurs deux consciences, on ne pourrait pas le condamner.
Il fallait avouer que c'était vraiment un bon exutoire. Pendant quelques minutes, il se sentait libre de toute pensée, il n'était plus qu'un corps, libéré de ses questionnements sans fin et sans réponse. Sa main, celle de Tom, savait ce qu'elle faisait. Elle répétait les mêmes mouvements agréables, comme hypnotisée, et ce n'était jamais lassant, c'était à chaque fois du plaisir.
C'était si simple de s'immerger dans la chair, de s'endormir épuisé, les membres lourds et les oreilles sourdes ! Pourquoi se demander si ce qu'il faisait était mal alors que tous les évènements de la vie de Tom se répétaient, malgré sa bonne volonté ? Il ne pouvait rien faire pour Voldemort alors, au moins, il lui apportait une dimension charnelle, sûrement étrangère à sa première version.
Et pendant ces instants suspendus et bénis, Tom et lui ne formaient qu'un seul être, comme si ce plaisir pécheur réconciliait leurs âmes. Pendant ces moments d'étreinte et d'étroitesse, Tom ne semblait penser à rien d'autre qu'à être en harmonie avec Harry et c'était ce que le Survivant désirait par-dessus tout : que Tom soit toujours en accord avec lui et, surtout, qu'il ne grandisse jamais.
A Suivre...
Chapitre 7 en ligne le 15 janvier 2016, il traite de la 3e et 4e année de Tom.
Les dates et l'âge de Tom sont désormais indiqués dans la banderole au début de chaque chapitre. Sa vie étant très longue, il faut parfois des repères :)
Quand et comment pensez-vous que Tom va découvrir de quel temps vient Harry ? :D Si vous n'en savez rien, vous pouvez quand même laisser un mot avec vos impressions et réclamations ! Merci de suivre cette histoire qui me tient de ouf à cœur, j'espère sincèrement qu'elle vous intéresse !
