Chapitre 6 : Père-cochon et moi

Les os de Jesse craquaient alors qu'il s'étirait et Hana grimaçait.

- Fais pas çaaaa.

- Ça ? Demanda-t-il en faisant craquer ses os de plus belles.

- Eurgh !

- J'ai travaillé moi, ma petite Dame !

- Je suis allée à l'école moi, mon Monsieur !

- Ah ? Mais alors tu as plus de mérite que moi !

Il l'attrapa et la fit grimper sur son dos avant d'étendre ses bras et de tourner sur lui-même. Elle s'accrocha à lui en riant et Mako leur lança un regard méprisant. Surtout à l'homme. S'il croyait qu'il pouvait mettre la main sur sa nièce, il s'enfonçait le doigt dans l'œil et profondément.

L'homme à tout faire rentra dans la maison et il se figea en voyant le lit au beau milieu du salon-cuisine déjà étriqué. Son regard alla ensuite sur Junkrat qui lança un « tadaaam » et désigna ses casseroles remplies de nourriture.

Jesse entra avec Hana sur le dos et il poussa un grognement approbateur en sentant la bonne odeur.

- Qu'est-ce qu'on graille ?

- Une tourte aux légumes ! Répondit Junkrat en souriant.

Mako s'approcha de la cuisinière et il coupa le feu d'un mouvement. Le four n'était pas éteint non plus et il s'en chargea.

Junkrat se tourna vers son sauveur. Il s'était attendu à au moins un remerciement. Est-ce qu'il avait fait quelque chose de mal ? Mais au lieu de ça, l'homme partait dans la salle de bain sans même un regard vers la tourte qu'il s'apprêtait à sortir.

Hana sauta sur le sol et se précipita auprès du pauvre infirme, se mettant sur la pointe des pieds pour lui essuyer le nez. Il était couvert de pâte crue.

- C'est mieux comme ça.

- Merci, c'est sympas !

- Elle a l'air délicieuse ta tourte. Il faut absolument que tu nous serves, l'ami. Dit Jesse.

- Si c'est demandé si gentiment. Lâcha Junkrat.

Hana récupéra les assiettes alors que son oncle sortait de la salle de bain avec la chemise sèche. Il vint la fourrer dans les mains du blond avant d'aider la jeune fille à servir les plats. Au lieu de le couper en huit, ou plus, ils le coupèrent simplement en quatre et chacun eut sa part puis une fourchette.

Ils s'installèrent dans les fauteuils et Mako alluma la télévision. Junkrat rentra la tête dans ses épaules et coupa un morceau de tourte pour en manger. Il ne disait rien. Un soulagement pour Rutledge. Un peu moins lorsque Jesse et Hana se sentirent obligés de faire des commentaires sur ce qu'ils regardaient. Et ce qu'ils mangeaient aussi. Les compliments pour leur cuisinier étaient nombreux et s'il souriait, il ne parlait toujours pas.

Néanmoins, il avait remis la chemise rouge par-dessus ses vêtements.

µµµ

Hana était à la douche et Jesse avait été se balader dans le Soleil qui déclinait. Mako faisait donc la vaisselle. Il n'y avait pas grand-chose alors autant s'exécuter directement. C'était contre ses principes de faire tarder les choses.

Junkrat faisait les cents pas derrière lui.

Il espérait peut-être être discret mais sa jambe de métal cognait sur le sol à chaque pas.

- Quoi ? Gronda-t-il en mettant la dernière assiette sur l'égouttoir.

- J'ai fait un lit.

- Vu.

Junkrat recommença à faire les cents pas.

- Il est fait avec du métal, du bois et même des briques. Puis j'ai utilisé les tentures pour faire les oreilles, le matelas et les couvertures.

- Vu.

Junkrat le regarda avec de grands yeux tristes. « Vu » c'était tout ? Il ne s'attendait certainement pas à une médaille mais il avait fait ce lit pour lui, tout de même.

- Mais…

Il toussa.

Mako se tourna vers lui et lui attrapa le menton. Il soupira et lui essuya les lèvres.

- Tu n'arrêtes pas de cracher ce truc.

Junkrat lui prit la main et le regarda. Il acquiesça mais ne dit pas un mot.

- Tu te souviens s'ils étaient plusieurs ?

- Oui. Ils étaient plusieurs.

- Ils t'ont fait avaler quelque chose ?

Le jeune homme soupira avant d'acquiescer.

Mako se frotta le crâne. Peut-être qu'il devrait lui faire un lavage d'estomac pour qu'ils en aient enfin fini avec ça ?

Junkrat étendit les mains vers le lit.

- Je l'ai vu.

- C'est pour toi.

- Merci.

- J'ai pris les plus jolies tentures !

Il se défit de ses mains pour venir au lit et il commença à expliquer ses choix. Il rayonnait et Mako s'obligeait à faire semblant de l'écouter. Comment est-ce que quelqu'un pouvait trouver autant de façon de changer les noms ? Il n'aurait jamais cru qu'on pouvait parler autant pour ne rien dire.

D'autant plus quand on avait autant éludé le seul sujet qui aurait dû avoir de l'importance.

- Tu veux pas essayer ce lit ? Junkrat en tapotant le matelas. Ce bon lit que des gens on fait avec affection pour toi.

- Pousse-toi. Dit Mako en le poussant sur l'épaule.

Il retira sa chemise et la jeta loin de Junkrat, il n'allait pas lui voler celle-là, avant de grimper dans le lit. Il craqua sous son poids, le bois le supplia de partir, le métal suffoqua mais rien ne s'effondra.

- Alors ? Alors ? Fit Junkrat en sautillant autour du lit.

Ce qui le faisait parfois grimacer de douleur.

Mako l'attrapa par le bras et l'attira brusquement.

- Essaie.

Le jeune homme s'assit sur le bord et le testa.

- Il est bien !

- Prépare-toi pour la nuit.

Mako se leva et se dirigea vers la porte qu'il ouvrit. Hana sortait justement de la salle de bain en pyjama. Elle se précipita près du lit pour faire la bise à Junkrat qui se débarrassait de ses vêtements.

- Je verrouille pour la nuit ! Cria Rutledge.

Le pauvre infirme ramassa la chemise rouge à carreaux pour la remettre. Il se pencha pour dérober un cylindre sur une table puis il leva les yeux vers Mako qui fermait derrière Jesse, trottinant.

Sa blessure semblait déjà bien remise. Il pourrait peut-être l'éjecter hors de la maison dès demain. Il réglerait ça au lieu de se retrouver à nourrir des bouches supplémentaires. Et qu'est-ce que ça le lassait ! Ça devait être lui et sa nièce, normalement.

Et le voilà avec beaucoup trop de gens chez lui.

Il alla dans la salle de bain puis revint pour se hisser dans le lit.

Puisque la salle principale prenait le tout, si Mako décidait de fermer la lumière, tout le monde aurait extinction des feux. Il laissa néanmoins une petite lampe. Pour le cas où. Une faible lumière qui permettait à Jesse de faire ce qu'il voulait. Et de voir un peu le visage de Junkrat.

- Retire ça.

Junkrat ferma sa main sur le cylindre alors que Mako se penchait sur lui. Mais il ne lui vola pas l'objet, se contentant de défaire la fausse jambe.

- Elle doit respirer la nuit. Dit-il en la posant contre le lit.

- Merci. Je ne m'y connais pas. Je l'ai fait comme ça parce que ça faisait pirate !

Jesse attrapa son chapeau de Cowboy pour le mettre sur son visage, décida d'essayer de dormir. Il n'y avait rien d'autre à faire.

Mako acquiesça.

Junkrat était content de ne pas avoir été éjecté du lit, renvoyé dans le fauteuil. Mais il fallait dire que ce n'était pas très plaisant de dormir assis comme ça.

- Je peux ?

L'homme à tout faire haussa un sourcil. Faire quoi ?

- Seulement si tu te tais. Décréta-t-il.

- Merci, l'ami.

Junkrat déboucha le cylindre : un marqueur. Il commença alors à dessiner sur le ventre de Mako. Utilisant le nombril comme centre de son cercle, il fit un personnage souriant. Des immenses dents paraient le visage. Les yeux étaient gigantesques.

- Tatatatataatadam !

Mako se redressa légèrement pour regarder le dessin.

Pourquoi ?

Quelle lubie avait pris Junkrat pour qu'il fasse ça ? Mais il souriait de toutes ses dents en rebouchant le marqueur. Mako étendit la main et la passa dans les cheveux blonds, les ébouriffant.

- Tais-toi et dors. Dit-il.

Junkrat étendit son bras et son demi-bras avant d'appuyer sa tête contre l'épaule de Mako. Lequel tira les couvertures sur eux.

En fait, il avait un million de questions à lui poser mais il n'avait aucunement envie de faire la conversation. Pourquoi est-ce qu'il lui demanderait ce qu'était ce dessin ? Ou comment il avait appris à faire des jambes et des lits. Pourquoi il avait cuisiné ? Ou il avait appris ?

Tout ça, c'était de la discussion et il n'avait pas envie. S'il lançait le sujet, il ne pourrait plus arrêter ce moulin.

Et s'il voulait orienter le sujet de conversation sur ce qui lui était arrivé, trouver qui lui avait fait du mal. Mais que pouvait-il dire à ce sujet ?

Des grands mots. Des belles promesses ?

S'il trouvait ceux qui lui avaient fait ça, il les exterminerait.

Mais que pouvait-il dire ?

Pouvait-il seulement le lui dire à lui ? Il était déjà allongé dans le même lit que lui, portant sa chemise et lui faisant à manger… Mieux valait ne pas l'encourager d'autant plus.

µµµ

Des bruits résonnaient sur le parquet.

Junkrat se blottit contre Mako qui avait son bras autour de lui, le préservant de tomber. La nuit était un peu fraîche mais la graisse de son sauveur et la couverture faisaient l'affaire.

Mais il y avait ce bruit.

Il ouvrit ses yeux et se tourna dans le lit, grognant. Il serra le bras autour de lui et vit des yeux brillants dans la nuit. Des yeux bruns. Puis il sentit un souffle chaud sur son visage et des crocs apparurent.

La chose, l'animal, élança son immense tête vers lui. Il se recula brusquement contre Mako et ne put retenir un cri. L'homme à tout faire le resserra en grognant.

- Dors. Ordonna-t-il.

- Réveille-toi. Réveille-toi ! Gémit Junkrat.

Il se tourna vers lui pour le secouer. Il chercha à se détourner de la vision effrayante. L'homme se réveilla en grognant.

- Quoi ?! Aboya-t-il.

- Y a un… un…

Junkrat agita la main.

- Je dois le faire frire ?!

Mako tourna la tête pour voir ce qu'il y avait derrière son protégé. Rien.

Il leva sa main et la frotta contre la joue de Junkrat.

- C'est un cauchemar. Dors.

- Il y avait un chien. Ou un loup. Immense ! Je te jure !

- Junkrat… Il n'y a rien. Et s'il y avait, je suis là.

Le blond appuya sa tête contre son épaule.

- Dors, maintenant. Ou je t'assomme.

Junkrat lui tira le bras. Il frotta sa joue contre l'os épais sous l'importante couche.

- T'es sûr de pas avoir vu un loup ? Un chien ? Un ours ?

- Oui. Soupira-t-il.

- Un cochon ?

Mako lui colla la main sur la bouche pour le faire taire. Junkrat protesta et se débattit, donnant des coups de pied et de poing. Des gémissements sortirent de ses lèvres. Des gémissements qui étaient familiers à l'homme à tout faire.

Il le relâcha.

- Je ne vais pas te faire mal.

Junkrat acquiesça, pressant sa tête contre son pectoral. Mako lui caressa la joue.

Et pourquoi est-ce qu'il lui faisait confiance ?