POV HG

Ce que je m'apprêtais à faire avait un goût amer dans ma bouche. Comme la bile qui remonte lors de vomissements. J'avais ce goût étrange dans la bouche et je ne pouvais rien avaler, je n'avais eu de cesse de regarder du côté de la table des professeurs depuis le début du déjeuner et Ginny avait repéré mon manège.

-Tu sais que tu dois le faire mione. Me dit-elle presque dans un souffle, comme si elle culpabilisait de devoir me le rappeler.

J'hochais la tête, oui je savais que je devais le faire, mais quelques fois, pardonner n'était pas aussi simple que de dire bonjour à un étranger.

Le souvenir des mots que m'avait adressés Md Pomfresh avant ma sortie de l'infirmerie me hanter, il s'était trouvé là cette nuit, et je ne savais vraiment pas comment interpréter ce qu'il s'était passé. C'était-il réellement passé quelque chose d'ailleurs ? J'étais encore vaseuse cette nuit, peut être Rogue m'avait-il parlé ? Peut-être avait-il seulement parlé à haute voix en remplissant l'armoire ? Peut-être avais-je seulement entendu sa voix et mon esprit s'était mis à dérailler dans mon sommeil ?

Je ne parvenais pas à trouver de réponse à cette question et c'est peut-être à ça qu'était dû ce goût amer. Pardonner à quelqu'un de vous avoir sauvé la vie n'appelle pas ce genre de sensation, je ne vais pas lui dire merci, je vais seulement lui dire que sa conduite lors de cette nuit précise à semble-t-il atténué mon ressentiment envers lui.

Un nouveau coup d'œil à la table m'informa qu'il n'était toujours pas arrivé, peut-être ne viendrais-t-il pas ? Il fallait pourtant qu'il vienne, je n'avais pas envie de me retrouver seule avec lui dans les cachots. Un frisson parcourt mon échine et je resserrais ma veste quand un accès de lucidité s'empara de moi, je savais bien ce qu'il fallait faire pour avoir des réponses. Ce n'était pas de moi même où de Rogue qu'il fallait obtenir des réponses, les seuls capables de me répondre étaient ceux du futur.

Je me levais précipitamment de table, renversant au passage le jus de citrouille de Ginny qui pesta contre moi. Je m'emparais de mes livres de cours, lançais mon sac sur mon épaule et fonçais, tête la première, vers les portes battantes afin de pénétrer dans le hall frais.

L'idée était brillante, je ne savais pas comment j'avais pu passer à côté. Je bousculais Drago en passant, celui-ci me regarda, son sourire accueillant se changeant en une expression inquiète.

-Mione ! m'interpella-t-il

-Pas maintenant, on se retrouve après le cours de potion, dit à Rogue que je serais certainement en retard s'il te plaît. Il faut absolument que j'aille voir quelqu'un.

Il leva les bras vers le ciel dans un signe d'impuissance et secoua la tête. Je continuais mon chemin, déterminée à ne laisser personne me détourner de ma quête d'information.

POV SS

Granger avait fini par sortir de l'infirmerie et j'avais eu le temps de l'apercevoir sortir en trombe de la grande salle. Le souvenir du geste que j'avais eu envers elle me fit baisser la tête honteusement, comme un gamin pris en faute. Je m'étais octroyé un droit qui ne m'étais pas dû.

-Hagrid, avons-nous des nouvelles de la créature qui a frappé Miss Granger dans la forêt interdite ? interrogea Dumbledore.

L'interpellation me fit relever la tête.

-Oui Monsieur, répondit-il, je l'ai capturé pas plus tard que la nuit dernière, il est solidement attaché près de ma cabane.

Dumbledore hocha la tête avant de reporter son attention sur son repas. Je me tournais vers le garde-chasse :

- Vous savez de quelle créature il s'agit ?

Le fait que je ne lui parle d'ordinaire que par onomatopées du le frapper puisqu'il se figea dans une expression de surprise avant de reprendre ses esprits.

-Non professeur, jamais vu cette chose encore, mais j'me renseigne.

- Très bien, je passerais voir cette créature de plus près en fin de journée, je pourrais peut-être voir de quoi il retourne.

Il hocha la tête d'un signe entendu et je surpris un regard intrigué de la part de Dumbledore. Je poussais un soupir d'agacement avant de me lever sans avoir touché à mon repas, cette journée ne s'annonçait pas mieux qu'une autre.

Le retour au cachot ne me permit pas de me sortir de ma catatonie, Drago m'intercepta avant mon entrée dans ma salle de classe. Il m'annonça que Granger serait certainement en retard pour mon cours et qu'elle ne savait pas si elle pourrait y assister. Cette nouvelle assombrie un peu plus mes pensées, je m'invectivais intérieurement, cette nouvelle ne devrais pas me faire autant d'effet. Granger ne pouvais pas avoir autant d'effet sur mon humeur, je n'aurais pas dû agir avec elle de la sorte la veille...ce n'était pas à moi d'agir de la sorte, mon comportement était obsolète dans ce genre de combat. Je n'avais tout simplement pas le droit d'avoir ce genre de sentiment à son égard, c'était déplacé.

Je m'assieds à mon bureau sans plus de cérémonies et c'est en relevant la tête que je m'aperçus d'un changement inédit. J'observais ces imbéciles d'élèves, me regardant pour certains avec une lueur de peur. J'agitais le bras et les consignes du jour s'affichèrent au tableau. Assis à mon bureau, un vide étrange s'empare de moi tandis que ce constat alarmant prend de plus en plus de place dans mon esprit, Drago m'observais sans rien dire avant de jeter un œil sur sa gauche. La place était vide, mon esprit était semblable a de la mélasse.

Ce sentiment insuffla une note de peur en moi et mon cœur eut un raté, la chose était pourtant simple : même avec une vingtaine d'étudiants face à moi, la classe me semblait morne, triste et vide sans Granger.

Un soupir passa mes lèvres et j'entrepris de faire le tour des chaudrons.

POV HG

En me rendant dans les appartements des futurs Hermione et Rogue, je ne m'étais pas attendue à le trouver seul face à son chaudron. D'un seul coup, ma résolution du petit déjeuner me sembla totalement stupide. Je commençais à faire un pas en arrière lorsque mon pied buta contre le sol, le Rogue du futur leva la tête surpris avant de stopper son geste.

-Les filles sont parties à Pré au Lard, il me manque quelques ingrédients pour peaufiner ce que l'on a entreprit.

J'avais hoché la tête, c'était la seule chose à faire. Je déglutis avant de faire mine de m'éloigner de nouveau.

-Si tu veux tu peux t'installer ici quelques instants en attendant qu'elles reviennent, tu ne me dérange pas et elles ne devraient plus tarder désormais.

Toujours plongée dans mon mutisme, j'avais décidé de m'installer dans un coin de la salle afin d'observer son travail. Il avait dit que ma moi future n'allait plus tarder, mon cours de potion pouvait bien attendre ! Un petit rire franchit mes lèvres sans que j'aie pu le retenir. L'homologue de mon professeur leva la tête et me jeta un regard interrogateur. Je détournai le regard, mal à l'aise.

-Je suis censée être en cour de Potion à cette heure-ci. Déclarais-je d'une voix qui me parut bien faible.

Il sourit avant de se replonger dans sa mixture.

-La situation peut prêter à sourire assurément !

Il finit par souffler avant de mettre sa potion en stase et de gribouiller quelques notes sur un parchemin. La même ride que celle qu'arborait Rogue barra son front et il rangea d'une main habile son plan de travail. Il était attentif, concentré, minutieux comme l'était mon professeur. Cependant quelque chose clochait.

-Vous n'êtes pas comme lui ! murmurais-je

Il se redressa avant de me toiser, son regard se voilà un instant avant qu'un léger sourire -qui n'avait rien de sarcastique- ne prenne place sur son visage. Il sembla réfléchir un moment avant de s'approcher de moi. Son geste me fit sursauter et il s'arrêta à mi-chemin.

-Disons que j'ai trouvé quelqu'un qui a su apaiser mes tourments.

Un sourire triste se dessinait maintenant sur son visage, et ce sourire-ci me fit échos. Un flash de ce qui s'était déroulé la nuit de mon attaque. Un frisson me parcouru et je fronçais les sourcils. Avais-je vu ce sourire sur le visage de mon professeur cette nuit-là ?

-Je ne me souviens pas de la nuit de l'attaque ! Dis-je abruptement. Enfin…je ne me souviens pas qu'il m'ait ramené au château.

Une expression énigmatique avait maintenant pris place sur ses traits. Il sembla lui aussi réfléchir avant de déclarer doucement que certaines choses ne se dévoilaient qu'avec le temps, comme les bons whiskies. Cette comparaison me fit sourire et je me sentais désormais plus à l'aise. Décidément, cet homme était différent de mon professeur.

-Je vous ai rejoint cette nuit-là dans la cabane hurlante, je croyais bien faire…

Une infinie tristesse s'empara de lui et il s'approcha un peu plus avant de poser l'une de ses mains sur mon épaule. Il lâcha un profond soupir avant de me donner la dernière réplique de notre conversation.

-Ce n'est pas avec moi que tu dois avoir cette conversation, il t'écoutera soi en sûre, j'étais moi-même amer et peu enclin à la discussion cependant…il t'écoutera…je ne dis pas que ce sera simple, pour aucun de vous deux. Mais il existe des choses au monde qu'il ne faut pas taire et qu'il ne faut pas garder pour soi. Partage cela avec lui, tais-toi lorsque tu sens que c'est nécessaire mais parle lui.

Il répondit à mon regard interrogateur et emplit de larme en me disant que mon cours se terminait dans 10 min, le temps étais suffisant pour que je me rende au cachot.

POV SS

Mon cours avait finalement pris fin sans que Granger ne nous fasse part de sa présence. Une bile amère remonta le long de ma gorge et c'est d'un ton abrupt que j'apostrophais mon neveu.

-M. Malefoy, un moment je vous prie !

Il me jeta un regard surpris et continua de ranger sa paillasse le temps que les autres étudiants aient terminés de quitter la salle.

-Où est Miss Granger ?

Il retint un soupir de soulagement et me sourit.

-Elle ne m'as pas dit où elle allait mais ça avait l'air important…

-Dit lui qu'elle vient d'écoper d'une nouvelle retenue ce soir et que si l'envie lui reprend de sécher mes cours elle viendra en retenue tous les soirs nécessaires. Et cesse donc de sourire tu m'agace prodigieusement !

Son sourire s'étira encore lorsqu'il se tourna de nouveau vers moi.

-Tu n'as qu'à lui dire toi-même, elle patiente dans le couloir.

D'un signe agacé je lui donnait congé tandis qu'Hermione Granger pénétrait tête basse dans ma salle.

-Granger, vous êtes retenue ce soir à 20h, vous avez déjà raté plusieurs cours, cela n'est pas acceptable, je vous rappelle que vos ASPICS sont en fin d'année. Vous venez de surcroit de faire perdre 30 points à Gryffondors pour non assiduité !

Elle eut un mouvement de tête brutal face à cette annonce et elle me fit enfin l'honneur de daigner me regarder. Son visage reflétait l'étonnement cependant elle n'eut rien à dire concernant la sanction. Non, les paroles qu'elle m'adressa étaient d'une toute autre nature. Elle sembla prendre une grande inspiration avant de me déclarer de but en blanc la raison de sa venue.

-Je vous ai sauvé la vie.

Sa voix avait perdue de sa splendeur sur la fin mais je n'étais tout de même pas sourd.

-Votre imbécile d'ami m'a déjà fait part de cette nouvelle il me semble Granger ! Je ne vois pas en quoi cela devrait adoucir la sentence !

Une lueur surprise, encore une fois, s'empara de son regard et elle sembla un instant chercher ses mots.

-Ce…ce n'est pas ce que j'ai voulu dire professeur. Je…je voulais juste vous en parler.

-Vous m'avez sauvé la vie cette nuit-là, j'ai fait de même il y a quelques temps, nous sommes quittes désormais si cela vous tient tant à cœur ! Je vous signale que je ne suis pas en charge d'une seule classe d'idiots tous aussi mielleux et débordants de stupidité que la vôtre dans ce château et que d'autres idiots attendent dans ce couloir.

Elle chassa ma réplique d'un revers de la main et je poussais un soupir d'agacement avant de prendre appuis sur la paillasse la plus proche.

-Allez-vous enfin aller au bout de vos pensées Granger où faut-il que je vous jette un enervatum ?!

Je perds patience !

Elle riva son regard sur le mien et ancra ses pupilles dans les miennes. Le contact était brutal, personnel, dérangeant et il me déstabilisa au plus haut point. Une lueur chaude brillait dans son regard, je ne pus en détourner le mien. Sa propre audace parut la surprendre et il s'écoula quelques secondes avant que des mots ne franchissent à nouveau la barrière de ses lèvres.

-Ce soir, …pendant ma retenue. Je ferais le travail que vous me donnerez mais j'aimerais aussi vous expliquer pourquoi je suis retournée dans la cabane hurlante…si vous le permettez ?

Son regard n'avait pas cillé, elle continuait de m'observer chastement alors que mes pensées s'emmêlaient un peu plus. Pourquoi voulait-elle encore aborder le sujet ? N'avais-je pas été clair lors de notre première entrevue sur ce point ? N'avais-je pas été assez clair sur le fait que je ne voulais en aucun cas aborder cette nuit précisément ? Elle sembla décelée le trouble qui avait débat en moi et pour m'achever finit sa tirade explicative en m'adressant ces derniers mots avant de quitter ma salle.

-Et je voudrais aussi connaitre ce qui s'est passé la nuit de mon attaque...mes souvenirs sont…étranges !

Elle guetta une réaction en moi qui ne sembla pas venir et me tourna le dos en me disant qu'elle serait présente à 20h00 et j'avais désormais la désagréable impression que je m'étais infligé une retenue à moi-même.

POV HG

Je lâchais un juron en sortant des cachots et les premières années ne parurent pas le noter, attribuant certainement ma mauvaise humeur à mon entrevue avec Rogue. Une sueur froide me fit frissonner et un rire nerveux m'échappa. J'y été arrivé, j'avais réussi ce qui me semblait être un exploit et Rogue n'avait rien dit de particulièrement mauvais. Il n'avait pas bronché, je ne sais pas si ce comportement était annonciateur d'un esclandre pour ma retenue mais mon sourire ne me quitta pas de la matinée. J'avais réussi à faire accepter à Rogue que les raisons de mon retour à la cabane hurlante cette nuit-là étaient fondés.

C'est de cette humeur que ma journée s'enchaina, mon appréhension était apparue vers la fin d'après-midi, Harry et Ron avait dû sentir la tension qui m'animait puisqu'ils ne m'adressaient la parole qu'en cas d'extrême nécessité.

J'avais fait un crochet par la salle commune de Gryffondors pour les aider dans leurs devoirs. Le parchemin demandé en cours de soin aux créatures magiques était pour une fois celui qui nous avait donné le plus de fil à tordre. Cormac MacLagen m'alpagua lorsque les garçons étaient remontés. Je rangeais le reste de mes affaires et il me proposa de prendre une de ses créations culinaires.

-Depuis quand tu cuisine Cormac ? lui demandais prudemment.

Depuis la scène à laquelle j'avais eu le droit lord la soirée de Slughorn en cinquième année j'avais tenté de garder mes distances un maximum face à lui. Je n'avais pas envie qu'il ne se fasse de nouveau des idées. Il prit un air contrit avant de sourire et de me tendre un gâteau au chocolat. Je refusais poliment en lui disant que j'avais assez mangé lors du repas du soir. Il insista et je jetais un œil à l'horloge avant d'accepter son gâteau, il était déjà 19h50, je n'avais pas envie d'arriver en retard pour ma retenue. Je fourrais la pâtisserie dans mon sac avant de lui dire que je la gouterais plus tard et que je lui donnerais mon avis lorsque cela serait fait. Il parut ravi et me laissa enfin passer le portrait de la grosse dame.

J'accélérais le pas afin d'être ponctuelle et à 20h00 précise, je toquais à la porte du bureau de Rogue. Il ne m'invita pas à entrer c'est donc en retenant ma respiration que je poussais le loquet avant de pénétrer dans les cachots. C'était la première fois que je me retrouvais seule en retenue, habituellement, Ron et Harry étaient là pour m'accompagner. C'était la première fois aussi que je me retrouvais seule en retenue avec Rogue et la situation avait quelque chose de personnel face aux évènements qui se déroulaient en ce moment. L'air de la pièce était lourd, chaud et pesant, l'odeur qui se dégageait des chaudrons en stase me fit suffoquer.

Je cherchais du regard Rogue avant de la trouver penché sur un chaudron bouillant, il n'avait pas dû m'entendre et je m'éclaircis la voix pour lui signifier ma présence. Il leva la tête vers moi et la situation me rappela étrangement celle qui s'était déroulé ce matin avec l'autre Rogue.

-Posez vos affaires et venez me rejoindre Miss Granger !

Je fis ce qu'il me dit et allais me mettre face à lui, de l'autre côté du chaudron. Je ne m'étais pas attendue à ce genre de retenue, habituellement Rogue faisait nettoyer des chaudrons à la main où se contentait de donner un devoir aux élèves en retenue avant d'aller s'occuper ailleurs à la correction de ses copies. Voir tout cet étalage de chaudron ici et la concentration qu'il y mettait avait quelque chose de disons...personnel. Je restais devant lui les bras ballants attendant une consigne, il leva vers moi un regard interrogateur.

-Miss Granger, d'après les dires de mes collègues et de certains de vos camarades, vous êtes sans aucun doute la sorcière la plus brillante de vôtre génération…prouvez le moi ! dit-il avec un air de défi indiscutable. Je travail sur la potion qui permettrait à nos…visiteurs de retourner d'où ils viennent, apportez-moi donc vos lumières en la matière !

L'expression que j'eut alors à vraiment dû être concasse puisque je vis un éclat étrange passer dans son regard. Je notais au passage qu'il avait employé le mot « visiteurs » pour parler de nos potentiels double futuriste et je restais un instant interdit. N'étaient t'ils pas des parasites qui devaient dégagez le plancher d'eux-mêmes ? Peut-être était-il rassuré de devoir faire partie du rétablissement de la vérité ? Ça ne pouvait être que ça.

Je jetais un œil autour de moi et me débarrassais de ma veste. Le défi qu'il venait de me lancer était de taille, je n'étais encore qu'une simple novice en matière de potions. Mais le fait est qu'il voulait bien que je l'aide dans sa tâche, à moins que ce ne soit une raison de plus pour pouvoir m'humilier ? Je poussais un soupir contrit :

-Il s'agit de la même potion à plusieurs stades de préparation ?

Le regard qu'il me jeta eut l'air d'un « Quel génie Granger ! » pathétique et je baisais de nouveau la tête. Oui, il s'agissait bien de la même potion, je m'avançais vers le chaudron le plus proche de moi et tentais de deviner quels ingrédients entraient dans sa composition. Comment étais-je censé l'aider si je ne savais même pas reconnaitre les ingrédients qui composaient une potion ? Je tournais de nouveau la tête vers lui mais il me tourné le dos, sa façon de me dire de me débrouiller toute seule. Quels étaient les ingrédients qui étaient susceptibles d'entrer dans la composition d'une potion vous permettant de voyager dans le temps ? Mes bras avaient pris place de chaque côté du chaudron et j'étais penchée sur celui-ci comme s'il allait lui-même me murmurer la réponse. Fait fonctionner ton cerveau Hermione ! m'invectivais-je.

L'odeur qui se dégageai de la mixture me rappelé celle de l'odeur du goudron sur le sol après un orage. La poudre de corne de Rhinocéros avait certaines propriétés temporelles, mais rien n'avait encore était prouvé. Un crin de licorne peut être ? La solution me semblait plus approprié et j'appelais certains ingrédients d'un accio informulé, j'enlevais la potion de son état de stase et ajoutais en quantité minime les ingrédients que je jugeai nécessaires pour effectuer un retour dans le temps. La fillette avais dit qu'elle s'était trompée en tournant la potion, je répétais les gestes qu'elle nous avait donné et poussais un soupir d'agacement, rien n'indiquait que cette mixture serait utilisable, je ne savais même pas si j'avais fait foirer la préparation de Rogue !

-Pourquoi tournez-vous votre potion de la sorte ? Ne vous ai-je rien appris ?

La voix me fit lever la tête, une goutte de sueur perla sur mon front et je la fis disparaitre avant qu'elle ne tombe dans ma préparation.

-Quand Dumbledore lui a demandé, elle a dit qu'elle s'était trompée de sens en tournant sa potion. Je sais qu'il ne faut pas faire de cette manière dans nos préparations mais…je me suis dit que si je reproduisais ses gestes…peut-être que cela fonctionnerait ?

POV SS :

J'acquiesçais face à la réponse de Granger, je n'avais pas noté ses détails lors de notre premier échange et l'idée ne me semblait pas mauvaise. Elle continua ses gestes pendant quelques minutes avant de mettre sa potion en stase. J'avais gardé mon regard fixé sur elle afin d'évaluer le travail accompli depuis toutes ces années, Granger était bel et bien douée.

Elle avait refusé le travail sans trop réfléchir, elle était concentrée et disciplinée, des qualités importantes pour un maitre des potions. Elle avait su sortir des sentiers battus et testait de nouvelles méthodes afin d'obtenir un résultat.

J'essayais de me persuader que j'agissais de la sorte dans une démarche pédagogique mais je sentais bien que mon attention sur Granger n'était pas soutenue uniquement par la pédagogie. Ses compétences étaient certes remarquables pour quelqu'un de son âge, mais elle avait toujours été douée pour apprendre.

Les événements vécus tout au long de sa scolarité, le retour du seigneur des ténèbres et la grande guerre de l'an dernier n'avait fait que renforcer ses traits de caractères. Elle était un pilier emplit de maturité et de bon sens.

Je secouais la tête face à mes pensées, je ne pouvais pas me permettre de me mettre des idioties pareilles en tête. Même si effectivement Granger avait toutes les qualités du monde, je n'étais pas à ma place en m'imaginant un avenir à ses côtés. Existe-t-il seulement un moyen d'oublier une personne que l'on apprécie de cette manière ? J'avais mis des années à me défaire de l'amour que je portais à Lily, n'avait fini par subsister qu'un sentiment de profond respect, le souvenir seul de l'amour que je lui avais porté avait fini par s'estomper pour devenir autre chose. Quelque chose de plus soutenable, de moins douloureux et je m'étais alors juré de ne plus jamais retomber dans ce genre de travers. Jusque-là j'avais tenu mes promesses et puis cette gamine sortie de nulle part avait tout chamboulé.

Certes en y réfléchissant je me rendais bien compte que les sentiments que j'avais pour Granger n'étaient pas apparu en une journée, j'avais eu le temps nécessaire pour y réfléchir. Et je trouvais encore malsain l'idée de me dire que les qualités morales d'une jeune femme pouvaient me faire fléchir à ce point. En y réfléchissant encore, je m'étais rendu compte que le respect que j'avais pour elle et ses capacités, son foutu courage Gryffondor avaient été l'élément déclencheur de ce sentiment. Je ne me l'étais simplement pas avoué et j'aurais certainement mis encore des années à le réaliser. Et je ne m'imaginais tout bonnement pas avouer à Granger que je ressentais quelque chose pour elle, elle allait me rire au nez, m'insulter de tous les noms de la terre. Et elle aurait raison, après tout ce que je lui avais fait subir, à elle et à ses amis. Comment une âme aussi belle que la sienne pourrait un jour aimer l'être que je suis ?

Peut-être avait-elle raison après tout, peut-être les univers parallèles existaient-ils et peut être que ces gens du futur en provenaient ? Un monde parallèle où Hermione Granger aurait pu tomber amoureuse de son professeur de potion.

La résonnance de son nom dans mon esprit me fit l'effet d'un doux tintement et sans m'en rendre compte je murmurais son nom afin de le rendre plus réel, afin de toucher du bout des lèvres cette réalité.

-Professeur ? demanda t'elle confuse

Je tiquais à ma bêtise et me pinçais l'arête du nez comme pour étouffer mon inconscience.

-Qu'y a-t-il Granger ?

Elle parut un instant interdit avant de secouer la tête comme pour faite taire sa propre bêtise.

-Rien…j'ai terminé mon travail.

J'observais sa mixture en hochant la tête, elle avait l'air plutôt bien partie pour réussir.

-Vous pouvez reprendre vos affaires et retourner dans votre chambre, votre retenue est terminée pour ce soir.

Je lui tournais le dos afin de ranger mes propres affaires mais je n'entendais pas la porte claquer. Après quelques minutes je lui fis face, j'aurais espéré qu'elle ait abandonné cette affaire.

-Il est tard Miss Granger, vous avez cours demain, il serait regrettable que vous finissiez votre scolarité sur un taux d'absentéisme record !

Elle prit une grande inspiration pour se donner du courage et commença à débiter un nombre de mots toujours incessants.

-Vous pouvez continuer à me tourner le dos si vous le souhaité professeur, je n'attends pas de réponses de votre part. Je veux juste rétablir la vérité, répondre aux accusations que vous m'avez faites il y a quelques temps.

Elle attendit quelques instants que je décide de la marche à suivre, je n'avais pas la force de lui répondre, pas la force de la convaincre de partir alors que je voulais tant sa présence à mes côtés. Je me glissais sur une chaise puis bras croisés je la fixais. Peut-être allait-elle partir, se dégonfler ? Mais n'était pas un dégonflé qui veut, son courage semblait plus fort que la tension qui l'animé. Ses épaules étaient tendues, son corps entier était retenu par une tension grandissante. Elle expira longuement en hochant la tête et finit par s'assoir à son tour, deux chaises plus loin et installée de biais de sorte que nos regards ne puissent pas se croiser. J'avais l'impression d'être dans un de ces foutus confessionnal moldus.

Sa voix était chevrotante sur le début mais au fur et à mesure de son récit elle prit plus d'assurance, je n'allais pas la couper, j'avais besoin de savoir pourquoi elle était revenue sur ses pas cette nuit-là. Se pouvait-il ? L'espérance était-elle de mise ?

POV HG :

-Lorsque je suis arrivée en première année, après mon premier cours de potion, j'ai pensé comme tout le monde, je n'avais pas encore d'amis. Le seul contact que j'avais était celui avec les professeurs. Vous étiez le seul à ne pas me ménagez, à ne pas m'encourager. Vous ne me dissiez pas que mes capacités étaient étonnantes, que j'étais intelligente et j'avais besoin de ça. Besoin que quelqu'un me fasse garder les pieds sur terre. Et puis Ron et Harry sont arrivés, nous avons dû affronter des choses qu'aucun d'entre nous n'étais encore prêt à affronter. Vous aviez toujours été là dans ce genre de moment, pour nous faire redescendre sur terre, vos intentions n'étaient pas forcément toujours honorables mais vous étiez là.

A cet instant j'entendis un rire amer s'échapper de ses lèvres, il me fit un geste de la main pour m'inviter à continuer mon récit. Je m'éclaircis la voix avant de reprendre. Mon but n'était pas de le blesser mais de lui faire prendre conscience de ma vision des choses, il n'était pas un homme mauvais.

-En troisième année, j'ai aperçu quelque chose de vous que je soupçonnais mais que je ne pensais jamais voir. Lorsque Lupin s'est changé en Loup garou, vous nous avez protéger, tous les trois, même Harry qui vous exécrez ! Sans vous en rendre compte, vous me poussiez dans mes retranchements. J'étais obligé de donner le double d'énergie dans vos cours, vous n'avez pas été tendre, vous ne vous êtes pas montré juste non plus, pourtant, vous avez cessé de dénigrer mes efforts. Et ce soir enfin, vous semblez avoir tenu compte de mes capacités. Quand nous vous avons laissés là-bas après votre morsure, je me suis sentie minable. J'avais envie de vous aider mais je ne savais pas comment m'y prendre. Les garçons n'auraient pas compris et la guerre faisait rage dehors. Pourtant nous avons eu un moment de répit, je n'avais de cesse de vous imaginer en train de mourir seul et je n'avais pas envie que vous mouriez seul, pas envie que vous mourriez tout court, vous comprenez ?

Sans m'en rendre compte, des larmes silencieuses avaient commencés à envahir mon visage mais je pouvais plus m'arrêter. Je n'avais pas raconté cette version aux garçons, je leur avais juste dit que j'étais retournée dans la cabane hurlante pour apporter mon aide. C'est en vidant mon sac dans cette salle que je prenais compte de l'ampleur de la situation. Rogue ne m'avait jamais vraiment paru quelconque. Nous étions loin des sentiments amoureux que tout le monde semblait attendre de nous, de moi et pourtant, Rogue était important dans ma vie.

-Vous êtes un héros méconnu, certes, ça ne fait pas de vous quelqu'un de bien, mais rappelez-vous simplement que je suis retournée à la cabane pendant qu'Harry regardait vos souvenirs. Je n'en ai connu la teneur que plus tard, j'y suis retournée parce que je voulais vous sauver, j'en avais horriblement besoin, vous comptiez trop pour moi. Quand je suis arrivée vous divaguiez, mais vous m'avez reconnue, vous m'avez demandé ce que je faisais ici et je ne vous ai pas répondu. J'ai lu tout un tas de bouquin vous savez ? J'étais comme un robot, sur pilote automatique, je n'ai pas vraiment réfléchi, j'ai juste agi. J'ai récité la formule, je vous ai donné un antipoison et j'ai refermé vos plaies. Je n'ai pas attendue de voir si cela fonctionné, pas attendue de voir vos yeux s'ouvrir. Je suis partie en courant comme une gamine, il fallait que je retrouve Ron, c'est à ce moment-là que nous avons échangé notre premier baiser.

Ma voix sembla mourir dans ma gorge tandis que je portais mes mains à mes lèvres. Notre amour n'avait pas été réel, il avait été bref et tendre, mais Ron resterait à tout jamais l'un de mes premiers amours. Il avait entendu mes rêves et mes espoirs, m'avait fait me sentir vivante à un moment où j'étais au plus mal. Au moment où j'avais abandonnée Rogue dans la cabane hurlante ! Cette seconde constation m'arracha un hoquet de surprise, comme un point qui tombe au fond de votre gorge, ma respiration se coupa et je dû prendre appuie sur la table face à moi pour de nouveau respirer convenablement.

-Vous pouvez partir désormais…

Sa voix me fit l'effet d'un couperet, une lame insidieuse qui vous coupe l'herbe sous les pieds. Il m'avait dit que ce ne serait pas simple, j'avais accompli ma mission. J'avais pu faire mon récit, j'avais pu panser mes plaies. Je n'avais pas encore obtenu les réponses à mes questions concernant la nuit de mon attaque mais j'allais le laisser digérer ce récit d'abord. Nous avions encore cinq mois avant que je ne passe mes ASPICS. Nous avions amplement le temps de tout mettre à plat avant de ne plus jamais nous revoir. Je m'emparais de mon sac avant de quitter la salle. Il était plus de minuit désormais, j'accélérais la cadence pour rentrer le plus rapidement dans ma chambre de préfet. Je ne m'attendais pas à ce que Drago soit assis à m'attendre dans notre espace commun. La douleur qui m'avait empreint dans la salle de retenue décidé alors d'exploser. Je tombais à genoux et Drago courut vers moi, il m'emprisonna dans ses bras et se mit à me bercer comme une enfant. La panique ne m'avait toujours pas quitté, il me chuchota alors des paroles rassurantes, il me disait que tout allait bien se passer, que demain il irait parler à son parrain. Si seulement il savait, si seulement il savait la prise de conscience qui m'avait étreint là-bas.

Ma crise de larme passée, nous avions rejoint le canapé. Il attrapa mon visage entre ses mains et essuya mes larmes.

-Il t'as fait du mal ? Qu'est-ce qu'il t'a dit ? sa voix était alarmée.

Je secouais la tête, il ne comprenait pas.

-Ne t'inquiète pas, je…j'ai juste parlé, il n'a rien dit, n'as rien fait.

-Qu'est ce qu'il y a alors ? Ne me dit pas que maintenant parler te met dans un tel état !

-C'est plus compliqué que ça, je n'ai pas envie d'en parler maintenant…

Il secoua la tête et s'empara de mon sac, quelque chose avait attiré son regard.

-Demain alors ? proposa-t-il. Sinon j'irais le voir !

-Laisse-moi un peu de temps, il faut que je reprenne mes esprits. Et rends-moi mon sac, j'ai n'ai rien d'autres que mes cours à l'intérieur.

Il me lança un regard suspicieux avant de s'emparer d'un objet, un éclat rieur passe dans ses yeux et il me tendit une part de gâteau au chocolat avant d'éclater de rire.

-Vous avez cuisiné durant ta retenue, c'est ça qui te met dans un tel état ?

Il ne me laissa pas le temps de répondre et me fourra un bout de gâteau dans la bouche. J'éclatais de rire à mon tour avant de le repousser, qui aurait pu dire un jour que Drago Malefoy était un bout en train ?

-Jette ça à la poubelle, je n'en veux pas, c'est Cormac qui me l'as donné tout à l'heure dans la salle commune, il voulait mon avis mais je n'ai pas franchement faim, en plus il a un gout horrible…ça pu le vieux parchemin et l'orange !

Drago éclata de rire une nouvelle fois et finit par faire disparaitre la pâtisserie d'un evanesco informulé.

-Tu veux bien dormir ici avec moi ce soir ? Je n'ai pas envie de rester seule !

Il me sourit avant d'accepter, nous nous sommes alors attelés à la tâche de nous fabriquer un petit camp douillet et c'est en discutant de tout et de rien que nous nous sommes endormis.