[HxK] Le Bruit du Silence (Chapitre 7)
Titre : Le Bruit du Silence
Genre : Romance
Personnages : Heiji x Kazuha, Shinichi x Ran
Statut : Fini / Série. Chapitres : 7/7
Avertissement : -

7. Un pas en avant

Lorsque Heiji et Kazuha atteignirent enfin les autels et le ruisseau invisible, la première chose qu'ils aperçurent fut la silhouette de leurs amis intimement enlacés. Un peu pris au dépourvu, le garçon d'Osaka s'arrêta brusquement. A ses côtés, il sentit sa camarade se figer à son tour.

« Mais quel idiot je fais ! se reprocha-t-il mentalement. A cause de ce qui s'est passé avec Kazuha, j'ai complètement perdu la notion du temps. C'est vrai qu'ils avaient besoin de plusieurs minutes avant d'arriver ici... »

Alors qu'il se faisait cette réflexion, il fit rapidement demi-tour entrainant Kazuha avec lui. Celle-ci ne broncha pas et le suivit docilement dans la forêt. Sans vraiment le réaliser, le détective sortit du sentier et se dirigea vers un grand arbre au tronc épais qui se trouvait à quelques mètres. Il appuya alors son dos contre l'écorce et poussa un grand soupir de soulagement. Avec de la chance, son meilleur ami ne les avait pas entendus.
- Heiji ? fit timidement Kazuha à ses côtés.
Reprenant ses esprits, il réalisa brusquement qu'il n'avait pas lâché la main de son amie et qu'à cause de l'embarras occasionné par la scène à laquelle ils venaient d'assister, il était simplement en train de la lui broyer.
- Ha... je ... pardon...
Et il relâcha la pression de ses doigts.
- Ce n'est rien, dit la jeune fille.
Mais elle ne retira pas sa main pour autant. Au contraire, elle se rapprocha et s'assit juste à ses côtés, dos à l'arbre. Heiji la dévisagea un bref moment. Elle avait toujours le visage écarlate et affichait un petit sourire. L'espace d'un instant, il se demanda si cela était toujours le fait de leur mésaventure dans les escaliers ou si c'était parce qu'elle avait entraperçu Kudo et Nee chan s'embrasser qui la rendait si joyeuse... A son tour, il se laissa glisser contre l'arbre et étira ses longues jambes devant lui.
- On a l'air malin maintenant, laissa-t-il échapper.
A sa droite, Kazuha gloussa légèrement.
- Tu trouves ça drôle ?
- Ben quoi ? On ne va pas leur en vouloir non plus ? Pour une fois que Kudo-kun ne s'enfuit pas comme un lâche...
Heiji lança une œillade de reproche à sa meilleure amie. Depuis quand se permettait-elle de porter ce genre de jugement sur Kudo ? Enfin, elle ne savait rien de tout ce que ces deux-là avaient enduré alors il ne pouvait pas lui en vouloir. Lui, il savait que Kudo n'allait pas repartir sans prévenir. Il se doutait même que les intentions de son ami à l'encontre de sa camarade allaient au-delà d'un simple baiser. Kudo Shinichi comptait rattraper le temps perdu. Mais pour cela il avait prévu de bâtir quelque chose de bien sérieux. On pouvait penser ce qu'on voulait, le détective de l'Est était loin d'être un lâche.
Une feuille légèrement jaunie se posa doucement sur l'épaule de l'adolescent. Alors qu'il la fixait sans vraiment y penser, il entendit la voix de Kazuha reprendre :
- Comme je peux envier Ran chan n'empêche...
A ses propos, le corps de Heiji se raidit brusquement. Mais il se sentit incapable de répliquer quoi que ce soit.
- Elle a attendu pendant si longtemps que Kudo-kun revienne. Et maintenant il est de retour et il lui fait une déclaration. Elle a vraiment de la chance... mais en même temps c'est tout ce qu'on pouvait lui souhaiter.
Mal à l'aise, le détective dégagea doucement sa main de celle de la jeune fille. Celle-ci tourna sa tête vers le garçon à ses côtés mais ce dernier fuit son regard en fixant un point invisible dans la direction opposée.
- Kudo avait prévu de revenir définitivement depuis le début. Il a juste eu des petits problèmes qui lui ont posé un contre temps... mais ça c'est son affaire. Après je ne vois pas pourquoi tu devrais être envieuse de ces deux-là. Je croyais que Kudo ne t'intéressait pas ?
Il avait prononcé cette dernière phrase alors qu'il était soudainement assailli par un doute imperceptible. Mais Kazuha ne décerna pas cette subite pointe de jalousie dans le ton de son ami d'enfance. Elle continua comme si de rien n'était.
- C'est juste que finalement Ran chan a trouvé une personne qui l'aime et pour qui elle a des sentiments elle aussi. C'est seulement pour ça que je l'envie...
Cette fois le jeune détective se retourna franchement vers elle. Il se mit à détailler son profil, enregistrant chacun des mots qu'elle venait de prononcer. Elle avait ramené ses bras autour de ses jambes et avait les yeux dans le vague.

« Parce que moi je ne compte pas peut-être ? » se surprit alors à penser Heiji.
Mais son amie n'avait toujours pas bougé. Il fronça alors les sourcils et finit par dire :
- Ce que tu peux être bête !
Et alors qu'elle relevait la tête vers lui, elle sentit un bras glisser doucement le long de ses épaules et l'attirer contre le jeune homme. C'était la seconde fois de la journée. Et Kazuha n'était vraiment pas habituée à ce que Heiji fasse tant de démonstration d'affection à son égard. Elle ferma alors les yeux pour profiter à nouveau de cet instant, se demandant si elle avait le droit d'espérer de ce geste un peu plus qu'elle ne le faisait d'habitude. C'était si doux de se laisser aller... Mais en même temps, Heiji ne parlait pas. Il ne mettait pas de mots sur les gestes qu'il réalisait. Elle pouvait donc parfaitement se méprendre sur ses intentions.

« Haaa... pourquoi est-ce toujours si compliqué ? »

Après plusieurs minutes de calme et de silence, les deux adolescents d'Osaka entendirent alors des pas se rapprocher. Instinctivement ils se dégagèrent de leur étreinte quand une voix s'éleva derrière eux :
- Ha ben vous étiez la ? On ne vous dérange pas j'espère ?
- Ku... Kudo-kun ! Ran chan !
Kazuha se releva précipitamment en balayant les feuilles et les brindilles de sa jupe.
- Vous nous cherchez depuis longtemps, demanda alors Hattori qui se relevait à son tour.
- Absolument pas. On vous a entendu tout à l'heure quand vous êtes arrivés près du ruisseau.
Les deux lycéens d'Osaka ne purent réprimer la chaleur qui envahissait leurs joues.
- Désolé, on ne voulait pas vous déranger...
Mais leurs camarades de Tokyo ne furent pas beaucoup plus brillants en la matière.
Un petit silence embarrassé passa ensuite entre les quatre amis. Puis le détective de l'Est finit par demander :
- Alors, c'est bon ? Vous êtes satisfaites de votre plan mesdemoiselles ?
Ran et Kazuha se regardèrent enfin et se mirent d'accord d'un signe de tête.
- Ne nous en voulez pas, hein, expliqua alors Ran. Kazuha-chan et moi, on voulait un peu vous faire ... réfléchir sur le sens de vos actions.
- En gros vous vous êtes vengées, précisa Heiji pour leur signifier qu'ils avaient parfaitement compris leur petit manège. Enfin, on ne va pas se plaindre. C'était plutôt bien trouvé comme énigme. Pas vrai Kudo ?
- Vraiment ? Demanda Kazuha toute surprise.
Ils commencèrent doucement à prendre le chemin du retour.
- L'énigme était au point, continua Shinichi tout en entrainant Ran par la main. Mais je crois que ce que je préfère c'est quand même la réponse.
Les deux adolescents de Tokyo marchaient à quelques mètres devant Heiji et Kazuha de sorte que ces derniers ne pouvaient voir l'expression de leurs amis. Mais cela arracha toutefois un sourire au détective d'Osaka qui croisa le regard complice de sa meilleure amie à ses côtés. Sans ajouter un mot, il s'empara à nouveau de sa main et la fourra dans la poche de sa veste. Ran choisit ce moment-là pour se retourner. Alors qu'elle s'apprêtait à leur demander quelque chose, elle vit sur leur visage apparaitre une expression gênée comme s'ils étaient pris la main dans le sac. La jeune tokyoïte ne put réprimer son sourire.
- Au fait, Hattori-kun, tu n'as pas faim ?
- Heu... c'est que...
L'interpellé réalisa alors que son ventre criait famine et qu'il n'aurait rien eu contre grignoter un petit quelque chose. Shinichi tourna la tête à son tour un petit sourire mutin au coin des lèvres :
- Bah, ne t'inquiète pas, on pourra bientôt manger... d'ici une heure environ. Le temps de redescendre jusqu'à la civilisation.

Etrangement le temps s'écoula particulièrement vite pour les quatre lycéens alors qu'ils redescendaient le sanctuaire. Les deux couples échangeaient des remarques et des boutades amicales tout en admirant une dernière fois le paysage fantastique que formaient les arches vermillon. Une fois dans le quartier, ils firent une petite halte dans une vieille échoppe de nouilles et les garçons avalèrent rapidement un bol de udon. Puis ils se dirigèrent vers la gare où ils montèrent dans le premier train.
Alors que les deux filles étaient parties dans une discussion active sur les activités du week-end, Shinichi en profita pour prendre Hattori à part plusieurs mètres plus loin dans le wagon.
- Alors ? Tu n'as pas été trop maladroit cette fois j'espère ?
- Hein ?... De quoi tu parles ?
Mal à l'aise, le détective d'Osaka préféra faire celui qui ne comprenait pas le sous-entendu.
- Arrête ça tu veux. Je vois bien qu'il s'est passé quelque chose de votre côté aussi. Je voulais juste être sûr que tu n'as pas fait l'imbécile.
- Est-ce que je te demande des comptes sur ta vie avec Nee-chan ? se défendit Heiji en rougissant.
- ... Ran et moi partons à Londres cet été, précisa le lycéen en couvrant son amie d'un regard affectueux.
Heiji dévisagea son ami un peu surpris. Il resta un instant la bouche entrouverte et les yeux écarquillés.
- Quoi ? finit par demander Shinichi en haussant les sourcils devant son air hagard.
- Haaa... pardon. C'est juste que... tu dis ça comme si vous partiez en voyage de noce...
- I...Idiot ! Ce n'est pas ça du tout ! J'ai juste encore des choses à lui dire une fois là-bas. Mais dis-moi plutôt, toi qu'est-ce que tu comptes faire après ça ?
Heiji regarda un instant son ami et se mit à réfléchir intensivement. Puis il finit par lui dire :
- Tu sais... je te comprends finalement.
- Comment ça ?
- Quand tu dis que tu veux à tout prix conclure de façon sérieuse avec Nee-chan. Je crois que je commence à comprendre ce que tu ressens.
Cette réponse arracha un léger sourire au détective de l'est.

« Serais-tu en train de devenir raisonnable ? »

- Alors tu comptes faire quelque chose avec elle bientôt ?
Heiji se mit alors à observer discrètement en direction des filles qui ne prêtaient absolument pas attention à eux.
- Je ne sais pas, répondit franchement l'intéressé.
- Hein ?
- C'est à dire que... tu vois, Kudo...
Et il finit par se tourner à nouveau vers son ami en lui adressant un large sourire.
- Contrairement à toi, je sens que j'ai encore tout mon temps devant moi. Que ça soit pour moi, ou pour Kazuha, rien ne sert de nous presser. Les choses arriveront en temps et en heure.
Shinichi soupira légèrement à cette réponse. C'était certainement la première fois qu'Heiji admettait ouvertement avoir des sentiments pour son amie d'enfance. Un énorme pas en avant venait d'être franchi.
- Rien ne t'empêche de te montrer un minimum agréable avec elle. Elle le dessert elle aussi après tout.
- Ne t'inquiète pas. J'ai quand même quelques idées de prévues pour ça...

Ce soir-là, deux adolescents se tenaient gentiment la main dans le shinkansen qui les ramenaient à Tokyo. Ran avait posé sa tête contre l'épaule de Shinichi alors que ce dernier lui expliquait qu'il avait encore quelque chose à lui confesser de bien plus important lorsqu'ils seraient à Londres. Il ne dit cependant pas à Ran que cela n'avait rien à voir avec l'explication de son départ précipité ces derniers mois. Ça il avait l'intention de le lui avouer cette semaine. Cela serait sans doute encore un moment difficile pour tous les deux mais il connaissait assez Ran pour avoir foi en elle. Elle l'écouterait et même si elle se montrait fâchée, elle finirait par lui pardonner. Elle n'avait pas attendu des mois pour tout laisser tomber brutalement sur le coup de la colère... En tout cas dans l'immédiat, Shinichi avait décidé de profiter encore un peu de cette fin de journée magnifique avec elle. Il se pencha vers elle et déposa délicatement un baiser sur sa joue...

Pendant ce temps, à l'autre bout d'Osaka, les deux lycéens du campus de Kaiho dinaient en tête à tête dans un petit restaurant italien de Shinsaibashi. Ils avaient encore du temps devant eux pour concrétiser les choses. Mais après tout, franchir doucement une étape n'était peut-être pas si désagréable ? C'est en tout cas ce que se dit le jeune homme alors qu'il se mit à caresser la main de son amie sur la table en rougissant. Quant à savoir ce qu'il lui dit alors, c'est une tout autre histoire...

FIN.