Le Renard et le Furet

Chapitre Septième

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Le Renard et le Furet.

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C'était un cauchemar.

En toute honnêteté, Draco n'avait pas pensé que cet abruti serait là au jour dit. Enfin si. Enfin non. Enfin, il ne savait pas trop ce qu'il avait pensé. Mais maintenant que Ronald Weasley se tenait face à lui, dans sa propre demeure, habillé d'une vieille salopette et souriant d'un air idiot, il savait ce qu'il pensait.

Il allait démolir la tronche de son nouveau jardinier à coups de bêche.

- Weasley, siffla-t-il. Quel mot ne comprends-tu pas dans "Je ne veux jamais revoir ta sale tête" ?

- Voulez-vous que je tonde la pelouse, monsieur Malefoy ? demanda joyeusement le rouquin.

Le pire, c'est qu'il n'était même pas ironique pour deux sous.

- Je veux que tu dégages ! piailla Draco d'un ton peu digne.

- Je ne peux pas, j'ai signé un contrat, dit sérieusement l'autre.

- Alors je te vire !

- Vous ne pouvez pas, c'est votre mère qui est mon employeuse.

Draco le regarda d'un air très, très méchant.

- Ma mère n'a plus toute sa tête.

- Oui, mais elle sait encore signer. (Weasley haussa un sourcil.) Tu ne croyais tout de même pas que je serais assez stupide pour que ce soit toi, mon employeur ? demanda-t-il sur un ton moins cérémonieux.

- La ferme ! Va tailler les rosiers ! Et appelle-moi "monsieur" !

- Bien, monsieur.

Poudlard était terminé. Il avait obtenu tous ses ASPICs. Il avait pensé être libre.

Grave erreur.

Un être roux et plein de tâches de rousseurs semblait déterminer à le poursuivre de ses assiduités jusqu'à la mort de l'un d'entre eux.

Et bien, Weasley crèverait le premier, décida Draco en se laissant tomber dans un fauteuil et en saisissant une tasse de thé. Et, s'il avait son mot à dire, assez rapidement.

- Peux-tu me passer le sucre, mon chéri ? demanda sa mère.

Narcissa était dans l'un de ses bons jours. Déjà, elle ne le prenait pas pour le plombier.

- Oh, tu as vu, nous avons un nouveau jardinier ! dit-elle joyeusement.

- Grunt.

- Il se débrouille magnifiquement avec les rhododendrons, continua-t-elle. Et quel joli petit cul !

Draco recracha son thé droit sur l'un des onéreux coussins de soie blanche.

- Mère ! hoqueta-t-il, indigné.

Narcissa haussa un sourcil.

- Quoi ? C'est vrai.

- Peut-être, mais vous n'êtes pas obligée de le faire remarquer.

Il se fit une fois de plus la réflexion que depuis que Lucius n'était plus là, sa mère était totalement inconvenable. Une petite voix lui souffla qu'il la préférait de loin comme cela.

- Oh, ça va. Tu es jaloux ? demanda-t-elle en haussant un sourcil.

- Je n'ai nulle envie que vous commentiez mon derrière, répliqua-t-il sèchement.

- Oui, mais tu voudrais peut-être commenter celui du jardinier.

Draco avala tout rond son biscuit, et décida qu'il était plus judicieux de ne pas continuer la conversation.

Il n'allait pas voir ce que bricolait ce satané Weasley. Pas du tout. Il était chez lui, et si l'envie le prenait d'aller faire un tour dans les jardins, et bien il en avait parfaitement le droit. Même s'il n'y avait pas mis les pieds depuis belle lurette, à vrai dire depuis qu'il était entré à Poudlard et qu'il ne revenait ici que pour les vacances d'hiver, quand il faisait bien trop humide et glacial pour mettre le nez dehors. (L'été, ils allaient toujours dans leur résidence du sud de la France.)

Après avoir erré un bon quart d'heure dans le labyrinthe de bosquets de houx, incapable d'en retrouver la sortie, il longea deux ou trois bassins dont il ne se souvenait même plus, dans la direction de ce qu'il pensait être le fond du parc. Dès que l'on s'écartait de la maison, les jardins étaient dans un état pitoyable, laissés depuis longtemps à l'abandon. Cependant, remarqua-t-il, l'ordre et l'harmonie semblait grignoter sur le chaos végétal jour après jour. Weasley faisait du bon boulot.

Un objet volant non identifié mais violemment sonore frôla son oreille droite et s'écrasa au sol. Cela fit quelque chose comme : "iiiiiIIIIIIAAAAAAAAAaaaaaasprotch".

- Désolé ! s'exclama Ron en accourant tandis que le missile s'éloignait en flageolant sur ses petites jambes grêles. Je dégnomais le jardin, je ne vous ai pas vu arriver, monsieur.

Draco, étreignant son petit sein palpitant, lui jeta un regard sombre. Ron… Weasley portait un large short en jean, un T-shirt blanc, et sa bouche et ses mains étaient maculées de jus de fraise.

Totalement violable.

- Weasley, attaqua-t-il d'une voix coupante, je suppose que votre contrat ne stipule pas une quotidienne razzia en règles sur les fraisiers de vos employeurs ?

Le Gryffondor regarda ses main et rougit un peu.

- Il y en avait tellement… et puis, je ne pense pas que ce soit des fraises de potager… d'abord parce que c'était plus une forêt vierge qu'un potager, ensuite, parce que ça ressemble davantage à des Twinkies Grenouillettes…

Draco sentit distinctement ses glandes salivaires se dévider.

- Des Twinkies Grenouillettes ?!

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Ils étaient, tous les deux, vautrés au milieu des buissons, et Ron contemplait avec plaisir le blond s'empiffrer de fraises. Draco n'avait pas de jus de fraise sur les doigts, il en avait jusqu'aux coudes. C'était à la fois répugnant et incroyablement attirant.

- Mmh, dit le Serpentard en se léchant les doigts. Mmmmh, ajouta-t-il.

Ron pouffa.

- Kjoi ? demanda Draco en fronçant les sourcils, la bouche pleine.

- Je n'ai jamais vu personne aimer autant les fraises, dit gentiment Ron.

- Mngr. Ch'est – c'est parce que quand j'étais petit, ma mère refusait que j'en mange. Elle est elle-même allergique.

Le blond poussa un profond soupir comblé et se laissa tomber sur le dos. Entre les autres herbes, Ron l'apercevait à peine.

- Pourquoi tu es là ? demanda finalement le Serpentard.

Ron s'ébouriffa pensivement les cheveux.

- Oh, et bien je suppose que ma maman et mon papa s'aimaient très fort, alors mon papa a déposé sa petite graine dans le ventre de ma maman, et puis –

Trop rapidement pour qu'il ait le temps de réagir, Draco lui sauta dessus et le plaqua au sol, les mains sur sa gorge.

- Tu sais, Weasley, dit-il en toute sincérité, j'ai parfois vraiment envie de t'en coller une.

Ron ne répondit pas. Le blond était assis sur son ventre, et il pouvait sentir ses fesses se presser contre ses abdominaux. Il n'avait jamais senti une telle vague de plaisir lui monter à la tête.

- Weasley ? répéta Draco, intrigué.

Ron ferma les yeux.

- Si tu ne bouges pas, dit-il lentement, je ne sais pas ce que je vais te faire.

Draco resta un moment immobile, puis s'écarta et s'assit en face de lui, le regard attentif. Ron se redressa, les yeux soigneusement fixés vers le sol.

- Tu es vraiment amoureux de moi, alors ? demanda finalement le Serpentard d'un ton qui n'avait rien d'agressif.

- Mmh-mmh. Désolé.

- Je ne crois pas que tu sois désolé, renifla le blond sans méchanceté.

Ron eut un grand sourire.

- Non, c'est vrai.

- Alors, je suis sensé faire quoi ? continua Draco en haussant un sourcil, sarcastique. Te regarder d'un air énamouré et me jeter dans tes bras en riant et en pleurant de bonheur, après quoi nous vivrons heureux à jamais et pour toujours ?

- Et bien, dit Ron en tortillant un brin d'air, je m'étais dit qu'avant tout on pourrait déjà commencer par s'envoyer sauvagement et passionnément en l'air, mais c'est toi qui vois.

Il leva les yeux et tomba dans ceux de Draco.

Quelque part, quelque chose fit un petit, petit "snap!", comme le bruit d'une ficelle tendue qui casse.

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La bouche de Weasley avait un goût de fraise – par le diable, de Twinkies Grenouillettes ! – et c'était sans doute le meilleur baiser que Draco avait expérimenté dans sa vie. Et pas seulement à cause des fraises.

Il s'était jeté sur lui, et Weasley avait basculé sous le choc, et Draco l'avait saisi par les cheveux avant de poser ses lèvres sur les siennes. Et maintenant il avait collé sa langue dans sa bouche, et Weasley se tortillait sous lui, et deux mains se posèrent fermement sur ses fesses et il exhala un soupir surpris.

Il avait vraiment envie de Weasley.

Il libéra ces lèvres fines qui souriaient à présent – et les yeux bleus de ce sale rouquin brillaient comme des saphirs – et posa les siennes sur la gorge de son ex-pire-ennemi-en-second-et-seulement-si-on-ne-comptait-pas-Voldemort, qui émit un son indiscutablement satisfait et incroyablement excitant. Draco embrassa, lécha, puis mordit la peau qui sentait bien trop bon, et en retour, ces mains solides se crispèrent sur ses fesses, et il poussa le même genre de son que Weasley.

Weasley renversa la situation d'un tour de rein et reprit brutalement sa bouche.

Il y eut une succession de "mmmh" et de "ahhh" et Weasley était lourd et compact sur lui, et Draco plongea les mains dans ses cheveux et se frotta contre lui. L'herbe froissée s'écrasait sous son dos, et il y avait une légère couche de transpiration sur la nuque sous ses doigts. Il ne s'était jamais senti aussi vivant.

Et un peu lubrique, aussi.

En un éclair, il songea à tout ce que Weasley pourrait lui faire – à tout ce qu'il allait sûrement lui faire. Il songea à sa bouche, et à ses doigts, et à cette autre chose, là, un peu plus bas, et sa propre chose à lui semblait prendre vie et il voulait plus de Weasley. Il le repoussa et le contempla un instant, passant distraitement sa langue sur quelques résidus de fraises qui subsistaient autour de sa bouche.

Weasley aussi le regardait, comme personne n'avait jamais regardé Draco, et Draco sut qu'ils allaient le faire là, maintenant, au fond du jardin, couchés dans l'herbe. Il sourit légèrement, un peu provocateur, et Weasley sourit aussi et, se redressant, ôta son T-shirt. Draco se retrouva ensuite submergé par une vague de muscles et de peau à caresser, à goûter, tandis que Ron faisait de même et murmurait et enfouissait son visage au creux de son cou.

Ils laissèrent les subtilités de côté, se contentant de se frotter l'un contre l'autre, ce qui était amplement suffisant. Ron déboutonna juste sa chemise avant de se coller contre lui, et, le souffle court, ils se caressèrent fébrilement, jusqu'à ce que leurs doigts tremblant trouvent leurs braguettes, les ouvrent, plongent à la recherche de ce qui s'y cachait.

Le premier contact de son sexe contre celui de Ron arracha un hoquet à Draco, suivit par un gémissement. La toile rêche du jean le fit presque crier. Il se cramponna au cou de Ron, écartant légèrement les cuisses. Il voulait terminer et il ne voulait pas que ça s'arrête. Il était seul, avec son plaisir, et Ron n'était presque plus là. Tout était si bon, si bon et il se sentait si parfait. Puis Ron accéléra, et il pense simplement "oh!", et puis il jouit.

Il y eut quelques instants de vide, puis le temps sembla reprendre son cours pâteux. Il recommença brusquement à respirer, de longues inspirations, tandis que Ron glissait à son côté et posait sa tête contre son bras. C'était une drôle de sensation, comme si toutes les cellules de son corps s'étaient vidées en même temps que son orgasme, et qu'il demeurait incapable de faire un simple geste. Il ferma les yeux.

- Tu as l'intention de t'endormir ?

Etrangement, la voix ne l'irrita pas, parce qu'elle était intimement liée à ce qu'il venait de se passer. Il roula sur le côté et se colla sans façon contre la plaie qu'il traînerait sans doute un bon moment – peut-être même quelques dizaines d'années, allez savoir. Tout était possible.

- Peut-être un peu, dit-il d'une voix repue.

Il se sentait profondément satisfait.

La voix reprit, un peu amusée.

- Dans ce cas, ne m'accuse pas quand tu te retrouveras couvert de coups de soleil.

A suivre.

Epilogue la prochaine fois !