7. Départ

Hermione se remettait rapidement de sa blessure, mais était très choquée. Harry ne pensait pas que c'était sa faute, loin de là. C'était ainsi. Même s'il le cachait bien, lui aussi était choqué. Il n'en pouvait plus de voir toutes les personnes qu'il aimait tomber pour lui.

Un soir, où il n'arrivait pas à dormir, Harry décida de retenter sa métamorphose. Il sortit silencieusement de sa chambre, marcha sur la pointe des pieds et fit particulièrement attention à là où il les mettait, certaines marches de l'escalier grinçant. Ca aurait été plus facile sous sa forme animagus. Il passa la cuisine et sortit sur la terrasse. Une table était posée devant lui sur le sol dallé. Il la contourna et alla s'asseoir sur une petite table ronde en pierre sous le pommier de l'entrée. Arthur Weasley avait protégé sa maison du sort de Fidelitas. Il pouvait donc utiliser sa baguette sans danger, il s'en était assuré auprès d'Arthur.

Il se concentra fortement sur les sensations qu'il avait eut sous sa forme animal et se retrouva plus rapidement que la fois précédente sur ses deux courtes pattes muni de respectables serres. Il voulut rire de plaisir, mais ce fut un hululement qui sortit à la place. Tout heureux, il avait l'impression de moins ressentir la peine que sous sa forme humaine.

Comme la fois précédente, il fit plusieurs exercices afin de se muscler les ailes. Il parvint à faire quelques grands sauts, mais il n'arrivait pas à tenir longtemps, ni à trouver les gestes nécessaires pour avancer sans se pousser avec les pattes. Fourbu, il reprit deux heures plus tard sa forme humaine et s'endormit cette fois-ci sans peine, les avants bras douloureux.

Nous passerons voir Tante Muriel dimanche, déclara Molly.

Les trois amis se regardèrent. Même Hermione semblait peu rassuré à cette perspective, tellement son ami en avait vanté les qualités… inhospitalières. Harry se décida à prendre la parole. Malgré tous les efforts de la mère de son ami pour ne pas qu'ils se retrouvent ensemble, ils étaient convenus de repartir du Terrier le plus tôt possible. En l'occurrence, samedi ferait très bien l'affaire semblait-il.

Euh, Madame Weasley ?

Appelles-moi Molly, veux-tu Harry.

Nous euh… avions pensé repartir samedi et…

Et tu peux me dire où vous irez ? demanda-t-elle, les mains sur les hanches, une lueur de défi dans le regard. De peur aussi peut-être.

Nous … euh … pouvons pas vous le dire.

Ah oui ! Et puis-je savoir pourquoi ?

Non.

La défiance qu'Harry avait mise dans sa phrase sembla laisser Molly perplexe. Elle le regarda dans les yeux. Elle sembla soudain fatiguée et dix plus vieille. Son visage exprimait de la souffrance.

Harry, vous n'êtes encore que des enfants. Ce n'est pas un jeu et …

JE SAIS ! hurlait Harry qui sentait soudain l'adrénaline pulser dans ses veines. Il ne supportait plus d'être pris pour un enfant. Combien d'adultes avaient déjà affronté un basilic ? Lord Voldemort ? Assisté à sa renaissance et un meurtre de sang-froid. Combien d'entre eux avait vu leur parrain mourir et leur mentor assassiné du haut d'une tour ? Avaient affronté des Inferis ? Sans doute aucun à son âge.

Mme Weasley, répondit Harry d'une voix grave et sans élever le ton je suis tout à fait conscient que nous sommes jeunes, mais de deux choses l'une : nous avons tous vécu plus que la plupart des sorciers adultes et Ron est majeur il décidera ce qu'il souhaitera. En ce qui concerne Hermione et moi-même, Hermione est également majeure et mon parrain est décédé il y a une semaine. Je n'ajouterai pas que j'ai déjà affronté cinq fois Voldemort.

Si Molly avait semblé outrée par le ton et les phrases d'Harry, qui ne lui avait encore jamais vu cette expression sur le visage, le nom du mage noir la fit pâlir. Elle le regarda un moment. Puis son fils qui refusa de baisser ses yeux devant sa mère. Enfin, ses yeux se fixèrent sur Hermione. Arthur, alerté par les éclats de voix était venu rejoindre sa femme.

Vous risquez … tellement. Avez-vous seulement pensé à ce que … ce qui se passerait si vous étiez blessés ? Molly sembla être prise de folie
UN SEUL EXEMPLE NE VOUS SUFFIT-IL PAS ? AVEZ-VOUS OUBLIEZ… CE QUI VIENT DE SE PASSER ?

Non.
Cette fois, c'était Hermione qui avait parlé. Elle était blanche. Cependant sa voix était presque dénuée de tremblement.
Ginny n'est pas le premier exemple. Aucun de nous ne pourra jamais oublier ce qui s'est passé. Elle regarda Harry avant de continuer.
Et laisser tout tomber ne serait pas une manière de remercier Ginny pour de qu'elle a fait.

Mais laisser faire les adultes !

Lesquels ? demanda Harry qui commençait à furieusement ressentir l'envie de crier. Ceux qui se terrent et plient l'échine ? Ou bien l'Ordre, qui regarde paisiblement Voldemort prendre le pouvoir ?

L'Ordre s'occupe pour l'instant de protéger les moldus lors d'attaques… Molly lui sourit. Harry n'était pas heureux de voir Arthur se ranger du côté de sa femme. S'ils n'avaient pas son soutien, le départ risquait d'être houleux. Extrêmement houleux.
Cependant, reprit Arthur, je reconnais que ce sont plus des initiatives personnelles qu'une action coordonnée.
Cette fois, c'étaient de véritables lances roquettes que Molly avait dans les yeux.

Ron, dit sa mère qui semblait abattre sa dernière carte, que feras-tu s'il arrive quoique ce soit à … elle sembla hésiter à continuer, mais son regard alla à Hermione. Aurait-elle deviné que son fils ressentait plus que de l'amitié pour Hermione ?
Et toi Harry, ne trouves-tu pas que ce n'est pas la place d'une fille ?
Ron était devenu rouge pivoine. Harry trouvait l'argument tellement … désuet, et totalement inadapté lorsqu'on savait de quoi Hermione était capable.

Je suis totalement capable d'accomplir ce qu'aucun homme peut faire avec une baguette, s'énerva Hermione. Molly venait de toucher à un point sensible de la sorcière. Et Ron s'occupe très bien de moi, merci de vous en inquiétez. Lors de l'attaque, il a risqué sa vie pour me sauver. Si Harry n'avait pas … dévié la dague, il m'aurait sauvé la vie, acheva Hermione, qui sembla se rendre compte qu'Harry n'avait pas utilisé sa baguette lors de l'attaque. Elle nota dans un coin de sa tête d'aborder ce sujet avec lui le plus tôt possible. Elle évita toutefois de s'appesantir sur le fait que sans Harry, ce n'était pas un corps qu'ils auraient ramené, mais probablement deux.

Molly ne semblait pas vouloir les laisser avoir raison.

Molly, ils sont majeurs ou presque. Laisse-les décider. De toute façon, ils partiront si nous les-en empêchons. Nous aurions fait pareil. Ca ne sert à rien de me regarder ainsi, tu sais parfaitement au fond de toi que j'ai raison. Et si nous les en empêchons, je ne vois pas de raison pour laquelle ils nous tiendraient de temps en temps au courant de leur… état, dit-il en regardant plus que significativement les trois sorciers.

Si tu prends leur défense, alors j'imagine que je n'ai plus rien à dire, s'écria Molly en sortant furieuse de la cuisine.

Les trois amis soufflèrent de soulagement.

Ron, je souhaiterais te dire deux mots… en privé, ajouta-t-il à l'adresse Hermione et Harry.

Je vais prendre l'air, dit Harry.

Je viens avec toi.

Ils sortirent. Comme la veille au soir, il s'assit sur la table de pierre.

Tu as réessayé de te métamorphoser, demanda la jeune femme alors que le silence s'était établi dehors.

Oui

Et… tu as réussi à te transformer sans trop de difficultés ?

Moins que la première fois. Mais voler me pose … quelques problèmes. Et toi. Où en es-tu ?

Je n'ai pas réessayé depuis… qu'on est parti, acheva-t-elle, prise de nouveau de remords au souvenir de la mort de Ginny.

'Mione, ce n'est pas de ta faute.

Mais le silence qui suivit lui laissa clairement comprendre qu'Hermione se sentait entièrement coupable de ce qui venait de se passer cinq jours auparavant.

Tu ne pouvais pas savoir. Notre faute, et elle est partagée, c'est de ne pas avoir fait attention et de nous être laissé surprendre. Tu es autant responsable de sa mort que je suis responsable de la mort de Cédric et Sirius. Je sais ce que l'on ressent. Ecoute, si tu veux qu'on en reparle, je serai toujours disponible. D'accord ?

D'accord, murmura-t-elle. Une larme coulait sur sa joue.

Réessaye de te métamorphoser quand tu seras plus en forme. Je crois que ça te soulagera. Ca permet d'évacuer pas mal de stress.

C'est le moment que choisit Ron pour sortir de la maison, rouge carmin.

De quoi voulait-il te parler, demanda Hermione.

De… rien. C'est sans importance, répondit le sorcier en évitant le regard de son amie.
On part demain ? demanda-t-il pour combler le silence qui s'installait.

Oui.

Où allons-nous ?

Nous retournons à Godric's Hollow. Nous devons de toute manière y récupérer des affaires. Mais d'abord, je souhaiterais savoir où en est la communauté magique. Je demanderai ce soir à ton père. Nos plans futurs en dépendent. S'il y a assez de sorciers qui sont prêts à se battre, nous pourrons nous organiser ensemble. Mais je crains que ça ne soit pas le cas.

Le reste de l'après-midi se passa sans heurt notable, mais la tension était palpable. Au repas, Harry appris que le gouvernement était désormais totalement à la botte du mage noir et que trop peu de sorciers osaient ne serait-ce qu'approuver les critiques les plus modérées, craignant trop pour leur sécurité personnelle et leur famille. Calcul stupide pensa Harry, car les nés-moldus allaient forcément être persécutés. La technique de l'autruche n'était jamais une solution, dit-il à haute voix, mais il dut reconnaître que c'était la plus facile. Tout le monde n'avait pas le courage de se faire une raison lui dit son amie. Il n'y avait qu'à voir ce qu'avait fait cet imbécile de Fudge, aidant à son insu Voldemort en refusant d'agir. Et on leur reprochait leur trop jeune âge. Alors qu'eux-mêmes n'osaient pas regarder le danger en face.

Ils se levèrent tôt le lendemain matin afin de pouvoir profiter de l'obscurité. Harry dut employer la manière forte pour réveiller son ami pour qui il était inconcevable de se lever à trois heures du matin. Il alla dans la salle de bain, rempli un verre d'eau et fit tomber l'eau goutte après goutte sur le visage de Ron jusqu'à ce qu'il se réveille totalement (essayez, c'est encore plus horrible que le verre d'eau d'un coup). Le roux lui envoya un oreiller bien sentit, mais Harry l'évita avant de descendre dans la cuisine où l'attendait Hermione. À sa surprise, Molly et Arthur étaient également levés.

Vous ne pensiez tout de même pas partir sans nous dire au revoir ? interrogea Arthur amusé de l'expression d'Harry.

Nous ne voulions pas vous réveiller.

Et bien on dirait que c'est raté.

Ron émergea dans la cuisine, l'air encore endormi.

Toi, marmonna-t-il à l'adresse d'Harry qui ne put s'empêcher de sourire, tu ne perds rien pour attendre.

Molly les sermonna pendant un quart d'heure avec des recommandations inutiles, d'être prudent, de faire attention… bref, tout ce qu'ils ne pourraient pas faire. Arthur se contenta de les serrer tous dans ses bras et leur demandant d'essayer de donner de leurs nouvelles le plus souvent possible, ce qui serait très probablement assez dur. Il échangea un regard avec Ron qui sembla très bien comprendre le message car il acquiesçât. Ils enfourchèrent les hypogriffes et s'envolèrent, non sans faire signe aux deux parents.