AH. alors. oui, bonjour *tousse*. Comment ça je suis affreusement en retard ? Mais non, mais absolument pas ! ಠ‿↼
Bon, inutile que je me répète, la suite met certes plus de temps que prévu à arriver à chaque fois mais comme je l'ai déjà dit, je compte pas abandonner alors que tout est déjà écrit dans ma tête. Je m'excuse quand même pour le temps phénoménal que je mets à poster, surtout pour pondre un chapitre aussi court (meh, j'en suis pas ravie de celui-là) mais c'est peut-être le fait que je me pousse à faire long qui me bloque
Bref, je vous souhaite une bonne lecture comme d'habitude, on se revoie en bas ⇩
SOMETHING IN THE AIR
- Tu es revenu.
Elle était là, plus réelle que jamais, couchée dans l'herbe encore humide, comme une lionne tapie dans l'ombre, comme un prédateur. Didi ne savait pas grand-chose de concret à son sujet, mais son attitude, ses crocs et son appétit laissaient peu de place au doute.
Devant son silence, la créature leva les babines en un sourire carnassier assez inquiétant.
- Je ne pensais pas te revoir un jour. Vous les humains et votre vision rétrécie du monde avez beaucoup de mal à accepter un être comme moi.
Didi haussa les épaules d'un air qu'il espérait nonchalant. Lui qui d'habitude n'était jamais à court de mots ou d'arguments pour répliquer n'avait d'un seul coup plus la même inspiration face à la créature. Peut-être parce qu'il conversait avec ce que son cerveau considérait comme un animal, certes bien différent de toute espèce connue mais qui n'était pas censé être doué de parole, ou de toute forme d'intelligence aussi 'avancée' que celle de l'Homme. Enfin ça, c'est ce que son éducation lui dictait. Les animaux étaient certes doués d'une intelligence qui leur était propre, mais ils ne parlaient pas, et surtout pas français.
- On peut dire que je suis différent des autres humains, alors.
La créature émit un son guttural et profond qui ressemblait beaucoup à un bref éclat de rire. Elle semblait parfaitement détendue, contrairement au jour d'orage où ils s'étaient rencontrés pour la première fois. Sa fourrure s'ombrait de teintes délicates et profondes qui lui rappelaient la couleur de l'océan sous un ciel d'été dénué de tout nuage. Ses yeux étaient plus clairs, peut-être que ces quelques jours de réflexion en attendant que la tempête s'éloigne lui avaient fait du bien, à elle aussi. Cette tempête d'ailleurs, avait vraiment surpris tout le monde. C'était assez rare, voire inconcevable, qu'un orage pareil se déclenche en plein hiver, accompagné de pluie, de grêle, de vent et d'éclairs. Les gens s'étaient donnés à cœur joie pendant ces quelques jours de mauvais temps pour étaler leur science alors qu'au fond, ils n'avaient absolument aucune idée de ce qu'il avait pu se passer. Ça pouvait être la faute au réchauffement climatique, aux caprices de la nature, ou juste un événement isolé qui ne se répéterait plus jamais. Peu importe, Didi avait des affaires plus importantes et mystérieuses encore à régler, des affaires qui prenaient la forme d'une grosse bête à fourrure bleue qui ressemblait suspicieusement à un dragon tout droit sorti d'un univers onirique.
- Je ne connais pas ton nom.
- Moi non plus, répondit la créature avec ce même malice dans la voix. Il était donc tombé sur un dragon-fauve non seulement narquois, mais qui en plus prenait visiblement du plaisir à l'être. C'était de mieux en mieux. Dusk.
- Dusk ? Didi rangea ce mot aux sonorités vaguement familières dans un coin de sa tête. Ça sonnait bizarrement anglais. Moi c'est Dylan. Mais tu peux m'appeler Didi.
- Dylan… C'était assez étrange d'entendre son prénom sortir de la bouche d'une créature comme elle. Le vidéaste lui laissa le temps d'apprécier cette information. Il avait un tas de questions à lui poser mais n'osait pas vraiment tout déballer de peur que sa curiosité ne l'agace. Très bien, Didi. Ce sera mieux que "l'humain", pas vrai ? Elle marqua une pause. Je vois bien que ça te démange, tu sais. Nous sommes tous les deux là pour discuter, ou échanger d'une certaine façon, alors vas-y. Tu peux t'asseoir plus près si tu veux, je ne vais pas te manger.
- Euhh, je- je vais rester là pour le moment. Fit Didi en s'asseyant sur un rocher à un ou deux mètres d'elle. C'était déjà proche, alors que la créature avait pointé l'espace vide juste à côté d'elle d'un mouvement de nez. Il ne se sentait pas encore assez à l'aise pour s'approcher autant. Alors, tu es, quoi ? Un dragon ?
- Évidemment ! Que pensais-tu que j'étais ?
Didi jeta un coup d'œil nerveux sur sa droite, fuyant volontairement son regard. Elle exhala, long soupir que se matérialisa en nuage furtif et dansant de vapeur dans l'air frais du matin. Le jeune homme ne sut pas dire si c'était vraiment de l'ennui qui avait transpiré de ce soupir. Il espérait juste ne pas l'avoir déjà irritée. L'irriter ne l'inspirait pas trop.
- Ces cracheurs de feu recouverts d'écailles dont vous raffolez dans vos récits ne sont pas les seuls dragons ayant foulé cette planète. Notre peuple se décline en centaines d'espèces différentes, des plus petits aux plus grands, chacun avec leurs caractéristiques physiques, leurs capacités, leur lieu de vie et leur rôle à jouer sur cette planète. Moi, je viens du Nord.
- Du nord ? Répéta Didi, sourcils froncés. Au moins, la créature – Dusk, il valait mieux s'habituer dès maintenant à l'appeler par son nom – n'avait pas l'air fermée à la discussion, mais le nord, c'était assez vague et très vaste, comme zone géographique.
- Ce n'est probablement pas le Nord que tu connais. Elle marqua une pause, et son regard se voila d'un filtre sombre l'espace d'un court instant avant de retrouver son éclat naturel. Et ce n'est plus le Nord que j'ai connu.
Didi regrettait un peu de ne pas avoir amené de quoi noter tout ça. La discussion promettait d'être longue et riche en éléments qu'il ne pourrait sûrement pas retenir en entier. Après tout, c'était un tout nouveau monde, totalement inconnu jusqu'à ce jour, qui s'ouvrait à lui.
- Tu as quel âge ?
- Quelques millénaires.
Sa réponse le laissa bouchée bée pendant une longue minute de silence contemplatif, tant l'ampleur de cette information était compliquée à saisir. Des millénaires d'existence... Le jeune homme avait du mal à se rendre compte de ce que ça représentait vraiment. D'un côté, il aurait aimé savoir ce qu'elle avait vu, à quoi ressemblait la planète, la nature et la vie plusieurs milliers d'années en arrière. D'une autre part, ce serait peut-être trop lourd à encaisser, et sûrement bien trop long à raconter.
- Wow.
Dusk montra les crocs dans un sourire approximatif, mais clairement amusé.
- Et toi ?
Didi lâcha un petit rire nerveux.
- J'ai 25 ans.
- Ah oui. Tu es jeune. Et si petit. À ton âge, je te dépassais déjà en taille.
- Et bien, on est pas censés mesurer trois mètres de haut à l'âge adulte.
- Je sais. Je te taquine.
Trop de questions tournaient en boucle dans sa tête, se mélangeant les unes aux autres. Certaines plus intéressantes que d'autres, mais là tout de suite, Didi se demanda comment un dragon, qu'il imaginait mener une vie sauvage, hors de toute civilisation, pouvait parler français avec autant d'aisance.
- Tu peux parler toutes les langues ?
- La plupart. Son oreille gauche suivit le mouvement d'un oiseau qui s'envola vers le ciel dans un léger bruissement d'ailes. J'ai appris à les parler, les lire et les écrire lorsque je vivais parmi les tiens.
… Quoi ?
- Tu… peux prendre forme humaine ?
- Bien sûr. Mais ça fait longtemps que je ne l'ai pas fait. Je crois que je n'en serai plus capable aujourd'hui.
C'est à ce moment précis que le vidéaste se dit qu'il avait décidément encore beaucoup de choses à apprendre d'elle – du moins, ce qu'elle voudra bien lui partager. Il avait l'impression qu'elle avortait volontairement certaines de ses réponses, s'appliquant soigneusement à laisser de côté certains détails. Ce qui, au fond, était parfaitement normal. Après tout, chacun avait droit de garder une part de mystère sur son passé.
Finalement, leur échange avait duré plusieurs heures, et ils s'étaient quittés en fin d'après-midi à l'initiative de la dragonne, qui avait besoin de se nourrir. " Je préfère chasser de nuit ", lui avait-elle expliqué alors qu'il étirait ses muscles fatigués après des heures à rester quasi-immobile sur son rocher. " Aucun risque de vous croiser à cette heure-ci. " Didi avait acquiescé d'un air absent. Il valait mieux pour n'importe qui d'autre qui n'était pas lui, de tomber nez à nez avec un dragon en pleine partie de chasse, alimenté par le seul désir vital de se nourrir. Quelques heures plus tôt, il aurait sûrement frissonné à cette idée, mais maintenant, beaucoup plus de choses faisaient sens. Il avait l'impression d'avoir retrouvé la dernière pièce manquante d'un énorme puzzle. Dusk lui faisait beaucoup moins peur. En fait, il ressentait même une profonde sympathie pour elle.
Dusk, c'était juste une vieille dragonne, qui avait visiblement perdu la trace de son peuple, sa famille, après les avoir fuis pour des raisons qui lui étaient encore inconnues. Elle avait voyagé pendant des milliers d'années sur une terre qui ne cessait de se transformer au rythme des Hommes qui se démultipliaient aux quatre coins de la planète à une vitesse folle. Elle avait intégré une communauté de dragons qui avaient infiltré une ville humaine dans l'unique but d'apprendre d'eux – des dragons qui souhaitaient apprendre des humains, c'était aussi risible que fascinant. C'était ce groupe, plus précisément leurs leaders, qui lui avaient appris à se changer en humaine, se fondre dans la masse, s'instruire, apprendre le langage, le calcul, à peu près tout ce qui était propre aux Hommes. Et puis, elle était partie. Et à partir de ce jour, elle n'avait plus exactement voyagé, mais plutôt erré sur Terre, à la poursuite de ses repères. Apparemment, elle n'avait plus croisé un seul dragon depuis des centaines d'années.
Didi referma son cahier avec un soupir soulagé, les doigts fébriles et engourdis par de longues minutes d'écriture intensive. Il avait tout noté sur des dizaines de pages griffonnées au stylo noir, couvertes de rayures et de quelques croquis vagues de la dragonne. De quoi se convaincre qu'il n'était pas fou si elle venait à se volatiliser sans prévenir. Une part un peu égoïste de lui-même se disait qu'elle devait forcément lui être redevable après qu'il lui ait sauvé la vie, mais la logique voudrait qu'elle ne perçoive sûrement par les choses de la même façon. Il rangea ses notes avec la plume, soigneusement emballée pour ne pas l'abîmer, le tout caché là où personne n'irait chercher, et enchaîna sur le cours normal de sa journée comme si de rien n'était.
Il neigeait.
Est-ce qu'il s'agissait de cendres ou de vrais flocons blancs ?
Il en recueillit une particule au creux de sa main. Elle ne fondit pas.
C'est seulement après avoir observé ce morceau de cendre grise qu'il sentit l'odeur. Un parfum de terre brûlée, un goût âcre de fumée presque étouffant, mêlés à des relents de charogne.
Didi ouvrit les yeux au moment même où une lourde masse s'effondrait à quelques mètres de lui, quelque part sur sa droite. Une masse dont il ne saisit pas la couleur ni la forme, mais qui roula sur le sol blanc avec un 'crac' audible et sinistre, peignant la neige de rouge dans son passage.
Il leva les yeux presque à contrecœur, comme s'il s'attendait déjà à ce qu'il allait voir.
Des dizaines de silhouettes zébraient le ciel d'éclats bleus et furtifs, comme d'immenses rapaces. Ils filaient tous dans la même direction, de façon précipitée, emprunte de panique. Chaque nouvelle forme azurée qui chutait s'accompagnait de hurlements chagrinés.
Ils étaient chassés par quelque chose.
' Derrière toi. ' Chuchota une voix grondante mais bizarrement féminine. Dusk ?
Didi fit volte-face.
L'horizon se peint de noir. L'atmosphère se chargea de cendres suffocantes. Et la nuit fondit sur lui comme les nuées ardentes d'un volcan.
Bon, après relecture je suis pas si déçue par ce chapitre, j'imagine que c'est une bonne chose ¯\_(ツ)_/¯
Allez, à dans 6 mois pour la suite ! (haha je suis si drôle)
