Chapitre 6 : New faces

Je resserrai les pans de peignoir et descendis. Pour un humain, la maison aurait été silencieuse. Pour un vampire, un peu moins. Pour un vampire qui entendait leurs pensées, les pensées de trois couples enfin seuls, plus du tout.

Heureusement, l'ordinateur était pourvu d'un casque que je me mis sur les oreilles avant même que l'engin ne fut allumé.

M'asseyant, j'essayai de faire le vide dans mon esprit. Cela faisait quatre jours que j'étais devenue un vampire et je m'habituais avec une facilité déconcertante à cette nouvelle vie. Si on pouvait appeler habitude le fait d'avoir oublié en l'espace de quelques jours toutes les habitudes qui avaient régies mes vingt dernières années. Néanmoins, vu leurs tensions, le « cadeau » de mon « père » était le bienvenu. Je n'aurais eu aucune envie de passer un an à vouloir sauter sur tout ce qui avait un cœur. Enfin, je supposais que je n'aurais pas eu le choix...

C'était la première fois depuis que je m'étais réveillée que j'étais dans un univers posé, et seule. Ma première vraie nuit, en somme. Cela m'était étrange de me dire que je ne dormirai plus jamais, que je n'éprouverai même plus ce besoin à un quelconque moment.

Je cessai le staccato impatient de mes doigts lorsque enfin l'ordinateur se mit en route, et je me connectai à Internet. En surfant rapidement, je trouvai ce que je cherchai. Les nouvelles françaises concernant ma disparition. Je vis une photo de moi. En quelque sorte, je me ressemblai toujours, mais personne n'aurait pu croire que j'étais Emma Long.

Il y avait plusieurs reportages, des interviews de ma famille, mes amis. Tous s'interrogeaient sur qui aurait pu m'enlever, la théorie de la fugue ayant été vite abandonnée. Si j'avais pu, j'aurais sans doute eu les larmes aux yeux. Mais ils se contentaient de me piquer horriblement tandis que mes paupières papillonnaient tant qu'elles pouvaient. Je ne les reverrai plus jamais, et ils mourraient sans doute bien avant moi.

Je cliquai sur un lien, lorsque soudain, Alice se matérialisa à côté de moi. Elle saisit le deuxième casque et s'assit sur le bureau.
J'ai vu que tu allais trouver quelque chose ...d'intéressant.

La vidéo chargea vite. Le dernier reportage concernant l'affaire Emma Long débuta. La police criminelle avait trouvé un corps démembré et atrocement brûlé qui n'avait pu être identifié seulement grâce à plusieurs de mes affaires retrouvées là et par une bague passée au doigt du cadavre.

L'enquête policière continuerait, mais mes parents ne m'attendraient plus. J'étais désormais morte pour eux.

« - Alice ? murmurai-je.
- Oui ?
- C'est probablement celui qui m'a transformée, non ? » Elle me fit signe d'attendre un instant car elle se repassait la vidéo. J'avais oublié qu'elle ne parlait pas parfaitement bien le français, même si elle avait compris l'essentiel des informations.

Elle reposa le casque et dit :
« - Oui, je le pense. Voilà qui annihile toute chance de le retrouver et de lui demander des explications... Tu n'as toujours aucune idée de qui cela pourrait être ? Quelqu'un d'étrange qui t'aurait observée... je ne sais pas, moi.
- Non. D'après ce qu'il m'a dit je suppose qu'il m'a transformée parce qu'il pense que je vais être très puissante, mais franchement, je ne vois pas... Je n'ai vraiment réalisé que j'étais un vampire qu'au moment où je me suis réveillée, assoiffée. Avant, comment le croire ?
- Hmmm.
- Nous y réfléchirons plus tard, Alice. Profite de ta nuit sans te soucier de moi.
- Hmmm, répéta-t-elle. Si tu ne sais pas quoi faire, il y a une bibliothèque, des films, la télévision. Enfin, occupe-toi, change-toi les idées. Je ne te demande pas d'oublier, mais n'y pense pas trop tout de même. Ça ne sert plus à rien, crois-moi.
- Merci. »

Suivant ses conseils, je me roulai en boule sur le canapé dans une position que je me rappelai avoir affectionné en tant qu'humaine, même si j'eus du mal à la retrouver. Mes pensées tournant en rond, je me mis un DVD, et essayai de me concentrer sur l'histoire. Cela marcha car je m'efforçai de comprendre les dialogues marmonés dans un américain plus rapide et plus elliptique que celui parlé par les Cullen.

Sachant que la nuit serait longue, j'avais choisi une trilogie qui eut le mérite d'étouffer les paroles d'un commentateur de télévision et les visions d'un cadavre qui était censé être moi. De plus, je ne voulais pas non plus penser à ma nouvelle famille. En quelques heures j'avais appris inconsciemment énormément de choses sur eux. Non pas sur leur passé, mais sur les relations qu'ils entretenaient entre eux. Ils étaient une famille. De cela, j'en étais sûre. Mais il n'y avait aucun lien familaux entre eux, autre que le mariage, et Renesmée qui était un cas particulier. La famille des Cullen semblait s'être formée petit à petit, par couches successives. Avec des disputes et des discenscions. Pourtant, ils avaient l'air de très bien s'entendre. Mais je sentais que Jasper aurait du mal a m'accepter. Parce que je réussissais ce qu'il avait eu tant de mal à apprendre. Et parce que, comme Edward, j'en aurais parfaitement conscience.

Au contraire, je savais que Rosalie se sentait proche de moi, de par ma situation, mais elle n'avait manifestée aucune intention de se rapprocher pour l'instant. Seule Renesmée, comptait à ses yeux. Alors qu'elle n'aimait pas Jacob. Qui au contraire avait su se faire apprécier du propre mari de Rosalie.
Ainsi de suite. Chacun avait plus ou moins d'affinité avec ses frères ou soeurs, au point même d'être en parfaite symbiose et de peut-être rendre jaloux le conjoint... Je me le demandais... Surtout dans cette famille où chacun, pouvoir ou non, arrivait si habilement à jouer avec les sentiments des autres !

L'aube se leva. Les DVDs s'achevèrent sans que finalement j'en ai compris la moitié et j'allumai les informations en mettant juste assez fort pour couvrir les bruits de la maison.

Pourtant, j'entendis sans difficulté la porte d'un frigidaire s'ouvrir.

Curieuse, je me dirigeai vers la cuisine, et y entrai. Un jeune homme aux cheveux noirs me tournait le dos et pillait sans vergogne le frigo.

« - Salut...
- Ah, salut, Bella ! fit-il sans se retourner. Je ne pensais pas que tu serais là, je croyais que tu étais encore avec... Edward », acheva-t-il plus lentement. Il s'était retourné et venait de s'apercevoir de son erreur.

« - Désolée, je ne suis pas Bella. Mais tu n'es pas tombé loin. Je m'appelle Emma.
- Ah... c'est toi la nouvelle...
- Miss Cullen, finis-je à sa place. D'ailleurs, je pense être la seule, si je m'abuse, puisque les autres sont Mrs Cullen ou Mrs Hale.
- Tu as oublié Nessie, s'amusa-t-il.
- C'est vrai ! Mais nous n'avons pas les mêmes parents... Tu fais parti de la meute de Jacob ? m'enquis-je.
- Oui. Je suis Seth Clearwater.
- Enchantée. »

Je le sentais méfiant, ce qui était normal. Mes yeux rougeoyants n'étaient pas particulièrement rassurants, et le fait que je sois nouveau-né ne jouait pas en ma faveur. M'efforçant de me déplacer lentement, je me plaçai de telle façon à ce qu'il soit entre moi et la porte, et non pas l'inverse, afin qu'il ne se sente pas pris au piège. Même si la confiance qu'il avait en lui semblait le mettre au dessus de ces considérations terre à terre...

A qui parles-tu ? demanda la voix d'Edward.
La curiosité est un vilain défaut.
Vraiment désolé
, fit-il d'une voix qui ne l'était pas. Alors ?
Seth Clearwater.
Tu es... tu es toute seule avec Seth ?!
En effet.
Ne bouge pas, j'arrive.
En quel honneur ?
m'enquis-je. Crois-tu qu'il va m'attaquer ? Il a bien réagi jusqu'à présent. Puis, je compris qu'il se préoccupait plus de la sécurité de Seth que de la mienne.

Je ne vois vraiment pas pourquoi je voudrais l'attaquer, Edward. Je n'en ai aucune envie.
Tu es vite irritable.
Surtout lorsque tu interviens !
lui fis-je remarquer froidement.

« - Pourquoi fais-tu cette tête ? demanda Seth. On dirait que quelqu'un t'a écrasé le pied violemment.
- Edward n'a pas confiance en moi.
- Edward n'a pas confiance en toi... répéta-t-il lentement, tentant de rendre cohérente mes paroles. Pardon ? Je ne comprends pas... Enfin, comment... ?
- J'entends ce qu'il pense aussi bien que lui... expliquai-je pour faire court.
- Donc tu entends ce que je pense ? fit Seth.
- C'est ce que je viens de dire », approuvai-je. Le garçon soupira et s'asseyant sur une chaise.

Pas moyen d'avoir la paix ! La meute, Edward, et maintenant, elle ! Il planta ses yeux dans les miens. Enfin, toi..., corrigea-t-il.

« - Pourquoi sembles tu énervée contre Edward ? demanda-t-il en avalant un beignet à la cannelle. Il ne semblait pas beaucoup plus perturbé par la nouvelle. Du moins, pas au point d'en perdre l'appétit.
- Je te l'ai déjà dit : il n'a pas confiance en moi. Il va bientôt rappliquer.
- Ah... En attendant, veux-tu manger quelque chose ? demanda-t-il par pure courtoisie, sachant que je refuserai.
- Volontiers. » Edward et Seth faillirent s'étouffer en même temps.

En deux pas rapides, je me saisis d'une tablette de chocolat, en cassai un morceau et retournai m'asseoir.

« - Je croyais que vous ne mangiez pas de nourriture humaine... fit Seth.
- En effet, nous n'en avons pas besoin, apparemment. Je veux juste savoir si ça a aussi mauvais goût qu'ils le disent... » J'entendis Edward éclater de rire. A ses côtés, Bella demanda :
« - Qu'y a-t-il, Edward ?
- Emma est vraiment très drôle. Elle essaye de manger pour vérifier que nous n'avons pas menti. » Bella pouffa et dit :
« - Souhaite-lui un bon appétit.
- Oh, elle nous espionne certainement... »
N'est-ce pas, Emma ? ajouta-t-il à mon intention. Je feignis de n'avoir rien entendu, mais il ne fut pas dupe.

« - Pourquoi grimaces-tu ? demanda Seth que j'avais fini par oublier. Tu n'as même pas goûté !
- Edward se moque de moi... me plaignis-je.
- Ben, il n'a pas franchement tort. Un vampire qui veut manger du chocolat... c'est original... Tu le manges ou tu attends le déluge ? » s'impatienta-t-il.

J'ignorai le sarcasme et mis le carreau dans ma bouche. J'attendis un moment sans mâcher, mais ma température était telle que le chocolat ne fondit pas. Je croquai donc dedans et eus l'impression de manger du sable mouillé au goût épouvantable. Péniblement, tâchant de garder un visage impassible, je me forçai à mâcher avant de déglutir péniblement, le plus vite possible.

« - Alors ? demanda Seth alors qu'Edward n'en pouvait plus de rire, dans un coin de ma tête.
- Répugnant », avouai-je. Cela ne servait à rien de mentir, surtout avec Edward qui savait pertinemment tout ce dont j'avais pensé de ce pauvre carreau de chocolat.

« - Dommage, il y a quelques temps, j'adorai le chocolat. Au bout d'un moment, le sang finira sans doute par me lasser, se sera trop répétitif...
- Je ne crois pas, non », fit Seth. Je le regardai dans les yeux, mais il ne broncha pas.

« - Merci, Seth, toi aussi tu es du genre très encourageant... » En effet, je savais que ce ne serait jamais le cas. Mais parler de sang venait de raviver la fournaise qui brûlait ma gorge. Tâchant de ne pas considérer Seth comme un repas potentiel (je n'étais pas aussi désespérée que cela...), je laissai mon odorat prendre le dessus sur mes autres sens, et sur mon esprit, aussi, m'aperçu-je.

Soudain, Edward fut là, ses mains sur mes épaules.

« - Emma, ça suffit, siffla-t-il. Ressaisis-toi ! » De quoi parlait-il ? Je tentai de me dégager d'un geste vigoureux, ses bras m'entravant de façon désagréable, mais il ne broncha pas malgré mes coups désordonnés.

« - Emma, va t'habiller, et viens, nous allons chasser. » Chasser, oui, en effet, c'était comme cela que cela s'appelait. Mais que faisions-nous dans cette cuisine, alors ? Et s'habiller... Pourquoi parlait-il de cela ? J'étais habillée !

Mais il m'envoya soudain l'image de moi dans la nuisette que je portai. Bizarrement, cela suffit pour me calmer un instant. Ce n'était pas l'idéal pour chasser. A part les hommes, mais ça, je n'avais pas le droit. Bien, je n'avais plus qu'à demander à Alice.

« - Pas la peine. Bella a pris quelques affaires à elle. Habille-toi et nous partons. »

La jeune femme entra et me donna un paquet de linge. Elle ressortit bien vite pour retrouver sa fille, dont j'entendais le petit corps qui battait. Le cœur...

« - Seth, dégage », fit Edward. Le jeune homme ne s'offusqua pas de la grossièreté de son ami et obéit. Puis, Edward me tourna le dos tandis que je m'habillai rapidement.

Je commençai à sortir de la cuisine, mais Edward me rattrapa par le poignet. Je le regardai sans comprendre.

« - On y va ? » Je commençai à me sentir vraiment mal. J'étais impatiente au-delà du possible et savais que je supporterai mal de nouvelles brimades et recommandations. J'avais envie de partir, très vite, très loin et de laisser toute la part animale qui était en moi prendre le dessus. Cesser de réfléchir. Chasser remplaçait le sommeil, avec une dose de sensualité non négligeable en plus.

« - Oui, mais pas seuls, persista tout de même Edward. J'aimerai que les autres viennent aussi. Si ça ne les dérange pas... » Il n'avait pas beaucoup élevé la voix, mais la famille fut bientôt au grand complet devant nous.

« - Que se passe-t-il, Edward ? demanda Carlisle.
- J'ai été bête. C'est un nouveau-né, elle n'a pas chassé depuis plus d'un jour et nous la laissons seule toute la nuit ! Il faut qu'elle aille chasser.
- Je viens ! fit Emmett, joyeux.
- Je reste avec Nessie, fit sa compagne en sortant rejoindre Bella.
- Nous venons, firent les quatre autres.
- Tu peux rester, si tu veux, Edward, fit Esmé d'une voix douce.
- Il ne vaut mieux pas. L'avion n'a pas été une partie de plaisir pour moi non plus. Il est plus prudent que je vienne aussi.
- Comme tu voudras... »

Les plus enthousiastes, Emmett et Alice partirent devant en courant. Me dégageant enfin de la prise d'Edward, je les rejoignis. Le vent soufflait dans mes cheveux. Les odeurs m'assaillirent : la terre, l'air, les arbres, les animaux, bien qu'ils s'étaient éloignés le plus possible de nous (inutilement, nous ne mettrions pas longtemps à les rattraper !), l'eau... Les bruits, la vitesse, tout me faisait ressentir des émotions incroyables que je n'aurai jamais cru pouvoir vivre. Je renversai la tête en arrière et éclatai de rire. J'étais incroyablement bien. Cette liberté retrouvée avait dissipée mon malaise maintenant que je savais que le remède était proche.

Emmett et Alice avaient chacun prit une des mes mains, et bientôt, Jasper nous rejoignit, heureux lui aussi de mon bonheur.

Mais nous entendîmes bientôt la voix de Carlisle nous rappeler à l'ordre :
« - Comptez-vous aller jusqu'en Alaska pour chasser les pingouins ? » Comme mes compagnons s'arrêtaient, apparemment peu enthousiastes à l'idée de manger du pingouin, je les imitai. J'hésitai un instant, mais mes capacités physiques étaient telles que je me lançai. Au sens figuré comme au sens propre. Je me propulsai dans les airs. Au moment où j'atteignis le sommet de mon saut, je me ramassai sur moi-même et enchaînai deux vrilles. Le sol se rapprochant, bien que je le vis comme au ralenti, je guindai mon corps et pliai mes genoux en attente du choc. Celui-ci fut doux et je me redressai avec souplesse. Enfin, comme en sautant par dessus la rivière, j'avais pu retrouver cette sensation de voler. Dommage que les vampires ne se transformaient en chauve-souris que dans les contes d'horreurs, j'aurais adorer voler.

« - Impressionnant, fit Carlisle. Serais-tu gymnaste ?
- Non. Je n'ai jamais réussi rien de tel lorsque j'étais humaine. » J'aurai bien voulu continuer à jouer, mais je sentis un fumet qui, s'il n'était pas très appétissant, suffit à enflammer ma gorge.

Les autres virent à l'éclat de mes yeux rouges mon envie et nous nous mîmes en chasse. Etant nouvelle, j'eus l'honneur de choisir mon met. Comme Edward, je préférais les félins, mais nous en eûmes assez pour deux.

Après la chasse, nous rejoignîmes une petite clairière.

« - Que fait-on, maintenant ? J'ai envie de me défouler ! » Une lumière s'alluma dans les yeux d'Emmett. Une lumière qui aurait fait reculer n'importe qui de sensé, n'ayant pas envie de se prendre une bonne raclée. Mais j'étais quelque peu suicidaire (enfin...) et je soutins son regard.

« - Sais-tu te battre ?
- En tant qu'humaine, très moyennement.
- Ça te dit ?
- Ok. »

Edward ?
Oui ?
Ai-je une chance quelconque ?
Il fallait y penser avant
, se moqua-t-il. Mais rappelle-toi que tu es la plus forte. Après... fais de ton mieux...
Merci.

Emmett se mit face à moi, à une distance respectueuse. Puis il fonça vers moi et Edward éclata de rire lorsqu'il vit ce que j'avais en tête. Imité par Alice. Déstabilisé, Emmett s'arrêta.

« - Qu'est-ce qui vous prend ? demanda-t-il à sa fratrie.
- Rappelle-toi, Emmett, que tu as en face de toi le vampire le plus fort de la famille. Et qu'elle n'a pas l'air très impressionnée par ta carrure. »

Je veux juste m'amuser... pensa-t-il.

De nouveau, il fonça vers moi. Lorsqu'il fut assez près, je tendis vivement le pied dans un coup d'arrêt. Je n'avais pas mis toute ma force, mais lui avait mis toute la sienne. Comme j'étais la plus forte, il recula de trois pas, le souffle coupé. L'incompréhension se peignit sur son visage. Je le sentis légèrement vexé, mais il reprit vite un grand sourire.

« - Je sens que nous allons bien nous entendre, tous les deux ! Je demande une revanche. Ou plutôt un vrai combat.
- Tu te débrouilles assez bien », renchérit Jasper. Edward m'attrapa au-dessus du coude.

« - C'est qu'elle est bien musclée, même si on ne dirait pas, comme ça...
- Mais dis donc, grondai-je en frappant sur ses doigts pour me dégager.
- Et en plus, elle aussi, elle triche, rappela-t-il en effleurant sa tempe.
- Certes, mais je n'ai pas votre expérience...
- On y retourne ? » demanda Emmett, toujours enthousiaste.

Il se remit en garde, mais jeta un coup d'œil méfiant à son frère.
Eh, tu ne l'aides pas, toi ! Soyez un peu fair-play ! Sinon, je te règle ton compte !
Edward sourit. Je ne tricherais pas, mais essaye de gagner...
Je ferai ce que je peux.

Je me mis en garde à mon tour. Emmett fonça sur moi, mais s'arrêta brusquement avant de lancer son pied. Malheureusement pour lui, je savais que c'était une feinte. Mais ce à quoi je n'avais pas pensé, c'était qu'il était habitué à combattre contre Edward. Il réattaqua donc sans se soucier que son coup ait porté ou non.

La cadence s'accéléra et je dû bondir pour me tenir hors de sa portée. Me retrouvant juste devant lui, j'en profitai pour le frapper au plexus. Il recula.

« - Achève-le ! » m'encouragea Alice. Pourtant, je reculai de plusieurs pas, faisant signe pour un temps mort.

« - Comment tue-t-on un vampire ? demandai-je, même si je n'en avais pas l'intention dans l'immédiat.
- En principe, il faut le démembrer avant de le brûler, m'expliqua Carlisle de sa voix douce. Mais dans un jeu comme celui-ci, il suffit que tu poses tes lèvres sur la jugulaire de ton adversaire.
- D'accord...
- Parce que tu penses vraiment que tu vas me battre ? fit Emmett. Tu sautes haut, la sauterelle, mais il en faudrait plus pour m'avoir !
- Je ne parierai pas là-dessus, fit Esmé gentiment.
- Merci, Maman », grogna le jeune homme. Il se remit néanmoins en garde avec un sourire avant de passer à l'attaque. Au fur et à mesure, mes réflexes s'affinèrent, j'avais l'impression d'être une horloge qui n'avait pas fonctionné depuis longtemps mais qui avait retrouvé l'engrenage.

Puis je me rappelais que c'était sans doute l'expérience donnée par mon « père » qui revenait en moi.
Je ne pense pas, fit Edward. Ça a l'air d'être de tes anciennes connaissances dont tu te rapelles et que tu assimiles mieux.
Tu crois ?
Un instant déconcertée, je reçu le poing d'Emmett sur l'épaule, ne m'étant pas déviée assez.
Tu me déconcentres ! fis-je remarquer à Edward.
Achève le combat, comme ça, on pourra mieux parler.
Tiens, bonne idée, je n'y avais pas pensé...

Même si ce n'était pas exactement cela, je me plus à suivre le conseil d'Edward. Je fis un balayage à Emmett qui roula sur le sol. Avant qu'il ne se relève, je me jetai sur lui, et posai délicatement (du moins tant que je pus) mes lèvres sur sa gorge.

« - C'est la chance du débutant... fit Emmett en se relevant.
- Eh, bien pas tant que ça, je pense, fit Jasper. Edward dira sans doute la même chose que moi. A mon avis, elle n'est pas aussi novice qu'elle a bien voulu nous le dire...
- C'est vrai, approuvai-je. J'ai fait des arts martiaux, et je savais des choses que je ne pouvais mettre en pratique à cause de ma condition physique de l'époque. Mais maintenant, j'y arrive. Et puis, j'avoue qu'entendre ce que vous pensez m'aide beaucoup.
- N'en soit pas gênée, fit Edward. Nous avons des avantages, ils ont les leurs. Et puis, ils ont l'habitude...
- Un combat avec chacun de nous t'amuserait-il ? proposa Carlisle.
- Oui... » répondis-je avec rapidité, bien qu'essayant de garder un semblant de dignité.

Dis donc tu aimes ça, remarqua Edward. Tes yeux brillent de plaisir ! Remarque, tu n'as l'air que plus effrayante... Plus vampire.

Ce n'était pas franchement un compliment, je le savais, et je préferrais l'ignorer plutôt que devoir analyser l'effet qu'il produisait sur l'être que j'étais devenue.

Carlisle se mit en face de moi tandis qu'Alice se moquait gentiment de son frère aîné.

Dans les attitudes de celui qui était devenu mon père, je sentis à la fois une expérience de plusieurs siècles, mais aussi une certaine non-violence. Pourtant, ses attaques étaient vives, précises et entachées d'aucune hésitation. J'arrivai cependant à me défaire de lui en utilisant toute la ruse possible, mes incroyables capacités physiques de nouveau-né et mon don de télépathe.

Il rejoignit finalement sa place, impressionné.

Le combat contre Esmé ne me plût pas du tout. Elle semblait si fragile et je me savais si forte. Je ne voulais pas lu faire de mal. Après m'être contenter de me défendre, je réussis à la battre en misant tout sur la souplesse, la fluidité, ne pouvant me résoudre à la frapper.

« - A moi ! A moi ! A moi ! pépia Alice en sautillant.
- Quel enthousiasme... remarqua Emmett.
- Je vais gagner ! » expliqua-t-elle. Puis, en se tournant vers moi, elle ajouta :

« - Si tu te défiles, je gagne. Si tu essayes, je gagnerai aussi !
- Eh bien, je vais tout de même essayer. Pour voir ce que cela fait.
- Je savais bien que tu ne te défilerais pas ! » Elle se mit face à moi.

Je compris immédiatement qu'elle attendait que je l'attaque. Comme nous ne pouvions rester éternellement en face l'une de l'autre, je me décidai finalement à le faire. Concentrée, les yeux fermés, Alice eut une vision de mon attaque. Je me stoppai avant d'avoir réellement développé mon mouvement.

Elle rouvrit les yeux, d'un air de demander ce que j'attendais. Je me décidai de nouveau à attaquer et elle prit rapidement le dessus avant que je comprenne comment m'y prendre avec elle. Je me laissai alors guider par mon instinct sans ne plus rien décider. Cela rééquilibra le combat, mais elle finit par gagner.

« - Je l'avais dit ! » chantonna-t-elle en retournant vers Jasper. Elle se pencha et lui dit à l'oreille, même si tout le monde l'entendit :

« - Maintenant, tu as plutôt intérêt à faire aussi bien ! » Son mari l'embrassa légèrement dans le cou avant de me rejoindre.

« - Désolée, Emma, mais je ne compte pas lui désobéir. »

Je haussai les épaules. Rien qu'à sa démarche, j'avais compris que c'était un guerrier. Et que je n'avais aucune chance, pas même avec mon atout. Et qu'en dehors de ces considérations martiales, il ne me laisserait pas le surpasser dans un autre domaine aussi facilement, ni dès le début. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Il avait l'air d'en souffrir. Et il avait de toute manière une avance considérable sur moi dans le domaine du combat.

Ses attaques furent fulgurantes et ma maigre défense ne fit pas le poids, même si je résistai durant plusieurs minutes.

Je remarquai tout de même qu'un combat comme celui-ci m'aurait épuisé si je n'étais pas un vampire.

Enfin, se fut le tour d'Edward. Je sentis l'impatience des autres puisque ça allait être la première fois depuis longtemps que son avantage ne lui serait plus d'un si grand secours, étant donné qu'il avait refusé de continuer à se battre contre Bella.

Le début du combat fut ardu, nous bougions l'un par rapport à l'autre, prévoyant de contrer chaque attaque avant qu'elle ait lieu. Enfin, je réussis à faire ce que je voulais. Je bloquai mes pensées à Edward tout en continuant de percevoir les siennes. Il fut très surpris, étonnement partagé par sa famille qui le vit reculer et esquiver maladroitement mes premiers coups.

Tu m'entends toujours ?
« - Oui. »
Tricheuse... fit-il. Je haussai de nouveau les épaules et continuai à l'attaquer. Mais sa garde était trop hermétique et j'avais du mal à l'approcher. Finalement, il gagna tout de même, sans trop de mal une fois qu'il eut repris ses anciennes habitudes.

« - Que c'est-il passé ? demanda Carlisle.
- Emma a aussi le même don que Bella. Elle peut me bloquer. Je n'entendais plus ce qu'elle pensait. Ça m'a déconcerté.
- Bien joué ! me félicita Alice.
- Eh ! Edward, fit Emmett, avec Bella, ne nous avez-vous rien caché ? Elle a les mêmes pouvoirs que vous deux, cumulés ! » Le jeune homme éclata de rire en évitant la pierre que lui lançait son frère.

« - C'est impressionnant... constata Carlisle.
- On aura le temps d'en reparler, fit Edward. Rentrons, voulez-vous. »

Je sentais son impatience de retrouver Bella, et les autres l'avaient compris aussi. Nous rentrâmes donc.

« - Eh ! Bella, Rosalie, enfin, surtout toi, Rose, vous auriez dû venir avec nous !
- Pourquoi ? demanda la splendide blonde.
- Vous auriez vu Emmett se prendre une raclée par une débutante !
- Oh, ça va, hein... fit le jeune homme en s'affalant sur le canapé.
- Moi, je l'ai battue parce qu'Alice m'avait menacé de me faire coucher dans le jardin, fit Jasper en riant.
- Le jardin m'est épargné à moi aussi, fit Edward en attrapant Bella par la taille.
- Nous deux nous consolerons dans notre chambre », fit Esmé. Emmett se leva et regarda Rosalie avec des yeux de chien battu.

« - Tu ne vas tout de même pas m'envoyer coucher dehors, Baby ? » fit-il. A son tour, il l'attrapa contre lui et l'embrassa avec fougue et passion. Baiser qu'elle lui rendit sans se faire prier.

« - En plus, dans le jardin, il y a pleins de loups qui rôdent, nous ne serions pas tranquilles... » Rosalie, ne dit rien, mais l'embrassa en signe d'acceptation. Elle n'avait jamais envisagé de coucher dans le jardin, ni de se séparer d'Emmett alors que ce n'était pas nécessaire.

« - Hum hum, fit Jasper d'une voix très sérieuse. Vous serez priés d'attendre la nuit. Il est à peine treize heures et c'est le jour de visite de Charlie.
- Qui est Charlie ? demandai-je.
- Mon père », me répondit Bella. Un humain, donc, compris-je immédiatement. J'aurai sans doute pu tolérer sa présence sans trop de difficulté, mais n'en avait nulle envie. D'autant plus que d'après ce que pensait Emmett, la visite serait longue.

« - Je n'ai aucune envie de mettre des lentilles aujourd'hui. Je vais aller me promener. »

Je sentis un flottement : hésitation et appréhension. Ils préferraient voir comment je me débrouillais face à un humain avec eux tous autour que toute seule à me ballader dans la nature.

Seth sortit de la cuisine où de toute évidence, il pillait à nouveau le frigidaire. Il surprit mon regard, et pensa à mon adresse :
Ben quoi ? C'est midi !...
Edward pouffa en pensée en ajoutant : Mais tu remarqueras que les loups sont toujours en train de manger.

« - Je me disais, commença le jeune homme en regardant à la fois Jacob qui jouait avec Renesmée et le reste des vampires, que, puisque je ne suis pas de garde, je pourrais peut-être me promener avec Emma. J'ai un bon odorat, je pourrai la prévenir s'il y a quelqu'un qui approche. Et en cas de problème, je devrais être assez fort pour la retenir.
- Tu fais ce que tu veux de tes journées, le môme... concéda Jacob.
- Nous n'avons pas à te dire ce que tu dois faire, dit Carlisle. Mais méfie-toi tout de même, elle est assez habile pour un nouveau-né. » J'entendis Seth penser à une certaine Victoria et à son compagnon, et Edward sourit :

« - Bien sûr, mais ne la sous-estime pas pour autant. »

A l'autre bout de la pièce, je sentis que Renesmée voulait me parler. En effet, elle posa sa main sur la joue de Jacob et je vis mon visage.

Je m'approchai, mais Jacob, méfiant, poussa l'enfant derrière lui.

« - Laisse-la lui parler », ordonna Edward. Les deux hommes s'affrontèrent du regard et je sentis la pointe d'une ancienne rivalité. Pourtant, Jacob céda et me passa l'enfant avec une mine inquiète. Derrière le canapé, Rosalie renifla dédaigneusement de la réaction du loup. Je pris l'enfant dans mes bras, ignorant son petit cœur. Elle posa sa main sur ma joue et je me vis l'emmener sur le canapé pour discuter.

« - Plus tard », promis-je.

Une interrogation.

« - Parce que ton grand-père vient et que je ne voudrai pas lui faire du mal. »

Elle pensa à Charlie et je sentis son odeur. Affreusement alléchante.

« - Mais moi, ce n'est pas mon grand-père et je n'ai pas envie de faire de bêtise. »

Elle me montra une femme qui l'accompagnait.
Sue Clearwater, la nouvelle compagne de Charlie, me souffla Edward qui nous surveillait, évidemment.

« - Tu es une grande fille, dis-je à Renesmée. Mais même si je suis plus grande que toi, je suis moins forte. » Je sentis son acceptation et sa main retomba.

« - Ce soir ? me demanda-t-elle de sa voix tintant comme des clochettes.
- Si Charlie ne part pas trop tard, répondit Edward à ma place. Bon, les gosses, ajouta-t-il en me regardant, ainsi que Seth, il vaudrait mieux que vous partiez maintenant. »

Seth voulut me prendre la main, dans un geste naturel et amical, mais je l'esquivai. Comme il se sentit vexé, je lui offris un sourire et il comprit la raison de mon refus.

Il m'emmena dans une autre partie de la forêt que celle visitée le matin.

« - Alors, le vampire qui veut manger du chocolat, comment vas-tu depuis ce matin ?
- L'envie m'a vite passée. Et oui, je me suis bien amusée ce matin. Et toi ?
- J'ai dormi. J'étais de garde, cette nuit.
- Raconte-moi ce qui s'est passé ici. Edward m'en a appris un peu, mais pas tout...
- D'accord. Alors, dans l'ordre... Je crois que Carlisle, Edward, Esmé et sans doute Rosalie et Emmett sont arrivés à Forks. L'arrivée de vampires a activé le gène lupin qui est en nous. Mes grands-parents ont fait un traité avec les Sang-froids, comme nous les appelions.
Plus récemment, Alice et Jasper sont arrivés et les gènes lupins ont été réactivés lorsque les Cullen sont revenus dans la région. Sam a été le premier à se transformer. Suivi par nous tous, un peu plus tard, tu comprendras pourquoi.
Et puis, Bella est arrivée et est tombée amoureuse d'Edward. Ce qui a été réciproque. Une fois qu'il a résisté à la tentation de son sang, comme il dit, ils sont sortis ensembles, jusqu'à ce qu'il juge cela trop dangereux pour elle. Il est parti et elle s'est rapprochée de Jacob qui était amoureux d'elle. Finalement, Bella a sauvé la vie d'Edward et il ne l'a plus quittée.
Je fais une parenthèse pour s'intéresser à nous. Sam avait dû quitter ma sœur lorsqu'il est devenu loup parce qu'il s'est imprégné d'Emilie. Leah est toujours amoureuse de lui et Sam culpabilisait. Ça a empiré lorsqu'elle est entrée dans la meute. Elle entendait, comme nous, les pensées des autres. De plus, sa transformation l'a rendue stérile ce qu'elle a dû mal à accepter. Car elle pense que du coup, elle ne s'imprégnera jamais. Qu'elle sera toujours amoureuse de Sam et qu'elle n'aura jamais d'enfants...
Pour reprendre mon histoire, Edward avait tué un vampire pour sauver Bella. Mais la compagne de celui-ci avait décidé de se venger et a levé une armée de nouveaux-nés ce qui nous a transformé. Bref, nous avons tué les nouveaux-nés et Victoria. »

Je sentis sa fierté dans sa voix tandis que je voyais dans son esprit leur combat.

« - Edward et Bella se sont mariés et Bella est tombée enceinte. Mais tu as vu que Nessie grandit vite. La grossesse n'a duré qu'un mois car elle a refusé de faire passer le bébé. Jacob était fou, mais lorsqu'il a compris que Sam voulait tuer le bébé et Bella pour notre survie, il n'a pas supporté. Il a quitté la meute et en a fondé une deuxième où je l'ai rejoint ainsi que Leah. Bella a accouché, est devenue vampire, et Jacob s'est imprégné de Nessie. Ce qui a tout arrangé. Du coup, on a tous fait un traité de paix et nous nous sommes unis face aux Volturi. Depuis, tout va assez bien...
- Donc ma présence a des conséquences.
- Moins tragiques que la venue de Bella.
- Hmmm », répondis-je évasivement.

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Petite note aux lecteurs :

Déjà, un grand merci à tout le monde pour suivre mon histoire, ça me fait vraiment très plaisir !

Dans les choses que je voulais vous dire, pourquoi ai-je nommé mon personnage "Emma" ? Cela vous ai sans doute égal... néanmoins les initiales de mon nom font MA, ce qui lu à haute voix fait EMMA, et je trouvais ça amusant.

Sinon, on m'a fait la réflexion que mes chapitres étaient longs. Euh... oui. Et en règle générale, ils le seront à peu près tous. Je ne crois pas que ceux de S. Meyer sont très brefs non plus... En tout cas, je n'ai pas l'intention de les couper ; mais c'est aussi pour cela que je ne poste qu'une semaine sur deux alors que tout est déjà écrit (de ce côté-là, vous n'aurez donc pas de mauvaise surprise, je ne m'arrêterai pas en route !)

Et si vous avez des questions, surtout, n'hésitez pas !!!

As Clumsy as Bella