Chapitre 7 : L'ombre de Mirkwood

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Ce chapitre est dédicacé à Kelidril, il saura pourquoi !

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« Après vous avoir raccompagné ici, à Fondcombe, je suis retourné chez moi, à Mirkwood. J'étais plutôt heureux de rentrer. Nous avions reçu un tel accueil en héros que je m'attendais plus ou moins à retrouver un certain respect, à défaut d'autre chose, de la part de ma famille.

Legolas eut un pauvre sourire et ajouta :

- Je n'ai jamais été que toléré, chez moi. Je crois que mon père ne désirait pas vraiment ma venue au monde, et par extension, mon frère, pour rester dans les bonnes grâces du Roi, me rejetait aussi. Le fait que j'ais tué ma mère lors de ma naissance n'a pas non plus dû arranger les choses.

Aragorn le corrigea :

- Vous n'avez pas tué votre mère, mellon min, elle est morte en vous donnant naissance, ce qui est le cas de beaucoup de mères elfes.

- Quoi qu'il en soit, je ne suis guère apprécié chez moi. J'étais heureux que la guerre soit finie, et j'avais dans l'idée que cette victoire arrondirait les angles. J'avais oublié pourquoi Mirkwood avait refusé de participer à cette bataille autrement qu'en m'y envoyant. La guerre ne s'arrête jamais dans les Bois Sombres. Il faut sans cesse lutter pour conserver nos terres, contre les araignées géantes, les orcs, gobelins, parfois même contre les trolls. A mon arrivée, mon père venait de perdre une garnison de vingt archers contre des dizaines de gobelins Il était furieux et n'était pas du tout d'humeur à m'écouter. Il m'a envoyé le lendemain même combattre en forêt.

Il s'arrêta un instant, et recommença à parler, un ton plus bas :

- Il m'a mis sous les ordres d'un capitaine, Aragorn. Alors que depuis des milliers de générations, tous les fils de sang royal sont commandants avant de devenir tacticiens s'ils en sont capables. Je sais qu'il n'a aucune estime pour moi, mais de là à n'avoir pas confiance en mes capacités de guerrier…

La pièce redevint silencieuse. Legolas était perdu dans ses pensées, et Aragorn le laissa méditer un instant. Lui qui avait grandit au sein d'une communauté pacifique mais pourvue toutefois d'une armée, comprenait l'affront que cela avait été.

Il profita de l'immobilité de pierre de l'elfe pour appliquer sur son poignet un baume guérisseur. L'elfe repris brusquement conscience de la présence de l'humain et eut un geste de recul. Puis il se reprit et tremblant, retendis son bras vers lui. Le ranger commença à appliquer la crème sur l'articulation. Il pouvait sentir l'elfe se crisper et serrer les dents pour résister à la douleur. Il tenta une diversion :

- Je remercie les Valars que vous sachiez maîtriser vos reflexes.

L'elfe sourit et répondit :

- Un autre que vous qui tenterait de m'infliger un tel sort serait déjà aux cavernes de Mandos.

- J'ai fini. Cela devrait accélérer votre guérison. Je vais chercher un linge propre pour vous couvrir le bras. Je lacerai votre protection par dessus le linge mais vous pourrez toujours couvrir le tout de votre tunique.

- Merci. »

Aragorn le laissa donc seul quelques minutes, le temps de trouver un tissu qui ne manquerait à personne.

A son retour, il trouva l'elfe presque endormi, toujours en position assise. Il toussota pour le réveiller sans le faire sursauter avant de se rappeler qu'il était tout à fait inutile de tenter de faire sursauter un elfe. Son ami le regardait d'ailleurs en souriant :

« Si un jour vous parvenez à me prendre par derrière alors que je vous attends, je vous demanderai moi-même de me planter mes propres dagues dans le dos.

Il faisait référence à la jeunesse d'Aragorn, quand l'humain, adolescent, tentait sans relâche de surprendre son ami dans son dos. Bien entendu, il n'avait jamais réussi.

- Si un jour j'y parviens, vous aurez eu tellement peur que vous m'aurez avant toute chose tué vous-même !

- Tâchons que cela n'arrive pas dans ce cas. Un bain du sang de l'un de nous causé par l'un de nous serait une chose très désagréable à vivre.

Aragorn sourit et recommença à soigner Legolas. Et Legolas recommença à raconter, d'une voix si basse qu'Aragorn devait tendre l'oreille pour entendre.

- Je restais trois ans ainsi au service de mon père. Qu'aurais-je pu faire d'autre ? Il n'attendait qu'une chose : que je proteste. Quatre ans ne sont rien dans la vie d'un Premier Né, et pourtant, ces quatre années me parurent bien longues. Le capitaine avait reçu comme consigne de ne pas me faciliter la vie. Et s'il en fut gêné au début, il oublia bien vite mon ascendance.

Il garda le silence quelques minutes se remémorant la suite de son histoire. Aragorn était persuadé que l'elfe cherchait avant tout à choisir que dire et que taire, mais il avait promis de ne pas poser de questions. Et il connaitrait au moins les grandes lignes de ces cinq années passées. Les détails tus pour l'instant se révéleraient petit à petit.

- Un jour, un groupe d'une communauté d'elfes noirs est passée près de nos terres, sans y entrer, et sans nous déranger en quoi que ce soit. Mais nos guetteurs les avaient repérés. Comme tous les elfes sylvains, nous n'aimons pas trop leurs pratiques. Mais mon père demanda à ce que les 14 elfes qui passaient par là soient exterminés. Et en tant que Maître Assassin, il m'ordonna d'y aller.

Il y eut un nouveau silence. Aragorn avait cessé de soigner le bras de Legolas pour observer sur son visage si un indice de ce qu'il avait pu choisir de faire s'y manifesterait. Il n'avait pas vraiment envie d'entendre aucune des deux possibilités que l'elfe avait pu prendre. Il n'avait pas envie de savoir que son ami d'enfance avait tué 14 elfes innocents, mais s'il ne l'avait pas fait, il avait du subir les foudres de Thranduil. Mais il ne pouvait plus refuser de savoir, plus maintenant qu'il avait juré amitié et soutien au Prince.

Legolas repris soudainement :

- J'ai refusé. Qu'avais-je à perdre ? Je n'étais plus qu'un simple soldat dans la maison du Roi. J'ai tenté d'expliquer que ces elfes n'avaient rien fait, que leur nature n'était pas un crime. J'ai choisi d'expliquer ce que votre compagnie m'avait apporté au cours de la guerre pour la Terre du Milieu. Je m'étais lié d'amitié avec un nain, des hobbits et des humains. Jamais je n'aurais pu m'attendre à nouer de vraies relations avec des représentants s'autres espèces que la mienne en si peu de temps.

Il surprit le regard souriant du ranger.

- Avec vous, ce n'est pas pareil, mon ami. Vous étiez un enfant innocent quand je vous ai connu, je ne pouvais que vous aimer. Et bien que je fusse âgé d'un millénaire déjà, je ne faisais pas preuve d'une aussi grande sagesse qu'aujourd'hui.

Aragorn éclata de rire :

- Vous, une grande sagesse ! Plait-il ?

- Il est vrai que j'ai sans doute exagéré sur votre innocence quand vous étiez enfant. »

Les deux amis rirent ensemble.

Legolas tendit sa protection de poignet au rodeur, et dit :

« Posez-le-moi maintenant, pendant que je suis de bonne humeur. Cela sera moins douloureux que si je vous raconte ce qui est arrivé tout de suite. »

Aragorn ne discuta pas. Il entoura la gaine de cuir autour du poignet de l'elfe et allait commencer à serrer les liens avant de se rendre compte qu'il n'y parviendrait pas tant que l'articulation garderait ce curieux angle. Son ami ne put retenir un gémissement de douleur. Aragorn, malade lui-même de devoir le faire souffrir, serra les dents et souffla :

« Je vais essayer de faire vite. Mais il semble que le poignet soit démis. Il ne servira à rien de vous bander cette main si je ne réduis pas la blessure. Cela va être très douloureux. Etes-vous certain que vous ne voulez pas qu'Elrond s'en occupe ? A défaut de vous soigner par la magie, peut être accepterait-il de concocter un anesthésiant sans poser de questions.

Legolas ferma les yeux.

- Il ne fournira jamais d'anesthésique sans poser de questions. C'est une médecine bien trop complexe et dangereuse. Allez-y. Je supporterai la douleur.

Et il ajouta en entendant le soupir non dissimulé de son ami :

- Je ne crierai pas non plus. Je ne tiens pas à réveiller toute la cité.

Sans le prévenir, Aragorn tira fermement sur l'articulation. Il espérait que la surprise compense la douleur. Il entendit un petit craquement, et se précipita aussitôt sur l'elfe qui venait de s'effondrer. Il l'allongea sur son lit avait de l'examiner. Il avait perdu connaissance et était d'une pâleur de mort. Aragorn se maudit de s'être laissé persuadé, anticipant déjà le moment où il allait devoir réveiller Elrond pour lui annoncer qu'il soignait Legolas dans son dos. Il arrondissait déjà les épaules quand l'elfe gémit et tenta de se relever.

- Heureusement, comme vous dites, que je maîtrise mon instinct…

- Vous m'avez fait une de ces peurs ! Je m'imaginais déjà devoir annoncer à Elrond que j'avais réduit le poignet d'un elfe archer virtuose, le tout sans l'anesthésier et surtout sans le prévenir.

- J'aurais du faire semblant de rester inconscient pour entendre cela. Aidez-moi à m'assoir.

- J'aimerai autant que vous restiez allongé. Je vais vous placer votre protection et vous pourrez me raconter la suite sans que cela gêne. »

Legolas ne protesta pas, ce qui conforta Aragorn dans son idée qu'il ne devait pas se sentir encore très bien. Alors que le rodeur reprenait le bras de son ami pour la placer dans la protection de cuir, Legolas reprit :

« Comme on pouvait s'y attendre, mon père a été furieux. Il s'est dit horrifié de savoir qu'un elfe de son sang avait pu oublier sa race au point de se lier d'amitié avec un nain. Il a décidé que je n'étais pas assez bon pour servir son armée. Il a ordonné que je sois emprisonné. J'ai passé deux mois dans une cellule sombre, d'où je voyais à peine les arbres. Et un jour, il y a eut une violente tempête qui a fait jouer la fenêtre. Je suis parti. J'avais dans l'idée d'aller demander asile à Lotlorien, auprès de dame Galadriel. Mais les éclaireurs de mon père m'ont rattrapé. Ils étaient trop nombreux. Ils avaient ordre de me ramener ou de ne pas revenir, et d'utiliser la force s'il le fallait. C'est là que j'ai reçu une flèche sous les côtes. J'ai ensuite été ramené au palais, et pour prévenir toute tentative de fuite, j'ai été placé dans une pièce souterraine, sans fenêtre, très basse de plafond. Et attaché. On a fixé une chaîne et une menotte de métal au mur et pendant sept mois, je n'ai plus eu mon bras qu'à quatre-vingt centimètres du sol. J'ai du me démettre l'articulation en essayant de me dégager. Plus récemment, mon père a décidé que j'étais trop embarrassant pour lui, et m'a envoyé ici. Voilà toute l'histoire.»

Les deux amis restèrent silencieux plusieurs minutes, chacun pensant au récit à ses conséquences.

Aragorn comprenait mieux pourquoi l'elfe s'était montré si distant et si méfiant à son arrivée. Cela faisait cinq longues années qu'il était rabaissé et maltraité par les siens. Comment aurait-il pu faire confiance à une communauté dans laquelle il n'avait plus été depuis plus longtemps encore ? Et a un ami qui n'était même pas elfe ?

Si tout s'expliquait, il y avait encore des incohérences dans l'histoire. Legolas n'avait pas pu recevoir une flèche qui aurait engendré une telle blessure au ventre. D'autant plus que les elfes cicatrisent très vite et que la plaie était encore ouverte au moment ou Elrond l'avait vue. Ensuite, Legolas était famélique quand il débarqua à Fondcombe.

Aragorn se leva et poussa un soupir. Legolas avait passé sous silence nombre de mauvais traitements et joyeusetés en tout genre, il en était certain. Mais l'elfe lui avait dit avant de se confier qu'il lui dévoilerait petit à petit toute l'histoire. Les silences faisaient donc parti du marché.

Il vit que Legolas se levait. Il l'observa un instant, et le voyant chancelant, se plaça à côté de lui :

« Dormez ici. J'ai un duvet qui vous conviendra parfaitement bien. Les plumes sont tellement tassées et bosselées qu'on a l'impression de dormir à même la terre.

Alors qu'il pensait railler l'amour de l'elfe pour les nuits à la belle étoile, il obtint la situation tout à fait inverse. Legolas sourit, d'un beau sourire franc et ravi.

- Ce sera parfait.

Et l'explication à cet enthousiasme vint tout de suite après :

- Je suis heureux de dormir dans votre chambre. Je n'avais pas le cœur à retourner dormir seul sans une pièce anonyme. J'ai été seul très longtemps et aucun elfe n'aime la solitude ».

Aragorn lui tendit son duvet et regarda l'elfe s'installer dans un coin sombre, s'allonger et entamer sa nuit, qui serait courte au vu de l'heure si tardive qu'il était presque tôt. Il ne dit rien et alla se coucher lui aussi.

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Voilà pour le chapitre du jour !

J'espère que vous serez contents d'en avoir appris un peu plus que ce qui est arrivé à Legolas, et vous aurez d'autres détails tout au long de la fic qui est partie pour être assez longue !