Ni les personnages ni l'univers ne m'appartiennent. L'histoire quant à elle est une traduction de Coup de Grace, une fic de Morello(id: 2892226), disponible uniquement sur Archive of Our Own où son pseudonyme est Cherry. Vous trouverez les liens pertinents dans mon profil. Si jamais vous avez le niveau en anglais, je ne peux assez vous conseiller d'aller lire l'original. Sinon, et bien il faudra vous contenter de ma traduction.

Cette histoire a commencé à être publiée le 12 décembre 2013, avant donc l'apparition du roi dans le manga.
Spoiler sur le spin-off de SnK Birth of Levi/A Choice With No Regrets.


Merci à alixlouise, Audrey Takarai (mais Levi n'a pas perdu son grade ! Il n'est juste plus son commandant en second, mais il reste capitaine. Quant aux lapsus d'Erwin, oui ils sont nombreux. Pour quelqu'un de si intelligent, il est très très bête parfois), Neechu, Kind-NigthmarE, rukiia et Farfadet (Je veux croire qu'ils auraient fini par se retrouver quand même ! Cela dit, saluons la patience de Levi, parce que ce n'est pas évident du tout. D'ailleurs, je trouve Erwin à tuer dans ce chapitre. Oh, tu dois donc avoir quand même un excellent niveau du coup ! Certes, il y a beaucoup de mots amis mais les mots les plus usités et la grammaire ne sont pas d'origine française)

Notes de traduction :

Erwin vouvoie un soldat. Ça me fait super bizarre mais j'ai lu un manuel de protocole militaire (si, si. Je fais de ces trucs bizarres pour cette traduction, je ne vous raconte même pas) et même si le tutoiement est autorisé, il n'est pas encouragé pour autant. De plus, c'est un soldat qui n'est pas des Bataillons. Donc voilà. Erwin tutoie ses soldats à lui et vouvoie les autres.

L'auberge où Marie est serveuse se nomme en anglais « Maybush Inn » ce qui se traduirait littéralement par « L'Auberge de l'Aubépine » mais plus je répétais ce nom dans ma tête et plus ça avait l'air stupide. C'est très bien en anglais mais c'est trois fois trop long en français et en plus ça sonne un peu con. Auberge, aubépine, et il ne va pas falloir dix secondes pour que ça devienne l'Aubergine, et certes, c'est délicieux mais c'est pas le plus glamour des légumes (Existe-t-il des légumes glamour ? Très bonne question). Donc, c'est devenu l'auberge à la Rose. Parce que voilà, je pense que n'importe qui préférerait boire un coup à la Rose qu'à l'Aubergine (et que l'aubépine fait partie de la famille des rosacées).


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Chapitre 7 : Cicatrices anciennes

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Erwin ne fit aucun commentaire quand Levi suivit Hange et le messager dans la tente. Il attendit jusqu'à ce que tout le monde soit assis, lui-même sur son propre lit, l'envoyé et Hange sur les chaises de camp pliables, et Levi juché sur le coffre de bois qui protégeait les cartes et les précieux livres de l'humidité.

« Nous avions envisagé cette possibilité, » commença Zoe, avant qu'Erwin ait pu dire quoique ce soit. « Certains déviants avaient l'air d'être capables d'outrepasser la coordination, ou peut-être étaient-ils endommagés d'une quelconque manière et n'étaient plus capable 'd'entendre'. Mais de ce que nous avons pu voir pendant les dernières batailles, les cas doivent être rares. Tout comme les autres déviants, ceux que nous avons observés ne sont pas attirés par les humains de la même manière que les titans normaux. Cela expliquerait pourquoi nous n'en avons rencontré aucun ici, quoique nous campions au même endroit depuis presque quatre semaines. Levi, tu n'as pas remarqué un seul titan au nord ou à l'ouest des murs, pas vrai ? »

Levi fut conscient du coup d'œil rapide qu'Erwin lui jeta avant de détourner les yeux. Il fixa Zoe, sans même un regard oblique en direction d'Erwin, et répondit : « Pas un. Pas une trace d'activité récente de titan dans les régions que j'ai parcourues. Pas d'arbre récemment endommagé, pas d'empreinte de pas, rien. Et j'ai suivi les murs pendant des kilomètres depuis le nord-ouest jusqu'à la porte nord. S'il y avait eu un quelconque titan normal dans les parages, il aurait été proche du district d'Utopia, pas vrai ? C'est pour ça que les cités-appâts ont été construites, après tout.

─ Est-ce qu'il y a le moindre rapport d'autres titans depuis la division nord ou ouest ? » demanda Erwin au messager.

Le jeune homme secoua la tête. « Non monsieur. Et pas de preuve de leur passage non plus. »

Armin Arlert entra dans la tente et fit un rapide salut : « J'ai doublé la garde, monsieur. »

« Bien. Assieds-toi. » Erwin désigna le seul emplacement disponible qui restait, sur le lit près de lui. Semblant quelque peu embarrassé, Armin prit place au côté du commandant. Même s'il avait déjà constaté la taille adulte d'Armin, Levi ne put s'empêcher de remarquer à quel point côte à côte les deux hommes se ressemblaient. Quelqu'un qui n'aurait rien su aurait aisément pu les prendre pour un père et un fils, songea Levi, se demandant pourquoi il trouvait cette idée perturbante.

« J'ai une lettre, du parlement, » annonça le messager en portant la main à sa poche intérieure.

« Pas un ordre de rappel, j'espère. » Le ton d'Erwin était aussi calme que d'habitude mais Levi avait passé assez d'années en sa compagnie pour pouvoir détecter des signes d'anxiété : la manière presque imperceptible qu'il avait de presser les lèvres, le double battement de son index contre sa cuisse.

« Non monsieur, pas que je sache. Le contraire, je pense. »

Erwin brisa le sceau de la lettre avec son pouce. Levi qui le regardait, fut impressionné par les progrès de la dextérité d'Erwin avec sa main gauche.

Erwin parcourut rapidement le contenu de la lettre, son expression s'assombrissant légèrement. « Ils veulent avancer la recolonisation d'Hochwald. » Il regarda le messager. « Ceci a été écrit après que les nouvelles du titan déviant aient atteint la capitale ?

─ Oui monsieur.

─ Je vois. J'ai besoin d'écrire une réponse. Vous soldat… Mangez et reposez-vous. Je pense qu'on peut assumer que les chances d'une quelconque attaque de titans à large échelle sont très réduites mais je ne crois pas qu'il soit sensé d'autoriser des civils à abandonner les murs jusqu'à ce que la situation soit plus claire. J'aurai une lettre pour vous au matin. J'enverrai avec vous un lieutenant qui devra se charger du ravitaillement. Nous aurons besoin de plus de gaz et de lames ici. Rompez, vous pouvez y aller.

─ Oui, monsieur. » Le messager se leva, salua et abandonna la tente.

« Le parlement pense que si l'existence de ce déviant devient publique, tout le programme de recolonisation sera compromis, dit Armin. Ils veulent les premiers colons en dehors des murs et la première colonie établie aussi vite que possible.

─ Oui c'est exactement ça. » Erwin regarda la lettre entre ses mains. « Tout ce qu'ils veulent savoir, c'est combien Hochwald peut recevoir de colons dans l'immédiat.

─ Quel bien y aurait-il pour quiconque à établir une ville en dehors des murs si ses habitants se font manger ? demanda Hange. J'espère que tu vas leur dire de ne pas être aussi stupides, Erwin ?

─ Je formulerai ça plus diplomatiquement que ça, répondit Erwin, mais essentiellement, oui.

─ S'ils veulent le faire, ils le feront de toutes manières, dit Levi. Ça ne m'étonnerait pas si un groupe de colons avait reçu l'ordre de se mettre en route juste après le départ du messager. »

Erwin regarda directement Levi pour la première fois : « Tu crois ?

─ Ouais. Le parlement est peut-être composé de différents politiciens que ceux d'avant, mais ça reste des politiciens. »

Zoe soupira : « C'est exactement ce dont nous avions besoin ! Mais je ne crois pas qu'il faille se faire trop de soucis. Je doute qu'il reste beaucoup de titans. Il est possible que celui que la division sud a abattu ait été le seul survivant.

─ Ou il pourrait y en avoir des centaines, contra Levi, plutôt impatiemment. Nous devrions colmater la brèche dans les remparts d'Hochwald. Ces murs ne pourront pas maintenir les grands titans à l'écart très longtemps, mais ils les ralentiront et nous donneront des points d'ancrage si nous devons combattre. Hum. Autant pour un monde sans mur.

─ Tu as raison, acquiesça Erwin. Nous commencerons dès demain. Mais je pense que nous ne devons pas nous alarmer excessivement non plus. Comme Zoe l'a dit, le plus probable c'est que ces titans soient de rares déviants. Mais nous agirons comme si nous attendions l'arrivée imminente des colons et nous traiterons cette menace sérieusement. » Il hésita avant d'ajouter : « Levi, j'ai besoin de t… Tu seras en charge de l'entraînement. Je veux tout le monde au maximum de ses capacités de combat au cas où il y aurait plus de ces déviants. Je suis sûr que certains d'entre nous sont déjà rouillés quant à l'usage de la manœuvre tridimensionnelle.

Levi hocha la tête : « Qu'est-ce que nous avons en stock ? En gaz, en lames ?

─ On manque des deux, dit Erwin. Armin, va faire un inventaire exact que nous sachions à quel point la situation est mauvaise.

─ Oui, monsieur. » Armin se leva, sa tête frôlant le toit de toile de la tente. Quand il fut parti, Levi demanda à Erwin : « Est-ce que vous vous êtes entrainés au moins un peu ?

─ Bien sûr. Nous nous maintenons en forme et tout le monde fait régulièrement des pratiques avec le harnais. Mais c'est seulement les exercices de base. Nous n'avons pas de parcours d'entraînement.

─ Alors nous devons en construire un, déclara Levi. Même s'il n'y a plus de titan, utiliser la manœuvre tridimensionnelle est la manière la plus efficace de s'entraîner, aussi longtemps que nous avons le ravitaillement.

─ Le gaz ne devrait pas poser de problème, dit Erwin. Mais la production de masse de lames a été arrêtée dès la fin de la guerre. Une seule des fonderies est toujours en activité.

─ Alors nous ne pouvons pas nous permettre de nous entrainer avec des vraies lames. Très bien, je trouverai quelque chose. » Levi fronça les sourcils, se concentrant sur le problème. Quand il leva les yeux, Erwin le regardait. Une communication silencieuse passa entre eux ; une espèce de soulagement partagé à la normalité de la situation, la sensation de la possible reprise de cette collaboration si efficace qui avait connu un final abrupt avec la conclusion de la guerre et tout ce qui avait suivi. Aucun d'eux ne détourna la tête et ce bref moment de soulagement fut remplacé par quelque chose d'autre.

Le regard de Zoe alla d'Erwin à Levi. « Donc, je suppose que mon rôle c'est de te faire un rapport sur les déviants qu'on a vu lors de la dernière bataille. Je dois aussi rédiger une lettre pour le messager. J'ai beaucoup de questions sur le titan tué par la division sud. Je commencerai par le rapport. » Zoe sauta sur ses pieds et Erwin tourna vivement la tête, levant sa main dans un impulsif et atypique geste de commandement.

« Attends ! »

Levi et Zoe regardèrent Erwin, qui s'éclaircit la gorge et ne réussit pas à regarder au moins un des deux dans les yeux. « Je… attends, Hange. J'ai… quelques questions sur tes observations sur les titans pendant les derniers combats. Levi, rompez, tu peux y aller.

─ Oui, monsieur. » Levi quitta la tente sans un regard en arrière.

Erwin s'assit un plus droit sur le lit et regarda Zoe. « Donc, les déviants que tu as étudié…

─ Je mettrai ça dans le rapport.

─ Mais je voulais te demander…

─ Non. Non, tu ne voulais pas. » soupira Zoe. « Écoute Erwin, peu importe ce qui se passe entre toi et Levi… C'est clair, tu ne veux pas en parler, donc c'est bon, on n'en parlera pas. Mais si tu as peur de rester seul avec lui, alors peut-être que…

─ Je n'ai pas peur !

─ … que tu devrais te demander pourquoi, » conclut Zoe en ignorant la protestation d'Erwin. Elle se retourna.

« Est-ce qu'il… Comment va-t-il ? » demanda doucement Erwin derrière elle.

Zoe s'arrêta, sa main sur le pan de toile, mais elle ne regarda pas Erwin. « Demande-lui, » dit-elle, laissant Erwin seul dans sa tente. Soupirant face à l'entêtement d'Erwin qui refusait même de parler du problème avec Levi, Zoe se mit à la recherche de Moblit, qui avait organisé toutes ses notes selon un classement très compliqué mais apparemment efficace, un système qui lui permettrait certainement de trouver ses notes sur les déviants bien plus rapidement qu'elle ne pourrait le faire elle-même.

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Le soleil du matin était très brillant tandis qu'Erwin marchait en dehors du campement, se dirigeant vers le petit bosquet d'arbres que Levi avait choisi comme aire d'entraînement. Deux mannequins de bois en forme de titan avaient déjà été construits mais l'habituelle cible de cuir et de crin de cheval sur leur nuque manquait. Erwin fronça les sourcils. Il était bien sûr tout à fait possible que le déviant abattu par l'expédition sud ne soit qu'un survivant solitaire, mais même ainsi, les procédures standards devaient être respectées. Il devrait en parler à Levi quand la session serait finie, ce qui serait potentiellement embarrassant mais il semblait, à en juger par la réunion de l'avant-veille, qu'au moins Levi avait décidé de se comporter professionnellement. Aussi longtemps qu'il comprenait qu'aucune relation de nature sexuelle ne pouvait reprendre entre eux, est-ce qu'après tout, il ne serait pas possible d'établir une collaboration efficace sur le plan professionnel ?

À contrecœur, Erwin avait dû reconnaitre que Zoe avait eu raison à propos d'une chose : pendant la réunion il s'était comporté d'une manière très inhabituelle à l'idée de rester seul dans sa tente avec Levi. Après avoir écrit la lettre au parlement où il exposait les différents motifs qui rendaient très risquée la décision d'envoyer des colons à Hochwald avant que la nature de la potentielle menace titan soit définie, Erwin avait passé beaucoup trop de temps la nuit suivante à penser aux raisons de ce ridicule moment de presque panique.

Le retour de Levi avait été un choc, avait admis Erwin. L'intensité des réactions de son propre corps lorsqu'il l'avait revu d'une manière si inattendue l'avait totalement surpris. Analysant ses réactions sans passion, les battements de son cœur, l'irritante tension dans ses muscles, cet instant où il avait retenu son souffle, sa bouche soudainement sèche… Erwin avait été incapable de nier qu'il était toujours attiré par Levi, d'une manière presque violente. Mais le désir était une réaction physique, et non pas émotionnelle, et s'abandonner à quelque chose de si bas serait une faiblesse impardonnable quand il avait déjà décidé de ce qu'il devait faire.

Hange avait raison à propos de ça, aussi, pensa Erwin alors qu'il atteignait l'aire d'entraînement, j'avais peur de rester seul avec Levi. S'il m'avait touché à nouveau, s'il m'avait encore proposé de…

Mais Levi s'était comporté d'une manière tout à fait professionnelle et depuis la réunion avait travaillé avec un zèle exemplaire à mettre au point la course d'entraînement et à tester la forme physique de chacun des soldats du camp, se maintenant si occupé qu'Erwin avait à peine eu l'occasion de l'apercevoir.

Alors qu'il atteignait l'aire d'entraînement, Erwin remarqua Levi debout sur une petite plateforme de bois en haut d'un pin, avec deux des plus jeunes soldats qui écoutaient attentivement ses instructions. Erwin reconnut l'une d'entre elle comme la jeune femme qui avait salué Levi l'après-midi de l'arrivée du messager, Heike Merkel s'il se souvenait bien. Elle était jolie, pensa Erwin. Sa petite taille et ses cheveux châtain clair lui donnaient une vague ressemblance avec l'ancienne membre de l'escouade de Levi, Petra Ral, tuée si vicieusement par Annie Leonhardt sous sa forme de titan. Et avant ça, il y avait eu cette rouquine sauvage de la cité souterraine qui avait rejoint les Bataillons d'Exploration avec Levi plutôt que de faire face à la justice incertaine des Brigades Spéciales, celle dont Levi n'avait jamais plus reparlé après sa mort. Isabel, se rappelait Erwin. Si Levi avait un « type » de femme, Heike Merkel en faisait partie. Elle était jeune, probablement quelque chose autour de vingt-cinq ans, songea Erwin, mais dix ou onze ans n'était pas une différence d'âge infranchissable. En dehors de ses cernes, Levi n'avait jamais eu l'air d'avoir son âge.

Un futur où Levi épouserait Heike Merkel, ou quelqu'un comme elle, serait l'issue la plus satisfaisante pour tout le monde, se dit Erwin. Alors sûrement, Levi laisserait le passé dormir ? Il s'installerait quelque part, élèverait une famille. Et ne serait-il pas possible que, avec le temps, si Erwin faisait une visite occasionnelle que Levi, adouci par un genre de vie auquel la plupart des soldats des Bataillons ne s'étaient jamais autorisé à rêver pendant la guerre, comprenne finalement pourquoi Erwin avait jugé nécessaire de le laisser partir ?

L'imagination d'Erwin lui montrait une image nette de lui-même en homme âgé, barbu avec des mèches grises dans ses cheveux, discutant avec Levi dans le jardin ensoleillé et impeccablement entretenu d'une modeste maison d'Hochwald, tandis que l'adorable femme de Levi les regarderait en souriant depuis le pas de la porte et que leurs enfants aux cheveux noirs ou roux joueraient autour. À ce stade, les dernières traces de désirs entre Levi et lui auraient été réduites à rien, n'est-ce pas ? Erwin serait capable de retourner à son travail, rassuré de savoir que Levi était heureux, et sachant que lui au moins avait pu se remettre des dégâts qu'Erwin avait causés pour gagner la guerre.

Erwin regarda Levi tandis qu'il se déplaçait le long de la plateforme, inconscient encore de sa présence. Heike hocha la tête, ainsi que le soldat, Otto Bergen ?, tous les deux prêtant une extrême attention à ce que Levi disait. Levi eut un geste vers les titans de bois puis vers les arbres avec un mouvement précis et saccadé des mains, et soudain il était dans les airs, volant en un arc ascendant jusqu'à piquer sur les deux mannequins en lançant son harpon vers un haut pin derrière. Il bougeait si rapidement qu'Erwin n'avait pas eu le temps d'apercevoir le déclenchement du premier harpon qui s'était enfoncé dans le titan le plus proche jusqu'à ce que Levi le relâche. Les ailes de la liberté sur sa cape brillaient dans le soleil tandis qu'il accomplissait un époustouflant virage serré autour de l'arbre pour frapper proprement la nuque du plus petit titan. Une espèce de poudre blanche emplie l'air alors que les lames de Levi frappaient mais Erwin oublia de se demander ce que c'était, ses yeux sur l'homme tandis qu'il virevoltait dans les airs pour atteindre le second titan avec une précision parfaite, avant de lancer son filin droit sur une branche haute au-dessus de la tête des soldats qui le regardaient pour finalement atterrir sur la plateforme avec sa grâce habituelle.

Erwin se rappela de la première fois qu'il avait vu Levi, dans le crépuscule de la cité souterraine, utilisant un des harpons comme armes pour désarmer son opposant avec le genre d'assurance qu'Erwin n'avait vu jusque-là que chez les vétérans les plus habiles des Bataillons, avant de s'envoler dans les airs. Ses deux compagnons avaient été habiles à la manœuvre tridimensionnelle mais Levi était une révélation. En regardant Levi, les poings d'Erwin s'étaient serrés, son corps pressentant que la victoire pouvait être à portée de main avant même que son esprit ait pu arriver à la même conclusion.

À cet instant, l'objectif principal d'Erwin était devenu Levi. Il était devenu absolument essentiel pour lui d'amener Levi à entrer dans les Bataillons. Depuis la mort de son père, Erwin n'avait eu qu'un but dans sa vie : utiliser les vérités derrière les théories de son père pour vaincre les titans. En grandissant, chacune de ses décisions avait été faites avec ce but en tête, et si dans certaines occasions un quelconque sentiment personnel intervenait, Erwin l'avait impitoyablement écarté. À dix-huit ans il était tombé amoureux de Marie, la belle serveuse de l'auberge à la Rose où il avait l'habitude d'aller boire avec d'autres recrues, Mike et Nile. Il y avait eu une brève période, qui n'avait pas duré plus de quelques semaines, où il s'était autorisé à imaginer un futur pour lui très semblable à celui qu'il voyait à présent pour Levi, mais il savait que son ami Nile Dawk était son rival pour le cœur de Marie et que Nile était libre de se marier quand lui-même ne l'était pas. Ses plans incluaient de rejoindre les Bataillons d'Exploration, la voie la plus rapide et directe pour obtenir les informations dont il avait besoin sur les titans. Nile et Mike avaient tous les deux souhaité faire de même mais Nile avait fini par changer d'avis en faveur des Brigades Spéciales après avoir rencontré Marie et Erwin s'était retiré de la course, acceptant que payer ses dettes à l'égard de son père était plus important que ses propres désirs égoïstes.

« Tu as choisis les titans plutôt que Marie » lui avait dit Nile, un peu avant la fin de la guerre. « Il y a quelque chose qui ne va pas chez toi. » C'était assez vrai. Erwin s'était parfois demandé s'il n'était pas né avec quelque chose de défaillant, un rouage essentiel que les autres avaient et lui n'avait pas. Enfant terriblement brillant qui n'avait pourtant pas eu le bon sens de se taire la seule fois où cela avait été important, Erwin avait été défini par cette erreur fatale commise à l'âge de huit ans. Il supposait que la mort lente de ses émotions avait commencé alors, continuant au long de la guerre jusqu'à ce que ce qu'il n'y ait plus que la froideur. Rétrospectivement, Erwin se demandait même s'il avait vraiment aimé Marie. Renoncer à elle avait été le premier test de sa résolution : peut-être que c'était tout ce que ça avait signifié.

Levi était différent. Marie avait été entièrement distincte du but d'Erwin. Levi était inextricablement lié à lui. Depuis le début il avait été impossible pour Erwin de séparer les deux dans son esprit. L'attirance sexuelle, Erwin avait dû l'admettre, avait aussi été présente depuis le début même s'il ne l'avait identifiée comme telle que beaucoup plus tard. La manière qu'avait Levi de voler était à couper le souffle et, oui, belle. Erwin s'en rendait compte maintenant alors qu'il n'en avait peut-être pas été conscient à l'époque, que l'exaltante poussée d'excitation et d'adrénaline qu'il avait ressentie durant leur poursuite dans la cité souterraine n'avait peut-être pas été due entièrement au fait qu'il avait besoin des incomparables talents de Levi dans les Bataillons.

Le brun avait seulement cessé de se battre quand ses amis avaient été capturés, permettant à Erwin d'exercer un chantage pour le forcer à rejoindre les Bataillons. Quand Levi avait levé les yeux vers lui, dégoulinant d'eau et furieux contre Mike qui avait enfoncé son visage dans l'égout à ciel ouvert, Erwin avait ressenti un indéniable frisson pour cette haine farouche qui brûlait dans ce regard, fasciné par cet homme si petit qui recelait tant de volonté pure. Voler et vouloir, Erwin avait plaisanté avec Mike après : Levi semblait l'incarnation de ces deux choses. Mike avait reniflé, et sourit un peu étrangement, et n'avait rien dit du tout.

La première fois qu'Erwin avait été conscient de son attirance pour Levi ça avait été deux ans plus tard, pendant une brève expédition en dehors du mur Rose, peu après que le gouvernement ait confié aux survivants du Mur Maria la soi-disant « mission » de reprendre le mur, ce qui n'avait été rien d'autre qu'un révoltant sacrifice de civils pour éviter la famine et la rébellion. Tandis que les Bataillons quittaient les murs pour rejoindre la tentative d'établissement d'une ligne de ravitaillement qui aurait éventuellement pu permettre la réparation de la porte brisée de Shiganshina, il avait vite été évident que rares avaient été les gens envoyés à cette boucherie qui avaient réussi à progresser à plus d'un kilomètre ou deux du mur Rose. Le paysage était un amoncellement de parties de cadavres décomposés, de vêtements en lambeaux et d'outils tristement inadéquats utilisés comme armes de fortune, faux et faucilles, des râteaux rouillés et des bêches, même des couteaux de cuisine et des ciseaux de couture. Chevauchant au côté d'Erwin, l'expression de Levi s'était assombrie de plus en plus à ce spectacle et quand il avaient été attaqué par un titan déviant extrêmement rapide, il n'avait pas attendu d'ordres, envoyant un harpon directement dans la poitrine du monstre et utilisant l'élan de son cheval pour se projeter lui-même à cent quatre-vingt degrés, enroulant le second filin alors qu'il relâchait le premier, gagnant assez d'altitude pour atteindre la nuque du titan. Le titan avait frappé alors que Levi passait son épaule, et Erwin avait eu le souffle coupé mais avant qu'il ait pu vocaliser le cri d'alerte qui avait germé en lui, le titan était tombé, s'écrasant sur le sol, les lames de Levi fumantes d'un sang qui s'évaporait alors qu'il atterrissait souplement sur son dos. Erwin se souvenait avoir entendu les applaudissements des autres soldats derrière lui tandis qu'il galopait vers lui et il avait remarqué la raideur dans l'épaule droite de Levi et la trace plus sombre sur sa cape qui ne s'évaporait pas. Sautant à bas de son cheval, Erwin avait couru jusqu'à Levi.

« Tu es blessé ! »

─ C'est pas grand-chose. Il m'a eu. Saleté d'ongles trop longs. Ugh. Je vais probablement mourir d'une infection. » Levi avait adressé à Erwin un sourire à demi-désolé. « Je dois bouger plus vite. »

Erwin avait tendu la main pour défaire la cape de Levi, pour vérifier que la blessure était aussi légère que ce que Levi prétendait, mais Levi l'avait arrêté, sa main autour du poignet d'Erwin.

« Hey, qu'est-ce que tu fous ?

─ Laisse-moi voir.

─ Je t'ai dit, c'est rien. »

Quand leurs yeux s'étaient rencontrés, Erwin avait ressenti un choc physique à la soudaine réalisation qui avait fait battre son cœur, et à ce ridicule, impossible, désir de toucher, d'embrasser…

« Je survivrai, avait dit Levi fermement. Ou du moins je le ferai si on arrête de se tenir là à papoter comme une putain d'invitation à un goûter de titans. Où est la nullité qui me sert de cheval ? » Son sifflement aigu pour rappeler son cheval, avait ramené Erwin à la réalité.

Presque un an avait passé avant qu'ils n'agissent par rapport à ce qu'ils avaient tous les deux ressentis ce jour-là, et même alors…

Avec plus de mal qu'il n'aurait dû en avoir, Erwin se força à arrêter de penser au passé.

Abritant ses yeux avec sa main pour se protéger des rayons du soleil qui passaient à travers les plus hautes branches des pins, Erwin regarda Levi surveiller Otto Bergen, qui était en train d'accomplir son premier essai à reproduire la manœuvre que Levi avait réalisé de manière si habile.

Levi regarda en bas de la plateforme et croisa calmement les yeux d'Erwin qui se demanda si Levi avait été conscient de sa présence tout ce temps. Levi descendit l'échelle plutôt que d'utiliser la manœuvre tridimensionnelle, réservant le gaz autant qu'il pouvait pour l'entraînement. Il se dirigea vers Erwin, marchant sur le tapis mous d'aiguilles de pin tombées au sol, son visage absolument calme, son corps détendu, comme si la performance d'acrobatie aérienne qu'il venait de réaliser ne lui avait coûté aucun effort. Il y avait une trace de poudre blanche sur son épaule. La main d'Erwin se leva d'elle-même avant de retomber. Levi suivit la direction de son regard, eu un petit « tch » d'ennui et brossa la trace avec plus de force qu'il n'en était nécessaire. « De la craie, » dit-il quand la marque fut complétement partie. « Il y en a plein par ici et nous n'avons pas les matériaux pour faire les cibles habituelles.

─ Ah, je vois. J'allais te poser la question justement, » dit Erwin. Le froncement de sourcil familier apparut entre les sourcils de Levi à l'implication qu'Erwin cherchait des choses à critiquer.

« J'ai déjà envoyé une liste de demandes de fournitures au QG avec le messager, » dit Levi froidement. « J'espère que cela te conviendra. Je suppose que le budget n'est plus un problème. »

Erwin hocha la tête. « C'est exact. Commande ce dont tu as besoin. Et à propos des lames ? »

Levi brandit une de ses lames et, de si près, Erwin put voir que c'était une réplique grossière des lames authentiques, à peine façonner selon la forme habituelle.

« J'ai demandé au maréchal-ferrant de les faire à partir de cerceaux de tonneau, » dit Levi. « C'est du fer, pas de l'acier. Elles ne coupent pas grand-chose, mais c'est toujours ça pour l'exercice et elles sont trop épaisses pour se briser aussi facilement que les vraies lames. Elles ne sont pas très commodes à manipuler. Ce n'est pas l'idéal mais c'est mieux que rien. Nous mettons une nouvelle couche de craie sur la nuque au début de chaque nouvelle session et nous comptons le coup comme fatal s'il y a une raisonnable quantité de poussière de craie.

─ Et que se passerait-il si vous croisiez un vrai titan pendant l'entraînement ? demanda Erwin.

─ Et bien j'espère que les hommes en faction nous donneraient un genre d'avertissement, répondit Levi d'un ton égal. Mais nous avons tous deux vraies lames, au cas où. » Il désigna les manches soigneusement forgés d'acier brillant des lames valides dans les étuis contre ses hanches. « C'est tout ce que nous avons en stock. Deux lames pour chaque soldat. Jusqu'à ce que nous en obtenions plus, nous ne pouvons pas nous permettre de gaspiller des vraies lames pour l'entraînement.

─ Sage précaution, approuva Erwin. Comment ça se passe d'ailleurs ?

─ Pas mal, répondit Levi. Certains sont un peu rouillés, mais dans l'ensemble, ils se débrouillent. Toute l'équipe d'Hange a grosso modo gardé la forme. Quelques-unes des nouvelles recrues ont besoin de faire du muscle. Ces deux-là ne sont corrects. » Il regarda le parcours où Heike et Otto étaient toujours en train de faire des tours pour reproduire le mouvement que Levi leur avait montré. Les deux jeunes soldats se débrouillaient raisonnablement bien, même si aux yeux d'Erwin ils avaient l'air mou et maladroit en comparaison de Levi. Mais il était vrai que c'était le cas de la plupart des gens.

« Tu n'as pas l'air d'avoir perdu d'aptitude, commenta Erwin.

─ Moi ? J'ai à peine volé pendant des mois. Vers le nord-ouest, c'était surtout des marais. Nulle part pour utiliser la manœuvre. Il y avait bien cette grande forêt sur le chemin du retour, c'était pas mal mais j'ai eu des crampes comme si je venais de bais… de traverser l'enfer. Mais non, je suis loin d'être au top de ma forme. J'ai besoin d'entraînement autant que les autres. »

Le silence s'installa entre eux.

« Est-ce que tu as atteint la mer ? » demanda Erwin, ses yeux toujours fixés sur les deux soldats dans les arbres au-dessus d'eux.

« Je… non. »

Erwin baissa son regard vers Levi, intrigué par cette hésitation : « Non ?

─ Non, répéta Levi avec emphase, en regardant ailleurs. « Je n'ai pas atteint la mer. Tu voulais quelque chose ? Ou tu es juste venu pour vérifier l'entraînement ?

─ Vérifier l'entrainement, répondit Erwin. Oui.

─ Et bien, tu l'as fait, dit Levi, son ton toujours neutre mais son corps à présent tendu. Est-ce qu'il y a autre chose ?

─ Pas… non, dit Erwin. Rien d'autre.

─ Très bien.

─ Je vais y aller, alors, » dit Erwin après un silence qui menaçait de devenir gênant.

Levi hocha la tête.

Erwin se retourna et traversa le camp, comme si on lui avait donné congé.

Levi resta à regarder Heike et Otto fonçant entre les arbres, envoyant des nuages de poudre de craie dans les airs à chaque coup justement porté. Il les regarda, sans vraiment prêter attention à ce qu'ils faisaient jusqu'à ce qu'il soit certain qu'Erwin était parti. Alors il soupira et s'autorisa un rapide coup d'œil en arrière en direction du camp.

De retour dans sa tente, Erwin essaya de se concentrer sur le plan d'urgence au cas où Levi aurait eu raison quant à l'hypothèse que le gouvernement se risquerait à envoyer des colons malgré la menace des titans. Il avait déjà nommé Armin responsable de la reconstruction des remparts d'Hochwald. C'était une chance que Levi ait été capable de réparer la herse endommagée. Ou peut-être que ce n'était pas de la chance. Levi avait toujours eu cette manière d'anticiper les problèmes et de les régler avant qu'Erwin ait eu besoin de demander. Il accomplissait toujours de telles tâches de lui-même avec une efficacité tranquille qu'Erwin n'avait pas réalisé être si utile jusqu'à ce qu'elle lui ait manqué.

Erwin s'assit sur le lit et se perdit dans la contemplation de sa main, pensant à une cicatrice livide d'une blessure qui, Levi l'avait prétendu, n'était rien, une cicatrice que dans le passé Erwin avait souvent tracée de ses doigts et de ses baisers, pensant à une marque de craie blanche presque au même endroit, et de ce besoin urgent qu'il avait eu de toucher Levi encore une fois sous le prétexte de l'effacer.

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Ce chapitre a été pénible à un point… C'était la première fois que j'avais si peu d'enthousiasme, ne me demandez pas pourquoi. Peut-être parce que j'ai dû faire plus d'adaptation que pour les autres ?

Bref, Erwin est tellement con (et je reste polie. Mais comment Cherry a pu écrire cette histoire sans l'étrangler ?) que je rêve de l'assommer. Levi, je te le dis tout de suite, il ne te mérite pas du tout. Je vous attends le vendredi 29 mai pour le chapitre 8 : Vouloir. En attendant, si vous avez besoin de votre dose d'Erwin, et de Levi, il y a un forum presque entièrement consacré à Erwin ! Le lien est sur mon profil.

Et bien sûr, n'oubliez pas le guide ;)