Ton Nom
Etonnante prise de conscience
« Natsu ! Aboya Gildarts, regarde oùtu vas bon sang ! »
Le garçon poussa un soupir, exécutant malgré tout les indications de son coach. Il répéta plusieurs fois le même enchaînement, admirant la balle rater encore et encore le panier, avec la même lassitude.
« Bordel de merde ! Jura le rouquin en passant une main sur son visage, c'est bon, on arrête là pour aujourd'hui ! »
Natsu soupira d'aise, rejoignant le banc où l'attendait le quinquagénaire, en dribblant tranquillement. Il n'avait pas le cœur à jouer : trop de chose était venu bouleverser sa vie, et malgré toute sa bonne volonté, il n'arrivait pas à se concentrer sur autre chose.
Il attrapa la serviette atypique que son cadet lui avait offert, épongeant son front ruisselant de sueur. Il laissa ses muscles se détendre doucement, alors que Gildarts jurait dans sa barbe. Brusquement l'homme se redressa, foudroyant du regard le rose.
« Je ne sais pas ce qui ne vas pas Natsu, mais nous arrivons enfin au quart de finale, il le jaugea un instant, il est hors de question qu'on le perde à cause de toi ! Je me suis bien fait comprendre ?
- Oui coach. Grinça le rose. »
L'approche de la finale mettait Gildarts à fleur de peau. S'il avait un caractère difficile de base, il était terrible depuis quelques jours. Natsu ravala sa colère, conscient d'avoir été particulièrement médiocre aujourd'hui, mais c'était plus fort que lui. Il n'arrivait pas à se concentrer.
La voix du coach sportif s'éleva à nouveau, cette fois cependant, elle se fit plus douce.
« Il faut que tu mettes les choses au clair avec toi même gamin. Sinon tu ne pourras jamais te concentrer. »
Il en était parfaitement conscient, il ne savait seulement pas comment faire.
Il coula un regard sur son poignet, détaillant avec soin le L noir calligraphié qui se mariait à merveille avec le croissant de lune où quelques constellations dont il n'avait pas le nom venaient tacher de blanc le noir de la lune. Il se rappelait la surprise qui l'avait gagné quand il avait vu l'œuvre tapisser sa peau, et puis le rire qui l'avait parcouru avec force. C'était de bonne guerre après tout !
L'euphorie l'avait rapidement gagné, c'était réel. Elle avait marqué au fer rouge son corps, gravant de son empreinte sa chair avec la même force qu'elle avait marqué sa vie.
Il savait pertinemment qu'elle n'avait pas aimé le sien, il l'avait su à l'instant même où il était rentré dans le salon, pourtant lui il l'aimait déjà son tatouage, tout comme il aimait celui qu'il portait.
Il voyait en cette œuvre, la preuve de son existence, la preuve de leur relation, la preuve de ce lien inconnu qui les liait désormais à jamais.
Elle était une expérience inédite, fabuleuse. Comme une moitié de lui-même, cette part de féminité cachée, cette tendresse refoulée. Elle était l'incarnation même de cette moitié de lui-même.
Il avait entendu quelque part que l'être humain était né différent de l'homme actuel. À l'origine, il arborait fièrement deux têtes, quatre bras et quatre jambes, fier de sa force et imbu de lui-même, il décida de se dresser contre les dieux qui l'avait créé.
Défiant leur autorité et leur suprématie dans un combat acharné qu'il perdit. Pour parer toute autre rébellion, les dieux décidèrent de punir l'Homme, le divisant en deux corps, le vouant éternellement à chercher la partie de lui-même qui avait perdu par caprice, le laissant seul et triste.
C'était de ce qu'il avait compris l'histoire de la création du monde, celui plus précisément d'âmes-sœurs. Si jusque-là il n'en avait pas eu grand-chose à faire, maintenant il y pensait sérieusement.
Lucy était forcément cette moitié d'âme perdue, il n'avait vu aucune autre forme d'explication un tant soit peu crédible à leur échange. En tout cas c'est ce qu'il s'était dit quand elle avait commencé à prendre du recul. Elle lui faisait payer sa trahison de la plus odieuse des manières.
Bien sûr il n'avait pas vraiment apprécié gâcher ses mercredis soirs à faire le ménage comme un pauvre abruti dans l'école déserte. Gildarts lui en avait d'ailleurs énormément voulu, et pour cause il perdait un jour d'entraînement, alors pour compenser ce manque, il lui faisait subir de véritables tortures lors de leur entraînement.
Il avait beaucoup de mal à tenir la cadence.
Il n'avait pas non plus apprécié l'initiative de Lucy, qui l'avait inscrite comme figurant pour la pièce de théâtre du lycée. Heureusement, après une plaidoirie assez bancale, le dénommé Bixrow avait accepté de le retirer des participants. Mais, en contre-partie, il devait passer ses pauses de midi à fabriquer le décor de pièce.
Et que dire de sa semaine d'esclavagisme ?
Grey lui en avait fait voir de toute les couleurs, le forçant en plein milieu de la nuit à venir lui servir un verre d'eau, ou lui faisant faire bon nombre de choses humiliantes au lycée, comme déclarer son amour à Droy, un garçon timide de sa classe, qui avait manqué de s'étouffer lorsque Natsu avait interrompu le cours pour lui dire à quel point il l'aimait. Un frisson d'horreur remonta le long de sa colonne vertébrale, il préférait oublier cette semaine. L'effacer de son esprit pour toujours.
En somme il n'avait plus une minute pour lui. Pourtant toutes ses petites vengeances n'étaient rien en comparaison de son ignorance. Elle lui montrait clairement qu'il l'avait déçu, et c'était pire que tout pour le rose. Ses messages étaient très simples, se contentant de détailler sa journée avec une froideur dérangeante, elle n'avait préparé aucun piège, ni la moindre manigance depuis le drame. Pire, elle ne le réprimandait plus sur son comportement dans son corps, et semblait ignorer ses nombreuses tentatives de réconciliation. En vérité, elle l'ignorait lui. Elle était totalement hermétique à lui, réduisant au maximum leur échange, et ça lui faisait bien plus de peine qu'il ne l'aurait cru.
C'est là, quand il avait pris conscience de la gravité de la situation, de ce lien si fragile qu'il chérissait du plus profond de son être, réduit à néant par sa simple faute, qu'il avait compris.
Lucy était bien plus qu'une amie, elle était probablement ce bout d'âme solitaire qui cherchait à redevenir entier. Et elle l'ignorait royalement.
Il avait senti tout ce flot de bonne humeur le quitter progressivement. Il n'aurait jamais rencontré Lisanna, ni fait la moitié de ce qu'il avait fait sans l'intervention curieuse et particulière de Lucy. Il n'avait jamais pris conscience qu'elle faisait partie intégrante de sa vie, mais pire que tout, il n'avait jamais songé à l'impact qu'elle pouvait avoir sur lui.
L'angoisse lui noua la gorge, il craignait tellement de la voir disparaître totalement, de l'oublier à nouveau. Inconsciemment il serra ses poings, le regard profondément ancré sur le L noir de son poignet. Il ne voulait pas, jamais, perdre ce lien qui les unissait.
Il devait se faire pardonner ! Il devait trouver un moyen de se rendre aussi indispensable qu'elle l'était pour lui.
Il se leva brusquement, saluant son coach, qui ruminait encore dans sa barbe, pour rejoindre les rues froides d'Héragon. Il passa sa main sur son épaule, maintenant le lourd sac de sport usé qu'il traînait partout. Il devait trouver un moyen de se racheter.
Ses pas ralentirent sur la chaussée, laissant sa tête se pencher en arrière pour fixer le ciel noir. Qu'est ce qui pourrait bien lui faire plaisir ?
Il devait trouver rapidement, d'ici deux mois ils affronteraient dans un match féroce le gagnant des demi-finales. Elle devait être là, elle l'avait promis. Il fallait qu'elle soit la !
« Natsu ? »
Oh non. Pas maintenant.
Le rose laissa retomber sa tête avec crainte, découvrant face à lui un Igneel emmitouflé dans un gros pull en laine, une écharpe aux motifs indéfinis entourant son cou. Qu'est-ce qu'il voulait ? Il n'avait pas envie de le voir, surtout maintenant, ni de partir dans une discussion bien trop pénible.
« Qu'est-ce que tu veux ? »
Malgré le ton agressif, le hippie ne se braqua pas, gardant son maigre sourire pendu aux lèvres.
« Tu m'as dit de te laisser du temps, c'est ce que j'ai fait. Mais maintenant il faut en parler, tu ne crois pas ?
- Je n'ai rien à te dire. Lâcha le saumoné, sa voix vibrant légèrement sur la fin.
- Mais moi oui. Tu as le temps ? »
Natsu ne répondit pas, soupirant seulement. De toute façon il fallait bien s'y coller un jour, partir maintenant ne ferait que retarder l'échéance. Et puis il n'était pas contre les conseils de son père de substitution, juste pour voir.
Ils marchèrent en silence jusqu'à la petite bicoque d'Igneel. La maison était un peu isolée du village, mais son panorama n'en restait pas moins fabuleux. Il ouvrit la porte dans un grincement lugubre, avant de pénétrer dans le hall d'entrée. Toujours sans un mot, ils retirèrent leurs chaussures avant de rejoindre le salon.
Malgré lui, les yeux de Natsu roulèrent sur les murs tapissés de cartes et de tableaux bancales. De gros plaids en laine tressée reposaient un peu partout, jonchant les coussins et canapés. Avec un certain amusement, Natsu poussa le feuillage de l'arbuste qui bloquait son passage, avant de venir s'installer sur le canapé, le regard accroché au hamac bleu gris qui trônait solitaire face à la bibliothèque d'Igneel. C'est qu'il y avait dormi un nombre incalculable de fois dans ce hamac.
Ce lieu un peu bizarre, à l'image d'une brocante, regroupait bon nombre d'objets du monde aussi curieux qu'improbables, pourtant Natsu ne connaissait pas d'endroit plus réconfortant. Il avisa la grosse araignée sous verre qui reposait entre un livre abîmé et des piles usagées, en grimaçant.
« Rien n'a changé. Souffla-t-il enfin
- C'est vrai. Sourit avec tendresse le rouge en s'installant face à Natsu. Rien n'a changé. »
Malgré le manque de discernement certain du rose, aucun doute que la dernière réflexion du vieil homme s'adressait particulièrement à lui. Un silence réconfortant les gagna, comme s'ils venaient de se mettre d'accord sur la tournure des événements à venir. Natsu savait que cette discussion risquait d'être particulièrement pénible, pourtant il n'arrivait pas à éloigner ce sentiment de bien-être qui l'étreignait. Cette endroit représentait tellement de chose si contradictoire.
« Je ne te dirais pas que j'avais une raison valable, louable pour être parti comme je l'ai fait, débuta de but en blanc Igneel. Ce serais mentir, et tu sais comme je déteste ça.
- Alors pourquoi ? Coupa le rose
- J'en ai ressenti le besoin. »
J'en ai ressenti le besoin ?
C'est tout ce qu'il avait trouvé ? En quatre putains d'années, c'était la seule chose qu'il avait trouvait à dire ? Il serra les dents pour ne pas foutre son poing dans le gueule du vieil hippie. Ce rendait-il seulement compte des âneries qui sortaient de sa bouche ?
« Je suis comme ça Natsu. Lâcha-t-il pour seule excuse. J'ai beau regretter de t'avoir laissé derrière moi, si c'était à refaire, je referais exactement la même chose. »
Chaque mot était semblable à un coup de poignard enfoncé si profondément dans son corps qu'il avait l'horrible impression de suffoquer. Était-il clairement entrain de lui dire qu'il ne comptait pas ? Qu'il n'avait jamais compté ? Il sentit la bile remonter dans sa gorge.
Il l'entendit lâcher un petit rire dénué de joie.
« Ne pense pas que je ne t'ai jamais aimé, ses yeux se voilèrent d'un mélange de tendresse et de peine, tu as été comme un fils pour moi. Son regard se fit brusquement plus dur, comme s'il prenait conscience d'un fait particulièrement douloureux. Mais ce n'est pas le cas.
- Ça ne justifie rien. Trancha le rose. »
Il lui jeta un regard curieux, étonné probablement que l'adolescent réponde. Pourtant il ne flancha pas sous le regard empli de rancune du rose, souriant tristement pour unique excuse.
« Je sais. »
Ils restèrent un moment assis, se fixant sans vraiment se voir. Les choses étaient si étranges, cette situation était complètement absurde et la sérénité qui le submergeait sans raison valable, ne faisait qu'accentuer ce sentiment d'incompréhension.
Il en voulait à Igneel, terriblement, mais la joie de le revoir ici, de le savoir à nouveau proche de lui, effaçait presque sa rancune. Il se sentait tiraillé entre ses sentiments, incapable de choisir.
« Tu es devenu un vrai jeune homme maintenant.
- Et toi un vieillard. »
L'éclat de rire si particulier d'Igneel fit sourire Natsu. Il avait toujours aimé ce son, un peu à l'image d'un dragon qui s'étouffe, c'était fascinant.
Enfant il avait longtemps cru qu'Igneel était un véritable dragon. Majestueux, fort et impérieux, qui prenait forme humaine pour vivre parmi les simples humains. Un monstre mythologique qui l'aurait choisi lui, ce gosse déboussolé et perdu, incapable de maîtriser la colère qui broyait son corps. Lui qui avait été abandonné par son père, c'était sentit si unique, important, lorsque les yeux légèrement reptiliens d'Igneel s'étaient posés sur lui.
Il s'était senti enfin à sa place, enfin reconnu à sa juste valeur, pour ce qu'il était sincèrement. Il avait eu l'impression que ce paria, l'ermite du village avait su voir sous la couche de colère et de désespoir pour faire ressortir le meilleur de lui, et pour ça, il lui serait éternellement reconnaissant.
Lentement, comme s'ils craignaient de briser ce moment, ils entreprirent de raconter leur parcours. Leur vie éloignée l'une de l'autre. La colère si longtemps retenue s'était dégonflée comme un ballon, et comme un enfant, il ne pouvait décemment rester de marbre face à l'homme qui lui avait tant apporté.
Bientôt, comme une évidence la pièce se remplit de leurs rires, leurs passions, et naturellement leur complicité si longtemps perdue retrouva sa place.
Cette journée prenait finalement un tournant plutôt inattendu.
…
On ne pouvait pas vraiment dire que les choses étaient arrangées avec Igneel, mais au moins maintenant, ils pouvaient discuter et se voir sans que Natsu ne prenne ses jambes à son cou. C'était mieux que rien.
Évidemment, et malgré l'attachement du rose, il était tout bonnement hors de question de réintégrer normalement le hippie à sa vie. S'il voulait récupérer une place privilégiée, alors il allait devoir se montrer à la hauteur.
Il soupira lourdement, c'est exactement ce que Lucy lui faisait endurer.
Son écharpe en écaille enroulée autour de sa tête, un chiffon en main, Natsu astiquait avec entrain les meubles du salon. Deux fois par an, toute la famille Dragneel entreprenait, sous le commandement de Yuri, un grand nettoyage. Le parquet était ciré, les meubles également, et toute la maison dépoussiérée. C'était également l'occasion de faire un tri dans le capharnaüm que représentait sa chambre ainsi que celle d'Happy. L'enfant prenait d'ailleurs à cœur de faire partie de ce grand nettoyage, frottant avec entrain le bois du couloir, les genoux pliés sur un torchon propre.
Une musique d'ambiance résonnait dans toute la maisonnée, rejointe par la voix aiguë de sa mère et celle plus cassée de son cadet. Zeref lui, s'occupait de l'extérieur, coupant avec ennui la végétation qui s'étendait dans leur cour. Natsu l'aurait bien fait, c'était bien plus amusant, mais Zeref avait catégoriquement refusé de lui laisser les outils qu'il jugeait trop dangereux pour le rose, d'autant plus que le brun travaillait l'après-midi, il ne pouvait donc pas perdre de temps à expliquer à Natsu comment fonctionnait la tronçonneuse et les nombreux outils tous plus tranchants les uns que les autres.
« Natsu ? Appela doucement la rose. »
Il releva son visage pour fixer celui inquiet de sa mère. Elle avait délaissé ses produits d'entretien, le fixant de ses grand yeux verts curieux.
La matriarche avait été mise au courant des avancées avec Igneel, elle-même le connaissait très bien : il avait été son pilier dans l'éducation de Natsu, et s'il n'était pas un délinquant à l'heure actuelle, elle le lui devait clairement.
« Quelque chose ne va pas ? Hésita-t-elle. C'est en rapport avec Igneel ?
- Non, non, ça va.
- D'accord. »
Il aimait vraiment cette discrétion qu'avait sa mère. Jamais elle ne les avait brusqués, préférant attendre qu'il se confie d'eux-mêmes, et il fallait bien admettre que c'était bien mieux que subir un lourd interrogatoire. Il admira son dos droit, alors qu'elle récupérait un torchon humide d'une main et un de ses nombreux produits ménagers de l'autre.
« Maman ! Attends ! »
Il n'avait pas vraiment réfléchi en l'appelant, guidé par un instinct étrange, il n'avait juste pas eu envie de la voir disparaître derrière la porte. C'était sa mère après tout, la seule femme qu'il avait jamais aimé, celle qui serait sans aucun doute toujours là pour lui, alors si quelqu'un pouvait l'aider avec Lucy, il ne voyait personne d'autre qu'elle.
Il attendit sagement qu'elle vienne s'installer sur le canapé, déposant tout son matériel de nettoyage sur la table base. Elle lui jeta un regard lourd de question, patientant en silence.
« Je... il poussa un soupir, glissant une main dans ses cheveux, comment tu ferais pour te faire pardonner, si jamais tu avais fait une bêtise ?
- Tu t'es disputé avec Grey ? Osa la rose.
- Non, hm... pas vraiment, c'est plus... non. Il lui jeta un regard suppliant, Alors ? »
Elle lui décrocha un sourire conciliant, posant une main réconfortante sur l'épaule robuste du garçon. Ses yeux verts jaugèrent un instant son fils avant qu'elle ne lâche d'une voix calme.
« J'imagine que j'essayerais de réparer ma bêtise.
- Et si tu ne pouvais pas ? »
Elle détailla plus sévèrement sa progéniture, tout à coup inquiète. Natsu avait fait bon nombre de bêtises avant de rencontrer Igneel, elle savait que sa disparition l'avait profondément meurtrie, pourtant et malgré tout, il était resté sage et obéissant. L'imaginer retourner dans ses travers, à son âge, lui glaçait le sang. Elle ne voulait pas trouver son fils à l'hôpital ou pire encore à la morgue ! Même si leur petit village était assez éloigné de la capitale ou des grandes villes qui regroupait une forte délinquance, il n'était pas impossible qu'il se retrouve mêlé à une histoire sordide de yakuza. Elle déglutit, le visage marqué par l'inquiétude.
« Ne t'inquiète pas maman, ce n'est rien de grave je t'assure. Ne va pas imaginer des trucs bizarres, d'accord ? »
Elle resta un instant silencieuse à le fixer avant de soupirer, vaincue.
« Tout dépend la nature de ta relation avec cette personne, mais j'imagine que je lui offrirais un cadeau. Elle marqua une pause. Avec Noël qui arrive à grand pas, ça pourrait être l'occasion de trouver quelque chose de bien.
- D'exceptionnel ! Il me faut quelque choses d'exceptionnel. »
Yuri lâcha un petit rire attendri, louchant sur sa progéniture, mais plus particulièrement le tatouage qui marquait son poignet. Elle n'avait pas vraiment compris quand elle l'avait vu pour la première fois, ni même lorsqu'il avait donné une explication plus que douteuse. En revanche, elle avait vu son regard s'attendrir, ses lèvres s'étiraient légèrement et ses yeux briller de plaisir. Il semblait si heureux qu'elle n'avait pas eu le cœur à le gronder pour ça, de toute façon il était presque majeur et puis ça aurait pu être pire, tout du moins c'est ce qu'espérait Yuri.
« Ça a un rapport avec cette fille ? Laissa échapper la mère.
- Quelle fille ?
- Eh bien, elle hésita, pinçant ses lèvres avec une certaine crainte, j'imagine que ça a un rapport avec le L sur ton poignet. »
Natsu arqua un sourcil, comment diable sa mère avait-elle pu en venir à cette conclusion ? Totalement vraie d'ailleurs. C'était simplement improbable !
« C'est la jolie jeune femme d'à côté non ? Lise quelque chose, marmonna la rose. »
Ses yeux s'écarquillèrent de surprise, alors que la mère de famille s'embourbait dans son explication. Finalement, elle n'avait pas tout à fait raison dans son raisonnement.
« Non, coupa le rose, ce n'est pas Lisanna.
- Ah ! Voila ! Lisanna ! S'enthousiasma-t-elle avant de prendre conscience des mots de son fils, Ah bon ? Mais alors, à qui dois-tu faire des excuses ? Loki ? »
Le visage de Yuri se décomposa légèrement, et Natsu comprit rapidement le lien qu'elle venait de faire entre son tatouage et son ami. Il imita rapidement la couleur blême de sa mère, aucun doute qu'à sa tête elle venait clairement de sous-entendre qu'il était gay. Pire, qu'il était assez idiot pour se faire tatouer l'initiale du rouquin.
« Maman ! je ne suis pas amoureux de Loki ! Je n'aime pas les garçons d'accord ?! Mon tatouage n'a rien, rien à voir avec cet abruti, ok ?!
- Tu sais ça ne me dérange pas si tu…
- Maman !
- Oui, d'accord, excuse-moi c'est juste que... Sourit-elle avec embarras, désolée. »
Elle se redressa, époussetant sa robe de coton, puis tourna son regard vers son fils qui n'avait pas bouger d'un pouce. Sa main droite se leva doucement, avant de venir caresser la masse de cheveux du garçon, elle se laissa légèrement gagner par la tendresse et une certaine forme de tristesse, son fils grandissait si vite.
« Je suis sûre que les choses vont s'arranger. »
Un large sourire remplaça rapidement l'inquiétude du rose et son récent embarras. Galvanisé par l'espoir qu'elle venait de lui insuffler, il se leva d'un bond, astiquant avec vigueur le meuble qu'il avait délaissé plus tôt. Ils avaient encore du travail.
Les heures s'égrenèrent rapidement, si bien qu'ils furent bientôt tous attablés. L'odeur agréable des nouilles au bœuf embaumait la pièce, mariée à celle plus subtile de savon et cire pour le bois.
« Vous avez fait un travail très impressionnant. Félicita Zeref.
- Moi j'ai ciré le sol ! Se vanta le plus jeune de la fratrie avec orgueil.
- Oui, nous avons tous travailler dur. Sourit Yuri, Et toi ? Ton après-midi ?
- Comme d'habitude. »
L'aîné commença à raconter avec lassitude sa journée, qu'il qualifiait de particulièrement ennuyeuse, et pour une fois, Natsu ne trouvait rien à y redire. Lui-même trouvait l'emploi de son frère particulièrement barbant. Si ce n'est Mavis, qui vouait une véritable passion aux vieux ouvrages, Zeref n'avait, selon Natsu, aucune raison concrète de travailler là-bas. Son frère était bien trop malin pour gâcher sa vie à trier de vieux dossiers poussiéreux que personne ne lirait jamais.
Il manqua de soupirer en l'entendant conter sa journée, dire qu'il aurait pu être médecin, ou scientifique et qu'il s'était lui-même relégué à archiviste. C'était stupide.
Oh bien sûr Natsu connaissait les raisons de ce choix. Zeref avait une santé fragile, et devait éviter un maximum de stress, son emploi avait été vu comme une véritable délivrance pour la famille, mais pas pour Natsu. Il voyait tout ça d'un très mauvais œil, son isolement lui avait déjà fait développer une agoraphobie sévère, et si l'aîné prenait difficilement sur lui pour venir assister à certain de ses matchs le contre-coup était toujours éprouvant pour l'aîné de la famille.
La sonnerie coupa brusquement le fil de ses pensées, ainsi que le monologue de l'aîné et les jérémiades du plus jeune. Yuri, poussa un léger grognement avant d'abandonner la cuisine pour le hall d'entrée. Si elle se montrait toujours douce et patiente, elle détestait par-dessus tout être interrompu pendant les repas, seul moment où elle pouvait avoir ses enfants avec elle.
La rose ouvrit la porte en ravalant un juron, décidé à remballer l'invité surprise quand elle croisa le regard d'Igneel, ses cheveux attachés en un élégant catogan alors qu'il tirait une dernière bouffée de sa cigarette.
« Igneel ?
- Bonsoir Yuri, je suis désolé de débarquer à l'improviste, est-ce que Natsu est là ?
- Oh non, ce n'est rien, bafouilla légèrement la rose, entre je t'en prie. »
Il lui jeta un bref coup d'œil avant d'acquiescer. Il retira ses chaussures, et son manteau, suivant la maîtresse de maison en silence. Il ne tarda pas à trouver le rose, bataillant avec Happy pour récupérer un peu plus de riz dans la casserole. Zeref lui, fixait la scène avec désespoir, deux doigts massant sa tempe.
« Igneel ? » S'étonna Natsu en laissant la victoire à son cadet. Il lorgna curieusement le nouvel arrivant, il était rare de le voir peigné et coiffé, mais surtout il était rare de le voir ici.
« Qu'est-ce que tu fais là ? Ajouta le rose en se réinstallant mieux. Il y a un problème ?
- Gildarts m'a demandé de t'amener ton nouveau planning. »
Il ponctua sa phrase en sortant de sa poche un morceau de papier plié en quatre, qu'il tendit au rose. Curieux, celui-ci l'attrapa du bout des doigts pour en lire les nouveaux horaires. Gildarts avait grandement allégé le planning, maintenant il n'avait entraînement que deux jours par semaine, d'une durée de deux heures, c'était bien en dessous de sa cadence habituelle.
« Il ne reste plus beaucoup de matchs, compléta Igneel, mais il s'agit des plus importants, Gildarts ne veux pas te fatiguer inutilement.
- D'accord. Soupira Natsu. »
Il n'aimait pas vraiment ça, son corps avait besoin de se dépenser, certes l'entraînement était rude mais il l'appréciait pour ça : sentir chaque fibre de son corps le tirer. Savoir que chaque muscle avait travaillé le comblait d'un mélange de fierté et de bien-être. Alors passer à un si petit nombre de séance l'inquiétait.
Il ne pouvait pas perdre, il n'avait pas le droit de perdre.
« Tu restes manger ? Proposa Yuri en sortant un bol et des couverts.
- Non, je vais y aller, je te remercie.
- C'est bon ! Coupa le rose, assis-toi et mange, tu ne peux pas refuser le légendaire curry de maman ! »
Zeref acquiesça en se décalant légèrement pour laisser la place à son aîné pendant qu'Happy piquait des acras qu'il enfournait immédiatement dans sa bouche.
Natsu n'avait pas hésité à inviter Igneel à manger, pour la simple et bonne raison qu'il était le seul à pouvoir le faire. Yuri avait suivi le retour du rouge avec beaucoup d'appréhension, elle savait ce qu'il représentait pour son fils, et depuis qu'il lui avait expliqué qu'ils n'étaient plus en froid, elle gardait à l'œil les réactions de son enfant pour ne pas le brusquer. Elle faisait toujours attention d'avoir son aval lorsqu'il s'agissait du rouge, bien que pour cette fois elle avait agi sans le concerter.
Elle accorda un regard bienveillant à son fils, prenant place à la table.
Si quelqu'un était arrivé à ce moment-là, il aurait pu croire à une véritable famille. Igneel s'intégrait parfaitement au décor et pour cause il avait été un membre important pour la famille, qu'il s'agisse de Natsu ou de Zeref : il avait clairement marqué leur vie. Il était en revanche inconnu pour Happy, mais celui-ci ne semblait absolument pas dérangé ou offensé par sa présence, bien au contraire.
« La petite Mavis ? S'étonna le hippie en buvant une gorgée de thé.
- Elle donne des cours du soir à Happy. Apprit gentiment la mère. Et quelques week-ends aussi.
- Oui ! Elle est gentille Mavis, c'est la chérie de grand frère !
- Ah oui ? Se moqua gentiment Igneel. »
Le brun se contenta de bafouiller, les joues rougies d'embarras. Ce n'était un secret pour personne, sauf peut-être la principale intéressée, mais Zeref craquait sur elle depuis trois ans déjà.
La principale raison de son mutisme résidait sans le moindre doute dans leur différence frappante. Si le physique était déjà foncièrement opposé entre eux, leur mentalité l'était tout autant. Mavis était très ouverte et joviale, une grande bavarde également, à la différence de Zeref qui fuyait la foule comme la peste et préférait de loin le contact des vieux ouvrages à celui des gens.
Il se refusait à mettre Mavis dans sa situation. C'était un débat éternel, qui le mettait toujours mal à l'aise.
« Tu devrais lui dire. Sinon, il finira par être trop tard. »
Natsu releva légèrement la tête pour fixer son père de substitution. Il le connaissait assez pour reconnaître le ton sérieux de sa voix mélangé à une tristesse qu'il ne lui connaissait pas. Avait-il aimé une femme en secret sans jamais ose lui avouer ? Il avait pourtant du mal à imaginer l'imposant Igneel intimidé par quelqu'un. Une femme de surcroît.
Voyant la situation prendre une tournure trop sérieuse, Zeref changea de sujet : c'est donc ainsi qu'Igneel se lança dans l'explication de son voyage, détaillant les paysages qu'il avait vu, les modes de fonctionnement des autres pays, leurs habitudes, l'étrangeté des gens et leurs coutumes.
Après des heures de discussion, de jeux et de rire, Igneel se décida à rentrer chez lui, saluant poliment la maîtresse de maison alors qu'il enfilait son manteau.
« Je t'accompagne ! »
Voyant une opportunité de se faire pardonner aux yeux de Natsu, le rouge acquiesça, attendant sagement au pas de la porte que l'adolescent finisse de se préparer.
L'air était glacial, une épaisse fumée s'échappait de leurs lèvres comme s'ils venaient de recracher la fumée de narguilé, pendant que les lampadaires grésillaient faiblement. Les mains dans les poches, Igneel fixait du coin de l'œil le garçon, depuis plusieurs minutes il ouvrait et fermait la bouche comme un poisson en manque d'air, soupirant par ci ou se pinçant les lèvres par là. Clairement, quelque chose le travaillait.
« Tu comptes me dire ce qui ne vas pas, ou je dois deviner ? S'amusa le rouge. »
Le rose s'immobilise sous la surprise, puis lentement il ouvrit la bouche. Il ne perdrait rien à demander un avis après tout, de quoi avait-il si peur ?
« Comment tu ferais plaisir à quelqu'un ?
- Tout dépend le quelqu'un j'imagine. Sourit doucement le rouge. À qui veux-tu plaire ?
- À personne ! Grogna le rose les joues rougies par le froid et la gêne. Je veux réparer une bêtise, mais...
- Mais tu ne sais pas comment t'y prendre. »
Il ne fallait pas être un génie pour voir le trouble et le désespoir du rose. C'était là, l'unique chance pour Igneel de se rattraper, de compenser son abandon, et il le savait parfaitement. Natsu lui tendait la main, inconsciemment c'était certain, mais il lui donnait une chance. Il ne devait pas la laisser filer.
Le rouge soupira, il avait en sa possession trop peu d'élément pour pouvoir l'aider convenablement, mais voyant l'air buté du jeune homme, il était tout aussi évident qu'il n'en dirait pas plus. Il devait donc faire preuve de tact, de subtilité et de patience.
« Tu es amoureux. »
Ça lui avait sauté aux yeux avec tellement de force qu'il n'avait pas pu s'empêcher de le dire, faisant s'immobiliser pour la deuxième fois leur duo dans les rues fraîches de cette fin de soirée.
Décidé, de toute façon c'était un peu tard pour faire machine arrière, il poursuivit avec calme, reprenant sa marche.
« Tu sais, débuta comme un secret le rouge, les femmes ne veulent pas avoir des cadeaux par-dessus la tête, elles veulent juste de l'attention. Montre-lui que tu la connais, que tu es prêt aux plus grandes des folies pour simplement la voir sourire, et crois-moi, tu auras tout gagner. »
Natsu fronça doucement les sourcils. De l'attention ? Ça n'avait pas de sens. Depuis qu'il avait perdu son pari aux sources, elle le fuyait comme la peste, pas physiquement, c'était évident, mais dans sa façon d'agir, de communiquer. Comment pouvait-il lui témoigner de l'attention alors qu'il ne la voyait jamais réellement ? C'était absurde. Et puis il aurait beau lui faire le plus dingue des cadeaux il était certain qu'elle se contenterait de lui en vouloir d'avoir utilisé son argent pour des futilités.
« Qu'est-ce qu'elle aime ? Demanda Igneel en voyant le trouble du garçon.
- Les livres. Lâcha du tac au tac le rose. »
Il n'allait pas lui acheter un livre si ? C'était nul comme présent pour Noël. Il chercha dans sa mémoire des indices qui pourrait le guider sur la bonne voie, en vain.
« Autre chose ? »
Dépité, le rose secoua la tête légèrement. Il ne savait pas.
Il ne savait pas.
La réalité le frappa de plein fouet. Il adorait Lucy, c'était certain, pourtant à bien y regarder et malgré les mois d'échange qui les avaient réunis, il ne connaissait pas grand-chose d'elle. Du moins pas les choses les plus évidentes. Il ne savait pas quelle était sa couleur préférée, ni même le repas qu'elle aimait manger pour se remonter le moral, Il ne savait pas le premier film d'horreur qu'elle avait vu, ou les jeux qu'elle aimait pratiquer. Non, il avait appris à la connaître d'une autre façon, dans son intimité la plus intime mais pas les fondements même de sa personne.
Comment pouvait-il se prétendre ami dans ce cas-là ?
Pourtant elle était clairement sa meilleur amie, cette moitié de lui-même, non ? Alors pourquoi n'arrivait-il pas à répondre à une question aussi basique que celle d'Igneel ?
Il sentit une main chaude se poser sur son épaule, le visage bienveillant d'Igneel entrer dans son champ de vision. Un maigre sourire étira ses lèvres, sans doute pour tenter de le rassurer.
« Ne sois pas trop dur avec toi, on va trouver d'accord ? »
Un souffle d'espoir le gagna instantanément, le faisant sourire légèrement à son tour. Il avait encore le temps de penser à quelque chose, de trouver l'idée qui rendrait Lucy heureuse, assez pour qu'elle passe l'éponge sur leur mésaventure et que tout redevienne normal. Il rêvait de retrouver leur discussion, sa chambre piégée. Il rêvait de retrouver son amie, et cette fois, il prendrait le temps de la découvrir complètement. Il s'en faisait la promesse.
« Il y a des choses que tu voudrais faire avec elle, par exemple ? Un cinéma peut-être, ou...
- Je voudrais qu'elle voit Fairytail.
- Ce vieux navet ? S'étonna igneel. Tu veux la faire fuir ou quoi ?
- Quoi ?! Non, bien sûr que non, mais c'est mon film préféré alors je me suis dit que... »
Que quoi ?
Qu'elle allait tout pardonner parce qu'il lui montrait le film qui l'avait fait rêver si longtemps ? Grotesque. Ses épaules s'affaissèrent sous la culpabilité. Il aurait dû l'écouter, arrêter les paris idiots et attendre sagement qu'elle vienne pour leur match de final, au lieu de ça il avait fait comme d'habitude, sans se soucier du reste, sans se soucier du mal qu'il pouvait lui faire.
Comment pouvait-il réparer l'irréparable ? Il avait joué et il avait perdu, ça n'allait pas plus loin. Il l'avait perdu elle.
« Bien ! S'écria un peu fort le hippie. Dans ce cas, il va falloir rendre le tout féerique !
- Quoi ? »
Un sourire mystérieux se dessina sur les lèvres du rouge alors qu'il poussait la porte de sa maison, si engouffrant.
Natsu hésita un instant, immobile, avant de se jeter à sa poursuite, il n'avait plus rien à perdre avec Lucy alors autant foncer comme il savait si bien le faire.
•••
Lucy poussa un gémissement en s'éveillant, étirant son corps courbaturé sous l'épaisse couette bleu nuit qui l'enveloppait. Lentement elle se redressa en position assise, frottant ses yeux avec paresse.
Elle coula un regard sur la fenêtre, admirant sans grande surprise le ciel sombre, et la neige recouvrir d'une fine pellicule les habitations. Dépitée, elle se laissa retomber sur son matelas. C'était le vingt-quatre décembre aujourd'hui : tous ses amis avaient profité de ses quelques jours pour rejoindre leur famille, la laissant seule dans son petit appartement depuis trop longtemps à son goût. Elle s'ennuyait.
Bien sur le noël japonais était bien différent de celui français, puisqu'ils n'étaient que très peu à être catholique. Au même titre qu'Halloween, Noël était arrivé tard sur le Japon, il représentait plus une fête commerciale et une bonne raison de s'amuser qu'un véritable attachement religieux comme on pouvait le voir sur certaines parties du globe. La différence significative qu'on pouvait noter était d'ailleurs l'association qu'en avait fait les japonais, puisqu'ils voyaient d'avantage cette soirée comme celle des amoureux. Le vingt-quatre au soir, les couples se retrouvaient pour fêter ensemble leur amour, se déclarer leur flamme ou s'offrir des présents, bien que certains comme Levy ou Gajeel, profitaient de ce week-end pour aller voir leur famille respective.
Une boule de chaleur se forma dans son ventre au souvenir de la veille. Elle l'avait passé dans le corps de Natsu, et il fallait bien admettre que préparer les festivités aux côtés de la famille Dragneel et celle de Grey et Loki l'avait rempli d'euphorie.
Si ses deux amis étaient d'ordinaire assez étrange, leur famille l'étaient tout autant.
Silver, le père de Grey, était un homme imposant par sa carrure robuste aux épaules larges intimidantes et sa mâchoire stricte. Il était clairement à l'image qu'on se faisait d'un commissaire de police. Il planait au-dessous de ses yeux las, bon nombres d'heures supplémentaires, sa barbe de trois jours laissait penser qu'il avait jusqu'à oublier cette soirée. L'odeur de tabac froid et de café collait à sa peau comme un cliché bien rodée. Pourtant et malgré son apparence quelque peu sinistre, il faisait preuve de beaucoup d'humour et de légèreté. Il s'amusait d'ailleurs avec Happy à décorer les murs tout en trinquant avec Igneel.
Pour une raison qui lui était totalement inconnu, le vieil hippie avait été invité aux festivités de ce qui semblait être un accord commun entre les trois familles présentes. De ce que Lucy avait compris, une période de l'enfance de Natsu, dont elle ne connaissait pas vraiment les détails, avait réussi à rapprocher le paria du village, avec les Fullbuster, les Dragneel et les Shishi, énormément appréciés du village. L'intimité sincère qu'elle voyait dans la relation des deux hommes en témoignait parfaitement, d'un regard totalement étranger à la situation, on aurait facilement pu penser qu'il s'agissait du véritable père de maison.
Ses yeux se voilèrent à ce souvenir, Natsu devait avoir une relation très triste avec son paternel biologique. Le savoir en mer, quelque part, potentiel mort devait rendre la situation du rose presque aussi pénible que la sienne, isolé dans un monde impitoyable, sans parent pour la guider. D'une certaine façon ils vivaient un peu la même chose.
Elle savait la relation de Natsu conflictuel avec son père, relation qu'elle comprenait parfaitement. Comment nouer des liens avec une personne presque inexistante ? Une personne qui partait des mois en mer avec ce doute perpétuel. Reviendrait-il en vie ?
Elle comprenait qu'il ait fini par se détacher totalement de cet homme, qu'il ne devait finalement, pas vraiment connaître.
Elle se pinça les lèvres, depuis qu'elle avait mis en place sa vengeance, un vide s'était créé entre eux. Dans un premier temps, les choses avaient plus ou moins été voulues. Elle cherchait par ce procédé à lui montrer toute sa colère, à lui faire comprendre la gravité des choses, et puis elle avait mis à profit ce temps pour penser la situation. Son présent, son futur, leur relation, et le résultat ne lui avait absolument pas plu.
Elle passa une main sur son visage, fixant sous sa couette encore chaude, les flocons percuter avec une certaine violence sa fenêtre.
Elle avait envie de pardonner au rose, de retrouver leur amitié, leur complicité, mais une part d'elle-même savait que ce break était une bonne chose pour eux, peut-être que grâce à ça, ils finiraient par ne plus échanger de corps. Bien sûr, cette perspective l'effrayait : retrouver sa vie morne ne l'intéressait pas spécialement, mais continuer à vivre ainsi n'était pas non plus envisageable.
La seule certitude que lui avait apporté cette distance était l'évidence même qu'ils ne pourraient entretenir aucune relation amoureuse sérieuse tant qu'ils continueraient d'échanger de corps. Ce n'était sain pour personne et à commencer pour eux.
En fait, à bien y regarder, ils ne pourraient rien construire, ni au travail, ni en amour. Nulle part.
Elle admira en silence l'eau de son bain se remplir progressivement. Elle ne savait pas où elle en était. D'une part, elle n'avait pas les moyens de mettre un terme à cette échange, de l'autre elle n'était pas sûre d'en avoir réellement envie : après tout elle avait fini par s'y faire.
Malgré toute sa rancœur vis à vis du rose, il était devenu naturel de l'avoir dans sa vie.
Elle se glissa dans l'eau fumante, savourant la chaleur rougir sa peau. Les choses étaient si compliquées. Ses yeux roulèrent sur son téléphone, Natsu avait fait beaucoup d'efforts pour se racheter, des messages aux suppliques en passant par les tentatives bancales pour se faire pardonner, mais elle hésitait encore.
Elle savait qu'en acceptant ses excuses, elle acceptait également cette situation, leur relation, et ça la terrifiait. Jusque-là, elle n'avait pas vraiment eu le choix : les choses s'étaient goupillées de cette façon, pourtant maintenant elle avait la possibilité de mettre assez de distance avec lui pour qu'il ne représente plus qu'un simple changement dérangeant.
Elle ferma les yeux, inspirant calmement, replongeant dans sa journée passée. Elle avait bien failli tourner de l'œil en découvrant la mère de Grey. Mika Fullbuster était bien plus intimidante que son mari. Chaque mot qu'elle prononçait, chaque sourire, chaque coup d'œil semblait être un test perpétuel, comme si elle vous sondait jusqu'à ce que vous craquiez. Comme si elle attendait sagement le moindre faux pas avec un appétit sans fin. Autant dire qu'elle l'avait fui du mieux possible, enfin, jusqu'à ce que la mère la coince dans un couloir secouant son verre sous le nez masculin de Lucy. La voir pompette l'avait traumatisé avec plus de force encore que la voir scruter avec un calme dérangeant les convives. Son sourire et ses éclats de rire lui avait fait l'effet d'une véritable gifle.
Elle gloussa doucement au souvenir de Grey, le garçon s'était contenté de lui servir un verre bien chargé tout en frottant son dos en tentant de la rassurer. Elle n'osait même pas imaginer la vie du brun dans cette famille inquiétante, pas étonnant qu'il ait décidé de prendre un petit studio.
Bizarrement, ou pas tant que ça finalement, Loki s'entendait à merveille avec Mika. Il avait même eu le courage de jouer avec elle à un vieux jeu de mahjong qu'il avait perdu avec le sourire. Riant de bon cœur aux nombreuses questions et suppositions qu'avait faite la mère Fullbuster. Sa perspicacité effrayante avait convaincu Lucy de ne pas lui adresser la parole, lorsque Mika avait demandé avec un naturel déconcertant les raisons qui poussaient le rouquin à courir après des femmes mures alors qu'il était la coqueluche des adolescentes. Aucun doute qu'elle aurait démasqué en quelques secondes Lucy si elle avait pris le temps de la cerner complètement. Enfin c'était sans compter sur la ténacité de Mika.
Lucy agrippa le savon qu'elle se versa dans la pomme de la main, lascivement elle commença à frotter ses avant-bras. Elle avait bien failli éclater en sanglot quand Mika, plus ivre encore, lui avait posé une main sur l'épaule. L'air satisfait qui brûlait dans ses pupilles brunes l'avait légèrement fait bégayer quand elle lui avait demandé le chemin des toilettes. C'était sans conteste, à l'heure actuelle, la chose la plus terrifiante qu'elle ait vu. Cette femme devait être le diable !
La mère de Loki, elle, était diamétralement son opposé, plus petite d'une bonne dizaine de centimètre que Mika, elle affichait continuellement quelques rougeurs d'embarras sous ses tâches de rousseur. De grosses boucles cuivrées venaient encadrer son visage légèrement rond, lui donnant un visage plus enfantin encore. Elle était tout bonnement adorable, une irlandaise qui avait eu le coup de foudre pour le Japon de longues années auparavant et qui n'avait pas eu le cœur à quitter ce pays.
Elle baissait régulièrement ses grands yeux verts de gène, avant de sourire timidement quand on lui portait la moindre petite attention. Sa voix, presque fragile était tout à son image, douce et tendre lorsqu'elle proposait quelques idées ou donnait son opinion.
Ce mélange de caractère donnait à l'ensemble une harmonie surprenante, à laquelle Lucy s'était greffée avec une certaine facilité. Évidemment, dans la peau de Natsu, elle avait été pleinement acceptée. Un sourire étira ses lèvres alors qu'elle se laissait submerger par l'eau.
Léo D Shishi, était de tous, celui qui lui avait le plus rappelé son père. Malgré son costume modeste en coton brun et ses petites lunettes rondes aux tiges usées, il dégageait une prestance et un respect qu'elle avait très peu rencontrés au cours de sa vie. Ses cheveux bruns ramenés en arrière laissaient quelques mèches folles venir frotter son front alors qu'il se permettait quelques sourires conscrits.
Elle avait passé de longues minutes à le détailler, profitant de la moindre occasion pour lui jeter un coup d'œil. Un instant, elle avait eu l'impression de revoir son paternel, et la boule de chaleur qui grandissait dans son ventre, la gonflant de plaisir, ne l'avait plus quittée de la soirée.
Elle émergea brusquement, inspirant avec appétit l'air. Rapidement, elle s'extirpa de la salle de bain, emmitouflée dans un pyjama vert pomme, elle laissa ses pieds nus glisser sur le parquet. Elle inspira mollement pour se donner un peu de courage, poussant la porte de sa chambre pour aller prendre un petit déjeuner.
La journée promettait d'être longue et ennuyante.
Ses yeux s'écarquillèrent de surprise en voyant le plafond recouvert d'une peinture bleue si profonde qu'elle douta un instant qu'il s'agisse de cette couleur. Des guirlandes et lumières minuscules brillaient faiblement, donnant à la blonde le sentiment de voir un ciel dégagé. Elle longea son couloir, les yeux rivés sur le plafond avant qu'elle ne pousse un petit cri de surprise. Son salon était magnifique : tout le plafond était recouvert d'une multitude de guirlande de couleurs aussi variées que chaleureuses, le sol, lui, avait disparu sous un tas de tapis épais et de gros coussins, quelques plaids étaient posés par ci par là alors que l'odeur presque dissipé d'encens remplissait la pièce.
Émerveillée, elle rejoignit le centre de la pièce, une de ses mains plaquées sur sa bouche, alors que l'autre effleurait avec précaution les petites ampoules. C'était magnifique. Simplement magnifique.
Elle reporta son autre main sur son visage avant d'éclater de rire. Un rire empli d'euphorie et de plaisir, si libérateur qu'elle ne put s'empêcher de pleurer. Il avait dû passer toute sa journée à tout mettre en place, pendant qu'elle s'amusait avec sa famille, lui, il attachait des guirlandes sur son plafond pour lui faire plaisir. Juste pour elle. Il lui avait offert un cadeau si intime, qu'elle ne pouvait plus retenir tout ce surplus de sentiments.
Elle remarqua, posé sur un coussin, un petit papier proprement plié. Intriguée, elle l'agrippa du bout des doigts, dépliant enfin le mot pour voir se dessiner l'écriture de Natsu.
« Va dans la cuisine. »
Elle laissa tomber le mot sur le sol pour courir à toute jambe dans la cuisine, avant de s'immobiliser à nouveau.
« Qu'est-ce que... ? »
Face à elle, tranquillement installé sur un siège, un énorme coussin semblait déguster un café, face à lui une assiette sous cellophane attendait d'être chauffée.
Incrédule, elle avança à pas feutrés du coussin, discernant à mesure le visage au marqueur noir qui lui faisait sortir un large sourire et deux petits yeux noirs. Une écharpe rose en laine était entourée autour de ce qui semblait être sa tête pour donner l'illusion, grossière certes, de cheveux. Un tee-shirt blanc qui lui servait parfois pour les travaux mineurs de sa maison, recouvrait le haut du coussin alors qu'un caleçon était rapidement dessiné au marqueur. Elle gloussa légèrement avant de voir un autre mot entre ses bras faits de corde robuste.
« Bonjour Luce !
J'espère que tu as bien dormi.
Je ne peux malheureusement pas être ici avec toi, mais voici mon double.
J'ai loué quelques films, et préparé le petit dej', assied-toi et goûte ! »
Elle s'exécuta, faisant chauffer le plat pour déguster des œufs brouillés au cumin et quelques tranches de lard fumé. Même si le repas était assez simpliste, elle savourait chaque bouchée avec un plaisir mal contenu. Depuis combien de temps n'avait tel pas eu un petit déjeuner préparé par quelqu'un, juste pour elle ? Elle avait l'impression que ça faisait des centaines d'années.
Revigorée, elle empoigna la poupée pour aller rejoindre le salon, plaçant le coussin à ses côtés avant de glisser dans un des nombreux plaids. Télécommande en main, elle appuya sur lecture en s'installant plus confortablement contre le faux Natsu. Le film démarra doucement, laissant la voix off remplir la pièce. L'atmosphère chaleureuse finit de détendre totalement la blonde qui un instant se sentit en ce jour particulier, exactement à sa place.
La journée découla doucement, laissant la neige s'imposer lourdement dans les rues de Kyōto. Chocolat chaud en main, Lucy suivait avec minutie les indications du rose. Elle avait trouvé des petits mots cachés partout dans la cuisine, de la tasse à choisir au film suivant à mettre. Touillant son chocolat, elle fixait le salon où la silhouette de mousse de Natsu reposait sous un plaid chaud, comme s'il attendait patiemment qu'elle revienne contre lui. Elle aurait tellement voulu l'avoir ici, avec elle en ce jour. Elle soupira doucement avant de sursauter brusquement, renversant son verre sur le plan de travail. Elle grogna de mécontentement, jetant à là volée un torchon sur son carnage alors qu'elle traînait des pieds vers la porte. Qui pouvait bien sonner chez elle aujourd'hui ? A quatre heure de l'après-midi ?
Un vent frais balaya son visage, faisant entrer quelques petits flocons de neige alors que se dessinait doucement le visage d'Erza et Cana emmitouflées dans un lourd manteau.
« Salut Lucy ! Salua chaleureusement la brune en montrant deux sacs plastiques. Tu nous laisse entrer ? »
Encore surprise, Lucy se décala malgré tout, ouvrant la porte en grand pour laisser les deux femmes rejoindre la chaleur du petit appartement. Un soupir général vint finir de fermer la porte, pendant qu'elles se pressaient de retirer leurs vêtements humides de neiges.
« Ouah ! Lucy ! Tu as fait un travail de titan, c'est magnifique ! Félicita Cana en pénétrant le salon.
- C'est vrai, c'est vraiment très joli Lucy.
- Merci. »
C'est vrai, c'était à couper le souffle.
Natsu avait vraiment eu une idée géniale en faisant ça. Cette attention l'avait touché si profondément, qu'elle ne pouvait ravaler le sourire béat qui tirait ses lèvres.
« Tu nous fait un chocolat jolie blonde ? Roucoula la brune.
- Bien sur ! »
Elle agrippa le torchon imbibé de lait chocolaté qu'elle jeta dans l'évier, sortant deux tasses avant de faire chauffer le lait, finissant de nettoyer le plan de travail plutôt sali.
« J'ai ramené des jeux ! S'écria Cana, en sortant des cartes, un jeu de plateforme de son sac, et un peu d'alcool !
- Et moi j'ai ramené pleins de films ! S'enthousiasma Erza en sortant à son tour toute sa trouvaille. Je suis sûr qu'on va passer une super soirée ! »
Soirée ?
Les filles avaient prévu de venir dormir ici ? Elle fronça doucement les sourcils, la bouche légèrement entrouverte, prête à demander des explications quand elle se sentit enlacée par Erza. L'étreinte chaleureuse lui coupa un instant le souffle la murant dans le silence, alors que la rouge prenait la parole, avec une douceur qui lui était rare.
« Merci de nous avoir invité Lucy. Ça fait une éternité que je n'ai pas fêter Noël en famille. »
En famille.
En famille.
En famille.
En famille.
Les larmes montèrent à ses yeux à mesure qu'elle prenait conscience de l'importance de ses mots, alors qu'elle serrait inconsciemment avec plus de force le corps d'Erza. Une famille.
Elle se pinça les lèvres furieusement pour ne pas pleurer, l'émotion la submergeait avec tant de force qu'il ébranla son corps, lui donnant l'impression que ses jambes allaient lâcher à n'importe quel moment.
Erza avait raison, elle n'avait certes plus de parents, mais elle avait ses amis : elle avait créé et choisi cette famille. Une boule de chaleur gonfla son torse alors qu'elle souriait enfin pleinement, dévoilant ses dents blanches.
« Merci à vous d'être venues !
- Oooh ! Roucoula Cana en venant les enlacer, on fait dans le sentimental ?
- Tais toi. Grogna la rousse »
Le rire alcoolisé de Cana résonna dans la cuisine, finissant de détendre totalement l'atmosphère. La soirée promettait d'être riche en émotions.
Munies chacune de leur tasse de chocolat et d'un gros pyjama, elles jouaient aux cartes sur les nombreux tapis qui recouvraient le parquet du salon, une musique en fond alors que les couleurs tantôt orange des guirlandes, tantôt bleu, venaient colorer leurs visages. C'était la cinquième partie qu'elles jouaient et Cana était comme pour les précédentes, indétrônable, ce qui, clairement, ne plaisait pas à Erza. La jeune femme était une très mauvaise perdante et Cana semblait plus s'en amuser que s'en inquiéter, elle avait même contrainte les perdantes à boire un peu d'alcool à chaque fin de partie.
Agacée, Erza jeta son jeu sur le sol, ses fin sourcils carmins froncés en signe d'un énervement évident. La brune avait eu raison de sa patience.
« C'est bon ! Grogna-t-elle, j'en ai marre !
- Ne sois pas mauvaise perdante Erza. Nargua Cana en montrant son jeu, encore vainqueur.
- Je ne le serais peut-être pas, si tu arrêtais de tricher ! »
Le sourire suffisant que lâcha l'alcoolique du groupe suffit à répondre positivement au accusation de la rouge. Après tout elle ne s'en cachait absolument pas, et en était même assez fière.
« Il faut bien que je m'entraîne. Se justifia-t-elle.
- On pourrait regarder un film ? Proposa Lucy pour détendre l'atmosphère. »
Cana opina, passant ses mains derrière sa nuque en souriant. Lucy profita de ce moment pour la détailler, ses bras étaient complètement nus de tout tissu, aussi se demanda-t-elle comment la brune avait pu tricher alors même qu'elle ne distribuait pas les cartes et qu'elle n'avait à première vue, aucun endroit pour masquer d'éventuelles cartes.
« Tout est une question de savoir faire. Apprit la brune qui semblait avoir suivi le fil de pensée de Lucy. C'est un peu comme un tour de magie, tu te concentres sur quelque chose sans voir ce qui est évident.
- Ne lui dis pas ça ! Rabroua Erza qui fouillait dans le tas de films qu'elle avait ramené.
- Je lui explique. Contra la brune, avec son joli minois je suis sûre que si elle s'entraînait, elle pourrait rapporter pas mal. »
Le silence emplit brusquement la pièce. Le regard rivé sur l'Alperona, Erza semblait être arrivée au terme de sa patience. Elle lâcha le film qu'elle avait en main pour s'approcher du duo, s'abaissant pour être au niveau des yeux noirs de la brune.
Si Lucy avait appris une chose aux côtés d'Erza, c'est qu'elle refusait catégoriquement de les impliquer dans ses magouilles, que ce soit elle, Lévy ou Gajeel. Elle mettait un point d'honneur à ce qu'ils ne sachent absolument rien de sa vie de yakuza. C'est pourquoi la proposition détournée de Cana eut raison des dernières barrière d'Erza. Elle agrippa violemment le col de son haut de pyjama pour plaquer son front contre le sien, ne perdant à aucun moment le contact visuel.
« Je ne veux plus jamais t'entendre dire ça. Suis-je claire ?
- Je ne vois pas pour... »
Elle raffermit sa prise, serrant le col de son pyjama jusqu'à ce que l'Alperona bleuisse légèrement.
Si Erza s'était grandement assagie, elle n'en restait pas moins le monstre de force et de violence qui lui avait valu le nom honorifique de Titania par ses ennemis vaincus. Ce simple nom insufflait la peur chez n'importe qui, aussi, et malgré sa douceur apparente, il valait mieux ne jamais oublier qui était réellement Erza Scarlett.
« Suis-je claire ? Répéta-t-elle en dégagea chaque syllabe avec une froideur glaçante.
- Très claire. Souffla péniblement la brune.
- Bien. »
La dureté de son visage s'évapora presque immédiatement, alors qu'elle lâchait sa prise, permettant à la jeune femme de respirer à nouveau pleinement. Comme si de rien n'était Erza retourna à sa fouille, laissant Lucy immobile incapable d'effectuer le moindre mouvement. Un instant elle avait eu peur de son amie. Vraiment peur.
« Pourquoi pas celui-là ? »
La main levée et les yeux brillants, Erza maintenait le boîtier de ce qui ressemblait à un film à l'eau de rose. Le duo, amoureux à n'en pas douter, s'enlaçait devant une ville indéfinissable recouverte de neige pâle. Une légère grimace de dégoût étira les traits fins de Cana, qui semblait s'être parfaitement remise de la saute d'humeur d'Erza, agissant avec un calme désarmant, comme si rien ne s'était jamais passé. Elle donna un petit coup d'épaule à Lucy pour la faire sortir de sa torpeur, lui jetant un coup d'œil dépité, à la recherche d'un peu de soutien et pour une fois, la blonde était assez d'accord. Elle n'était pas contre un bon vieux nanar, mais la romance très peu pour elle.
Dépitée, la rouge reprit sa fouille en grommelant, laissant entrevoir le boîtier noir d'un des nombreux films qui jonchaient le sol, le logo qui ressemblait vaguement à une sorte de petite fée attira le regard de Lucy qui s'en saisit presque aussitôt.
« Fairytail. Lut-elle calmement.
- Qu'est-ce que c'est ? Questionna Cana en venant placer sa tête au-dessus de l'épaule de Lucy. Venez découvrir des personnages attachants aux pouvoirs mystiques réunis dans la guilde la plus dingue de tout Fiore. Entre combat rocambolesque et amitié sincère... combat rocambolesque ? Sérieusement ?
- Qu'est-ce que c'est ? S'ensuit Erza en délaissant sa fouille.
- Aucune idée. Lâcha Cana en se réinstallant. On le met ? Au pire si c'est vraiment nul, on pourra toujours regarder un bon gros film d'amour dégoulinant de clichés et de niaiserie.
- D'accord. Approuva Lucy rapidement imitée par Erza. »
La blonde s'exécuta sous les regards impatients de ses amies, avant de venir s'installer confortablement entre elles sous les plaids chauds. Collées les unes aux autres, elles admirèrent avec surprise le film commencer.
Ce n'était pas vraiment un classique des fêtes de Noël, elles n'en avaient d'ailleurs jamais entendu parlé, pourtant les couleurs vives et l'ambiance bon enfant du film réussit le prodige de les mettre toutes d'accord.
C'est donc de bonne humeur qu'elles admirèrent le film, riant aux éclats sous les frasques du héros et de son acolyte. Rapidement, elles trouvèrent en certains des personnages, une certaine ressemblance avec eux et leurs amis communs, ce qui ne fit qu'accentuer le rire du groupe.
Bien vite, elles se prirent au jeu, sursautant parfois, où se redressant le plaid jusqu'au nez, paniquées par l'issue d'un combat un peu rude, mais l'issue toujours joyeuse, eut raison de leur humeur et bientôt elles furent euphoriques, prêtes à manger toutes les bonnes choses qu'elles avaient ramené.
Lucy se mit au fourneau, rapidement rejointe par Erza qui prenait réellement plaisir à être son commis sous l'œil vigilant de Cana qui se contentait de boire en supervisant le travail.
« Et dire que j'avais prévu de finir ma soirée dans un bar, souffla Cana la main appuyée sur sa joue. Je préfère largement être ici !
- Moi aussi ! S'enthousiasma Lucy en coupant de petits cubes de tofu. C'est tellement chaleureux de vous avoir ici.
- Oui, approuva Erza, on devrait faire ça tout le temps ! »
Un éclat malicieux traversa les iris brunes de Cana. Doucement elle se pencha en avant, étirant son bras pour exhiber son petit doigt sous le nez des deux femmes.
« Promettons-le-nous alors ! »
La surprise passée, le visage des deux femmes s'illumina de plaisir et sans attendre elles enroulèrent leurs doigts ensemble, se promettant éternellement d'être ensemble en ce jour, et plus officieusement, d'être amies jusqu'à ce que la mort les sépare.
Le repas avait été un franc succès, même si Lucy s'était brûlée le poignet après s'être étouffée avec un morceau de poulet frit, ce qui avait déclenché l'hilarité chez Cana, et même celle plus timide d'Erza qui se trouvait toujours aussi étonné de voir à quel point Lucy pouvait être maladroite.
Heureusement pour la blonde, ses deux amies avaient vite oublié cet incident avec l'aide des films qu'elles avaient presque tous regardé jusqu'à ce qu'elles finissent par s'endormir à même le sol, emmitouflées les unes contre les autres sous une montagne de plaids.
Erza avait enlacé Cana, nichant son visage sur sa poitrine en ronflant doucement, alors que Cana étendu de tout son long maintenait d'une main une flasque presque vide. Lucy elle, collée contre l'oreiller Natsu, avait passé ses bras sous le coussin, posant sa tête sur le supposé buste du faux rose.
Aux alentours de quatre heures du matin, les cheveux défaits et les yeux vitreux, l'orpheline s'était dirigée d'un pas légèrement tanguant vers les toilettes. C'est en sortant qu'elle s'était dirigée vers sa chambre pour récupérer son téléphone : avec sa journée elle n'avait pas eu le temps de lire le message de Natsu et il fallait bien avouer qu'elle était assez curieuse de lire son mot.
Elle s'installa sur le bord de son lit, déverrouillant son téléphone en passant une main fatiguée sur son visage. Elle ne mit pas longtemps à trouver le message du rose. Ses prunelles chocolat parcoururent les lignes tachées de noir avant qu'une légère rougeur ne tapisse ses joues.
« Je suis désolé Lucy, sincèrement désolé pour tout,
je te jure d'arrêter les paris avec Gajeel, je ferais ce que tu veux mais je t'en prie arrête de me faire la tête. Je veux retrouver mon amie, ma meilleure amie.
Elle me manque. »
Ses doigts glissèrent sur les lettres, un léger sourire aux bords des lèvres. Lui aussi, il lui manquait terriblement. Elle souffla par le nez avant d'inspirer calmement, laissant son dos rencontrer la surface molle du matelas. Que devait-elle faire ? Pardonner ? L'oublier ?
Elle se pinça les lèvres, le regard rivé sur son plafond. La balle était dans son camp, il fallait maintenant qu'elle choisisse et elle le savait ce choix aurait un impact sur sa vie entière.
Elle avait assez eu de temps pour y réfléchir, pour peser le pour et le contre, elle ne pouvait décemment pas laisser les choses ainsi : elle devait lui dire ce qu'elle voulait. Mettre un terme à leur relation en subissant leurs échanges de corps, ou tout pardonner, repartir sur des bases saines et continuer sa vie avec lui.
Elle porta un regard incertain à la porte, fixant du coin de l'œil les guirlandes qui brillaient faiblement.
Accepter son attachement et sa dépendance au rose ou refuser, refouler tout ça, pour qu'ils ne deviennent plus que de simples étrangers l'un pour l'autre ?
…
& voilà un tout nouveau chapitre, qui je l'espère vous aura satisfait autant que j'ai aimé l'écrire.
je suis assez curieuse d'avoir vos retours sur la relation de Natsu et Lucy, celle avec Igneel et tous les autres personnages.
Je profite aussi de se surplus d'amour pour vous dire que je vous adore, de tout mon cœur, sincèrement vous êtes toutes fabuleuses. Avoir vos opinion, vos idées, m'inspire vraiment beaucoup !
certaines auront inspiré des moments, des situations, et pour ça je vous remercie infiniment.
De me lire aussi, savoir que je vous touches presque autant que vous le faites pour moi me rend vraiment heureuse.
Et que dire du reste ? vous êtes toutes si drôle et attachantes, et franchement inspirée !
Vous êtes de véritables perles, alors merci de me suivre et de partager sa avec moi.
vraiment, sincèrement merci.
Je vous adore !
& je vous embrasse tous, et tout particulièrement Clemantine ma Beta !
A.
