Chapitre 7
Ouvre les yeux
Kagome s'éveilla la première. Le jour perçait les feuilles épaisses des arbres, revêtant la nature environnante d'une teinte chaude et rassurante. Il devait être plus de dix heures.
La jeune femme se tourna vers Rin, encore endormie. Sa rencontre avec Seshommaru avait dû l'éprouver plus qu'elle ne le laissait paraître. De toute manière, les deux entailles qu'elle portait au bras droit et sur le ventre parlaient pour elle.
Il faisait relativement chaud, et si elles n'avaient pas été perdues dans une autre époque que la leur, et sans la moindre idée pour en repartir, Kagome aurait apprécié ce réveil en douceur à sa juste valeur.
Elles avaient dormi près d'un arbre dont les vastes branches traînaient au sol, créant une sorte de nid tapissée de feuilles mortes. Kagome se hissa sur l'une des branches.
Elle s'efforçait de ne pas être inquiète. Après tout, elles avaient cinq mois pour rentrer chez elles avant la naissance de Kikyo, c'était plus que suffisant. A vrai dire, elle aurait sans doute préféré, si elle ne parvenait pas à rentrer chez elle, que ce soit elle qui meure et Kikyo qui soit sauvée. Ainsi, la marche du temps serait respectée, Kikyo grandirait, rencontrerait Inuyasha, les événements suivraient leur cours naturel, et la Kagome du futur existerait.
En revanche, si Kikyo mourrait pour la laisser vivre, elle, les changements seraient colossaux. D'abord, Inuyasha resterait un hanyô hargneux, peut être même parviendrait-il à voler la perle et à devenir un youkai. Et si Kikyo n'existait pas, la perle ne serait pas réincarné en Kagome, et alors…
La jeune femme se prit la tête dans les mains. C'était tellement compliqué ! Il fallait qu'elle rentre chez elle avant la naissance de Kikyo, point barre. Elle ne voulait même pas penser aux conséquences si leur voyage s'éternisait.
Elle laissa Rin dormir autant qu'elle le souhaitait, ce n'était que justice. Elle s'efforça pour sa part de repenser à tout ce qui leur était arrivé, cherchant le détail qui lui avait échappé et qui serait la clé pour réintégrer son époque.
Son époque. Elle repensa à Sôta, qui acceptait mal sa décision. Maintenant qu'elle avait disparu, il risquait de faire des reproches à Inuyasha, et cela n'allait pas arranger les choses…
Stop Kagome ! Ne va pas dans cette direction, concentre toi sur le plus important actuellement.
Rin tourna la tête en murmurant dans son sommeil, ce qui permit à Kagome de sortir de ses divagations.
D'abord, ce youkai. Il les avait envoyées dans une autre époque. Pour quelles raisons ? Le fragment de perle ? Une vengeance personnelle ? Sûrement pas. La jeune fille n'avait jamais rencontré un youkai qui lui ressemblât de près ou de loin.
Si elle n'avait pas le moyen de rejoindre son époque, la solution était peut être de combattre ce mystérieux youkai dans ce monde-ci. Le tuer maintenant signifiait qu'il ne pourrait jamais attaquer les jeunes femmes dans le futur… Mais si l'hypothèse de Kagome était fausse, cela signifiait aussi que tuer ce youkai pouvait les condamner à rester ici.
Inuyasha, j'aimerais que tu sois là.
Elle en était là de ses réflexions quand Rin entrouvrit les yeux en baillant, ce qui arracha un sourire à son aînée. La jeune fille leva la tête, elle savait instinctivement que Kagome se trouverait au dessus d'elle. Au village déjà, il n'était pas rare de la voir perchée sur le toit de sa maison, souvent en compagnie d'Inuyasha. Cela faisait parti de leur quotidien.
- Déjà… Réveillée ?
- Tu avais probablement besoin de plus de sommeil que moi.
Rin sourit.
- Sûrement.
Elle finit par venir s'asseoir auprès de Kagome. Finalement, c'est vrai qu'on n'était pas si mal, en hauteur.
Kagome lui exposa son… Projet de retrouver et d'éliminer le youkai qui les avait envoyées ici, ainsi que la crainte que cette même action n'entraîne une condamnation à rester dans cette époque. Rin était cependant d'accord avec la jeune femme. De toute manière, elles n'avaient pas d'autre solution.
- Cependant ce youkai était extrêmement puissant. Il est évident que nous n'en serions pas venues à bout sans l'aide d'Inuyasha et de Seshommaru. Tu y as pensé ? Interrogea Rin qui se remémorait déjà leur premier face à face avec le youkai.
- Il sera sans doute moins puissant dans le passé, et puis nous aurons le temps de nous entraîner avant de le trouver. Nous allons mettre du temps à réunir toutes les informations nécessaire. On ne sait rien pour l'instant.
- Exact. Qu'est ce que tu suggères ?
Kagome soupira.
- C'est là que je coince. Je ne sais pas par où commencer. Ici, personne ne semble avoir entendu parler de ces youkais étranges.
- Je peux peut-être t'aider.
La jeune femme se tourna vers Rin, interrogative.
- Explique-toi.
- Tu te souviens de l'apparence de ce youkai ?
- Oui… Répondit la jeune femme, sans comprendre où elle venait en venir.
- Est-ce que tu te souviens de ces yeux ?
- Euh… Gris ?
- Exactement. Ce n'était pas la première fois que je voyais un regard comme celui-là. Ce qu'il y a, c'est qu'il m'a fallu du temps pour me souvenir où je l'avais vu.
Rin manqua éclater de rire devant la mine étonnée et curieuse de son aînée. Mais elle se força à poursuivre, imperturbable.
- La mère de Seshommaru. Ce n'était pas la première que je la voyais et…
- Tu ne m'as jamais dit que tu la connaissais ? Où l'as-tu rencontré ?
Rin leva les yeux au ciel.
- D'accord, d'accord, c'est trop long à expliquer, on verra ça une autre fois. Bon, continue. Quel rapport entre la mère de Seshommaru et le youkai qui nous a attaquées ?
Rin esquissa un sourire. Kagome la connaissait de mieux en mieux, et ce n'était pas désagréable.
- Elle avait exactement les mêmes yeux que lui, tout comme Seshommaru et Inuyasha ont les yeux de leur père…
- Tu penses qu'elle est une descendante d'un youkai comme celui de la forêt.
Rin acquiesça.
- Donc la trouver reviendrait peut être à trouver le youkai qui nous a attaquées.
- Oui… C'est sûr mais… Il y a quand même plusieurs problèmes, tempéra Kagome.
Ce fut au tour de Rin de la regarder, interrogative.
- Premièrement : ce youkai est plus fort que nous, tu l'as dit toi-même ; deuxièmement : on ne sait pas du tout où se trouve la mère de Seshommaru ; troisièmement : elle n'a pas l'air d'aimer les humains, pourquoi nous donnerait-elle ce genre d'informations, surtout pour tuer l'un de ses parents ; et quatrièmement… Tu m'as dit qu'elle voyageait avec Seshommaru, tu te sens capable de l'affronter une nouvelle fois ?
Rin détourna les yeux, laissant aller son regard sur le calme reposant de la forêt environnante. Elle n'avait pas pensé à tous ces détails, ce qui montrait clairement que Kagome avait acquis une sagesse qu'elle était loin de posséder. Si elle avait été seule, elle aurait foncé tête baissée. Si elle se retrouvait une nouvelle fois sur le chemin du taiyoukai, il ne l'épargnerait pas. L'image du regard froid et déterminé de Seshommaru s'imposa à son esprit, et la fit frissonner.
- On n'a pas le choix de toute manière, répondit-elle, autant pour convaincre Kagome que pour se donner du courage. Je suppose qu'ils retournaient sur les terres de Seshommaru, à l'Ouest. Et on n'aura pas besoin de la mère de Seshommaru pour battre le youkai, il faut juste réussir à savoir où il se trouve.
- Tu espères qu'on va l'affronter seules ?
Rin désigna de la tête le pendentif de Kikyo, toujours autour du cou de Kagome. Depuis toutes ces années, elle l'avait gardé. Il lui avait sauvé la vie en l'aidant à vaincre Naraku, il y a longtemps.
- Il est inutilisable Rin, soupira Kagome, comme si elle lisait dans ses pensées.
- Faux. Toute l'énergie qu'il contenait a été utilisée contre Naraku. Peut être qu'on peut ré emmagasiner cette énergie. A nous deux, si on utilise un peu de notre pouvoir chaque jour pour le renforcer, on obtiendra une arme de taille, non ?
- Plusieurs générations de mikos ont utilisé ce sort juste avant de mourir. On risque de s'épuiser. Et rien ne garantit que nous obtiendrons ne serait-ce que le tiers de l'énergie que ce pendentif avait emmagasiné avant que je ne l'utilise contre Naraku.
- Tu as une meilleure idée ?
Kagome soupira.
- J'imagine que non. Très bien. Voilà ce que je te propose : on descend de cet arbre, on cherche un village pour prendre assez de vivres pour le voyage et ensuite on part vers les terres de Seshommaru. On remplira le pendentif sur le chemin si tu veux. Mais je te préviens, si ça nous épuise, on arrête tout. Marché conclu ?
Rin sourit, acquiesça, et sauta de la branche avec une facilité déconcertante. A la question muette de Kagome, elle répondit :
- Quand j'étais petite, j'étais seule le plus souvent. Alors je grimpais aux arbres pour m'occuper.
- C'est Jaken qui t'a appris à descendre ?
- Bien obligé. Il en avait assez de se faire frapper par Seshommaru quand je restais coincé en haut.
Kagome éclata de rire. Depuis qu'elles avaient atterri dans cette époque, c'était la première fois qu'elle riait. Le rire était communicatif, Rin se joignit à elle : la journée qui venait s'annonçait bien plus agréable que le précédente.
- Comment ça tu sais pas où est ma sœur ?!
Inuyasha s'étonnait de voir à quel point il se maîtrisait. Quelques années plus tôt, il aurait crié plus fort que Sôta, mais là non. Kagome disait que ça s'appelait de la « maturité ». Il essayait d'être le moins brusque possible, mais on lui avait bien souvent répété que le tact n'était pas sa qualité première.
- Un youkai les a renvoyées dans le passé. Et je ne sais pas comment les rejoindre.
- Tu es censé être un youkai non ? Tu es un démon toi aussi ! Alors débrouilles-toi mais ramène-là !
- Ça marche pas comme ça Sôta ! Je peux pas les rejoindre ! Tu crois que ça m'amuse de rester là bras croisés à attendre ?
Pas si mature que ça à la réflexion…
- Si elle n'était pas revenue ici, tout ça ne serait pas arrivé ! Elle serait dans son monde, à faire des études, avec sa famille et ses amis ! Elle ne risquerait pas sa vie toute seule parce que celui qu'elle aime ne peut rien faire pour elle !
Inuyasha ne répondit pas. Certes, il s'y était attendu, mais dans le ton de Sôta, on sentait que le jeune garçon pensait profondément ce qu'il disait.
Cette réplique était d'autant plus blessante qu'elle sonnait juste, néanmoins ce n'étai pas lui qui souffrait le plus. Lui, il avait Kagome près de lui, pendant tout ce temps où elle avait manqué à son frère, peut être même plus qu'elle lui manquait à lui-même en cet instant. Il avait vécu sans elle de nombreuses années, pas Sôta. Elle était là quand il était venu au monde, là quand il avait été à l'école pour la première fois, là lorsqu'il était tombé amoureux d'Hitomi. Rien ne pouvait combler l'absence de Kagome, qu'il avait expérimenté pour la première fois alors qu'il était encore jeune.
- Je suis désolé, Sôta. Mais Kagome a fait un choix. Cela ne veut pas dire qu'elle t'aime moins mais…
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que déjà le frère de Kagome s'était détourné de lui. Inuyasha ne chercha pas à le retenir. Chacun accusait le coup comme il pouvait. Si cela aidait Sôta de lui faire des reproches fondés, il devait les accepter.
Néanmoins, il ne savait plus quoi faire à présent. Il se sentait impuissant, et c'était une sensation véritablement exaspérante. De plus, il tentait vainement de repousser une sourde colère qu'il savait indésirable en cet instant, mais c'était véritablement difficile. Sa seule option était probablement de retourner auprès de Seshommaru. Cette situation aussi était exaspérante. Il n'avait aucune envie de retourner près de son… Frère.
Il ne voulait plus avoir à s'allier à lui. Il avait l'impression désagréable d'avoir une bride sur le cou en permanence. Jamais, en plusieurs dizaines d'années, il n'avait pardonné à son frère son rejet, son mépris des humains, son mépris tout court. Devoir s'en remettre à lui, devoir supporter ses airs supérieurs mettait le demi-démon dans une rage difficilement contrôlable. S'il n'y avait pas eu Kagome…
Il aurait aimé que toute cette histoire s'arrête. Qu'il se réveille avec Kagome près de lui, sans avoir cette inquiétude profonde de ne plus la revoir. Il aurait aimé voir Rin à nouveau, il aurait aimé qu'elle continue à faire évoluer son taiyoukai borné de frère. Qu'elle arrive à le faire changer, comme personne excepté elle ne le pourrait probablement jamais.
Etait-ce comme cela que marchait la vie ? Il avait eu plus que sa part de moments de bonheur. Ces années étaient passées si vite. Fallait-il que cela s'achève, pour rétablir la balance ?
S'obligeant à éloigner de son esprit des pensées qui ne pourraient qu'ébranler sa motivation, il se détourna du village et monta rejoindre Seshommaru.
Le taiyoukai avait suivi la confrontation entre Inuyasha et Sôta depuis son observatoire. Il suffisait de voir le visage de l'humain pour comprendre les reproches qu'Inuyasha avait dû subir. Sans rien dire, une fois encore… Quelle pitié qu'un descendant de youkai se laisse traiter ainsi.
- Seshommaru.
Le taiyoukai, perdu dans ses pensées, n'avait pas accordé la moindre attention à son frère. Lorsque celui-ci le regarda, il n'eut pas le temps de chasser le mépris de son visage, d'ordinaire si impassible. Expression fugace que le demi-démon n'eut aucun mal à saisir, et qui attisa sa colère.
- T'as un problème Seshommaru ? Cracha-t-il avec hargne, profitant de défouloir qui se présentait.
Le ton provocateur de son frère arracha à Seshommaru un sourire mauvais. Et le fond de sa pensée, qu'il ne tentait lus de dissimuler, sortit avant même qu'il ne réfléchisse.
- Tu es tombé bien bas. Tu as toujours été quelqu'un d'étonnant. Je pensais que tu avais touché le fond. Il faut croire que non.
Inuyasha serra les poings sous l'insulte prononcée si calmement par son demi-frère.
- En quoi est-ce méprisable de subir un reproche, lorsqu'il est mérité ?
Le taiyoukai se tourna vers lui.
- Ce qui est méprisable, c'est de supporter les injures sans réagir. Serais-tu devenu lâche ? Ou peut être l'as-tu toujours été.
Il n'en fallut pas plus pour attiser définitivement la colère d'Inuyasha. Dégainant Tessaïga, il se précipita sur son frère. Mais la réaction du demi-démon était bien trop prévisible pour avoir un quelconque effet : il para l'attaque avec facilité, sans le moindre effort apparent. Du moins était-ce ce que Seshommaru s'efforçait de laisser paraître, la réalité était toute autre.
- Je ne suis pas un lâche !
Le taiyoukai avait touché un point sensible, ils le savaient tous les deux. Inuyasha tentait vainement de forcer Seshommaru à abaisser Tenseïga, qui résistait.
- Tu as renoncé à ton héritage youkai. Tu as déshonoré Père. Tu ne mérites aucune considération.
C'est étrange, comment des reproches peuvent être blessants, lorsqu'ils sont prononcés sur ce ton froid. Ils résonnent alors comme des mots implacables, et empreint de vérité. Le demi-démon détestait ça, il aurait cent fois préféré essuyer des injures, de la colère. C'était mal connaître son frère. Il resterait vide de toute expression. A moins…
- Et tu me fais des reproches ? Alors que tu es pathétique à refuser d'admettre ce que tout le monde a vu. Rin tient à toi, et tu la fais souffrir en suivant tes principes à la con !
Cette fois, Tenseïga repoussa l'épée d'Inuyasha avec une puissance dont il fut le premier surpris. Il tomba sur le dos. Au dessus de lui, Seshommaru avait à présent les yeux emplis de rage. Presqu'identique à celle dont Rin avait été victime.
Inuyasha, bien que surpris, arborait un air bravache que son demi-frère ne supportait pas. C'était de la condescendance. Personne ne pouvait se permettre de le regarder de cette manière, surtout pas son frère, surtout pas maintenant qu'il était à terre.
Il allait payer pour avoir osé sous-entendre que lui, Seshommaru, possédait les mêmes faiblesses que lui.
Le taiyoukai leva son épée. Inuyasha ne se départit pas de son sourire.
- Raté !
- Quoi « raté » ? Elle est arrivée à… Quoi, dix centimètres de la tienne ?
- Justement, le but c'est que tu l'envoies au même endroit que la mienne.
Rin leva les yeux au ciel. Kagome avait toujours été un excellent archer, et leur cible était à plusieurs mètres, il était par conséquent normal que la flèche de l'adolescente ait dévié très légèrement.
- Tu sais quoi ? Je te propose un vari combat. Au sabre.
Kagome éclata de rire.
- Ce n'est pas tes points forts que tu dois entraîner Rin.
- Non. Mais ça te permettrait de développer tes points faibles.
- Tu cherches à me rendre ridicule ?
- Ce n'est pas ce que j'ai dit.
Kagome avait appris à ses dépends à corriger sa susceptibilité. Il est vrai que les journées passées auprès d'Inuyasha durant toutes ces années l'avaient rendu moins… Réactive. Entre les commentaires sur sa cuisine, sa tenue, la maladresse de ses débuts au tir à l'arc… Sans parler de toutes les fois où il s'était braqué contre elle, lorsqu'elle lui faisait des reproches que, tout les deux, ils savaient fondés.
La jeune femme se contenta donc de sourire à la remarque de Rin, reconnaissant volontiers que chacune avait un domaine de prédilection. L'adolescente parvînt néanmoins à la convaincre de faire un combat. Elles utilisèrent des branches que Rin avait taillées sommairement, ne disposant que d'une seule arme.
Evidemment, Kagome fut battue à plate couture. Les entraînements avec Inuyasha, puisque Seshommaru n'aurait jamais consenti à se battre contre elle, avait rendue Rin agile et rapide. Si, tout d'abord, le demi-démon ménageait l'adolescente, elle avait progressé rapidement et, même si il était loin d'utiliser toute sa force contre elle, il avait désormais affaire à un adversaire de taille.
Elles avaient commencé à se diriger pour la seconde fois vers les terres du taiyoukai, mais elles voulaient auparavant demeurer près des villages, il valait mieux prévoir des vivres, la mère de Seshommaru ne leur offrirait sûrement pas l'hospitalité.
Ce voyage rappelait étrangement à Kagome son errance aux côtés de Kikyo. Mais c'était différent aujourd'hui. Rin était une compagne de voyage bien plus agréable car plus ouverte, souriante, dédramatisant sans cesse la situation par des plaisanteries ou des provocations. L'optimisme de Rin était communicatif, même s'il se limitait à tout ce qui ne concernait pas Seshommaru.
Néanmoins, Kagome retrouvait cette inquiétude qu'elle avait connue à l'époque, quand elle croyait marcher vers sa mort. Le youkai qu'elles se préparaient à affronter était puissant, le risque était grand. En tant que mère, elle ressentait une crainte nouvelle, celle de ne plus revoir ces enfants, ou Sôta, qui devait avoir rejoint son monde à présent.
- Kagome ?
Elle sursauta. Rin sourit.
- Oui excuse-moi j'étais perdue dans mes pensées.
- Pensées qui tournaient surtout autour d'Inuyasha, Kiyo et Yuriy, je suppose.
- Ose me faire croire que les tiennes ne vont jamais vers Seshommaru, ironisa Kagome.
Cette fois, Rin ne se mit pas à rougir. Elle ne détourna pas la tête. Elle ne détourna même pas les yeux. Elle admettait plus facilement maintenant l'affection qu'elle avait pour le taiyoukai. Elle côtoyait Kagome depuis un certain temps maintenant, même si elle ne pouvait pas vraiment évaluer depuis combien de jours exactement elles étaient coincées dans cette époque.
En réalité, cela faisait maintenant une semaine que les jeunes femmes étaient dans ce monde. Mais elles avaient fini par perdre la notion du temps. Elles étaient restées quelques jours aux alentours des villages, afin d'obtenir des vivres auprès des villageois en échange le leurs services. Entre leurs allers et venues, elles en profitaient pour s'entraîner, mais elles comptaient partir vers les terres de Seshommaru le lendemain.
Retourner voir le taiyoukai eût été de la folie et, de toute manière, même si les jeunes femmes l'ignoraient, jamais il n'avait entendu parler de ces étranges démons auparavant. Interroger celui qu'il était dans le passé n'aurait avancé à rien. Aussi espéraient-elles qu'il s'était séparé de sa mère et qu'elle serait seule lorsque les deux mikos arriveraient jusqu'à lui.
- Rin ? Tu dis de moi mais…
- Tu crois que je devrais arrêter de suivre Seshommaru ? interrogea Rin brusquement.
La question avait fusé, avant même qu'elle songe à la retenir. Elle avait véritablement besoin de savoir ce que les gens extérieurs pensaient de cette relation silencieuse, voire inexistante.
Kagome retrouva son sérieux et garda le silence. Rin attendait.
- Je pense que tu as besoin de réponses, Rin. Et je ne sais pas si Seshommaru est capable de te les donner. Je veux dire, tu as besoin de connaître ses sentiments, or il n'en a jamais fait part à qui que ce soit. Il a toujours été comme ça, depuis les quelques années que le connais. Tu as besoin qu'il prenne sur lui, afin de te dire ce que tu veux savoir. Mais je ne sais pas s'il est prêt à admettre ça, prêt à changer, même pour toi.
- Tu n'as pas répondu à ma question.
- Je pense que tu es en droit d'exiger un changement radical de la situation. Et je pense que, si tu ne l'obtiens pas, tu ferais mieux de partir, oui.
Elle tenta vainement de ne pas le montrer, mais cette réponde la blessait. On a beau savoir quelque chose, se l'entendre dire clairement et sans détours n'est jamais agréable. De plus, elle ne concevait pas une vie sans Seshommaru, sans Jaken, sans AhUn, sans ces dizaines de petites choses qui avaient constitué sa vie jusqu'ici et ce, depuis qu'elle avait dix ans.
- Je sais que tu ne veux pas te séparer de lui.
- Et comment le saurais-tu ?
La question avait claqué, presque agressive, mais Kagome ne s'en offusqua pas.
- Parce qu'à une époque, j'étais comme toi.
- C'est différent.
- Pas autant que tu le crois.
- Il y avait moins d'obstacles.
Kagome esquissa un sourire.
- C'est parce que tu n'étais pas avec nous en permanence que tu dis ça. Il y avait la fierté d'Inuyasha, moins tenace que celle de Seshommaru, mais quand même… Il y avait Kikyo, qu'il n'a jamais réellement pu oublier, il y avait nos deux mondes qui nous séparaient.
- Mais vous avez réussi à rester ensemble, finalement.
- Uniquement parce que nous avons été capables de donner ce qu'il fallait. J'ai longtemps cru que je souffrais seule, mais Inuyasha devait choisir entre Kikyo et moi, renoncer à son immortalité. L'amour doit être équilibré, sinon il engendre forcément de la souffrance. Ton seul obstacle, c'est la fierté maladive de Seshommaru. Si tu veux vraiment qu'il change, il te faudra de la détermination, et de la patience.
- Si être avec moi signifie qu'il doit tourner le dos à sa nature de youkai, à ses désirs, c'est inutile. Je ne veux être un fardeau ou une contrainte pour personne.
Kagome ne répondit pas. Qu'y avait-il à répondre ? Ce genre de réaction de la part de Rin était légitime, et elle ne pouvait pas l'aider sur ce terrain. Inuyasha avait beaucoup de défauts, mais il avait toujours été capable de se faire pardonner quand il la faisait souffrir. Ce n'était pas le cas de Seshommaru, elles le savaient toutes les deux.
Cela faisait maintenant deux ou trois heures que les deux frères se combattaient. Inuyasha avait définitivement abandonné son sourire, s'efforçant d'esquiver les coups que Seshommaru faisait pleuvoir, prouvant qu'il avait perdu sans sang-froid et que son demi-frère avait touché un point sensible.
Ils ne parlaient ni l'un ni l'autre. Ce combat, qui avait débuté parce qu'ils avaient besoin, l'un et l'autre, d'évacuer leur inquiétude et leur angoisse, prenait une tournure de plus en plus sérieuse. Inuyasha était blessé au ventre, Seshommaru affichait une entaille assez profonde sur son avant-bras valide.
Quand ce duel finirait ? Ils ne le savaient pas eux-mêmes. Aucun des deux n'aurait abandonné, par fierté autant que par désir de savoir enfin, après toutes ces années, lequel des deux auraient le dessus. Ce que ni l'un ni l'autre n'avait prévu, c'est une intervention extérieure.
- Papa arrête !
Inuyasha esquiva un dernier coup, puis fit un bond en arrière, pour recueillir Kiyo dans ses bras. La petite fille avait les larmes aux yeux. Il détestait qu'elle pleure. Il serra fort sa fille contre son torse, oubliant tout ce qui se trouvait autour de lui, y compris Seshommaru. Il aurait d'ailleurs adoré voir l'incompréhension totale qui se lisait sur le visage de son frère.
A cet instant précis, le taiyoukai était partagé entre l'idée de foncer sur Inuyasha, ignorant superbement sa… Nièce. Ou bien cesser le combat, sans doute la décision la plus sage, car leur but était plus que jamais retrouver Rin et la miko de son frère.
- Papa, tu promets que tu te battras plus avec tonton ?
Seshommaru se raidit. Tonton ?
Kiyo tourna son regard vers lui. Elle n'avait pas l'air agressive, ni en colère, elle était juste effrayée. Elle avait sa paume posée sur la gorge d'Inuyasha, comme si elle cherchait à le protéger. Elle le regardait sans détourner les yeux, qu'elle avait ambrés comme son père. Néanmoins, l'éclat provocateur qu'il y lisait venait de Kagome. Cette miko insolente n'avait eu que trop tendance à le regarder ainsi.
Inuyasha se pencha vers le visage de sa fille, et lui murmura quelque chose à l'oreille. Elle sembla se détendre. Il la reposa par terre, et elle se dirigea vers le village, tout en gardant son regard fixé alternativement sur son père et son oncle. Inuyasha acquiesça, et elle partit en courant.
Seshommaru était étonné, bien qu'il s'efforçât de le cacher. Jamais son frère n'avait eu un tel comportement, si calme, si patient. Par quel lien malsain pouvait-il être devenu si docile avec une créature si frêle que celle qu'il avait tenu dans ses bras ?
Inuyasha regarda sa fille s'éloigner d'eux. Il attendit qu'elle fut trop loin pour les voir pour se retourner vers son frère.
Il n'y eut pas de paroles échangées suite au départ de Kiyo. Mais le combat ne reprit pas. Chacun avait conscience que la prochaine fois qu'ils en arriveraient à ce genre d'extrémité, cela ne s'arrêterait que lorsque l'un d'eux aurait le dessus. Il fallait retrouver les filles avant de songer à se battre sans se soucier des conséquences.
Mais lorsque, le soir venu, Seshommaru se retrouva seul une fois encore, il ne put s'empêcher de se demander ce qui se serait passé si la gamine de son demi-frère n'était pas intervenue.
Jaken dormait non loin de lui. Il vivait mal lui aussi l'absence de Rin, mais il avait la discrétion de le cacher, et il ne se plaignait jamais. Le taiyoukai tentait vainement, depuis quelques jours, d'imaginer sa vie telle qu'elle l'avait été avant qu'il ne rencontre Rin : solitaire. Et il n'y parvint pas.
Les situations qu'auparavant il acceptait sans se poser de questions lui paraissaient aujourd'hui insipides. Enfant, elle riait tout le temps, parlait beaucoup, parfois ça l'exaspérait. En grandissant, elle s'était peu à peu faîte plus discrète, peut être en partie à cause de lui. Et aujourd'hui elle quittait l'enfance. Et tout ce qu'il voulait à présent, c'était qu'elle ne le quitte pas, lui.
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Merci Sue pour ta review ! Oui j'ai mis du temps à trouver comment autoriser les reviews anonymes, il m'a fallu de l'aide, désolée ^^. Contente que ça te plaise, et merci beaucoup, parce que les reviews aident quand même beaucoup, ça donne confiance ! J'espère que tu aimeras la suite ;)
