Lundi 23 Mars 2015 :
Je passe ma journée de Lundi à me remettre de ma garde particulièrement mouvementée de Dimanche. Habituellement nous ne recevons pas de trauma grave mais suite à un important accident sur l'autoroute et à une erreur de triage sur place nous avons fait face à un cas d'hémorragie interne sévère avec rupture de rate et hémo-pneumothorax gauche sur volet costal. La patiente s'en est sortie mais elle nous a occupés de longs moments avant de pouvoir être suffisamment stable pour sa chirurgie puis son transfert en réanimation. L'afflux normal des patients moins grave a donc dû attendre et a occupé le reste de notre nuit. J'ai perdu le compte des sutures réalisées après deux cents. Ça faisait longtemps que je n'avais pas fait autant de point en une seule nuit !
Après avoir accompagné Alice à l'école, je fais rapidement les courses pour la semaine avant de m'effondrer dans mon lit. Elle a entrainement après l'école et ne rentrera qu'en fin d'après-midi.
J'ai réussi à me lever vers 14 heures et après un déjeuner rapide je me suis adonnée à ma séance de sport hebdomadaire. J'ai toujours trouvé dans l'activité physique un bon moyen de décompresser, mais vu qu'il est hors de question que je courre dehors ou que je m'abonne à une salle de sport, il m'a fallu trouver une autre solution. Charlie a bien essayé de me motiver à prendre des cours d'autodéfense ou d'un quelconque art martial, mais je n'ai jamais réussi à accepter qu'un instructeur m'approche de trop prêt pour que les leçons soient efficaces. Alors je me maintiens en forme en courant sur un tapis de course que j'ai fait installer à la cave devant un miroir avec une chaine stéréo à côté. Je me suis aussi acheté un banc d'exercice et ai complété ma routine avec quelques exercices de musculation.
Après une heure de sport, je suis enfin complétement réveillée et avec une douche bien chaude je suis prête à accueillir ma fille sans être trop grognon. Je suis habituée à mon emploi du temps étrange, il n'empêche que parfois, je suis fatiguée et j'essaye le plus possible de ne pas en faire pâtir ma fille.
A 16 heures, le téléphone sonne. C'est Edward.
« Allo. »
« Salut Bella, c'est Edward.» Sa voix enjouée semble légèrement plus forcée que d'habitude, je me demande bien pourquoi.
« Hey Edward, comment vas-tu depuis Samedi ? »
Il soupire, visiblement déprimé.
« Ça va. »
« Ça n'a pas l'air pourtant ! Kate va bien ? »
Il répond rapidement.
« Oui, Kate va bien. Et je vais bien aussi. C'est juste que j'aie du mal à me remettre de ma sortie de ce week-end, les autres m'ont fait boire et je n'ai plus l'habitude ! »
Je rigole doucement et lui rappelle qu'il a quand même tendance à facilement laisser les autres l'influencer. Je ne voulais pas être méchante mais je ne peux m'empêcher de penser que je ressemble à une maitresse d'école qui fait la leçon à son élève plus qu'à une amie, alors je m'excuse rapidement. Il rigole, enfin. Et me dit que j'ai raison de toute façon. J'aime bien l'entendre rire, même si aujourd'hui, il semble moins sincère qu'il a déjà pu l'être.
« Non, mais le pire, c'est que tu as raison » Me redit-il. « Je n'aime pas boire trop. Je n'aime pas ça du tout, j'ai l'impression que ça me rend con et me fais prendre des décisions stupides. »
« C'est ce qu'on appelle la désinhibition. C'est un phénomène connu tu sais, l'éthanol ou alcool va directement agir sur le cerveau en se fixant entre autre sur des récepteurs GABA au niveau de zones du cortex frontal qui régissent notre comportement social en empêchant ainsi le fonctionnement normal des neurotransmetteurs. Cela étant il module notre façon d'analyser les situations en nous rendant plus empathique tout en augmentant notre capacité de prise de risque et donc la possibilité de passage à l'acte. En gros, il amoindri les barrières psychiques, morales et sociales qui régissent un individu sobre et entraine des comportements pas toujours adapté. Et en plus il entraine une vasodilatation des vaisseaux cérébraux associée à une déshydratation qui ont pour conséquence un gros mal de tête le lendemain ! Enfin. Je dis ça… »
Il ricane.
« J'adore ton point de vu. J'entendrais presque mon père parler. »
« Oups, désolée. J'ai tendance a toujours vouloir expliquer les choses de façon scientifique. Ça énerve beaucoup Alice qui a un esprit beaucoup moins pragmatique que moi. »
« Je veux bien croire que ça l'énerve. Même si je suis sûr qu'elle ne te l'avoue pas mais qu'elle apprécie quand même. J'étais un peu comme elle gamin. Carlisle partait dans des tirades compliquées sur tel ou tel phénomène médical sans que j'en comprenne la moitié et j'avais beau être largué la plupart du temps j'adorais ça, j'avais l'impression d'être un génie quand je tentais d'en recracher un partie à mes copains. Mais je ne te raconte pas ! Quand j'ai eu 13 ans, il a failli me traumatiser à vie quand il m'a donné le fameux discours sur le sexe. J'ai mis des semaines à m'en remettre, je rêvais de grottes spongieuses et de marée de sang dès que j'avais une érection. J'en frissonne rien que de m'en souvenir.»
Malgré le caractère glissant qu'a pris notre conversation, je ne peux m'empêcher de rire.
« Je ne veux même pas imaginer ce qu'il t'a raconté ! » Et surtout ne pas entendre parler de tes érections s'il te plait. « Et j'espère que tu t'es remis de tes excès ! Tu t'es souvenu de bien boire avant de te coucher ? » Je tente de changer de sujet.
Il soupire et ne dis rien pendant un moment.
« Non… » Finit-il pas murmurer. « Et je l'ai bien regretté ensuite figure toi. »
« Tu m'étonnes. Heureusement, pas de match le lendemain! »
« Oui, heureusement, je ne suis pas sûr que le coach m'ait laissé jouer cette fois. J'en aurais été bon pour un blâme et au moins quinze jours de banc ! »
« Alors, tu voulais me dire quelque chose en particulier sinon ? » Je sais que nos conversations n'ont pas toujours de but précis et que nous finissons souvent par divaguer sur tel ou tel sujet, mais en général, il appelle plus tard et là, Alice va bientôt arriver.
« Oui, figure-toi. J'avais effectivement quelque chose à voir avec toi aujourd'hui » me dit-il faussement vexé.
Il se tait et j'attends qu'il continu.
« Alors ? » Je finis par demander impatiente.
« Bon, en fait, je voulais savoir si ça te dirais de venir diner chez mes parents un soir cette semaine ou ce week-end ? »
Je suis un peu surprise.
« Tes parents ? »
« Oui, ils m'ont demandé de te faire part de l'invitation. Mon père t'a toujours apprécié en tant qu'étudiante et il est un peu jaloux je crois. Il aurait aimé te rencontrer dans un cadre plus amical et aussi rencontrer ta fille avant le barbecue du mois prochain. Je me suis dit que se serais l'occasion de te présenter Kate avec moins de monde autour. »
Je réfléchis. C'est une bonne idée, je pense que serais plus détendue si je revois Esmé et Carlisle ainsi qu'Edward et Kate dans un cadre plus intime avant la fête où il y aura beaucoup plus de monde.
J'accepte et nous fixons la date à samedi. Je ne suis pas de garde ce week-end, ça tombe bien.
« J'emmènerais le dessert, ok ? »
« Oh, tu cuisine ? » Il a l'air surpris.
« Je ne sais pas si je dois me vexer en entendant ta profonde perplexité mais oui, sache que je cuisine. Je ne suis pas un chef, loin de là, mais je me débrouille et je fais un sacré bon gâteau au chocolat, si tu veux tout savoir. »
« Un gâteau au chocolat ?»
« Oui, au chocolat »
« Tu pourrais en faire un pour samedi ? »
Je fais semblant de réfléchir.
« S'il te plait ? S'il te plait ? »
Je fini par capituler.
« C'est demandé avec tellement de gentillesse. Alors oui, je veux bien. Dit à tes parents que j'amène le dessert s'il te plait. »
« Un gâteau au chocolat ? »
« Un gâteau au chocolat »
Il a l'air content.
La porte d'entrée claque et j'entends les pas loin d'être discrets de ma fille. Je me suis souvent demandé comment une si petite fille pouvait faire autant de bruit.
« MAMAN ! T'ES-LA ! »
« Je te laisse Edward. A Samedi. »
« A Samedi Bella et passe le bonjour à Alice. »
« Je n'y manque pas. Embrasse Katie pour moi. »
Après avoir supervisé la réalisation des devoirs d'Alice, je me mets aux fourneaux. Au menu ce soir papillotes de colin, riz sauvage et salade verte. J'aime bien faire des plats sains et un peu plus raffinés quand je suis là. Quand je travaille mes parents qui n'ont jamais été de grands amateurs de cuisine font ce qu'ils peuvent mais on a vite fait le tour des macaronis au fromage et autre pizza qu'ils servent le plus souvent. Je ne vais pas médire, j'apprécie aussi ce genre de nourriture de temps en temps mais rien de tel que la variété.
Ma fille arrive dans la cuisine et commence à mettre la table. Nous travaillons en silence mais je sens qu'elle bouillonne de curiosité.
« Qu'y a-t-il Alice ? Je sens que tu veux me demander quelque chose ? »
Je me tourne vers elle, elle a l'air d'avoir été pris la main dans le sac…
Elle soupire et se lance enfin.
« Dis maman… »
« Oui ? » Je tente de l'encourager…
« Est-ce qu'Edward est ton petit ami?» Elle a parlé tellement vite que j'ai beaucoup de mal à saisir le sens de ses mots. Quand j'arrive enfin à comprendre ce qu'elle a dit, je ne peux m'empêcher de rougir. Je me demande bien pourquoi ? Pourquoi je rougis, pas pourquoi elle demande. Je sais bien que cela me pendait au nez depuis l'autre jour.
« Non Alice, Edward est un ami. C'est tout »
Tout son visage s'affaisse, elle a l'air profondément déçue. Je m'approche d'elle et la serre dans mes bras.
« Hey ma chérie. Qu'est ce qui ne va pas ? »
Je l'entends renifler. Je ne pensais pas qu'elle serait aussi sensible sur ce sujet.
« Maman, c'est juste que j'aimerais tellement que tu sois heureuse. »
Je la prends par les épaules et me place à son niveau, en la regardant dans les yeux. Ils sont brillants et légèrement rougis par l'émotion.
« Mais je suis heureuse ma chérie. Je t'ai toi, et Renée, et Charlie et mes amis aussi. Je n'ai pas besoin de plus. »
Elle me serre dans ces bras avec plus de force que d'habitude.
« Je t'aime maman. » Son visage est caché dans mon cou mais je l'entend clairement et ne peux m'empêcher d'être prise d'émotion moi aussi. Alice ne connais pas toute mon histoire. J'estime qu'elle est trop jeune. Je l'ai mise en gardes contre les étrangers comme tous parents le font, j'ai peut-être insisté sur le fait de n'autoriser personne à la toucher contre son consentement, mais je ne lui ai jamais fait part de ma réticence à entretenir une relation avec un homme. Ni pourquoi. Et je n'ai pas envie d'en parler aujourd'hui.
« Je voudrais tellement que tu rencontres quelqu'un tu sais? »
« Mais pourquoi ma chérie ? Je t'ai toi, je n'ai besoin de personne d'autre. »
« Je sais maman, mais ça n'est pas pareil. Et puis… »
« Ton père te manques ? » Je demande finalement. On ne parle pas souvent de Tyler, mais parfois j'ai peur de ne pas avoir pris la bonne décision en ne leur permettant pas d'avoir une relation plus forte.
« Non, maman, mon père ne me manque pas. Je ne le connais pas vraiment en plus. Non, mais. Je ne sais pas comment dire. Depuis que tu parles avec Edward, tu es plus… Comment dire. Plus calme ? Ce n'est pas vraiment le mot que je cherche. Mais bon, tu es plus calme. Et je me demandais juste… »
Je soupire, soulagée.
« Oui, tu as raison, j'aime beaucoup Edward et être devenue son amie me fait du bien. Et tu sais que je ne me fais pas facilement des amis. Du coup, nous allons manger chez ses parents Samedi. Il sera là et nous allons rencontrer Kate, sa fille. »
Les larmes sont vites oubliées et Alice affiche un grand sourire.
« C'est vrai ! »
« Oui, on s'est dit que ce serait plus sympa de se revoir plus tranquillement avant le barbecue le mois prochain, ou il y aura plus de monde.
« Super ! »
On avance tout doucement avec ces deux là!
Et merci à toutes pour vos message ou simplement pour être passé par là!
A bientôt!
Mystylight
