Loose Thorns
Loose Thorns
Sixième chapitre: The fire in the flood
Auteur: Rain
Disclaimer: Shaman King n'est toujours pas à moi. Brontë l'est. Puis le chat. Tehe.
Soundtrack: Walk to the water (U2)
Note:
J'aime plus du tout comment ce chapitre est écrit, c'est terrible. Mais bon, il faut bien que cette fic finisse un jour... non? XD
Mathilda, le souffle court, suivait Bronte et les humains qui la tiraient.
Heureusement pour elle, ils n'étaient pas allés vers leur voiture. A la place, ils s'étaient engagés sur le chemin du lac, sans lâcher la sorcière. Ils faisaient trop de bruit pour entendre les pas discrets - les pas de chat - de la petite fille derrière eux, cachée à la lisière de la forêt; ils n'avaient clairement pas peur d'être écoutés. Mathilda faisait fonctionner son cerveau à plein régime pour trouver une solution. Si elle faisait peur aux humains, peut-être s'en iraient-ils ? Bronte avait fait fuir le premier en l'effrayant, il n'y avait pas de raison pour laquelle sa petite-fille ne pouvait pas faire de même...
Après un instant, la rousse décida de tenter quelque chose. S'enfonçant dans le fourré, elle dépassa d'un pas rapide le groupe d'adultes, qui restait pour sa part assez lent, et ramassa deux pommes de pin. Elle grimpa ensuite à un arbre aux branches basses sur le côté du chemin. Dans le noir, elle allait lentement; elle ne pouvait pas prendre le risque de s'égratiner, ou d'alerter ses victimes. Lorsqu'elle les vit approcher, elle était toutefois suffisamment haut pour mettre son plan à exécution.
La première pomme de pin atterrit derrière eux, les faisant se retourner. La seconde cueillit l'homme qui ne tenait pas Bronte sur l'arrière du crâne, l'envoyant presque au sol. Surpris et inquiets, les hommes cherchèrent d'où pouvait venir leur agresseur; mais Mathilda, tapie dans l'ombre, était invisible. Bronte, elle, ne disait rien, ne cherchait pas à se dégager; lorsque, grognants et méfiants, les hommes reprirent leur chemin, elle se laissa faire. La petite fille ne se laissa pas décourager; elle avait mille idées pour les terroriser, les faire lâcher prise. Le succès de sa première idée la transportait de joie, et la portait vers l'imprudence. Hâtivement, elle redescendit le long des branches, prenant toujours plus de risques. Attrapant la dernière branche, elle voulut se propulser vers le sous-bois.
La branche choisit cet instant pour se casser sous le poids de sa charge, et elle tomba sur son poignet avec un cri étouffé.
Un moment elle ne sentit plus rien, comme si sa conscience elle-même vacillait. Puis elle reprit ses esprits, et étouffa un cri. Elle n'avait jamais connu une telle douleur. C'était comme si tout son avant-bras avait été transpercé de couteaux, et lorsqu'elle parvint enfin à le regarder elle vit un bout blanc sortant de sa peau déchirée. L'image la fit vomir son dîner sur le talus, et elle se mit à sangloter, l'autre main sur la bouche pour ne pas se faire entendre. Non... elle devait aider la sorcière. Elle ne pouvait pas être ainsi bloquée...
« Mathilda, » l'appelait une voix lointaine, « Mathilda, tu ne peux pas rester là. Il faut te lever. Ce n'est pas si grave, c'est impressionnant mais ce n'est pas si grave. Mathilda, tu m'écoutes? »
La rousse continuait de pleurer, mordant presque dans sa main pour ne pas crier. Pas si grave ? Elle ne pouvait pas bouger la main sans presque hurler de douleur. Se lever et aller sauver Bronte ? Elle n'en aurait jamais la force...
Puis elle sentit Jack se fondre en elle. Pourquoi initiait-il une fusion maintenant ? Ils n'y étaient jamais parvenus auparavant, alors maintenant qu'elle était incapable d'aligner deux pensées cohérentes...
Et pourtant elle sentit l'esprit de Jack s'approcher du sien, s'y mélanger, et soudain elle était double. Jack la leva sans se presser, tenant son poignet blessé immobile. Sans quitter le bosquet, il chercha et récupéra un bout de bois plat et épais. Puis il ouvrit leur sac, et y prit de la ficelle et une trousse de secours. Il y avait du désinfectant aussi, et il en envoya une généreuse rasade sur la plaie. Mathilda sentait la brûlure, mais comme de très loin, trop loin pour s'en inquiéter. Puis il saisit le bout de sa main et il tira.
Il y eut un craquement odieux, et l'os disparut sous la peau. La douleur semblait comme une grande vague à l'enfant, mais une vague qui ne l'avalait pas entièrement. Elle avait encore envie de vomir, mais la main de Jack était sûre; avec une aiguille et du fil qu'il trouva dans la trousse de secours, il recousit la plaie ouverte, et Mathilda, qui avait terriblement envie de détourner le regard, enregistra beaucoup trop d'images à son goût. Leur fusion nimbait son corps de bleu, et elle devait bien en être contente, parce que c'était la seule lumière qui pouvait aider Jack dans sa tâche. Enfin, il en eut finit, et il plaqua le bois, couvert de coton, contre la plaie, et la serra fort.
Mathilda eut l'impression de tourner de l'œil. Sa vision se brouilla, environnée de simples taches d'ombre, et un sifflement strident emplit ses oreilles.
Lorsqu'elle revint à elle-même, elle marchait, ou plutôt Jack marchait. ll était resté dans le sous-bois, soupesant chacun de ses pas pour ne pas faire de bruit. Les échos des humains devant eux s'amplifiaient progressivement. Jack les rattrapait...
Le fantôme continuait d'avancer. C'était étrange d'être ainsi manipulée. Mathilda n'avait jamais vraiment aimé les marionnettes, mais ce fut l'image qui lui vint alors. Jack maîtrisait chacun de ses gestes, et faisait bouger ses bras sans qu'elle ne le sente d'aucune façon. Il fallait que la sensation soit aiguë - comme lorsque son poignet immobilisé envoyait des ondes de douleur vers elle - pour qu'elle en aie la moindre conscience. C'était ça, la fusion ? Elle avait l'impression de n'être que le vecteur de son fantôme. Les sorcières du livre n'en parlaient pas ainsi...
Puis Jack s'arrêta. Ils étaient parvenus à la lisière des arbres. Regardant autour d'eux, il se glissa derrière un arbre aux branches touffues, les rendant ainsi invisibles depuis la plage. Sans un bruit, il fit tomber leur sac à dos au bas de l'arbre, et se redressa pour observer les hommes assemblés là. Ils avaient garé une seconde voiture tout au bord du sentier - c'était une de ces grosses berlines qui ne font pas un bruit en roulant - et tenaient la sorcière dans la lumière des phares. Cela lui faisait comme un diadème doré, découpé par la ligne désordonnée de ses cheveux grisonnants; elle semblait plus belle, presque plus jeune que d'habitude. Un autre détail lui apparut alors: la vieille barque n'était plus enfoncée dans le sable. Elle avait été vidée, son ancien contenu en vrac sur le sable, et mise à mouiller dans l'eau peu profonde. Qui songerait à l'utiliser pour naviguer ? Étaient-ils fous ?
« C'est très courageux, ce que vous faites-là. » La voix de Bronte était froide, mais tranquille. Elle ne semblait pas avoir peur. « Réveiller une vieille femme à une telle heure pour lui faire peur. »
Il y eut un ricanement. « Ne t'inquiètes pas, on ne veut pas te faire peur. On a des ordres, on les suit, c'est tout. »
Un autre reprit: « Au fond, c'est juste du nettoyage, ce qu'on fait. On va bientôt entrer dans l'an 2000, quoi! Garder des sorcières, ce serait anachronique. Surtout les sorcières qui s'en prennent aux filles.
- Vous ne m'apprenez rien, » répondit-elle. « Vous êtes toujours les mêmes. Les siècles et les pays changent, mais vous êtes toujours les mêmes. » Silence tendu. « Moi, m'en prendre à une fille ? Mais les sorcières sont des filles, pauvres êtres. Nous sommes les filles et les femmes qui échappent à votre contrôle et à vos lois. Pour que votre pauvre enfant soit venue à moi, il a fallu qu'elle se sente seule et prise au piège. Je n'ai pas fait de mal en enlevant le piège à loup autour de sa cheville. Elle aussi, dans le futur, elle deviendra probablement ma sœur, ma fille, une sorcière tout comme moi, et tant mieux. »
C'en était trop pour l'homme qui se tenait devant elle, et d'un coup de tête il envoya la vieille dame au sol. Les deux autres se penchèrent, l'un enroulant une corde étrangement verte à la lumière autour de la vieille dame, et ils la traînèrent jusqu'à la barque. Ils faisaient énormément de bruit en pénétrant dans l'eau, et Mathilda sentit son angoisse revenir. 'Qu'est-ce qu'ils vont lui faire, Jack ?'
Le fantôme mit du temps à répondre. L'un des hommes, celui qui ne tenait pas Bronte, s'était rapproché d'eux, et il se tenait sur le qui-vive. Mais l'humain cherchait juste quelques grosses pierres qu'il porta jusqu'à la barque. Puis il revint. Repartit. Mathilda ne voulait pas comprendre.
'Tu te souviens de ce que t'a dit Bronte, sur l'eau ?' La voix de Jack était éteinte, froide.
Mathilda avala sa salive. 'Il faut faire quelque chose...'
Le fantôme serra les dents de l'enfant, et coinça son bras blessé dans la poche de son blouson. 'Ne bouge pas, ne fais pas un bruit. Je vais vers elle.' Et sans même avoir attendu que la petite acquiesce, il se dégagea de son corps et vola vers la barque. Le contrecoup vola le souffle de la rousse, qui se laissa lentement tomber à genoux dans la terre molle, sans un bruit. L'esprit s'enroula autour de la barque, faisant luire la silhouette de la sorcière, droite dans sa barque. Les hommes riaient alors qu'ils attachaient Bronte dans la barque, et l'entouraient de rochers. Mathilda se demanda si cela pouvait suffire, comme présent pour les eaux...
Puis l'un se remit à parler. « Tu peux proférer les blasphèmes que tu veux, sorcière. Le tribunal des hommes a rendu son verdict. Nous t'avons jugée, sorcière, et jugée coupable. » Sur la surface étale, la voix portait loin; Jack ne pouvait rien cacher à sa protégée. Mathilda avait pourtant du mal à comprendre les mots. Cela lui semblait si vide, si creux… Comme des mots pêchés dans un livre. Comme si l'homme récitait un rôle de théâtre… « Mais la justice des hommes n'est pas sans clémence. Alors on a réfléchi…
- La lumière, sans doute, » le coupa Bronte, calme, sans broncher lorsque cette remarque lui valut une gifle.
« Je disais, nous avons décidé de t'accorder le bénéfice du doute. Tu dis ne pas avoir fait du mal à cette jeune fille... dans ce cas, Dieu sauvera ton âme.
- Tu vas être soumise au test de l'eau, » reprit l'un des deux autres. Il était plus trapu, plus vieux aussi au son de sa voix. Ses mots riaient pour lui, d'un rire cruel, mauvais. « Il a fait ses preuves. Si tu es humaine et n'as passé aucun pacte maléfique, tu couleras avec cette barque; Dieu te sauvera ensuite. Si tu es réellement maléfique, tu flotteras, ton corps n'obéissant pas aux règles humaines. Dans ce cas-là, nos chaînes d'argent te maintiendront en place jusqu'à demain, et nous déciderons alors quoi faire de toi. »
Bronte ne répondit rien. Mathilda, d'où elle était, ne la voyait pas; elle aurait voulu l'entendre trouver une issue, une solution... mais rien ne vint. Digne et immobile, la vieille femme laissa les hommes pousser la barque vers les profondeurs.
La rousse se souvenait de l'avertissement de Bronte. Le lac était traître, profond; s'ils glissaient, peut-être que... Serrant sa main valide contre sa poitrine, la rousse se mit à prier, prier au plus fort de son être. Elle ne voulait rien de moins qu'un miracle... Ils ne pouvaient pas lui prendre sa grand-mère ainsi ! Quelqu'un allait intervenir... 'Jack,' appela-t-elle, sans réponse. L'esprit scintillait, au loin, au-dessus de Bronte. Combien Mathilda aurait-elle donné pour être là-bas avec eux !
Et bientôt l'homme de tête s'arrêtait. Quelque chose brilla dans sa main, et il l'abattit dans le bois de la barque. Mathilda ne voyait pas la hache, mais elle devina ce qu'il faisait. Puis ils poussèrent. La barque émit un bruit bizarre en s'éloignant, bientôt couvert par les hommes qui pataugeaient pour sortir. Le plus tranquillement du monde, ils se changèrent là, jetant leurs vêtements mouillés dans le coffre d'une des voitures. Puis ils s'embarquèrent dans leur véhicule en silence et partirent dans la nuit.
Mathilda attendit autant qu'elle put avant de s'élancer sur la plage, ignorant l'eau qui s'infiltrait dans ses chaussures. Son poignet lui faisait de nouveau mal, mais elle refusait d'y prêter attention. « Bronte, » appelait-t-elle, « Bronte ! »
Après un temps qui lui parut infini, alors qu'elle hésitait à s'avancer encore, sa jupe toute trempée et flottant à la surface, Jack revint vers elle. Elle pleurait sans bien comprendre, claquant des dents dans le froid.
« Macchi, il faut y aller, » fit l'esprit. Il semblait avoir un peu perdu de sa douceur; son ton était sec, froid. La petite rousse secoua la tête, refusant de toutes ses forces. Elle pleurait trop pour parler, pour lui demander ce que Bronte lui avait dit, pour le supplier de l'aider à aller la chercher. Mais il ne pouvait pas lui demander de quitter sa grand-mère ainsi. Comment pouvait-il même le penser ? Elle ne devait pas être loin, la barque trouée n'avait pas pu dériver tant que ça. Peut-être qu'ensemble ils pouvaient plonger et la retrouver. Il y aurait bien un couteau dans son sac, quelque chose pour la corde, et...
« Macchi. Si tu restes dans l'eau, tu vas geler. Elle est trop froide, et tes vêtements sont trempés maintenant. Tu n'as pas longtemps avant de tomber inconsciente. Il faut que tu sortes, » fit Jack, presque menaçant soudain.
Elle montra les dents. « B-Bronte... » Il ne répondit rien. Etait-ce du mépris dans son regard ? Elle avait presque peur de lui soudain. « J-je peux pas la laisser là…
- Si, tu peux. Il n'y a plus rien à chercher là. Elle est partie, tu comprends ? Il n'y a rien à sauver. »
Sanglot. « E-et son... j-je suis Shamane. Son fantôme... »
Il secoua la tête, grave. « Tu ne sais pas tout de Bronte. Son travail n'était pas des plus simples; elle a engagé son âme pour les autres, et maintenant elle le paie. Mais tu veux la faire souffrir encore plus ?
- H-hein ?
- Si tu restes là, » et la voix de Jack se fit plus froide que l'eau, « tu vas mourir d'hypothermie. Et elle le saura. Et elle souffrira. C'est ça que tu veux ? »
Mathilda leva une face pleine de larmes. Non, non, elle ne voulait pas faire souffrir Bronte, mais c'était trop irréel, cette disparition de sa grand-mère dans le noir, elle ne pouvait pas y croire. Elle devait être seulement à quelques mètres, dans ces eaux si froides, toute seule...
L'esprit savait que le temps était devenu précieux. Mathilda était trempée presque jusqu'au bassin; elle avait à peine quelques minutes avant de s'effondrer dans le froid. Sans plus de commentaire, il fondit sur elle de nouveau, et la sensation d'être une marionnette reprit Mathilda. Elle se débattit, tenta de planter ses pieds dans le sol; mais rien à faire, il l'éloignait de l'eau. A pas raides, le fantôme alla chercher le sac. L'âme de la petite sorcière se cabrait et se rebellait contre lui, mais en vain. Il avait repris le chemin de terre, et ses pensées apparaissaient à la Shamane, claires et coupantes comme autant de couteaux. Elle était frigorifiée et blessée; le mieux était de dormir dans la maison, au moins pour cette nuit, et attendre le lendemain pour chercher de l'aide...
Mais quand ils arrivèrent vers la maison, il s'immobilisa. Toute la clairière puait l'essence, cette antique sœur de l'eau. Ils en avaient mis partout, sur les lierres, sur l'escalier, dans l'herbe autour, et tout flambait joyeusement. Le plafond s'était déjà effondré sur le côté, comme une sorte de géante courbant devant un Ulysse vicieux.
Mathilda ne pensait plus de façon cohérente. Devant cette fournaise qui lui piquait les yeux, elle se contenta de redoubler de pleurs. Elle n'avait que sept ans, après tout... Sept ans, c'était trop petit pour voir tout ça. A sept ans on ne perdait pas de grand-mère, à sept ans on ne perdait pas de maison, à sept ans…
La pensée fit presque rire le fantôme qui la possédait. Refusant tout de même de la laisser se perdre là, le fantôme la fit tourner les talons et s'enfoncer dans la forêt. Le poids du sac à dos commençait à se faire sentir, et la fatigue aussi; espérer atteindre une autre maison en si peu de temps était dérisoire. Alors, du pas le plus rapide qu'il pouvait utiliser sans sentir Mathilda trébucher, il alla prendre le sentier des fleurs, et bientôt ils étaient devant le cercle des fées.
La rousse toute étourdie de pleurs reconnut la chose. « Jack... ? »
'Prépare le rituel,' répondit-il doucement. 'Tu te souviens de ce qu'il faut ?'
Elle acquiesça faiblement. Des fleurs, des cheveux, une prière... Elle allait chercher des violettes dans le noir quand Jack lui indiqua qu'il y en avait dans le sac. Il y avait aussi les ciseaux, et elle put se couper une mèche de ses couettes, puis s'agenouilla pour bredouiller les quelques mots. Le souvenir de Bronte, penchée sur elle et prononçant la prière, lui donna envie de pleurer, mais c'était comme si elle avait asséché sa réserve de larmes, et si ses yeux la piquaient, rien ne coula.
Quand elle eut fini, elle posa les violettes et ses cheveux dans le cercle, puis y pénétra avec précaution pour n'abîmer aucun des gros champignons sur son passage. Foudroyée par le sommeil, elle s'allongea en chien de fusil, son sac à dos sous la tête, et plongea immédiatement dans un sommeil sans rêves.
