Chers lecteurs, chères lectrices,

Je vous souhaite, pour commencer, une excellente année 2015... Que santé, bonheur et argent soient au rendez-vous pour vous et ceux que vous aimez.

Je remercie Lucie-Cerise, Sylver Lorelay, Thays Azelyne, , bggt, ginnylie, lolelie, poupouneflore, Rianne Black et miriamme de suivrent mon histoire. Merci d'être de plus en plus nombreux(ses) à vous intéresser à cette première fiction.

*Merci lolelie pour ton review, tu te poses les bonnes questions :-) Ton commentaire m'a fait chaud au coeur.

* Mathilde, je suis particulièrement touchée d'être la première histoire que tu commentes. Je te promets de ne pas lâcher cette fiction. Je prendrai le temps nécessaire pour aller jusqu'au bout. Merci pour ton commentaire, j'espère que les prochains chapitres répondront à tes remarques. Je te demande quelques chapitres de patience pour répondre à ta requête. :-)

*o*o*o*o*o*o*o*o*o*

Voici un nouveau chapitre... Un nouveau chapitre avant de faire une petite pause à demi forcée...

Je pars en vacances une dizaine de jours sans accès à internet. De plus, des contraintes médicales me demanderont de ralentir ma vitesse d'écriture dans les prochaines semaines. Ralentir ne veut pas dire arrêter, j'insiste sur ce point. Je ne suis pas certaine de pouvoir m'arrêter d'écrire de toute façon.

Je voudrais profiter de ce repos forcé pour me mettre à jour dans la lecture des fictions que je suis et, enfin, me lancer dans la lecture des fictions de calazzi que je souhaite lire depuis plusieurs mois déjà.

Mon histoire est toujours bien présente dans mon esprit et l'inspiration toujours là...

En voici la démonstration avec ce 7eme chapitre, le plus long actuellement de cette fiction.

Felicity Sand

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Centre de soins, Bagadó,

Mercredi 21 avril 2010, 13ème jour d'expédition.

*o*

" Je suis Angela Penita, l'administratrice de Médicos con Chocó Indígenas. "

La présidente de la Elder Foundation s'avança au devant de la jeune blonde aux yeux bleus, lui tendit la main et se présenta à son tour.

" Elizabeth Bennet.

- Merci de nous prêter main forte. Nous commençons à ne plus avoir assez de bras...

- Dites-moi en quoi mon équipe peut se rendre utile. "

Les treize médecins anglais suivirent Angela et prirent connaissance de l'état de la situation avant de se disperser et d'intégrer l'équipe médicale déjà en action.

Elizabeth et Miguel ravitaillèrent la réserve en médicaments, denrées alimentaires et eau potable, pendant que William déambulait parmi les Desplazados*1* qui commençaient à s'entasser à l'intérieur du petit centre de soins jusqu'à former une file sur plusieurs dizaines de mètres à l'extérieur.

Dans un coin de la grande pièce, un enfant montait sur une balance. Charles nota quelque chose sur son dossier et l'en fit descendre. Il lui passa une bandelette autour du bras, la régla et nota le résultat. Il lui demanda de lui montrer les paumes de ses mains puis examina ses yeux.

" Dénutrition? "

Charles se tourna vers William.

" Tout à fait. Les paumes des mains pâles, des problèmes visuels... Il a également de l'oedème aux pieds et des essoufflements... Symptômes typiques. Rien de bien étonnant, ici soixante-treize enfants indigènes sur cent manquent d'apports nutritionnels suffisants pour assurer leur développement sainement.

- Et un enfant sur quatre meurt avant l'âge de six ans de dénutrition chronique sur l'ensemble du pays. Ajouta la pédiatre de l'organisation Médicos con Chocó Indígenas.

- Un des plus hauts taux de mortalité infantile au monde. " Commenta William.

La pédiatre confirma et reporta son attention sur son patient.

" Et elles que leur est-il arrivé? "

La quadragénaire le suivi du regard pour savoir à quels enfants il faisait allusion.

" Celle qui est la plus proche de vous a treize ans, l'autre en a quatorze. Elles ont étaient kidnappées et contraintes à guider le groupe armé dans la forêt. "

William les regarda avec intensité et régla son objectif pour les photographier.

" Elles ont été battues pour leur donner des renseignements sur les déplacements de la guérilla. " Ajouta-t-elle.

Il leur adressa un regard compatissant et continua à se frayer un passage au travers des indigènes et des médecins, observant et détaillant scrupuleusement chacun sur son passage.

Il s'immobilisa au centre de la salle, puis, tournant lentement sur lui-même, força son regard à considérer avec détachement les lieux et l'effervescence qui régnait autour de lui. Les médecins et auxiliaires médicales étaient en perpétuel mouvement. Parmi les Desplazados certains erraient, déboussolés, pendant que d'autres attendaient d'être examinés et soignés, assis à même le sol. À l'extérieur, les indigènes patientaient, immobiles sous un rideau de pluie. Tout pouvait donner la sensation d'avoir été précipité au coeur du chaos, du désordre et l'anarchie, et pourtant rien dans les examens, les diagnostics et les gestes médicaux n'était laissé au hasard. Le tri des patients était fait avec minutie et précision et les cas prioritaires pris en charge. L'assistance psychologique était déjà en place et trois psychologues, répartis entre les deux organisations humanitaires, accueillaient les indigènes arrivés en état de choc.

David, le psychologue de cinquante ans, au cheveux poivre et sel, de l'équipe de médecins bénévoles de la Elder Foundation, était au chevet d'une jeune femme d'une vingtaine d'années. William les observait depuis un moment quand il fut approché par Miguel.

" Elle lui explique qu'elle était en train de laver des vêtements dans la rivière quand deux hommes l'ont approchée et attrapée par le cou pour essayer de la violer. Ils lui ont arraché son shakira*2* mais elle a réussi à s'échapper avec son bébé dans la forêt. Lui traduisit-il.

- Elle a eu de la chance. " Lui répondit William en la photographiant s'agripper à son nourrisson.

Miguel opina d'un hochement de tête et lui indiqua une femme blessée et allongée quelques lits plus loin.

" Plus qu'elle... Elle s'appelle Maria, elles étaient ensemble.

- Les deux mêmes hommes s'en sont pris à elle?

- Elle n'a pas réussi à s'enfuir... Ils l'ont battue et violée. " L'informa-t-il.

William serra la mâchoire lorsqu'il porta son appareil à la hauteur de ses yeux et la phographia.

Les pleurs d'une femme attira son attention quelques rangées de lits plus loin. En l'approchant il vit Paul et un médecin qu'il ne connaissait pas recouvrir d'un drap le corps d'un homme. Le Docteur Smitt vint à sa rencontre et lui expliqua que l'attaque du groupe armé avait créé un mouvement de panique lorsqu'ils étaient entrés et avaient tiré partout dans le village. Les Emberá s'étaient mis à courir dans tous les sens et certains s'étaient perdus. Le viel homme et sa fille s'étaient retrouvés séparés du reste de leur groupe dans la forêt et fut mordu par un serpent. Le temps de rejoindre Bagadó, son état s'était aggravé et à son arrivée ils n'avaient rien pu faire, la toxine avait déjà oeuvré.

" Excusez-moi. Les interrompit Elizabeth. J'aurais besoin de volontaires pour distribuer de l'eau et de la nourriture. " Dit-elle à l'attention du journaliste.

De l'autre côté de la rangée de patients, ils entendirent Angela interpeller l'un des membres de son équipe.

" Clara, faites le test du lacet*3* par précaution. " Eut-t-elle à peine le temps de commander.

Un coup de feu détona et réduisit brutalement au silence la grande pièce. La peur se propagea dans tout le centre médical, figeant sur son passage, unes à unes, l'ensemble des personnes présentes.

" Un médecin ici et immédiatement! " Cria autoritairement l'homme armé.

Elizabeth croisa le regard impassible de William au moment où l'administratrice de l'organisation Médicos con Chocó Indígenas s'avança de quelques pas et lui répondit.

" Inutile de hurler, personne ici ne s'occupera de vous... Vous savez parfaitement que nos subventions pourraient nous être retirées si nous vous aidions. "

J'aurais peut-être dû accepter d'aller au Mont Careperro. Pensa Elizabeth.

[FB~Flash-Back]

Vivícora, Mercredi 21 avril 2010, 13ème jour d'expédition.

Plus tôt dans la matinée...

*o*

" J'envoie un bateau vous chercher.

- Le temps d'informer l'équipe et de rassembler des médicaments et des vivres, nous serons prêts à son arrivée. Conclut Elizabeth avant de raccrocher. Monsieur Darcy, nous n'avons pas le temps de nous attarder ce matin... Prenez ce dont vous avez besoin pour travailler, dépêchez-vous. "

William surgit du cabinet de toilette, attrapa son sac à dos contenant sa caméra puis son appareil photo posé sur son lit.

" Je suis prêt. " Lança-t-il moins de deux minutes plus tard.

Elizabeth afficha un grand sourire et se dépêcha de sortir.

" J'apprécie beaucoup votre rapidité face aux situations d'urgence Monsieur Darcy. "

Il sourit à son tour et lui emboîta le pas. Il la talonna sans difficulté jusqu'à la vivienda des médecins de l'expédition, bien qu'Elizabeth, du haut de son mètre soixante-dix, marchait à vive allure et courait presque.

Il lui passa devant, en ouvrit la porte et la laissa y entrer avant de la suivre.

Partout dans le dortoir les médecins s'affairaient à s'habiller, déjeuner ou à discuter avant d'entamer leur journée au dispensaire, pour certains, et de se rendre dans des villages Emberá voisins, pour d'autres.

" Mesdames et Messieurs, bonjour. "

Tout le monde suspendit sa tâche.

" Je viens de recevoir un appel du centre médical de Bagadó. Terminez rapidement de vous habiller et approchez. " Leur commanda-t-elle en s'asseyant à la petite table.

En quelques minutes Elizabeth était entourée des treize médecins dont la plupart, faute de chaise, restaient debout.

" Deux cents individus ont récemment formé un groupe armé et sont arrivés dans la zone au nord d'Alto Andágueda. Ils essayent de prendre le contrôle du territoire et luttent contre le groupe de guérilla qui y est établi... Ces derniers jours, les violences envers la population Emberá ont augmenté et ont poussé la communauté de Bajo Currupipi et de Cevedé à s'enfuir. Parmi les soixante-dix-sept familles, certains ont trouvé refuge dans d'autres village Emberá... Mais la population y a doublé, et le groupe armé et la guérilla bloquent l'acheminement de nourriture et l'accès aux cultures.

- Plus de nourriture et villages surpeuplés... Grimaça Charles.

- Les réserves se sont certainement quasiment épuisées. En déduisit Sarah.

- Plus que cela. Reprit Elizabeth. La guérilla et le groupe armé ont fait une descente dans les communautés de Bajo Currupipi et Cevedé et les quelques villages où ils avaient trouvé refuge... Bagadó voit arriver ces communautés en masse depuis hier matin. Ils manquent de médicaments et de vivres et ont besoin de renfort pour prodiguer des soins de premiers secours. "

Miguel s'était intégré au petit groupe de médecins et avaient pris connaissance de la situation en cours d'explication.

" Excuse-moi Lizzy. Intervint-il. On a un autre problème. "

Deux médecins s'écartèrent pour lui faciliter le passage. Il s'avança au devant d'Elizabeth et s'expliqua.

" Des entrepreneurs ont usurpé et converti en plantations de palmiers à huile des terres indigènes au Mont Careperro*4* il y a quelques mois. Grâce à des relations politiques, ils ont missionné des milices de faire fuir des centaines d'indigènes Emberá-Katío cultivateurs. "

La quinzième Brigade de l'armée colombienne avait escorté l'entreprise dans son installation sur les terres Emberá-Katío, la protégeant des attaques éventuelles de la guérilla. Pendant plus d'un mois, les militaires et les employés de l'entreprise avaient, sans le consentement de la population indigène, effectué des héliportages de groupes de travailleurs, de ravitaillement et de forces armées, et des transitions par les sentiers du Cerro Careperro, propriété communautaire des Emberá-Katío, pour initier au sommet du Mont Caraperro une importante déforestation de la jungle primaire.

" Ils ont tué des familles et des enfants pour y planter des cultures de palme. Poursuivit le traducteur.

- Ces plantations sont maculées de sang. " S'indigna Sarah.

Miguel grimaça.

" Et la force publique en vient même à agresser sexuellement les jeunes filles. Deux bébés ont trouvé la mort suite à des maladies infectieuses développées sur les lieux. Les militaires refusent l'accès sur leurs propres terres aux Emberá-Katío. Ils y ont élevé des panneaux alertant la population de la présence de mines antipersonelles.

- Cette information a-t-elle était vérifiée? " Lui demanda William.

Elizabeth le regarda et observa le sérieux et l'importance de sa question puis reporta son attention sur Miguel et l'invita en appuyant son regard et en haussant les sourcils à répondre à la question que le reporter venait de lui poser.

" Aucun indigène n'a osé s'aventurer et aller vérifier. "

Depuis la privatisation généralisée des ressources naturelles pour, officiellement, lutter contre le narco-terrorisme en Colombie, la région du Chocó était convoitée pour sa fertilité unique et son contexte géographique idéal au développement de projets néo-libéraux.

L'armée colombienne appuyée des structures paramilitaires avait forcé des milliers d'autochtones à fuir et à se déplacer vers les villes. Leur but? Octroyer les terres indigènes volées aux compagnies d'exploitations minières et aux entreprises agro-industrielles. En ce qui concernait le Mont Careperro, une monoculture intensive de palme africaine, destinée à la production de biocombustibles et à l'exportation de son huile vers les pays occidentaux, avait été implantée illégalement sur les terres des communautés du Jiguamiando et du Curvarado*5*. Six mille hectares de palmiers à huile s'étaient élevés en place et lieu de la forêt tropicale. Les rares agriculteurs possédant des titres individuels étaient contraints de les vendre. " Vends ou ta veuve le fera ", il était devenu courant pour les indigènes cultivateurs de se voir intimider et menacer ainsi.

" Le projet Palma Careperro occupe partiellement les territoires collectifs des communautés afrocolombiennes et les réserves des communautés autochtones Emberá-Katío. " Les éclaira-t-il.

Le Cerro Careperro, ou Ellausakirandarra pour les indigènes, fournissait quotidiennement eau, bois, nourriture agricole ou issue de la pêche, de la chasse ou de la cueillette, à l'ensemble des communautés qui y vivaient. Elles s'y procuraient également les éléments essentiels à leur médecine naturelle. Mais bien au-delà de cela le Mont nourrissait les esprits dans leur soif de spiritualité. Ainsi, selon la tradition des onze communautés autochtones Emberá-Katío, elles avaient, par le biais de leurs Jaibanás, leurs chefs spirituels, qualifié le Mont de site sacré où seuls les esprits et les médecins traditionnels avaient le droit de circuler.

" Le Mont Careperro est sacré pour les communautés Emberá-Katío, et elles ne laisseront pas une entreprise exploiter, au nom du développement et de la croissance économique, leur temple et leur lieu de rituel. "

Au cours des semaines suivant leur départ forcé, près de six cents autochtones des communautés affectées s'étaient rassemblées au sommet du Mont Careperro et y avait installé un campement de fortune pour affronter et résister physiquement face à l'usurpation et la militarisation illégale de leurs terres et la destruction de leur habitat naturel.

Face à la révolte imprévisible des autochtones, l'entreprise d'exploitation avait essayé de diviser le peuple Emberá de la région d'Antioquia et celui de la région du Chocó en tentant de faire germer au sein des communautés autochtones l'idée que les indigènes d'Antioquia avaient envahi le territoire du Chocó.

" Ce territoire représente l'unité de tous les Emberá-Katío. Peu importe si un Emberá-Katío est du Chocó ou d'Antioquia, ils viennent du même territoire ancestral. La stratégie de division ne fonctionne pas, ils restent unis pour défendre ce territoire unique. "

Suite à ces actions de défense, un accord avait été adopté pour une partie du projet d'exploitation et le retrait provisoire de l'armée avait été évoqué.

" Une aide départementale en besoins sanitaires a été promise au cours d'une réunion rassemblant des calbidos indigènes, des avocats de la Commission de Justicia y Paz et des délégués du Ministère et de la multinationale, mais n'est toujours pas arrivée et se fait attendre. " Révéla-t-il le problème que rencontraient en cet instant les résistants.

L'Etat, cependant, plus motivé par son propre intérêt espérait conclure rapidement des accords de libre échange avec les États-Unis et laissait traîner ses promesses, lui valant d'être accusé par les organisations de défense des droits de l'homme de négligence et de soutien aux entreprises d'huile de palme pour qu'elles puissent facilement s'approprier frauduleusement ces terres.

Les lois colombiennes étaient bien existantes, mais pour les entreprises privées, il était devenu facile de les contourner, les éviter, ou encore, de les acheter.

La multinationale avait manipulé certains fonctionnaires et avait essayé de convaincre l'Etat que les indigènes s'opposaient au développement et aux intérêts d'un projet politico-économique. Le gouvernement avait, quant à lui, argumenté auprès des communautés autochtones que les indigènes allaient en recevoir beaucoup d'argent. Mais les fonds de l'Etat qui devaient arriver aux municipalités puis aux entités territoriales et être investis pour restaurer les désastres environnementaux, sociaux, culturels et économiques, au Chocó ou dans la région d'Antioquia, comme partout en Colombie, ne parvenaient jamais jusqu'aux communautés indigènes.

" Ils demandent qu'on leur vienne en aide. " Termina Miguel.

Le dortoir tomba quelques secondes dans le silence, qu'un tumulte de voix rompit, rendant rapidement les échanges incompréhensibles et la discussion stérile.

" Nous devons les aider à ne pas laisser bafouer leur foi et à ne pas se soumettre. " Entendit Elizabeth sans parvenir à en identifier l'auteur.

Elle jeta un regard vers le journaliste pensant qu'il s'amuserait du brouhaha ambiant et constata avec étonnement qu'il l'observait et attendait avec intérêt sa réaction.

" La situation est plus d'ordre judiciaire et politique que médical. Nous sommes médecins, en quoi serions-nous utiles là-bas?

- Il a raison... C'est un conflit dans lequel les organisations de lutte pour les droits de l'homme peuvent intervenir.

- Mais ça pourrait très vite dégénérer. Et qu'aurions nous fait? Rien. On peut éviter ça! " Parvinrent-ils à saisir.

Prise par le temps et l'envie de mettre un terme rapidement à cet échange qu'elle savait inutile, Elizabeth soupira d'exaspération, souleva la pile de dossiers posée devant elle, et la laissa lourdement s'écrouler sur la table, surprenant et attirant l'attention de l'assemblée tout en la réduisant au silence.

Elle observa un instant le silence tout en leur laissant voir son impatience.

" Miguel, tu sais qu'il m'incombe de définir les ordres de mission et de dire non. Rappela-t-elle. Tu sais aussi combien cette tâche est parfois difficile et ingrate... et que je ne l'apprécie pas toujours. "

Miguel opina de la tête.

" Je voudrais pouvoir te dire oui, mais cela m'est impossible. "

Des soupirs et des chuchotements de désapprobation se firent entendre au sein de l'équipe médicale.

Miguel fit un signe qui ramena le calme et le silence, permettant à Elizabeth de reprendre la parole et de s'expliquer.

" Je n'ai pas d'accréditation officielle pour intervenir en dehors de la zone d'Alto Andágueda. La situation y est tendue, je le comprends. Même si le Mont Careperro est limitrophe, c'est au-delà de la zone dans laquelle je suis autorisée à intervenir... Les organisations humanitaires qui travaillent dans la région et qui ont la responsabilité de la zone doivent y intervenir prioritairement. "

Miguel relâcha les muscles de ses épaules et elles s'affaissèrent sur un profond soupir.

" Sont-elles déjà en intervention auprès de la population qui résiste aux limites de la zone d'exploitation de leurs terres? " S'enquit Elizabeth.

Miguel fit une moue en lui répondant silencieusement non.

" Je ne peux...

- Je sais... Tu ne peux rien faire avant leur intervention. Ajouta-t-il à sa place avec compréhension. J'espérais...

- S'ils demandent mon aide et obtiennent une autorisation spéciale d'intervention d'urgence médicale pour notre équipe, je reconsidérerais les choses. Aujourd'hui, je ne peux pas Miguel. " Lui annonça-t-elle.

Il mesura la difficulté de la décision qu'elle venait de prendre. Il la connaissait depuis plusieurs années et avait appris à voir derrière ses refus le regret et la frustration qu'elle avait à ne pouvoir en faire plus que ce qui lui était autorisé et avait appris à ne plus y voir d'affrontement personnel. La décision avait été prise. Il savait qu'elle l'assumait et ne reviendrait pas dessus. Par ailleurs, il ne le voulait pas. William le vit se redresser et lui affermir silencieusement sa volonté et sa détermination à la soutenir dans toutes ses décisions.

" Alors nous travaillerons en renfort à Bagadó... " Conclut-il invitant chacun à ne pas vitupérer plus longtemps contre leur présidente.

Elizabeth le remercia brièvement d'un regard entendu.

" C'est cela... Confirma-t-elle avant de s'adresser au reste de l'équipe. Préparez du matériel, des médicaments et suffisamment de vivres pour faire face à l'urgence de la situation, sans mettre en péril nos réserves pour la fin de notre séjour. Nous avons peu de temps avant l'arrivée du bateau. "

[~]

Centre de soins, Bagadó,

Mercredi 21 avril 2010, 13ème jour d'expédition.

*o*

Elizabeth analysa rapidement la situation. Elle regarda brièvement, par la fenêtre, la quinzaine d'hommes armés encerclant et tenant en joue la population présente sur la petite place, puis soupira et, tout en se donnant du courage, accrocha William du regard et l'invita à suivre la direction de ses yeux. Il s'exécuta et la regarda de nouveau fixement. Il comprit qu'elle lui demandait silencieusement de maintenir Charles en retrait et fronça des sourcils.

Vous n'allez quand même pas...

Elle inspira profondément.

Arrête de trembler comme cela. Commanda-t-elle à son corps.

Elle redressa la tête et les épaules puis, résolue, s'efforça de sourire et s'avança au devant de l'homme qui pointait son arme sur Angela.

Il détourna son attention vers elle et, devant son air menaçant, Elizabeth décida d'adopter un ton ironique.

" C'est votre jour de chance... "

Hé bien si elle va le faire...

Allez Lizzy, interdiction de reculer maintenant! S'encouragea-t-elle.

Sans quitter l'homme des yeux elle fit signe à Miguel qui s'approchait déjà d'elle. Il traduisit en espagnol ce qu'elle venait de dire.

" Mes subventions ne sont pas soumises à conditions... Et j'ai sous mes ordres des médecins prêts à vous soigner. L'informa-t-elle.

- Faites venir quelqu'un immédiatement. " Lui hurla-t-il en maintenant sa menace sur l'administratrice de Médicos con Chocó Indígenas.

Miguel lui fit la traduction pour la forme. Sachant qu'elle comprenait et parlait parfaitement l'espagnol, il avait immédiatement compris les intentions d'Elizabeth d'en user à son avantage en passant sous silence cette faculté. Si elle pouvait le comprendre, la probabilité que lui ne puisse pas comprendre ses échanges avec son équipe était grande et lui donnait un avantage, même infime devant une horde de bras armés.

Elle haussa les sourcils, une intention de défi dans les yeux.

" Ha, Monsieur, je crois qu'il va vous falloir être plus aimable que cela. " Rit-elle.

Lizzy, merde, qu'est-ce que tu fiches? Se demanda Charles.

Après traduction, l'homme qui lui faisait face, fronça les sourcils et durcit son expression. Il tira violemment à lui le premier enfant qu'il avait à portée de main, pointa son arme sur lui et s'adressa à l'ensemble des médecins.

" Un de vos médecins ici et tout de suite, ou j'abats, uns à uns, chaque enfant jusqu'à ce que vous vous décidiez. "

Elizabeth ne prit pas une seconde de réflexion et s'adressa à l'ensemble des médecins sous sa responsabilité d'une voix ferme et autoritaire.

" Qu'aucun d'entre vous ne bouge... Celui qui désobéit en assumera toutes les conséquences. Puis, adressant un regard de connivence à Miguel, elle s'adressa au preneur d'otages. Aucun d'entre eux ne vous obéira même sous la menace. "

Il commença la traduction et elle n'attendit pas qu'il termine pour poursuivre sur le même ton ferme et décidé.

" Vous avez besoin de soins médicaux, j'ai des médecins... Et ce sera uniquement à mes conditions. "

Il fronça les sourcils, contrarié et surpris.

" Vous n'êtes pas en position de m'imposer quoi que ce soit. " Éclata-t-il furieusement.

Tu vas finir par tous nous faire tuer!

Elizabeth ne prit pas la peine d'en débattre et énonça ses exigences.

" Ordonnez à vos hommes, dehors, de baisser leur arme, lâchez cet enfant, et un médecin de mon équipe vous soignera... "

Elle le vit réfléchir un instant.

Peut-être pas... Espéra Charles en lisant son hésitation.

Je ne demande pas l'impossible...

" Ha et vous ne menacerez pas de votre arme le médecin qui s'occupera de vous. " Ajouta-t-elle.

Il lui montra clairement qu'il désapprouvait l'idée.

" Vous avez besoin de vous assurer la qualité des soins qui vous seront donnés, je peux le comprendre, mais votre arme ne pointera aucune autre personne que moi dans cette pièce, et une fois soigné, vos hommes et vous remonterez sur votre bateau et quitterez Bagadó. "

Lizzy, merde!

L'homme réfléchit de nouveau.

William gardait son sang-froid mais enrageait intérieurement, et observait scrupuleusement la moindre de leurs expressions essayant de lire le cheminement des réflexions de chacun d'entre eux.

Elizabeth se fit la remarque que lui laisser trop de temps de réflexion pourrait finir par desservir ses intérêts et le hâta en soupirant d'impatience.

" Je ne vous demande pas l'impossible. Dit-elle calmement mais assez sèchement. Aucune arme engagée à l'extérieur ou ici, à l'exception de la vôtre sur moi. Vous êtes blessé, on vous soigne et vous partez. C'est simple. " Récapitula-t-elle d'un ton volontairement léger.

- C'est d'accord. Grimaça-t-il, agacé. Allez chercher un médecin. "

Elizabeth resta immobile.

" Je vous ai dit que j'étais d'accord. Que voulez vous de plus? " S'énerva-t-il.

Lizzy ne fais pas l'idiote. La supplia intérieurement Charles.

Que vous ne menaciez plus l'enfant... Sut William.

" Commencez par lâcher ce garçon et j'irai vous chercher un médecin. "

Il desserra son emprise, dirigea le canon de son arme vers le haut et poussa l'enfant à s'éloigner. Il haussa les sourcils à l'attention d'Elizabeth, s'assurant de son approbation et lui commandant d'honorer, à son tour, sa part de leur accord.

Elizabeth inclina faiblement la tête, tourna les talons, escortée de Miguel, et fit signe aux membres de l'expédition de se rassembler autour d'elle.

" Mademoiselle Bennet vous n'allez pas faire cela. Menaça Charles entre ses dents sur un ton autoritaire.

- Vous oubliez à qui vous vous adressez Monsieur Bingley!

- Lizzy... L'interpella le traducteur.

- Miguel... Comment vont ta femme et ton fils? Quel âge a-t-il maintenant? Cinq ans? Six ans? "

Miguel serra les dents comprenant parfaitement le message qu'elle lui faisait passer et ce qu'elle voulait qu'il garde à l'esprit.

" Cinq ans.

- Combien de personnes ont une femme, un mari et des enfants ici?... Lui demanda-t-elle en haussant les sourcils. Je n'ai rien de tout cela...

- Vous aussi avez une famille. " Lui rappela Charles, piqué au vif.

Elizabeth plongea brièvement son regard dans le sien, et choisit d'ignorer ses tentatives de dissuasion.

" Docteur Minuels j'ai besoin de vous. " Annonça-t-elle en posant les yeux sur l'homme concerné.

John Minuels était un chirurgien blond et discret de trente cinq ans. Il avait été engagé au Elder Hospital en même temps que son épouse, qu'il avait rencontré lors d'un stage en dermatologie pendant leur cursus universitaire. Très vite inséparables, ils s'étaient mariés avant la fin de leur internat et étaient les parents de deux petites jumelles de deux ans.

" Contenez votre inquiétude. " Pria-t-elle Samantha lorsqu'elle hoqueta de peur.

Elle retourna son attention sur John.

" J'ai besoin de toute votre concentration, faites ce qu'il faut pour faire arrêter vos mains de trembler. "

John déglutit lentement en jetant un rapide coup d'oeil vers l'homme dont il allait devoir s'occuper.

" S'il vous voit trembler, il pensera que vous manquez d'assurance et il aura peur. Docteur Minuels. L'interpella-t-elle pour qu'il la regarde à nouveau. La peur le rendra dangereux. Vous comprenez? "

Il lui répondit en inclinant la tête.

" Bien.

- Ce n'est pas si facile. Il va avoir une arme dirigée sur vous. S'expliqua-t-il. En quelque sorte, votre vie sera placée entre mes mains.

- Ainsi que celle de toutes ces personnes et de votre femme... N'oubliez pas que c'est lui qui tient l'arme, pas vous. Il a toujours le choix de ne pas appuyer sur la détente. "

Ou au contraire de le faire... Maugréa Charles.

John acquiesça silencieusement et regarda Samantha.

" Arrêtez de la regarder. Ne montrez pas qu'il y a un lien entre vous... Je sais que vous êtes inquiet... Soit vous l'occultez, ainsi que tout le contexte dans lequel nous nous trouvons, soit vous ne gardez qu'elle à l'esprit. Peu m'importe la méthode que vous choisirez tant que vous restez concentré et ne perdez pas de vue notre objectif. "

Elizabeth se redressa et survola du regard chacun des membres de l'équipe avant de s'adresser à eux.

" Adressez-vous les uns aux autres uniquement par vos prénoms, n'utilisez pas de nom de famille. D'aucune manière ne leur permettez de faire le lien entre vous et un autre membre de l'équipe avec qui vous avez n'importe quelle connexion autre que professionnelle. S'ils viennent à le découvrir ils pourraient décider de s'en servir contre vous et cela vous mettrait en danger... Et nous aussi. " Termina-t-elle en regardant Charles avec insistance.

William le vit s'agiter et la fuir du regard. Assurée que ses paroles avaient bien atteint leur cible elle se tourna de nouveau vers l'ensemble du groupe.

" Quoi qu'il arrive, je veux que vous restiez à l'écart... Gardez votre calme, intériorisez le plus possible vos émotions et n'obéissez qu'à mes ordres. Est-ce bien compris? "

Chacun acquiesça d'un mouvement de tête à l'exception du pédiatre.

" Avez-vous compris Docteur Bingley? " Insista-t-elle en soutenant son regard.

Il la fusillait du regard et se gardait de lui répondre, refusant qu'elle lui arrache la promesse de ne pas agir si la situation venait à lui échapper et la mettait face à un danger imminent.

" Docteur Bingley? " L'interpella-t-elle en bougonnant.

William comprit les tenants et les aboutissants de l'épreuve de force dans laquelle ils s'opposaient et choisit d'intervenir.

" Il a compris. " Répondit-il au nom de Charles, en plongeant un regard lourd de promesses dans celui d'Elizabeth.

Implicitement, il venait de lui promettre et de prendre sur ses épaules la charge de le tenir en retrait si les circonstances le demandaient. Elle ferma et serra les yeux une seconde, le remerciant silencieusement, avant de se tourner vers Miguel.

" Je veux qu'en plus de traduire ce qui le concernera directement, tu traduises tout ce que nous dirons entre nous.

- Aucun problème.

- Tu es prêt?

- Toujours prêt à aller au front à tes côtés, tu le sais bien. " Lui sourit-il.

Elizabeth leva les yeux sur Miguel et lui sourit avec complicité en retour.

" John.

- Oui Mademoiselle Bennet? "

Elle se racla la gorge et attendit impatiemment. Face à l'incompréhension du chirurgien, Miguel l'éclaira.

" C'est Lizzy à partir de maintenant, John.

- Oui, oui, Lizzy, d'accord. Se reprit-il.

- Montrez-moi vos mains. "

Il lui obéit et présenta ses mains, paumes vers le bas devant lui, sous le regard scrutateur de sa patronne, qui se réjouit de constater qu'elles ne tremblaient plus.

" Bien. Dernier point... ne vous adressez jamais à lui directement. Tout passe par moi, que ce soient les questions que vous avez à lui poser ou le besoin de matériel ou de l'aide d'un collègue. Compris?

- Compris.

- Rappelez-vous, il veut juste qu'on le soigne. Il est un patient comme un autre. Auscultation, diagnostic, programme de prise en charge, soins et recommandations... La trame habituelle, John. On y va quand vous êtes prêt. " L'informa Elizabeth.

Le Docteur Minuels acquiesça, prit une profonde inspiration et plongea un regard déterminé dans les yeux de sa patronne.

" Je suis prêt. "

Et sans attendre plus longtemps, sans un regard vers le reste du groupe, et sa femme, il ouvrit la marche et se dirigea vers le patient qu'il devait traiter.

" Prête? " Demanda Miguel en se tournant vers Elizabeth.

Pour seule réponse elle lui sourit brièvement avec espièglerie, inspira profondément et soupira.

" À la vie à la mort, Lizzy. " Lui remémora-t-il rapidement.

William et Charles observèrent le regard d'Elizabeth s'intensifier et échanger silencieusement quelque chose compréhensible uniquement d'elle et Miguel. Elle serra le point et l'entrechoqua avec celui que Miguel lui tendait, ferma les yeux et soupira.

" À la vie à la mort, Miguel. Répondit-elle, en rouvrant les yeux et lui adressant une nouvelle fois un bref sourire espiègle. Il y a des choses qui ne changent pas.

- Pas ça en tout cas. Grimaça-t-il. Jamais. Ne l'oublie pas.

- Je ne l'oublierai pas. " Lui assura-t-elle d'une voix tremblante, se décidant à suivre John.

William et Charles la regardèrent avec inquiétude rattraper le chirurgien et s'approcher du blessé et échangèrent un bref coup d'oeil, reportant rapidement leur attention sur les quatre personnes devant eux.

" Vous réalisez la promesse que vous lui avez faite, William? J'espère que vous êtes conscient que rien ne m'empêchera d'intervenir s'il venait à la menacer de faire feu sur elle.

- Et vous Charles, j'espère que vous êtes conscient que j'emploierai tous les moyens pour la tenir et vous empêcher d'agir. "

Charles tourna la tête, le scruta et s'agita nerveusement en observant l'expression de William se durcir et sa mâchoire se serrer. Il ne répondit rien, déglutit lentement et reporta son attention sur Elizabeth.

" Voici le médecin qui s'occupera de vous. " Informa Elizabeth.

John s'avança d'un pas mais fut brutalement bloqué par le bras de sa patronne.

" Stop. " Lui intima-t-elle de s'immobiliser.

L'homme armé qui venait de s'asseoir sur la table d'examen fronça les sourcils, leva le canon de son arme en direction d'Elizabeth, lui pointant la tête.

William entendit Charles hoqueter et le sentit se crisper et retenir son souffle.

Elizabeth tenta de faire abstraction du canon qui se dressait devant ses yeux et déploya toute son énergie pour garder contenance et soutenir son regard.

" Vos hommes dehors braquent toujours leurs armes sur les gens. " L'informa-t-elle.

Il se radoucit et s'adressa à l'homme qui se tenait dans l'encadrement de la porte. Miguel traduisit ce qu'il lui dit et, quelques secondes plus tard, elle vit les hommes baisser, les uns après les autres, leurs armes et garder leur position. Elle contourna lentement la table d'auscultation, le canon de l'arme la suivant dans son mouvement, et autorisa John, en inclinant la tête, à s'approcher du blessé.

" Ce que tu peux être bornée. Tu veux tous nous faire tuer? Marmonna Charles.

- Détendez-vous. Visualisez la scène dans son ensemble au lieu de vous focaliser sur elle... et arrêtez de montrer votre inquiétude pour elle. Elle fait tout ce qu'elle peut pour éviter que cela se produise.

- C'est facile pour vous. Il n'y a personne à qui vous tenez qui se tient debout devant vos yeux, une arme braquée sur la tempe, sans que vous puissiez agir. "

William entrouvrit les lèvres puis, se ravisant de répondre, étudia ses propos.

" Et qu'est-ce qui nous dit qu'une fois que John aura terminé, cela ne se finira pas dans un bain de sang? Ajouta Charles.

- Rien, je vous l'accorde. Murmura William. Mais nous pouvons être sûrs que ce serait déjà le cas si elle ne lui était pas venue en aide. "

John s'approcha et indiqua à Elizabeth qu'il avait besoin que le patient enlève son t-shirt et son pansement de fortune pour l'examiner.

" Monsieur...?

- Alessandro. Lui traduisit Miguel.

- Alessandro, enlevez votre t-shirt et le pansement, s'il vous plaît. " Commanda-t-elle.

Alessandro s'exécuta et laissa le chirurgien regarder la plaie. John examina son abdomen puis contourna la table et examina le bas de son dos.

" Plaie par balle, avec porte d'entrée et de sortie inférieures à un centimètre... Absence d'hématome et de fracture... A priori pas de destruction tissulaire marquée. Pas de fragments de vêtements aux deux orifices, la balle devait être en fin de trajectoire. Récapitula-t-il à Elizabeth.

- Donc? S'enquit-elle. .

- La balle a traversée juste au dessus de la fosse iliaque et a évité le colon descendant. Elle n'a pas touché d'organes vitaux... Je vais nettoyer et désinfecter puis m'assurer qu'il n'y ait pas de fragments de balle à l'intérieur de la plaie. Je vais lui donner des anti-douleurs et de la pénicilline en prévention d'une infection... Idéalement je devrais lui administrer 500Ul d'immunoglobuline antitétanique et le vaccin mais... acceptera-t-il? "

Elizabeth se tourna vers Alessandro.

" Pour vous soigner correctement le médecin doit vous faire une série d'injections. " L'informa-t-elle par l'intermédiaire du traducteur.

Alessandro secoua vivement la tête et Elizabeth roula des yeux.

" Laissez-tomber les injections. Répondit-elle au chirurgien avant de s'adresser une nouvelle fois au blessé. Je refuse d'être tenue pour responsable si votre état se dégrade. Le prévint-t-elle sèchement.

- Je vais avoir besoin d'une solution physiologique, d'une pince de Kocher, d'une curette, d'une pince de Kreil, de compresses et de bandes. " Intervint John.

Elizabeth autorisa Paul à aller chercher tout ce que le Docteur Minuels avait demandé et John entreprit de désinfecter et de contrôler l'intérieur de la perforation au niveau de l'abdomen et du bas du dos.

" Comment vous appelez-vous? " Demanda Alessandro par l'intervention de Miguel.

Elizabeth se raidit et le dévisagea.

" Je ne pensais pas qu'il y avait une conscience au bout de votre arme.

- Tu ne pourrais pas juste lui répondre ? Marmonna Charles.

- Vous désapprouvez nos actions, je ne suis pas étonné.

- Je désapprouve toute forme de violence, en particulier celle qui vise ceux dépourvus d'armes. Répliqua-t-elle.

- Je vous en prie, nous sommes en infériorité numérique et vous êtes en position de force.

- En position de force? Répéta-t-elle, incrédule, en haussant les sourcils. Il me semble, pourtant, que je suis du mauvais côté de cette arme. " Dit-elle en lui indiquant d'un rapide coup d'oeil l'arme qu'il tenait.

Alessandro inclina faiblement la tête sur le côté et la regarda intensément.

" Comment vous appelez-vous? " Demanda-t-il de nouveau.

Elizabeth plissa les yeux.

" Pourquoi voulez-vous le savoir? Est-ce que votre conscience vous traite différemment selon si vous connaissez ou non le nom de ceux que vous abattez? Rétorqua-t-elle d'une voix revêche.

- Et maintenant, qu'en dites-vous William? Ne va-t-elle pas nous attirer des problèmes? "

William parvint avec une grande difficulté à contenir le rire que Charles lui provoquait.

" Putain! Il pourrait tirer à n'importe quel moment et elle trouve encore le moyen de le provoquer! Ragea Charles.

- Je suppose qu'elle est fidèle à elle-même... Murmura William, un brin amusé.

- De toute évidence et en toute circonstance apparemment... "

De l'autre côté de la pièce Alessandro fronçait les sourcils.

" Je n'ai pas l'intention de vous tuer... Lui confia-t-il.

- À la bonne heure!...

- Alors? " Insista-t-il.

John se redressa et attrapa quelques compresses sur le plateau posé sur la table, regardant brièvement le traducteur, qui s'évertuait à traduire dans un sens puis dans l'autre les échanges entre le preneur d'otages et sa patronne.

Il les appliqua aux points d'entrée et de sortie puis demanda à Elizabeth de maintenir celles placées sur son ventre.

" Alors quoi? Demanda-t-elle en se concentrant sur sa tâche et en évitant de le regarder.

- Votre prénom. Je vous ai bien dit le mien... "

John se munit d'une large bande et commença à l'enrouler pour maintenir les compresses en place.

Elizabeth grimaça et lui répondit sans le regarder.

" Lizzy.

- Bien. Soupira John en les interrompant. Il ne doit pas toucher au bandage pendant quatre, voire cinq jours. "

Elizabeth fit signe à Miguel de traduire les consignes du chirurgien.

" Une odeur d'ammoniaque peut s'échapper d'ici quelques jours... C'est un signe de cicatrisation. Mais surtout s'il sent une odeur âcre et plutôt écoeurante, il doit au plus vite consulter un médecin. "

Alessandro répondit qu'il comprenait les indications du chirurgien et qu'il n'avait pas d'allergie à la pénicilline puis avala avec un verre d'eau le comprimé que John lui donnait.

" Il devra en prendre un comprimé toutes les six heures pendant les quatre prochains jours. Ajouta John en lui remettant un petit flacon de comprimés. Il peut se rhabiller. " Termina-t-il.

Elizabeth le remercia et lui ordonna de rejoindre ses collègues. John s'exécuta. Il recula lentement, se retourna et rejoignit Paul, à quelques rangées de lit, regardant au passage furtivement vers Samantha, et s'obligeant à ne pas s'attarder sur elle.

William sentit une nouvelle fois Charles se raidir. Il lui adressa un rapide regard le rappelant à l'ordre et le vit contraindre son corps à se détendre.

Elizabeth restait immobile, regardait fixement Alessandro enfiler son t-shirt avec appréhension et retint son souffle lorsqu'il se leva.

Il l'observa un instant, baissa lentement le canon de son arme puis s'avança un peu plus près. Elizabeth détourna la tête. Il lui souleva le menton l'obligeant à le regarder et soutint le regard défiant d'Elizabeth.

À quelques mètres, Charles serra le point et fronça des sourcils en la voyant poser la main sur un étui attaché à sa ceinture, dans le creux du dos.

" Restez tranquille Charles. Sifla William, le sentant près à bondir.

- Je vous remercie pour votre aide, Lizzy. " Lui murmura Alessandro en se penchant au dessus d'elle.

Elizabeth ressera son emprise sur l'étui, déglutit lentement et inclina faiblement la tête avant de le voir brusquement reculer, s'éloigner jusqu'à la porte et pousser l'homme qui y était posté à sortir. Elizabeth resta paralysée, la main crispée sur l'étui et le couteau qu'il contenait et n'osa pas bouger pendant les minutes qui suivirent.

Elle vit Alessandro, pendant quelques secondes, ameuter ses hommes et quitter la place.

La pièce resta figée et le silence pesa sur le centre de soins pendant quelques minutes qui lui parurent des heures. Le bruit d'un bateau à moteur se fit entendre puis se fit de plus en plus lointain. Ce n'est qu'une fois qu'il disparut qu'Elizabeth laissa retomber sa main le long du corps.

Miguel fut le premier à bouger.

" Tu as assuré, Lizzy. " Dit-il en l'approchant et lui souriant tendrement.

Figée, le regard vide, elle sursauta lorsqu'il posa la main sur son épaule, le regarda dans les yeux et sentit la tension qui s'était accumulée chercher à s'évader. Elle sentit son corps trembler, sa poitrine se serrer et sa respiration devenir de plus en plus difficile et douloureuse.

Miguel la regarda se dégager de son emprise, s'éloigner, d'abord lentement puis en courant, et sortir de la salle. Il se précipita à sa suite et se figea dans l'encadrement de la porte en la voyant tomber à genou, au milieu de la place, sous une pluie battante, et lever la tête vers le ciel.

Charles qui avait rapidement traversé la pièce, talonné de William, s'arrêta de la même façon en apercevant Elizabeth.

" Est-ce qu'elle vit souvent, avec vous, des choses aussi dures? " Interrogea William en regardant et s'adressant au traducteur.

Il surprit, du coin de l'oeil, Charles ecarquiller des yeux tandis que Miguel tournait la tête pour le regarder, considérant sa question et la réponse qu'il allait formuler.

" Je crois que Lizzy est la seule à pouvoir répondre à votre question. La notion et le niveau de dureté sont subjectifs et propres à chacun, Darcy. "

William reporta le regard vers Elizabeth et réfléchit à ce que Miguel venait de lui dire. Il observa quelques minutes la jeune femme, agenouillée et haletante sous la pluie. Son attitude n'avait plus rien de commun avec l'attitude qu'elle avait adoptée précédemment. Le masque été tombé, mettant à nu une part, enfouie, de sa fragilité. Il fit s'écarter les deux hommes qui, stupéfaits, l'observèrent s'approcher, s'agenouiller doucement devant Elizabeth et mettre ses mains sur ses genoux en basculant la tête en arrière, les yeux levés vers le ciel.

Elizabeth avait sentit sa présence mais resta immobile encore quelques minutes avant de se decider à baisser la tête et de le regarder, les larmes, mêlées aux gouttes de pluie, sillonnant ses joues.

Il sut qu'elle venait de poser les yeux sur lui et qu'elle l'observait mais ne bougea pas et resta, immobile, les yeux fermés, complètement et volontairement exposé à son analyse. Puis il ouvrit les yeux et bascula lentement la tête en avant jusqu'à trouver son regard brouillé de larmes. Il sentit son estomac se serrer mais s'interdit d'y penser et de parler. Il attendit en la regardant intensément, sentant la pluie ruisseler sous son t-shirt et le long de son dos.

" Alors... qu'en pensez-vous? "

William leva la tête et regarda autour de lui, examinant leur situation.

" Je pense que ce qu'il y a de bien ici c'est qu'à l'inverse de Londres, la pluie est chaude et agréable. " Éluda-t-il sa question en essayant de lui cacher être affecté par l'image qu'elle projettait.

Elizabeth, incapable de se soustraire à son regard, s'essuya, avec embarras, les yeux du revers de la main et William refoula une nouvelle fois la sensation qui lui tenaillait le coeur.

" Vous ne devriez pas me voir comme cela... S'excusa-t-elle d'une voix sanglotante.

- Il n'y a rien qui ne devrait pas être vu dans ce que je vois. Vous êtes humaine Mademoiselle Bennet.

- Vous pensez certainement que je n'aurais pas dû agir ainsi...

- En réalité, je crois plutôt que j'aurais fait la même chose. "

Elizabeth se figea, la bouche entrouverte d'étonnement.

" J'avais tellement peur pour toutes ces personnes et pour l'équipe. " Peina-t-elle à dire.

Moi, c'est... c'est pour vous que j'ai eu peur...

" J'ai déjà constaté que vous vous souciez beaucoup des autres... Qui s'occupe d'avoir peur pour vous, Mademoiselle Bennet? "

Déconcertée par la profondeur et l'intimité de sa question et gagnée par un subit besoin de fuir, Elizabeth choisit d'y répondre sur le ton de la plaisanterie.

" Ho cela... En règle générale, c'est Miguel qui est de service sur cette corvée là... "

William étudia ses réactions et vit le masque s'installer de nouveau et reprendre sa place. L'intimité du moment était passé et il savait qu'insister ne ferait que l'effaroucher davantage.

" J'ajouterais Charles également, en tant que préposé à cette tâche. " Surenchérit William, l'oeil taquin.

Elizabeth écarquilla et éclata de rire.

" Ho non, Charles s'inquiète à l'extrême, cela peut parfois être contre productif. "

[~]

Vivícora, Mercredi 21 avril 2010, 13ème jour d'expédition.

*o*

" ... Dehors! Sortez! Ou je vous y aide! " Entendit hurler Elizabeth.

Elle termina rapidement d'enfiler son pantalon et se précipita dans la pièce principale de la vivienda.

" Charles qu'est-ce qu'il te prend? " Demanda-t-elle en regardant vers la petite table basse, office de salon, où elle l'avait laissé discuter avec le journaliste quelques minutes auparavant.

Elle y découvrit William assis à même le sol, seul, qui regardait vers l'entrée de la pièce avec compassion. Elizabeth fronça les sourcils et suivit la direction de son regard.

" Ha Elizabeth! "

Iwan! Sursauta-t-elle.

Le regard mobile, se déplaçant rapidement à travers la pièce, elle chercha une échappatoire. William la vit faire un pas en arrière, et lut l'idée de se réfugier dans la pièce qu'elle venait de quitter lui traverser l'esprit.

Elizabeth se ravisa et resta figée, désorientée, sur le seuil de la salle de bain, sa sortie de bain à la main.

" Voudriez-vous bien calmer votre garde du corps, juste un instant?

Charles interrogea Elizabeth du regard.

" Lizzy... La sortit-il de sa torpeur.

- Ça va aller Charles. Assura-t-elle peu distinctement, confuse et hésitante.

- Tu en es certaine? "

Le regard hagard, elle ouvrit la bouche pour répondre puis se ravisa et acquiesça de la tête.

Charles la regarda avec désapprobation mais s'éloigna.

" Fais comme tu veux... "

Le Polonais secoua vivement les bras et les épaules, refoulant son agacement et se concentra sur Elizabeth.

" Alors c'est ici que vous vous cachez?

- Je ne me cache pas. "

Iwan la dévisagea avec scepticisme et observa plus attentivement la vivienda.

" Que faites-vous ici Monsieur Kasinowski? S'impatienta Elizabeth, son regard la mettant mal à l'aise.

- Je suis venu chercher ma réponse.

- Je ne comprends pas. Écarquilla-t-elle.

- Je vous ai posé une question, Elizabeth... Et vous ne m'avez pas répondu. " Lui remémora-t-il d'un ton déterminé.

Elle se raidit, bée d'étonnement.

" Je pensais l'avoir fait.

- Vous vous êtes enfuie... "

Elizabeth s'agita nerveusement, cherchant désespérément une façon de lui échapper.

" Je pensais que cela rendait la réponse évidente.

- Pas pour moi. Grimaça Iwan Kasinowski en s'approchant de quelques pas. Je vous ai dit que je voulais que vous soyez la mère de mes enfants, je vous ai dit que je voulais faire de vous ma femme... "

Charles et William sursautèrent et échangèrent un regard plein d'interrogations.

" Ho ho, une minute! Il t'a demandé en mariage? " L'interrogea Charles, clignant des yeux avec étonnement.

Elizabeth le regarda et déglutit difficilement, embarrassée.

" Vous lui avez demandé de vous épouser! " S'exclama-t-il en foudroyant le Polonais du regard.

Iwan Kasinowski acquiesça par dessus son épaule.

" Alors je crois que vous n'avez rien à faire ici... Décréta-t-il en tapant sur la table et se levant.

- Vous vous êtes levée et avez disparue en plein milieu du repas... dans l'un des restaurants les plus huppés de paris. Poursuivit-il en battant des bras, sans prêter attention à Charles. J'admets vous avoir prise par surprise, mais je veux entendre votre réponse. Je crois que vous me la devez. "

Elizabeth crispa davantage les doigts sur sa serviette.

" Non.

- Comment cela non? Ragea Iwan Kasinowski. Pourquoi ne mérité-je pas de l'entendre clairement de votre bouche?

- Non... C'est... C'est la réponse à votre question. " Éclaircit-elle décontenancée.

Iwan se figea un instant et attendit, mais Elizabeth, ne sachant plus quelle conduite adopter, resta silencieuse.

" Pourquoi?

- Je ne vous rendrai pas heureux.

- Bien sûr que si... "

Il lui en faut du temps pour comprendre... Pensa William.

Agacée, elle l'interrompit sèchement et clarifia ses sentiments.

" Monsieur Kasinowski, je ne vous aime pas.

- Je ne le vous demande pas, Elizabeth. Je n'attends rien.

- Monsieur Kasinowski...

- Je vous veux simplement près de moi... "

Et ce qu'elle veut elle, cela pourrait être intéressant de vous y intéresser si vous voulez l'épouser, non?

"... Vous n'êtes pas faites pour vous isoler dans ce pays. Regardez autour de vous, ce n'est pas un lieu pour vous ici. Il n'y a rien hormis la pluie qui ne cesse de tomber depuis mon arrivée!...

- Je suis où l'on a besoin de moi! S'emporta-t-elle... Et s'il pleut autant, Monsieur Kasinowski, c'est parce que c'est la saison des pluies...

- J'ai aussi besoin de vous, Elizabeth.

- Monsieur Kasinowski, vous n'avez pas besoin de moi... Vous avez besoin d'une nouvelle pièce à ajouter à la collection d'objets et d'oeuvres que vous vous appropriez facilement. Répondit-elle avec sarcasme.

- Je ne prétends pas toujours parvenir à vous comprendre et savoir lire en vous... Ni de pouvoir y parvenir un jour. "

Il a au moins compris quelque chose.

" Mais les mariages d'amour, Elizabeth, ne sont pas faits pour les gens de notre position. "

Quelle connerie! William leva les yeux au ciel.

Iwan Kasinowski s'avança.

" Je peux vous offrir tout ce que vous désirez... "

Elle se mura une nouvelle fois dans son mutisme.

Il sortit une boîte carrée de sa veste, la lui présenta et l'ouvrit de façon théâtrale.

" Je mettrais le monde à vos pieds pour vous rendre heureuse, Elizabeth. "

Ha belle tournure... C'est beau, bien dit et si loin du romantisme surfait... Ironisa William.

Charles s'approcha davantage piqué par la curiosité et découvrit les bijoux.

" Attendez ne me dites pas que vous comptez sur ces pierres pour la faire accepter. " Se moqua Charles ouvertement en roulant des yeux.

Elizabeth scrutait impassiblement la parure puis le dégoût l'envahit et la sensation d'être outragée se fit de plus en plus vive.

" S'il vous plaît, prenez le temps de reconsidérer la question. "

Elle redressa la tête et les épaules et dédaigna de le regarder en déplaçant ses yeux entre lui et le journaliste assis dans le coin opposé de la pièce. William l'observa dresser un mur entre elle et le polonais.

" C'est ridicule Elizabeth... Vous vous obstinez? "

Face à Elizabeth qui s'enfermait plus profondément dans son mutisme, Iwan Kasinowski referma l'écrin.

" En réalité vous ne savez pas aimer, vous n'avez jaimais aimé personne, et je ne pense pas que vous sachiez, un jour, aimer qui que ce soit... Restez donc avec vos fantômes! La méprisa-t-il, touché dans son orgueil.

- Elle a été suffisamment claire! Vous avez votre réponse, allez-vous-en maintenant... " Lui ordonna Charles en le tirant par le bras.

Il recula et déposa la boîte sur la table, au bout de son lit, et ne pouvant se résoudre à se voir refuser il se tourna une dernière fois vers elle. .

" Je suis sûr que cela en intéresserait certains de le savoir... Je vous laisse le temps de la réflexion. "

Elizabeth le vit sortir du coin de l'oeil et s'avança de quelques pas dans la pièce principale pour le regarder s'éloigner par la fenêtre.

" Tu l'as vraiment laissé en plan sans lui répondre? Finit par demander Charles.

- Je... Heu... Je ne sais plus... Se pinça-t-elle les lèvres, faussement désolée.

- Il n'a vraiment rien compris celui-là. Comment a-t-il pu croire un instant parvenir à charmer une Bennet de cette manière?

- Charles, s'il te plaît ne recommence pas.

- Quoi? Vous êtes aussi bornées l'une que l'autre sur le sujet... Et ce n'est, franchement, pas un cadeau, Lizzy.

- Ho, et est-ce que cela représente un poids trop lourd à porter sur vos épaules Monsieur Bingley? Demanda-t-elle en redressant fièrement les épaules.

- Vous êtes parfois intimidantes. "

Elizabeth secoua la tête en pouffant de rire derrière sa main.

" Intéressant.

- Il n'avait aucune chance en venant ici avec cela... Remarqua-t-il en désignant de la tête le présent de Iwan Kasinowski. Je suis étonné que tu ne lui aies pas jeté l'écrin à la figure. Vous vous améliorez Mademoiselle Bennet.

- Tu veux bien lui rapporter cette horreur, cela me donne la nausée. "

Charles s'empara de la boîte et l'ouvrit pour en observer une nouvelle fois le contenu, avant de s'adresser une nouvelle fois à Elizabeth en tendant le boîtier dans les airs.

" Je ne fais que le lui remettre ou me permets-tu d'y ajouter ma touche personnelle? " Demanda-t-il.

Sans attendre de réponse il se rua vers la porte et sortit.

Elle l'observa courir après l'homme qu'il venait de chasser et sentit William venir auprès d'elle.

" Savez-vous ce à quoi cela me fait réfléchir, Monsieur Darcy? "

Bien sûr que je le sais!

" Je ne prétends pas vous connaître suffisamment pour le savoir, mais je dirais que vous vous demandez combien de médicaments et de vivres vous auriez pu faire venir ici avec ce que valent ces bijoux. "

Elizabeth rit.

" J'espère au moins que le restaurant était bien... "

Elizabeth haussa les épaules.

" Quel crétin...

- Pas n'importe lequel...

- Vous avez raison, Mademoiselle Bennet, un crétin qui ne sait pas que ce ne sont pas les rubis mais les diamants qui sont les pierres des femmes. "

Elizabeth secoua la tête, un sourire espiègle aux coins des lèvres.

" Êtes-vous certaine de ne pas vouloir reconsidérer les choses, Mademoiselle Bennet? Croyez-moi, les diamants sont devenus un cliché! Le rouge, la couleur de l'amour, vous va au teint... et cette parure aurait été très bien assortie à votre tenue j'en suis certain... " Se moqua-t-il en empruntant une gestuelle et une voix exagérément raffinées.

Elizabeth plissa le nez, peu tentée par l'idée.

" Vraiment? Vous avez des exigences indécentes Madame! Aucune femme censée ne ferait la fine bouche et refuserait un homme qui s'engage à lui offrir tout ce qu'elle désire. " Ponctua-t-il son trait d'humour sur le même ton.

Elizabeth le gratifia gracieusement d'une révérence, avant de se remémorer et de ressasser la fin de son échange avec Kasinowski. William vit son visage se fermer et la peine et la douleur lui enserrer le coeur.

" Mademoiselle Bennet. Attira-t-il son attention, effleurant inconsciemment l'une de ses mains. Ne laissez pas ses mots vous atteindre. Ils ont été prononcés dans l'unique intention de se venger et de vous blesser... Votre venue ici, à elle seule, prouve qu'il se trompe et que vous êtes une femme aimante... "

Charles observait scrupuleusement la scène, médusé de surprendre la main d'Elizabeth dans celle du journaliste et l'intensité du regard qu'ils échangeaient. Il resta figé quelques instants, étonné et intrigué par l'intimité qu'il surprit entre eux, puis, ressentant une gêne à les épier, manifesta sa présence en se raclant la gorge.

Elizabeth et William sursautèrent et s'éloignèrent instinctivement l'un de l'autre, engourdissant instantanément leur trouble respectif.

" Iwan passe la nuit dans le tambo de Miguel et repart demain matin. "

Elizabeth finit par le regarder.

" Merci Charles.

- Vas te coucher, Lizzy, la journée ne t'a pas épargnée... Tu tiens à peine debout.

- Je... Heu... Fronça-t-elle.

- Il a raison, Mademoiselle Bennet.

- Je vous laisse. Bonne nuit. "

Elizabeth regarda William rassembler ses documents, posés sur la table basse, et les ranger dans son sac, et se décida à aller s'allonger.

La pièce baignait dans le noir et, tournée vers la fenêtre, Elizabeth regardait la pluie tomber à la lueur de la lune. Elle sentit progressivement le poids de la journée peser sur tout son corps et tomba lentement endormie.

William s'était concentré à ne pas la mettre mal à l'aise après le départ de Charles. Il avait ranger ses dossiers avant de s'éclipser quelques minutes dans la salle de bains, lui avait souhaité bonne nuit en s'allongeant sur son lit de camp et l'avait, comme il le faisait presque chaque soir, regardée lui tourner le dos et s'endormir.

Ils étaient tous deux tombés endormis depuis plusieurs heures, lorsque des gémissements étouffés le tirèrent brutalement de son sommeil.

Il tourna la tête vers sa voisine, et trouva Elizabeth assise vers la fenêtre, lui tournant le dos, hochant les épaules sous sa respiration saccadée.

" Mademoiselle Bennet. "

Elizabeth suffoquait et ne parvint pas à lui répondre.

" Seigneur Mademoiselle Bennet! "

William sauta hors de son lit, se précipita à son chevet et évalua son état en parcourant de ses mains son front et ses joues.

Elizabeth sentit soudainement la pièce se mettre à tourner et s'agrippa aux bras du journaliste.

" Je vais chercher un médecin. " Décida-t-il.

Mais elle le retint par le bras, les yeux le suppliant de ne pas la laisser seule. Il se ravisa, se leva pour ouvrir la fenêtre et s'installa derrière elle, sur son lit. Elizabeth s'adossa machinalement contre son torse et il l'entoura de ses bras.

" Respirez profondément. " Lui chuchota-t-il au creux de l'oreille.

Elle ferma les yeux et se concentra sur sa voix calme.

" Tout va bien... Vous êtes en sécurité. "

William la berça plusieurs minutes, s'aidant de sa propre respiration pour apaiser ses sanglots. Il entendit ses pleurs diminuer mais son corps était toujours crispé.

" Détendez-vous... "

Elizabeth allait poser la tête dans son cou mais prit soudain conscience de leur proximité et tenta de s'éloigner.

" Il n'y a pas de soucis. " La rassura-t-il, passant une main dans ses cheveux défaits et l'invitant à se laisser aller contre lui.

Il n'en fallut pas plus pour qu'elle reprenne appui contre lui et bascule la tête en arrière dans son cou. William raffermit son étreinte et appuya la joue dans ses cheveux.

Les minutes passèrent en silence et il sentit, enfin, le corps d'Elizabeth commencer à se détendre. Elle desserra les doigts et glissa spontanément le long de ses bras jusqu'à trouver sa main puis, sans réellement y réfléchir, William entrelaça ses doigts aux siens.

Aucun d'eux ne sut combien de temps ils restèrent l'un contre l'autre et ni l'un ni l'autre ne semblait s'en soucier. Gagnés par la fatigue ils somnolaient depuis de longues minutes.

William, une main enfouie dans ses cheveux, la tenait aussi étroitement qu'il le pouvait de l'autre et Elizabeth avait cherché une position plus confortable et s'était légèrement tournée contre le torse du reporter.

Elle inspira profondément et enfouit davantage son visage dans son cou, le faisant sursauter et les réveillant subitement.

Un doux frisson le parcourut, et sans desserrer son étreinte, William se recula pour la regarder.

Ho merde! S'étonna-t-il en réalisant que tout son être lui criait de l'embrasser.

Il croisa son regard pétillant et sentit le coeur d'Elizabeth s'emballer.

Comme hypnotisée, elle avait remonté la main le long de son torse et s' était agrippée à son t-shirt.

Embrassez-moi. Se surprit-elle à l'implorer du regard. Non, mais cela ne va pas? Que me prend-il! M'embrasser? Ho non, non, je ne veux pas qu'il le fasse...

William était nerveux. Les joues rougies, les lèvres entrouvertes, et la respiration courte et précipitée, tout chez Elizabeth indiquait qu'elle attendait ses lèvres, et les invitait.

Tout, à l'exception de ce qu'il lut, le temps d'un instant, dans son regard, qui suffit à le freiner dans son élan.

Je serais un parfait salaud de l'embrasser maintenant... Elle n'est pas prête... Darcy, ne fait pas l'idiot... Ce serait profiter de la situation.

Elizabeth s'efforçait de le regarder dans les yeux mais ne put empêcher son regard de se porter sur la bouche entrouverte que ses lèvres convoitaient.

Seigneur! Ne me laissez-pas comme cela, embrassez-moi! Pria-t-elle.

William n'en fit rien. Il crispa, avec frustration, les doigts dans sa longue chevelure et prit une profonde inspiration, parfaitement conscient que le moment pourrait ne jamais se représenter.

" Allongez-vous. Vous serez mieux installée pour dormir... " Lui conseilla-t-il en l'entraînant avec lui.

Il aurait dû rejoindre son propre lit, la situation ne nécessitait plus sa présence auprès d'elle, et il en était conscient. Mais peu désireux de s'éloigner d'elle, il s'allongea sur le dos, et entraîna Elizabeth à s'installer à côté de lui. Étonnamment, elle se laissa aller à s'allonger de tout son long dans ses bras, mais hésita, en le regardant dans les yeux, à poser sa tête dans le creux de son épaule. L'expression rassurante de William et le besoin inexplicable qu'elle avait de sentir la chaleur de son corps la convainquirent et, elle finit par se blottir contre lui en soupirant profondément.

William sentit son corps détendu s'alourdir et sa respiration devenir plus profonde et régulière. Il repensa aux événements de la journée et aux émotions extrêmes qu'il avait éprouvées, puis les mit en corrélation avec le sentiment de plénitude qu'il éprouvait à la tenir dans ses bras.

Soudainement ses souvenirs se démêlérent, ses idées s'éclaircirent et il réalisa.

Je suis fichu!

[~]

*1* Desplazados: Nom donné en Colombie aux autochtones poussés à fuir leur terres et leur village sous la menace, l'intimidation et la violence pour les leur voler et y installer des exploitations minières ou des cultures de palmiers à huile.

*2* Shakira: Un collier traditionnel Emberá orné de perles.

*3* Test du lacet: Test clinique pratiqué chez les patients atteints de la dengue.

*4* Mont Careperro: Mont sacré Emberá-Katío situé dans la région d'Antioquia, dont une parcelle se situe dans la région du Chocó. Il est, dans la réalité, situé bien plus au nord de la zone d'Alto Andágueda et fut l'objet de convoitise pour une exploitation minière. Pour mon histoire je le rapproche de la zone où se déroule l'expédition.

*5* Communautés Emberá-Katío situées au nord-ouest de la région du Chocó, convoitées pour l'implantation de culture de palme, sont bien plus éloignées, dans la réalité, du lieu où se déroule mon histoire.

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Puissiez-vous me pardonner de vous laisser quelques semaines sur cette dernière scène...

Le 8ème chapitre arrive le plus rapidement possible.

Felicity Sand