Disclaimer : Neon Genesis Evangelion, Mazinger Z, et tous les personnages associés à ces deux franchises sont la propriété de leurs auteurs respectifs. Ce texte est juste une oeuvre de fan sans aucune visée lucrative.
Chapitre 6
Comme la fois précédente, les images de la bataille entre l'Ange et les deux machines firent le tour du monde.
Comme la fois précédente, elles déchaînèrent les passions.
Le public, les journalistes et, surtout, les Nations Unies exigèrent de l'Institut de Recherche Photonique d'expliquer pourquoi celui-ci avait caché qu'il était en possession d'une deuxième machine. La réponse qui leur fournit fut courte et très facilement acceptée : Aphrodite A n'était jamais sensé participer aux opérations, et ce ne fut que du fait de certains faits exceptionnels que ce qui ne devait être qu'un prototype laissé à rouiller dans un hangar fut finalement révélé à la lumière du jour. Bien sûr, l'armée protesta que vu l'état de guerre dans lequel se trouvait l'humanité toute entière, il était contestable de garder un atout de cette taille. Mais leurs reproches furent vite étouffés, ne serais-ce que du fait de la nature très différente des deux robots : si il fallait établir une comparaison, alors que Mazinger Z serait un char d'assaut, Aphrodite A ne serait qu'un camion. Pratique pour aider hors des combats, mais sans moyen d'y participer activement.
La population, dans son ensemble, n'eut cependant pas la même réaction que les officiels et les militaires. Elle réagissait de deux manières différentes : l'une qui pensait « Hé, cool, un troisième robot ! », l'autre qui se disait « Pourquoi ils y ont mis des nichons ? ».
D'une certaine manière, c'était rassurant de voir que l'humanité continuait d'avoir des pensées futiles en ces temps troublés.
Shinji aurait tout donné pour être ailleurs.
Après la bataille, il avait dû subir toute une batterie de tests médicaux pour s'assurer qu'il se remettait de toute la tension physique et mentale qu'avait exigé le combat contre Shamshel. Il s'en était sorti, finalement, avec une grande fatigue physique qui ne demanda que quelques heures de repos pour disparaître. Les médecins de la NERV s'étaient inquiétés de ce qu'il se soit évanoui juste au moment où les réserves d'énergie de l'Eva-01 étaient complètement vidées, craignant que cela n'indique une fusion mentale avec la machine trop importante, mais il apparut vite que ces craintes n'étaient pas fondées. Dès qu'il fut sorti de l'Eva, Shinji commença rapidement à se remettre de l'incroyable effort qu'il avait dû fournir. Il fut tout de même maintenu en observation quelques jours, le temps que les médecins pratiquent toute une série d'analyses.
Malgré tout, il se sentait maintenant beaucoup moins à l'aise que lorsqu'il était à l'hôpital.
La raison ?
Son fan-club.
Il ne voyait pas d'autres termes. Non, vraiment, à part « fan-club », il n'arrivait pas à trouver de qualificatif pour les dizaines d'élèves qui maintenant épiaient le moindre de ses gestes dans une sorte d'extase, voire qui parfois lui posaient des questions toutes plus insignifiantes les unes que les autres, juste pour pouvoir tout connaître de lui.
Une situation particulièrement embarrassante pour un garçon de 14 ans qui avait toujours tout fait pour ne pas apparaître sur ses propres photos de classe.
Un autre problème qui se posait était qu'il n'était pas le seul à susciter à ce point l'admiration de ses semblables... De manière tout à fait compréhensible, Kouji également commençait à voir se multiplier les admirateurs autour de lui ; à peu près la moitié de l'école. Lui semblait prendre la chose un peu mieux que Shinji, cherchant par moment à attirer un peu l'attention sur lui, mais il comprit très vite que cela allait finir par engendrer des complications dans leur vie quotidienne, surtout que celle-ci était déjà salement compliquée par leurs rôles de soldats. La démographie de ces admirateurs se dessina également très vite: Shinji semblait attirer les élèves les plus jeunes, ceux qui étaient de son âge, et Kouji les plus âgés. Une bonne proportion était formée d'effectifs féminins, ce qui pouvait accroître les difficultés pour Shinji à gérer la situation...
Il y avait un troisième fan-club, plus réduit, mais qui commençait à être encombrant : ceux qui suivaient Sayaka. L'identité de la pilote d'Aphrodite A avait très vite filtré, ne serais-ce qu'à cause de la vague de protestation que son apparition avait causé. Et dire qu'elle n'était pas franchement enchantée de cette situation était un euphémisme difficilement mesurable.
Mais ce qui inquiétait le plus Shinji était le fait que leurs camarades étaient déjà en train de se polariser. Il y avait les fans de Kouji, les fans de Shinji, et les fans de Sayaka, et les trois semblaient bien partis pour s'étriper pour déterminer lequel des trois était le meilleur pilote. A vrai dire, les fans de Sayaka étaient un peu laissés de côté dans cet argument, du fait qu'elle ne jouait clairement pas dans la même cour du fait des caractéristiques de sa machine ; mais le ton montait constamment entre les deux autres clans. Jusqu'ici les surveillants et autres délégués de classe avait joué un rôle actif pour rétablir la « paix civile », mais Shinji savait qu'il suffisait d'un rien...
Le jeune homme soupira. Il avait accepté de grimper dans l'Eva-01 pour protéger ceux qui en avaient besoin, pas pour servir de prétexte aux autres pour se battre.
« Hé, Shinji, t'es avec nous ? »
Shinji sortit de sa rêverie pour se concentrer à nouveau à la discussion en cours. Il hocha à l'attention de Kensuke et lui sourit. Autour de lui, Toji, Kouji et Sayaka semblait tous avoir remarqué son absence.
« - Oui, c'est bon, répliqua Shinji. J'ai dû décrocher un moment.
- On t'a déjà dit que parfois t'étais flippant ? Lui demanda Kouji. Un instant tu discutes avec nous, et l'instant d'après tu sembles faire une expérience astrale ou je ne sais trop quel truc qui te fait sortir ton esprit de ton corps !
- Désolé. Il y a beaucoup de choses qui me tracasse en ce moment.
- Ce n'est pas moi qui vais te le reprocher, dit Sayaka. Vu ce dans quoi on est embarqué...
- Tu t'es quand même légèrement embarqué dedans sans qu'on te le demande... »
Sayaka jeta un regard qui se voulait neutre à Toji, mais qui masquait mal sa colère. Après le combat avec Shamshel, le jeune homme avait grandement changé d'opinion quand aux pilotes de robot. Être placé à l'intérieur d'un de ces monstres et vivre tout ce qu'ils devaient subir pour que des ingrats comme lui puisse voir le soleil se lever le jour suivant était le genre d'expérience que tous ceux qui à travers le monde critiquaient le pilote auraient dû vivre pour que les pendules soient remises à l'heure. Mais il restait malgré tout toujours le Toji d'autrefois, qui avait tendance à parler plus vite qu'il ne réfléchissait. Et si il n'avait pas voulu être désagréable, le regard de Sayaka lui fit comprendre qu'il aurait dû sa formulation.
« - Tu peux répéter ? Dit Sayaka d'une inflexion qui pouvait se traduire ''vas-y, fais-le si tu oses''.
- Euh... Enfin... Je veux dire, Shinji et Kouji ont été plus ou moins forcés de partir se battre contre Shamshel, alors que toi, tu aurais pu rester à l'Institut et...
- Comme toi, tu aurais pu rester dans les abris ?
- Ben... Oui... Mais... Euh...
- J'aurais dû emporter mon caméscope... Murmura Kensuke en réprimant un sourire.
- Sinon, est-ce que ça se passe bien à l'Institut ? Demanda Shinji, plus pour sortir Toji de l'embarras que pour faire avancer la conversation. Le docteur Yumi s'en sort avec la JSSDF ?
- Oh, avec eux, ça a été vite réglé, plus vite que lorsque Kouji est intervenu contre le premier Ange, dit Sayaka. Par contre, il semblerait que ton père a fort peu apprécié notre intervention. »
Shinji se tut. Son père ? Cela ne le surprenait pas. Le peu qu'il l'avait fréquenté avait suffi pour qu'il se rende compte qu'il voulait tout contrôler autour de lui, sans supporter la moindre interférence. Alors que quelqu'un d'autre se montre aussi efficace que lui dans la lutte contre les Anges ne pouvait que le rendre furieux. Il sentait que cela pourrait causer de sérieux problèmes. Après tout, leur but final à tous était de protéger l'humanité. Aussi tyrannique qu'était Gendo, il n'allait tout de même pas oublier ce qu'ils devaient faire et saboter tout le projet.
N'est-ce pas ?
A l'écart du groupe, trois jeunes hommes en tenues noires essayaient d'observer les pilotes et leurs amis sans se faire repérer à leur tour. Pour des raisons que deux d'entre eux ne comprenaient pas.
« - Mais enfin, Boss, pourquoi on reste là plutôt que d'aller leur parler ? Demanda Mucha.
- Pour qu'on ait l'air d'idiots ? Répliqua Boss. T'as pas l'impression qu'on a pas suffisamment passé pour des guignols l'autre jour ?
- Ben, un peu, dit Nuke, mais ils nous ont quand même sauvé, non ? On pourrait au moins dire merci !
- J'ai dit merci ! Dit Boss.
- Ouais, il l'a fait ! Dit Mucha.
- Il a murmuré ''M'ci'' entre ses dents avant de s'enfuir à toutes jambes quand Sayaka l'a déposé ! Je crois pas que ça compte ! Dit Nuke.
- T'as pas été plus causant, je te signale ! Répliqua Mucha.
- Toi non plus !
- La ferme, tous les deux ! Intervint Boss. On y va pas et puis c'est tout ! Notre réputation souffre déjà qu'on ait été sauvé par une fille ! »
Les deux acolytes se regardèrent d'un air ahuri. Ah bon, ils ont une réputation ?
« - Ben quoi ? Dit Mucha. Tu voulais pas que Sayaka nous sauve ?
- Non ! Cria presque Boss.
- T'aurais préféré Kouji ou l'autre ?
- Oui ! » Boss se mit soudain à s'énerver, autant contre lui-même que contre ses deux amis. « Je veux dire... Non ! C'est juste que c'est déjà pas génial d'avoir dû être sauvé, mais c'est encore pire que ce soit Sayaka qui l'ait fait !
- Pourquoi ? »
Parce que ça le fait pas de se faire sauver par la fille qu'on aime et avec qui on veut sortir, lorsque normalement c'est au mec de sauver la nana !
Par une démonstration extraordinaire de self-control, Boss réussit à s'arrêter juste au moment où il allait dire cela. Ne restait plus que le plan B.
« - Parce que c'est pire, c'est tout !
- Bon, d'accord, dit Nuke qui se contenta de la réponse. Mais alors pourquoi on continue de les espionner, si on veut pas leur parler ou faire un truc avec eux ? »
Boss tenta de formuler une réponse, mais cette fois-ci, il dût reconnaître qu'il n'en avait aucune à offrir. Il est parfois difficile pour un être humain de déterminer quelle part de notre inconscient est à l'origine de certains de nos actes, même pour quelqu'un qui pourrait être nominé pour le prix Nobel, alors pour quelqu'un d'aussi simple que Boss...
Le jeune homme remua tout de même la question quelques instants dans son esprit avant de sortir la meilleure répartie qui lui venait à l'esprit.
« La ferme. »
Ritsuko compila une dernière fois dans sa tête ce qu'elle avait pu recueillir de la bataille. Les résultats étaient assez surprenants. Le niveau de synchronisation entre Shinji et l'Eva-01 avait chuté après que l'être ait perdu son bras, mais lorsque le jeune garçon se prépara à accomplir son... Attaque (''Javelin Punch'' ? Sérieusement, qu'est-ce qui avait pu passer par la tête du garçon ?), celle-ci s'était mis à grimper avant d'atteindre des sommets jamais observés lors des simulations auxquelles s'était plié Shinji. La clé venait certainement de l'implication des deux jeunes hommes qu'il avait fait grimper dans l'Entry Plug. Le taux de synchronisation avait recommencé à grimper lorsque ceux-ci commencèrent à assister Shinji au combat.
C'était une piste qu'il fallait examiner. Employer plusieurs pilotes pour une seule unité Evangelion ne pouvait être une solution permanente, du fait de la procédure de création d'une de ces créatures qui ne pouvait qu'impliquer un lien très fort entre elle et son pilote désigné. Cependant, il était évident que Shinji avait trouvé la force de rétablir la liaison avec l'Eva et de se battre grâce la présence de personnes autour de lui. Cela lui avait donné un but, une raison de surmonter ses difficultés. L'autre élément qui se confirmait était qu'au moment où Shinji reprenait le contrôle, Kouji Kabuto subissait des difficultés et avait besoin d'aide.
Cela pouvait contrarier les plans de Gendo. Le chef de la NERV ne voyait en son fils qu'un simple outil, mais étant donné son rôle primordial en tant que pilote de l'Eva-01, négliger son état mental pourrait se révéler préjudiciable. Ritsuko était presque aussi vexée des succès de Mazinger Z que son supérieur, mais elle devait admettre que Shinji lui-même se débrouillait bien mieux que ce qu'ils avaient prévus du fait de la présence d'un « collègue » sur lequel il comptait et qui comptait sur lui. Quand à l'inclusion de Toji et de Kensuke dans l'équation... Elle s'était révélée bienvenue. Ils semblaient donner à Shinji une raison supplémentaire de se battre. Il se sentait encore plus impliqué qu'au début de toute cette sombre affaire.
Bref, la situation de Shinji s'arrangeait.
Restait la question des machines de l'Institut.
Le cas « Aphrodite A » semblait devoir rapidement être réglé : ce n'était apparemment qu'un simple soutien. La machine n'avait pas été placée en vraie situation de combat, même alors que l'Ange l'avait attaqué, mais Ritsuko ne pouvait pour le moment distinguer aucune caractéristique particulière... A part, bien sûr, le fait que l'on parlait d'un robot géant à forme féminine. Il faudrait tout de même surveiller l'emploi que l'Institut ferait de cette machine, lequel ne pourrait plus se contenter de la... Le laisser rouiller dans un hangar maintenant qu'il avait prouvé une certaine utilité.
La même chose ne pouvait être dite de Mazinger Z. La machine avait une fois de plus réussi à faire face à un adversaire face auquel il aurait dû n'être qu'un hors d'oeuvre. L'Ange n'avait jamais baissé son AT-Field de toute la bataille... Alors comment de simples attaques physiques et une bourrasque emplie de particules corrosives avaient-elles pu passer au travers et lui infliger de telles blessures ?
Gendo Hikari ne décolérait pas du succès insolent de Mazinger Z et cherchait la faille de la « boîte de conserve », comme il l'appelait malgré son désir quasi-mystique de conserver une apparence froide. Ritsuko, elle, commençait à voir ce rival comme un mystère beaucoup plus complexe que ce qui lui semblait au premier abord.
« Sensei ? »
La voix de Maya Hibuki la fit sortir de sa rêverie. Par moment, tous ces efforts mentaux la faisait décrocher du monde réel, au point qu'elle en oubliait son environnement immédiat.
« - Oui, Maya ?
- Le docteur Yumi est arrivé. Vous m'aviez demandé de vous le signaler dès que possible. »
Evidemment. Elle avait demandé à ce qu'il vienne. Officiellement, c'était au sujet des restes du dernier Ange. Alors que Sachiel, en se faisant exploser dans une dernière tentative pour éliminer l'Eva-01 et Mazinger Z, n'avait rien laissé derrière lui, le cadavre de Shamshel, lui, était disponible. Le Rust Hurricane de Mazinger Z avait sacrément endommagé sa structure, mais il restait tout de même suffisamment d'éléments que la NERV et l'Institut de Recherche Photonique pouvait étudier pour améliorer leur lutte contre les Anges. Il fallait, cependant, décider comment s'organiserait les analyses, et pour cela, il semblait plus poli d'en décider en tête à tête avec le directeur de l'Institut plutôt que par téléphone.
Il y avait une autre raison à cela : Ritsuko espérait pouvoir retirer certaines informations à propos de Mazinger Z. Plus elle instaurerait un climat de confiance avec Yumi, plus celui se révélerait loquace sur ce sujet.
« Ah, parfait. J'arrive tout de suite. »
Le temps de reposer sa tasse de café et de se rendre un peu présentable, Ritsuko sortit de la pièce à la suite de Maya et se dirigea vers la salle de conférences.
Yumi se tenait devant l'entrée de la salle, un gobelet en plastique à la main (très certainement du café, à en juger par la vapeur qui s'en échappait), l'air un peu perdu. Ritsuko pouvait comprendre : aussi loin qu'elle se souvienne, le docteur Yumi n'avait jamais mis les pieds dans les quartiers généraux de la NERV... Et la taille de l'édifice souterrain, sans compter l'incroyable dispositif de sécurité qui était déployé, produisait le plus souvent son petit effet sur ceux qui le découvrait.
Le visage du scientifique sembla s'illuminer lorsqu'il la vit arriver, ce qui marqua quelque peu Ritsuko. Il avait quelques années de plus qu'elle, ce qui n'enlevait rien au charme qu'il pouvait dégager et qui le distinguait grandement de la plupart des scientifiques mâles que Ritsuko avait pu côtoyé durant sa carrière. La joie qu'il semblait ressentir à cet instant renforçait le côté agréable de ses traits, mais elle marquait également un certain décalage avec l'attitude du scientifique. Il semblait en effet un peu nerveux, Ritsuko releva même quelques tics qui relevaient de ce genre d'état d'esprit. Elle décida, dans un premier temps, de mettre cela sur le compte de toute la pression qui lui était tombé dessus depuis que les plans de l'Institut avaient été révélés.
Il se débarrassa au plus vite de sa tasse de café dans une poubelle adjacente pour venir à la rencontre de Ritsuko. Il lui tendit immédiatement une main qu'elle serra sans se départir de son sourire amical. La poignée de main se révéla assez énergique, comme si il avait un peu de mal à la contrôler.
« - Bonjour, docteur Yumi. Je suis enchanté que vous ayez pu nous consacrer un peu de votre temps.
- Tout le plaisir est pour moi, répliqua le scientifique, qui lâcha enfin la main de Ritsuko. Je suis heureux que nous puissions enfin nous rencontrer face à face, plutôt que par écrans interposés.
- Moi de même. Je dois vous avouer qu'après toutes les... Surprises que votre Institut a pu nous réserver, j'étais assez désireuse de pouvoir vous rencontrer en personne.
- Nous sommes deux, en ce cas. »
Le docteur Yumi ponctua ce dernier échange par un sourire chaleureux. Ritsuko essaya de voir si celui-ci cachait quelque ressentiment dissimulé, ce qui ne l'aurait pas étonné étant donné la méfiance à l'égard de la NERV que le professeur Kabuto était réputé avoir instauré auprès de ses collaborateurs. Mais elle ne pouvait rien voir de tel. Apparemment, il semblait sincère.
« - Très bien. Je vous propose que nous commencions au plus tôt. Cela ne vous gêne pas que Maya nous seconde lors de cet entretien ?
- Absolument pas. Après tout, je suis seulement invité chez vous, n'est-ce pas ? »
Un autre sourire. Ritsuko remarqua qu'il faisait vraiment tout ce qu'il pouvait pour avoir l'air agréable. Une impression qui se renforça tout au long de l'entretien : Yumi était là en tant que dirigeant de l'Institut de Recherche Photonique, mais à côté de tout l'aspect officiel qu'une telle réunion pouvait inclure, le scientifique semblait également s'être fixé pour objectif de plaire à la jeune femme, ou du moins qu'elle n'ait pas une mauvaise opinion de lui. C'était tellement visible qu'à plusieurs reprises, Ritsuko dut se retenir pour ne pas éclater de rire. Difficile de penser que quelqu'un d'aussi démonstratif pouvait diriger une équipe scientifique, mais dès qu'ils rentraient dans des détails beaucoup plus professionnels, il prouvait sa valeur. Son champ d'expertise était fort différent du sien, mais il était particulièrement calé dans ce qu'il connaissait ; peu de temps fut nécessaire à Ritsuko pour comprendre pourquoi le plus grand expert en robotique du Japon l'avait choisi comme assistant. Et surtout, il apprenait vite. Sa machine ne s'était battue que deux fois face aux Anges, mais il tirait déjà des conclusions sur la marche à suivre pour les combattre très proches de ce qu'elle-même avait élaboré. Il prenait le combat contre les Anges très au sérieux, au point de la reprendre sur quelques points qui lui semblait essentiels.
Elle n'oubliait pas non plus son objectif d'en découvrir davantage sur le fonctionnement de Mazinger Z... Mais sur ce point, Yumi se montrait particulièrement réservé. Il n'était pas avisé de trop insister sur ce point, sous peine d'éveiller ses soupçons, mais aux quelques reprises où elle tenta de lui faire dire des précisions sur telle ou telle caractéristique du robot, il l'éludait aussi vite que possible, sans lui apprendre quoi que ce soit. Ritsuko ne voyait que deux explications : soit il était aussi méfiant que le professeur Kabuto l'avait été à l'égard de la NERV, et malgré son amabilité il ne lâcherait rien ; soit il respectait trop les volontés de son ancien maître et ami pour révéler ses secrets aussi rapidement. Peut-être même y avait-il des deux.
Après un peu plus d'une heure de négociations, Yumi accepta de laisser la NERV disséquer le corps de l'Ange, partant du principe que ses propres experts n'avaient pas réellement les compétences nécessaires pour examiner des êtres organiques, à la condition que la NERV leur révèle les informations qu'ils pourraient en tirer. Ritsuko accepta, bien qu'elle savait que Gendo Ikari aurait à redire à cet accord.
Soudainement, le téléphone portable du professeur Yumi sonna. S'excusant, il se leva et partit dans un coin de la pièce afin de pouvoir répondre.
Puisqu'il lui tournait le dos, Ritsuko ne pouvait voir son visage, mais le ton de ses réponses l'avertit immédiatement qu'il s'agissait de quelque chose de grave.
Une impression qui se renforça lorsque Yumi raccrocha et revint à côté d'elle. Le visage jusque là rayonnant du scientifique s'était brutalement assombri, tandis que son front se creusait de rides.
« - Un problème ? Demanda Ritsuko.
- Je... Crains que nous n'allions devoir discuter un autre moment des dernières modalités de notre collaboration. »
L'inquiétude de Ritsuko grimpa d'un cran.
« Pourquoi ? Que se passe-t-il ? »
Le docteur Yumi sembla hésiter une seconde... Puis il la regarda dans les yeux. Le doute et l'appréhension pouvaient s'y lire.
« C'était un appel de la police. Ils disent avoir de nouveaux éléments sur la mort du professeur Kabuto. »
Shinji regarda le bâtiment face auquel il se tenait. Il jeta un coup d'oeil à l'adresse que Misato lui avait donné, puis releva la tête pour fixer l'immeuble. L'adresse concordait, mais quelque chose n'allait définitivement pas.
L'immeuble où habitaient Shinji, Misato, Kouji et Shiro était relativement bien entretenu, autant qu'il était possible dans un lieu manquant cruellement de personnel d'entretien. C'était en tout cas un lieu où, bien qu'il avait du mal à vraiment considérer comme sa maison, Shinji se sentait relativement incité à habiter. Et les environs étaient également assez calmes et sympathiques, reflétant un quartier tranquille qui ne semblait pas devoir abriter les pilotes de machines de guerre extraordinaires.
Mais l'immeuble de Rei ? Bon sang, non content d'être au beau milieu d'une friche urbaine tellement dévastée que Shinji s'attendait à voir rouler des boules de branchages mortes au milieu des avenues, il était lui-même complètement décrépit et en état d'abandon manifeste !
Pour essayer de réprimer son étonnement, il essaya de se concentrer sur ce qui l'amenait en ces lieux. La jeune fille, celle-là même pour laquelle il avait accepté de grimper dans l'Eva, sortait de convalescence après l'accident qui l'avait mis dans l'état lamentable dans lequel il l'avait rencontré (et sur lequel tout le personnel de la NERV restait mystérieusement silencieux) et était rentrée à l'appartement que la société lui avait donné. Cependant, en son absence, de nouvelles clés magnétiques d'accès avaient été fabriquées, et la jeune fille ne les avait toujours pas reçu. Estimant que cela constituerait une bonne occasion pour les deux pilotes de faire plus ample connaissance, Misato avait alors demandé à Shinji d'aller lui donner en mains propres ses nouvelles clés. En bon garçon obéissant, Shinji avait bien entendu accepté, mais une autre raison l'avait poussé à le faire. En effet, il ne cessait de s'interroger sur la jeune fille depuis qu'il l'avait vu ; Shinji n'avait du genre féminin aucune expérience à part la fréquentation distante des élèves féminines de ses classes successives, mais ces quelques secondes avait suffis pour lui laisser une impression étrange à propos de la jeune fille. Elle lui avait semblé... Différente. En bien ou en mal, impossible de dire, mais il se doutait qu'elle était aussi éloignée des autres filles qu'il avait rencontré que l'Eva-01 différait de Mazinger Z. Et une curiosité imparfaitement assumée le poussait à vouloir en apprendre plus sur elle.
Cette mise au point faite, rien cependant ne venait justifier que son père puisse laisser un pilote d'Evangelion vivre dans un lieu aussi décrépit et aussi peu sûr, surtout quand ledit pilote est une fille guère plus âgée que Shinji. Son père était-il à ce point insouciant vis-à-vis de la vie des autres que cela ne le gênait pas de la laisser dans un lieu aussi désert, sans défenses ? Ça ne semblait pas coller. Qu'il soit méprisant à l'égard des autres, il avait pu le remarquer, mais cela ne semblait pas aller à l'encontre des intérêts de ceux qui auraient pu lui être utile. Et Rei faisait vraisemblablement partie de cette catégorie. Il devait donc y avoir une autre raison, mais le jeune garçon n'arrivait pas à la concevoir.
Shinji se décida afin à pénétrer dans le bâtiment. Tout était ouvert, et comme l'extérieur l'indiquait, il n'y avait absolument aucun indice pouvant indiquer que quelqu'un habitait les lieux. En avançant dans le couloir, Shinji tendait l'oreille, mais il n'entendait rien d'autre que le souffle du vent et quelques grattements qu'il attribua à la présence de souris dans les environs. En tout cas, en appuyant sur le bouton d'ascenseur, il put découvrir que celui-ci fonctionnait, au-delà de toute attente même puisque lorsque les portes s'ouvrirent il découvrit un espace bien mieux entretenu que le reste du bâtiment. Le trajet jusqu'à l'étage où l'appartement de Rei se trouvait se déroula en un instant. Quelques panneaux présentaient l'agencement des appartements, permettant ainsi à Shinji de facilement trouver le logement de Rei. Il revérifia une nouvelle fois ; il était bel et bien arrivé. Il aurait eu du mal à le savoir autrement, rien ne distinguant cette porte des autres.
Il rangea le papier où il avait noté l'adresse dans sa poche, et en profita pour tâter le morceau de plastique qu'il était sensé remettre à la jeune fille. Bon. Et bien, il était inutile de s'attarder davantage... Ne voyant pas de sonnettes, Shinji frappa à la porte.
« Rei ? C'est Shinji. »
Aucune réponse. Shinji frappa à nouveau.
« Rei, est-ce que... »
La porte s'entrebailla.
Shinji resta circonspect. Il ne s'était pas préparé à ça ; et une pensée traversa son esprit. Que quelqu'un laisse sa porte grande ouverte, sans même la reclaquer correctement, indiquait soit que la personne en question était très maladroite, soit que quelque chose s'était produit. Partant de là, que devait-il faire ? Rebrousser chemin restait une option, mais il savait aussi qu'il devait s'assurer que rien n'était arrivé à la jeune fille, surtout considérant le quartier où elle habitait.
Il fallait qu'il rentre. Il s'était battu contre des Anges, il n'allait quand même pas avoir peur de ce qu'il pourrait trouver dans l'appartement, tout de même ?
…
Pourquoi fallait-il qu'il se pose des questions dont il connaissait la réponse à l'avance ?
Empoignant son courage à deux mains, Shinji ouvrit la porte en grand et rentra.
« Rei ? »
L'appartement était vide, pour ce qu'il en voyait. Une porte se trouvait sur sa gauche, mais il aperçu un lit dans la pièce en face de lui. Shinji referma la porte derrière lui et s'avança. Il se trouvait très certainement dans la chambre de la jeune fille. Une chambre à la décoration spartiate, pour ne pas dire rudimentaire. Le lit n'était qu'un lit d'hôpital, avec une table de chevet à côté ; le seul autre meuble présent dans la pièce était un simple meuble de rangement. Mais à part cela, absolument aucune décoration, aucune touche personnelle que l'on pourrait s'attendre à trouver dans la chambre à coucher d'une jeune fille, pas même un petit tableau au mur. En s'avançant un peu plus dans la pièce, Shinji vit un tas de bandages ensanglantés sur la table de chevet. Il eut un léger sursaut, mais il se souvint ensuite de l'accident qu'elle avait subi, aussi reprit-il facilement son calme.
Mais aucune trace de Rei.
Shinji s'apprêta à rebrousser chemin lorsque quelque chose attira son regard sur le meuble de rangement. Au-dessus, était posé un étui à lunettes ouvert, contenant une paire de lunettes. Intrigué, Shinji se rapprocha un peu plus... Et il remarqua alors la teinte orange des verres. Il n'avait dans sa vie croisé qu'une seule personne avec des lunettes d'une telle couleur, et il se trouve qu'il en partageait le nom et la moitié du patrimoine génétique.
Voilà qui le fit tiquer. Pourquoi Rei avait-elle cet objet en sa possession ? L'avait-elle pris à son père, ou lui avait-il donné ?
En attendant, il continua à fixer les lunettes. Puis, une bizarre pulsion le prit... Poussé par la curiosité, il prit les lunettes et les posa sur son nez. Sa vision ne s'en trouva pas altérée, si ce n'est au niveau de la perception des couleurs, évidemment. Donc, son père ne porte pas ses lunettes par nécessité optique... Il ignorait ce que cela pouvait bien révéler sur lui, mais il mit tout de même cette information dans un coin de sa tête.
Derrière lui, une porte s'ouvrit.
Shinji se retourna, les lunettes toujours sur le nez.
Rei le regardait alors qu'elle se tenait face à la porte à droite de l'entrée, se frottant les cheveux avec une serviette. Elle sortait visiblement de la douche.
Accessoirement, elle était entièrement nue.
Sonné, Shinji resta cloué sur place, la bouche grande ouverte. Toute capacité de réaction logique avait momentanément fuit son esprit, laissant la place à une stupéfaction qui l'empêchait de faire quoi que ce soit d'autre que regarder.
Réaction compréhensible. C'était la première fois de sa vie qu'il voyait un représentant du sexe féminin dans sa tenue de naissance.
Rei le regarda quelques instants, puis subitement, son expression jusque là neutre se durcit. Jetant la serviette derrière elle, elle marcha vers Shinji. Encore paralysé par la subite apparition de la jeune fille, Shinji ne réagit que lorsqu'elle ne se trouva plus qu'à quelques centimètres de lui. Elle fit un geste pour arracher les lunettes du nez de Shinji... Et tout à coup, les choses prirent une tournure un peu plus complexe. Lorsqu'il sentit le contact de Rei, il eut un mouvement de recul qui l'a déséquilibra. Et, lorsqu'elle tomba, en cherchant à se retenir, elle ne réussit qu'à entraîner Shinji avec elle. Cherchant à son tour à éviter de tomber de tout son poids sur le dos, le jeune garçon tenta de se redresser, sans succès...
Au final les deux jeunes personnes se retrouvèrent tous les deux à terre, face à face, Shinji se tenant au-dessus de Rei. Tous deux se fixèrent dans les yeux, Rei à nouveau complètement impassible, tandis que Shinji restait complètement en pilotage automatique.
« Retirez votre main. »
Le ton n'avait rien d'autoritaire, de courroucé ou d'outré, il ne faisait qu'indiquer une simple affirmation. Il réussit en tout cas à sortir Shinji de sa stupéfaction et à le pousser à prendre un peu plus conscience de ce qui l'entourait, ainsi que de sa position dans l'espace. Il finit par noter quelque chose de bizarre avec sa main droite... Il s'attendait à sentir la moquette qui recouvrait tout le sol de l'appartement. Au lieu de ça, ce qui se trouvait sous sa main était mou, chaud, et très doux. A vrai dire, c'était plutôt agréable au toucher...
Il regarda sa main et ce qu'elle touchait.
Shinji se redressa en bondissant en arrière, poussant un petit cri fort peu viril (sonnant un peu comme « Eeeek ! »).
Rei se remit à son tour sur ses pieds, puis lui tourna le dos pour ouvrir une armoire à côté de son lit et prendre à l'intérieur ce qui ressemblait à un uniforme de lycéenne. A aucun moment elle ne fit le moindre effort pour essayer de masquer sa nudité.
« Qu'est-ce qui vous amène ici, pilote Ikari ? »
Shinji finit enfin par reprendre le contrôle de son corps et se retourna brutalement pour ne pas la mater pendant qu'elle s'habillait. Sorti du choc initial, il se mettait maintenant à trembler de tout ses membres. Malgré tout, il se fit violence pour rester droit comme un i.
« - C'est... C'est... J'ai amené votre passe, et... Je... Je ne voulais pas... Je croyais...
- Oui ? »
Encore une fois, le ton était tellement neutre qu'il semblait absorber toute émotion dans les environs. Shinji ne put s'empêcher de jeter un coup d'oeil derrière lui. Rei avait enfilé sa tenue, mais elle ne l'avait pas encore totalement ajusté, si bien qu'il pouvait encore voir certaines de ses formes...
Il tourna sa tête si vite qu'il faillit se briser la nuque.
« - La... La porte était ouverte... J'ai cru que... Je ne sais... J'ai eu peur que...
- Il n'y a personne dans cet immeuble, répliqua simplement Rei, qui ne faisait qu'énoncer un fait. Et d'ordinaire, je ne reçois aucune visite.
- Mais... Il suffirait d'une fois pour que...
- Cela n'a pas d'importance. Vous pouvez vous retourner. »
Shinji obéit, un peu anxieux à ce qui allait se passer ensuite. Rei était maintenant revêtu de la même tenue que toutes les filles qui fréquentaient son nouveau lycée. Malgré cette tenue qui aurait pu l'aider à se confondre dans la foule, elle restait très singulière. Sa peau très pâle, ses cheveux d'un gris virant au bleu très clair et ses yeux rouges sang étaient déjà suffisamment frappants, mais à cela s'ajoutait une expression faciale complètement figée. Shinji ne distinguait rien, pas le moindre soupçon de réaction à la situation embarrassante qu'ils venaient de vivre, pas la moindre chaleur... Le vide. En un sens, c'était plus inquiétant qu'une explosion de colère. Quelque chose en elle la rendait si... A l'écart qu'il en ressentit un certain malaise.
Et malgré cela... Sans qu'il ne puisse se l'expliquer, elle lui inspirait également l'impression qu'elle avait besoin, malgré ses paroles, d'être protégée. D'une manière diffuse, il se sentait poussé à veiller à cela.
« Puis-je avoir mon pass ? »
Une demande polie, mais qui ne semblait avoir été prononcée que parce qu'on lui avait appris qu'il fallait demander la permission pour pouvoir prendre quelque chose. Encore un peu secoué, Shinji plongea la main dans sa poche et en sortit la carte. Rei la prit sans aucune cérémonie, ne prononçant qu'un « merci » tout ce qu'il y a de plus formel, avant de lui tourner le dos pour ramasser les lunettes de Gendo Ikari, qui était tombée sur le sol à cause de leur « accident ». Contournant Shinji, Rei partit les ranger dans leur étui.
Malgré le fait qu'il soit encore perturbé par ce qui venait d'arriver, Shinji se dit qu'il devait dire quelque chose. Rei avait l'air particulièrement étrange, restant exceptionnellement calme malgré les circonstances, et semblant limiter sa conversation au minimum socialement acceptable, mais il ne pouvait en rester sur cette impression désastreuse. En temps normal, il aurait profité de cet instant de paix relatif pour bredouiller une excuse quelconque avant de tourner les talons et de s'enfuir à toutes jambes...
Mais ça, c'est ce que le Shinji d'autrefois aurait fait. Pas celui qui avait combattu à deux reprises l'incarnation de la destruction aveugle et en était sorti vivant. Aussi gênante qu'ait été leur entrevue, ce n'était rien face à ce qui lui avait vécu sur le champ de bataille.
Il fit tout son possible pour se ressaisir et ne pas avoir une voix tremblotante.
« Tu ne devrais pas rester seule ici. »
Rei se retourna et le fixa, apparemment impassible. Rien dans son regard n'indiquait la moindre réaction.
« - Ce sont les ordres du commandeur Ikari. C'est l'appartement qui m'a été alloué par la NERV, aussi je dois habiter ici.
- Dans un coin aussi désert ? Ça ne te dérange pas ?
- Si c'est ce que veux le commandeur Ikari, cela ira.
- Mais enfin, il n'y a personne dans les alentours qui pourrait t'aider si tu as un problème ! Pas le moindre signe de présence des agents de la NERV dans le coin ! Si quelqu'un de mal intentionné vient ici, tu seras seule face à lui !
- Ça n'a pas d'importance qu'il m'arrive quelque chose. »
Jusque là, Shinji était encore penaud, mais les déclarations insensées réveillèrent quelque chose en lui. Quelque chose qu'il pouvait sentir autour de Kouji lorsque celui-ci s'énervait. Il l'avait déjà ressenti autrefois, mais cela était toujours resté contrôlé, il ne l'avait jamais laissé s'exprimer. De la colère. Pas contre elle directement... Mais réclamant tout de même de s'exprimer.
Pour la première fois de sa vie, il n'essaya même de retenir ce qui brûlait de sortir.
« - Si, ça a de l'importance ! Comment tu peux à ce point ne pas te sentir vulnérable ici ? Comment tu peux rester aussi calme lorsque tu dis des choses pareilles ?! Bon sang, je rentre chez toi comme un voleur pour te trouver nue, et tu ne te demandes même pas ce qui te serait arrivé si c'était quelqu'un d'autre que moi qui étais rentré !?
- Je sais ce qui se serait produit, répliqua-t-elle d'un ton aussi plat qu'auparavant. Cela n'aurait de toute manière pas...
- NON ! »
Le cri que poussa Shinji sembla avoir réussi à affecter superficiellement la jeune fille. Un rapide haussement de sourcil de celle-ci trahit un accès de surprise très léger, mais qui suffisait à trancher de son attitude indifférente.
« - Ne t'avise pas de terminer cette phrase, Rei ! Cela aurait été très grave, et tu le sais très bien ! Tu n'as rien à faire ici, seule et démunie !
- C'est ce que votre père souhaite.
- Je me moque de ce qu'il souhaite ! Ce qu'il te fait est inacceptable ! Tu dois habiter avec nous, dans un quartier normal ! Dès demain, je vais aller voir mon père et je l'obligerais à ce qu'il te fasse emménager dans le même immeuble que Misato, Kouji et moi !
- Il refusera. Et il ne vous écoutera pas.
- Alors pourquoi tu te laisse faire ainsi ?
- Je dois lui obéir. Je lui dois cela. »
Et soudainement, la colère de Shinji, de brutale et directe, devint soudain plus diffuse et, surtout, tempérée par un sentiment d'inquiétude. Il réalisa tout à coup que la situation de Rei était beaucoup plus préoccupante que ce qu'il craignait. La flamme qui s'était allumée dans ses yeux s'étouffa en l'espace de quelques secondes.
« Mon Dieu... Qu'est-ce que mon père t'a fait, Rei ? »
La jeune fille sembla considérer sa question... Puis, son attitude indiqua que la conversation venait de s'achever. Elle indiqua d'un geste la porte de son appartement.
« Mieux vaut que vous partiez, pilote Ikari. Il va bientôt faire nuit, et vous risquez d'avoir du mal à retrouver le chemin. »
Pas la moindre colère. Pas d'inflexions signifiant un ordre. Juste l'énoncé d'un fait. Shinji voulut protester, mais il comprit que, pour le moment, il ne pouvait rien faire de plus pour elle. Abattu, il se dirigea vers la sortie en poussant un soupir.
« Ferme au moins la porte à clé derrière moi. »
Rei opina, mais conserva son expression impassible. Elle l'accompagna tout de même jusqu'à la porte, et posa une main sur celle-ci pour la refermer.
Sans prévenir, Shinji lui prit la main.
Etrangement, cela sembla l'affecter plus que lorsqu'il lui attrapa involontairement le sein. Il la fixa d'un regard empli d'inquiétude et de souci.
« Rei, écoute... Si jamais tu as besoin d'aide, viens me voir, d'accord ? N'hésite pas à m'appeler. Je serais toujours là pour toi. »
La jeune fille sembla hésiter. Shinji eut la sensation qu'elle faisait face à une situation à laquelle elle n'avait pas été préparée... Mais de cela, il ne pouvait en être sûr, car elle était particulièrement douée lorsqu'il s'agissait de masquer ses sentiments. Elle ne sembla pas non plus s'émouvoir lorsqu'elle lui répondit.
« J'irais bien. Ne vous inquiétez pas pour moi. »
Rei referma la porte derrière Shinji, le laissant perdu quand à ce qu'il devait faire. La mort dans l'âme, il choisit finalement de rentrer chez lui. Alors qu'il commençait à refaire tout le trajet en sens inverse, il essayait de trouver une manière d'aider la jeune fille, mais il fut forcé d'admettre qu'il ne pouvait rien faire. Aussi incroyable qu'était son statut de pilote, il ne lui donnait aucune autorité, encore moins sur une personne au même niveau que lui. Comme il l'avait dit à Rei, il aurait pu aller se plaindre à son père (et il allait certainement le faire), mais il était fort peu probable que celui-ci accède à sa requête. Un autre élément à prendre à compte était l'évidente indifférence de Rei sur son propre sort. Elle ne semblait pas vouloir essayer d'améliorer sa situation, ce qui limitait fortement sa propre marge de manoeuvre : comment pouvait-il espérer la sortir de ce lieu sordide si elle même ne le souhaitait pas ?
Le reste de la soirée fut particulièrement morose. L'humeur assombrie par son impuissance, Shinji ne fut pas d'une compagnie particulièrement agréable. Il resta comme toujours poli et attentif aux sollicitations de Misato, mais sans non plus y mettre d'enthousiasme ; et c'est à peine si il discuta avec l'officier. Misato tenta bien de lui faire dire comment s'était passé son entrevue avec Rei (avec une mine et un ton enjoué qui sous-entendait qu'elle s'attendait à le voir rougir du fait de quelques détails croustillants qu'il n'oserait pas lui dire), mais Shinji éluda au plus vite la question. La jeune femme comprit vite que quelque chose tracassait le jeune homme et qu'il ne voulait pas en parler, aussi finit-elle par abandonner son idée de le taquiner pour reprendre une attitude un peu plus mûr. Au final, fatigué et abattu, Shinji partit se coucher encore plus tôt que d'habitude.
Lorsqu'il ferma enfin les yeux, ce fut pour voir Rei nue.
Misato dut intervenir pour qu'il cesse de se cogner la tête contre les murs.
Kouji et le docteur Yumi pénétrèrent en même temps dans le commissariat de police. Tokyo 3 était encore une ville relativement jeune, mais cela n'avait pas empêcher le bâtiment de faire partie des premiers à être sorti de terre. La NERV avait d'ailleurs mis les bouchées doubles pour qu'il soit le plus rutilant possible ; après tout, il fallait montrer à la population qu'elle prenait la sécurité des habitants de la ville à coeur, comme celle de l'humanité prise dans son ensemble, d'ailleurs.
Kouji avait commencé à harasser de questions le scientifique lorsque celui-ci était passé le prendre, mais il avait abandonné très vite lorsqu'il était devenu clair qu'il en ignorait autant que lui sur les raisons qui pouvaient avoir poussé le commissaire en personne à les convoquer.
Tous les deux se dirigèrent immédiatement vers l'accueil, où un jeune préposé remplissait quelques formulaires. Ce dernier leva les yeux de son travail d'un air las lorsque Kouji s'adressa à lui... Une expression de surprise apparut vite, cependant, lorsqu'il reconnut le pilote de Mazinger Z. La célébrité soudaine de celui-ci avait souvent engendrée ce genre de réaction.
« - Excusez moi, je suis Kouji Kabuto, et voici le docteur Yumi. Le commissaire nous a fait venir à propos du meurtre de mon grand-père.
- Très bien, attendez une minute... »
Le fonctionnaire décrocha le téléphone et appela son supérieur en interne pour avoir confirmation. Lorsqu'il la reçut, il invita Kouji et le docteur Yumi à s'asseoir en attendant qu'on vienne les chercher. Tous deux, respectivement nerveux et anxieux, restèrent plantés debout devant lui.
Enfin, deux individus sortirent d'un couloir et vinrent à leur rencontre. L'un était un homme ayant apparemment atteint la cinquantaine, ses cheveux prenant une teinte poivre et sel, tandis que le second, plus jeune mais sans non plus sembler un jeunot, dissimulait son regard derrière des lunettes noires. Kouji se dit immédiatement qu'il n'avait rien d'un policier ordinaire.
« - Enchanté de faire votre connaissance, dit l'homme entre deux âges en serrant la main du docteur Yumi. Je suis le commissaire Date, en charge du district de Tokyo 3 Nord, et voici l'agent spécial Kyriu.
- Bonjour, dit simplement l'agent Kyriu. »
Le docteur Yumi serra la main qui lui avait été présentée, mais lorsqu'il entendit les termes ''agents'' et ''spéciaux'', il se tendit quelque peu. Kouji, lui, se mit immédiatement sur la défensive. Si l'affaire nécessitait la présence de services spéciaux, c'est que celle-ci revêtait une gravité plus importante que ce qu'ils craignaient.
« - Et je suppose que vous êtes Kouji Kabuto ? Dit le commissaire Date à l'encontre du jeune homme.
- Exactement.
- Avant toute chose, enchaîna Date, laissez moi vous féliciter pour ce que vous faites. Il y a pas mal de personnes ici qui vous sont reconnaissants.
- Merci beaucoup, répliqua Kouji, mais il me semble que nous sommes tous ici pour parler de ce qui est arrivé à mon grand-père. »
Date acquiesça, bien conscient du problème. Derrière lui, Kyriu restait parfaitement impassible.
« Vous avez tout à fait raison... Et il est de toute manière hors de question de faire traîner cette histoire. Si vous voulez bien nous suivre... »
Kouji et le docteur Yumi emboîtèrent le pas de Date et de Kyriu, qui les amenaient dans une simple salle aveugle, dotée d'un poste de télévision et d'un lecteur de DVD. Une petite table, assez grande, cependant, pour eux quatre, se tenait face à l'appareil. Kyriu ferma la porte dès que Kouji et Yumi entrèrent. Le jeune homme nota que l'agent s'était assuré auparavant que personne ne se trouvait dans le couloir.
Date prit place et invita Kouji et Yumi à s'asseoir. L'agent Kyriu, lui, restait debout prêt de l'appareil, qu'il alluma. Le commissaire prit ensuite la parole.
« - Bien... Pourriez vous nous rappeler dans quelles circonstances le professeur Kabuto est-il décédé, docteur Yumi ?
- Un accident absolument regrettable, déclara le scientifique, visiblement encore désolé de ce qui s'était passé. Nous étions en train de finaliser les cellules photoniques qui allaient ensuite être intégrées dans les yeux de Mazinger Z, ces mêmes cellules qui permettent à la machine de produire les Kyouretsu Beam. Nous avions remarqué certaines fluctuations de puissance lors des derniers essais, aussi le professeur Kabuto avait décidé de chercher à les réparer, puisqu'il s'estimait le plus à même de découvrir l'origine de ces perturbations. Mais... »
Le docteur Yumi s'interrompit un instant. En regardant son visage, Kouji comprit soudain que le scientifique avait assisté à la mort de son grand-père, et que se remémorer l'accident lui était difficile.
« … Quelque chose tourna mal. Les cellules étaient hors tension, mais il semblait qu'elles avaient malgré tout conservé une certaine quantité d'énergie lors des essais... Et alors qu'il était en train de les manipuler, elles émirent une brutale décharge photonique. De faible ampleur comparé à ce qu'elles peuvent engendrer, mais plus que suffisante pour le blesser grièvement. Nous avons immédiatement appelé les secours, mais le professeur était décédé avant même qu'une ambulance n'arrive. Nous n'avons rien pu faire pour le sauver. »
Date opina. Kouji ne put s'empêcher de se demander dans quel sens il devait prendre ce simple hochement de tête.
« Très bien, dit soudainement Date. Votre version des faits semble correspondre à notre enquête. Cependant, il y a quelque chose que nous avons découvert qui en modifie la teneur. Ce n'était pas un accident. C'était un meurtre. »
Si le commissaire Date voulait les faire réagir il avait très certainement atteint son but. Kouji et le docteur Yumi se regardèrent avec des yeux écarquillés, se demandant tous les deux si ilsavaient bien entendu ce que venait de dire l'officier de police. Ce fut Kouji, cependant, qui réagit le plus vite.
« - Quoi ?! Qu'est-ce que voulez dire, un meurtre !?
- Nous avons examiné les cellules ayant causé l'accident mortel ; vous vous souvenez certainement, docteur, que vous nous les avez fournis immédiatement après l'accident pour que nous puissions mener notre enquête. » Le docteur Yumi acquiesça. « Et bien, nos experts scientifiques ont relevés sur les cellules quelques traces d'ADN relativement fraîches, lesquelles ne correspondaient pas à celui du professeur Kabuto, ce qui impliquait que quelqu'un les avait déjà manipulé peu de temps avant que les test ne soient effectués. Le plus perturbant, cependant, est venu des consultants en électronique que nous avons consulté.
- Ils ont trouvés quelque chose ? Demanda le docteur Yumi.
- Oui. Apparemment, d'après les renseignements que vous nous avez fournis, les cellules sont dotées d'accumulateurs permettant de conserver une partie de l'énergie qui leur est fournie afin d'éviter que celles-ci ne se trouvent à plat de manière impromptue en période de combat. Cependant, ces accumulateurs étaient déconnectés pour les tests. C'est bien cela ?
- En effet, répondit le scientifique, se demandant où est-ce que l'officier voulait en venir.
- Les consultants ont découvert que ces accumulateurs ont sciemment été modifiés de manière à ce que, en toute circonstance, une petite quantité d'énergie soit toujours présente. La modification a également eu pour but que la moindre manipulation des cellules ne déclenche leur libération immédiate. »
Il fallut quelques secondes aux deux anciens proches du professeur Kabuto pour digérer les informations, mais si Kouji, au contraire du docteur Yumi, ne comprenait pas toutes ces informations techniques, il voyait très bien, en revanche, ce que cela impliquait.
« - Un sabotage...
- Exactement. Pendant un temps, nous avons pensé à une malencontreuse négligence, mais les manipulations sont beaucoup trop élaborées pour résulter d'une simple erreur, et surtout trop pointues pour être le fait de quelqu'un n'y connaissant rien en la matière. C'était délibéré.
- Est-ce que vous savez qui a fait ça ? »
Le commissaire Date et l'agent Kyriu reportèrent leurs regards sur le jeune homme. N'importe qui pouvait voir la fureur qui était en train de couver chez le jeune homme. La mort de son grand-père l'avait bouleversé, bien entendu, mais alors que tout le monde avait pensé qu'il s'était agi d'un accident, jamais il n'avait blâmé l'Institut. Sans doute comprenait-il que cela faisait malheureusement partie des évènements pouvant se produire lorsque l'on travaille sur des projets extrêmement sensibles.
Mais si il s'agissait bel et bien d'un meurtre... Alors il fallait que quelqu'un paie.
Et tous les adultes se doutaient que si on lui en donnait l'opportunité, il s'en chargerait lui-même.
« - Nous y venons, répliqua le commissaire Date. Lorsque nous avons fait ces découvertes, vous avez dû affronter votre Premier Ange. Etant donné le rôle que vous et la création de votre grand-père jouez maintenant dans la défense de la planète, les services spéciaux, qui ont eu vent je ne sais comment de nos découvertes, ont estimé nécessaires de s'intégrer à l'enquête. D'où la présence de l'agent Kyriu ici.
- Nous avons repris l'enquête à partir de ce point, enchaîna l'agent spécial. Nous nous sommes attaché dans un premier temps à enquêter sur tous les membres de votre personnel capables de réaliser des manipulations aussi complexes. Cela vous incluait d'ailleurs, docteur. »
Yumi ne put s'empêcher de se crisper. Il n'avait jamais eu que du respect pour le professeur Kabuto, et malgré cela, on l'avait soupçonné... Sa part rationnelle, cependant, lui signala que c'était parfaitement compréhensible, étant données les circonstances et la gravité du crime, qu'ils aient examiné toutes les pistes.
« - Malgré cela, il semblait que tout le personnel scientifique de l'Institut n'avait rien à se reprocher. Tous ont un profil psychologique stable – à l'exception peut-être de Muneshira, mais il s'agit plus d'excentricités que d'intentions criminelles, aucun n'avait de rancoeurs particulières à l'encontre du professeur, aucun ne semblait appartenir à des groupuscules terroristes...
- Alors qui ? Dit Kouji qui s'impatientait de tous les détours que prenait l'agent.
- Les membres de l'équipe scientifique n'avaient rien à se reprocher. Mais un de nos collaborateurs a eu l'idée d'étendre l'enquête au personnel manutentionnaire, et en particulier aux salariés d'entreprises extérieures à l'Institut. Agences d'entretiens, de livraisons, jardiniers... Et nous avons finalement mis la main sur un suspect. »
Le commissaire Date présenta une photo à Kouji et Yumi. Elle représentait un homme chauve, apparemment dans la jeune quarantaine, et malgré tout doté d'un physique quelconque.
« - Hideo Setsuki, enchaîna le commissaire. Employé de la société de nettoyage de nuit avec laquelle l'Institut a contracté. Et, accessoirement, docteur en physique nucléaire diplômé de l'Université de Tokyo.
- Docteur en... ?! Dit Kouji. Qu'est-ce qu'il fout à balayer des couloirs !?
- Notre enquête nous a permis de découvrir qu'il avait en fait très récemment intégré l'entreprise en temps qu'intérimaire. Le docteur Setsuki avait disparu de la circulation 8 mois avant sa réapparition dans cette entreprise, sa famille avait même lancé un avis de recherche à son encontre. Et, comme par hasard, il avait démissionné de cette même entreprise peu de temps après la mort du professeur Kabuto. »
Le docteur Yumi comprit très vite ce que cela impliquait.
« - Arrêtez moi si je me trompe... Setsuki a été envoyé en temps qu'assassin afin de provoquer un accident qui serait fatal pour le professeur Kabuto ?
- C'est notre conclusion la plus vraisemblable, en effet. Nous avons réussi à le cueillir alors qu'il allait à nouveau disparaître dans la nature, et nous l'avons amené dans nos locaux pour interrogatoire.
- Et alors ? »
L'agent Kyriu ne répondit pas, mais son air jusque là impassible disparut pour laisser de la place à une certaine gêne. Date aussi sembla le remarquer, sauf que quelque chose dans son attitude aindiquait pourquoi l'agent spécial avait changé à ce point. L'agent Kyriu, en tous les cas, alluma le poste de télévision.
« Nous avons filmé l'interrogatoire. Il est suffisamment éloquent. »
Intrigués, Kouji et le docteur Yumi se tournèrent sur leurs chaises afin de mieux pouvoir regarder la retransmission.
Après quelques secondes de parasites, l'image se stabilisa pour montrer une banale salle complètement blanche, ressemblant beaucoup, pour être honnête, à la pièce que les quatre individus occupaient à l'instant. Au milieu, deux personnes assises se faisaient face, séparées par une simple table. L'une était un homme en costume noir, relativement jeune et ayant devant lui un dossier, l'autre n'était autre que Setsuki. L'agent d'entretien – docteur en physique se tenait tête baissée, avachi sur sa chaise.
« Monsieur Setsuki, demanda l'homme en costume, pour quelle raison avez vous modifié les équipements sur lesquels travaillait le professeur Kabuto ? »
Setsuki restait silencieux. L'agent ouvrit le dossier.
« Nous savons que vous avez touché aux cellules photoniques, monsieur Setsuki. Votre ADN correspond à celui relevé sur les équipements. Aviez vous l'intention de tuer le professeur Kabuto ? »
Le silence s'installa à nouveau quelques instants. Mais alors que l'agent s'apprêtait à poser une nouvelle question...
« Oui. »
Sur la vidéo, l'agent releva la tête.
« - Vous avouez qu'il s'agissait d'un homicide ?
- Oui.
- Avez vous agi sur ordre ?
- J'ai agi pour satisfaire la volonté de mon maître.
- Votre maître ? Quel est son nom ?
- Il est mon maître, il est le vôtre, et bientôt, il sera nous. »
Kouji commençait à se sentir un peu mal à l'aise. Setsuki continuait à parler la tête baissée, mais sa voix commençait à vibrer d'une façon peu rassurante.
« - Quel est son nom ? Reprit l'agent sur la vidéo.
- Il sera le maître de l'humanité, car il sera l'humanité, et un nouvel âge d'or se lèvera alors sur la Terre. Son nom sera synonyme de gloire.
- Et en attendant, quel est son nom actuel ? »
Setsuki releva enfin sa tête... Et l'image était suffisamment claire pour que l'on puisse voir qu'il retroussait ses lèvres comme un chien enragé.
« Misérable incroyant... Vous n'êtes pas digne de le prononcer... Mais en attendant que vous connaissiez l'illumination, vous feriez mieux de trembler au nom du Docteur Hell. »
Le docteur Yumi sursauta. Kouji lui-même ne put s'empêcher de réagir lorsqu'il entendit le nom de l'individu contre lequel son grand-père l'avait mis en garde dans la lettre qui avait précipité son départ pour Tokyo 3. Regardant le scientifique qui l'accompagnait, Kouji remarqua que son visage affichait maintenant une forme certaine d'incrédulité.
« - Est-ce ce docteur Hell qui a ordonné la mort du professeur Kabuto ? Continuait l'agent sur la vidéo, visiblement peu impressionné par les paroles du suspect.
- Le professeur Kabuto était un chien qui s'opposait à la gloire de mon maître ! Cracha Setsuki. Un hérétique qui osait vouloir empêcher la réalisation de ses grands projets ! Il devait mourir ! »
Setsuki commençait à particulièrement s'énerver, ce qui allait très semblablement posé problème à l'agent qui menait l'interrogatoire.
« - Veuillez rester calme, monsieur Setsuki, autrement...
- Vous ne pouvez rien me faire ! Continua le forcené, qui s'était levé de sa chaise pour hurler à la face de l'agent. Comme ces fous à l'Institut de Recherche Photonique et à la NERV ne pourront rien contre mon maître ! Les Anges eux-mêmes ne sont que des jouets pour lui ! VOUS NE POURREZ RIEN FAIRE !!! »
A cet instant de la vidéo, plusieurs autres agents apparurent à l'écran, se jetant sur Setsuki afin de le maîtriser. Mais être plaqué au sol par trois agents ne semblait pas devoir calmer sa crise de folie ; au contraire, ses hurlements devint plus sonores qu'auparavant, tandis qu'il se débattait comme un lion, cherchant à tout prix à se maintenir debout.
« PLIEZ VOUS A SA VOLONTE, OU DISPARAISSEZ DANS L'OUBLI ! SES ENNEMIS SERONT ECRASES PAR SA VOLONTE ! NOUS SOMMES HELL ! NOUS SOMMES HELL ! NOUS SOMMES HE... »
Un brusque éclair de lumière emplit l'écran pendant une fraction de seconde, puis l'enregistrement laissa la place à de la neige. L'agent Kyriu, toujours imperturbable, se contenta d'éteindre l'appareil.
Pendant quelques instants, Gennosuke Yumi et Kouji restèrent silencieux, plus ou moins pétrifiés par ce qu'ils venaient d'assister. Il fallut quelques instants au jeune garçon pour reprendre la parole.
« - Qu'est-ce qui s'est passé ? Ce truc, tout à la fin ?
- Un... Accident, dit l'agent Kyriu. Le docteur Setsuki a soudainement explosé. »
Le choc qu'éprouvèrent les deux témoins était à la mesure de l'énormité de ce qui venait d'être dit.
« - Explosé ?! S'exclama Yumi.
- Le docteur Setsuki avait une bombe implantée dans son organisme. En examiner les restes fut très difficile du fait de la déflagration, mais nous supposons qu'elle a été activée par un signal mental, très certainement la répétition de la phrase ''nous sommes Hell''. Tous les agents présents dans la pièce lorsque cela se produisit furent tués sur le coup. »
Kouji dut se retenir pour ne pas se lever de cette chaise et se mettre à hurler. A ce moment précis, il ressentait un curieux mélange de stupéfaction, de rage, d'indignation et de solitude. Il n'en revenait que quelqu'un puisse aussi aveuglément décréter qui doit mourir autour de lui, et dans le même mouvement s'en sortir en causant encore plus de souffrance.
« - Je comprends maintenant pourquoi cette affaire vous tient à coeur... Dit le docteur Yumi d'un air sombre.
- Et le docteur Hell ? Dit Kouji, dissimulant très mal sa colère. Est-ce que vous savez où il se cache ?
- Absolument pas, répliqua l'agent Kyriu. Toutes nos recherches ont été vaines, pour le moment. A vrai dire, nous n'étions même pas sûr qu'il soit vivant. Nous manquons encore beaucoup d'informations sur sa psychologie, et c'est pour cela que nous vous avons contacté, docteur Yumi. »
Le scientifique resta silencieux, mais Kouji, de son côté se mit à le fixer comme si il était nez à nez avec un fauve. La mine du docteur Yumi s'était en tous les cas particulièrement assombri, et Kouji avait du mal à concevoir ce que les paroles de l'agent spécial signifiait.
« Vous le connaissez ? »
Gennosuke soupira. Mauvais signe, pensa Kouji.
« Ton grand-père et moi avons travaillé avec lui sur l'île de Bardos. »
Kouji resta figé sur place, déconfit. De leur côté, Date et Kyriu, eux, restaient stoïcs, apparemment au courant de cet état de fait.
« - Quoi ? Se contenta de dire Kouji, toujours sous le choc.
- Il est sans doute temps que tu en apprennes plus sur Bardos... Et vous aussi, je suppose ?
- Nos informations sur ce qui se trouvait sur cette île sont très floues, répliqua Kyriu. Tout a été caché par la NERV. »
Gennosuke opina, peu étonné par cette information.
« - Très bien. En ce cas, autant reprendre depuis le début... Bardos est une petite île située dans la mer Egée, au large de la Grèce. Elle était inhabitée malgré sa taille conséquente du fait qu'elle était particulièrement escarpée en son coeur, mais un jour, des plaisanciers qui s'y étaient arrêtés pour réparer quelques avaries mineures reportèrent avoir découvert des grottes menant profondément sous terre. Quelques relevés effectués par les satellites de la NERV indiquèrent quelques résidus énergétiques, aussi une expédition fut montée conjointement par la NERV et l'Institut. Elle comptait notamment le professeur Kabuto, Gendo Hikari, l'actuel dirigeant de la NERV, moi-même... Et le docteur Hell. Ce dernier était à l'époque déjà connu pour ses théories étranges sur la capacité de dominer des formes organiques par le biais de composants électroniques, mais il restait un scientifique reconnu dans le domaine de la manipulation énergétique, du fait de sa collaboration avec le professeur Fuyutsuki sur ce qui serait appelé aujourd'hui l'AT-Field. Sa présence était dès lors incontournable. Bref, nous partîmes explorer les profondeurs de Bardos à la recherche de ce qui pouvait bien engendrer ces relevés énergétiques. Mais malgré toutes nos préparations, nous ne nous attendions pas à ce que nous allions trouver...
- De quoi s'agissait-il ? Demanda le commissaire Date.
- Des ruines d'une antique civilisation, réfugiée sous terre pour des raisons que je présenterais plus tard. Une gigantesque cité à l'architecture hellénistique, dont la superficie dépassait celle de l'île sous laquelle se trouvait ses accès ; elle était en effet située très profondément sous la croûte terrestre, à certains points, à plus de 150 mètres sous la surface. Tout le long de la voûte étaient accrochés de titanesques photophores qui éclairait toute la ville aussi clairement que si elle était en plein jour. Nous ignorons encore ce qui pouvait bien fournir en énergie ces photophores. »
Gennosuke sembla se rendre compte que ses interlocuteurs le regardaient d'un air incrédule. Cela ne le surprit guère ; l'une des raisons pour lesquelles il avait accepté de cacher l'existence de la civilisation de Bardos était que personne n'aurait pu le croire.
« - Vous vous rendez compte que c'est un peu difficile à avaler... Dit l'agent Kyriu.
- Je sais, soupira le docteur Yumi. Mais c'est la vérité. Encore aujourd'hui, j'ai du mal à croire que je n'ai pas halluciné tout ce que j'ai vu.
- Et ensuite ? Dit Kouji, plus conciliant. Quel rapport entre Bardos et Mazinger Z ? Grand-père m'a expliqué dans sa lettre que ce qu'il y a trouvé l'a poussé à le construire...
- Il n'y avait pas que des bâtiments, reprit Gennosuke. Nous avons aussi découvert les restes des gardiens de la ville... Aux abords de celle-ci, se trouvaient les carcasses de dizaines de machines humanoïdes, hautes d'une trentaine de mètres. »
Les réactions furent variées, mais toutes marquées par la surprise. Kouji fut celui qui réagit le plus violemment en se levant brutalement de sa chaise.
« - Quoi ?! Ces types avaient des robots géants !?
- Primitifs, bien sûr, ils n'auraient sans doute pas fait le poids face à Mazinger Z, l'Eva-01 ou même Aphrodite A... Mais oui, il s'agissait bien de robots géants. Nous étions face aux derniers restes d'une civilisation qui disposait d'une technologie bien plus évoluée que celle auquel avait accès le reste de l'humanité à cette époque.
- Bon Dieu... Murmura Date. Comment une telle information a-t-elle pu rester secrète ?
- La révélation aurait été beaucoup trop dangereuse. N'oubliez pas que cela s'était produit durant les troubles qui suivirent le Second Impact... La Troisième Guerre Mondiale menaçait d'éclater à tout instant. Alors révéler l'existence d'une technologie de guerre ancienne pouvant facilement être adaptée à un usage moderne aurait fait l'effet de donner une allumette à une bande de pyromanes se tenant dans un lac d'essence.
- Il y a quelque chose que je ne comprends pas, cependant, dit Kyriu. Avec une telle technologie, les habitants de Bardos était en avance de plusieurs siècles sur leurs voisins d'un point de vue militaire... Alors comment se fait-il que l'on n'en connaisse pas l'existence ?
- Parce que ces machines n'ont pas été construites dans un but de conquête, mais de protection.
- Contre quoi ?
- Les Anges. »
Le choc fut général. Au point que même Kyriu sembla en perdre son stoïcisme.
« - Ils connaissaient leur existence ?! Cria-t-il presque.
- Nous avons trouvé de multiples fresques et fragments de parchemin qui nous ont permis de rétablir l'histoire de l'île. Il y a des milliers d'années, les habitants de Bardos étaient de simples bergers, mais un jour, l'un des Anges leur est apparu. Il ne les a pas attaqué, étrangement, mais en revanche, il s'est insinué dans leur esprit pour leur révéler ce qu'ils ont appelés le Grand Secret et leur montrer ce que ses semblables allaient leur infliger.
- Grand Secret ? Dit Date.
- Nous ignorons de quoi il peut bien s'agir... Les documents étaient fragmentaires, et il semblait de toute manière que parler du Grand Secret était devenu un interdit religieux sur l'île, à en juger par l'évocation des châtiments infligés à ceux qui osaient en parler. Quoi que cela soit, ça avait en tout cas choqué les habitants de Bardos et semblait être sujet d'une grande honte pour eux. En tout cas, les visions de l'Ange ont terrifié ces hommes, mais leur a également permis d'accéder à un niveau de conscience qui leur a permis de développer ces technologies. Il ne craignait plus qu'une chose désormais, c'était que les Anges reviennent sur Terre et commencent à massacrer pour de bon toute forme de vie. Sachant qu'ils viendraient des cieux, ils se sont alors réfugiés sous terre, puis ont construits des machines vivantes, sensées combattre les Anges et les protéger lorsque ceux-ci reviendraient.
- Ils n'ont pas essayé de prévenir le reste de l'humanité ? Demanda Kouji.
- Pour des raisons inconnues, ils avaient perdu toute confiance en leurs contemporains, et se considéraient désormais, en leur qualité d'illuminés, comme les seuls méritant de survivre au retour des Anges.
- Et comment ont-ils disparus ?
- Aucune idée... La seule piste que nous ayons est que les conditions de vie souterraines ne se révélèrent pas aussi idéales que ce qu'ils espéraient, et qu'une intoxication alimentaire généralisée a entraîné leur dégénérescence. C'est tout ce que nous avons pu conclure à partir des quelques voyages que nous avons pu effectuer sur l'île. »
Kyriu semblait reprendre le fil de ses pensées. Date, lui, se contenta de fixer le jeune agent d'un air énigmatique. Le suspectait-il d'être depuis longtemps au courant de ces informations, c'était fort possible, bien que son attitude semblait dire le contraire.
« - En tous les cas, reprit le docteur Yumi, si cela eut un fort impact sur nous, ce n'était rien comparé à la folie qui prit le docteur Hell... Il agissait déjà de manière particulièrement étrange, mais son attitude empirait au fur et à mesure de nos découvertes. Il devenait de plus en plus excité avec le résultat de nos recherches, mais dans le même temps il manifestait une agressivité de plus en plus prononcée à notre égard. Il déclarait que nous gâcherions les avancées que nous pourrions faire avec ces découvertes, que lui seul pouvait vraiment envisager l'envergure réelle de ses applications... Hikari et le professeur Kabuto eurent plusieurs mots avec lui, de plus en plus violents, et il devenait impossible de travailler avec lui. Il semblait décidé à garder pour lui plusieurs informations des ruines de Bardos... Et, de fait, Hikari était sur le point de le renvoyer quand l'accident se produisit...
- De quel accident parlez vous ? Demanda Date.
- Un soir, le professeur Kabuto, Gendo Hikari et moi-même compulsions nos notes lorsque le sol se mit à trembler... Et soudainement le sol de l'île toute entière commença à s'affaisser. Nous réussimes à rassembler tout le matériel et les hommes que nous purent pour évacuer, mais une bonne partie de notre équipement disparut cette nuit-là... Et plusieurs ouvriers ne réussirent pas à atteindre les bâteaux à temps. En quelques minutes, l'île de Bardos s'effondra sur elle-même, rendant complètement impossible toute exploration future de la civilisation de Bardos. Quand au docteur Hell, il ne faisait pas partie des survivants...
- Mais vous supposez qu'il était à l'origine de ce désastre... » Déclara l'agent Kyriu.
Gennosuke opina, convaincu qu'il était de la culpabilité du scientifique fou.
« - Un des ouvriers nous a avoué qu'il avait vu le docteur Hell pénétrer dans la grotte menant à la cité souterraine quelques minutes avant l'effondrement de l'île, en portant avec lui plusieurs papiers. Impossible de savoir ce qui s'était réellement passé, mais notre conviction était que le docteur Hell avait découvert quelque chose dans les ruines qu'il nous avait caché et qu'il avait essayé d'activer. Si cette civilisation avait pu construire des milliers d'années en avance des robots géants, qu'est-ce qui nous dit qu'elle n'avait pas fabriqué pire ? En tous les cas, nous étions convaincu qu'il était mort dans la catastrophe. Etant donné l'impossibilité de pouvoir trouver une application concrète à nos découvertes, les machines de Bardos ayant sombré avec le reste de l'île, toute l'affaire fut finalement étouffée, et la NERV mit un terme aux recherches. Par la suite, le professeur Kabuto et moi-même, nous regagnèrent l'Institut, et c'est peu de temps après que le projet Mazinger fut lancé.
- Il y a un point sur lequel vous vous êtes bien plantés, en tout cas, dit Kouji. Le docteur Hell n'est certainement pas mort...
- Il reste possible que ce soit un autre individu ayant repris son nom, mais... J'en doute, dit l'agent Kyriu. Votre récit confirme nos pires soupçons, docteur. A partir d'aujourd'hui, vous serez sous la protection des services spéciaux japonais, au cas...
- Je n'ai pas besoin de protection ! Cria brutalement Kouji. Si jamais ce pourri m'envoie un de ses larbins, je vous jure qu'il s'en prendra plein la face ! Et après, je retrouverai ce foutu maniaque et je lui ferais payer la mort de mon grand-père ! »
L'éclat du jeune homme avait visiblement pris au dépourvu l'agent spécial et le docteur Yumi, qui le regardèrent avec de grands yeux écarquillés ; mais le commissaire Date, lui resta impassible. Il avait certainement vécu ce genre de situations plusieurs fois, et il savait à l'avance comment réagir.
« Très courageux de votre part... Et très stupide. Nous ne parlons pas d'un simple caïd de centre-ville. Ce docteur Hell, à supposer qu'il s'agisse du même que celui qu'a rencontré le docteur Yumi, n'est certainement pas sorti de ce cataclysme les mains vides ; si lui a survécu, peut-être a-t-il pu récupérer des fragments de la technologie de Bardos. Et surtout, il n'est pas seul. Prions pour que Setsuki ait été le seul acolyte qu'il avait à ses côtés, mais si ce n'est pas le cas, alors il faudra compter sur la présence de plusieurs autres fanatiques prêts à tuer pour leur maître et à se faire sauter si l'occasion se présente. »
Le commissaire Date se pencha vers Kouji et le regarda dans les yeux.
« Monsieur Kabuto... Si j'étais vous, j'accepterais toute protection disponible. »
A des centaines de kilomètres de là, le baron Ashura se tenait appuyé contre une rambarde de sécurité surplombant une salle de production dont les dimensions se comptaient en centaines de mètres. A ses côtés, la tête du comte Brocken flottait maintenue dans les airs par un dispositif anti-gravitationnel inventé par le docteur Hell. Les deux commandants du scientifique dément observait le fruit d'années de travail en train d'être achevés.
« - Je vois que vous avez accéléré la cadence, Ashura, dit le comte. Ce qui, à vrai dire, n'est pas franchement de trop vu le peu de résultat que vous avez eu jusqu'à présent...
- Je fais de mon mieux pour servir notre maître, répliqua l'être androgyne. Par contre, vous êtes mal placé pour critiquer mon travail, vu votre incapacité à respecter les objectifs du docteur. »
Brocken pivota pour jeter un regard assassin à son rival. Un groupe de séides qui passait par là ne releva même pas la tension entre les deux êtres. Leur haine réciproque était tellement connue au sein de l'armée de Hell qu'elle ne surprenait plus personne.
« - Cessez ce petit jeu, Ashura ! Je sais parfaitement que vous avez saboté le travail des hommes à ma disposition pour me faire passer pour un incapable !
- Je n'ai pas besoin de vous faire passer pour ce que vous êtes ! Répliqua Ashura sur un ton violent. Et ne parlez pas de sabotage alors qu'en fait, vous n'êtes pas fichu de suivre ses directives !
- Vous n'êtes qu'un traître ! Vous mériteriez que...
- Silence. »
L'ordre qui venait d'être prononcé eut un effet immédiat. Les deux commandants se tournèrent immédiatement, leur haine se muant instantanément en peur. Face à eux se tenait leur maître, avec un regard empli de reproches. L'aura qu'il dégageait glaça le sang de ces deux êtres cruels. Seul lui était capable, avec seulement un regard, de produire un tel effet sur eux.
« Je ne tolérerais aucune rivalité entre mes généraux si celle-ci peut contrecarrer nos plans, prononça le docteur Hell d'un ton glacial. Je n'ai pas fait de vous des êtres supérieurs pour que vous vous entretuiez dans des rixes aussi vaines, alors que nous ne sommes plus qu'à quelques semaines du triomphe. »
Le docteur Hell se plaça entre ses deux commandants, les abandonnant pour observer son oeuvre. Instinctivement, tous deux s'écartèrent non seulement pour lui faire de la place, mais également pour agrandir la distance entre lui et eux.
« Sont-ils achevés ? »
Le baron Ashura avala brièvement sa salive avant de répondre.
« Oui, maître. De même que leur programmation. Ils sont prêts à être envoyés à l'assaut. »
Un rictus glacial se dessina sur les lèvres du scientifique dément. Enfin. Le moment était venu pour le monde de trembler à l'évocation de son nom.
« Alors, faites-le. Que Garuda et Doublas soient mes hérauts. »
A SUIVRE
