Chapitre 7 / POV Peter
Les jours et les semaines se succédèrent. Les journées étaient pénibles à occuper alors elles se résumaient souvent à aller jouer dans le jardin. Des nouvelles de la guerre nous parvenaient par la radio et il semblait qu'il n'y en avait plus pour longtemps. Bientôt nous pourrions enfin rentrer à la maison, ce qui, théoriquement aurait dût nous réconforter. Ce qui n'était évidemment pas le cas de Ed. Deux à trois mois avait dût s'écouler depuis notre fameuse discussion. Les choses n'avaient que peu évoluées, mis à part que nous dormions dans le même lit. Pas de baisers autre que sur le front, ni rien d'autre de plus … « poussé ». Après tout, Ed n'a que 15 ans … Pourtant, je voyais bien que quelque chose n'allait pas. En effet, il soupirait à chacun de mes baisers sur son front, il boudait chaque soir avant de se coucher, autant de choses qui me laissait perplexe. Mais le pire fut il y a quelques jours, lorsque la radio annonça que la guerre serait finit avant cet été. A cette annonce, Ed s'était liquéfié, avant de quitter le salon où nous étions réunis autour de l'appareil. Depuis, j'ai l'impression de le voir se refermer sur lui, sans même savoir pourquoi … Et je comptais bien lui tirer les verres du nez aujourd'hui même ! J'avais déjà trop attendu qu'il me parle de lui même …
Le temps devait être de mon côté aujourd'hui puisqu'il faisait un temps horrible. Pluie, vent, cheminées qui grincent : un vrai temps de Toussaint ! Exit le sport en extérieur, du coup les filles avaient prévu une après-midi lecture, et Ed n'était pas totalement contre une petite sieste … ce qui serait le moment idéal pour parler.
Après un rapide déjeuner, Lucy et Susan montèrent dans leur chambre, alors que je suivais Edmund monter dans la notre. Une fois à l'intérieur, je la refermai soigneusement à clé. Ed, lui, c'était dirigé vers son propre lit et venait de s'y coucher, dos à moi. Okay, il y avait vraiment un problème … Je me dirigeai vers lui, me plaçant à califourchon au dessus de son corps. Il soupira et se débattit avant que je ne plaque ses mains contre le matelas. Il soupira à nouveau avant de détourner les yeux.
« Ed, qu'est-ce qui t'arrive à la fin ? Finis-je par demander, excédé par sa réaction.
« Rien … Marmonna-t-il toujours sans me regarder.
« Ed, tu es vraiment agaçant lorsque tu t'y mets ! Lui répondis-je en me relevant. Tu sais quoi ? Tu n'as qu'à rester là, tout seul.
Et je partis m'écraser dans mon propre lit, à deux mètres à peine de lui. Il y eu un long moment de silence, seulement ponctué par nos respirations. Finalement, j'entendis Ed remuer à côté de moi, se relever et s'approcher avant que je ne le reçoive dans mes bras. Il colla immédiatement sa tête contre mon cou, et l'embrassa doucement, m'arrachant un soupire de bien-être. A ce moment là, toujours dans mon cou, je l'entendis murmurer quelque chose d'à peine audible.
« Pardon ? Lui demandais-je. Tu peux répéter, je ne t'entends pas quand tu parles comme ça.
« Je veux pas rentrer à la maison … Murmura-t-il un peu plus fort.
« Pourquoi donc ? Tu ne veux pas revoir maman ? Retrouver ta chambre ?
« Si, si bien sûr. Maman me manque évidemment …
« Et bah alors, où est le problème ?
« Le problème, c'est que je ne veux pas te perdre.
Il avait dit ça en relevant la tête, et ses yeux brillaient de larmes contenues. A cette vue, je le pris dans mes bras et le serrai le plus fort possible.
« Qu'est-ce qui peut bien te faire penser que tu vas me perdre enfin ? Lui demandais-je alors que je lui embrassais les cheveux pour le calmer.
« On sera à la maison, chacun sa chambre, chacun sa vie. Et puis, il y aura l'école et ce qui suivra. Un jour où l'autre, on sera séparés et c'est ça que je ne veux pas …
Il pleurait maintenant contre moi. Et comme un idiot, je n'arrivais pas à trouver quelque chose à répliquer. La guerre nous avait comme enfermé dans une sorte de bulle, et j'avais bêtement oublié la réalité, ou alors avais-je fait semblant de ne pas la voir ? Tout était flou dans ma tête. Ed avait raison, qu'allait-il advenir de nous une fois revenus à Londres ? Je n'avais pas la réponse à cette question, et je me bornais donc à réconforter comme je le pouvais Edmund dans mes bras. J'étais encore perdu dans mes pensées lorsque Ed releva la tête vers moi. Je ne compris ce qu'il voulait faire que lorsque je le vis s'approcher de mon visage. Souriant, je comblais les quelques centimètres qu'il restait et atteint sa bouche, pour le plaquer plus brutalement contre le matelas. Je l'entendis gémir, et je sentis un sourire se dessiner contre ma bouche, alors que nos langues bataillaient pour la domination de l'autre. Je laissai finalement Ed gagner, et le baiser devint alors un peu plus violent, comme une sorte d'accomplissement après des années de restrictions. Comme si nous pouvions enfin laisser libre cours à nos sentiments, ici, en pleine campagne, dans ce manoir, loin de chez nous, de la guerre, des tracas, … Comme si plus rien n'existait à part nous. Je finis tout de même par mettre fin au baiser, et j'admirais la magnifique vue que j'avais de mon frère à cette instant : étendu sous moi, les joues rougies et les lèvres encore humides, un véritable appel à la débauche. Je me fis violence pour ne pas craquer et me jeter sur mon frère, là, à cet instant. Ed dût remarquer mon trouble, car à cet instant, il se rapprocha encore d'avantage de moi, allant jusqu'à se surélever pour que nos corps se touchent, et tout ceci, avec un magnifique sourire de pur prédateur. Avant de ne plus pouvoir me contrôler et que ça aille trop loin, je le plaquais à nouveau contre le lit, le maintenant en place grâce à mes bras et mes jambes. Il avait toujours ce sourire de pervers alors qu'il essayait de se rapprocher de moi, en se frottant cette fois … Il était insupportable …
« Ed … (ma voix commençait à trembler) … Arrête ça.
« Pourquoi ? Tu sais que j'en ai envie, et je sais que toi aussi !
« Ce n'est pas la question. Ce n'est ni le lieu, ni le moment de faire ça !
« Et il arrivera quand ce moment ? Dans un an ? Dans dix ans ?! (Ed commençait à s'énerver, alors qu'il était toujours prisonnier entre mes bras)
« Ed, calme-toi ! Arrête de faire l'enfant ! J'ai dis non, alors c'est non. Tu es encore trop jeune et je …
« Alors c'est ça, c'est mon âge maintenant ! Je n'ai que trois ans de moins que toi ! Arrête de chercher des excuses débiles !
« Edmund ! Ça suffit maintenant ! Criais-je.
Sur le coup, ça avait au moins eu le mérite de le faire taire. Il me fixa pendant quelques secondes, bouche bée par mon coup de voix. Il finit tout de même par se reprendre.
« D'accord, très bien, si c'est ce que tu veux …
Il détourna le regard, me faisant soupirer.
« En tout cas, continua-t-il toujours sans me regarder, sache que de mon côté je suis prêt.
Je le fixais pendant plusieurs secondes après ça, le détaillant de haut en bas. Cela aurait été tellement simple de céder maintenant, tellement facile. Après tout, nous étions tous les deux consentant. Pourtant, je ne pouvais me résoudre à faire ça tout de suite, je voulais que Ed prenne bien la mesure de ce que cela signifiait que de donner sa virginité à quelqu'un. De ce que l'acte en lui même représentait. Je ne voulais pas faire ça dans la précipitation, ou, pire, sous l'envie d'une pulsion. Et puis, même si j'étais prêt pour l'acte en lui même, j'avais peur de ne pas l'être pour ce qui concernait de faire ça à mon petit frère …
« Arrête de te torturer, entendis-je, je sais à quoi tu penses, ou j'en ai une vague idée en tout cas. Et je suis prêt à attendre. Jusqu'à ce que tu arrêtes de culpabiliser pour moi …
Je regardais Edmund, totalement abasourdi : je ne pensais pas qu'il avait pu lire en moi aussi bien.
Il dégagea l'une de ses mains d'entre mon poignet et la passa sur ma joue avant de m'attirer plus près de lui pour m'embrasser à nouveau.
