Auteur : Nat.

Disclaimer : Rien n'est à moi, tout est au vénéré Tolkien.

Warnings : Ce recueil de OS est peut-être un peu déprimant… Un peu.

° 7 °

Maglor s'est levé ce matin-là avec le besoin pressant de faire quelque chose de ses mains. De réparer quelque chose de ses mains. C'est tout naturellement qu'il a jeté son dévolu sur sa harpe, sa belle et grande harpe. Il n'y a pas d'atelier de luthier dans la demeure des Fëanorian, seulement un de menuiserie, mais le musicien peut s'en contenter. Il s'est déjà vu travailler dans des conditions bien plus déplorables, parfois même en pleine nature, à partir de rien et sans outils adéquates. Ici, le harpiste a tout ce dont il a besoin.

Le transport de la harpe cassée jusqu'à la menuiserie requiert l'aide d'un serviteur et attire les regards. Personne ne commente, cependant, pas même le maître charpentier. Il alloue un large établi à son seigneur et le laisse à son travail, retournant vaquer au sien. Au bout d'un moment, Maglor s'aperçoit de la présence d'Elros à ses côtés, Huan-en-peluche sous le bras. Le petit bout d'elfe le regarde démonter l'instrument, cherchant à saisir la signification des gestes de l'adulte.

« Vous faites quoi ? Questionne-t-il.

-Tu le vois bien : je remplace la colonne. »

Le garçonnet lui jette un regard dubitatif. Il lorgne sur l'instrument de musique éventré.

« Ben non, rétorque-t-il, ça, c'est une harpe. »

Maglor ne peut se retenir de sourire. Il explique de sa voix douce, tandis que ses mains expertes remettent patiemment d'aplomb le bel instrument, de quoi est composée une harpe et comment les musiciens en nomment chaque partie. Elros l'écoute, plus par politesse que par intérêt, mais le ménestrel ne lui en tient pas rigueur. Il est encore trop jeune pour comprendre. Le semi-elfe reste quelques temps avec lui avant de se lasser du spectacle. Il passe le reste de son temps à demander à tous les menuisiers qu'il croise s'ils savent fabriquer des bateaux.

Le second fils de Fëanor prend son temps pour réparer sa harpe, savourant chaque étape du processus, et il laisse passer du temps avant d'oser l'accorder. Ce n'est qu'après plusieurs jours que le grand instrument retrouve sa place dans la chambre de l'elfe chanteur.

Le soir même, après le repas, Maedhros vient tenir compagnie à son frère dans ses appartements. S'il remarque l'absence de miroir sur la coiffeuse, il s'abstient de toute remarque et Maglor lui en est reconnaissant. Il n'a pas envie d'en parler. L'aîné s'assoie sur le lit, le cadet sur le bord du fauteuil. Maglor incline la harpe, l'appuie contre son épaule. Il interroge Maedhros du regard. Le visage du grand elfe roux est aussi grave que d'ordinaire, mais ses yeux sourient. Ceux de Maglor lui répondent de même, et ses doigts commencent à égrener les notes d'une ancienne et lente mélodie, toute simple, une des premières qu'il a appris il y a longtemps, très longtemps, en un autre Age et sur une autre terre. Maedhros se laisse aller contre les oreillers et ferme les yeux. Il écoute.

Maglor joue. Il savoure le moindre des sons mélodieux qu'il produit. Enfin.

C'est le léger craquement du bois qui lui fait tourner la tête vers la porte, sans cesser de jouer. Blotties derrière le battant légèrement poussé, à demi dissimulées par l'obscurité grandissante, immobiles et attentives, deux toutes petites silhouettes se tiennent par la main.

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