Chapitre 6 : Contre un secret (Point de vue omniprésent)
« Madame Arturia », annonça une voix provenant de derrière la porte de la bibliothèque.
« Téti, je t'en prie, entre » invita Saber. Elle leva les yeux de son livre et observa la jeune femme avancer avec le chariot de thé. « Je t'ai déjà dit de m'appeler par mon prénom » remarqua-t-elle.
"Je ne peux vous manquer de respect » dit-elle d'une petite voix en posant une tasse devant sa maîtresse.
Cette dernière fronça légèrement les sourcils.
"Nous sommes amies, tu ne peux me manquer de respect en m'appelant par mon prénom»
Téti resta silencieuse. Les deux jeunes femmes s'étaient en effet rapprochées depuis l'arrivée de la blonde dans sa nouvelle demeure. Cela faisait une semaine que le roi des chevaliers n'avait pas croisé ce tyran de Gilgamesh, soit depuis le jour où il lui avait offert ce collier, et la jeune femme en avait alors profité pour se rapprocher des personnes qui habitaient le palais. Rester seule dans cet immense endroit lui rappelait sa vie antérieure en tant que Roi Arthur, et elle n'aimait pas l'amertume de ces souvenirs, ni la solitude qui s'en dégageait.
Téti était une jeune femme qui semblait avoir son âge, et bien qu'elle fût en apparence indifférente à l'amitié de sa maîtresse, en observant bien, on pouvait entrevoir qu'elle était touchée par sa bienveillance. Elle s'était même excusée de l'empoisonnement que lui avait ordonné son maître. La veille, après maintes hésitations, voyant l'ennui de sa maîtresse, elle avait fini par craquer et avait fait découvrir à la blonde la bibliothèque du palais. Cette dernière s'était émerveillée de l'immense salle dont les hauts murs étaient cachés par de géantes étagères remplies de livres.
Depuis la veille, elle avait alors passé quasiment tout son temps à explorer ce labyrinthe de connaissances. Le trésor de Babylone ne se constituaient pas que d'armes et de remèdes, mais aussi d'ouvrages rares et inestimables.
« Que lisez-vous ?» demanda Téti.
Saber sourit. Au nombre croissant de questions que sa servante posait, le Roi des Chevaliers comprenait qu'elle s'ouvrait de plus en plus. Derrière ses apparences, Téti se révélait être très curieuse.
« Les mythes qui comptent les exploits de Gilgamesh » répondit la blonde.
« Que disent-ils alors ? »
« Hm, pas grand-chose à vrai dire » dit-elle d'un air déçu. « J'espérais apprendre un peu plus sur lui et comprendre ma raison d'être ici. Mais ces textes historiques sont trop objectifs ».
Elle se mordit les lèvres. Quelque part dans sa lecture, elle souhaitait trouver une solution pour sortir d'ici sans avoir à briser son accord avec le Roi des Héros. Elle ne savait pas exactement quoi chercher mais toute information lui semblait utile. Après tout, elle n'avait rien de mieux à faire. Depuis qu'elle était arrivée ici, elle était dans le noir total : pourquoi était-elle ici ? Qu'est-ce qu'on attendait d'elle ? Restera-t-elle ici longtemps ou n'en sortira-t-elle jamais ?
L'idée de vivre éternellement dans ce palais aux côtés de Gilgamesh la répugnait, et surtout lui déchirait le cœur. Ses amis lui manquaient, et par-dessus tout elle s'inquiétait pour le malade, Shirô, pour qui elle avait fait un pacte avec le Roi des Héros. Elle aimerait le voir encore une fois, pour s'assurer qu'il allait bien et qu'il pouvait vivre à nouveau comme une personne en parfaite santé. Lorsqu'il se réveillerait et qu'il ne la verrait pas, s'inquiéterait-il lui aussi pour elle ? Languirait-il lui aussi de sa présence ?
« Madame Arturia ? » S'inquiéta Téti en voyant la tristesse sur le visage de sa maîtresse.
Cette dernière reprit contenance et ferma le livre qu'elle avait sous les yeux.
« Je vais en chercher un autre » déclara Saber en se levant.
« Très bien. Je vous préviendrai lorsque votre dîner sera prêt » annonça la brune avant de se diriger vers la sortie.
Saber déposa le bouquin qu'elle venait de feuilleter et souffla bruyamment. Elle ne pensait pas que la solitude l'affecterait autant après si peu de temps. Il fallait qu'elle se reprenne. Alors, un peu plus déterminée elle prit le plus gros des ouvrages qu'elle vit. Elle pensait qu'elle aurait sans doute plus de chance de trouver une réponse dans mille pages plutôt que dans une centaine.
Cependant en le tirant vers elle, un objet caché par ce dernier attira son attention. On aurait dit un vieux carnet. Elle le prit et l'ouvrit. La première page indiquait : « Ce journal appartient à Enkidu, envoyé par les dieux aux côtés du Roi des Héros «
Saber se souvenait avoir aperçu ce prénom dans les ouvrages qu'elle avait déjà lu. Intriguée elle le feuilleta rapidement et elle remarqua qu'il n'y avait pas beaucoup de pages écrites. Elle jeta un coup d'oeil aux derniers mots inscrits.
« … Les dieux ont décidé de mon sort. Je crois que le moment de quitter ce monde est venu. Si tu lis ce carnet Gil, mon cher ami, sache que, ... »
Le bruit du claquement de la porte de la bibliothèque l'arrêta dans sa lecture. Téti était sans doute venue l'informer du repas. Intriguée par sa trouvaille, elle décida de garder avec elle le manuscrit qu'elle tenait. Elle retournerait à sa lecture avant de dormir.
Elle faisait le chemin inverse parmi les grands rangements en bois, quand soudain, quelque chose lui attrapa le bras et la tira dans l'ombre. Son dos heurta une des immenses étagères, et la seconde d'après, sa poitrine se retrouva plaqué contre un buste. Elle rencontra à quelques centimètres de son visage deux iris rubis et reconnut immédiatement l'homme qu'elle méprisait actuellement le plus. Les deux mains de l'oppresseur retenaient ses poignets, et son genou était placé entre ses deux cuisses, lui bloquant le passage.
« Est-ce que la bibliothèque est au goût du Roi des Chevaliers ?»
Elle ignora la question et tourna la tête en gardant l'expression impassible. Gilgamesh n'apprécia guère beaucoup ce manque de réponse. Il la préférait troublée ou énervée, n'importe quelle autre réaction qui montrait qu'il exerçait un certain pouvoir sur elle. Cependant, la voir si imperturbable rendait aussi la chose plus amusante, l'envie de jouer à comment il briserait le sang froid de la jeune femme se faisait plus grand. C'était un jeu qu'il venait à peine de découvrir auquel il était déjà accro. Mais rien que d'y penser, savoir qu'un autre homme avait aussi le don de secouer ses émotions le rendait toujours aussi furieux.
Il se pencha pour poser ses lèvres sur la partie de la nuque qu'elle lui montrait involontairement. Elle frissonna. Son souffle chaud vint caresser sa peau lorsqu'il lui demanda avant de la réembrasser : « Est-ce que je vous ai manqué pendant mon absence ? »
« J'aimerai retourner à mes quartiers » déclara-t-elle en ignorant sa question et ses caresses.
Il leva la tête pour fixer ses yeux émeraudes. Mais un objet attira son attention. Dans une de ses mains, Saber tenait fermement un objet rectangulaire que Gilgamesh reconnut immédiatement. Il savait parfaitement reconnaître chacun des objets qui lui appartenait, et surtout ceux qui le marquaient.
La jeune femme suivit son regard et observa ensuite son visage. Elle vit ses yeux s'arrondir sous la stupéfaction pendant une rapide seconde, puis ses sourcils se froncer.
« Où avez-vous trouvé… ?» questionna-t-il sur un ton soudainement dénué de toute la suavité qu'il avait l'habitude d'employer avec elle. Il lui arracha le carnet, libérant les mains de sa prisonnière. Elle était maintenant persuadée que ce petit livre lui serait précieux. Sa quête pour en apprendre plus sur cet homme qui la gardait prisonnière pour elle ne savait quelle raison, n'était peut-être pas si impossible.
« Si vous ne voulez pas que je le lise, il suffit de me le dire » dit-elle en feignant le désintérêt. « Mais avoir un secret est rude pour votre fiancée ». Ce mot « fiancée » lui laissa un goût amer au fond de la gorge.
Il leva un sourcil. Réalisait-elle enfin qu'elle allait être bientôt sa femme ? Un rictus se dessina sur ses lèvres. Il recula, lui laissant à nouveau son espace personnel.
Il tendit à sa fiancée le carnet. « Je n'ai aucun secret pour vous ». Il pensait qu'après tout, tout ce qui était écrit dedans avait eu lieu il y avait déjà fort longtemps. Sa réaction précédente n'était juste qu'un micro choc dû à une soudaine réapparition des réminiscences d'un passé qu'il avait oublié pendant des centaines d'années.
Saber saisit l'objet en se félicitant intérieurement. Elle se décala de Gilgamesh et s'apprêta victorieusement à retourner à sa chambre, quand une seconde plus tard, après avoir dépassé sa silhouette, il la tira de nouveau vers lui. Ils se retrouvèrent dans la même position que précédemment. Les mains coincées par les siennes au-dessus de sa tête, son genou au niveau de son entre-jambe, elle était de nouveau plaquée contre l'étagère en bois. Elle eut à peine le temps de s'offusquer de ce nouvel abus que ses lèvres furent soudainement capturées par celles de son « fiancé ».
Ses yeux s'agrandirent, et sous le choc elle lâcha le carnet. On l'embrassait. Lorsqu'elle sentit la langue de son agresseur forçait l'ouverture de sa bouche, elle reprit ses esprits et tourna violemment la tête, brisant le contact.
Gilgamesh passa la langue sur ses lèvres, son expression arrogante de retour sur son visage. Il se délecta de cet air tourmenté que lui présentait sa belle. Était-ce son premier baiser ? Elle était si bouleversée par ce petit contact, alors qu'ils avaient déjà marqué de nombreux autres baisers sur sa peau de porcelaine l'autre soir ? Un rictus déforma ses traits. Le roi des Chevaliers était-il de nature romantique à croire à ses balivernes à propos du premier baiser ? Il riait intérieurement, cette femme était bien trop pure. Il trouvait cela risible et quelque part, à ce moment même, presque adorable.
Il la relâcha et ramassa l'objet qu'elle avait fait tomber pour le lui tendre à nouveau. « Un baiser contre un secret » stipula-t-il à la jeune femme toujours pétrifiée. Il s'éloigna, suffisamment amusé, et il l'informa : « Cet échange sera toujours valable pour vous ».
Il ne manquait plus qu'à l'attendre.
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