Voilà, j'avais dit que je posterai cette semaine... Et j'ai réussi, bien que tout le monde se soit ligué pour m'en empêcher ! Je suis témoin, c'est un complot de ma famille, de mes collègues, de mes amis !
Bon ça ne fait rien. Hem.
Merci de suivre mon histoire et d'avoir apaisé mes doutes sur Minerva. Toutes les reviews me font très plaisir ! Est-ce que les anonymes pourraient laisser leur mail, que je puisse les remercier directement ? Je promets que je ne mords pas...
Chapitre 7
Harry sentit que le sang se retirait de son visage. Un étau de fer se referma brutalement autour de sa poitrine, le faisant suffoquer d'angoisse. Sa première réaction fut d'avouer la vérité à Severus, de lui demander pardon, d'implorer son aide contre Lucius… Mais il repoussa fermement cette vague de panique. Il était fier d'avoir parlé au comte, il se réjouissait d'avoir obéi à son instinct. Il n'allait pas se rétracter, pas même pour faire plaisir à Severus !
- Je n'arrive pas à y croire, jeta-t-il avec fougue. Vous me demandez de me taire ou de mentir ? De faire comme si tout était normal dans cette abbaye ? Vous considérez que Lucius a le droit de faire du chantage pour obtenir ce qu'il veut ? Vous savez ce que vous êtes ? Un hypocrite ! Et vous êtes un moine, vous avez juré de vous conduire mieux que les autres hommes pour la gloire de Dieu ! Vous ne valez pas mieux que le Prieur. Votre fausseté me rend malade !
Severus accusa le coup. Son visage prit une laide couleur brique, si grande était sa colère et son dépit. Il eut un geste brusque qui fit se recroqueviller Harry dans la peur d'une gifle.
- N'ayez crainte, je ne vous frapperai pas, siffla-t-il, quand bien même j'en aurais l'envie. Les manières brutales ne me ressemblent pas.
Il passa la main dans ses cheveux noirs, un geste révélant qu'il était désemparé. Harry avait fait mouche.
- Vous avez raison, murmura finalement Severus. Je suis un hypocrite. Je n'ai pas le courage de mettre en application ce à quoi je crois.
Harry fut stupéfait par cet aveu auquel il ne s'attendait pas.
- Maître…
- Ecoutez-moi. Laissez parler votre confesseur pour une fois, persifla Severus non sans amertume. C'est vrai, je fais preuve de fausseté, je ne respecte pas mon engagement monacal. Je suis un vil pécheur. Je l'avoue.
Il lança un regard à Harry et murmura plus bas encore :
- Et vous ignorez à quel point… Cependant je n'ai pas le motif de faire le mal pour le mal, à l'instar de Lucius. Vous n'avez nulle confiance en moi et je n'ai rien fait pour mériter cette confiance, c'est bien ce que vous pensez ? Je ne vous en empêcherai pas. Mais je vous adjure de faire ce que je vous dis sur ce point précis : dans votre propre intérêt, vous devez oublier ce qui s'est passé.
Harry, ébranlé malgré lui, dit avec rancœur :
- C'est dans mon intérêt ou dans l'intérêt de vos combinaisons avec Lucius ? De toute manière il est trop tard. J'ai tout raconté au comte Cornelius et j'ai bon espoir qu'il choisira un autre abbé.
Ne pouvant affronter le regard intense de Severus, Harry se détourna. Alors qu'il retournait au réfectoire, Severus le rattrapa une nouvelle fois. Harry fut violemment saisi par le bras ; la voix rauque résonna tout contre son oreille :
- Encore une chose, petit présomptueux : dorénavant ne restez jamais seul avec Lucius, sous aucun prétexte. Même s'il vous en donne l'ordre. Restez toujours avec vos camarades et évitez les moments de solitude. Obéissez-moi en cela au moins !
Et Severus le lâcha tout aussi brusquement et disparut dans un froissement d'étoffe.
HPHPHPHP
Cette conversation troubla profondément Harry. Il se raccrochait au sentiment qu'il avait bien fait d'agir en suivant sa conscience mais il craignait d'avoir commis un acte impulsif qui se retournerait contre lui. Il suivit le conseil (ou l'ordre ?) de Severus et évita de rester seul. Malgré cela, son angoisse était patente et troubla une nouvelle fois son sommeil. Il se réveilla en sursaut, mordant sa main pour retenir ses cris de terreur, transpirant et tremblant. Cela ne pouvait plus durer.
Lorsque le soleil se leva, Harry se résigna à rejoindre l'infirmerie. Il répugnait à déranger Remus mais il avait cruellement besoin d'un remède à ses nuits agitées. Dans la salle principale, Neville pilait les herbes au mortier et lui adressa un grand sourire.
- Tu te sens mieux aujourd'hui ?
- Oui, merci. Je suis désolé de réveiller les autres. Je ne le fais pas intentionnellement.
- Je le sais bien !
Harry enviait Neville. Celui-ci avait été un adolescent maladivement timide, malhabile au travail manuel ; Severus le secouait d'importance. Puis le frère Remus l'avait pris sous son aile et Neville s'était totalement épanoui dans la préparation des remèdes et l'entretien des plantes médicinales. Il se conduisait désormais en garçon sûr de lui, heureux d'avoir trouvé sa place dans le monde.
Harry reconnaissait que cette sensation lui était inconnue.
Remus arriva du jardin où il récoltait ses plantes.
- Bonjour Harry.
Son regard amical mais perçant plongea dans les yeux du novice, le jaugeant.
- Est-ce que tout va bien ?
Remus connaissait mieux que personne les difficultés qu'affrontait quotidiennement Harry ; il était le seul vrai confident du garçon. Pourtant, même Remus était loin de tout savoir sur lui. Harry gardait jalousement des secrets au fond de son cœur, comme les sentiments complexes et effrayants que lui inspirait Severus…
- Je vais bien, assura le jeune homme. Juste un peu fatigué.
Remus se pencha pour scruter son visage.
- Tu as mauvaise mine. Encore des cauchemars ?
- Non, répondit Harry.
- Oui, contredit Neville.
Harry lui décocha un regard désapprobateur.
- Passe à côté que je t'examine, dit Remus en pinçant les lèvres. Neville va préparer la passiflore en nous attendant.
Mi-agacé mi-résigné, Harry suivit Remus dans le dortoir de l'infirmerie. Tous les lits étaient vides. Remus lui fit signe de s'asseoir sur l'un d'eux et saisit son poignet pour prendre son pouls.
- Trop rapide, dit-il tout de suite. Es-tu essoufflé ? As-tu mal au dos ?
- Non. Vous me demandez toujours la même chose, frère Remus. Que craignez-vous ?
Remus soupira.
- Je me demande si ton cœur n'a pas de problèmes. Cela expliquerait certains de tes problèmes de santé.
Harry eut un sourire sans joie.
- Mon cœur va fort bien. Le muscle, en tout cas.
- Même si tu avais effectivement des problèmes, tu ne le saurais pas, répliqua Remus sans relever l'allusion. Un cœur qui fonctionne mal n'est pas l'apanage des personnes âgées.
- A ce propos, comment va Albus ?
- Il se repose. Ne détourne pas la conversation.
Remus écouta sa respiration, l'oreille plaquée sur son dos ; lui regarda le blanc de l'œil ; lui palpa la gorge et le ventre. Enfin il s'assit près de lui.
- Aucun symptôme décelable, comme d'habitude.
- Je ne suis pas malade, Remus. Je fais seulement des cauchemars.
- Moi je reste persuadé que ta nervosité excessive cache des troubles physiques… Mais peut-être ai-je trop d'imagination.
Harry lui sourit chaleureusement.
- Nous savons tous que vous prenez votre tâche à cœur. Vous ne voulez pas que vos ouailles tombent malades. Pourtant, vous ne pouvez pas tout empêcher et la maladie fait partie de la vie.
- Tu parles comme Albus, mon petit… Mais il y a une différence entre ceux qui ont fait leur temps et ceux qui ont encore de nombreuses années devant eux, s'ils sont surveillés correctement. J'ai toujours trouvé alarmant qu'un garçon de ton âge, correctement nourri, ait si peu d'endurance et tant de fébrilité.
- Je suis comme cela, voilà tout, riposta Harry. Le Père Albus ne dit-il pas aussi qu'il faut accepter ses défauts pour en tirer le meilleur parti ?
- Cette phrase t'arrange fort, n'est-ce pas ? Parle-moi de tes cauchemars.
Harry fit un geste vague.
- Je me les rappelle très peu. Je sais seulement que je suis entouré par les ténèbres, que je suis terrifié. Je sens une présence ennemie, je veux m'enfuir mais je n'y arrive pas. C'est important ?
- Oui, ça l'est. En général on rêve de ce que l'on redoute, ou on revit des épisodes pénibles de son existence. Dans ton cas, c'est probablement la seconde solution.
Harry hocha la tête. Remus était au courant du meurtre de ses parents : il l'avait écouté avec gentillesse quand le garçon s'était confié.
- Alors ces cauchemars ne disparaîtront jamais ? s'enquit Harry d'une petite voix.
- Je pense que si. Ils se feront plus rares et finiront par disparaître. Mais pour cela, il faudrait que tu sois en paix avec toi-même, que tu sois suffisamment satisfait de ton existence pour oublier peu à peu le passé.
Harry garda le silence. Il n'était ni heureux ni même satisfait de son existence actuelle ; Remus le savait bien.
- Tu dois accepter ton sort et en tirer le meilleur parti.
- Vous parlez comme frère Severus…
- Le Maître des novices est un homme sage.
- Il trouve que je suis un mauvais moine.
- Dis-lui que tu ne ferais pas un bon paysan non plus !
Harry rit malgré lui pendant que Remus le scrutait de nouveau.
- Tu as des problèmes de cœur, as-tu dit ?
- Je n'ai pas dit ça !
- Mais si, quand tu as dit que seul le muscle se portait bien. Ne crois pas que je n'ai pas saisi le message, mais j'ai bien le droit de diriger la conversation à ma guise ! Est-ce toi qui quittes le cloître en douce pour retrouver cette fille ?
- Bien sûr que non !
- Je l'espère. C'est un acte d'une rare stupidité.
Remus se leva, Harry l'imita aussitôt.
- Vous allez me donner une potion ?
Ils retournèrent dans l'herboristerie, pour tomber nez à nez avec Lucius.
Harry sursauta et fit instinctivement un pas en arrière. Lucius sursauta également. Il recula de la table. Remus marcha jusqu'à lui.
- Pardonnez-moi, monsieur le Prieur…
Il l'écarta fermement pour prendre le flacon de passiflore qu'avait préparé Neville. Lucius prit un air mielleux.
- J'ai pris froid. Ma gorge me fait souffrir le martyre, frère Remus. Auriez-vous un de vos remèdes miracle ?
- Les miracles sont réservés à Notre Seigneur, répliqua Remus. Je ne fais que soigner avec des moyens plus ordinaires. Mal à la gorge, disiez-vous ? Dans ce cas, il faut vous abstenir de parler et donc de faire des sermons…
Remus lui tendit une fiole et une cuillère de bois. Lucius se servit avant de quitter la pièce.
En sa présence, Harry avait senti son pouls s'accélérer et ses mains devenir moites. Heureusement que Remus ne l'auscultait pas en ce moment, se dit-il, ou il ferait un diagnostic alarmiste !
Après le départ du prieur, Remus marmonna :
- Je suis sûr qu'il traîne par ici pour savoir comment se porte Albus.
- Et comment va-t-il justement ?
Le silence de Remus se prolongea tant que Harry eut le temps de sentir son sang se figer veine par veine. Mon Dieu, non…
- Il dort, finit par dire l'herboriste.
Harry lui lança un regard tout à fait incrédule.
- Mais j'ignore s'il se réveillera… Je sais que tu es bouleversé, Harry. Albus est vieux, fatigué. Il va partir paisiblement, sans même le savoir. Je t'assure que c'est une belle mort. Quand tu seras assez vieux pour y réfléchir, tu sauras que notre cher Albus a eu beaucoup de chance.
Harry le regarda comme s'il avait perdu l'esprit.
- Beaucoup de chance ! Il pouvait vivre encore des années. Il avait encore des tas de choses à accomplir, des moines à former, des livres à lire, des choses plus ou moins absurdes à rêver ! Comment peux-tu dire que c'est bien d'ignorer que l'on va mourir ? Moi je crois qu'il faut le savoir, profiter des derniers instants, faire fonctionner son esprit tant qu'on le peut encore !
Il se mit à trembler et dut se raccrocher à la table. Remus lui prit le bras.
- Je le savais, tu es trop sensible. Même les choses les plus naturelles de la vie sont compliquées pour toi… Respire, mon petit. Bois ça.
Harry se força à ravaler ses larmes et tenta de repousser le flacon de passiflore.
- Je déteste cette potion ! Je dors debout pendant des heures !
- Tu es trop nerveux, être calme ne peut pas te faire de mal !
Que répondre à cela ? Harry, réticent, finit par obéir avant tout pour ne pas contrarier Remus. Il se retint de se plaindre du goût amer. Neville l'avait probablement laissé bouillir. Mais quelle importance cela avait-il à côté de la mort prochaine d'Albus ?
Harry rejoignit ses camarades pour prendre sa part du travail manuel. Malgré les remous de ses derniers jours, l'abbaye devait continuer à vivre comme si de rien n'était. C'était à la fois étrange et réconfortant. Frère Severus lui jeta un rapide coup d'œil. Il ne lui demanda pas s'il se sentait capable de travailler, après sa nuit agitée. Mais il lui désigna les gerbes de foin à lier, tâche moins physique que le fauchage.
En fin d'après-midi, Harry commença à ressentir l'engourdissement provoqué par la potion calmante de Remus. Il fut heureux que la journée s'achève, il avait du mal à garder les yeux ouverts pendant les prières.
Il s'écroula sur sa paillasse. Il sombra au moment même où sa tête toucha le tissu. Il ne réalisa pas qu'il criait, se débattait et se griffait le visage.
Il ne réalisa pas non plus que les autres se ruaient vers lui, affolés, et tentaient de le réveiller. Certains novices, terrifiés, se serraient les uns contre les autres en frissonnant.
Il ne réalisa pas que Severus le saisissait par les épaules en l'appelant par son prénom, d'une voix très angoissée.
Rien ne semblait pouvoir le sortir de sa crise de démence.
HPHPHPHP
Harry poussa un gémissement en émergeant lentement des ténèbres. La douleur irradiait sa tête, son ventre, chaque parcelle de sa peau. Avec un terrible effort de concentration, il parvint à ouvrir les yeux bien que la lumière du jour augmentât son malaise. Il gisait sur un lit, entortillé dans un drap grisâtre. D'autres lits vides se trouvaient tout autour, lui permettant de reconnaître le dortoir de l'infirmerie. Il s'efforça de rassembler ses esprits mais ne se souvenait de rien, hormis qu'il s'était endormi dans son grabat de novice. La panique commença à le gagner. Il s'aperçut alors qu'il était attaché sur son lit : bras et jambes étaient enserrés par des cordes.
Ses terreurs enfantines resurgirent d'un coup. Son oncle l'avait trop souvent attaché pour qu'il supporte encore ce traitement.
- Enlevez-moi ça ! hurla-t-il.
Il commença à se contorsionner et à se débattre violemment. Les cordes bien serrées lui cisaillèrent la chair.
- Arrête de t'agiter ! lança la voix de Remus.
Le frère herboriste vint se pencher sur lui, pâle et soucieux. Même cette présence amie n'apaisa pas Harry, qui remuait avec frénésie.
- Détachez-moi ! Détachez-moi !
Remus posa fermement les mains sur ses épaules pour l'inciter à se tenir tranquille. Cela ne suffit pas. Harry n'avait pas recouvré toute sa lucidité ; la panique l'aveuglait. Il faillit blesser Remus par ses gestes.
- J'avais raison de vouloir l'attacher. Vous voyez bien qu'il est dangereux !
Lucius vint se placer au pied du lit et darda un regard hautain sur Harry. Remus, énervé, répliqua :
- C'est d'être entravé qui provoque sa réaction ! Donnez-moi un couteau.
- Pour que vous libériez ce démon ? Certainement pas !
Lucius avait pris un air effaré, comme si l'intention de Remus le choquait au plus haut point. Remus, qui tentait d'apaiser la situation, grommela :
- N'exagérons rien !
- Vous trouvez que j'exagère ? Il a eu une crise de folie comme s'il était possédé ! Ses camarades sont terrorisés. Le plus grand tumulte règne dans cette abbaye dont je suis responsable. Votre affection pour lui vous aveugle, frère Remus.
En écoutant lui aussi le Prieur, Harry avait cessé de se débattre. Il ne comprenait pas : de quelle crise de folie parlait-il ? Que s'était-il passé ?
Lucius tourna les talons avec majesté. Harry regarda Remus, de l'angoisse dans les yeux.
- Est-ce vrai ? Ai-je été pris de folie ?
Remus passa une main consolante sur son front.
- Je n'étais pas là, je ne peux te répondre. A ce qu'on m'a dit, tu as été assez violent. C'était plus qu'un simple cauchemar. Tu en parleras plus tard avec les autres novices, d'accord ? Prends un peu de soupe.
Remus approcha un bol tout en lui redressant la tête. Harry, obéissant, but le contenu. Il sentit peu après qu'il glissait dans le sommeil : Remus avait drogué la soupe. Il n'avait même plus assez d'énergie pour le lui reprocher. Sa dernière pensée fut que Remus n'avait pas enlevé les liens.
(à suivre)
