Chapitre 6
Savoir souffrir,
En silence, sans murmure,
Ni défense ni armure,
Souffrir à vouloir mourir.
Et se relever,
Comme on renaît de ses cendres,
Avec tant d'amour à revendre,
Qu'on tire un trait sur le passé.
Florent Pagny – Savoir aimer
Le lendemain, Harry et Drago étaient partis tôt le matin avec le portoloin que le Survivant avait réussi à obtenir. Ensemble, ils arrivèrent dans l'allée principale du Paris. Le blond fut un peu secoué par l'atmosphère magique, provoquée par le déplacement, mais il se reprit bien vite.
Il savait que, d'ici, Harry devrait les faire transplaner jusqu'à leur destination de vacance, mais, avant, ils profiteraient un peu pour déambuler dans ce qui était l'équivalent du chemin de Traverse en France.
Ici, Drago ne craignait pas d'être reconnu, mais il avait tout de même demandé à Harry de lui lancer un sort pour foncer ses cheveux, juste avant de partir. Ça et les lunettes de soleil devraient suffire à ne pas avoir de problème.
Ils étaient partis tellement vite que Drago n'avait pas songé à se regarder dans le miroir après que Harry lui ait jeté le sort pour changer sa couleur de cheveux. Ce fut donc avec stupeur qu'il s'arrêta devant la première vitrine qui lui renvoya son reflet. Il resta scotché par son apparence.
- Roux ?! Vraiment ?! De toutes les couleurs possibles et imaginable, tu m'as fait devenir roux ?! s'exclama-t-il avec mécontentement.
Harry pouffa, visiblement très fier de lui.
- Tu sais que, depuis hier, c'est un Serpentard que tu t'amuses à provoquer ? La vengeance est un plat qui se mange froid chez nous, expliqua-t-il.
- Je prends le risque. C'était trop tentant, répondit Harry encore plus hilare devant l'air plein de dignité que tentait de conserver Drago.
Harry voyait que, malgré son air sérieux, le blond était plutôt amusé. Bien sûr, cela ne tenait qu'au fait que personne ne se rendrait compte qu'il s'agissait de lui. Cependant, pour Drago, toutes les bonnes blagues avaient une fin, surtout lorsqu'elles étaient à ses dépens.
- Potter, change-moi ça tout de suite !
- Je t'assure que ça ne te va pas si mal ! Puis tu peux être sûr que personne ne te reconnaîtra !
- Potter !
Harry finit par accéder à la demande du blond et transforma le roux en cheveux noir. Il entendit marmonner Drago mais celui-ci devait être satisfait de son choix puisqu'il se mit en route.
- Je vais faire un tour de mon côté, annonça Drago alors qu'Harry s'arrêtait devant la boutique de Quidditch.
Le brun acquiesça et entra dans la boutique alors que Drago s'éloignait. Il n'avait pas supporté voir le magasin de Quidditch. A une époque, il y serait rentré et aurait dépensé beaucoup trop de Gallions, mais il en serait ressorti heureux. Aujourd'hui, non seulement il n'avait plus de Gallions à dépenser, mais, en plus, il n'avait même plus de balai...
Il déambula un moment dans l'allée principale sans vraiment savoir quoi faire. Malgré son incapacité à faire de la magie, il appréciait se promener dans le monde sorcier, sans être dévisagé. Il lui restait encore une grosse partie de l'argent gagné en travaillant pour Harry, il pourrait se faire un petit plaisir du côté sorcier. Cependant, malgré son idée, il ne trouva rien qui lui fit envie. Entre ses cinq années de prison et son année passée dans la rue, il avait beaucoup de mal à retrouver les petits plaisirs matérialistes qu'il adorait.
Alors qu'il s'apprêtait à retourner à l'entrée de l'allée marchande pour s'installer dans un petit café en attendant le retour de Potter, il repéra la boutique de plumes magiques. Il pesa le pour et le contre de l'idée qui lui trottait dans la tête, avant d'entrer. Il en ressortit quelques minutes plus tard, un petit sachet dans les mains. Il ne tarda pas à croiser Harry.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda le Survivant en désignant le paquet que tenait Malefoy.
- Si on te demande, tu n'auras qu'à répondre que tu ne sais pas, railla le blond.
Harry leva les yeux au ciel, mais n'insista pas. Sans un mot, ils se rendirent à l'aire de transplanage. Le blond donna sa main au brun et Harry les fit transplaner jusqu'à la maison qu'ils occuperaient durant les vacances. L'atterrissage fut loin d'être doux. Potter l'avait prévenu, le transplanage d'escorte n'était pas sa spécialité. Drago n'aurait jamais cru être capable de lui faire suffisamment confiance pour s'en remettre totalement à lui, mais il devait avouer que les choses avaient bien changé depuis son arrivée chez le brun.
Drago jeta un œil à ce qui serait leur résidence pour ces vacances. Il s'agissait d'une grande villa avec un vaste jardin. Bien sûr, Drago trouva le tout très beau, mais n'osa pas imaginer la beauté du même lieu au printemps ou en été. Harry ouvrit la porte d'entrée d'un coup de baguette et pénétra dans la demeure.
D'un sort, les bagages que Harry transportait dans sa poche reprirent une taille normale. Il entreprit ensuite de faire visiter la maison à Drago. Au rez-de-chaussée, il y avait simplement un grand salon qui faisait aussi office de salle à manger, avec un coin cuisine assez généreux, ainsi que des sanitaires. L'étage était composé de quatre chambres, chacune ayant sa propre salle de bain.
- Je ne pensais pas que tu avais des goûts aussi luxueux, fit remarquer Drago.
- Oh, j'ai hérité de cette maison par mon père, je ne l'ai pas acquise par moi-même. Ceci dit, j'apprécie assez y passer les vacances d'été, expliqua Harry.
- Tu m'étonnes ! s'exclama Drago.
Ils étaient redescendus au rez-de-chaussée et ils se tenaient à présent sur la terrasse côté sud de la maison. Celle-ci ne donnait pas sur le jardin, mais surplombait la mer. Drago fut subjugué par la vue et se demanda si, l'été, il pouvait sauter dans l'eau directement de cette terrasse. Il ne put s'empêcher pas de poser la question.
- Je ne te le conseille pas, l'eau n'est pas assez profonde pour sauter de cette hauteur sans risquer de frapper les rochers, expliqua Harry.
- Dommage.
- Viens, je vais te montrer quelque chose, dit Harry.
Curieux, Drago suivit le Survivant, qui l'entraîna dans un escalier en pierre qui descendait. Ils arrivèrent dans une cave spacieuse et le brun se dirigea vers une porte en bois. Il l'ouvrit d'un coup de baguette et Drago se trouva sur des escaliers donnant directement sur l'eau.
- Bien sûr, le saut est moins impressionnant d'ici que d'en haut mais je trouve que c'est déjà pas mal, s'amusa le brun.
- Je ne sais pas où nous sommes, mais cette maison doit être encore plus impressionnante en juillet-août !
- Nous sommes à Cassis et, oui, je te l'accorde, c'est la destination rêvée pour les vacances estivales. Promis, on y reviendra cet été, dit spontanément Harry.
Drago ne commenta pas, mais comme à chaque fois que le brun se projetait aussi loin dans l'avenir, avec lui, le blond fut aussi ému qu'apeuré. Il appréciait de plus en plus le temps passé auprès d'Harry et il appréhendait un peu le moment où leurs routes se sépareraient. Bien sûr, à présent, ils étaient amis et Drago savait qu'il ne retournerait pas dans la rue. Cette simple idée le réjouissait. Quoi qu'il se passerait à présent, il s'en sortirait.
Grâce à l'aide d'Harry, il avait regagné de l'espoir, mais, surtout, l'envie de s'en sortir et de se battre à nouveau. Certes, il ne voulait toujours pas se confronter au monde de la magie, cependant, il pourrait très bien s'en sortir dans le monde moldu.
Pour le moment, il vivait chez le brun et il appréciait le voir rentrer le soir, boire un verre ou deux en discutant ou en le taquinant. Partager ses repas avec lui tout en se moquant de ses habitudes les plus ridicules. L'entendre ronchonner contre le réveil chaque matin à travers le mur. Pleins de petites choses ridicules qu'il aimait et qui lui manquerait une fois qu'il s'en irait.
Il se doutait bien qu'Harry ne le mettrait pas à la porte de chez lui, quand bien même il avait les moyens de se payer son propre appartement. Mais il ne voulait pas profiter de la gentillesse du Survivant. Il partirait donc dès qu'il le pourrait et il savait déjà que leur vie à deux lui manquerait.
C'était la première fois qu'il se sentait lié à quelqu'un de cette manière. Blaise restait son meilleur ami, malgré la distance et le fait que pour le moment il ne veuille pas le revoir. Tous ses autres amis étaient importants pour lui, même s'il ne l'avait jamais vraiment montré. Avec Harry, pourtant, c'était différent. En seulement trois semaines, il s'était vraiment attaché au Survivant comme il ne l'avait jamais fait avec personne d'autre, presque comme avec un membre de sa famille.
Il n'y avait rien d'étonnant à cela. Il l'avait tiré hors de la rue, sans arrière-pensée. Jamais il ne s'était moqué de lui ou ne l'avait fait se sentir redevable. Il l'avait simplement aidé alors que, avant tout ça, ils avaient été ennemis. Mais, surtout, c'était la première personne qu'il côtoyait vraiment en six ans et il la côtoyait beaucoup. Alors oui, en trois semaines, Drago avait développé une sorte de dépendance envers Harry. Même si cela l'embêtait de se l'avouer, il ne pouvait pas le nier.
- Tu penses à quoi ? demanda Harry alors qu'ils remontaient les escaliers ramenant à la terrasse.
- Au fait que tu penses encore pouvoir me supporter d'ici les vacances d'été, railla Drago pour ne pas montrer à quel point cela était important pour lui.
- Tu es loin d'être insupportable ! s'exclama Harry.
- Un compliment ?! s'étonna Drago.
- C'est toi qui a un problème pour en faire, moi ça va ! Puis de toute façon, mon seul point de comparaison pour la vie à deux, c'est Ginny, alors je ne sais pas si c'est vraiment un compliment, répondit Harry avec un rictus fortement inspiré de ceux du blond.
- Hum… effectivement.
Ils rentrèrent et Harry alluma un feu de cheminée afin de réchauffer la maison.
- Comment c'était la vie avec Weaslette ? demanda Drago, curieux.
Après tout, il avait tout de même passé quatre ans à vivre avec elle, il avait dû apprécier sa vie de couple. Drago n'avait jamais connu ça. Rien d'étonnant, quand on voyait son parcours. Azkaban était loin d'être l'endroit idéal pour rencontrer l'amour de sa vie. Sans parler de son passé de sans-abris. Donc aucune chance de connaître la vie à deux dans ces cas-là. Il avait du mal à imaginer le plaisir à supporter la même personne chaque soir, chaque matin, chaque repas…
Il percuta d'un seul coup que c'était ce qu'il vivait avec le brun, hormis qu'ils ne partageaient pas le même lit…
Harry prit la parole, tirant ainsi le blond de ses pensées. Il tendit également un verre de whisky à Drago avant de s'en servir un pour lui-même.
- Au départ, c'était tout beau, tout neuf. Je sortais de la guerre, en vie, tout me paraissait parfait. A dire vrai, un rien m'aurait contenté. Mais, très vite, les disputes ont commencé. Elle me reprochait de ne pas assez me montrer, de trop m'occuper de Teddy au détriment d'elle, de ne pas avoir assez d'ambition… J'ai pas mal cédé dans les premiers temps, sauf au sujet de Teddy et de mes ambitions, mais ça ne lui suffisait pas. Cependant, je supportais, je laissais passer l'orage en me disant que ma vie restait parfaite…
- Tu jouais à l'autruche, conclut Drago.
- Exactement. Peu après qu'elle soit partie, je me suis rendu compte que ce n'était pas elle que j'aimais, mais ce qu'elle représentait…
- Comment ça ?
- Ron est mon frère, Molly et Arthur sont comme mes parents, depuis que je les connais les Weasley sont ma famille…
- En épousant la femelle, tu aurais vraiment fait partie de la tribu Weasley, devina Drago.
- Oui. Puis elle m'offrait l'opportunité de fonder ma propre famille. Je n'étais pas amoureux d'elle, mais de la vie qu'elle pouvait m'aider à construire, expliqua-t-il.
- N'importe quelle bonne femme pourrait t'apporter ça… à part une appartenance à la famille Weasley, mais je suis certain qu'ils n'ont pas besoin de ça…
- En effet, aujourd'hui j'ai conscience qu'ils m'ont adopté depuis bien longtemps. Ma séparation avec Ginny n'a rien terni de mes relations avec les autres Weasley. Pour ce qui est de la famille, bien sûr, je veux toujours des enfants, mais je ne suis plus pressé. Je préfère prendre mon temps, bien choisir la personne avec qui je fonderais ma famille.
Le brun resservit son verre ainsi que celui du blond et poursuivit.
- Ma séparation avec Ginny m'aura fait prendre conscience d'un certain nombre de choses. Si j'étais resté avec elle, mes enfants auraient subi un divorce et, vu ses agissements, elle ne les aurait pas épargnés. J'ai aussi pris conscience que, avec mon nom, j'ai plus de chance de tomber sur des femmes comme Ginny que sur des femmes loyales…
- Il y a toujours les hommes, railla Drago.
- Tu te portes candidat ? s'amusa le Survivant.
Drago rougit fortement et balbutia.
- Je ne… Non, je… Pourquoi… Qu'est-ce qui te dit que je suis… que je préfère… que je suis…
- Homo ? termina Harry à la place du blond.
- Ouais.
- Je n'ai jamais dit que tu l'étais. Je sais depuis Poudlard que tu apprécies les hommes, mais rien ne me dit que tu n'aimes pas aussi les femmes, nuança Harry.
Il parlait de ça en étant parfaitement détendu, alors que Drago était fortement gêné.
- Comment tu as su ?
- J'ai passé toute ma sixième année à te suivre ou à te faire suivre. J'ai pu apprendre un certain nombre de choses sur toi, répondit honnêtement le Survivant.
- Me faire suivre ?!
- Dobby et Kreattur.
- Tu m'as fait suivre par mon ancien elfe ! C'est… petit ! s'insurgea Drago.
Harry ricana et resservit un troisième verre. La gêne et la surprise s'amenuisaient peu à peu chez Drago.
- Alors, uniquement les hommes, ou les femmes aussi ? demanda Harry.
- J'ai connu des sorcières, mais c'était uniquement pour les apparences. Je ne voulais pas que mon père découvre mes penchants. Mais non, mon truc c'est définitivement les hommes. Et toi ? demanda Drago.
- Je n'ai jamais connu que des femmes. Je ne peux donc pas certifier que les hommes ne m'intéressent pas, mais, en tout cas, ça ne m'a jamais attiré, répondit Harry à son tour.
Drago acquiesça et resservit les deux verres tout en orientant la discussion sur un autre sujet.
Merci à tous et bonne semaine.
