Bonjour à tous ! Un grand, que dis-je, un immense merci pour toutes vos reviews (et vos coeurs, je suis gâtée ^^) ! Voir que vous me suivez me fait extrêmement plaisir, alors encore merci ! Je vais maintenant vous laisser avec un très long chapitre. Je voulais réunir ces quatre passages dans un chapitre, ce qui fait qu'il est énorme... :s J'espère que le format ne vous déroutera pas trop, et vous souhaite une bonne lecture ! :)
miniziva : il est bien connu que les filles mystérieuses fascinent les hommes, mais Ziva a bien d'autres atouts ! (Ca doit être plus fort que moi, ce ship systématique de Malachi/Ziva ^^)
Gwenetsi : merci beaucoup pour ces 6 reviews, ça me fait super plaisir que tu aies pris le temps de reviewer tous les chapitres ! J'ai peur que tu n'aies pas encore beaucoup de réponses, mais elles ne tarderont plus ;)
furieuse : le simple fait que tu reviewes est déjà parfait ! (oui, reviewes du verbe reviewer, c'est normal, il est tard, j'invente des verbes ^^) Si, si, elle prend bien des vacances... mais ça ne veut pas dire qu'elle va prendre du repos... :)
PBG : tant de compliments me font rougir, j'en perds même mes mots, ne me reste qu'à te dire merci ! :D Mais pas de statue pour moi, ça me gêne, et j'ai peur qu'à Bethesda, ça fasse désordre ^^
Skye Marcus : tu sais bien que les petits coeurs sont mon point faible, et que je ne peux pas résister à 4 tous sur une même ligne, mais je ne peux pas te parler de ces fantasmes tordus, ma fic est notée K+ ^^
Et pour finir, un grand merci à ma relectrice, ma source d'inspiration et accessoirement mon dictionnaire français-hébreu, qui m'a aidée à écrire et corriger ce chapitre :D
« Entre ma femme qui s'est mise en tête de reprendre ses études, et mon fils qui veut à tout prix que la pom-pom girl de la deuxième mi-temps le regarde, je me demande parfois s'il ne faudrait pas en revenir aux bonnes vieilles traditions coraniques...
- Ne m'en parle même pas, en ce moment, ma petite amie est partie faire un stage de peinture à Los Angeles, et c'est moi qui fais la cuisine pour son frère qui squatte toujours chez nous... Je pense que si ça continue, je vais rentrer à Badgad, je peux plus supporter ce mec...
- L'an prochain de retour au califat, mon frère, inch'Allah ! Sinon, ta famille va bien ?
- Tu parles, avec cette foutue guerre, ils sont tous injoignables, il n'y a plus d'électricité dans le quartier al-Mansour depuis le dernier attentat... Ca fait deux semaines que je n'ai pas parlé à ma mère... Et toi, ta soeur, elle pense toujours rester ? Parce qu'à Bagdad, j'ai l'impression que ça devient de plus en plus chaud.
- Wallah, plus que jamais ! Cette femme est folle, qu'est-ce que tu veux, et j'ai déjà tout essayé pour la faire partir, je ne peux pas la forcer non plus. Il faut que tu demandes des nouvelles de ta famille à Alan, il a réussi à m'en donner d'Amira, lui, grâce à ses contacts dans la navy !
- T'as raison, je lui demanderai ! T'as remarqué qu'il n'était pas venu, d'ailleurs ? C'est bizarre, il ne rate jamais la prière...
- Mais vous êtes pas au courant, tous les deux ?
- Au courant de quoi, Ahmed ? Et ça te dérangerait de ne pas t'incruster dans les conversations comme ça ? En plus tu m'as postillonné dessus, beurk !
- Mais il s'est fait tuer ce matin ! Les flics sont venus parler à l'imam cet après-midi, juste avant la prière, Idriss les a vus arriver.
- Sérieusement ? Mais pourquoi l'imam ne nous a rien dit ? C'est horrible, on aurait quand même pu faire une prière pour sa famille ! Ils ont des pistes ?
- Ben justement, leur piste, c'est nous. Parce qu'un tueur est toujours un musulman.
- Merhaba fi Amrica ! Et... pourquoi ça serait un de nous ? Ils ont des indices qui les pousseraient à nous soupçonner ?
- J'en sais rien, Idriss non plus, tu sais. L'imam lui a juste dit qu'ils suspectaient un extrémiste de la mosquée.
- Bon, ben, ils embarquent Moustapha, et ils nous lâchent ! En plus, on sera débarrassés de ce salafiste de...
- Mélik, je sais ce que tu vas dire, alors surveille tes paroles ! Tu es dans un lieu sacré, ici !
- Raison de plus ! Et de toute façon, je parie que les flics ont déjà dû souiller la mosquée cet après-midi en arrivant à 40 avec leurs chaussures !
- Pas du tout, ils n'étaient que deux, paraît-il, et ils ont été très respectueux.
- Moi, ce que j'ai surtout entendu dire, c'est qu'il y avait une fédérale qui était sacrément canon !
- T'as pas une copine, toi ?
- Quand ta copine est à Los Angeles et te laisse son frère sur les bras sans répondre à tes coups de fil pendant une semaine, c'est comme quand tu te maries à Vegas, ça ne compte pas.
- Je suis pas sûr que dire d'une fille qu'elle est canon dans une mosquée soit très respectueux du sacré non plus, les gars...
- Oh, allez, joue pas les Moustapha ! Et puis, la chausserie, c'est plus tout à fait sacré !
- Tu exagères vraiment, Mélik !
- Ah, non, je te promets, je n'exagère pas du tout ! Regarde sur le portable d'Idriss, elle est canon ! Si elle me passe les menottes, crois-moi, je refuse de garder le silence !
- C'est vrai que ce genre de phrase n'est pas exagérée du tout... Bon, je vais vous laisser, bande d'impies, moi, j'ai une femme et des enfants à aller retrouver ! Salam aleikum, messieurs !
- Salam, Youssef, à demain ! Même heure ?
- Toi, tu mériterais vraiment d'aller en Enfer ! Bientôt tu vas nous annoncer que t'es sioniste...
- Non, pas besoin, ça, tu le savais déjà ! Yalla, file retrouver tes enfants et laisse-nous blasphémer en paix ! On en était où, déjà ?
- A la fille canon...
- Ah, oui, la fille canon... Très canon, même... »
Liat Tuvia ne put s'empêcher d'esquisser un sourire en interrompant la lecture de l'enregistrement d'un clic, avant de déposer négligemment la bouteille de bière qu'elle venait d'achever à côté de son ordinateur.
Il lui apparaissait désormais clairement que les membres de cette petite mosquée de Washington DC à laquelle appartenait Alan Bowen n'était pas constituée de dangereux extrémistes-intégristes-terroristes...
Du moins pas parmi ceux qu'elle avait écoutés jusque là.
L'évocation d'un certain Moustapha lui avait mis la puce à l'oreille, mais aux yeux de ces fervents croyants, il devait suffire d'être un tant soit peu observant pour être considéré comme un insupportable salafiste... Elle n'avait donc pas de raison de se focaliser particulièrement sur la piste de cet homme, du moins pas plus que sur celle des autres membres de la mosquée. Et un salafiste, forcément un sunnite, n'était pas ce qu'elle recherchait.
Il lui fallait coûte que coûte savoir si un extrémiste chiite, qui pourrait s'apparenter à ceux qu'elle recherchait, fréquentait cette mosquée, et si oui, remonter rapidement sa trace, avant qu'il ne remonte la sienne.
Rejetant la tête en arrière et étirant au maximum ses jambes endolories déjà posées sur une autre chaise, elle ferma les yeux.
Après les huit longues heures d'avion qu'elle venait de subir, le décalage horaire, et la journée de travail, elle était littéralement épuisée. Sans parler du fait qu'elle était en manque.
En manque de soleil, en manque de chaleur, en manque de plage et de mer, en manque de Tel Aviv, en manque de ses collègues, et en particulier de son officier de contrôle. Qu'elle avait tenté de joindre une bonne dizaine de fois dans la soirée, sans succès.
Se traînant jusqu'au minibar de sa chambre d'hôtel hors de prix qui faisait presque la taille de son deux-pièces israélien, elle réussit à en extraire une nouvelle bouteille de 33cL de bière au prix d'efforts surhumains consistant notamment à déranger les paquets de cacahuètes classés par ordre croissant de taille (ou de prix, elle n'était pas vraiment sûre) qui obstruaient mystérieusement l'entrée du petit frigo.
Si elle voulait survivre à ce qu'elle allait encore entendre de très élogieux et surtout très douteux sur sa personne en poursuivant l'écoute de l'enregistrement, mieux valait qu'elle puisse noyer son ennui dans une bière américaine au goût étrange. D'autant plus lorsque les consommations annexes étaient aux frais du Mossad, ce qui lui permettrait de se venger de ses supérieurs.
Son insupportable directeur avait refusé de lui payer un billet d'avion en première classe, la condamnant à se retrouver coincée juste derrière un bébé n'ayant eu de cesse de hurler pendant les huit longues heures de vol.
Si elle avait imaginé des dizaines de moyens de le torturer, sa mère et lui, avant de les tuer pour enfin trouver le sommeil, elle avait finalement pris sur elle et s'était contentée d'aboyer un « Mais il va la fermer, ce foutu gosse ? » à de multiples reprises, n'obtenant en retour que des hurlements rageux de la part de la mère défendant sa progéniture, qui ne méritait pourtant rien d'autre que le lynchage par tout l'avion exaspéré, et des excuses de la part du mari gêné et dépassé tant par sa femme que par son enfant.
A son arrivée, elle s'était retrouvée accueillie par l'un des officiers du Mossad en poste à Washington, visiblement aussi ravi de s'être retrouvé expatrié qu'elle d'avoir dû souffrir un gamin hurleur pendant 8 heures de vol sans que le bambin ne daigne s'interrompre une seconde pour reprendre son souffle.
Elle poussa un soupir en se souvenant des deux seuls mots échangés avec lui, un « shalom » de bonjour et un autre d'au revoir, délaissa un instant l'ouverture de sa bière pour consulter une nouvelle fois son portable, et constater que son équipier n'avait toujours pas répondu.
Incapable de lui en vouloir parce qu'elle savait pertinemment qu'il était parfois impossible de communiquer avec ses proches, notamment lorsqu'on était sous couverture, elle concentra sa colère sur Eli David.
Après tout, c'était lui qui les avait séparés sur cette mission, et qui avait sans doute dû envoyer son équipier mener une opération en Tanzanie occidentale ou au fin fond du Sud-Soudan, où trouver du réseau était presque aussi aisé que se rendre dans un bureau de tabac pour acheter un briquet au milieu de la Sibérie.
Le pire restant que le fautif n'était même pas Eli David. Le malheureux s'était retrouvé tellement pris par le temps et perturbé sur le plan personnel lorsqu'il avait appris que sa fille quittait quelques jours le NCIS pour venir à Tel Aviv poser sa démission, qu'il avait été forcé de l'envoyer sur le champ aux Etats-Unis, sans prendre le temps de lui réserver un avion en première classe.
C'était d'ailleurs très probablement pour cette raison qu'il avait voulu se rattraper en la logeant dans une suite de luxe, elle qui avait toujours eu droit à des motels insalubres lorsqu'elle était envoyée à l'étranger.
Elle n'avait donc personne à détester, à part peut être le bouchon de sa bouteille de bière qui semblait bien décidé à lui résister.
Abandonnant sa lutte acharnée contre la capsule pour appuyer une nouvelle fois sur le bouton de déverrouillage de son smartphone, elle se maudit. Se torturer de la sorte ne servait à rien. S'il ne pouvait, ou ne voulait, d'ailleurs, pas répondre, regarder constamment n'y changerait rien.
Alors qu'elle se résolvait à ne pas recevoir de message de sa part ce soir et s'apprêtait à continuer son écoute des discussions de la mosquée, elle sentit un frisson la parcourir.
Les nuits étaient étrangement fraîches à Washington.
Se levant avec un manque d'énergie flagrant, elle se força à montrer de l'entrain et rejoignit d'une démarche rapide sa chambre, et entreprit d'ouvrir sa valise qui trônait sur le couvre-lit cuivre. Entassant quelques pantalons et T-shirts dans l'armoire la plus proche, elle en tira finalement un sweat-shirt bleu marine, et l'enfila par dessus son legging, son pull en cachemire et le débardeur qu'elle mettait toujours pour dormir.
Elle remplaça ensuite ses bottines par une paire de grosses chaussettes et revint dans la pièce principale sur le bureau de laquelle elle avait installé son ordinateur, maintenant parée pour supporter le froid polaire américain.
Retrouvant sa position initiale, elle relança la lecture, et ne put s'empêcher d'esquisser un vague sourire, non pour les paroles obscènes qu'avait pu proférer l'un des hommes, qu'elle n'écoutait d'ailleurs plus vraiment, mais parce qu'enfouir son visage dans le sweat-shirt avait ravivé des souvenirs dont elle se délectait chaque fois qu'ils lui revenaient en mémoire.
Ce vêtement, mille fois trop grand pour qui ne mesurait pas 1m85 et ne présentait pas une carrure de basketteur, ne la quittait jamais.
Son sourire s'étira encore lorsqu'elle repéra sur le bout de la manche une petite tache de vin qu'aucun produit n'avait été capable de faire disparaître, peut être au fond pour le meilleur.
Alors qu'elle repensait aux évènements qui avaient occasionné cette marque bordeaux, elle prit une grande inspiration, et ferma les yeux pour se délecter de l'odeur caractéristique du pull. Sentant ses paupières devenir de plus en plus lourdes, bercée par le bourdonnement des voix mélangeant allègrement anglais et arabe, elle s'abandonna finalement au repos dans le parfum rassurant et la chaleur du sweat-shirt.
Ce fut à l'instant précis où elle avait sombré dans un sommeil profond que son téléphone choisit de sonner.
« Jethro, il est bien tard ! Que fais-tu encore ici ?
- Tu m'avais dit de passer, Ducky, je suis passé. »
Le vieux médecin légiste hocha la tête, les lèvres pincées. Sans nul doute, il était préoccupé, et l'hésitation dont il faisait preuve quant à se confier aurait presque inquiété son vieil ami s'il n'avait pas esquissé un sourire rassurant avant de prendre la parole :
« Je voulais te parler de l'officier Tuvia, la jeune femme envoyée par le Mossad et supposée collaborer avec vous sur cette enquête.
- Elle ne t'inspire pas confiance ? devina Gibbs alors que son interlocuteur baissait les yeux, cherchant visiblement par où commencer.
- Ce n'est pas quelque chose de personnel, tu comprends, se justifia-t-il. J'ai simplement l'impression qu'elle en sait bien plus que nous, et qu'elle refuse de partager ses connaissances.
- Tu penses à quelque chose en particulier ? s'enquit l'ancien marine, intrigué.
- Non, à son attitude de manière générale, expliqua-t-il, entamant la description du profil psychologique qu'il avait tenté de dresser de la mystérieuse Israélienne. Son attitude est globalement très distante, en retrait, comme si elle voulait d'abord observer ce que nous savons. Elle prend toujours le temps de répondre, comme si elle réfléchissait à ce qu'elle pouvait dévoiler sur elle, sur son agence, et sur l'enquête. Elle a une attitude assez froide, distante, comme si elle cherchait à se protéger derrière une carapace.
- Tu me décris simplement Ziva à son arrivée, s'amusa l'agent de terrain.
- Oh, non, Jethro, Liat est loin de ressembler à Ziva, le corrigea aussitôt le Docteur Mallard. Elle est beaucoup plus froide et réfléchie. Ziva était très jeune, très impulsive, mais pleine de bonne volonté. Liat, elle, doit être naturellement beaucoup moins prompte à exprimer ses émotions. Sa carapace n'est pas le fruit d'un entraînement, ni son assurance et sa morgue. Mais c'est surtout son attitude distante d'observatrice qui me dérange, à croire qu'elle informe le Mossad de chacun de nos faits et gestes.
- Je ne peux pas te donner tort, mon instinct me pousse à me méfier de cette fille avoua-t-il. Mais je m'occupe de ça. DiNozzo la surveille de près, elle ne restera pas seule au NCIS.
- Eh bien, justement, poursuivit Ducky. Je ne suis pas sûr qu'Anthony soit la bonne personne pour surveiller cette demoiselle…
- Tu es en train de dire qu'elle pourrait lui plaire ? lâcha-t-il, déconcerté par cette idée.
- Liat sait très bien ce qu'elle fait, affirma son interlocuteur en arborant une moue interdite. Elle est capable de se montrer charmante, et se rend très bien compte de ses capacités de séduction sur les hommes. Elle risque d'utiliser sa féminité pour obtenir ce qu'elle veut d'Anthony, et étant donné le trouble qu'elle provoque chez lui, je crains qu'il ait des difficultés à lui tenir tête.
- Je fais confiance à Tony, Ducky, je sais qu'il sera à la hauteur, répliqua-t-il avec assurance.
- Ce n'est pas en lui que je n'ai pas confiance, et tu le sais, Jethro. »
L'agent du NCIS acquiesça lentement. Dès la seconde où il l'avait vue, il avait su que cette fille était synonyme d'ennuis en perspective. Lorsqu'il en avait parlé à Vance en allant chercher les mandats, le directeur s'était refermé sur lui-même, et avait clos le débat en indiquant qu'il avait déjà pris le risque de ternir ses relations avec le Mossad et Eli David en autorisant Ziva à devenir agent spécial du NCIS et qu'il était hors de question que Liat soit mise à l'écart sur cette affaire.
Il s'était ensuite contenté de lui dire que les mandats mettraient du temps à arriver, et qu'il valait mieux qu'il laisse ses agents se reposer. Il avait obéi, non sans s'être montré soupçonneux en voyant Vance décrocher son téléphone et composer un numéro avant même qu'il ne soit sorti du bureau.
Il s'était aussitôt promis de creuser le dossier Liat Tuvia.
Dès l'instant où Tony et l'officier du Mossad avaient quitté le bureau pour rentrer chez eux, aux environs de 20h30, il s'était précipité sur McGee pour lui demander de faire l'impossible pour trouver des informations sur la mystérieuse tueuse envoyée par Eli David. Et malgré tout le talent de son agent, il lui avait été impossible de découvrir le moindre détail sur la vie de la jeune femme.
Pas un seul minuscule élément qui aurait pu lui permettre de mieux cerner la remplaçante de Ziva.
« Comme si nos serveurs étaient soumis à un black out total sur elle, patron. Comme si quelqu'un voulait s'assurer qu'on ne sache rien sur elle, avait affirmé l'informaticien, décontenancé.
- Comme si elle était un fantôme. Comme si elle n'existait pas, avait-il ajouté, lisant dans le regard perdu de son agent.
- Presque ! s'était-il exclamé. Tout ce que j'ai, c'est son parcours, mais sans aucun détail, ce que le Mossad vous a envoyé pour la présenter. Et son certificat de naissance. Elle vient de Netanya, et elle est née le 30 octobre 1985. Liat est un fantôme de 26 ans, ayant travaillé avec en Libye en 2007 pendant un an, je ne sais pas pour qui, je ne sais pas vraiment pourquoi, et infiltré le mukhabarat syrien en 2009, au cours d'une mission très courte. J'ignore si elle a avorté après un échec, ou si elle se voulait d'une durée minime. Je sais seulement qu'ensuite, elle a été chargée d'accueillir un officier des services de renseignements syriens sur le sol israélien en 2010 alors qu'il venait collaborer avec le Mossad. Là encore, j'ignore en quoi consistait précisément la nature de cet échange entre ces deux agences supposées être ennemies.
- Pourquoi ne peut-on pas avoir le détail de ses missions, McGee ? avait-il demandé, ne comprenant pas à quoi le Mossad jouait en lui envoyant un assassin aussi redoutable pour une mission de simple remplacement.
- Je ne sais pas, nous avons pourtant toutes les autorisations et les accréditations, mais on dirait que les dossiers sont vides, avait-il avoué. Comme si...
-... nos serveurs étaient soumis à un black out total sur elle, j'avais compris, McGee, avait-il soupiré. Bon, rentrez chez vous, on s'occupera de ça plus tard. En attendant, méfiez-vous d'elle, et faites passer le mot à DiNozzo.
- Patron, je ne la connais pas bien, mais elle ne me paraît pas si... »
Il s'était aussitôt interrompu devant le regard noir de son supérieur, et avait choisi la fuite rapide, non sans lui avoir au préalable poliment souhaité une bonne soirée.
Gibbs avait ensuite passé l'essentiel de sa soirée à faire des recherches sur Liat, faisant même appel à Fornell pour obtenir les informations que pouvait potentiellement détenir le FBI sur elle.
Rien. Rien de plus que ce qu'il avait déjà. Pas même le nom de ses coéquipiers, ou de son officier de contrôle. Pire encore que lorsqu'il avait tenté d'enquêter sur Michael Rivkin.
« Ducky, que crois-tu qu'elle cache ? lâcha finalement l'homme aux cheveux poivre et sel, se rappelant les yeux verts énigmatiques de la jeune femme.
- Concernant l'enquête, je pense qu'elle a déjà des soupçons sur quelqu'un, mais qu'elle refuse de nous en faire part, commenta-t-il. Et peut être connaît-elle déjà le tueur qui a laissé la première signature. En revanche, je pense qu'elle ne sait rien sur le second signe, elle semblait sincère.
- Et en dehors de l'enquête ? poursuivit-il.
- Beaucoup de blessures, affirma le médecin légiste. Mais contrairement à Ziva, je pense que ses blessures ne l'ont pas aidées à s'ouvrir aux autres, mais à s'en méfier. Pour reprendre la comparaison entre nos deux jeunes femmes, Liat ne semble pas non plus s'accommoder de l'autorité de manière générale, tandis que Ziva est souvent prompte à obéir à ses supérieurs, parfois pour le pire. Je pense aussi que si elle avait été la soeur d'Ari Haswari, elle ne l'aurait pas tué pour te protéger, ou même pour respecter les ordres, mais parce qu'elle ne supporte pas que l'on puisse penser porter atteinte à son pays, même verbalement. J'ai été surpris de la virulence de sa réaction lorsque j'ai supposé, de manière certes un peu maladroite, que les Israéliens avaient un rapport différent à la mort. Alors qu'il arrivait au contraire à Ziva de se poser la question de la légitimité des assassinats qu'elle pouvait commettre au nom d'Israël, et veut aujourd'hui prendre de la distance vis-à-vis de son pays d'origine, Liat ne semble pas de volonté de remettre en cause la légitimité des missions que lui confie son agence ou la politique de son pays.
- Elle a choisi le Mossad, alors que dans le cas de Ziva, c'est le Mossad qui s'est imposé à elle, commenta l'ancien marine.
- Exactement ! renchérit-il. Je pense même qu'elle ne se destinait à l'origine pas du tout à cette carrière, mais que son rapport à son peuple et à son pays l'a poussée à servir Israël de cette manière. Ce qui est finalement assez rare, la plupart des agents des services secrets l'étant presque de père en fils, ou du moins recrutés dans une famille de militaires. Ce ne doit pas être son cas.
- Ce qui ne la rend que plus déterminée à défendre coûte que coûte Israël, compléta le chef d'équipe. Et dangereuse. Et incontrôlable.
- N'exagérons rien, Jethro, elle reste humaine, le corrigea doucement le Docteur Mallard. Et si tu sais la mettre en confiance, il est possible qu'elle dévoile son jeu rapidement. Mais ce que je te conseille, c'est de faire attention. Mon profil reste beaucoup trop vague pour te permettre de deviner ses réactions, et sa nature secrète ne t'aidera pas à en découvrir beaucoup sur elle pour comprendre son fonctionnement précis. Evite aussi de la braquer, tu risques de la forcer à se replier dans une attitude de défense, et à la rendre encore plus méfiante et distante à notre égard.
- Je vais faire attention, Ducky, promit-il en hochant la tête d'un air entendu. Et Tony est mon meilleur agent, je sais qu'il jouera parfaitement son rôle de surveillant.
- Bien, Jethro, je vous fais confiance à tous les deux, commenta son interlocuteur, se fendant d'un sourire. Mais je ne t'ai décrit que le côté négatif des choses. Tu sais, je pense que cette jeune femme est extrêmement talentueuse et pourra t'aider en de nombreux domaines, notamment...
- Ziva l'est aussi, et j'aurais largement préféré travailler avec elle sur cette enquête, le coupa Gibbs en accompagnant son vieil ami jusqu'à l'ascenseur. Je n'aime pas la garde rapprochée d'Eli David.
- Ziva en a fait un temps partie aussi, tu sais, plaida Ducky en entrant dans la cabine.
- Oui, mais tu l'as dit toi-même, lâcha amèrement l'agent du NCIS alors que les portes se refermaient lentement sur eux. L'une a vu ses décisions être prises par son père. L'autre a fait ses choix en son âme et conscience. Ca fait toute la différence pour elles. Et pour moi. »
Tony DiNozzo émit un grognement agacé en entendant son portable sonner sur le bar de sa cuisine américaine, loin, très loin, trop loin du canapé sur lequel il s'était affalé pour entamer sa séance cinéma.
Se traînant néanmoins jusqu'au smartphone en maudissant la personne qui osait interrompre son visionnage de la cultissime Amazone aux yeux verts, il décrocha sans prendre la peine de masquer sa mauvaise humeur :
« Agent très spécial Anthony DiNozzo, j'écoute ?
- Tony, je te dérange ? »
Il se radoucit aussitôt. Cette voix, il l'aurait reconnue entre mille, et il était plus qu'heureux de l'entendre après cette interminable journée.
« Tu ne me déranges jamais, Ziva, répliqua-t-il en esquissant un sourire. A part quand je regarde un film, ce que je faisais.
- Oh, désolée, s'excusa-t-elle, la voix mal assurée. J'oublie toujours qu'il y a du décalage horaire entre Israël et Washington... Tu veux que je te rappelle ?
- Je plaisantais, ninja, lâcha-t-il, surpris qu'elle se montre si gênée. Tu vas bien ? Tu m'as l'air un peu... vaseuse.
- Je vais bien, assura-t-elle en souriant, touchée qu'il s'inquiète ainsi pour elle. C'est simplement que... je ne fais plus partie du Mossad, Tony, je suis officiellement un agent en période probatoire du NCIS !
- Mais c'est super, ça ! s'exclama son coéquipier. Mazal tov !
- Je ne t'avais pas déjà expliqué un bon millier de fois que chez les ashkénazes, on dit mazel tov et pas mazal tov ? soupira-t-elle en levant les yeux au ciel.
- J'ai une petite affectation pour le mazal tov, éluda-t-il en esquissant un sourire, tandis que son amie haussait un sourcil interdit à l'autre bout du fil. En tout cas, je suis content pour toi. Tu te sens soulagée ?
- D'un immense poids ! affirma-t-elle, s'autorisant enfin à relâcher la pression qui avait pesé sur ses épaules toute la journée. Et pour fêter ça, je vais profiter des mes quatre jours de congés pour aller à Miami voir Ray, tu sais, celui avec qui on a travaillé pour résoudre l'enquête sur ce marine tué par un agent-double du FSB !
- Ah oui, Ray, répéta-t-il, non sans grimacer en prononçant le prénom du dernier petit ami en date de Ziva. Le mec de la CIA, c'est ça ?
- Oui, mais ça, ça n'a pas d'importance, parce qu'on ne parle pas boulot, répliqua-t-elle aussitôt, comme si l'évocation même des services secrets américains lui posait problème. Et puis, ce qui est vraiment important, c'est que je vais pouvoir me détendre, je suis certaine qu'il est très fiable, pas comme... Comme les hommes du Mossad. »
L'agent du NCIS avait pu entendre la voix de son amie trembler, à croire que l'un des souvenirs de ce mémorable vendredi venait de remonter à la surface, comme une réplique de séisme. S'il ignorait ce qui avait bien pu se dire entre Ziva, son père et ses anciens équipiers au cours de cette journée, il se doutait qu'elle n'avait pas dû être de tout repos pour l'Israélienne, et que les affrontements et les règlements de compte douloureux avaient dû se multiplier.
Les officiers du Mossad avaient tous des difficultés à accorder leur pardon, et le sentiment d'abandon de l'une s'était sans doute retrouvé confronté au sentiment de trahison des autres.
Beaucoup plus de conflits et d'émotions qu'elle ne méritait d'en connaître. Un peu comme ce CIRay, une autre des choses qui ne méritait pas d'être connue.
La relation entre ce type et l'ancien officier du Mossad avait débuté à peine trois mois après son retour de Somalie, et si elle semblait convenir parfaitement à la jeune femme, Tony n'avait pas moins remarqué pour autant qu'elle était la seule à se déplacer pour rejoindre son petit ami dans les différentes villes où il se rendait, sans que lui ne daigne jamais venir à Washington pour la voir.
La manière qu'elle avait de l'appeler constamment, sans jamais qu'il ne réponde, ou de s'inquiéter régulièrement pour lui alors qu'il ne semblait pas spécialement préoccupé par ce qu'elle devenait, achevait de l'exaspérer.
A ses yeux, Ziva ne méritait pas d'être traitée de la sorte. Elle avait assez souffert, et s'était assez occupée des autres pour avoir le droit que quelqu'un prenne soin d'elle et la soutienne, dans toutes les épreuves qu'elle traversait en ce moment.
Ce qu'il essayait de faire en tant que coéquipier et ami. Et il aurait apprécié qu'en remerciements pour ses nombreux efforts, elle vienne le rejoindre, lui, à Washington, et pas son CIRay qui n'avait même pas dû répondre au message où elle lui annonçait qu'elle rejoignait officiellement le NCIS en tant qu'agent.
Enfin, qu'elle vienne le rejoindre en tant qu'amie, bien sûr. Ca allait de soi. Au point qu'il lui était nécessaire de se le préciser.
« Tout ça est derrière toi, Ziva, affirma-t-il finalement. Maintenant, tu fais partie de la famille ! Et tu peux compter sur moi pour te martyriser comme il se doit, la bleue ! Tu vas aller m'en chercher, des cafés !
- Compte là-dessus, DiNozzo ! répliqua-t-elle sans pouvoir s'empêcher de rire. Et si tu m'appelles la bleue, je te promets de te tuer avec mon nouveau badge du NCIS !
- On ne touche pas à son supérieur, la bleue ! plaisanta-t-il. Et puisque tu en parles, sache que ton badge attendra sagement ton retour de Miami sur ton bureau. Et je veillerai à ce que ta remplaçante ne touche à rien.
- Ma... remplaçante ? lâcha-t-elle, interdite. Quelle remplaçante ? Il y a quelqu'un qui a été déplacée d'une autre équipe du NCIS pour vous servir de renfort ?
- T'es... t'es pas au courant ? commenta-t-il, ayant le sentiment d'avoir commis une gaffe digne de McGee. Ton père a envoyé quelqu'un pour te remplacer pour tes cinq jours d'absence...
- Tu plaisantes, j'espère ? s'étrangla-t-elle. Non, je ne suis au courant de rien ! C'est quoi, cette arnaque ? Même en ayant quitté le Mossad, en l'ayant quitté lui, mon père continue à me trahir ? Et c'est un elle ? Une fille ? Je la connais ?
- Euh... ben... lâcha-t-il pour seule réponse, ignorant comment la ménager tout en lui expliquant la situation.
- Vas-y, Tony, vas-y, dis-moi quel moyen mon père a encore réussi à faire pour me gâcher mes quatre jours avec Ray ! aboya-t-elle, perdant tout sang-froid sous l'effet conjugué de l'épuisement et de la colère qu'elle avait contenu depuis qu'elle avait posé le pied sur le sol israélien ce matin-là. Dis-moi comment il a réussi à me gâcher définitivement la vie, en me remplaçant ! En me remplaçant, moi, sa fille, après m'avoir abandonnée dans un désert ! Vas-y, dis-moi quelle frecha il a envoyé pour me prendre la seule place qui comptait vraiment à mes yeux !
- C'est... juste temporaire, Ziva, plaida-t-il. Et Liat n'a pas l'air de vouloir rester, je suis sûr que...
- Liat ? articula-t-elle en prenant sur elle pour ne pas hurler. Liat comme dans Liat Tuvia, la blonde aux yeux verts ? Le ''petit ange'' de mon père ? La fille qu'il n'a jamais eu ? Qu'il a envoyé me prendre ma place dans la seule famille qu'il me reste ?
- Ecoute, Ziva, crois-moi, elle n'a pas l'intention de te prendre ta place, elle n'a même pas l'intention de se faire apprécier ! assura l'agent du NCIS en la coupant avant qu'elle ne puisse plus la calmer, et en s'efforçant de chasser les yeux verts d'une certaine blonde de son esprit. Et ton père ne veut pas te remplacer au NCIS, c'est simplement que le jour où tu étais partie, tu étais encore du Mossad, et qu'il avait le devoir de maintenir la liaison. Détends-toi, Ziva, bientôt, tout ça sera fini. Profite de tes quatre jours, et oublie tout. Tu vas rentrer chez toi, et personne n'aura pris ta place, parce que pour nous, tu n'es pas en période probatoire, tu es un agent accompli, et tu es irremplaçable. »
Un ange passa. Tony se mordit la lèvre. Il n'avait pas la moindre idée de ce la manière dont elle pouvait avoir réagi à ses paroles à l'autre bout du fil.
Au bout de quelques instants d'attente interminable, il entendit finalement sa coéquipière répondre :
« Je suis désolée, Tony, je n'aurais pas dû m'énerver comme ça... Je suis... très fatiguée, mon avion décolle dans quelques minutes pour Miami... Je... ne voulais pas te mettre dans cette position. En tout cas, Liat est l'un des meilleurs officiers du Kidon, tu vas voir, travailler avec elle va être formidable.
- Pas autant qu'avec ma bleue ! répliqua-t-il en esquissant un sourire, sans remarquer la manière dont la voix de l'Israélienne s'était brisée en prononçant cette dernière phrase. Parce que je ne pourrai pas la torturer autant, tu comprends, elle est capable de me faire beaucoup de mal... Alors que sur toi, j'ai des moyens de pression !
- Méfie-toi, parce que si tu as des moyens de pression, moi, j'ai des points de pression ! ironisa-t-elle. Bon, je vais te laisser, tu pourras transmettre la nouvelle à Gibbs ? Je n'ai pas osé l'appeler à une telle heure. Et à McGee, aussi, je ne sais pas s'il a reçu mon SMS.
- Ah, parce que les coups de fil en pleine nuit me sont exclusivement réservés ? commenta-t-il, faussement vexé. En tout cas, bon vol, et profite bien de Miami. Encore bravo pour ta démission et ton badge, David. Reviens-nous vite.
- J'en ai bien l'intention, affirma-t-elle en esquissant un sourire. Shalom, Tony, fais attention à toi et travaille bien. Avec Liat. »
Avant qu'il n'ait eu le temps de répondre, elle avait déjà raccroché. Il avait pu percevoir toute l'amertume, la jalousie et surtout la douleur de son amie lorsqu'elle avait prononcé ces deux derniers mots.
Il ignorait qui était Liat pour Ziva, mais il était clair que les deux femmes étaient en concurrence, ou du moins l'avaient été, tant dans leur travail que dans leur place vis-à-vis de leur directeur.
Et avoir utilisé le terme de « remplaçante » n'avait visiblement pas aidé à dissiper le malaise de sa probie.
Il reposa son téléphone en soupirant, et regagna son canapé, décidé à oublier pour le moment sa discussion avec Ziva et surtout la perspective qu'elle aille rejoindre CIRay et pas lui, son ami et soutien de toujours, pour panser les blessures que le Mossad avait dû lui infliger au cours de la journée.
Oui, oublier Ziva.
Et pour réussir cette mission impossible, il n'avait d'autre choix que de recommencer à regarder son film.
Ce ne fut pas sans un sourire en coin qu'il posa fugitivement son regard sur la jaquette du film en attrapant la télécommande de sa télévision, et se demanda sans même le vouloir ce que l'amazone aux yeux verts avec laquelle il allait collaborer au cours de ces quatre prochains jours pouvait bien faire en ce moment même, ou à quoi elle pouvait rêver si elle était assoupie.
De lui, peut être ?
« TUVIA ! »
L'homme, qui, de l'autre côté de l'écran du mac tranquillement installé sur le bureau d'une chambre d'hôtel luxueuse, venait de hurler le nom de l'Israélienne, se retrouva face à trois images qui se succédèrent à la vitesse de l'éclair.
La première fut celle de deux paupières s'ouvrant brutalement, et se mettant à cligner frénétiquement. La seconde, celle d'yeux verts en amande aux reflets électriques prenant soudainement conscience que le temps du repos était terminé. Et la troisième, celle du canon d'un pistolet braqué sur la webcam.
Le tout en exactement quatre secondes selon le décompte indiqué en haut à droite de son écran plat.
« Officier Tuvia, ayez la gentillesse de baisser cette arme, ce Macintosh appartient au Hamisrad et il serait regrettable que vous ayez à le remplacer à vos frais...
- Directeur David, soupira Liat en reposant son arme sur le bureau et en passant machinalement une main sur son visage pour tenter de chasser l'air ensommeillé qu'elle devait probablement arborer. Il est quatre heures du matin, ici... Et vous n'étiez pas obligé de hurler... Et... comment avez-vous fait pour allumer ma webcam ? Elle était éteinte...
- Dois-je vous rappeler que le Mossad dispose des meilleurs informaticiens au monde et des hackers les plus talentueux qui soient ? répliqua-t-il en esquissant un vague sourire alors qu'elle étouffait un bâillement dans la manche de son sweat-shirt trop grand. Et je n'ai malheureusement pas assez de temps pour penser à votre sommeil et votre confort.
- Vous devriez, j'ai une lettre de démission perpétuellement prête à être envoyée, ironisa-t-elle en s'étirant comme un chat.
- Je tâcherai de m'en souvenir, je crois qu'il y a eu assez de démission dans la journée, lâcha-t-il, son visage se fermant brutalement de l'autre côté de l'écran.
- Si vous préférez, je me contenterai d'une lettre de menace anonyme à votre encontre. Signée en bas à droite, suggéra-t-elle avec un sourire en coin.
- Je ne la recevrai jamais, c'est à ça que me sert le service courrier, affirma-t-il, une lueur d'amusement dans le regard. Vous me faites d'ailleurs réaliser que c'est la seule utilité du service courrier en question. Si j'ai des coupes budgétaires à effectuer, je saurai m'en souvenir.
- Ne me remerciez pas, mes meilleures idées viennent toujours à quatre heures du matin, répondit-elle simplement, sans prendre cette fois la peine de cacher son bâillement derrière sa main. Vous aviez d'ailleurs peut être quelque chose à me dire ?
- Les quatre croissants et l'épée, lança-t-il simplement.
- Ils savent que je suis là, commenta-t-elle, ses yeux soudain plissés comme ceux d'une panthère à l'affût. Ou ils pensaient que votre fille serait là. Hadar avait raison, en tout cas, ils nous guettent. Et ils jouent. Le groupuscule n'est qu'un ensemble de pantins entre leurs mains, pour détourner les fédéraux américains des véritables coupables.
- Pourquoi ce marine de seconde zone ? demanda le directeur du Mossad en s'enfonçant dans son large fauteuil en cuir.
- A votre avis ? répliqua-t-elle. Ils voulaient le Kidon, et aucune autre unité. Des guerriers contre des mudjahidin. Ils savaient qu'ils obtiendraient leur duel contre nous en mettant la fille du directeur sur l'enquête. Je ne sais pas à quoi ils jouent, mais ils veulent un face à face.
- Rentrez dans leur jeu, ordonna Eli David avec froideur. Faites leur croire que vous les suivez. Faites leur croire que vous voulez la même chose. Et reprenez la main, vite. Avant que ça ne dégénère.
- Le NCIS m'empêche de toute façon de les affronter directement, expliqua-t-elle. Mais le problème, c'est que je n'ai pas la moindre idée de ce qu'ils prévoient. Ni de l'influence de ce groupe islamiste qu'ils manipulent.
- Laissez le groupe bas de gamme aux amateurs, Tuvia, commenta-t-il. Le NCIS s'en chargera. Aidez-les, mais ne leur révélez rien qu'ils ne sachent pas déjà ou qu'ils ne puissent découvrir seuls. Utilisez-les pour aller plus vite, etdoubler nos ennemis avant qu'il ne soit trop tard. Focalisez-vous uniquement sur le sommet de la pyramide.
- A quoi jouent-ils, directeur ? rétorqua-t-elle en faisant la moue. J'ai contacté le Mossad de Washington, ils prétendaient tout ignorer de leur présence à DC. Et ils ne savent rien non plus sur ce groupe islamiste à deux balles. Que fait le Mossad américain ? Pourquoi n'ont-ils rien sur nos ennemis jurés ?
- Ce n'est pas qu'ils n'ont rien, c'est qu'ils n'ont rien voulu vous dire, admit-il, visiblement mal à l'aise. Parce que si leurs doutes se confirment, la situation est très inquiétante.
- Si je dois mourir, j'aimerais être au courant, directeur, ironisa-t-elle. Et si je dois me battre, j'aimerais connaître ma cible. Un sniper doit savoir qui viser lorsqu'il arme.
- Il se pourrait que notre cible ne soit pas un ils, lâcha-t-il finalement. Mais un elles. Nos informations datent d'il y a environ une semaine.
- Vous plaisantez ? s'étrangla-t-elle. Vous pensez que la cellule féminine est à Washington DC depuis une semaine, et il n'y a aucun officier du Kidon sur place ? Vous avez laissé la Katsa seule aux commandes pendant sept jours complets ? Vous avez perdu les pédales, directeur ?
- Officier Tuvia, je me sens forcé de signaler que depuis le début de cette conversation, vous avez dépassé un très grand nombre de fois les limites, asséna-t-il avec froideur, agacé par cette dernière remarque. A la prochaine remarque déplacée, la ligne rouge sera franchie.
- Sauf votre respect, directeur David, siffla-t-elle avec ironie, je me sens forcée de signaler que c'est parce que je n'ai pas de ligne rouge que vous m'avez engagée. »
Un soupir las lui répondit. Son interlocuteur ne pouvait lui donner entièrement tort.
« Et pourquoi le Mossad de Washington refuse-t-il de me donner ses informations ? poursuivit-elle, méfiante. Je suis du Kidon, pas une traîtresse.
- Rivalité entre unité, officier Tuvia, répondit le directeur du Mossad. Mais vous n'avez pas besoin d'eux, je connais votre talent. Je vous fais confiance pour trouver ce qu'ils n'ont pas été capables de découvrir.
- Si vous me flattez, c'est que vous avez quelque chose à me demander, directeur David, se moqua-t-elle. Il faut que je repasse votre linge, peut être ?
- Il ne vous a pas répondu, c'est pour ça que vous déversez votre colère sur moi ? »
Elle se mordilla la lèvre, avant de fuir le regard de son supérieur. Il la connaissait assez bien pour savoir que le manque de sommeil n'était pas la seule raison de sa mauvaise humeur et de cette insolence qu'elle était incapable de contenir.
« Je vais tout vous dire, dans ce cas, commenta-t-il, ne pouvant s'empêcher de poser sur elle un regard paternel. Vous savez, j'ai eu une journée assez difficile pour ne pas avoir besoin d'affronter une personne supplémentaire. Ne vous en faites pas pour votre officier de contrôle, il ne risque absolument rien. Il est en mission d'infiltration en France, dans une communauté de juifs haredim hostiles à Israël. Il se renseigne simplement sur leurs objectifs et leurs moyens. Mais ces gens ne lui feront aucun mal, même s'il est découvert.
- Et pourquoi ne peut-il pas me répondre ? répliqua-t-elle en tentant de masquer sa déception.
- Quel jour sommes-nous, aujourd'hui, Liat ? lui demanda doucement le directeur du Mossad. Ou plutôt étions-nous hier lorsque vous avez appelé ? Avec 7 heures de décalage horaire ?
- Vendredi soir, pourq... lâcha-t-elle, avant qu'un immense sourire ne vienne illuminer son visage fatigué. Shabbat ! Interdiction de toucher à un objet électrique ou électronique !
- Surtout si vous infiltrez une communauté haredim, renchérit-il, amusé de la réaction de son officier. Et de manière générale, je pense qu'il aura des difficultés à communiquer avec vous. Les haredim ne sont pas les plus fervents adorateurs des nouvelles technologies. Mais sachez que ce n'est pas de gaieté de coeur qu'il ne répond pas à vos appels.
- Toda, directeur, commenta-t-elle alors qu'il acquiesçait d'un signe de tête entendu. Et slih'a pour ce que je vous ai dit. C'est simplement que... j'aimerais que l'on m'informe précisément de mes objectifs, je ne supporte pas les surprises. Et j'aimerais aussi que vous m'appeliez à un autre moment que le milieu de la nuit, c'est assez fatiguant... »
Le rire d'Eli David emplit la pièce, à la plus grande surprise de la jeune femme.
« J'essaierai de trouver des horaires plus convenables, lui assura-t-il. Et vos excuses sont acceptées, même si elles n'étaient pas nécessaires. Je comprends vos inquiétudes, et votre frustration d'avoir été séparée de votre officier de contrôle sans explications, après tout, vous n'êtes pas dans nos services depuis si longtemps. Mais vous faites désormais partie du Kidon, vous devez accepter les mystères qui vont de pair avec les missions dangereuses qui vous sont confiées.
- Ce ne sont pas les secrets que je dois garder qui me posent un problème, directeur, rétorqua-t-elle. Ce sont ceux que ma propre agence refuse de me révéler. Et vous savez aussi bien que moi que je n'aurais pas refusé la mission si vous m'aviez dit qu'ils, voire même elles, étaient impliqué(e)s.
- Je le sais, Tuvia, soupira-t-il. Je savais simplement que vous n'aviez pas besoin de moi pour savoir de quoi il retournait.
- Vous n'aviez pas entièrement tort, reconnut-elle, en se mordant la lèvre pour ne pas rire de la petite phrase d'auto-congratulation ridicule qu'elle venait de prononcer. En attendant, quelle est la suite du protocole ? Il est hors de question que le NCIS apprenne leur implication. Ils doivent en savoir le moins possible, aussi bien sur moi que sur cette enquête, le strict minimum pour pouvoir éradiquer ce minable groupuscule pendant que je couperai la tête du monstre.
- Ne vous inquiétez pas pour ça, commenta le directeur du Mossad dans un sourire. Vous êtes le fantôme que vous avez toujours été, et nos informaticiens s'assurent que vous le restiez. Le NCIS ne sait rien du détail de vos missions, simplement votre profil général. Ils ne découvriront que ce que vous leur direz. Gagnez leur confiance, ne les laissez pas douter de vous. Faites ce pour quoi vous êtes douée, officier Tuvia : jouez, trichez et gagnez.
- Je relève le défi, directeur, affirma-t-elle en esquissant un sourire félin. A partir de maintenant, je rentre dans la danse.
- Je n'en attends pas moins de vous, répondit-il simplement. Et tant que j'y pense, sachez également que le Premier Ministre vous félicite et vous remercie pour la discrétion et l'efficacité avec laquelle vous et votre équipier avez mené votre mission à Qom. Deux tirs longue-distance et deux empoisonnements que vous avez réussi à faire attribuer à des opposants politiques liés à Al-Qaïda, du génie selon lui.
- Toda raba, lança-t-elle en levant innocemment les yeux. Mais vous savez, la présence de mon officier de contrôle et moi sur le site de Qom était pure coïncidence. Je déplore d'ailleurs la mort de ces quatre malheureux savants, tout comme ma direction et mon gouvernement. Je suis sûre que Monsieur Netanyahou sera d'accord pour affirmer que des spécialistes du nucléaire comme eux, on n'en fait plus en Iran, et que c'est une perte regrettable pour le régime des mollahs...
- Mazel tov, Liat, conclut-il en hochant la tête d'un air entendu, un discret sourire au coin des lèvres. Maintenant, à vous de jouer. Ne me décevez pas.
- Je ne suis pas assez payée pour ne pas vous décevoir, répliqua-t-elle, malicieuse. Mais j'ai trop besoin de ma prime de Pesssah pour échouer. Shabbat shalom, directeur.
- Shabbat shalom, Tuvia, behatzla'ha. »
Lorsqu'Eli David suspendit la communication, Liat vit l'écran de son Mac retrouver sa noirceur initiale, et poussa un soupir. Rangeant l'ordinateur, elle se traîna jusqu'à son lit et se glissa sous les couvertures sans même prendre le temps d'éteindre la lumière.
Si les huit heures d'avion combinées à la journée de travail dans un environnement nouveau et totalement différent du sien avaient été particulièrement épuisantes, elle réalisait parfaitement que garder un secret aussi lourd pour elle et elle seule, et guider l'équipe du NCIS sur les traces du groupuscule sans jamais que leur chemin ne croise celui des ennemis redoutables qu'elle était la seule à pouvoir combattre n'allait pas non plus être de tout repos.
« Quand je pense que Dieu s'est reposé le jour du Shabbat... » maugréa-t-elle avant de laisser ses paupières se fermer, non sans esquisser un sourire apaisé en serrant à deux mains la manche tachée de vin de son sweat-shirt à l'odeur rassurante.
Alors ? Qu'avez-vous pensé de mon trèèèès long chapitre ?
J'ai très peur de vos réactions pour deux (principales ^^) raisons : l'apparition de Ray (non, ne me frappez pas, pitié, il est là pour m'aider à shiper le Tiva ! ^^), et Eli David qui s'est montré un peu OOC, mais je me disais que peut être, après les erreurs qu'il avait commises avec Ziva, il essayait de se rattraper en jouant les pères modèles auprès de l'officier qui lui fait le plus penser à sa fille... Bref, je vais cesser de me justifier et vous laisser reviewer !
(D'ailleurs, je reprécise en tant qu'auteure amatrice de reviews : vous n'avez pas besoin d'être inscrit sur le site pour commenter ma fic, il vous suffit de cliquer sur le petit bouton jaune, tout en bas ! Je compte sur vous ! :)
Lexique :
- inch'Allah : si Dieu veut, équivalent de "à la grâce de Dieu"
- Wallah : par Dieu
- Merhaba fi Amrica : bienvenue en Amérique
- Yalla : allez
- la Katsa : ce département est uniquement chargé de la collecte des renseignements, alors que le Kidon a pour mission l'élimination physique des ennemis d'Israël
- les juifs haredim sont des juifs ultra-orthodoxes. Une partie d'entre eux est effectivement anti-sioniste, considérant que l'Etat d'Israël a été détruit par Dieu pour punir les juifs, et ne doit renaître que grâce au Messie à l'heure du Jugement Dernier.
- slih'a : pardon, désolé(e)
- behatzla'ha : bonne chance
