Hey, non, je ne suis pas morte, je n'ai pas abandonnée cette fic non plus ! Merci à tous ceux qui l'ont lu, l'ont aimé, m'ont laissé des reviews, et je m'excuse, je sais ce que c'est d'attendre la suite d'une fic...

seulement cette fic, j'y tiens trop pour l'écrire vite fait entre examens, travaux et TFA... ce n'est pas une fic "réactions " écrite à la suite d'un épisode, mais une véritable histoire que j'ai construite moi même du début à la fin et dans laquelle il faut que je me plonge entièrement, ce qui ne peut se faire quand on a l'esprit occupé par l'école et tout ce que ça engendre.

Ah, oui, petite précision, je ne suis pas médecin, j'ai fait L en plus comme vous pouvez vous en doutez et je passais mes cours de science à dessiner et mes seules connaissances médicales sont assez restreintes : je n'ai aucune idée de la façon dont on se sort de là, même en faisant des recherches. En vérité, il ne s'en serait même pas sorti. Donc, je préfère rester vague sur les soins en eux même, c'est volontaire.

Je vous souhaite une bonne lecture.


- Quelle brillante initiative ! S'écria Mycroft, hors de lui, en débarquant dans le salon. La porte rebondit violemment contre le mur et le médecin rentra à son tour, prudement. Mycroft n'avait jamais eu l'air si furieux. Ses mains tremblaient tellement que le whisky qu'il essayait de se servir passait par dessus bord. Le médecin avança jusqu'à lui, tendit les mains pour lui prendre la bouteille.

- Laissez-moi faire, dit-il calmement.

Mycroft le repoussa d'un mouvement d'humeur.

- Je n'ai pas besoin de votre aide, cracha-t-il. Je vous avais demandé de garder Jim Moriarty en vie, pas de tuer mon petit frère !

Placide, le médecin l'observa un instant avant de répondre calmement :

- Il était prêt à prendre le risque, il savait ce qu'il faisait. Je l'ai suivi.

Mycroft se laissa tomber dans un fauteuil.

- Ah ça pour le suivre, vous l'avez suivi !

Il voulut ajouter quelque chose, mais jura et but une gorgée d'alcool en regardant par la fenêtre, le visage fermé.

Le médecin soupira. Un petit sourire au creux des lèvres alors qu'il observait le combat évident qui se livrait en Mycroft entre son habituelle prestante et les émotions fortes qui menaçaient sa retenue si bien construite.

- Votre petit frère va bien, Mycroft Holmes, dit-il d'un ton bas, à moitié amusé. Il se réveillera dès lors que la drogue aura cessé de faire effet sur son organisme. Je vous conseille de vous calmer et d'aller le rejoindre.

Sur ce, il fit demi tour et quitta la pièce, laissant la porte ouverte derrière lui. Mycroft le regarda partir et poussa un soupir, le front dans la main.


Sherlock ouvrit les yeux, sans mémoire de l'instant où sa conscience avait émergée de son sommeil comateux. Il eut un très bref instant de terreur en se rappellant les derniers évènements puis il reconnut le plafond et le contact des couvertures et une vague de soulagement l'envahit. Il se sentait affreusement vaseux et une douleur insaisissable vrillait son crâne. Mais ce n'était rien à côté du fait d'être vivant.

- Sherlock !

Il sursauta, arraché de sa demi conscience pour se tourner d'un trait vers... Mycroft. Assis sur une chaise un peu plus loin du lit, il venait de se lever pour accourir vers lui.

Un soulagement indicible se lisait sur chacun de ses traits et dans le ton de sa voix : comme s'il était vraiment, vraiment soulagé. Sherlock haussa un sourcil.

- Qu'est-ce qui se passe, il y a un problème ?

Arrivé à sa hauteur, Mycroft le dévisagea un instant avant d'éclater d'un rire nerveux et, légèrement inquiet, Sherlock recula un peu sur ses oreillers. Jamais il n'avait vu Mycroft perdre autant de... de ce truc hautain qui le caractérisait. Il tira une chaise pour s'assoir à son chevet et le regarda enfin.

- Oh, Sherlock. J'ai cru que tu ne te réveillerais pas.

Sherlock le dévisagea en silence, le visage parfaitement neutre. Il ne dit pas à quel point l'inquiétude visible de Mycroft le perturba autant qu'elle le toucha. Mais retrouver la présence familière de son frère, après les horreurs des frères Moriarty auxquelles il venait d'assister, le rassura d'une façon à laquelle il ne s'attendait pas. C'était bien la première fois mais, la tout de suite, ce fut le cas. Il laissa échapper un soupir, fermant les yeux. Mycroft l'étudia silencieusement pendant un moment.

- Alors ? Tu as réussi à trouver ce que tu cherchais ?

Sherlock rouvrit les yeux sur le plafond, jouant nerveusement avec sa machoire. La question fatidique lui brulait la langue, mais tellement de choses dépendaient de la réponse, sa vie entière, en fait, il en était sûr à présent, que la poser paraissait insurmontable. Il cligna plusieurs fois des paupières, la respiration rendue incertaine et une angoisse particulière bloquant son sternum.

- Il n'est pas mort, Sherlock, dit Mycroft d'une voix basse, prudement.

Sherlock ferma les yeux dans une expiration de soulagement.

- Peu importe ce que tu cherchais, enchaina Mycroft. Tu l'as trouvé. Il s'est réveillé.

Sherlock sursauta violemment, se redressant si vite que la pièce autour de lui se mit à tourner et il crut qu'il allait vomir. Mycroft se leva aussitôt, posant une main sur son torse, l'autre sur son épaule pour l'obliger à se re rallonger.

- Et c'est maintenant que tu me le dis ?! S'étrangla Sherlock, luttant pour se relever.

Mais Mycroft ne semblait pas de cet avis. D'une main ferme il le rallongea et assenna d'un ton autoritaire :

- Sherlock, tu restes ici ! Ce n'est pas une bonne idée d'aller le voir maintenant, ni pour toi ni pour lui ! Alors tu reprends des forces et tu arrêtes tout de suite ce jeu ou je te drogue moi-même !

Pour une fois, Sherlock obéit. Il y avait quelque chose de vrai dans le ton de Mycroft, quelque chose comme une lassitude exaspérée dénuée de toute sorte de sarcasme. Il se rallongea, et Mycroft s'écarta. Peut-être que ce n'était pas la seule raison pour laquelle il lui obéissait : se confronter de nouveau à Moriarty, après tout ce à quoi il avait assisté dans son palais mental... après tout ça, comment lui faire face ? S'en souvenait-il seulement ?

- Est-ce qu'il... est-ce qu'il a ?

Une drole de lueur passa dans les yeux de Mycroft.

- Il n'a rien dit, Sherlock, termina-t-il d'une voix basse. Il n'est pas exactement... il s'est réveillé, mais ne t'attend pas... ne t'attend pas à plus.

Sherlock hocha la tête.


Il faisait nuit et la maison était silencieuse lorsque Sherlock repoussa les couvertures pour poser ses pieds sur le parquet. Sans autre lumière que celle de la lune par les fenêtres, il entra dans le couloir et avança sans bruits. Devant sa porte, il s'immobilisa. Elle était entrouverte, à peine un filet, juste assez pour entendre ce qui se disait à l'intérieur.

- ... Pas vous ennuyer plus longtemps. Mais si vous m'entendez, sachez que je suis là pour vous aider. Personne ne vous fera aucun mal. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, appuyez ici, et je serais là dans la minute qui suit. Des infirmières viendront vous voir régulièrement afin de vérifier si vous allez bien.

Puis le médecin bougea et ses pas se rapprochèrent jusqu'à ce qu'il ouvre la porte sur Sherlock, littéralement parralysé sur le seuil. Leurs regards se rencontrèrent et alors celui du médecin s'adoucit. Pour la première fois, l'homme devant lui lui sembla extrêmement jeune, terriblement vulnérable, en fait. C'était un enfant, un enfant effrayé par ce qu'il retrouverait à l'intérieur de la chambre. Il expira lentement.

- Soulagé de vous voir sur pied. Je n'aurais pas vraiment apprécié avoir votre mort sur la conscience.

Sherlock avala sa salive, sans sourire. Il y eut un petit silence.

- Le chemin sera long, murmura le médecin prudement. Je suppose que je n'ai pas besoin de vous le dire. Evitez de le brusquer, d'accord ?

Sherlock acquiéça en silence et l'homme le contourna, le laissant seul face à la porte à demi close. C'était un pas qu'il devait franchir seul.

Il faisait presque noir dans la chambre, mais l'ombre avait une teinte bleue froide percée par les éclats blancs des réverbères, pas les fenêtres dont les volets n'étaient pas tout à fait fermés. On lui avait enlevé le respirateur artificiel.

Toujours allongé dans la même position, yeux ouverts, Jim fixait un point invisible au delà des fenêtres. Sherlock avança précaussionneusement, comme si chaque craquements de ses pas sur le plancher constituait une trahison. Il stoppa près du lit, n'osant le contourner pour se placer du côté où Jim était allongé. De ce fait, il ne voyait que son visage de trois quart, celui-ci étant incliné vers les fenêtres.

- Salut, Jim.

Sa voix tremblait. Trop aigue, trop fragile. De toute façon, comme il s'y attendait, Jim ne réagit pas. Alors lentement, il contourna le lit, l'impulsion prenant le pas sur la peur. Debout devant la lumière des fenêtres qui projeta son ombre sur le corps du malade, il affronta le visage de Jim. Ses yeux noirs, absents, inaccesibles, plongés dans une autre réalité. Au delà des contusions et des blessures, son visage était empreint d'une lassitude extrême. Plus que de l'absence, il y avait comme un abatement profond.

L'air transpirait d'une réalité froide, brutale. Des larmes s'écoulaient silencieusement des yeux noirs entrouverts et la vérité percutta Sherlock comme un frisson dans le dos, plus une impression qu'une déduction.

Jim reprenait contact avec le monde réél limité par la dimension humaine. Il reprenait contact avec un corps détruit qui ne lui appartenait plus et dont la morphine ne suffisait pas à appaiser les douleurs. Il prenait contact avec la douleur en elle-même, dans un monde où son frère ne serait plus jamais, un monde où James ne le possèderait plus, où ses sensations ne seraient plus jamais deux, mais seulement une, où chacune de ses respirations seraient sa responsabilité et son choix personnel. Un monde où il s'appartenait à lui et à lui seul ; et il n'y avait rien de rassurant à ça : plus que quicomque Sherlock pouvait le comprendre. A cet instant, arraché à la mort et forcé à la vie dans toutes les souffrances que ça représentait, Jim pour la première fois se moquait éperduement de lui, Sherlock Holmes. Cette réalisation ne l'effraya même pas, c'était la vérité, la froide vérité. Jim avait accepté de vivre tout ça, il avait accepté de se faire posséder, physiquement et mentalement, accepté d'appartenir à un autre, de partager bien plus qu'un corps mais son âme avec James, de lui donner son être entier et si ce James était cruel, il l'aimait. Il était le monstre de Frankestein. La vie sans lui, la vie après la torture, après le sang et la mort, lui paraissait impossible.

Fut un temps où Sherlock aurait pu empêcher ça, où il aurait pu l'atteindre assez pour l'empêcher de sombrer. Mais si lui venait tout juste de réaliser ce qu'il ressen... ce que Jim représentait pour lui, celui-ci avait grandi, évolué, dans un amour à sens-unique, pour un homme odieux auquel il aurait pourtant tout donné. Et désormais, reprenant vie au milieu des cendres, il était seul. Sans James, sans Sherlock. Seul. Et Sherlock savait que s'il lui devait une chose, c'était de respecter ça.

La renaissance était un chemin qu'il devait parcourir de son choix, et pas parce que lui, Sherlock Holmes, avait besoin de lui.

Alors dans la chambre d'un bleu sombre pour la première fois, Sherlock se sentit un peu adulte. Il s'assit sur le fauteuil à côté du lit et le regard dans le vague, laissa sa main s'étendre jusqu'à celle de Jim qu'il prit doucement dans la sienne, emmêlant leurs doigts.

- Ca va aller mieux, dit-il d'une voix étrange, un peu trop grave cette fois. Je sais à quel point ça doit être terrifiant. Mais ça va aller mieux.

Cette nuit là Sherlock ne dormit pas. Il resta là, silencieux, la main de Jim dans la sienne, à absorber sans un mot toutes les ténèbres qui s'écoulaient en larmes diaphanes sur les joues du malade. Cette nuit était une nuit de deuil, le deuil de l'enfant tout puissant qu'il croyait être. Demain il se lèverait fort et nouveau, prenant les armes pour Jim, se confrontant au combat à venir. Mais pour l'instant il devait lui aussi dire au revoir à une partie de lui-même, celle qui ne voulait pas guérir, pas plus que Jim ne voulait vivre.

Deux âmes blessées au fond du gouffre qui ensembles et seuls réalisaient enfin que l'unique ennemi à les avoir mené là n'étaient qu'eux-même : et que ce n'est que par eux-mêmes qu'ils pourraient gravir le ravin jusqu'à la surface.

Les semaines qui suivirent furent une véritable épreuve de patience. Pendant presque un mois Jim ne décocha pas un mot, pas un seul cri, pas une seule grimace ni même un regard et durant ce temps là Sherlock ne lui parla pas vraiment non plus, se contentant de rester là, présent jour et nuit, sans débordement, lui prenant parfois la main en restant à l'écart des toilettes et soins : Jim n'aurait pas apprécié qu'il le voit diminué de la sorte, pas plus que lui si la situation avait été inversée, et l'humilier était la dernière chose qu'il souhaitait. Une nuit cependant qu'il dormait sur le canapé installé dans la chambre - il estimait irrespectueux de s'endormir sur le même lit que Jim, comme une violation de son espace personnel et, pire, une appropriation " qui va de soi " ce qui en l'occurence pourrait bien la pire chose à faire - Sherlock s'était donc endormi en chien de fusil sur le canapé, une couette par dessus lui, lorsque des gémissements transpercèrent la bulle de son sommeil, se transformant en véritables plaintes alors qu'il s'éveillait.

Il ouvrit brusquement les yeux et se releva dans un sursaut, à quatre pattes sur le canapé. Sur le lit, Jim remuait, son corps secoué de faibles spasmes, laissant échapper des plaintes douloureuses qui se terminaient en sanglots - des sanglots d'enfants.

- Jim !

Sherlock bondit hors du canapé et se précipita vers le lit, trébuchant au passage dans la couette. Les mains de Jim agrippaient compulsivement les draps, ses yeux crispés par la douleur, sa tête renversée en arrière sur les oreillers. Sherlock passa la main dans ses cheveux, le tenant fermement.

- Jim ! Jim, qu'est-ce qui se passe ?

Jim rouvrit des yeux vitreux et pour la première fois depuis son réveil ancra son regard dans le sien. La panique que Sherlock y lit l'atteignit en plein coeur. Il appuya sur le bouton et se rua sur la porte qu'il ouvrit à la volée en hurlant "DOCTEUR !" avant de revenir vers le lit. Réagissant instinctivement, il monta dessus et enjambant Jim sans le toucher, glissa ses bras sous son dos arqué par les spasmes et posa ses mains à plat dans le creux de son dos - là où un large bandage entourait déjà sa taille - le soutenant, exerçant une pression suffisante. Jim au dessous eut une expiration trop forte. Sherlock le fixait instensément, bouche semi ouverte, le coeur battant à tout rompre, observant chaque crispation de son visage, ses lèvres qu'il mordait, les sanglots silencieux qui déformaient momentanément ses traits. Cependant les cris s'étaient un peu calmé, signe que Sherlock avait vu juste.

- Respire, lui intima-t-il d'une voix grave et calme. Inspire, expire. Profondément. Ca va aller.

Sous ses mains, il sentait ses frissons incontrôlables, devinant que la douleur devait se propager de sa colone vertébrale jusqu'à ses jambes. Pourrait-il jamais remarcher normalement ? Aurait-il toujours mal ? Ce n'était pas le temps d'y penser. Jim ouvrit les yeux et son regard s'accrocha dans le sien avec un espoir fou. Sherlock réalisa qu'à travers la tempête qui traversait son corps il était actuellement son seul point d'ancrage : Il avait tenu tous ces mois de torture, se réfugiant profondément en lui, dans cette carapace d'insensibilité que sa gémélléité malsaine avec James avait créé, mais dorénavant, il devait ressentir la douleur plus fortement que n'importe qui, comme un aveugle retrouvant la vue est agressé par chaque détail beaucoup plus violemment que la moyenne. Alors il plongea dans son regard, dans les abysses de douleur et de peur, se faisant ferme, sûr et puissant, aussi immobile qu'un roc au milieu de l'océan déchainé par l'orage. La respiration se Jim se cala bientôt sur la sienne. Une de ses mains - la gauche, l'autre ne pouvant qu'à peine bouger - l'agrippa. Lorsque le médecin et deux infirmières débarquèrent en courant dans la pièce en demandant ce qui se passait, aucun des deux ne détourna le regard. Sherlock répondit du bout des lèvres :

- Il est en pleine crise.

- Poussez-vous.

Sherlock s'écarta à regret, déclenchant un cri de la part de Jim, cependant il n'avait d'autres choix que de laisser le médecin agir. Il s'écarta du lit, le coeur serré aux appels indistincts qu'il lui criait.

- Je suis là, Jim, dit-il à voix haute - celui-ci ne pouvant lever la tête ou la tourner complètement - se moquant éperduement de la présence du médecin et des infirmières. Ca va aller, ça va aller, je reste là.

Il le répéta tout le temps que dura l'intervention, fixant Jim alors qu'ils s'agitaient autour de lui comme des abeilles autour d'un bosquet de fleurs.

Plus tard, après un temps qui lui parut infini, le calme revint et ils furent de nouveau seuls. On lui avait administré un somnifère et cette fois-ci Sherlock s'allongea précaussionneusement à ses côtés. Etendu sur le flan, il passa un temps infini à observer le profil de Jim, caressant du bout des doigts son visage emporté par le sommeil et qui semblait presque paisible. Il laissa son index s'égarer sur ses lèvres, dessiner le contour de sa mâchoire, puis sa paume enveloppa sa joue.

La culpabilité n'était plus la même. Ce n'était même plus vraiment de la culpabilité, seulement un état de fait. A cause de son aveuglement, Jim était dans un état grave. C'était une chose d'espérer pendant des jours qu'il se réveille, s'en était une autre de se confronter à ses cris de douleurs et réaliser que le chemin avant le rétablissement serait long et que cette crise ne sera pas la dernière.

Mais il était Sherlock Holmes, et c'était Jim Moriarty. Si quelqu'un pouvait le faire, c'était eux. Du pouce, Sherlock caressa sa joue.

- On va y arriver, Jim. Je te le promets.


Sherlock se réveilla exeptionnellement bien. Il avait véritablement bien dormi durant ces dernières heures de sommeil. Toujours dans la même position, il ouvrit les yeux sur Jim qui, déjà réveillé, regardait par la fenêtre entrouverte laissant rentrer un air frais bienvenu.

- Bonjour.

Jim tourna un peu la tête, ne pouvant véritablement se retourner mais, de toute façon, Sherlock doutait qu'il l'ait fait même s'il le pouvait. Il ne répondit pas, fixant le plafond en se mordillant la lèvre inférieure.

- Ca va un peu mieux ?

Il répondit d'un bref hochement de tête et le silence s'installa.

- Sherlock ?

- Hum ?

Sans bouger, Sherlock qui avait refermé les paupières leva les yeux vers lui. Jim fronçait très légèrement les sourcils.

- J'arrive pas...

Il fit une pause, avala sa salive.

- Je t'ai vu dans mon chateau. Et tu étais dans... dans l'hélicoptère. Il y avait de la neige, beaucoup de lumière... Le suicide de James... la cellule... c'est... flou.

Sherlock se redressa sur les coudes, réalisant qu'il ne parvenait pas à distinguer ce qui était réel ou pas là dedans. Jim tourna un peu la tête pour le regarder.

- James est mort devant moi il y a presque 3 ans, expliqua-t-il avec douceur et Jim le fixait avec une innocence incroyable. Il y a un mois et deux semaines, je t'ai sorti de là avec l'aide de Mycroft, il n'y a aucun survivant, je n'ai pas eu d'autres choix que de te faire basculer dans la neige à cause de la force de l'explosion, après quoi nous sommes montés dans l'hélicoptère où tu a repris connaissance avant de faire un arrêt cardiaque. Nous t'avons transporté jusqu'à l'hôpital le plus proche où le médecin qui te soigne actuellement t'as pris en charge. Pour des raisons évidentes nous ne pouvions pas te laisser dans un hôpital public que ce soit en russie ou ailleurs, nous t'avons donc fait transférer en Angleterre, ici, dans les appartements de Mycroft et le médecin nous a suivi pour continuer à te prendre en charge. Tu es resté dans le coma pendant une semaine et j'ai décidé de rentrer en contact avec toi mais pour cela je devais rentrer dans un état de conscience modifiée avancée, donc je suis tombé en overdose pour rentrer dans ton palais mental. C'est là que tu m'as vu. C'est Moran qui m'a mis au courant de ton existence, mais je ne sais toujours pas depuis combien de temps tu étais prisonnier.

Jim continua à le fixer gravement quelques instant avant de répondre.

- Depuis le début. Suite à la mort de James il ont découvert mon existence et comme ils ne savaient pas qui j'étais exactement, il m'ont enfermé. Je représentais une menace.

Le regard de Sherlock se troubla sans dévier de sa trajectoire et il haussa les sourcils, des plis soucieux fendant son front.

- Tu es resté enfermé pendant tout ce temps...

Jim le regardait simplement, sans sourire, sans larmes, parfaitement calme. Puis il détourna la tête, semblant estimer que la conversation était finie.

- Jim... depuis combien de temps ils te torturent ?

Il n'y avait aucune bonne manière de poser cette question, même en rendant sa voix la plus lente, la plus neutre possible.

- Ca a commencé quand ils t'ont capturé, je crois. Je ne sais plus quand c'était. C'est flou.

Sherlock soupira, laissant sa tête retomber entre ses épaules. Il s'était fait prendre en octobre. Il avait sauvé Moriarty en septembre. Un an. Une putain d'année à se faire torturer, quand il ne savait même pas qu'il existait, quand il était là à se soucier de John, de mariage et d'autres idioties. Il se rallongea et, lentement, leva la main pour effleurer la joue de Jim avec une grande douceur. Jim frissonna d'abord, puis ferma les yeux.

- Je suis... Vraiment... Désolé... Pour tout. Pour tout ce que tu as enduré par ma faute. J'aurais dû comprendre, j'aurais dû chercher plus loin, mais...

- Mais tu avais John, le coupa Jim, sans reproche ni brutalité, et la vérité neutre de cette déclaration ne la rendait que plus cruelle. Tu n'avais pas besoin de moi, tu n'avais aucune raison de chercher plus loin.

Quelque chose de douloureux traversa le visage de Sherlock et le contact sur son visage se fit plus tendre.

- Pardon, Jim.

Celui-ci ne répondit pas. Le silence s'installa et au bout d'un moment il ferma les yeux, s'offrant à la caresse. Fasciné, sans sourire, Sherlock suivait avec lenteur ses légers mouvements de tête, observant chaque souffle de plus en plus calme qui franchissait ses lèvres légèrement entrouvertes, la courbure de ses cils, la ligne de son nez, de sa machoire. Il imagina que c'était sa langue à la place de ses doigts, en s'aventurant du bout des ongles sur sa gorge. Et Jim ne dit rien, n'ouvrit même pas les yeux, trahi seulement par son souffle et par ses frémissements.

- Sherlock... ? L'appella-t-il au bout d'un moment d'une voix hésitante et légèrement enrouée.

- Oui ?

Sherlock ne s'était jamais senti aussi calme. Jim rouvrit les yeux, son coeur s'était acceléré.

- Mon corps est brisé, dit-il seulement. Je peux à peine bouger. Si je sors de tout ça, mon corps ne sera plus jamais comme avant, je garderais beaucoup de cicatrices et de brulures et peut-être que je ne pourrais plus marcher. Ca... ça me fait vraiment mal.

Il le confessa comme une honte monumentale et deux larmes claires roulaient sur ses joues, mouillant les doigts de Sherlock. Il rouvrit la bouche pour poursuivre mais le son eut du mal à sortir et il referma les yeux.

- Qu'est-ce qui va se passer ?

Ce n'était pas la question qu'il voulait vraiment poser. La véritable interrogation, derrière ses mots, fit frissonner Sherlock qui se redressa jusqu'à s'accroupir, attéré. Ne sentant plus sa main Jim rouvrit les yeux et haussa les sourcils en rencontrant le regard de Sherlock, étincelant de quelque chose qui ressemblait à la passion ou à la rage. Ses yeux bleus glaciers, perçants et implacables.

- Est-ce que tu es en train de me demander si je vais t'abandonner si tu ne retrouves pas ta mobilité corporelle ? Ne répond pas, c'est une question rhétorique.

Jim déglutit et détourna les yeux mais Sherlock agrippa son menton - se rappellant juste à temps qu'il ne devait pas le forcer aux mouvements brusques.

- Regarde-moi, Jim, lui ordonna-t-il.

Jim obéit et Sherlock le dévisagea intensément.

- Ca va être long, difficile et douloureux. Tu vas devoir réapprendre à bouger intégralement et peut-être qu'il y aura des mouvements que tu pourras plus faire. Mais tu sens tes jambes, n'est-ce pas - je sais, tu les sens, justement, et c'est très douloureux, mais ça signifie que ta moelle épinière n'a pas été touchée et que tu ne finiras pas tes jours en fauteuil roulant. En tous les cas - il haussa la voix pour couvrir les protestations que Jim s'apprêtaient à sortir - jamais, jamais je ne t'abandonnerais comme un jouet cassé parce que ton corps n'est pas aussi performant qu'avant !

Il espéra que son ton de voix laisse clairement entendre à quel point il trouvait ça parfaitement ridicule.

- Pour qui est-ce que tu me prends ?

Alors, pour la première fois depuis longtemps, Jim sourit - un petit sourire, mais c'était déjà ça. Ceci dit il eut la politesse de ne pas répliquer " pour le gars qui m'a toujours laissé tomber... ? " et Sherlock, devinant aisément sa pensée, eut un petit rire en se laissant retomber sur les oreillers.

- Si tu crois que quelques cicatrices et un fauteuil roulant me font peur, tu me connais vraiment mal.

Cependant, il fut vite évident que cicatrices et fauteuil roulant ne seraient pas la partie la plus difficile là-dedans. Les jours, les semaines s'écoulèrent et avec eux leur lots de souffrances. Les fractures, les blessures prendraient des mois à guérir suffisemment pour permettre la rééducation et les massages qui ne viendraient qu'en seconde étape. Mais il fallait arriver jusque là. Malgré la douleur, il était donc pour l'instant impossible de le soulager autrement qu'avec la morphine et le plonger en coma articifiel n'était pas une solution envisageable après son premier coma. Pour palier au problème, on lui administrait souvent des sédatifs, il passait donc une grande partie du temps à dormir, même si ce n'était que provisoire. Ce fut, pour tout le monde, une véritable épreuve de patience, sans doute la pire. Chaque seconde était douleur et chaque minute un combat permanent. Rien dans cette situation n'était simple, ni la place de Jim ni celle de Sherlock, contraint à le regarder souffrir sans pouvoir intervenir. Les seules choses qui le soulageaient étaient les bains tièdes et le médecin dû souvent s'en occuper à toute heure du jour ou de la nuit. Sherlock y fut tenu à l'écart: d'abord pour ne pas commettre d'erreur, ensuite car Jim le lui refusait catégoriquement. En fait, il supportait de moins en moins sa présence, non pas parce qu'il lui en voulait, mais parce qu'il soit témoin d'une dégradation physique telle qu'il ne pouvait plus bouger, se laver, aller aux toilettes, manger, était tout aussi difficile que la douleur en elle-même. Son corps semblait plus vivant, certe, mais était toujours aussi maigre. Nourri par intraveineuse, il ne mangeait pas - son système digestif mettrait beaucoup de temps à se réadapter après des mois sans vraiment manger et le rétablissement du corps en lui même restait la priorité. Quand la première phase de guerrison serait passée, alors seulement on pourrait commencer à le réadapter à la nourriture. Pour l'instant il semblait en apesanteur, un corps sans aucun fonctionnement humain normal, avec juste assez de force pour continuer à respirer. Sherlock ne dormait plus dans la même chambre mais dans celle d'à côté, cependant en pratique il passait la plupart de ses nuits à guetter le moindre bruit et le rejoignait lorsque les cris commençaient, ce qui arrivait presque toutes les nuits, dans les mêmes heures, lorsque l'effet des sédatifs s'estompaient. Il n'y avait qu'en crise que Jim ne le repoussait pas, la violence de la douleur envoyant sa fierté voler en éclat.


Un matin, endormi dans sa chambre, Sherlock l'entendit crier, un cri subit et violent suivit d'un hurlement plus long : comme chaque fois il fut présent avant même les infirmières. Mais aucune crise. Jim avait juste essayé de se lever et désormais en équilibre sur le bord du lit, il haletait, s'accrochant comme il pouvait sans réussir à se rallonger. Dans un sursaut intérieur Sherlock bondit aussitôt pour l'aider. Une seconde, pas plus.

- Jim, ça va ? S'écria-t-il sur le coup de l'angoisse, penché au dessus de lui.

Non ça n'allait pas, rien n'allait dans cette putain de situation, mais que dire d'autre ?

Yeux clos et crispés, Jim luttait contre les sanglots, se mordant les lèvres, ne pouvant retenir les crispations de son visage, ni les larmes qui s'échappaient du coin de ses paupières fermées. C'était la première fois que Sherlock le voyait sanglotter vraiment et il se sentit devenir blème.

- Jim...

- Va-t-en.

- Jim, regarde-moi, regarde-moi ! Lui intima-t-il en prenant son visage d'une main ferme. S'il te plait, regarde...

- Non ! Non !

La panique, la honte lui donnait des accents hystériques. S'il avait pu, il se serait débatut, il serait parti en courant ou se serait même retourné sur le ventre mais il ne pouvait pas : ses paupières fermées étaient son seul échapatoire, le dernier refuge à son impuissance.

- Bordel, Jim, je me fiche complètement de... !

- Va-t-en, le coupa Jim, va-t-en, putain, va-t-en !

Parcourru d'un frisson incontrôlable et des larmes de colère plein les yeux, Sherlock se releva brutalement.

- Ne m'attend pas la nuit prochaine ! Ni celle d'après ! Lança-t-il d'un ton froid en quittant la pièce, filant devant le médecin sans ajouter un mot.

Mycroft voulut le retenir, mais n'y parvint pas. Sherlock se rhabilla à toute allure et quitta la propriété de son frère.

Après une journée à passer sa rage sur les murs du 221b, il envoya quand même un message à Mycroft.

" Pardon d'être parti comme ça. SH"

Ce qui équivalait à une véritable déclatation d'amour. Mycroft ne répondit pas : il le rejoignit peu après au 221b et malgré ses raleries Sherlock le laissa rentrer. Renfrogné dans son fauteuil comme un ado en crise, il le laissa faire le thé comme s'il était chez lui et les servir avant de s'installer dans le fauteuil de John.

- Alors, que s'est-il passé ?

Sherlock se mordit l'intérieur de la joue, sachant pertinemment ce que Mycroft répondrait à " il ne veut pas me voir ! ".

- Je l'ai aidé et il m'a chassé, finit-il par avouer.

Mais Mycroft ne rit pas, se contentant d'un léger sourire, ce qui agaça et rassura Sherlock à la fois. Il détestait vraiment quand son frère jouait à celui qui en savait plus.

- Laisse moi résumer la situation, dit enfin Mycroft d'une voix calme, après la totalité de ta vie à l'ignorer tu réalises enfin quelle importance il a vraiment pour toi, il te repousse et tu ne le supportes pas.

Bon, c'est vrai que vu comme ça... le menton dans le creux de ses bras, Sherlock fixait obstinément la poignée de la porte, de l'autre côté de Mycroft. Celui-ci ne le lâchait pas des yeux.

- Sherlock, je sais que tu voudrais penser le contraire, mais il n'est, tout comme toi, qu'un être hu...

- Bordel je lui ai sauvé la vie ! Le coupa Sherlock en le fusillant du regard. J'ai risqué ma vie pour lui, j'ai tué, tout fait explosé, je me suis acharné à le maintenir en vie même quand tout me disait que c'était terminé !

Mycroft le regardait sans rien dire.

- Je suis tombé en overdose pour lui, depuis son réveil je suis là 24h sur 24 sans me poser la moindre question, je suis là tout le temps et j'accepte tout ! Tout ! Il ne peut pas me... il ne peut pas...

Perdu, pour la première fois de sa vie. Totalement vulnérable.

- Sherlock... dit doucement Mycroft, si tu étais à sa place, que ressentirais-tu s'il t'aidait alors que tu te retrouvais dans un tel état de dégradation ?

Sherlock fixa son frère sans répondre, sourcils froncés, comme un enfant à qui on a retiré toute réplique.

- Tu aurais tellement honte que tu voudrais te tirer une balle, répondit Mycroft à sa place. Et tu ne voudrais certainement pas qu'il soit témoin de ton impuissance.

Privé de réponse, Sherlock se réfugia dans son sweat. Malgré tout, il lui fallut une semaine pour digérer sa rancoeur, sans qu'il ne sache de quelle manière il pouvait revenir. Ce fut finalement un appel du médecin, à 3 h du matin, qui coupa court à ses doutes : suite à une crise, la température de Jim avait chuté et il ne remontait pas. Alors, Sherlock fonça sans réfléchir.


Le médecin était avec lui lorsqu'il rentra dans la chambre. Couvert d'une couverture de survie, Jim semblait dormir. Debout devant les perfusions, le médecin lui lança un regard.

- Je viens de lui injecter un sédatif. Vous pouvez restez avec lui si vous voulez.

Sherlock enleva son manteau - il faisait une chaleur insupportable, ici - et s'approcha du lit, du côté de Jim, pour lui prendre la main. A côté de lui, le médecin hésitait à parler.

- Dites ce que vous avez à dire, trancha Sherlock sans même tourner la tête.

L'homme s'éclaircit la gorge.

- Hé bien... J'ai parfois vu ça chez certains patients. Il... hum. Il réagit à vous, physiquement. Sa température n'avait jamais chuté de la sorte en votre présence.

Sherlock ne put empêcher un frémissement de lèvre un brun crâneur tout en fixant le visage endormi de Jim.

- Je sais que ce n'est pas facile, poursuivit le médecin. S'occuper d'un patient dans un tel état ne l'est jamais. Les réactions d'un malade sont parfaitement imprévisibles et souvent blessantes mais je peux vous dire qu'après votre départ, il n'a pas dit un mot de la semaine. Peu importe ce qu'il peut dire, il apprécie votre soutient. Si vous me permettez, je pense juste que... que contruire une relation dans une telle situation est loin d'être facile.

Alors, il quitta la pièce sans attendre de réponse, laissant Sherlock à ses réflexions.


Sherlock s'était endormi à côté de Jim, allongé sur le ventre, et il se réveilla peu avant l'aube. Dans le silence complet de la chambre et les visites régulières des infirmières, il regarda le jour se lever bien avant que Jim ne se réveille. Sa température était retournée à la normale : le médecin avait raison, sa présence seule suffisait à le stabiliser. Il l'observait lorsque celui-ci ouvrit les yeux et eut un léger sursaut en réalisant sa présence. Sherlock demeurait parfaitement silencieux, le regard fixé sur lui, impassible.

- Sherlock, tu... tu es là.

- Oui, je suis là, répondit-il d'une voix terriblement lente et neutre.

Jim déglutit. Il y eut un long silence insoutenable. De sa main valide, il se couvrit les yeux.

- Je suis désolé, je... j'aurais pas dû te repousser, c'était juste... tu sais... je voulais pas que...

Sa main, sur ses yeux, tremblait. Le silence se poursuivit.

- S'il te plait, dit quelque chose.

Alors Sherlock se redressa et aussi souple chat, l'enjamba, se plaçant sans s'appuyer à quatre pattes au dessus de lui, les bras de chaque côté de sa tête. Jim dégagea sa main et lui rendit son regard, légèrement sur la défensive.

- Sherlock. Qu'est-ce que tu...

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Le sursaut qui le parcourut se répercutta dans la bouche de Sherlock. Le baiser fut tendre, maladroit et avide à la fois. Sherlock le gouttait avec une sorte de ferveur animale, mêlée à une prudence d'une grande tendresse. Sa langue le léchait sans tabou jusqu'à s'introduire à l'intérieur, puis sa bouche s'aventurait le long de sa mâchoire jusqu'au lobe de son oreille qu'il mordilla délicieusement, avant de descendre vers sa gorge dans un mélange parfait de douceur et de coup de dents. Jim poussa un gémissement franc et aigu.

- Oh Sherlock, Sherlock... arrête.

- Je te désire, Jim, répliqua Sherlock dans un souffle rauque, sans quitter sa peau qu'il dévorait toujours. J'ai envie de t'entendre gémir jusqu'à ne plus pouvoir respirer, j'ai envie de te faire tout ce que tu as toujours eu envie que je te fasse...

Sa voix, rendue plus monstrueusement grave par le désir, était une torture insoutenable. Parcourus de frissons, Jim gémit encore.

- S'il te plait, arrête.

Et il méritait une putain de médaille pour arriver à dire ça. Sherlock s'écarta et le regarda dans les yeux.

- Pourquoi ? Demanda-t-il très sincèrement, t'en crève d'envie.

Jim le dévisagea quelques secondes, le temps de reprendre son calme. Il était écarlate, la peau frémissante.

- Tu veux vraiment commencer ça maintenant, quelque chose que l'on ne pourra pas finir ? Je... je ne suis pas près à te donner ça.

Il y eut un silence. Sherlock s'éclaircit la gorge.

- Me donner quoi, exactement ?

Jim regarda Sherlock et un sourire lui échappa. C'est vrai, il avait presque oublié ce détail.

- Je ne suis pas prêt à faire l'amour avec toi, je ne suis pas prêt à ... à te laisser me...

Il ne termina pas sa phrase, rougissant fortement, et Sherlock cligna des yeux lorsqu'il comprit, devenant cramoisi à son tour.

- Oh. Oh, ça. Mais. Je... je ne voulais pas...

Il s'éclaircit la gorge.

- Tu as compris.

Jim hocha la tête et son regard se voilà d'une tendresse presque mélancolique.

- Je t'aime, Sherlock. Je t'ai toujours aimé, depuis le premier jour. Mais après tout ça... j'ai juste besoin de temps, tu comprends ? On en a même pas vraiment parlé, je ne sais même pas ce que tu veux, je...

Je ne veux plus être faible devant qui que soit. Je ne veus plus appartenir à quiconque.

Les mots, non prononcés, percuttèrent Sherlock. Il se dégagea de Jim et se rallongea chastement à ses côtés, regardant le plafond.

- Je ne sais pas ce que je veux, je ne sais pas ce que je ressens, finit-il par avouer. Il y a deux mois je ne savais même pas que j'étais capable de ressentir ça. Mais... ces derniers temps je... j'ai commencé à éprouver... certaines choses et... Je me suis comporté comme le dernier des cons, ça te va ? Mais tu ne m'as pas vraiment aidé non plus. Tu aurais pu être plus direct.

Jim eu un petit rire.

- J'aurais dû débarquer au 221 B en latex et cuir et te passer les menottes sous les yeux de John pour te fouetter jusqu'à ce que tu demandes grâce ? M'introduire en pleine nuit dans ton lit pour graver "Get Sherlock" sur ton torse et "IOU à l'intérieur de ta cuisse, peut-être ?

Sherlock grimaça, la bosse dans son pantalon devenant soudain un peu gênante.

- Jim. Tu ne m'aides pas, là.

Jim éclata de rire.

- Non, je sais, moi non plus.

Ils se turent pendant un moment.

- Jim, sincèrement. Je sais que je me suis comporté comme un parfait connard. Mais comment pouvais-je deviner que tu avais un jumeau ?

- Les évidences étaient là, Sherlock. Tu as juste préféré détourner les yeux.

Sherlock se mangea l'intérieur de la joue.

- Tu ne me pardonneras pas, n'est-ce pas ?

Il n'y eut aucune réponse. Sherlock se redressa.

- Bordel ! S'écria-t-il sous le coup de l'impulsion, pourquoi est-ce que tu n'es pas venu me voir, pas une seule fois ? Pourquoi ne m'as tu pas dit directement que... !

Jim le dévisagea, sans sourire, sans colère.

- Pourquoi est-ce que tu ne m'as pas appelé ? Répliqua-t-il très calmement. Je t'avais donné mon numéro. J'ai laissé des messages sur ton blog.

Sherlock se passa une main sur le visage. Autant s'adresser à un mur.

- Jim, j'ai passé toute mon enfance, toute mon adolescence dans la solitude la plus totale, pensant ne jamais trouver quelqu'un comme moi. Si tu avais eu assez de cran pour venir me parler, j'aurais tout fait pour toi, tout, comme j'ai tout fait pour te sauver la vie ! Tu le sais.

Jim détourna la tête.

- C'est facile de dire ça, maintenant que tu sais qui je suis. Est-ce que tu m'as seulement accordé le bénéfice du doute quand j'étais juste un mec sensible et amoureux et pas un grand criminel ? Le grand Sherlock Holmes n'aurait pas accordé une seule seconde de crédit au gamin que j'étais. Pas plus que tu n'en as accordé à Molly, Sherlock, que faut-il faire pour seulement attirer ton attention ? Mourir pour toi ?

Il n'y avait dans sa voix aucune accusation, seulement une vérité glaciale qui plus que tout le reste heurta profondément Sherlock. Il détourna les yeux sous le regard trop sombre, trop percuttant de Jim, même ici, allité dans ce lit.

- Jim je ne pourrais jamais... m'excuser assez... pour tout ce que tu as traversé à cause de moi.

Les larmes ne coulaient pas mais elles étaient là, dans sa gorge, pressantes.

- Chaque fois que je te regarde, chaque fois que je t'entends crier... comment penses-tu que je peux le prendre en sachant que c'est de ma faute ?

- Ce n'est pas de ta faute, répliqua Jim. Ca, ce n'est pas de ta faute. Pas ça.

Il chercha en vain son regard, mais Sherlock l'évitait, assis comme un enfant sur le lit.

- Hey ! Sherlock ! Regarde-moi.

Le détective obéit lentement.

- Ce n'est pas de ta faute si je me suis fait torturé. J'ai choisi cette voix, en toute connaissance de cause, parce que je préférais mourir que de te savoir à ma place. Parce que je savais gérer la douleur. Les mois, les années dans le noir, tu sais, on perd la notion du temps, on perd... je ne savais plus vraiment qui j'étais, où j'étais, ce que j'étais. Je ne savais même pas si j'étais tout à fait vivant et en tous cas je n'aurais jamais pensé y survivre.

La main de Sherlock se glissa jusqu'à la sienne.

- Tu l'as jamais envisagé, pas une seule fois ?

- Quoi ? Que tu viennes ?

Sherlock acquiéça. Jim rougit.

- Parfois, je... je rêvais que tu venais. Que tu me sauvais. Au début.

Une main caressa sa joue.

- Et je l'ai fait. Je te promets que ce n'était pas un rêve.

Jim sourit. Ils éclatèrent de rire ensemble. Un rêve n'est pas sensé faire aussi mal.


Le soir venu, Sherlock voulut sortir de la chambre pour rejoindre celle d'à côté, comme d'habitude, lorsque Jim, dans les vappes, yeux clos, l'interpella avant qu'il ne dépasse la porte.

- ... Sherlock... Reste... Près d'moi. Steplait.

Alors Sherlock fit demi tour et prit la couette pour s'allonger sur le lit. Il tendit la main pour caresser sa joue.

- Ca va ?

Jim émit seulement un " hum" en réponse, les sédatifs faisant leur effet. Sherlock le regarda sombrer dans un sommeil troublé avant de s'endormir à son tour, bien plus tard.

La routine alors s'installa. Chaque soir, il dormait avec lui, et le soutenait lorsque les crises survenaient, mais devait rester à l'écart de tout soin. Un jour, Jim lui demanda de jouer de la musique, ce qui rappella à Sherlock qu'il n'avait plus touché à son violon depuis des mois. Alors il le récupéra et commença à jouer pour lui. Ca devint une habitude : il jouait simplement, sans un mot, et leurs regards sous l'archet du violon s'accrochaient parfois pour ne plus se lâcher, profonds et sans expressions. La musique semblait avoir sur Jim un effet particulièrement bénéfique, et souvent Sherlock en joua à toute heure de la nuit, ce qui aidait à l'appaiser, mais il ne savait plus vraiment pour lequel d'eux deux il le faisait. Il y avait quelque chose de troublant, de presque sensuel dans l'acte, alors que l'archet effleurait chaque corde, faisant naitre des sons nouveaux qui se peignaient sur le visage de Jim.

Une nuit sans sommeil où il semblait dormir, Sherlock avait ouvert la fenêtre et à la lueur des lumières du parc, dans le léger courant d'air, avait commencé à jouer doucement.

- Tu es tellement beau, quand tu joues, murmura la voix de Jim derrière lui à l'ultime tressaut de note.

Sherlock se retourna de demi. Dans la pénombre du contre jour, sa silhouette de détachait, mystique, avec le corps du violon, avalant son visage. Il ne répondit pas immédiatement, et ses boucles noires dans la brise s'agitaient. Du lit, Jim ne distinguait que ses contours, presque dangereux dans le silence et l'absence total de substance à cette ombre noire.

Jim avait les paupières à demi closes, comme un air de langueur sur les traits, ses cernes sombres sur sa peau pâle, ses lèvres semi entrouvertes. Lentement Sherlock cala de nouveau le violon sous son menton, leva l'archet d'un mouvement ample et le laissa caresser lentement les cordes. Une musique indéfinie s'éleva, étrange et langoureuse, d'un ryhtme lent à mourir. Ca ressemblait aux soupirs d'une voix grave et à des cris plus aigues qui semblaient s'abandonner. Sherlock ne bougeait pas : seuls ses cheveux, négligés, voletaient. Répondant à l'intrument, Jim gémit. Il se mordait les lèvres, laissant parfois échapper des souffles plus incertains. Si son corps ne pouvait pas encore se mouvoir, les contractions de son bassin étaient parfaitement visibles, apparemment incontrôlables, et Sherlock s'en délectait, du bout de son archet. Il joua suffisemment longtemps pour voir le désir alanguir son regard, courir sur sa peau frémissante. Il referma enfin la fenêtre, posa l'instrument sur le bord et s'avança vers le lit, couvrant l'autre homme de son ombre. Leurs regards étaient ancrés l'un en l'autre, plus une sensation qu'autre chose, car ils se distinguaient à peine. Sherlock fit courir sa main sur le tissu qui le séparaient du torse de Jim.

- Tu veux que je te touche, Jim ?

Sa voix, grave, neutre, lente, plus douloureuse encore que les notes - insoutenable. Jim ne put retenir un petit son étrange. Les mains s'aventurèrent jusqu'à sa gorge, aussi délicate que lorsqu'elles manipulaient des cordes ou le bois d'un violon.

- Je veux que tu le dises, poursuivit Sherlock, et il y avait quelque chose de dangereux, une autorité aussi délicieusement tendre qu'un fouet tendu. Je veux que tu me le demandes.

L'éclat de fureur d'un oeil le percutta alors que Jim offrait sa gorge à ses doigts trop sages, pleins de promesses latentes. Il y eu un instant de silence, troublé seulement par le souffle perturbé.

- ... touche moi, dit-il enfin, incertain, d'un ton bas et hésitant.

Mais Sherlock ne bougeait pas. Ses caresses, toujours aussi délicates, à peine un effleurement.

- Oh Sherlock, touche moi, je t'en supplie, touche moi.

Alors Sherlock l'enjamba instantanément, perdant son visage dans sa gorge. Sa main se glissa sous les draps et jouèrent sur le peau sensible de ses cuisses un moment. Il le saisit enfin d'un mouvement précis en plantant ses dents dans son oreille, lui arrachant un cri.

- Oh... oh, Sherlock...

Jim haletait, à court de mot. Son sexe brulait sous ses doigts, frémissant, douloureux. Sherlock se redressa pour le regarder, prenant tout son temps, donnant comme il eut aimé le recevoir, s'arrêtant, reprenant, torturant avec une tendresse incroyable. La grimace qui déformait le visage de Jim était d'une beauté bouleversante, elle avait la fragilité d'un contact trop longtemps attendu, l'abandon d'une chute dans le vide, la douleur d'une attente trop longue, il était sublime, offert à lui, blessé, son existence se résumant à seule cette caresse, la sienne, et il fut submergé par un élan d'amour tel qu'il en eut jamais ressenti. De tout son corps, de tout son être, il voulait le mener jusqu'à l'extase et la faire durer, comme si chaque instant était une rédemption. D'un mouvement ample et brusque il fit basculer le drap et grognant d'un désir particulier et tout à fait inconnu, il le prit dans sa bouche. Le frisson de Jim se repercutta en lui.

- Oh Sherlock... Sherlock...

Jim rejeta la tête en arrière, sa voix prenant un accent fou. Les tremblements s'intensifèrent. Sherlock ne savait pas si ce qu'il faisait était bien, normal, ou pas. Il le léchait et l'avalait avec une animalité féroce et empreint de douceur à la fois, rythmé par son nom que Jim soupirait, haletait, entre la supplication et l'appel au secours.

- Sherlock... mon dieu t'arrête pas... je.. ah...

Il s'accrochait désespérément au lit, comme pour se retenir et Sherlock grogna un " vient " animal qui frémit le long de son sexe. Il n'en fallut pas plus à Jim. Son cri, trop fort, n'eut pas seulement le son de la délivrance du corps, mais la note sublime d'un besoin plus profond. La jouissance trembla dans son corps entier, mais Sherlock ne s'écarta pas, faisant durer le plaisir autant qu'il le pu. Et lorsqu'il remonta jusqu'à lui, Jim yeux clos, la bouche entrouverte, semblait encore pris de vertiges. Sherlock caressa doucement son visage, le regardant avec tendresse reprendre ses esprits. Le regard de Jim, encore incertain, chercha le sien.

- Sherlock... Merci. Merci.

Il y avait dans sa voix une fievre quasi religieuse qui blessa Sherlock autant qu'elle l'excita. Il prit sa joue dans sa main. Le regard de Jim devint plus sûr, un sourire idiot et terriblement adorable flottant sur ses lèvres.

- Merci, répéta-t-il encore. Tu... tu dois... Je ne peux pas...

Il baissa les yeux vers lui, paniqué et gêné, mais Sherlock le coupa en posant l'index sur ses lèvres.

- Non, tait-toi.

Ils se dévisagèrent. Sherlock cligna des yeux, terriblement sérieux.

- Cette nuit, je veux que tu prennes ça pour toi, Jim. Et seulement pour toi.

Ils restèrent quelques instants, le coeur battant, le regard figé l'un en l'autre. Jim avala sa salive, et Sherlock eut un petit sourire. Ses yeux bleu luisaient avec ferveur dans l'obscurité.

- Merci. C'était... c'était vraiment trop bon.

Sherlock eut un sourire crâneur.

- Je sais, répliqua-t-il en se rallongeant à côté de Jim, je suis plutôt doué dans tout ce que j'entreprends.

C'était dit avec humour - bien que parfaitement vrai, et il le savait - mais Jim répondit très sérieusement :

- Oui. Oui, tu l'es.

Puis au bout d'un moment, il ajouta d'un ton hésitant :

- C'était la première fois que... qu'on voulait me donner du plaisir.

Dans le noir Sherlock tourna la tête vers lui et l'observa quelques secondes avant de lui prendre la main.

- Je sais.

Et il l'observa un moment cligner des yeux en fixant le plafond. Là tout de suite, encore frémissant, incapable de retenir des larmes de délivrance sous le regard trop perçant de Sherlock qu'il sentait contre sa joue, il était sublime. Ils ne prononcèrent pas un seul mot de plus.


Ce n'est pas la fin ! Encore un ou deux chapitre maximum, qui devrait arriver plus vite vu que j'ai fini mon année.

Merci à vous.