Note de l'auteur : après avoir relu cette histoire récemment, je me rends compte que la fin n'est pas très vraisemblable. Voici une fin alternative, si ça vous intéresse.
Disclaimer : Peter Pan appartient à Sir James Barrie. Cette histoire est écrite dans un but non commercial. L'histoire suivante et les personnages que j'ai créés m'appartiennent.
J'ai réussi à fracasser la cage. Bluebell en est sorti(e) en tourbillonnant. Il/Elle parlait tellement vite que je ne comprenais pas un mot de ce qu'il/elle disait. Il/elle a voulu m'entraîner vers le bord du navire mais en me retournant, j'ai vu. La plupart des garçons avaient été dépassés par les événements et s'étaient enfuis. Il y en avait un qui gisait dans une mare de sang et, c'est horrible à dire, je n'ai ressenti aucune tristesse en voyant ça. J'avais l'impression que ce n'était pas réel, que je regardais un film. Et puis j'ai remarqué James. Il était étendu à terre et Crochet se penchait sur lui.
Avant de m'être rendu compte de ce que je faisais, je m'étais précipitée pour m'interposer, pour l'empêcher de lui faire du mal. C'est mon papa et je l'aime ! Je me suis trouvée en train de boxer Crochet, de le frapper de toute la force de mes petits poings ! Geste inutile, ça ne lui faisait rien du tout. Que peut faire une petite fille de neuf ans contre un homme adulte ? Rien ! Il m'a prise à bras le corps, m'a bloqué les bras dans le dos, je ne pouvais plus bouger. Je bouillonnais de colère et de peur. Il y avait sa main juste devant moi, je l'ai mordue jusqu'au sang.
Il a crié et m'a lâchée. Et James a crié en même temps que lui. Un peu de sang s'est mis à couler de la main gauche de mon père, à l'endroit exact où j'avais mordu le Capitaine Crochet.
Il m'a fallu un moment avant de comprendre. Et puis je me suis rendue compte que je pleurais. C'était la pire chose qui pouvait m'arriver. Je comprenais enfin que quoi que je fasse, je n'arriverais jamais à sauver mon père parce que Crochet l'avait déjà vaincu. Il était en lui. En tournant le dos au monde réel, il s'était dédoublé, il était devenu à la fois un enfant et un monstre.
Bluebell continuait à tinter et j'ai fini par comprendre ce qu'il/elle me disait. « Sauve-toi avant qu'il ne soit trop tard. » J'ai protesté. Je ne pouvais pas laisser mon père là, j'avais besoin d'un papa ! Bluebell m'a poussée de force vers le bastingage sans cesser de carillonner. « Il est assez grand pour se tirer de là tout seul. Tu ne peux pas être sa mère. » Il/elle a saupoudré de force un canot de sauvetage de poussière de fée, m'a fait tomber dedans et m'a saupoudrée aussi pour faire bonne mesure. « Tout droit jusqu'au soir puis deuxième à gauche ! »
La barque s'est mise à voler à une vitesse folle. Je ne voyais plus le sol et je n'osais pas me retourner pour voir si les pirates me suivaient. Bluebell n'était plus avec moi. Je pensais que ça valait mieux, le monde réel n'est pas le meilleur endroit pour une petite fée. Pourtant, je savais que mon ami(e) allait vraiment me manquer.
Je crois aux fées. Je crois aux fées. Je crois aux fées. Je crois aux fées. Je crois aux fées. Je crois aux fées. Je crois aux fées. Je crois aux fées. Je crois aux fées. Je crois aux fées…
Il y a eu un choc et je suis tombée. Quand j'ai rouvert les yeux, j'étais dans ma chambre. Le jour filtrait à travers le rideau. Je suis sortie et je suis allée droit dans la chambre de mon père. Il était étendu sur son lit, en costume de ville tout chiffonné. Par réflexe, j'ai regardé sous le lit mais il n'y avait pas de fées. Mon père gémissait dans son sommeil. Avais-je rêvé ?
Non… mon père ne gémissait pas, il s'étouffait ! J'ai eu peur. Je me suis rappelée que le voisin est médecin, je suis sortie en courant, pied nus, en chemise de nuit, et je suis allée sonner chez lui. Il m'a ouvert en grognant mais quand je lui ai dit ce qui s'est passé, il m'a suivie dans la maison.
« Oh mon Dieu, une crise cardiaque… » a-t-il dit en le voyant. Il a allongé mon père sur le sol, a commencé un massage cardiaque, m'a dit d'aller chez sa femme et de lui dire d'appeler le SAMU et a continué de s'occuper de mon père.
Je ne me souviens plus très bien de ce qui s'est passé juste après. Tout ce que je sais, c'est que je me suis retrouvée dans une salle d'attente de l'hôpital, devant une télé allumée. Je ne me souviens plus du programme. Tout ce que je savais, c'était que mon père était dans une de ces chambres et qu'il n'allait pas bien. Je ne pouvais m'empêcher de penser à ce que j'avais dit plus tôt au Capitaine Crochet : « Il a un cœur mais il ne sait pas s'en servir… » C'était vraiment le cas. Et je me demandais ce qui allait m'arriver si mon père mourrait. J'avais encore tellement de choses à lui dire…
J'ai attendu pendant je ne sais pas combien de temps. On m'avait apporté des jouets, des livres, mais je ne voulais ni jouer, ni lire. Tout ce que je voulais, c'était mon papa.
Et puis la porte s'est ouverte et ma maman est entrée, toute pâle. Elle m'a prise dans ses bras sans dire un mot. Elle pleurait. C'était la première fois que je voyais ma maman pleurer et j'ai tout de suite compris ce que ça voulait dire. James était mort.
Je me souviens, je n'ai pas versé une seule larme à l'enterrement. Je savais que tout était déjà fini. Les gens admiraient cette 'petite fille si courageuse', ils parlaient de leur vieux copain James, au 'cœur pur comme celui d'un enfant', et de l'injustice de perdre un être pareil, sans savoir de quoi ils parlaient. J'étais la seule à savoir qu'en fait, James avait délibérément choisi de rester au pays de Jamais-Jamais. Je le sais, les médecins de l'hôpital se sont étonnés devant moi du fait qu'il portait une trace de morsure à la main gauche, à l'endroit exact où j'ai mordu le capitaine Crochet. Mon papa qui n'a jamais été un papa nous a abandonnées. Il a préféré ses rêves à la réalité.
Les années ont passé. Je suis moi-même une maman maintenant. Mes enfants sont la plus belle chose qui m'est jamais arrivée. On dit qu'à chaque fois qu'un bébé éclate de rire pour la première fois, il y a une petite fée qui naît. J'ai guetté le premier rire de mes enfants, j'ai imaginé Bluebell accueillant la naissance de ses petits frères et sœurs… Souvent, je parle à mes enfants des fées, des sirènes, des indiens, des pirates. Ils adorent ça. Les belles histoires, ça aide à grandir. Mais je ne commettrai pas la même erreur que mon père, je ne fuirai pas au pays de Jamais-Jamais. Il faut que les adultes soient des adultes pour que leurs enfants puissent profiter de leur enfance.
La fin.
