Bonjour à vous,

J'ai été longue, je le sais, je vous dois donc quelques explications.

Ce chapitre m'as traîné sur les bras pendant des mois, je n'arrivais pas à le faire correspondre à ce que j'attendais. Fort bien, le voilà terminé, je remercie tous ceux qui ont eu le courage d'attendre. Merci.

Enjoy the story.

Poukie-scrapbook.

7 : Percé à jour.

Comme le plus corrosif des poisons, l'ignorance me rongeait la peau maintenant mon esprit dans un état de transe qui occultait toute interaction.

Et si c'était déjà trop tard ? S'ils étaient morts à mon arrivée ?

Focalisée sur ses seules pensées, j'avais finalement atteint le Yukon. À cette période de l'année, le pays était recouvert d'un épais manteau de neige qui me rappelait mon escapade en Russie. Pas vraiment pour me plaire. La poudreuse blanche semblait s'instaurer comme climat des mauvais jours.

Ayant laissé mon portable aux bons soins de James, je dus abandonner l'espoir d'une localisation directe, je fis donc halte dans une mairie où j'épluchais les registres scolaires des alentours.

Concentré dans mon entreprise, j'ignorais la secrétaire qui vociférait des menaces à mon encontre. L'humaine clamait qu'il me fallait un arrêt signé pour consulter les archives locales et que mon comportement actuel était passible d'emprisonnement. Effrayant n'est-ce pas ? Quant à bout de patience, elle sonna l'alarme, je fis jouer de mon don et ma présence s'évapora. La pauvre femme ne pue décemment expliquer ce phénomène et fut, en quelque sorte, discrédité par ses collègues.

Laissant la secrétaire à ses élucubrations, je repris mes recherches et tombais sur une liste de noms des promotions terminal 2048. Je fis glisser mon doigt sur la feuille jusqu'à la lettre 'C'.

Nous y voilà.

Cullen Alice. Cullen Edward. Cullen Emmet.

Je poussais un bref soupir résigné. Ils n'avaient pas évolué d'un poil. Après toutes ses années, les vampires se cramponnaient toujours à leur rôle de parfaits petits écoliers. Aberrant. Associé à la liste des élèves figuraient leurs dossiers d'inscriptions, date de naissance, tuteurs, adresse. Juste ce dont j'avais besoin.

Je m'emparais du dossier d'Emmet et sortie de l'office. Il ne me fallut qu'une paire d'heures pour apercevoir la villa de mon créateur. Elle ressemblait à celle que j'avais déjà connue, et modelée à son image, la maison transparaissait à peine devant la forêt. Je ne pus m'empêcher d'être écoeuré par cette vision, le docteur avait fait de sa quête de l'insignifiance une peusdo-vertue qui méritait admiration. Une belle mascarade.

Je ne laissais pas plus longtemps mon aversion pour le docteur dissimuler mon objectif et essayais plutôt de détecter la présence des membres de sa famille. Ce fut avec soulagement que je reconnue l'odeur musquée si caractéristique de Jasper et le puissant parfum aristocratique de ma sœur. Ils étaient tous les deux en vie c'était l'essentiel. Les autres m'importaient peu.

Délivrée de mon appréhension ma soif, si longtemps bridée, s'imposa à mes sens comme une douleur lascive et déchirante. Le contrôle auquel je m'étais soumise s'échappa laissant place a ma nature animale. Ce fut une erreur, les Cullens n'ayant plus priorité, mes pas me guidèrent automatiquement vers ma prochaine proie. Celle-ci avait ce fumet délicat, fruité, jeune et pourtant travaillé qu'on ne retrouvait qu'en débouchant un vieux vin. Ce contraste intéressant alimenta mon imagination.

Je voulais le sentir d'un peu plus près.

Mes foulés m'entraînèrent au-delà de la forêt, sur une surface goudronnée. La proie était proche, je fis pied de grue. Je remarquais à peine son véhicule qui me fonçait dessus et ne le notifia qu'après le brusque coup de volant qui le fit dévier de sa trajectoire. La voiture pila avant de s'encastrer au bord de la route.

Si j'avais été en pleine possession de mes moyens mon cœur aurait pincé devant les restes de carcasses métalliques de l'automobile. Elle ressemblait indéniablement à un tacot charismatique que j'avais baladé il y a fort longtemps. Il n'en fit rien, qu'était le cœur quand la collision entraînait avec elle une odeur de sang fraîchement répandu ?

Ma bouteille de bordeaux se brisa, le vent m'apporta alors les différentes nuances de son essence et elle s'en trouva changée. Rehaussée. Je laissais échapper un petit gémissement appréciateur, parfaite.

L'objet de mon admiration s'extirpa péniblement des décombres, l'accident l'avait épuisé. Son corps endolori ne semblait plus répondre correctement, mais quand nos regards entrèrent en contact, son cœur rata un battement. Elle savait.

C'était inattendu.

Je n'avais jusque-là jamais rencontré d'humain conscient de notre mythe.

Vraiment inattendu … et rafraîchissant.

Sa terreur me frappa de plein fouet et elle se mit à courir droit vers la forêt, comme si elle espérait y trouver un rempart contre la menace que je représentais. Je lui laissais quelques minutes d'avance, la perspective d'une partie de cache-cache étant suffisamment plaisante pour atténuer momentanément ma soif. Je regrettais que James ne soit pas présent, il aurait adoré la débusquer.

Le temps écoulé, je fis mon entrée, gambadant joyeusement entre les arbres centenaires. La retrouver fut beaucoup trop facile, elle était lente, désorientée, sans compté qu'elle répandait son sang en quantité appréciable. Trop facile.

Elle paru surprise quand je la rattrapais, pourtant il n'y avait pas de quoi s'étonner : j'étais littéralement sur-humaine. Quand elle le réalisa je la vie pâlir et se résigner. Elle ne tenta plus de fuir. Ça me contraria. La proie se dérobait à mon plaisir et il ne pouvait se satisfaire en présence d'un de ses fichus consentants ! J'étais une traqueuse, bon sang ! Si ma proie ne luttait pas, je ne m'amusais pas !

Un vicieux désir de vengeance s'imposa alors à moi. Sans intermède, je plantais brutalement mes ongles dans son épaule. Son cri me rendit extatique. Je réitérais l'expérience, m'assurant de taper plus profondément qu'à l'origine. Elle hurla à nouveau. J'aurais pu continuer éternellement à la faire chanter, mais la soif qui me tenaillait allait grandissant. Je me penchais sur ma proie jusqu'à y faire refléter mon visage, dur, intraitable, comme une dernière ombre avant la mort et ses intestins lâchèrent.

Je lui souris cruellement, l'humiliation était totale.

'Souhaite-moi bon appétit' lui murmurais-je dans un ultime semblant de civilité.

Mais voilà, mes crocs avaient a peine effleuré sa peau diaphragme que je fus repoussée sans ménagement. L'odeur avait donc fini par attirer mes congénères charognard. 'Un voleur' me dis-je. L'idée ne m'enchantait guère. Mon mentor m'avait pourtant mise en garde un nombre incalculable de fois, la tactique était typique. Quel meilleur moyen de chasser un chasseur que quand il appose le coup fatal ?

Je me hérissais, seuls les bleus se faisaient piégés de la sorte. Mon égaux dans sa honte se préparais à répliquer quand il reconnut son agresseur. Une tignasse cuivre, un air scrutateur : C'était Edward.

Je me figeais un instant, pas certaine d'avoir tout saisit.

Que diable lui prenait-il ? Ne m'avait-il donc pas reconnue ?

Le rouquin me faisait face, posture offensive, recouvrant ma proie de sa présence. Pour ne pas le brusquer je m'approchais doucement, et il me dévoila aussitôt le tranchant de ses dents. C'est à n'y rien comprendre, il me traitait comme une ennemie.

Devant mes tentatives d'approche infructueuse, mon humeur se détériora. Son incompréhensible comportement commençait à sérieusement m'échauffer ! D'abord il m'attaquait et refusait toute communication, puis, plus grave encore, il se maintenait entre une disette de plusieurs semaines et son repas. N'y tenant plus, je forçais le passage.

Je regrettais bien vite ma précipitation, il semblait n'avoir aucun discernement dans ses attaques, en fait il me rappelait ma propre façon de combattre … acharnée.

Je ne cherchais pas à le blesser, tout du moins au départ. Malheureusement son abandon total eu tôt-fait de faire bouillir mes instincts de prédateur et sans vraiment le vouloir, ma hargne fit son travail. Je me retrouvais sur lui tentant de dévisser sa tête pour en faire un ballon. Je fus alors promptement écartée par l'étau de bras possessifs. La prise était ferme, étrangement rassurante. On ne me maintenait pas seulement prisonnière, on m'enlaçait. Depuis quand ne m'avait-on enlacé ? Ou même toucher ? Le petit ronronnement qui m'échappa confirma mes soupçons sans pour autant me soulager. Un seul mot me vint à l'esprit : Trahison.

- Jasper qu'est ce que tu fais ?!

Il ne me répondit pas. L'enfoiré. J'aurais bien voulu quelques éclaircissements. Je lui demandais de me lâcher sans qu'il s'exécute.

Trahison. Reprenait dangereusement mon instinct comme s'il s'en réjouissait. Le magicien dû le deviner car je le sentis tressaillir.

M'emprisonnant toujours, il prit appui sur mon épaule et y déposa un baisé. Éberluée par l'intimité de sa conduite, toute colère s'évapora sur le champ, et mettant ma surprise à profit, il fit signe à Rosalie d'approcher. Elle observa mes yeux.

- Assoiffée. Déclara-t-elle après examen. Bois !

Elle versa un liquide dans ma bouche que je recrachais dégoûtée. J'étais sensée boire ça ? 'Infect' décrétais-je aussitôt. Ce sang avait un relent dépassé, 'un lait caillé' aurait dit un humain. Je réalisais quand je vis le sourire de la harpie qu'il s'agissait simplement de sang animal. J'en restais coi, l'expression 'faute de givres on mange des merles' prenait tout son sens. Ma sœur me redonna une gorgée que je refusais d'avaler. N'y avait-il pas ma proie dans les environs ?

Je tournais la tête dans sa direction pour leur faire comprendre mes intentions et la seule réponse que j'obtins fut un magnifique coup au visage. Y'a pas à dire Edward était devenu un sacré connard.

- Ne l'approche plus ! Me hurla t-il dessus.

- Qui donc ?

- Cassandra !

Je scannais rapidement les lieux sans parvenir a une réponse concluante, puis mon regard dériva sur la proie qu'il cachait toujours derrière lui. Celle-ci glapi et la ridicule évidence s'imposa. Cassandra c'était ça, de la nourriture sur pâte.

Mon opinion exprimée un peu trop librement me valu un second coup au visage. Par fierté, je me retins de grogner, pourtant un grondement mécontent semblait faire échos à mes sentiments.

- Ça n'était pas nécessaire ! Claqua furieusement Jasper. Recommence une fois et je me chargerais de ton cas.

Tient, depuis quand le Texan réclamait-il l'ascendant ? La tension monta.

Si je devais être honnête, j'avouerais que la délicate situation dans laquelle nous nous trouvions me réjouissait. Mon corps connaissait cette ambiance, la discorde. On la retrouvait dans mes gènes, ce besoin de polémique, de chaos, l'allégresse qui en résultait, elle se résumait par ses quelques secondes de tensions avant l'inévitable. Je louchais sur l'humaine, jouant avec les nerfs de son protecteur, son poing se contracta, mais resta immobile. S'il me frappait encore, il était perdu.

Rosalie loin de se sentir concernée par tout ce mélodrame agita promptement son paquet de poche de sang devant mes yeux, j'en oubliais l'humaine.

- On y retourne. Reprit-elle sans grand entrain.

Ignorant mes protestations, elle renversa ma mâchoire et la bloqua de sorte que je ne puisse qu'avaler l'immonde liqueur. Le schéma se reproduisit ainsi jusqu'à ce que je me sente étourdi par le poids du liquide dans mon corps. Sa lourdeur me rendit malade.

'Ça va passer' murmurait l'axent de Jasper à mon oreille.

C'est qu'il en avait de l'expérience en matière de sevrage. Il était le seul dans leur petite tribu qui ait vraiment connu les attraits du sang humain. Bien que vague sur le sujet, je savais par allusion, qu'anté-cullen, il était loin d'être pacificateur. Alors après des années d'orgies gastronomiques, comment pouvait-il pactiser avec sa nourriture ? Sa main familière se posa sur mon visage.

- Qu'est ce qui t'es arrivée ? me demanda t-il en tracent ma cicatrice du bout de ses doigts.

- Dératisation qui a mal tourné. L'évinçais-je.

Ma superbe n'étais pas prête a lui avoué mon incartade avec le Rat. Je voulais rester la femme forte, indépendante, qu'il s'imaginait. S'il fût froissé par mon silence, il se garda bien de le montrer, reprenant plutôt l'examen de mon faciès avec application.

- Tu en as mis du temps pour revenir. Me dit-il.

- Tu ne t'es pas précipité pour venir me chercher.

Le reproche à peine voilée fit son effet, avec autorité, il m'agrippa le menton, imposant son regard dans le mien. Sa colère me grisa, mais au-delà de ses prunelles noires dansait une lueur, une certaine forme de défi qui nous connectait.

- Ne. Redis. Jamais. Ça. Articula-t-il lentement. Ne. Le. Pense. Plus. Jamais. Exigea-t-il, mettant son aura à contribution pour paraître plus imposant.

Jasper n'était pas le genre d'homme à se dévoiler, il manipulait les sentiments de telles sortes que les mots devenaient inutiles. Pourtant il n'avait usé de sa magie avec moi, non, pour la première fois c'était sa voix qui c'était confié. Je vécus alors un de ses rares moments d'intense satisfaction et mon bonheur lui éclata au visage, un bonheur suffisant, possessif, à mon image. J'étais victorieuse. Il ricana.

Quelque part cet aveu ne m'avançait à rien, le blond n'était pas encore ma propriété, mais il prouvait une chose : j'avais plus de chance de renverser la naine à cet instant que je n'en avais jamais eu de ce fait j'irradiais davantage.

L'orage écarté je sentis notre auditoire se relaxer, Edward en profita pour s'éclipser, son précieux paquetage entre les bras et après un dernier coup d'œil moqueur, le texan parti a sa suite. Dans ma grande bonté, je lui laissais une longueur d'avance, je savais pertinemment qu'il ne fuyait pas ma présence, ou si c'était le cas, ça m'appâtait.

- C'est bon ? C'est fini les petites retrouvailles romantiques ? S'impatienta la voix de Rosalie. Tu viens encore de générer une sacrée pagaille. On pourrait la définir comme l'œuvre de ta stupidité. Elle s'expliqua. Si tu avais tué cette chose, Edward et toi vous seriez battu, conséquence la famille se serait déchiré, et on m'aurait forcé à prendre parti. J'ai HORREUR qu'on me force la main, continua t'elle en appuyant ses mots.

- En plus de ça mes chaussures sont ruinées ! C'étaient mes préférés !

Elle me prit à témoin en désignant le désastre que représentait sa paire d'escarpin enfoncé dans de boue. Je lui fis un faux sourire repenti auquel elle répondit en croisant les bras sur la poitrine, peu convaincue.

Elle n'avait pas changé, qui d'autre que Rosalie pouvait présenter la dégradation de ses chaussures et la dislocation de son clan sous un pied d'égalité ? Personne ! Ma soeur avait décidément l'art des priorités. Je lui envoyais un baiser imaginaire, et son profil délicat se révulsa. Ça me fit sourire. Elle m'avait manqué.

- Voyons, commençais-je pour la taquiner. Tu ne me feras pas croire que tu n'espérais pas un peu d'animation. Si tu avais voulu tu m'aurais prévenue.

La harpie ne gaspilla pas sa salive pour protester contre une évidence. Pourquoi faire, je la connaissais trop bien. Je fis une courte pause avant de reprendre.

- D'ailleurs, depuis quand Edward c'est-il reconvertie en chien de garde ?

- Depuis qu'il s'est pris d'affection pour ton repas. Lâcha-t-elle de but en blanc.

Pardon ?

Devant mon incompréhension totale, la harpie me railla gentiment.

- Drôle de concept n'est-ce pas ? L'homme et sa cuisse de poulet. Quand on lui a demandé ce qui lui passait par la tête, il nous a répondu que toi seul pouvait comprendre. Elle m'étudia perplexe. À ce que je vois, il avait tors.

Je fronçais les sourcils, n'appréciant pas de servir d'excuse au mal-être du télépathe. S'il voulait une place sur mon embarcation, il devait se plier a mes critères. Plutôt 'Radeau de la Méduse' que 'bouée de sauvetage'. Mon rôle n'était pas celui de la sacro-sainte rédemption !

- Son sang chante pour lui Bella. Continua-t-elle comme une excuse. Ça le rend à moitié fou.

- Si ça devient insupportable, il n'a qu'à s'en débarrasser. Lui avançais-je, mettant mes incisives en avant.

- Je vais t'expliquer autrement, Edward prend sa dégénérescence pour une preuve d'alchimie. Il croit qu'elle est sa compagne. Tu saisis ?

Mes yeux s'écarquillèrent. Sa compagne ? Une humaine ?

C'était encore pire que je m'en serais douté, l'aîné de la famille avait un grain. Un grain que dis-je, une plante ! Vigoureusement entretenu par ses années de célibat. Il confondait maintenant les prérogatives vampiriques qu'il s'attribuait sur une humaine avec un résidu de possessivité amoureuse. Voilà qui était bien curieux.

Mais quel rapport entre moi et cette histoire rocambolesque ?

- Attend une minute … Dis-je en prenant la parole a mon tour. Tu es entrain de me dire que parce qu'il est victime d'une obsession culinaire cet imbécile pense qu'il peut comparer sa relation avec celle que j'entretiens avec Jasper ?

Elle agréa.

C'était une blague !

Je balançais mon poing au sol, créant un mini-cratère. Mon cerveau s'arrêta bien cinq minutes pour l'analyser avant d'être tiré de ma contemplation par Rosalie.

- Je sais qu'on a l'éternité, me dit-elle, mais je ne compte pas prendre racine dans cette fichue forêt. Elle me fit une grimace écœurée. Puis sans paraître grossière un bain ne serait pas du luxe, tu chlingues.

°OoO°

Je pris mon temps sous la douche, le jet d'eau chaude était agréable, bien qu'inhabituel. Ce n'était pas à la Cité des Highlands que nous aurions pu en avoir, l'eau n'était alimentée que par une galerie de puits souterrains.

Pas qu'un vampire craigne la fraîcheur, au contraire, qui se mariait mieux que le froid et les ténèbres ? Mais disons qu'après avoir vécu sans une once de chaleur, la sentir sur son corps revenait presque à caresser les rayons du soleil. Peut-être était-ce, ce que nous, vampires, recherchions dans le sang : un passage de chaleur ?

Je refermais les robinets à regret, mon moment étais terminé. Emmitouflé dans un peignoir, je sortis de la salle de bain. La pièce adjacente était une bibliothèque, décorée dans des tons pastels et naturels. En prêtant attention un titre me sauta au visage. Je l'ouvris au marque-page et débuta ma lecture.

(…) La pulsion n'agit jamais comme une force d'impact ponctuelle, mais toujours comme une force constante. (…) Nous préférons donner à l'excitation pulsionnelle le nom de besoin ; ce qui élimine ce besoin, c'est la satisfaction.

Ce paragraphe ne m'était pas inconnu, il avait été un élément déclencheur, une des étapes vers ma liberté psychique. Mais pourquoi se trouvait-il dans cette bibliothèque ? Ça m'intriguait, je devais vérifier ! Avec curiosité, je retournais à la première page et ce que je vis me choqua. À côté du titre 'Pulsion et destins des pulsions' étaient inscrits ses quelques mots :

Propriété de Mademoiselle Isabella Swan,

Captive de son état.

C'était le mien, j'avais personnalisé mes bouquins lors de mes premiers mois chez les Cullens. Mes yeux dérivèrent sur les rayons de livres et je du me rendre a l'évidence. Ce n'était pas une bibliothèque, c'était ma bibliothèque. Ils avaient tout gardé. La surprise me prit aux tripes, la salle changea, devenant intimidante, chargé d'espoir et d'affection. Ça me rendit mal-à-l'aise.

Délaissant les bouquins et cette curieuse sensation d'inconfort, je m'aperçus que quelques objets avaient été disposés sur un fauteuil à mon attention. Un petit mémo rédigé a la hâte trônait sur son ensemble.

Mon cher mari te prête son portable pour la durée de ton séjour. Disait-il. N'oublie pas de le remercier. Ha ! Et mets ses habits, les tiens tombent en morceaux, c'est indécent !

Je jetais un coup d'œil critique à la garde-robe que Rosalie m'avait confectionnée … et elle osait parler d'indécence. Ignorant les talons sur le dessus de la pile, j'enfilai le reste avant de m'emparer du cellulaire. Mon numéro était dans le répertoire, temps mieux, je n'avais jamais pris la peine de le mémoriser. Je composais. La ligne était occupée, je rappellerais plus tard.

Dirigeant mes pas vers le salon, je rencontrais Emmet chargé d'un gros saladier rempli de poches de sang.

- Salut Harpie, me dit-il avec son entrain habituel, prend en un, ils sortent tout juste du four.

Je lui souris et piquait un sachet. Lorsque nous entrâmes dans la pièce, la première chose que je sentis fut l'arôme de mon ancienne proie. Mes prunelles se braquèrent instantanément sur elle, sur son bandage à l'épaule où l'on devinait encore la trace de mes doigts. Ma gourmandise se ranima.

Nerveux, le rouquin se rapprocha de sa moitié. Ce n'était, certes pas, le comportement à adopter. Ce climat soupçonneux augmenta mon envie de scandale. Je caressais l'idée avant de me sentir irrémédiablement attiré vers l'essence de ma poche de sang. J'y plantais mes dents à vitesse vampirique et l'humaine hoqueta. 'Vous pouvez remercier Jasper' murmurais-je amusée. Ce n'était pas passé loin.

Dès que le sang toucha ma langue, je me rendis compte que la saveur ne m'était pas inconnue, qu'elle m'enivrait. Je léchais le plastique, savourant les dernières gouttes de paradis avant d'examiner le contenue du saladier. Les sachets avaient tous le même parfum, Perroquet. Ça me laissa perplexe.

Étais-ce un piège ou une attention ?

Ne pouvant faire pencher la balance, j'attrapais un nouveau sachet de friandise et le promenais jusqu'au canapé ou le texan était installé.

Par pure provocation, je me fis une place à ses côtés, m'approchant un peu trop près pour les convenances. La réaction d'Alice ne se fit pas attendre, elle grogna férocement. Jasper entama alors un mouvement pour se dégager mais je le retiens. 'Reste' formulaient mes yeux. Voyant cela, il se statufia, me regardant de cette manière si particulière qu'il avait. Peut-être ce regard comprit-il que ma requête n'était pas seulement capricieuse, une histoire d'appartenance ou de supériorité à l'encontre de sa femme. Peut-être comprit-il que c'était plus profond, instinctif, comme une action qui ne pouvait être éludé. Quel qu'en soit la raison il obtempéra, ajustant seulement sa position sur le canapé pour qu'elle paraisse plus acceptable.

Son système d'équité frisait l'hypocrisie, mais soulagea le reste de l'assistance. Prendre partie en ce jour n'aurait fait qu'aggraver les choses. Il n'empêche que je flottais sur un petit nuage et jubilant trop pour rester muette, je les interrogeais sur la raison de ma convocation. Ce fut Edward qui prit les choses en main.

- Esmée a quittée Carlisle.

Je notifiais, cela expliquait leurs absences lors de nos petites retrouvailles.

- En quoi cela me concerne t-il ? Demandais-je pas plus touché par la nouvelle.

- Nous avons besoin de ton aide. Reprit-il solennel.

J'attendis une suite qui ne vient jamais.

- Vous m'avez fait venir pour ça ?! Demandais-je sans trop y croire. Vous m'avez fait venir d'Écosse pour les pathétiques tourments de la vie du docteur ?! Continuais-je ma voix montant dangereusement dans les aigus. Vous vous foutez de moi ! J'ai cru que vous vous étiez fourré dans des ennuis pas possibles et c'est juste ça ! J'ai laissée James en plan pour ça !

Je sentis mon venin palpiter, la perception de mes sens augmenta, je craquais. Je m'accroupis près du saladier et bus pratiquement deux perroquet d'une traite. Ça n'arrangea pas mon cas et je me sentis gravité vers l'humaine.

- Edward éloigne ta bouffe où je la bouffe !

Alerté, il conduisit rapidement sa banque de sang ou protégée comme vous voulez, vers la porte, me laissant seules avec quatre imbéciles. Je continuais méthodiquement à vider le saladier, et quand celui-ci fut à sec mes pieds entamèrent une ronde à travers le vestibule. Le magicien essaya bien de me calmer, mais ce n'était pas le moment pour des tours de passe-passe et mon propre don l'envoya balader.

- Il fait une dépression Bella ! Intervient Rosalie. On a tout essayé crois-moi ! On a pensé qu'il avait besoin d'un électrochoc. Quoi de mieux que le retour de sa fille préférée.

J'écarquillais les yeux, heurtés par ses propos.

- Sa préférée ? Répétais-je avec tout le dégoût dont j'étais capable.

C'était la chose la plus ridicule que j'ai jamais entendu. Sa préférée. Il avait fait de moi la préférée du groupe. Quel abruti ! Je ne lui avais jamais rien épargné, c'était plutôt l'inverse, je n'avais fait que le haïr pendant l'année de notre cohabitation. Alors comment diable était-ce arrivé ?

- C'est la vérité. Confirma Jasper sur qui mes espoirs reposaient.

- Laissez la, Intervient la naine qui jusque-là était restée silencieuse, de toute façon on savait qu'elle serait inutile. Si tu ne peux pas nous aider rentre chez toi !

J'étais tellement en colère que pendant quelques millisecondes je trouvais l'option séduisante, puis renonçais, cela lui ferait les pieds.

- On ne te demande pas grand chose, juste de lui parler. Continua Rosalie en repoussant ses cheveux en signe d'exaspération.

- Lui parler c'est tout. Renchéris son mari baraqué.

Mon esprit se pencha sur le cas de ma bibliothèque au fond du couloir, une enclume dans la mer de mes sentiments, puis poussais un soupir à fendre l'âme.

- Très bien. Approuvais-je fataliste. J'irais.

Ne voulant pas rater leurs chances, ils me conduisirent aussitôt à une partie annexe de la propriété. 'C'est ici' me dis la parfaite voix de Rosalie. N'attendant pas plus d'explication, je repoussais le battant de la porte avant de pénétrer dans la maisonnée.

À l'intérieur, l'ambiance était lourde, comme en suspend. Les volets étaient clos, la lumière éteinte, on ne voyait ni n'entendait pas un bruit dans cette demeure. Au milieu de ça il y avait le docteur, agenouillé sur un tapis telle une loque en décomposition. Ses cheveux en batailles, les vêtements dépareillés, une barbe d'un mois, lui d'usage si soigné avait laissé le code d'honneur des gentlemans à la dérive.

- C'est pitoyable. Ne puis-je m'empêcher de remarquer oralement.

Je décidais de combattre le mal par le mal et poussais l'interrupteur. Tout s'illumina tandis que son expression restait atone. Mon agacement se fit sentir, ce tête-à-tête risquait d'être long. Résigné je pris alors mes aises sur le canapé, agrippant un coussin que je fourrais dans mes bras avant d'entamer une conversation à sens unique.

- Je dois avouer que je suis impressionné, débutais-je, ton jeu d'acteur est meilleur que je pensais.

- Vois-tu, cher créateur, continuais-je, je croyais que le seul rôle qui te convenait été celui du Parfait Docteur. Pas que je critique, tu joue ton personnage à la per-fec-tion, ce qui m'étonne c'est que tu y aies apporté une nuance, du Parfait docteur tu deviens le Parfait Docteur torturé. Une jolie transformation j'en conviens, mais quel intérêt ? Tous deux savons précisément ce qu'il n'y a jamais eu entre la douce Esmée et toi.

Son pincement de lèvre ne m'échappa pas.

- Ho ? Déclarais-je ravie. C'est de la colère ? Ton jeu monte en grade docteur, bientôt tu paraîtras convaincant ! Mais dit moi une chose mon bon docteur, vers quoi ce ressenti est-il dirigé ? Vers moi qui te met face à la réalité ou le prénom d'Esmée qui a brisé ton fantasme de la parfaite petite famille ?

Il m'ignora, gardant obstinément la tête baissée. Je soupirais. J'étais donc partie pour un monologue.

- Dire que les autres m'ont envoyé faire du baby-sitting. C'est quand même très fort leur loyauté, ta stupide petite comédie les as complètements retournés. S'ils savaient que ce qui les unis n'était que du vent, ils auraient sûrement pris la poudre d'escampette … comme Esmée. Rajoutais-je pour le plaisir.

Du coin de l'œil je remarquais son visage contracté dans une sorte de retenue propre aux Anglais. Je ricanais, c'est qu'il était finalement amusant ce petit jeu.

- T'es un sacré égoïste docteur, repris-je, mais bon on ne peut pas trop t'en vouloir, ton père ta fourrée le parfait mensonge dans la cervelle, alors évidemment tu as fini par te mentir à toi même.

Ma tête s'inclina dans sa direction, je lui demandais confirmation sur la profession de son père. Était-il pasteur, ou bien curé ? Donnait-il l'aumône, battait-il sa femme ? Était-il lui aussi sujet au pouvoir ? Je pris mon temps pour le questionner sur toutes sortes de détails déplacés.

- Ça doit être éreintant de s'insupporter, tu te dégoûtes docteur ? Lui demandais-je curieuse. Ses épaules s'affaissèrent comme pour se cacher. Je lui envoyais alors violemment mon coussin dans la tête. Je t'ai demandé si tu te dégoûtais ! Répétais-je beaucoup plus fort. Tu ne veux pas répondre ? Tu as peur ?

- Et toute cette mascarade à propos des humains. Renchéris-je. Quelle est donc cette grande idée ? Leur ressembler ? Mais nous ne sommes pas humains, nous leur sommes supérieur.

Cette affirmation le réveilla. Sa patience à bout, le masque derrière lequel il c'était caché se fissura. Pour une fois, je vis le vampire en lui. C'était à la fois terrifiant et fascinant d'assister à une telle métamorphose. Le chrysanthème devenait papillon. Cela pourrait paraître malsain, mais j'eus la sensation d'être privilégiée en assistant au spectacle.

- Tu ne sais pas de quoi tu parles Isabella ! Trancha-t-il. L'humanité est le plus beau des cadeaux et il nous a été reprit. L'humanité c'est le pouvoir d'être libre de ses choix. Nous ne le sommes pas ! Il me saisit aux épaules. L'instinct prime sur notre être, c'est une prison, c'est dégradant. Mais si nous évoluons assez longtemps dans leur monde, peut-être pourrons-nous retrouver une partie de cette liberté. Le comprends-tu Isabella ?

Ses yeux étaient fous, mais je n'y prêtais pas attention, impressionnée par la force de ses convictions.

- C'est de la planque. L'abnégation de notre instinct … c'est lâche. Nous sommes ce que nous sommes. Point final.

Déçu de n'avoir pu me convaincre le masque du docteur se reforma.

- Nous ne tomberons probablement jamais d'accord sur le sujet. Projeta-t-il sa certitude en partie renouvelé.

- Probablement pas. Opinais-je.

Le trouvant suffisamment embrouillé, je décidais de mettre son désarroi à profits.

- Te sens-tu d'humeur honnête Carlisle ? Lui demandais-je en jouant sur les sonorités de son prénom. Parce si ce n'est pas le cas, il est inutile de continuer notre petit jeu. Je le poussais un peu plus espérant attisé sa curiosité. Ma question peu te paraître hors de propos mais j'ai besoin d'une réponse, donc d'une sincérité totale ; ce qui me place dans une situation délicate. Vois-tu, je ne te fais pas confiance, mais j'ai besoin d'une réponse. Alors je te propose un compromis, si tu me dis la vérité, je me plierais au jeu 'vie de famille' pour quelques temps. Deal ?

Il me fit face, signe que j'avais son attention. Je jubilais.

- Pourquoi m'avoir transformé ?

Sa réponse fusa, comme si elle avait été apprise par cœur.

- Pour Jasper.

Je ne cherchais pas à dissimuler ma déception. Tout ce discours pour rien : il me mentait.

- Vas-tu me faire croire que tu agis en bon samaritain ? Avec toi, rien n'est jamais gratuit. Affirmais-je a mon tour. Qu'attendais-tu de moi ? En quoi ma transformation t'était-elle bénéfique ? Pourquoi ?

Un instant je crus qu'il ne me cèderait pas, mais l'insistance de mes questions et la ridicule affection qu'il éprouvait à mon égard lui firent changer d'avis.

- Quand j'ai vu Jasper débarqué à la clinique ce jour-là, il était paniqué. Non pas, comme je le croyais au début par ton sang, mais par l'imminence de ta mort. Il m'a supplié de te transformer. Une première. Lui qui cloisonnait si mal ses instincts t'avait défendu bec et ongle contre sa fratrie et était venu me demander de l'aide. Alors je me suis dit qu'en te transformant, je pouvais prouver que les vampires étaient plus proches des humains qu'ils ne le croyaient. Qu'ils étaient liés.

Je ne laissais pas le choque se lire sur mon visage, J'avais toujours pressenti que les intentions du docteur n'étaient pas claires, mais l'enchevêtrement des évènements me déroutait. Jasper m'avait défendu ? Il avait imploré pour moi ? Mais pourquoi diable avait-il gardé ça secret ?

Je rangeais ses interrogations dans un tiroir et repris la conversation d'une voix neutre.

- Tu avais déjà fait ça pour Emmet, non ? Transformer un humain pour un vampire.

- Ce n'était pas pareil, Rosalie ne connaissait pas Emmet avant son accident. Ce n'était qu'une impulsion, un désir purement vampirique. Vous étiez le sujet parfait.

- Et Edward ?

Il baissa les yeux au sol comme pour s'en repentir. C'est bien ce que je craignais, il n'avait pas détrompé le rouquin dans son entreprise, mais au contraire l'y avait conforté. C'était lui qui créa le premier remous dans l'esprit d'Edward, il avait suffi d'une pierre et celle-ci fut mon prénom. Le processus enclenché, les pensées de son frère à mon égard finirent par l'achever. C'était possible. Je me décidais automatiquement a lui pardonné sa stupidité, le pauvre avait été manipulé.

Puis je me souviens du docteur derrière le masque, et ses manigances ne me parurent plus si gênantes. Il était comme James.

- Sache que si je ne comprends pas ton engouement, j'attache une grande importance à l'honnêteté. Et même si ton masque me débecte c'est la première fois que je ressens une pointe de sympathie pour toi.

Je fis alors mon chemin jusqu'à la porte, laissant mon créateur dans une pièce complètement éclairée.