Premier échec, mortifiant pour la jeune femme. Avoir l'oreille du seigneur ne permet pas tout hélas.

Merci à ceux qui suivent et bonne lecture ^^.


Le jour suivant, Guren informa Shinya ce que Yuzuki avait permis. Le Major Général s'avoua tout aussi surpris que lui l'avait été, mais ajouta que la jeune femme avait raison : mieux valait qu'elle ait une bonne protection en cas de besoin.

« J'avais pensé que tu pourrais t'en charger, en fait.» informa Guren avec un soupir.

« C'est toujours possible tu sais. Il n'empêche qu'elle a eu raison.»

« Hmph.»

Shinya releva son air ennuyé. Visiblement, cela ne lui plaisait guère cette affaire d'espionnage. Pour Guren, cela lui rappelait surtout qu'il n'avait toujours pas autant de pouvoir qu'il le désirait. Et cela le ramenait à son passé. Quand il n'avait pas pu protéger Mahiru.

« En tout cas, tu m'as l'air de t'être attaché à tout ce petit monde. Peut-être plus particulièrement à l'aînée de la famille.» insinua-t-il.

« Te revoilà parti avec tes énigmes. Tu veux bien me dire ce que tu as en tête ?» fit Guren.

« Auriez-vous zingué par hasard ?»

« On a quoi ?»

Shinya roula des yeux avec un sourire. Dehors, la fratrie avait décidé de rentrer. Guren retourna à son bureau et ses dossiers. Le temps avait vite passé mine de rien. Bientôt Noël ainsi qu'une nouvelle année. Une année qui pourrait bien être décisive, pour peu que leur labo parvienne à synthétiser le virus mutant contenu dans le sang de Yuzuki. Tiens parlant de ça, on lui avait réclamé un nouvel échantillon. Il irait en parler à la jeune femme durant leur pause déjeuner commune. Ses cours avaient dû reprendre après une semaine de congés. Avait-elle réussi ses examens au fait ?

À l'heure du déjeuner, il retrouva la famille Miharo ainsi que l'escouade de Shinoa sur le toit. Il déposa son plat sur la nappe : du riz avec des crevettes. Tout le monde le fixa en silence.

« Un problème ? » questionna Guren.

« T'as fait autre chose que des pâtes ?» fit Ikki en montrant le plat.

« À vous voir on dirait qu'il ne fallait pas.»

« Oh si au contraire, ça démontre que tu as progressé en cuisine.» ajouta Mayumi.

« Oui, je commençais à désespérer personnellement.» enchaîna Makoto.

« Dois-je comprendre que vous me prenez pour un nul ?» s'enquit Guren.

Les jeunes piquèrent du nez dans leur assiette. Guren prit une inspiration.

« T'en fais pas tonton, on t'aime même si t'es nul.» lança Tomoyo.

Tout le monde pouffa de rire. Guren rougit. Chacun piocha ensuite dans son plat, et lui adressa un encouragement. Il soupira à nouveau avant de se servir. Guren glissa un mot sur ce que le labo avait réclamé à Yuzuki, qui acquiesça.

Plus tard dans la journée, la brune apprit que ses trois camarades allaient passer en jugement. Elle les vit traverser un hall les menottes aux poignets, pâles comme la mort, les yeux rouges. Yuzuki ressentit leur angoisse. Tenri Hiiragi allait-il l'écouter ou bien briserait il ces trois vies ? Guren s'approcha d'elle. Elle lui retourna un regard empreint d'angoisse. L'homme soupira doucement. La salle d'audience referma sa porte à doubles battants. Une heure s'écoula. Yuzuki n'avait pas bougé, et le lieutenant-colonel non plus. Tous deux attendaient, appuyés contre un pilier. L'équipe de Guren observait d'un peu plus loin.

« M'étonnerais que le vieux Hiiragi leur pardonne.» lança Goshi.

« Oui. Quelle idée aussi, de voler l'armée.» ajouta Mito.

« Mais ils sont jeunes ! Étant donné qu'il n'y a pas eu de mort, peut-être seront-ils indulgents.» hasarda Sayuri.

« Tu crois vraiment ce que tu dis ?» fit Shigure.

La sous-lieutenante baissa la tête. Tous ici connaissaient la famille Hiragi et son orgueil. Sayuri risqua un regard ver son supérieur.

« J'ai un mauvais pressentiment.» fit Yuzuki en croisant les bras autour d'elle.

« Tu auras fait tout ce que tu as pu, tu sais.» dit doucement Guren.

Elle soupira. Une part d'elle-même se doutait que cela se finirait mal, l'autre voulait espérer. Finalement, au bout de deux heures trente, les portes de la salle se rouvrirent. Les deux camarades d'Hanawa furent emmenés, traînés serait le mot juste, hors de la salle. Ils imploraient leurs juges de les épargner, en larmes. Yuzuki mit une main sur la bouche. Non … il n'avait quand même pas osé … elle voulut s'élancer, quand un bras la retint par la taille et la tira en arrière.

« Guren lâche-moi !»

« Et tu comptes faire quoi au juste ? Tu crois être qui pour avoir une quelconque influence ?» dit-il.

Yuzuki se figea.

« Mais …»

« Je sais. Mais c'est là le vrai visage des Hiiragi. Quand on n'est pas de leur monde on ne vaut rien. Hanawa a dû être épargné grâce à cela : son père était un loyal serviteur qui a su contenter ses maîtres. Quant à Daisuke, il y a fort à parier qu'il sera bientôt dehors.» expliqua Guren.

Les larmes affluèrent aux yeux de la brune. Quelle injustice. Pauvres gosses. Au final ils n'avaient rien tiré de cette expérience : le neveu Hiragi devait garder tout l'argent pour lui, ou leur en donner si peu. Et à présent, ils allaient le payer de leur vie. Hanawa sortit à son tour, très pâle, les yeux rivés au sol. Il n'était plus menotté, juste encadré par deux soldats. On le reconduisit à l'autre bout du couloir. Les portes se refermèrent dans un silence sinistre. Yuzuki ne put contenir ses pleurs plus longtemps. Guren posa sa main sur sa tête tandis qu'elle enfouissait son visage dans son épaule.

« J'aurais mieux fait de me taire.» gémit-elle.

« Cela n'aurait rien changé. Ils auraient fini par savoir, tu peux me croire. Daisuke les aurait dénoncés. Leur destin était scellé du moment où ils ont accepté de tremper dans ce trafic.» objecta doucement Guren.

Il la laissa s'épancher autant que nécessaire.


Durant une semaine, Yuzuki parut retourner à l'état qu'elle avait en arrivant : renfermée et parlant peu. Elle préféra même restée cloîtrée dans sa chambre plutôt que de rendre à l'atelier couture qu'elle affectionnait pourtant. Du reste, il s'avéra que Daisuke Hiiragi ne resta pas en prison : il fut envoyé sur le chantier de reconstruction de Shinjuku en compagnie d'Hanawa. Cela arrangea la jeune femme : croiser son regard aurait été insupportable. Elle avait pensé qu'en raison de leur jeune âge les étudiants échapperaient à la peine capitale. La nouvelle se répandit parmi les élèves. Certains ne furent pas surpris, connaissant les manies de la famille Hiiragi, d'autres furent scandalisés.

Les camarades de classe des trois étudiants se réunirent une nuit pour récupérer les corps jetés dans un charnier afin de leur offrir une sépulture convenable. Yuzuki songea que c'était le moins qu'elle puisse faire pour eux et demanda à en être. Ignorant sa part de responsabilité, cela lui fut accordé aisément. L'endroit n'étant pas gardé, les jeunes élèves parvinrent à leurs fins et enterrèrent leurs infortunés camarades. Yuzuki alluma des bougies qu'elle plaça sur chaque tombe, puis comme les autres leur adressa une prière assortie d'une demande de pardon. Leur cérémonial accompli, les jeunes se dispersèrent.

« Yuzuki.» fit Guren un soir.

Elle était venue récupérer sa petite sœur qui continuait de rendre fréquemment visite à son tonton préféré, qui faisait office de garderie après les cours. Patientant jusqu'à ce que l'enfant termine un devoir, la jeune femme s'était recroquevillée sur un canapé.

« Écoute, je comprends que tu t'en veuilles, seulement cela ne les fera pas revenir. Tu ne pouvais vraiment rien contre leur sentence.» dit-il en se mettant à sa hauteur.

La brune évita son regard. Guren posa sa main sur la sienne. Yuzuki entremêla ses doigts aux siens.

« Allez, souris. Dans un mois c'est noël.» reprit le brun.

« Tu viendras chez nous tonton ?» demanda aussitôt Tomoyo.

« Tiens oui, ce serait une bonne idée.» dit enfin Yuzuki.

D'ordinaire, Guren restait seul, exception faite du nouvel an où un bal obligatoire était organisé. Mais cette année, ce pouvait être différent. Un foyer chaleureux et aimant était prêt à l'accueillir. Comment ne pas être tenté ?

« J'aurais sans doute beaucoup de travail ce jour-là.» avertit-il.

« Steuplait.» supplia Tomoyo.

« On verra, Tomoyo. On verra. En attendant, sois gentille de raccompagner ta sœur, et de lui remonter le moral, d'accord ?» reprit Guren en ôtant sa main de celle de Yuzuki.

« Ben je sais merci, je t'ai pas attendu tu sais.» répliqua la fillette presque vexée.

La brunette prit la main de son aînée. Ensemble, elles prirent le chemin de leur appartement. Là, Tomoyo proposa de commencer la confection des cadeaux de noël. L'idée parut améliorer l'humeur de sa grande sœur. L'enfant appela alors le reste de la famille pour une petite réunion. Chacun des enfants enlaça Yuzuki avant de prendre place. Puis ils commencèrent à émettre des idées de cadeaux et à se répartir les tâches. Une fois tout le monde d'accord, ils résolurent de commencer dès maintenant, et à s'approvisionner.

Les jours défilèrent, un autre mois passa. La confection des cadeaux de noël permit à Yuzuki de s'occuper l'esprit et d'oublier un peu cette malheureuse histoire. L'hiver s'installa, et la neige commença même à tomber.

« Alors, vous avez réfléchi à notre invitation ?» s'enquit Yuzuki auprès de ses amis.

« Moi je suis d'accord ! Passer le réveillon de Noël ensemble devrait être génial.» répondit Shinoa en levant la main.

« Moi aussi. Je n'ai plus fêté Noël depuis un bail.» avoua Yoichi.

« Comme beaucoup je suppose.» répondit Kimizuki.

« Et toi alors tu viendras ?» questionna Shinoa.

« Ma foi, pourquoi pas.»

« Yuu ? Mitsuba ?» questionna Yuzuki.

« Ouais. Si c'est aussi sympa que nos déjeuners je veux bien.» répondit le brun.

« Quant à moi eh bien … d'habitude j'essaie d'être avec ma sœur, mais elle n'est jamais libre ce qui fait que je me retrouve toute seule. Alors je suis partante.» ajouta Mitsuba.

Yuzuki sourit. Avisant soudain une silhouette familière, elle attrapa de la neige qu'elle roula en boule avant de la lancer. Lorsque la victime se retourna pour connaître son assaillant, Yuzuki désigna Yuuichiro de l'index.

« Dis donc Yuu ! Je croyais t'avoir dit de ne pas attaquer ton supérieur !» lança Guren.

« Quoi ? Mais j'ai rien fait !» s'exclama Yuu.

« Attends un peu gamin.»

L'homme se confectionna une boule de neige qu'il lança sur l'adolescent qui se baissa.

« Raté ! Gnagn…»

Splaf ! Guren avait en réalité scindé sa boule en deux. La seconde venait d'atteindre Yuu en plein visage.

« Ah c'est comme ça !»

Yuu passa aussitôt à l'attaque. Yuzuki invita les autres à se joindre à la bataille et à former deux camps. Elle et Kimizuki rejoignirent celui de Guren pendant que les filles et Yoichi joignirent leurs efforts à ceux de Yuu. La bataille dura un moment, ils ne s'arrêtèrent qu'une fois fatigués et un peu trempés. Mais ils étaient heureux ainsi que le témoignaient leurs yeux pétillants. Le jour J arriva enfin. Dans la salle de classe, Yuzuki, Mayumi et Ikki reconvertirent les pupitres en grande table en les alignant. Makoto et Tomoyo se chargèrent de la décoration, Riku disposa le couvert aidé par son aînée quand celle-ci eut terminé.

Peu après, les invités arrivèrent : l'escouade de Shinoa.

« Oh comme c'est joli ! » s'extasia Mitsuba.

« Ce sont de vrais biscuits ? » demanda Shinoa devant une guirlande.

« Oui oui, tu pourras en manger si tu veux. » répondit Mayumi.

« Et y'a même un sapin c'est génial ! » ajouta Yoichi.

« Vous avez fait un super travail d'artiste. » convint Yuiichiro.

Le sapin en question était composé pour son pied d'un rouleau en carton sur lesquelles avaient été plantées de vraies branchettes feuillues. Les boules qui le décoraient avaient été faites en pâte à sel et peintes à la main. Les guirlandes étaient en papier coloré ou en biscuits.

« Mais ça a dû vous demander un travail monstre tout ça. » reprit Mitsuba.

« Eh bien comme nous sommes plusieurs avec chacun un four, ça allait. Les uns fabriquaient les biscuits pour le décor, les autres ceux à manger et pareil pour le reste. » expliqua Riku.

Il ne manquait plus qu'un seul invité. Tomoyo fit passer un plateau de verres et biscuits.

« Qu'est-ce qu'on fait pour Guren ? On l'attends ou bien on le kidnappe ? » s'enquit Yuzuki.

« Il est déjà vingt heures, je penche pour le kidnapping ! » lança Shinoa en levant la main.

« Mais il a peut-être simplement du retard. » hasarda Kimizuki.

« Eh bien allons voir. Je vote aussi pour l'enlèvement. » lança Yuu.

Riku et Ikki se portèrent aussi volontaires. Ainsi, Yuu quitta la salle accompagné de Shinoa et des deux garçons.


Peu après, plusieurs coups simultanés furent frappés à la porte du soldat, ce qui ne manqua pas de l'interpeller.

« Oui ? » fit-il curieux.

Il tournait le dos à la porte. Lorsqu'il fit face à son bureau, Guren découvrit quatre visages mécontents.

« Lieutenant-colonel, je vous rappelle que vous êtes attendu pour le réveillon. » informa Shinoa d'un ton formel.

« Je sais, mais j'ai pas mal de travail. Donc je ne sais pas si je viendrais. » répondit Guren.

Les jeunes s'entreregardèrent.

« Bon, je ne sais pas vous mais moi ça m'arrange comme réponse. » lança Yuu avec un sourire sarcastique.

« Moi aussi. » convint Ikki.

« Chopons-le ! » s'exclama Riku.

« Me quoi ?! » s'étonna Guren.

Les deux Miharo s'élancèrent d'un côté de la chaise et tirèrent chacun l'homme par le poignet. Yuu le poussa au dos pour le forcer à se lever. Shinoa pour sa part, alla vérifier dehors que la voie était libre.

« Mais voulez-vous bien me lâcher ! » protesta Guren.

« Nan ! Et j'espère que t'as prévu des cadeaux sinon on t'enterre tout nu dans la neige. » avertit Riku.

Guren soupira. Les garçons le maintenaient bien, Yuu marchait derrière et Shinoa devant. Pas d'échappatoire. Il finit par répondre qu'il avait des bricoles chez lui. Son escorte l'y amena donc. Shinya qui venait voir son ami afin de lui tenir compagnie, le vit ainsi passer ou plutôt traîner par les jeunes.

« Tiens ? Guren se fait enlever. On dirait que pour une fois il ne sera pas tout seul pour Noël. » songea-t-il.

Le major sourit puis rebroussa chemin. Guren fut amené chez lui. Shinoa fouilla ses poches, ignorant parfaitement les objections de l'officier. Il fut ensuite poussé dans son logement. Mais ses kidnappeurs suivirent et le fixèrent bras croisés, afin d'être sûrs qu'il n'allait pas les planter là. Guren grogna plus pour la forme puis alla se changer. Il revint avec un grand sac en kraft. Il reçut l'approbation de ses geôliers, qui l'accompagnèrent mais sans le tenir cette fois. L'équipe revint victorieuse. Guren fut accueilli avec joie par les autres. Il eut un sourire malgré lui, et déposa son sac à côté des cadeaux sous le sapin. Yuzuki proposa de passer à table.

Au menu : une salade composée en entrée, suivie d'une viande aux légumes et en dessert un gâteau brioché. Après le repas vint l'heure des cadeaux. Chacun eut droits à son paquet.

« Oooh la belle écharpe ! Avec mon arme brodée dessus en plus ! » fit Shinoa en sortant une écharpe vert pâle.

Chacun avait la sienne personnalisée, ainsi qu'un bracelet et un sachet de bonbons. Guren avait lui aussi apporté des friandises. Ceci fait, l'heure était à la danse. Riku et Makoto mirent en route le poste, tandis que les autres aménageaient

« Mais où avez-vous trouvé ça ? » s'étonna Guren.

« On te le dira si tu es sage, tonton. » répondit Tomoyo.

En voyant les adolescents remuer, l'officier comprit que ce n'était pas la première fois. Il eut un léger soupir. Après la danse eurent lieux des jeux, les mêmes que ceux dont ils avaient l'habitude et quelques-uns de société ramenés aussi par les garçons. La bande passa ainsi un agréable moment, plein de chaleur et de joie. Même Guren en fut satisfait.

Le jour suivant, l'officier reçut la visite de ses aides.

« Guren-sama ! Où étiez-vous hier soir nous vous avons cherché ! » fit Sayuri inquiète.

« Hmm ? Oh j'étais chez les jeunes. » répondit le brun.

« Les jeunes, les Miharo ou l'escouade Shinoa ? » fit Shigure.

« Les deux. Nous avons réveillonné tous ensemble. Et vous ? »

« Avec le reste de l'équipe et le major Shinya. » répondit Shigure.

« Vous vous êtes amusé ? » questionna sa camarade.

« Oui c'était très bien. »

Elles haussèrent les sourcils en remarquant l'expression chaleureuse sur son visage. Voilà bien la première fois qu'elles le voyait ainsi. Puis Sayuri rappela non sans rosir qu'il devait se choisir une cavalière pour le bal du nouvel an.

« Arf j'avais complètement oublié. Bon, Shigure tu demanderas à Yuzuki. » trancha Guren.

« Oui. »

Sayuri baissa la tête : elle avait espéré y aller avec lui cette année. L'an passé il avait choisi Shigure, et l'année d'avant Mito.


Le peu de jours qui séparait Noël du nouvel an s'écoulèrent vite. Le jour du bal, Shigure vint informer son supérieur que Yuzuki était déjà prise.

« Hé ? Et avec qui ira-t-elle dans ce cas ? » s'étonna le brun.

« Je ne lui ai pas demandé. »

Guren fronça les sourcils. Le bal était pour ce soir … en attendant retour au travail. N'empêche, qui avait bien pu le devancer ? La question tourna en boucle dans sa tête. Le soir venu, il fit route vers la grande salle en compagnie de Sayuri qui rayonnait. Guren aperçut bien vite Shinoa en compagnie de Yoichi, Mitsuba et Kimizuki. Il se dirigea naturellement vers eux puis les salua.

« Yuu n'est pas avec vous ? » nota-t-il.

« Il n'est pas encore arrivé. » informa Yoichi.

« D'ailleurs il ne nous a même pas dit avec qui il venait. Il ose avoir des secrets. » fit Shinoa, l'air pas très contente.

« Nous ne lui avons rien non plus, tu remarqueras. » intervint Kimizuki.

« Bonsoir tout le monde ! » interpella Shinya.

Il était accompagné de Mito. Les autres lui rendirent son salut, puis continuèrent à bavarder, piochant un verre ou un canapé quand un serveur leur amena un plateau. Quelques instants après Mitsuba remarqua que Yoichi regardait droit devant lui la bouche ouverte.

« Ça ne va pas Yoichi ? » demanda-t-elle, attirant l'attention des autres.

Pour toute réponse, Yoichi pointa son index. Yuuichiro venait enfin d'arriver. Comme tous les hommes, il portait un smoking alloué par l'armée. Le costume lui conférait une élégance et une nonchalance ajoutant un charme certain à sa personne. En outre, le noir faisait ressortir la couleur de ses yeux. Et à son bras se trouvait Yuzuki. Vêtue d'une robe rouge prêtée par l'armée pour les cavalières, sa tenue rehaussait son teint et sa grâce. Ses yeux étaient soulignés de noir et sa bouche rouge. Les cheveux légèrement bouclés étaient décorés de perles.

« Le p'tit enfoiré. » commenta Kimizuki avec un sourire.

« Eh bien elle est superbe. » fit Mito.

Shinya risqua un œil vers Guren, et faillit pouffer de rire en le voyant serrer son verre comme s'il allait le broyer.

« Quel est l'idiot qui a rendu ça obligatoire ? J'ai l'impression d'être un pingouin, me sens mal à l'aise. » fit Yuu en parcourant la salle des yeux.

« Moi aussi. Mais rassures-toi, on fait comme on a dit : trois tours de piste et on s'en va. » répondit Yuzuki.

Les regards qui se portaient sur eux la gênait. Yuu annonça qu'il avait trouvé les autres. Ils les rejoignirent.

« Dis donc cachottier, pourquoi tu ne nous as pas dit avec qui tu venais ? » glissa Shinoa malicieuse.

« Ben quoi ? » s'étonna Yuu.

« C'est vrai ça, qui aurait cru que tu te dégoterais une très belle cavalière ? » glissa Kimizuki.

Yuu cligna des yeux sans saisir. La musique résonna enfin, invitant les couples à la danse. Les jeunes se dirigèrent donc vers les autres déjà sur la piste.

« Oh doucement sur l'alcool Guren. » lança Shinya amusé.

L'officier entamait en effet son troisième verre, les yeux sur les danseurs. Sayuri pour sa part, triturait sa robe, espérant que Guren l'inviterait bientôt à danser. Yuzuki dansa trois fois avec Yuu, puis Shinoa proposa d'échanger leurs cavaliers. Ainsi, tout le monde dansa avec tout le monde.

« Allez, invite-la ! » lança Shinya en poussant Guren.

« Hein quoi ? » émergea ce dernier.

Il se retrouva devant Yuzuki, qui le regarda d'un air interrogateur. Guren déglutit.

« Oui ? »

« Viens. » dit-il en lui prenant le poignet.

Il l'entraîna sur la piste et se positionna.

« Tu ne m'avais pas dit que tu venais avec Yuuichiro. » commença Guren en tournant.

« Oh tu sais, on en a parlé comme ça. Je n'imaginais pas venir, et lui ne savait pas qui inviter. Il me l'a alors proposé et j'ai répondu pourquoi pas. » raconta Yuzuki.

Guren se détendit un peu en comprenant que cela s'était fait par hasard.

« Eh bien tu danses bien dis donc ! » sourit la brune.

« Dois-je comprendre que Yuu t'as marché sur les pieds ? M'étonne pas de ce mioche. » lança Guren.

Yuzuki plissa les yeux. Le ton sur le mot mioche était agressif.

« Y'a un problème avec Yuu ? »

« Non pas du tout. »

« Réponse trop naturelle pour être rapide. » souligna Yuzuki.

« Oh toi et ton maudit don. » soupira Guren.

Il la fit tourner. Pourtant … il est vrai qu'il avait été contrarié de les voir arriver ensemble. Pourquoi en revanche, il n'y répondit pas. Il n'y avait pas de raison, voilà tout.

« Par contre, je préfère quand tes cheveux retombent devant tes yeux. Je te trouve plus … enfin c'est mieux quoi. » mentionna Yuzuki le rose aux joues.

Guren la dévisagea un instant. Puis presque malgré lui, il passa la main dans sa crinière. Yuzuki lui sourit, et lui aussi. À la fin de la danse toutefois, la jeune femme déclara être assoiffée. Son cavalier l'accompagna à un buffet. Yuzuki y dénicha une boisson sucrée qu'elle trouva délicieuse. Aussi s'en servit-elle plusieurs verres.

« Tu veux retourner danser ? » proposa Guren.

« Yaaaaaay ! » répondit Yuzuki en levant le bras.

Guren haussa un sourcil devant son air idiot. Puis il se versa de la boisson qu'elle avait choisi et goûta.

« Bon sang Yuzuki, il y a de l'alcool là-dedans. Combien tu as bu de verres ? » réalisa Guren.

Visiblement, suffisamment pour être saoule. Guren ferma les yeux. Il ne manquait vraiment plus que ça. Yuzuki avait du mal à se tenir droite. Préférant donc éviter de se faire remarquer suite à maladresse, l'officier résolut de raccompagner la demoiselle chez elle. Il fut contraint de la tenir fermement par la taille en la voyant partir à dame. Tout le monde étant occupé à virevolter, personne ne leur prêta attention. L'air frais ne parut pas réveiller Yuzuki. Quelle soirée Jean-Pierre.