Comme Klaus l'a dit à Stefan, il a préparé quelque chose, et Stefan sent que cela va mal finir.
Son instinct le pousse à aller voir Caroline quelques minutes avant qu'ils ne partent.
"Est-ce qu'il a dit où on allait?" lui demande-t-elle lorsqu'il rentre dans la chambre.
"Non . Il a dit que c'était une surprise."
"Je déteste ses surprises."
Stefan vient vers elle et saisit son visage dans ses mains. "Il faut que tu fermes tes émotions, Caroline. Tu peux faire cela pour moi? S'il te plaît?"
Elle secoue la tête, au bord des larmes. "Je ne peux pas. Cela fait un moment déjà, je ne sais pas...c'est comme si c'était cassé."
Stefan est dévasté. Pas étonnant qu'elle se sente si mal.
"Si tu veux je peux dire à Klaus que tu n'es pas bien."
"Ça va aller, Stefan. Il ne te croira pas, de toute façon. Je peux assurer quelques morts de plus...enfin je crois."
Elle lui sourit, et il se sent envahi de tendresse devant ce sourire si brave. Il l'attire contre lui et l'embrasse passionnément. Il y a du désespoir dans ce baiser, mais aussi beaucoup d'amour, un amour qu'aucun d'eux ne peut nier à présent. Stefan n'avait pas vraiment réalisé à quel point il était amoureux d'elle jusqu'à maintenant.
Ils sont ensemble jusqu'à la fin, quoiqu'il arrive.
Il est temps de partir, mais il laisse ses lèvres s'attarder sur celle de la jeune fille encore un instant avant de la relâcher. Cela leur cause à tous les deux une douleur presque physique.
"Allons-y."
Ils sont caché dans les bois, occupés à regarder un groupe de campeurs s'amusant autour d'un feu de bois. Ils sont tous de la même famille. C'est l'idée que Klaus a d'une soirée réussie.
Massacrer une famille entière de 12 personnes.
Klaus montre à Stefan le seul enfant du groupe, un gamin d'à peu près 12 ans.
"J'ai pensé que Caroline pourrait s'occuper de lui," lui dit Klaus. "Pour l'aider à se remettre doucement dans le bain."
Bien sûr, parce que rien ne serait plus bénéfique pour Caroline qu'égorger un jeune ado de 12 ans.
"Non."
Le ton de Stefan est intransigeant. Klaus le regarde.
"Pourquoi?"
"Elle n'est pas assez stable. Si vous la faite tuer un gamin maintenant, cela empirera les choses."
"Attention, Stefan. Quand tu parles ainsi, j'ai tendance à penser que tes sentiments humains sont bien présents et que tu t'attaches un peu trop à elle."
"Et vous non, peut-être?" Stefan réplique de façon arrogante, et Klaus sourit mais évite son regard.
"Touché. Très bien. Qui s'occupe du gamin?"
"Moi," Stefan réponds, même s'il sait que cela le crucifiera vu qu'il a décidé de laisser ses émotions ouvertes. Si Caroline ne peut pas les fermer, alors il ne le fera pas non plus.
Il ferme les yeux un instant, priant pour pouvoir oublier et se faire pardonner un jour tout cela. Il trouve un peu de force dans le fait que dans un peu plus de 24 heures, Caroline et lui seront loin.
Le lendemain, Caroline ne sort pas de sa chambre et Stefan est comme un lion en cage.
La façon dont elle a réagi après le carnage de la veille au soir le terrifie. C'est comme si elle n'avait plus aucun sentiment. Un robot sans émotions.
Elle a toujours la même attitude lorsqu'elle descend ce soir là, juste avant que Klaus et Stefan ne se rendent à une soirée. Stefan n'a évidemment aucun désir d'y aller, mais il n'a trouvé aucun justificatif qui lui permettrait de rester auprès de Caroline. Il n'a donc rien dit, pensant qu'il la rejoindrait plus tard dans sa chambre.
Ils sont supposés s'enfuir ce soir. Mais pour l'instant lui seul le sait.
Il est donc fort surpris de la voir arriver, toute apprêtée, avec un sourire qui n'atteint pas ses yeux.
"Je suis si heureux que vous ayez décider de nous rejoindre, ma chère" Klaus lui dit en lui embrassant la main.
Ce soir ils sont invités par un sénateur, et la soirée commence plutôt bien. Stefan ne quitte pas Caroline, cependant, ne participant pas vraiment à la conversation mais se tenant silencieusement à ses côtés, juste au cas où.
Grâce à cela, il détecte le moment précis où elle commence à flancher.
Son élocution se fait hésitante, et sa main cherche celle de Stefan et la presse violemment.
Elle est tout sourire, mais en dedans elle crie au secours.
Il fait tomber un peu de champagne sur sa robe pour pouvoir l'entraîner hors de la pièce. Il choisit un petit salon situé le plus loin possible de la pièce principale, et ferme la porte derrière lui.
Il la fait asseoir sur un fauteuil et s'agenouille devant elle.
"Care? Care, regarde-moi."
Elle respire rapidement mais ne pleure pas. Elle a l'air complètement paniquée, attrapant les épaules de Stefan avec une force dont il ne soupçonnait même pas l'existence.
"Stefan...Stefan, je ne peux pas respirer !" Et il est vrai que sa respiration est maintenant non-existante. "Je ne peux pas respirer, Stefan," elle répète d'un ton affolé.
Il attrape son visage dans ses mains, plongeant ses yeux dans les sien.
"Tu n'as pas besoin de respirer Caroline. Je t'en prie, regarde-moi. Tu n'as pas besoin de respirer !"
Les mots semblent enfin pénétrer son esprit et elle se calme un peu, mais la seconde d'après les larmes surgissent et elle se met à trembler.
Stefan la prend dans ses bras et la presse très fort contre lui. "Je t'en prie, Care, tu dois te calmer. Je ne supporte pas de te voir ainsi. Il faut que tu te ressaisisses, ou il te le fera payer. Je t'en prie, je t'en supplie," l'admoneste-t-il.
Ses tremblements et ses pleurs se tarissent finalement et il la relâche. Il reprend son visage dans ses mains, murmurant, "On part ce soir. J'ai tout arrangé." Il presse un baiser sur ses lèvres avant d'ajouter impulsivement, "Je t'aime."
Il a à peine le temps de faire un pas en arrière que Klaus surgit dans la pièce.
"Quelque chose ne va pas?" demande-t-il, regardant la scène devant lui. Caroline est assise sur un fauteuil, calme même s'il est évident qu'elle a traversé une crise de larmes. Stefan est debout, à quelques pas d'elle, les bras croisés, le visage impassible.
"Caroline ne se sentait pas bien, je l'ai emmenée ici pour qu'elle récupère pendant quelques minutes," dit-il à Klaus avec l'air de ne pas y toucher.
Caroline se lève, lissant sa robe. "Je vais bien," dit-elle aux deux hommes, et si ce n'était la trace des larmes sur son visage, rien n'indique qu'elle vient de subir une grosse crise de panique.
"Stefan, tu dois arrêter d'être aussi protecteur. Tu n'es pas son garde du corps," Klaus dit d'un ton égal, mais Stefan y détecte la légère menace sous-jacente.
"Oui Stefan, n'en fait pas toute une histoire, je vais bien," ajoute Caroline, et elle se dirige vers Klaus, posant sa main sur le bras du vampire. "Vous me raccompagnez à la soirée?" demande-t-elle avec un doux sourire et il s'exécute avec un plaisir évident.
Klaus a peut-être mille ans, mais c'est quand même un homme.
Juste avant de quitter la pièce, Caroline se retourne et regarde Stefan, lui faisant comprendre qu'elle a enregistré ses paroles.
Elle est prête à partir.
Et elle l'aime aussi.
Damon sort de la douche au moment où son téléphone sonne. L'écran indique le nom de Bonnie.
"Maison de la Perdition Salvatore," répond-il.
"J'ai la marchandise," dit-elle sans préambule.
"Ahh, voyons Bonnie. Tu sais que je n'utilise pas de drogues, et tu ne devrais pas non plus."
Il peut presque l'entendre lever les yeux au ciel à l'autre bout de la ligne.
"Tu sais, je n'ai pas demandé, mais c'est peut-être aussi mortel sur un vampire normal. Une idée de qui je pourrais utiliser comme cobaye?" demande-t-elle d'un ton innocent.
Il rit. "Tu me terrifies, Sabrina. Alors dis-moi, combien cela m'a coûté?"
"Bien plus que la peau de tes fesses."
"Bon, dans ce cas cela doit en valoir la peine. Tu peux me l'apporter ce soir? Je préparerai le dîner."
"Ok. Je..." il y a un silence et puis elle demande, "Ce n'est pas un rencard ou un truc du genre, hein?"
"Un quoi? Un rencard ? Jamais de la vie..Et puis tu vois toujours Gilbert, non?"
"Oui. Oui, on est ensemble," dit-elle et il ne manque pas de noter l'hésitation dans sa voix.
"Mets-y un peu plus d'enthousiasme, Bennett. Problème de couple?"
"Ça ne te regarde pas," se ressaisit-elle. "Je serai là vers 19.30. J'espère que ce sera mangeable!"
Damon raccroche et jette le téléphone sur le lit avec un sourire narquois.
Avant de se demander pourquoi la vie amoureuse de Bonnie Bennett le passionne soudain autant.
Caroline se réveille doucement. Ses paupières s'ouvrent, et il lui faut quelques seconde pour réaliser où elle se trouve.
Une voiture. Stefan conduit.
Elle se souvient.
Elle se rappelle Stefan venant dans sa chambre pendant la nuit.
Elle se rappelle leur marche silencieuse pour sortir de la maison, espérant ne pas se faire remarquer.
Elle se rappelle l'adrénaline courant dans ses veines en arrivant à la voiture que Stefan a secrètement loué.
Et ils sont partis.
Stefan voit qu'elle est réveillée et sourit. Sa main laisse le volant un instant pour caresser sa joue.
"Comment te sens-tu?" demande-t-il tendrement.
"Ça va. On est où?"
"En Pennsylvanie. Je pensais rouler encore deux heures avant de nous arrêter et trouver un hôtel. Ça te va?"
Stefan est conscient qu'il pourrait conduire d'une traite jusque Mystic Falls, même si c'est un voyage de 11 heures. Mais il veut passer encore un peu de temps seul avec elle avant de devoir affronter la réalité de retour en Virginie. Affronter Elena, Damon et ce qui sera certainement les conséquences de leur fuite.
"Ça me convient," lui dit-elle avec un sourire. Elle partage manifestement ses pensées.
Il y a une lumière dans ses yeux, et du rose sur ses joues, et Stefan ne l'a plus vue ainsi depuis des semaines.
"Nous sommes libres?" demande-t-elle.
Il ne veut pas lui gâcher cet instant. Pour le moment elle sait juste qu'ils sont loin de Klaus. Elle doit encore réaliser ce que cela va impliquer dans un futur proche.
"Oui. Nous sommes libres."
Pour l'instant.
Lorsque Stefan sort de la salle de bain de leur chambre d'hôtel ce soir-là, il trouve Caroline devant la télévision.
"Tu sais, je viens de réaliser qu'on a à peine regardé la télé pendant toutes ces semaines. Cela ne m'a même pas manqué."
Il grimpe sur le lit derrière elle et lui masse les épaules. Elle gémit et en oublie complètement la télévision.
Elle se tourne et lui fait face, plongeant ses yeux dans ceux, verts, de Stefan.
"Est-ce que tu le pensais?" demande-t-elle, et il comprend immédiatement de quoi elle parle.
Il répond sans hésitation. "Oui. Je t'aime, Caroline."
Un large sourire éclaire son visage. "Je t'aime aussi, Stefan."
Et ils s'embrassent. Un vrai baiser cette fois, pas un baiser pour le spectacle ou pour la calmer. Un baiser profond et plein d'amour.
La langue de Stefan s'attarde sur ses lèvres pleines avant d'explorer sa bouche. Elle s'abandonne librement à la passion de son geste.
Lorsqu'ils se séparent, ils ont tous les deux le souffle court. Caroline ne peut empêcher ses doutes de ressurgir insidieusement. "Comment savoir si ce sera toujours pareil une fois rentrés à Mystic Falls?"
Stefan la regarde intensément, lui caressant la joue. "Je sais que je veux être avec toi, et personne d'autre."
Elle hoche la tête. Elle n'a pas vraiment envie de prononcer le nom d'Elena à cet instant. Et puis elle fait confiance à Stefan pour qu'il règle les choses lorsqu'ils seront rentrés.
Elle a encore du mal à imaginer que Stefan Salvatore est à elle. Enfin du moins jusqu'à ce que Klaus débarque en criant vengeance.
Stefan semble lire dans ses pensées. "J'appellerai Damon plus tard, pour le prévenir qu'on arrive, et qu'il se tienne prêt, au cas où..."
"Tu vas lui causer un choc. Heureusement que les vampires ne sont pas sujets aux crises cardiaques."
Stefan rit, heureux de savoir qu'il entendra bientôt la voix de son frère, qu'il verra son visage. Cela apaise un peu ses inquiétudes concernant Klaus.
Bien sûr la ravissante blonde dans ses bras aide également. Il secoue la tête, se demandant comment il a pu être aussi aveugle. L'amitié qu'ils ont forgé, son attitude protectrice constante à son égard aurait du l'alerter, lui faire comprendre qu'il y avait des sentiments bien plus profonds.
Il a été tellement absorbé par Elena et tous ces drames la concernant qu'il n'a jamais vraiment prit le temps de découvrir le trésor qui se trouvait juste sous son nez.
D'une façon un peu tordue, il le doit à Klaus. C'est assez ironique.
Sa bouche prend celle de Caroline pour un autre baiser langoureux, et ils s'allongent tous les deux sur le lit, leurs jambes entremêlées. Caroline passe les bras autour de son cou, pressant son corps contre le sien, enivrée par le contact de Stefan sur sa peau.
Il trouve la force de se reculer un instant.
"Care, on devrait peut-être arrêter là. Tu es encore..."
"Arrêter?" l'interrompt-elle avec un sourire aimant. "Tu rigoles, non? On ne s'arrête pas, Stefan. C'est comme ça et pas autrement."
Il répond par un rire heureux qu'elle s'empresse d'étouffer avec sa bouche gourmande.
"Vous avez besoin d'autre chose?" demande Spike à Klaus.
"Non. Merci."
Klaus se tient devant la fenêtre, regardant distraitement la plage, illuminée par la lumière du soleil couchant.
Cette même plage où Caroline aime aller se promener.
Il ne peut pas croire qu'ils soient partis, juste comme cela.
Il ne peut pas croire que son plan se soit retourné contre lui.
Mais il accepte le fait qu'il est en partie fautif.
Il a fait l'erreur d'apprécier Stefan. Il a fait l'erreur de laisser Caroline toucher son coeur mort, et s'est permis de ressentir des émotions qu'il avait enterré depuis des siècles.
Il aurait du s'en douter, pourtant. Tous les deux avaient le coeur bien trop tendre pour accepter cette façon de vivre. S'il n'avait pas amené Caroline, peut-être Stefan aurait-il fini par céder. C'est dans sa nature après tout.
Mais Klaus a vraiment cru que Stefan serait encore trop entiché d'Elena Gilbert pour craquer si facilement pour Caroline.
Et il ne pouvait gère le blâmer pour cela.
La maison semble sombre et lugubre maintenant qu'elle est partie.
Il n'arrive pas à décrire ce qu'il ressent, et il déteste cela. Il n'est pas censé ressentir quoi que ce soit. Mais il y a de la tristesse, de la colère, de la trahison et le pire de tout : le coeur brisé.
Une partie de lui veut les laisser en paix. L'autre partie a plutôt envie de les retrouver et de leur arracher le coeur. Il doit se forcer pour ignorer la première et considérer sérieusement la seconde.
Il s'accorde quelques jours avant de prendre une décision.
