Titre : Chasse Gardée 2ème partie !
Source : Gundam Wing AC.
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance, UA.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf certains agents de la sécurité de Quatre.
Pairing : 1x2, 3x4
Personnages : Heero Yuy, Duo Maxwell, Trowa Barton, Quatre Raberba Winner
Notes : Bonjour à tous. Encore une fois du fond du cœur, merci pour votre patience, vos messages d'encouragements et de soutien. Je suis désolée pour ces dix jours d'attente qui se sont transformés en vingt, c'est en grosse partie dû à une grippe foudroyante ! Mais je suis là et mon chapitre aussi, et je vous souhaite à tous une bonne lecture et surtout, mes meilleurs vœux pour 2009 !
RaRs :
JTFLAM : merci pour ta review et bonne année ! je suis d'accord avec toi, le père de Quatre réagit très mal ! mais à chaque problème sa solution !
Céline : ta review m'a fait très plaisir, en particulier une petite phrase, pas besoin de te dire laquelle ! j'en profite pour te remercier encore pour tes vœux et te souhaite une excellente année 2009 !
Lilith : je suis très contente de te savoir encore là, à lire et ne t'inquiète pas, je me doutais bien que tu ne me disais rien de méchant ! sinon crois-moi, ma réponse aurait été donnée sur un autre ton ! mais je peux comprendre que mon acharnement à vouloir détailler les situations puissent ne pas plaire à certains lecteurs qui voudraient que tout soit régler en deux paragraphes ! Ceux-là, évidemment, je ne les retiens pas ! Mais puisque tu exprimais juste ton impatience, je ne t'en veux plus du tout ! je te souhaite une excellente année 2009 !
Chapitre sept : un Chasseur sachant chasser doit savoir chasser sans son chien.
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11décembre 203
Palais Raberba Winner
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-Arrivés aux abords du Palais, Duo indique à Heero une autre entrée pour qu'il puisse y garer la moto de Wufei.
Les gardes en faction ne prennent que le temps de les saluer.
Tout le monde a bien ressenti combien la situation présente est délicate, et si la présence du grand Maître Jawed Youness Raberba a entraîné les mesures immédiates de renforcement de la sécurité, Duo n'est pas concerné pas celles-ci.
En effet, il a toujours été vu tel l'élément clé permettant d'alléger l'atmosphère, lorsqu'elle se trouve saturée de tension, notamment lors de désaccords entre le père et le fils.
Raberba Sénior apprécie tellement Duo qu'il accepte de lui seul des remarques qu'il ne tolérerait jamais que d'autres, hormis son fils unique, n'aient l'impudence de lui faire.
Et Duo ne se prive jamais de rappeler au père combien son absence est pesante pour son fils.
Enfin ça, c'était avant la rencontre avec Trowa…
Depuis, Duo apprécie plutôt que le patriarche se fasse rare.
- Je demande à Iria si elle peut nous rejoindre, où qu'elle soit. Je préfère qu'elle nous briefe un peu, avant qu'on s'incruste, explique Duo en tapant rapidement son message sur son téléphone.
Heero le suit à travers le Palais, jusqu'à un grand salon.
Son visage ne trahit rien de la véritable inquiétude qui le taraude, au sujet de Trowa.
Le peu que Duo a eu le temps de lui expliquer, et ce que Trowa lui avait déjà confié, ces derniers mois, des différentes tentatives de Raberba Sénior pour le séparer de Quatre ne lui disent vraiment rien de bon.
Il se souvient en particulier quand Trowa lui avait raconté leur premier face-à-face.
Même à travers le téléphone, Heero a pu sentir sa tension à travers sa voix.
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Flash back, quatre mois plus tôt.
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- Ca ne va pas ?
- Si.
- Trowa...
- Le père de Quatre est ici, explique l'ancien mercenaire.
- Il t'a viré ?
- Non.
- T'es inquiet.
- Il joue un drôle de jeu, avec moi.
- C'est-à-dire ?
- Aucun parasite ? demande Trowa avant de répondre.
- La ligne est sécurisée.
- Ok. Le père de Quatre m'a tout d'abord toisé en répétant deux fois "Trowa Barton" et en insistant particulièrement sur le "Barton". Ensuite, il a fait mine de réfléchir : "J'ai connu un Dekim Barton, autrefois. Un grand manipulateur, qui avait été jusqu'à soulever le Royaume de Bruxelles, en ce servant de sa propre petite-fille… Il a été assassiné. C'est ce qui arrive généralement aux gens trop ambitieux". J'ai senti la main de Quatre se crisper dans la mienne. Mais c'était à moi de répondre.
- Que lui as-tu dit ?
- J'ai acquiescé en silence et ajouté que j'avais eu l'occasion de rencontrer Dekim Barton. Il a de nouveau fait mine de réfléchir : "Je crois me souvenir que sa petite-fille était l'enfant de sa fille Léïa. Mais il avait également un fils, décédé, lui aussi. Pauvre famille… Allah me vienne en aide, je ne me souviens plus de son prénom… "
- Je comprends ce que tu entendais par "drôle de jeu". Lui as-tu tout expliqué ?
- Quatre l'a fait.
- Hn ?
- Il lui a demandé d'arrêter son manège, lui a rappelé qu'il était parfaitement au courant que cet homme s'appelait Trowa Barton et que je n'avais rien à voir avec lui. Il a également fait grimacer son père en lui rappelant qu'il fréquentait les mercenaires, bien qu'indirectement, et que de ce fait, il connaissait forcément le Docteur S, qui m'a donné mon identité, avant de me placer aux ordres du Docteur J. Et qu'il n'avait donc pas manqué de faire son enquête sur moi en prenant ses renseignements directement à la source. Ce que n'a pas nié Raberba Sénior.
- Il aurait été ridicule.
- Hm. Ensuite, il m'a congédié subitement, prétextant devoir parler affaires avec son héritier. Quatre a pris le temps de m'accompagner un moment pour me rassurer.
- Pour une première attaque, il a été particulièrement vindicatif. Et Quatre vous a bien défendu.
- Oui.,
- Il fait front avec toi contre son père. C'est une bonne chose. Ca me rassure.
- Moi aussi, assure-t-il d'un ton que connaît trop bien Heero, pour l'avoir un peu trop entendu, ces derniers temps.
- Arrête de douter, Trowa. Tu mérites d'être heureux avec Quatre. Et lui n'aura pas moins de problèmes si tu le quittais. Bien au contraire.
- J'essaie d'y croire, Heero.
- Mets-y plus de volonté ou votre couple ne tiendra pas longtemps. C'est l'héritier Winner, tu te doutes bien que votre route risque d'être jalonnée d'obstacle.
- J'en suis conscient.
- Sois aussi conscient que tu as les moyens d'y faire face.
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Fin du flash back.
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- Heero ?
- Hn ?
- Tu fais une tête bizarre...
- Désolé, Duo.
- Pourquoi tu t'excuses ? Je veux juste savoir si ça va !
Heero referme sa main sur celle que Duo a posé sur sa joue, puis l'écarte pour embrasser sa paume, sans le quitter des yeux.
- Tu t'inquiètes pour Trowa, reprend Duo.
- Hn.
- On va bientôt être fixés, Iria devrait nous rejoindre… Ah ! la voilà.
L'aînée des sœurs de Quatre traverse le grand salon pour retrouver les deux hommes, qui ont repris leurs distances.
Elle embrasse Duo et serre la main d'Heero, avec un sourire fatigué.
- Heero, je te présente Iria, la plus grande des sœurs de Quatre, et l'une des seules qui mérite ce titre. C'est aussi l'une de celles qui ressemblent le plus à Quaterine et donc, à Quatre. Iria, je te présente Heero, le meilleur ami de Trowa, le cavalier voltigeur du cirque.
Il s'arrête là, ne souhaitant pas présenter Heero comme son compagnon tant qu'il n'en a pas discuté avec lui.
Heero le comprend, c'est pourquoi il ne se sent pas vexé par cette omission volontaire.
- Enchantée, Heero.
- Également
- Iria, qu'est-ce qui se passe ?
- Mon père a présenté Dorothy à Trowa et a rappelé à Quatre leur lien, avant de lâcher sa bombe : il a demandé à notre "oncle" Walid la main de Dorothy pour Quatre.
- Oh ! le con ! laisse échapper Duo.
- Duo ! C'est encore mon père !
- Désolé… Merde, il l'a vraiment fait ! Quand tu m'as dit, au téléphone, que Dorothy faisait partie des bagages…
- Du voyage…
- C'est pareil dans son cas… .Bref, je pensais qu'il voulait juste la mettre dans les bras de Quatre, essayer au moins. Mais je me doutais pas que ce serait si officiel !
- Ca a plus de force, ainsi, tu imagines.
- Plutôt bien, oui ! Et comment ils ont réagi, Trowa et Quatre ?
- Mal, soupire-t-elle. Ils se sont figés et se sont presque écartés l'un de l'autre. Tu sais qu'ils ont toujours fait front en se tenant fermement par la main, malgré les remarques et les menaces de mon père. Là, ils se sont immédiatement et complètement détachés. Mon Dieu, Duo, j'aurais tant aimé que tu sois là ! Toi, tu les aurais pris chacun par une main pour les remettre l'une dans l'autre, avec un grand sourire pour mon père. Moi, je ne pouvais pas faire le moindre geste en ce sens…
- Je le sais bien, grimace Duo. Ta position auprès de ton père est bien trop importante par l'aide que tu apportes à Quatre, il est hors de question que tu perdes ton influence sur lui. Tu as bien fait.
- Merci, Duo.
- Qu'est-ce qui se passe, maintenant ? Où étais-tu ?
- Nous étions dans le Petit salon central en train de discuter. Mon père a demandé à Trowa de nous laisser en famille pour régler les détails de l'arrangement. C'était à peu près dix minutes avant que tu ne m'envoies ton message.
- Vous parlez de quoi ?
- C'est que du vent. Quatre participe à peine, il a le regard complètement vide et ne se manifeste que pour répondre à une question. Lui qui a toujours su jouer le jeu, même lorsqu'il était profondément blessé, là, je ne le reconnais plus. Je suis incapable de savoir ce qui se passe dans sa tête et ça m'inquiète franchement.
- Shit ! Et j'imagine que tu ne sais pas où est Trowa ?
- Je n'avais aucun moyen de le savoir, Duo. Mon père ne m'a pas vraiment laissé sortir. J'ai eu du mal à m'éclipser pour vous rejoindre. Et je ferais bien d'y retourner, avant qu'il ne se pose des questions. Et j'espère que tu vas m'emboiter le pas rapidement, Duo. Heero, je ne sais pas comment mon père pourrait vous accueillir, mais puisque vous êtes avec Duo, je pense qu'il ne dira presque rien.
- Dépêche-toi d'y retourner, Iria, tu as pris assez de risques. Merci encore et à tout de suite.
- Merci à toi, réplique-t-elle en lui faisant une bise, avant de sortir.
Duo fait face à Heero.
- Tu vas pouvoir retrouver Trowa ?
- Hn. Dis-moi seulement quel est l'endroit le plus en hauteur de la ville ?
- L'ancienne tour de gué, répond-il assez rapidement. C'est à l'est de la ville, en direction du Fleuve.
- Je vois.
- Je pense pas que t'auras le moindre souci, mais au cas où, tu peux m'appeler.
- Hn.
- On se voit plus tard, alors.
- Hn.
Ils ont énormément de mal à se séparer, pourtant il le faut.
- Je ne sais pas quand exactement, mais on peut s'appeler pour ça aussi...
Heero attrape Duo par le poignet, doucement mais fermement, et l'attire contre son torse, avant de refermer ses bras autour de lui et de l'embrasser.
Un baiser court, mais intense et profond, de ceux qui font naître des étoiles sous les paupières et des papillons dans le ventre.
- On s'appelle, Duo, ce soir au plus tard.
- Ok…
Heero le relâche doucement, puis se détourne après un dernier long regard, et s'empresse de partir avant de ne plus pouvoir le faire.
Duo rejoint le Petit salon central avant de ne plus avoir d'autre envie que celle de courir après Heero pour qu'ils retrouvent leur monde parfait duquel ils ont été si brusquement arrachés.
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Le soir même,
Appartements de Quatre.
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Après un dîner réellement éprouvant et tendu, Duo et Quatre parviennent à s'isoler dans les appartements de l'héritier.
C'est grâce à Iria qu'ils ont pu écourter la soirée, car elle a eu la bonne idée de proposer à Dorothy de l'aider à s'installer dans ses appartements et enfin, de se reposer : le voyage a été long.
Raberba Sénior n'a pu que s'y plier et vaquer lui-même à ses propres occupations.
Duo referme la porte de la chambre, alors que Quatre va tout droit jusqu'à son lit où il s'écroule.
- Je veux mourir, Duo…
- Ah ! Ca suffit, tu vas pas commencer ! C'était durant tout le dîner qu'il fallait manifester un tant soit peu de désaccord ou de désespoir !
- T'es dur avec moi…
- Ca c'est la meilleure ! proteste Duo en se plantant devant lui, les poings sur les hanches. Tu sais que tu mérites des claques, Quatre Raberba Winner ! Bon sang, mais qu'est-ce que t'attends pour réagir ?
- Et comment on réagit, dans ce cas précis, mon Duo ? demande-t-il en se redressant en position assise.
- Comme si j'avais besoin de te l'apprendre ! Bon, Trowa est certainement au cirque avec Heero, je vais aller le chercher, ou demander à Heero de l'accompagner ici, et vous allez profiter d'être seuls cette nuit pour discuter ensemble d'un moyen pour…
- Non ! le coupe fermement Quatre.
Duo ouvre des yeux bien ronds, alors que ses sourcils montent bien haut, avant de se rejoindre au milieu du front.
- Bordel, t'as buggé ou quoi, angel ? C'est pas à ce que moi je dis qu'il faut réagir, c'était tout à l'heure qu'il fallait beugler "non" comme ça !
Quatre se lève pour faire quelques pas dans la pièce, sous le regard inquiet de son meilleur ami.
- Duo, j'ai beau avec eu beaucoup de liberté…
- Me fait pas rire ! C'est pire que la meilleure de l'année, celle-là !
- Si, concrètement, bien qu'enfermé au Palais, j'ai pu avoir de nombreux amants, j'ai pu débaucher une grande majorité des personnes qui venaient ici pour une raison ou une autre et qui me plaisaient, sans que mon père n'intervienne. C'est une forme de liberté de pouvoir agir à sa guise, même si c'est dans une cage. Mais là, avec Dorothy, les choses sont différentes. Il s'agit d'une demande officielle qui a reçu une réponse favorable officielle. Ca fait acte de loi, dans nos traditions. Alors je ne peux pas… Trowa et moi ne devons plus partager les mêmes appartements, la même chambre ou le même lit.
- C'est ridicule !
- C'est la loi, réplique Quatre en revenant vers lui.
- Et tu ne dis rien, tu t'écrases sans un mot ? Tu n'essaies même pas de te battre pour l'homme que tu aimes ?
- Duo…
- Mais merde, ça me tues de te voir comme ça ! le coupe-t-il en posant ses mains sur ses épaules. Réagis, Quatre, vous valez mieux que ça ! Votre histoire vaut mieux que tout ça !
Quatre se dégage doucement et va s'asseoir sur son lit, attrapant au passage une chemise laissée par Trowa sur une chaise.
- Je pourrais me battre, mais je ne veux pas imposer ça à Trowa. Il a accepté les choses si facilement, Duo. Je ne pense pas que lui ait vraiment envie de se battre…
- C'est pas vrai, tu peux pas croire ça ! Le pire, c'est qu'il est sûrement en train de penser la même chose à ton sujet !
Quatre relève la tête, surpris.
- Comment ?
- Eh oui, angel ! Toi aussi, tu as lâché sa main, non ? T'as fait aucun geste pour la reprendre non plus ! Quand ton père l'a gentiment foutu à la porte, tu l'as même pas regardé, d'après ce que m'a dit ta sœur. Et maintenant, tu penses à l'envoyer occuper les appartements qui lui ont été assignés, y a six mois, et qu'il a jamais occupé une seule nuit.
- Nous n'avons plus jamais passé une seule nuit ailleurs que dans les bras l'un de l'autre, depuis cette nuit-là…
Duo vient s'asseoir à côté de lui.
- Il n'y a aucune raison que ça change, angel.
- Si, Duo. Même si j'ai parfaitement entendu ce que tu m'as dit, cela ne change rien au fait que Trowa et moi devons garder nos distances.
- Bon ok, apparemment, vous avez pas trop le choix, pour le moment. Mais Quatre, si t'as vraiment entendu et compris ce que je t'ai dit, t'es aussi conscient que vous devez absolument parler, tous les deux, et au plus vite. Vous avez besoin de vous rassurer.
Quatre ne répond rien un moment et Duo respecte son silence, lui rappelant seulement sa présence par la caresse de ses doigts sur sa nuque.
- Il était de repos aujourd'hui et le sera encore demain. La saison démarre officiellement dans deux jours, pour le cirque. Je préfère ne pas le voir tout de suite, je n'arriverais pas à garder mes distances. Or, j'ai besoin de temps pour réfléchir.
- Crois en mon expérience, plus tu attends, plus le manque et le désir réduisent tes capacités de réflexion à l'état de bouillie.
- Je ne compte pas nous imposer six mois de séparation, répond Quatre en souriant pour la première fois de la soirée.
- Je ne le souhaite à personne ! Même si les retrouvailles sont intenses, après, forcément, je suis sûr qu'on peut arriver au même résultat par d'autres moyens.
- Moi aussi. D'ailleurs, mon Dodo, avec tout ça, je suis désolé, je n'ai pas eu le temps de te demander comment ça s'était passé, avec Heero ?
Duo plaque ses deux mains sur sa bouche et détourne la tête.
- Me demande pas ! marmonne-t-il.
- Mais pourquoi ? C'était pas bien ?
- Merde, Quatre, c'était juste parfait ! Je vais avoir un sourire niais, si je t'en parle, et c'est pas le moment !
Quatre comprend et l'entoure de son bras, l'obligeant à tourner son visage vers le sien.
- Je suis heureux que tu aies enfin trouvé le bonheur, mon Duo ! assure-t-il avec une sincérité qui va droit au cœur de Duo. Tu le mérites tellement, après avoir autant souffert. Raconte-moi tout, ça me fera plaisir !
Duo soupire et offre effectivement à Quatre le sourire le plus idiot qu'il ne lui ait jamais vu, ce qui le fait rire aux larmes.
- Sacré Duo ! Je comprends un peu que tu aies disparu de la circulation pendant deux jours !
- On était vraiment dans un autre monde ! Merci, d'ailleurs, de m'avoir couvert auprès de l'orphelinat. J'ai eu un message du père Maxwell me disant que tu lui avais tout expliqué et que je n'avais pas à m'inquiéter. Heureusement que t'étais là, angel.
- C'est normal. Je ne leur ai pas menti, tu sais. J'ai simplement expliqué au Père Maxwell que tu avais besoin d'un peu de temps avec Heero. Il connaît ton histoire, ta situation et l'état dans lequel tu étais, jusqu'au matin de la Première. Il n'a pas hésité une seconde et m'a bien dit de te dire de prendre autant de temps que tu le souhaitais.
- J'y passerai demain pour le remercier, et il faut que je retourne chez moi. Milliardo m'a laissé une lettre. J'étais un peu honteux en apprenant qu'il était déjà parti, je ne pensais pas qu'il s'en irait aussi tôt. Il venait simplement de me dire qu'il serait en déplacement dans la région.
- Après que tu sois parti rejoindre Heero, ce soir-là, il n'est pas resté avec nous. Je voulais lui présenter la troupe, mais il s'est excusé en me répondant que ce n'était pas encore le moment. Il m'adit qu'il devait préparer ses affaires car il partait quelques jours, et qu'il allait t'appeler.
- J'ai eu son message, mais il me dit seulement qu'il revient bientôt et qu'il m'a laissé quelque chose chez moi, avec mes clés qu'il m'a rendu. Ca me fait quelque chose, malgré tout, de penser qu'on ne sera plus jamais aussi intimes qu'avant. Même juste dormir avec lui, Heero ne l'accepterait pas. Et moi non plus, je ne pourrais pas.
- C'est une page qui se tourne, Duo. Tu n'es pas tombé amoureux de lui, au moins ?
- Non, Quatre. Je te l'ai toujours dit, il y a quelque chose de fort et d'unique entre Mill' et moi. Mais c'est à des années lumières du lien que je partage avec Heero, j'en ai pleinement conscience, à présent.
- Milliardo était très heureux pour toi, Duo. Tu n'as pas à t'inquiéter pour lui.
- Je ne m'inquiète pas ! Je serais toujours là pour lui, et il le sait.
- On en a de la chance de t'avoir.
Duo ne répond pas, mais lui fait un énorme bisou sur la joue, avant de se lever.
- Je vais faire un aller-retour au cirque pour voir Heero et Trowa, et les rassurer un peu. Ca ira si je te laisse seul une heure, ou tu préfères…
- Vas-y, mon Duo. Tu peux même rester avec Heero. Ce n'est pas parce que je suis privé de la compagnie de mon homme que tu dois subir la même chose.
- Il est hors de question que je te laisse seul, cette nuit. Je sais que t'es un grand garçon et tout, mais je préfère être là. On va juste faire en sorte que tu ne me confondes pas avec Trowa, si tu perds en plein rêve érotique…
Il évite de justesse un coup de coussin.
- Je doute seulement d'arriver à dormir, tu sais.
- Je sais, c'est pourquoi je serais là dans une heure.
- D'accord. Comme ça, tu me raconteras ce qui s'est passé avec Heero !
Duo se penche et dépose un baiser sur son front.
- Si tu y tiens. A tout à l'heure, angel.
Quatre le retient en entourant son cou de ses bras et le serre fort un moment.
- Merci, mon Dodo.
Duo lui fait un dernier clin d'œil et quitte la chambre, puis les appartements de Quatre et enfin, le Palais, direction le cirque.
Pour aller plus vite, il décide de passer par les toits.
Alors qu'il prend son téléphone pour appeler Heero et le prévenir de son arrivée, celui-ci sonne justement ; Duo sourit en répondant, car c'est nul autre qu'Heero.
- J'allais t'appeler, lui dit-il. Ca va ?
- Hn. T'es dehors.
- Sur les toits, en route pour le cirque. Vous y êtes ou non ?
- Hn. Tu nous retrouves chez moi.
- Ok, j'arrive.
- Dépêche-toi.
- Il s'est passé quelque chose de grave ? s'inquiète Duo.
- Tu m'as manqué.
Face à cette réponse, Duo manque presque de trébucher sur le muret du toit.
- Tu me manques aussi, Heero. A tout de suite.
Heero coupe sans plus de cérémonie et Duo range son téléphone, se mordant la joue pour effacer le sourire niais qu'il sent étirer ses lèvres.
Il accélère et se retrouve très vite au campement, qu'il contourne discrètement pour arriver chez Heero.
C'est Trowa qui lui ouvre et tout naturellement, les deux hommes se disent bonsoir en s'embrassant.
- Vous n'avez pas encore dîné ? s'étonne Duo en sentant la bonne odeur du repas.
- On s'est entraîné assez tard. Heero s'est douché le premier et je l'ai attendu. Il cuisine beaucoup mieux que moi.
- Honte à moi, j'ai pas de souvenirs assez nets des derniers jours, mais je crois bien avoir mangé d'excellentes nouilles sautées aux crevettes.
- Je suppose que tu as déjà mangé, mais s'il te reste de la place, il est en train de préparer une paëlla et sa recette est exceptionnelle.
Duo grimace en direction de la cuisine.
- Après la kabssa (1) de Lala Hadjila, tu sais bien qu'on peut plus avaler grand-chose.
Trowa a un très léger sourire, et même s'il n'en montre rien, Duo se doute bien de l'état dans lequel il doit être.
- Ecoute, Trowa, la situation est compliquée, mais pas dramatique, ok ? Tu retrouveras ta place auprès de Quatre, laisse-lui juste un peu de temps. Ok, je vois que tu crois pas à un mot de ce que je viens de te dire…
- Ca n'a rien à voir avec toi, Duo. Tu devrais aller voir Heero, je vais chercher du pain à la cantine.
Sans attendre, il enfile sa veste et sort de la caravane.
Duo soupire en se dirigeant vers la cuisine… qu'il trouve vide.
Mais pas longtemps ; deux bras l'enserrent par derrière et deux lèvres chaudes viennent s'appuyer contre sa nuque.
- Je ne t'ai pas encore assez manqué pour que tu prennes tout ton temps.
Duo se retourne et se retrouve dans les bras d'Heero.
- Dans n'importe quel autre situation, la porte n'aurait pas été refermée que tu m'aurais déjà retrouvé collé contre toi.
- Comme ça ? demande Heero en le serrant un peu plus contre lui.
- Plutôt… comme ça ! répond Duo en s'agrippant à lui comme un koala à sa branche.
Il a assez confiance en Heero et en ses réflexes pour jouer à ce petit jeu, et effectivement, Heero a tôt fait de passer ses mains sous ses fesses pour le soutenir, alors que Duo noue ses jambes autour de ses reins et ses bras autour de son cou.
Er durant le long et langoureux baiser qu'ils échangent alors, Duo oublie tout encore une fois et s'abandonne totalement dans les bras et la douceur d'Heero.
Aussi lorsqu'il ouvre les yeux, il est un peu étonné de se retrouver assis sur la table de la cuisine.
- Je te fais tant d'effets que tu ne puisses pas me soutenir ? le taquine-t-il entre deux baisers.
- Tu ne l'avais pas encore remarqué ?
- Vu l'état dans lequel tu me mets à chaque fois, faut pas s'étonner que je sois plus capable de remarquer grand chose.
Heero lui vole un dernier baiser avant de retourner à sa paëlla.
- Je peux aider ? Trowa est parti à la cantine chercher du pain.
- C'est à côté, il va revenir vite. Mais tu as un peu de temps pour me dire comment ça se présente ?
- Quatre est sorti de sa léthargie, mais il a besoin de temps. La demande fait apparemment force de loi, tout comme la réponse. Du coup, en y réfléchissant sur le chemin, je me suis rendu compte qu'il va sûrement être impossible d'échapper au mariage.
- Trowa ne pourra pas continuer d'exercer au Palais, dans ces conditions.
- Quatre va réfléchir au meilleur pour eux. Il a compris que sa réaction, enfin son absence de réaction, avait pu faire croire à Trowa qu'il acceptait le mariage et la séparation. Lui-même a pensé que si Trowa n'avait pas réagi, c'était parce qu'il ne souhaitait pas se battre.
- C'est seulement que Trowa ne se considère pas digne de Quatre. Il est prêt à s'effacer au moindre risque de lui poser un quelconque problème.
- Je l'ai compris. Et Quatre aussi. Maintenant, Trowa doit comprendre que Quatre n'est pas prêt à renoncer à lui. Il doit seulement trouver une solution pour contourner la loi de leurs traditions. Et moi, aidé d'Iria et de toutes les bonnes volontés, je dois le convaincre que c'est possible.
- Cette Dorothy, est-ce qu'elle risque de poser des problèmes ?
- C'est une psychopathe ! Gamine, elle avait un visage d'ange. Je me suis bien occupé d'arranger ses traits pour qu'ils reflètent exactement qu'elle monstre de perversité elle peut être, parfois ! D'après ce que j'ai pu en voir au dîner, elle s'est pas assagi !
- Qu'est-ce que tu lui as fait ?
Duo fait de la place sur la table pour qu'Heero puisse poser le plat, au moment où Trowa rentre avec le pain.
- A qui as-tu fait quelque chose ? demande-t-il, alors qu'ils s'attablent tous les trois.
- A Dorothy. Je demandais à Duo si elle était susceptible de nous causer des difficultés.
- Elle ne m'inspire pas confiance, remarque Trowa, alors qu'Heero les sert.
Même Duo accepte de manger un peu pour faire plaisir à Heero… et son estomac.
- Si c'est dû à son physique, Duo semble en partie responsable.
- Tu as pu voir ses affreux sourcils, Trowa. C'est à moi qu'elle le doit, révèle-t-il avec un sourire carnassier, qui disparaît alors q'il goûte la paëlla. Mon Dieu, Heero, c'est trop bon !
- Tant que ça ? répond Heero avec un petit sourire provoquant.
Ce n'est pas vraiment ça qui manque de faire s'étouffer Duo, mais plutôt le pied d'Heero qui remonte le long de sa jambe.
- Comment as-tu fait pour arriver à un tel massacre sur cette pauvre fille ? demande Trowa, le ramenant à la réalité.
Duo jette un regard de travers à Heero, parce que c'est pas le moment de lui faire voir des étoiles, et repousse son pied le plus discrètement possible.
- Cette "pauvre fille" essaie de te piquer ton mec, Trowa, alors franchement, pour la compassion, on repassera !
- Elle a plus de légitimité que moi.
- Mais bien sûr ! L'amour, ça te pète toutes les lois ! Parce que Quatre et toi vous vous aimez, vous avez plus le droit d'être ensemble que n'importe quelle promise n'en aura jamais sur lui ! Et si tu veux de la légitimité, je vais t'en donner : c'est de la légitime défense qui m'a fait agir, il y a très longtemps. Cette furie, jalouse de mes cheveux, m'avait coupé la natte !
Si Heero se contente de lever très haut son sourcil droit, Trowa, lui, sûrement à cause de la situation et de la tension qu'il accumule, ne peut retenir un véritable éclat de rire.
- C'est pas drôle, Trowa, elle m'a traumatisé, cette conne ! Heureusement que j'avais Solo et Quatre pour me soutenir. Du coup, pour me venger, une nuit, je l'ai drogué avec des somnifères et je lui ai rasé les sourcils. Mes cheveux ont repoussé plus beaux et fortifiés. Ses sourcils n'ont plus jamais retrouvé un semblant d'ordre. Content que ça te fasse autant rire, Trowa.
En effet, Trowa en a des larmes aux yeux.
La main d'Heero glisse sur la table et vient serrer celle de Duo, en un remerciement sincère et silencieux.
- Bon, les mecs, c'est pas que je suis pas bien avec vous, mais je veux pas laisser mon petit ange tout seul. Je voulais vous tenir au courant. Trowa, Quatre a besoin d'un peu de temps, comme je te l'ai dit, alors il préfère ne pas te voir demain. Je ne peux rien te dire sur les jours suivants, ça dépendra de sa réflexion. Pour sauver les apparences, tes affaires vont être transférées dans les appartements qui t'ont été attribués, quand tu es entré en fonction au Palais.
- Ridicule.
- Je le pense aussi, Heero, mais Quatre ne peut plus partager ses appartements avec quelqu'un, maintenant qu'il est officiellement fiancé. Mais il pourra te rejoindre dans les tiens, Trowa. Vous pourrez vous câliner ailleurs, c'est pas comme si vous ne l'aviez pas déjà fait autre part que dans votre lit…
- Je ne veux pas que Quatre aie des ennuis.
- Alors ne le quitte pas, répond Duo très sérieusement.
Les deux hommes se regardent un long moment, puis Trowa hoche la tête.
Duo se lève, satisfait.
- Le fait que tu sois revenu va forcément faire du bruit, ici, au cirque. Je pensais vous laisser les clés de chez moi, vous y serez plus tranquille.
- C'est gentil, Duo, mais ça ira. Il va sûrement y avoir une annonce officielle, dans les prochains jours, concernant les fiançailles de Quatre, alors mon retour n'étonnera personne. Et puis, ce n'est que pour deux jours.
- Je suis content que tu sois décidé à te battre, Trowa. En tout cas, oublie pas que Rashid et les 40 voleurs, pardon, le corps entier des maganacs sont dévoués à la cause de Quatre et seulement lui. Ils obéissent à son père, mais ils n'hésiteraient pas une seule seconde à prendre partie pour lui contre Raberba Sénior. Ils t'aideront, te couvriront et t'enfermeront même à double tour dans un placard avec Quatre, pour qu'il soit heureux.
- Merci, Duo, répond Trowa en se levant. Je ne pensais pas trouver un tel soutien venant de toi.
- Pourquoi, parce que t'as été parfois détestable, avec Milliardo et moi ? Ce sont deux situations différentes. Tu n'avais que le bien-être d'Heero à l'esprit. Je n'ai pas la prétention de croire que j'aurais agi différemment, si c'était de Quatre dont il avait été question.
- Surtout vu la manière dont tu sors les griffes pour lui, remarque Heero en se levant.
- C'est vrai. Bien, messieurs…
- Je te raccompagne un peu.
- T'as pas fini de manger…
- Je mets ton assiette au four, répond Trowa à sa place. Allez-y. Bonne nuit, Duo.
- Merci, à toi aussi.
Heero et Duo quittent la caravane et le cirque d'un pas rapide, mais ralentissent une fois assez éloigné, pour profiter un peu plus l'un de l'autre.
- Tu as réussi à rassurer Trowa, ce n'est pas un mince exploit.
- C'est toi qui viens de me rassurer, là ! Tu sais, j'aimerais qu'on soit tous heureux. Qu'on finisse l'année ensemble, prêts à en commencer une nouvelle ensemble.
Heero ne dit rien, mais sa main glisse dans celle de Duo, et leurs doigts s'entrecroisent.
- Je sais ce que tu penses : c'est déjà bien qu'on soit tous les deux. Mais…
- Je veux aussi que Trowa soit heureux avec Quatre, le rassure-t-il en serrant sa main plus fort.
Ils continuent de marcher un moment en silence, puis Duo attire soudain Heero dans une ruelle, jusqu'à un escalier en pierre par lequel ils atteignent les toits d'une vieille fabrique.
- On a été trop brusquement replongés dans la réalité et le quotidien, en plus, avec des problèmes à gérer, lui explique-t-il en s'asseyant contre un muret, l'invitant à faire de même. J'ai seulement envie de voler un peu de temps pour nous. Je suis égoïste, mais j'en ai besoin. Tu veux bien être égoïste avec moi ?
Heero s'installe et comprenant ce qu'il veut, il lui ouvre les bras.
Ravi, Duo se redresse et vient s'asseoir sur ses genoux, confortablement calé dans ses bras.
Heero les referme autour de lui, l'enserrant dans une douce et chaude étreinte.
Les vingt minutes qui suivent ne sont plus qu'une succession de baisers et de caresses, entrecoupée de quelques mots inspirés par la contemplation de la Lune.
Ils auraient pu rester ainsi toute la nuit.
Mais l'idée de leurs deux meilleurs amis, seuls, chacun de leur côté, finit par les empêcher de continuer à savourer ce plaisir égoïste qu'ils se sont offert.
Alors avant que la culpabilité ne le gâche, ils se relèvent pour partir, mais restent encore un moment dans les bras l'un de l'autre.
- Tu reprends les répétitions demain ?
- Hn. Et toi, tu reprends le travail ou tu restes avec Quatre ?
- Il faut que je rentre chez moi et que je passe à l'orphelinat voir le Père Maxwell. Les enfants doivent s'inquiéter de ne pas me voir, alors que c'est bientôt Noël.
- Tu vas avoir beaucoup de travail.
- Toi aussi. Mais ça ne nous empêchera pas de nous voir, Heero.
- Jamais.
Ils restent encore un moment front contre front, puis se séparent sur un dernier long baiser.
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-
Le lendemain soir,
Palais Raberba Winner
Appartements attribués à Trowa Barton.
-
Duo referme l'armoire et sourit à Trowa.
- Quand je pense au nombre de fois où j'ai utilisé ce passage secret avec Solo pour faire sortir Quatre de ses appartements, puis du Palais ! J'aurais jamais cru qu'il lui servirait un jour pour rejoindre son compagnon. Faut dire qu'il avait jamais eu besoin de se cacher, avant…
- Je ne pense pas me tromper, Duo, si je dis que tu es le seul à connaître le nombre exact de ce type de passages existant dans le Palais ?
- Rashid, Abdul et Auda en connaissent aussi le nombre exact, répond Duo en rejoignant Heero, assis sur le bras d'un fauteuil où il s'installe. Mais je suis le seul à connaître tous leurs emplacements. Avec Quatre, bien évidemment. Il te suffit de lui demander, il te fera un topo sans problèmes, puisque c'est toi.
- Où est-il, en ce moment ? demande Heero, sachant que Trowa ne posera pas la question, bien qu'elle doit lui brûler les lèvres.
- Avec Dorothy, en pleine négociation. Il faisait peur à voir, aujourd'hui ! On l'aurait dit sous SysZéro.
- C'est un hallucinogène assez puissant, Duo. Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
Duo est traversé par un léger frisson, mais Heero ne sait pas si c'est dû à la pensée de l'état de son meilleur ami, ou bien parce qu'il a posé sa main sur sa nuque, dont il caresse doucement les petits cheveux qui s'y trouvent.
- Il est passé en mode homme d'affaires. Et crois-moi, quand il est dans son rôle d'héritier du puissant empire Raberba Winner, qu'il défend ses intérêts becs et ongles, il vaut mieux pas ni le contrarier, ni se retrouver sur son chemin. T'as pu en voir un aperçu, Trowa, avec l'affaire de la Vallée d'Esraïm.
- Tout était contre lui, explique Trowa à Heero. Mais en mois de douze heures, il a retourné la situation.
- Le monde entier jugeait la Vallée perdue pour le groupe Winner et aujourd'hui, c'est l'une des zones rapportant le plus ! ajoute Duo. Et Raberba Sénior n'a rien à voir, c'est Quatre qui a tout géré d'une main de maître, depuis ses appartements. Quand il est dans cet état, obsédé par un but à atteindre jusqu'à ne rien voir d'autre, il vaut mieux le laisser seul. J'ai tout fait pour qu'il réagisse, mais une fois ce résultat obtenu, j'étais bien content d'avoir autant à m'occuper chez moi et à l'orphelinat, aujourd'hui.
- Quel est le rapport avec Dorothy et Trowa ?
- Et bien il a rassemblé toutes les informations possibles sur Dorothy et s'en sert à présent pour négocier avec elle les termes officieux de leur mariage, puisqu'il semble inévitable.
- Il a assez de matière ?
- Oh oui ! Dorothy est une véritable manipulatrice, une magouilleuse de première. Elle joue avec les limites de la légalité, à chaque fois, pour atteindre ses buts. Quatre n'a jamais vraiment gardé le contact avec elle, depuis notre enfance, mais son nom est fréquemment revenu dans pas mal d'histoires de famille, ou pas d'ailleurs. J'ai alimenté moi-même les dossiers pour Quatre, avant de partir, ce matin, donc je peux affirmer qu'il a de quoi imposer ses conditions. Mais en même temps, l'enjeu est de taille et elle le tient grâce à ça : lui permettre de poursuivre votre relation.
Le bruit d'un mécanisme d'ouverture, imperceptible pour le commun des mortels, mais pas pour les trois hommes ayant bénéficié d'un entraînement spécial durant des années, leur fait tourner la tête dans un synchronisme parfait vers le placard.
Ses portes s'ouvrent pour laisser passer l'ange blond, maître des lieux et sujet de toutes leurs préoccupations.
Il referme le placard et se tourne vers eux en souriant.
- J'avais oublié combien Solo était un grand artiste, et qu'il avait une fâcheuse tendance à s'exercer sur les murs secrets du Palais.
- Tu feras pas laver les murs, hein, angel ? s'inquiète soudain Duo.
- Bien sûr que non, comment peux-tu me poser une telle question ? s'indigne-t-il, tout en s'avançant vers le fauteuil. Solo était aussi mon ami.
Duo se demande furtivement s'il est en danger ou non, lorsqu'il se rend compte que Quatre vient seulement saluer Heero.
Après l'avoir embrassé, il se penche vers Duo pour déposer un baiser sur son front et lui fait un clin d'œil, car il a bien remarqué l'inquiétude chez lui.
Duo aurait bien répondu ou même seulement tiré la langue, mais Quatre s'est déjà tourné vers Trowa, adossé contre le mur.
- Bonjour, Trowa.
- Bonjour, Quatre.
- Hey, soupire Duo en se levant, va falloir faire mieux que ça ! Si c'est nous qui vous gênons, pas de soucis, on vous laisse !
Quatre se tourne vers lui et tend sa main.
- Reste, Duo, je dois vous parler à tous. Trowa et moi, ajoute-t-il en rejoignant son amant, on aura toute la nuit pour discuter et revenir sur ce qui s'est passé.
Trowa ne peut retenir sa main qui vole d'elle-même jusqu'au visage de Quatre, à quelques centimètres duquel elle se fige.
C'est Quatre qui la prend et la pose sur sa propre joue, avant de se rapprocher encore de Trowa.
Mais il ne fait rien de plus et se détache, gardant tout de même sa main dans la sienne.
Duo et Heero se sourient, complices.
- Je suis parvenu à un accord avec Dorothy. Elle accepte de renoncer à être une épouse, ce qui veut dire qu'elle ne partagera ni mon lit, ni mes appartements, mais elle tient à être une Raberba Winner à part entière.
- Angel…
- Ne t'inquiète pas, mon Duo, ça ira. Je suis conscient de l'ambition démesurée qui est la sienne, mais son pouvoir sera limité. Elle représentera une voix au Conseil d'Administration, mais pour le reste, son droit de regard ne pourra s'exercer que sur la WinRab Corporation Inc.
- C'est une part importante, Quatre, remarque Trowa.
- Elle ne se serait jamais contenté de moins. Mais vous savez, après avoir parlé avec elle, l'avoir mise à l'épreuve sur certains contrats, avoir cerné ses stratégies en quelques questions, j'en viens à la croire vraiment compétente.
- Oh God, elle t'a eu !
Quatre lance à Duo un regard noir, qui lui fait comprendre qu'il n'a pas totalement retrouvé son état normal de petit ange.
- Tu penses vraiment que je suis aussi influençable et manipulable ?
- Non, désolé, Quatre. Mais cette fille me fait franchement peur ! Tu as bien vu de quoi elle s'est montrée capable, par le passé.
- C'est à vérifier, mais je pense que son attitude, ses manigances, toutes ses actions n'étaient pas motivées par de la méchanceté ou de la perversion.
- Peut-être pas, mais tu as reconnu toi-même que son ambition était démesurée. Jusqu'où est-elle prête à aller ? Est-ce qu'elle va seulement se contenter de ce que tu lui offres ou est-ce qu'elle va se montrer de plus en plus gourmande ? Franchement, à la lecture de certaines affaires dans laquelle elle était impliquée, j'ai eu l'impression de voir en elle un rouleau compresseur, qui ne s'arrête que quand y a plus rien à écraser !
- Cela va te paraître étrange, Duo, mais j'ai confiance en elle, je sais qu'elle ne me demandera pas plus que je ne peux lui donner. Elle ne me fera pas de chantage.
- Comment peux-tu l'affirmer ?
- Je le sais, c'est tout. Ce que tout le monde voit d'elle n'est qu'une carapace. En dessous, j'ai pu sentir sa fragilité et sa sensibilité. Oui, Duo, tu peux ouvrir de grands yeux, je ne suis pas fou. Dorothy a été élevée comme une héritière, avec des principes qu'on inculque à des héritiers, pas à une femme. Elle s'est endurcie et a grandi avec l'idée que la sensibilité est une faiblesse, et que seuls les plus forts peuvent diriger. Mais la force n'est habituellement pas du côté des femmes, elle a du se battre contre cette idée et démontrer qu'elle était digne de recevoir un jour son héritage.
- Avec ce genre de pensées, t'as pas peur qu'elle veuille prendre ta place ?
- Elle n'est pas stupide, elle a parfaitement compris que ce ne serait jamais possible. Mais si la situation fait qu'un jour elle hérite de sa famille, je lui ai assuré que son héritage ne serait pas absorbé par le mien, qu'elle en serait l'unique dépositaire.
- Comme ça, elle laisse ton propre héritage tranquille, puisqu'en attendant, tu lui donne quand même une part importante.
- Exactement. Elle est radicalement opposée au pacifisme prôné par mon père et notre gouvernement, alors je ne veux pas lui confier un poste d'influence, qui lui permettrait de saper le travail que nous fournissons depuis tant d'années, dans ma famille, pour faire perdurer la paix et nos idéaux. Il y a assez de départements dont elle peut s'occuper à la WinRab sans que j'ai à craindre quoi que ce soit.
- Si tu le dis, je ne peux que te croire ! soupire Duo. Mais si tu me le permets, Quatre, je voudrais bien garder un œil sur ses activités.
- Je n'en attends pas moins de toi, et je t'en remercie par avance.
- Et pour ton père ? demande Trowa.
- Je ne l'ai pas encore vu, il était en ville toute la journée. Il devrait revenir pour le dîner, je lui en parlerai après. D'ailleurs, je vais devoir y aller, le repas va bientôt être servi, je dois me préparer.
- Déjà ?
- Tu sais bien qu'on dîne toujours tôt, quand mon père est là. Trowa, reprend-il en regardant son amant, tu peux rejoindre Rashid et Abdul, ils t'attendent pour manger et discuter avec toi. Je t'ai assigné à la surveillance extérieure de mes appartements pour ne pas offrir à mon père l'occasion de te provoquer. Tu seras en poste de 19h jusqu'à 23h. Je te retrouverais ici à la fin de ton service.
Trowa hoche simplement la tête, ses yeux plongés dans ceux de Quatre avec une telle intensité que le jeune héritier se sent rougir.
Lorsqu'il se mord la lèvre pour empêcher un gémissement indécent de sortir, Trowa ne parvient plus à se retenir : d'une traction de sa main toujours dans la sienne, il l'attire contre lui et referme ses bras autour de son corps qui lui a tellement manqué, ces dernières heures, et le serre fort, tellement fort.
Quatre soupire et lui rend son étreinte, alors que Trowa inspire longuement entre ses mèches blondes, comme pour se ressourcer.
Heero et Duo s'éclipsent alors sans un mot et sans se faire remarquer, même si Heero doit tirer Duo hors de la pièce, à la fin, car il a bien du mal à s'arracher à cette tendre vision.
Et pour lui faire totalement oublier le couple en pleines retrouvailles, il le plaque contre le mur du couloir et l'embrasse passionnément, un très long moment.
Duo en a le souffle et les jambes coupés, et s'il n'était pas si fermement enlacé par Heero et fortement appuyé contre le mur, il se serait sûrement retrouvé sur le sol.
- Heero, on rentre… murmure-t-il contre ses lèvres, qu'il picore de doux baisers.
- Chez toi ou chez moi ?
- Où tu veux, mais maintenant…
Heero l'embrasse encore, avant de se détacher pour lui répondre.
- Chez moi, c'est plus près.
- Ok…
Main dans la main et d'un pas rapide, ils quittent le Palais, tellement rassurés et confiants quant à la situation de leurs meilleurs amis qu'ils n'y pensent plus, entièrement concentrés sur leurs propres retrouvailles…
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A suivre...
Notes :
(1) Kabssa ou kabsa ou kabsah : plat national saoudien à base de riz, de poulet et d'un mélange spécial d'épices.
Merci d'avoir lu ce premier chapitre de la deuxième partie !
Il ne se termine sur aucun suspens, mais vous connaissez déjà quelques unes des intrigues à régler, donc, je vous dis à dès que possible pour la suite, avec au programme Heero et Duo qui apprennent à se connaître un peu plus et le retour de Milliardo !
Je remercie ceux d'entre vous qui ont lu mon os d'"une semaine de toi 2" et je répondrais aux reviews et mails dès que possble !
Bisous et bonne rentrée !
Lysa
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