En sortant du bâtiment, Kame raconta à Nakamaru et Ueda ce qui venait de se passer et leur fit part de ses doutes quant à la véritable nature de Keii-chan et de ses compagnons.

- Donc selon toi, ils seraient quatre ? Ces quatre là ? lui demanda Ueda.

- Je pourrais vérifier ça demain, proposa Nakamaru.

- Ce sera amusant. Laisse-moi vérifier pour les pouvoirs ok ? dit encore Ueda à Nakamaru. Toi, tu pourrais essayer de les faire mouiller pour voir s'ils disparaissent.

- Je me charge de chercher les poupées, décréta Kame. Je pense déjà savoir où elles sont.

Le lendemain matin, pressé de partir et de retrouver Kame, Masaki qui n'était pas spécialement en avance, sautillait sur place pour mettre ses chaussettes et enfila ses chaussures en quatrième vitesse, avant de prendre son sac à dos et de finalement le laisser tomber en se rendant compte qu'il n'avait pas son portable. Il récupéra l'appareil, puis reprit son sac et sortit en catastrophe sans se rendre compte que les quatre poupées qui y étaient toujours accrochées venaient de tomber sur le sol de la caravane.

Une heure. Cela faisait maintenant une heure qu'Aiba refaisait la même série de mouvement de la chorégraphie, encore et encore, mais ce jour-là, rien ne semblait aller aux yeux de Keii-chan dont l'unique commentaire était "encore lassé.

- Tu ne peux pas faire ça plus sérieusement ? demanda-t-il finalement d'un ton exaspéré au pauvre Masaki essoufflé. Encore.

De plus en plus fatigué, le concerné s'exécuta, mais une fois encore, ce ne fut pas suffisant pour son ami.

- Pourquoi tes jambes sont aussi faibles ? le rabroua-t-il. Tu as pratiqué le levé de poids comme je te l'ai dis ?

La nouvelle réprimande fit se retourner Massu, Shige et Tesshi qui s'entrainaient de leur côté et ils observèrent la scène en silence.

- Pourquoi tu me fais toujours faire ça ? se rebella Aiba. Tu ne crois pas que pratiquer la danse est déjà assez difficile comme ça pour moi ? Pourquoi tu me complique la tâche ?

- Si tu ne peux pas faire les bases, ne pense même pas à danser pour la compétition, tu n'y arriveras pas, lâcha durement Keii-chan. Travaille plus sérieusement la musculation ou abandonne.

- Hé, Keii, tu y vas fort là… tenta Shige, inquiet de la tournure prise par la conversation.

Agacé de l'attitude de son ami, Aiba le foudroya du regard, puis décréta que c'était l'heure de la pause et Massu le fit asseoir sur une chaise, assez loin de leur ami de mauvaise humeur.

- C'est ça, prend une pause au lieu d'écouter mes conseils. Pas étonnant que ta santé ne se soit même pas améliorée un peu, dit encore Keii-chan. Moi j'y vais. A plus.

Sur ces mots, il s'éloigna sans attendre personne et sans un regard en arrière.

Exaspéré, Masaki partit à son tour et les trois garçons restés seuls, redescendirent dans la cours en se demandant comment ils allaient s'y prendre pour que les deux parties se réconcilient. Ils ne comprenaient pas ce qui prenait à leur ami d'ordinaire tellement calme et gentil surtout avec Aiba et soupçonnaient que quelque chose s'était produit à leur insu. Mais quoi, c'était ce qu'ils ignoraient.

- Hé, vous allez où ? les interpella alors Ueda. Vous les gars, vous dansez assez bien.

- Vous aussi, répondit Massu, surpris du compliment soudain.

- Donc vous admettez que vous avez perdu la battle ? demanda Nakamaru.

- Ca n'a rien à voir, rétorqua Shige. Vous voulez recommencer ?

- Bonne idée, faisons ça. Recommençons la partie, dit Ueda. Mais allons manger d'abord, vous devez avoir faim. On paye pour vous.

Les trois garçons s'entreregardèrent puis haussèrent les épaules : après tout pourquoi pas. Avec la brouille de Keii-chan et Masaki, ils n'avaient rien de spécial à faire pour le moment et en effet, ils avaient faim.

Le petit groupe s'éloigna donc et se dirigea vers le centre-ville, se séparant en deux unités en prenant pour argument qu'il serait difficile de trouver un restaurant ayant cinq places libres à cette heure-là. Ueda partit donc d'un côté avec Massu et Tesshi, Nakamaru de l'autre avec Shige. Chemin faisant, le groupe de Ueda croisa des hommes qui ne semblaient pas commodes et, n'oubliant pas sa mission de vérification de pouvoirs, le chanteur se mit à chercher la bagarre en empêchant volontairement l'un des hommes d'avancer sur le pont sur lequel ils se trouvaient. La manœuvre énerva évidemment l'adulte.

- Ecarte-toi, gamin.

- Hé les gars, allons-nous en. Ces gars ont pas l'air nets… fit Ueda en rentrant dans son jeu.

- Tu parle de nous là ?

- Qui d'autre est ici à part vous ? continua à provoquer Ueda. Il y a quoi dans ta tête, mec ? Du vide ?

- Ces morveux… fit l'homme au nez duquel la moutarde commençait à monter devant tant d'insolence gratuite.

La scène inquiéta Massu et Tesshi, qui se regardèrent en murmurant, l'air de se demander s'ils devaient intervenir ou pas, mais ils n'eurent pas le temps de réfléchir plus longtemps car, agacés des provocations de l'idole, deux des hommes les empoignèrent dans l'intention manifeste de les corriger eux aussi. Ne pouvant se laisser frapper s'ils voulaient être à même de protéger Aiba, les deux garçons se résolurent à utiliser leurs pouvoirs : aussitôt, deux des hommes retirèrent leurs vestes comme si elles les brûlaient, tandis que les deux autres se tombaient dans les bras en échangeant des regards langoureux.

Après ce cirque, ils auraient du se méfier comme la peste du chanteur, pourtant leur estomac qui criait famine fit taire leurs doutes et ils continuèrent à le suivre sans se douter une minute que le plan de l'idole n'avait pas encore trouvé son achèvement. Il se hâta d'ailleurs d'envoyer un message à son acolyte pour l'informer de la réussite de sa mission.

Ledit acolyte, qui venait de s'attabler en compagnie de Shige, ne put s'empêcher de sourire en recevant le message en question. Il devait donc, de son côté, s'arranger pour mouiller son vis-à-vis afin de voir s'il disparaissait vraiment. Prenant une gorgée dans le verre d'eau qui venait de leur être servi, il se prépara à la recracher sur Shige, mais celui-ci se baissa au même moment pour renouer son lacet défait et la dégoûtant pluie buccale aspergea les longs cheveux de la jeune femme assise juste derrière. Celle-ci se retourna immédiatement en sentant l'humidité et Nakamaru resta stupidement à fixer la beauté, le menton encore dégoulinant d'eau, avant qu'un sourire particulièrement idiot ne fleurisse sur ses lèvres.

- Hé toi, ça ne va pas ?! s'énerva la jeune femme, brisant ainsi le rêve éveillé que la vision de son visage avait déclenché au chanteur. Tu as craché l'eau ?! Tu es sérieux ?! Tu veux mourir ?!

- Je suis désolé… s'excusa l'idole qui n'en menait pas large.

L'ayant ainsi menacé, elle se tourna de nouveau et reporta son attention sur son téléphone, tandis que Shige fixait son vis-à-vis d'un air amusé.

Pendant ce temps, Aiba qui était revenu sur le lieu de l'entrainement, avait décidé de s'entrainer seul en utilisant la technique des feuilles de décomposition de mouvements. Il accrochait donc les crayonnages sur le tableau noir avec du scotch, lorsqu'une présence juste derrière lui le fit sursauter et il se retourna, découvrant Keii-chan.

- Ah c'est toi… Désolé pour tout à l'heure. J'y ai repensé et ce que tu as dis n'est pas faux.

- Ah… se contenta de faire Keii-chan, un peu embarrassé. Je suis désolé aussi. Je t'ai parlé un peu trop durement alors que tu fais des efforts. Pardon.

Fouillant dans sa poche, il en tira une place de spectacle, qu'il tendit à son protégé.

- C'est quoi ?

- Si tu veux danser, tu dois aussi observer. Je crois que tu connais cette "légende de la danse" non ?

- Ouiiiiii ! Merci Keii-chan ! sourit Aiba.

- De rien.

- On est réconciliés maintenant, pas vrai ?

- On s'était battus ? questionna à son tour Keii-chan en souriant lui aussi.

La question fit rire Masaki.

- A propos, c'est quoi ça ? demanda Keii-chan en désignant les feuilles scotchées.

- Une méthode spéciale d'entraînement qui m'a été transmise par quelqu'un, répondit mystérieusement Aiba.

- Une méthode spéciale ?

- Salut !

La voix inattendue derrière eux fit se retourner les deux amis et Masaki n'arriva pas à cacher son plaisir de voir arriver son possesseur.

- Oh, Kame ! Pourquoi tu es venu là ?

- Wow, cet endroit a tellement changé, c'est incroyable, nota le chanteur en regardant autour de lui.

- Hé, idole-kun, on est occupés avec l'entrainement alors tu peux t'en aller ? fit Keii-chan en perdant aussitôt sa bonne humeur.

- C'est justement pour ça que je suis là, répondit-il à son rival, avant de s'adresser à Aiba : Je t'ai promis de t'apprendre la chorégraphie mais nous avons fait autre chose.

- Ah c'est vrai.

- Alors aujourd'hui… (il s'ainterrompit, son regard venant de tomber sur les feuilles de décomposition de mouvements) Oh tu t'entraine comme ça aussi ?

- Oui, j'ai eu envie d'essayer. J'ai connu quelqu'un qui s'entrainait comme ça et ça semblait efficace.

Comprenant sans mal qu'il s'agissait de lui, Kame demanda :

- Quand est ce que tu as vu ça ?

- Oh… bien avant que vous débutiez. C'était par hasard.

- Je vois… C'est vraiment efficace comme méthode, ne ?

- Ouais.

Agacé de les voir si bien s'entendre, Keii-chan prit comme prétexte la cloche qui venait de sonner, pour s'esquiver en bousculant volontairement Kame au passage.

- Il se fait tard, on devrait y aller aussi, déclara Masaki en remettant son sac sur son dos.

- Tiens, c'est bizarre, tu n'avais pas des porte-clés poupées accrochées à ton sac ? fit mine de s'étonner le chanteur.

- Si si j'en ai, elles… commença Aiba en ramenant le devant de son sac vers lui, avant de pousser un petit cri paniqué : Non ! Ah… Non elles ont du tomber ce matin quand je suis parti précipitamment…

- Ne… est ce que je peux te retrouver à l'entrée à la fin des cours ?

- Pourquoi ?

- Hier tu t'es blessé en essayant de m'aider alors je me suis dis que je pourrais te raccompagner chez toi pour te remercier.

- C'était vraiment rien de grave… Mais si tu veux, je suis d'accord. Ca me ferait plaisir.

- Alors on fait comme ça. On y va ?

Aiba hocha la tête et tous deux entrèrent de nouveau dans le bâtiment.

A la fin des cours, alors que Keii-chan et Aiba sortaient du bâtiment en discutant joyeusement, leur chemin croisa celui de Kame, qui attendait bel et bien Masaki, lunettes de soleil sur le nez pour mieux passer inaperçu.

- Masaki, l'interpela-t-il.

Aussitôt, l'interpelé se plaça à côté de lui, interloquant son ami.

- Qu'est ce que tu fais ? demanda-t-il. Pourquoi tu l'as attendu ?

- Heu… Kame me raccompagne à la maison aujourd'hui.

- Allons-y, fit se dernier en commençant à marcher, avant de s'immobiliser en constatant que Keii-chan les suivait. Où tu crois aller là ?

- Je surveille.

- Nous ?

- Non. Juste toi en fait.

- A quoi tu joues au juste ? Tu crois être qui pour lui ?

- C'est pas tes oignons.

Comprenant que la situation allait de nouveau tourner au vinaigre, Masaki se plaça entre eux et passa un bras autour des épaules de chacun.

- Allez allez, c'est pas grave, on a qu'à y aller ensemble. Pas besoin de se disputer pour ça, ne.

Le trio se mit donc en route et, peu après, arriva face à la caravane.

- Voilà, c'est ma maison ! Original, ne ? s'exclama Aiba avec une pointe de fierté.

- Elle te ressemble niveau originalité, c'est le moins qu'on puisse dire, déclara Kame en retirant ses lunettes noires pour mieux observer le chrome étincelant de l'habitation et le lit-palette surmonté de son dais. Plus j'en apprends sur toi, plus je te trouve intéressant. C'est cool.

- Vraiment ?

- Moi aussi j'aimerais vivre dans un endroit comme ça. Est-ce que je peux visiter ?

- Hé idole-kun, c'est l'endroit où il vit seul, tu crois que… commença à protester Keii-chan avant d'être interrompu par Masaki la groupie.

- Pas de problème ! Mais heu… attends une minute !

Sur ces mots, il fonça à l'intérieur pour un rangement express de tout ce qui serait susceptible d'être embarrassant, puis l'invita à entrer. C'est alors qu'il aperçut au sol l'une des poupées. Un sourire triomphant éclaira ses traits.

Pendant ce temps, sur le chemin du retour, Nakamaru qui n'avait pas encore pu confirmer ce que pensait Kame de leur nature, cherchait un nouveau moyen de faire mouiller Shige pour le faire disparaitre. Avisant soudain un homme qui lavait sa voiture non loin d'eux, il affecta de vouloir renouer les lacets de son compagnon de l'instant, puis se redressa et lui fit signe de poursuivre leur chemin, mais bouscula l'homme afin que le jet d'eau se dirige sur Shige. Malheureusement pour lui, l'eau n'atteignit pas sa cible qui s'était baissée pour récupérer ses clés tombées au sol, mais de nouveau la jeune femme qu'il avait déjà malencontreusement arrosée plus tôt. Le même sourire idiot se dessina sur son visage alors que la femme trempée se tournait vers lui… et il déchanta une nouvelle fois en l'entendant l'invectiver.

- Hé toi, tu veux vraiment mourir ?!

- Désolé… fit le chanteur avant de s'éloigner rapidement vers le lycée

Désabusé par l'échec de ses tentatives successives, l'idole prit silencieusement le chemin du retour en compagnie d'un Shige toujours sec, qui commençait à se dire que le chanteur était un sacré poissard en plus d'être bizarre. Sur le chemin, ils marchèrent sans s'en rendre compte sur un espace dont des dizaines de jets d'eau jaillirent au même moment car il s'agissait d'une fontaine incorporée au trottoir. Le liquide trempa instantanément Shige, qui n'eut pas le temps de dire ouf et se dématérialisa aussitôt, laissant l'idole seule et triomphante.

Mais moins triomphante que Kame qui venait de ramasser sur le sol la poupée désormais trempée de Shige, ce qui lui fit comprendre que l'un de ses amis au moins avait réussi sa mission.