Disclaimer : les personnages de One Piece ne m'appartiennent pas. Snif (court se jeter par la fenêtre).
"Pays de m... !"
Sanji reprit son équilibre de justesse, manquant encore une fois à peine de s'affaler dans la neige. Marcher dans une couche de neige épaisse de plusieurs dizaines de centimètres, entravé par des chaînes reliant ses deux chevilles, s'avérait encore plus difficile qu'il ne se l'était imaginé. Et si la douleur de son genou droit était peu à peu anesthésiée par la neige et le froid, en revanche sa jambe semblait supporter de moins en moins son poids. Le cuisinier observa la plaine immaculée qui s'étendait à perte de vue, essayant de déterminer leur destination, mais le fin blizzard de neige qui tourbillonnait l'empêchait de distinguer autre chose que les silhouettes fantomatiques des sapins qui se découpaient dans le lointain, tels des squelettes menaçants.
Le garde qui le suivait – le même que celui qui l'avait menacé en l'escortant à sa cellule - jugea sans doute qu'il ne reprenait pas sa marche assez vite à son goût, et lui envoya un violent coup de crosse de carabine dans les côtes. Cet imbécile semblait avoir une dent contre lui. Sanji tourna la tête dans sa direction, s'apprêtant à lui exprimer le fond de sa pensée, quand il se prit les pieds dans quelque chose, enfoui sous une couche de neige. Son genou se déroba sous son poids lorsqu'il tenta de se rétablir, et il s'effondra de tout son long sur le sol.
"Saloperie de neige et satané pays !"
Le garde s'esclaffa bruyamment.
"Alors, ta m'man t'as jamais 'ppris qui fallait mettr' un pied d'vant l'autre si tu v'lait avancer ?"
"Si tu me détaches, je pourrais te le faire voir de près, mon pied."
Il commença à se relever, jetant un coup d'œil en direction de l'objet responsable de sa chute. Qui pouvait être assez stupide pour abandonner une paire de raquettes cassées en plein milieu d'une plaine enneigée ? Il aperçut soudain un mouvement sur sa droite, et releva la tête pour voir de quoi il s'agissait, mais trop tard : le pied du garde le frappa en plein visage, l'envoyant s'écraser à nouveau sur le sol sans ménagement. Le garde appuya son pied sur son genou, lui arrachant un léger gémissement, tout en braquant l'extrémité de sa carabine sur sa tempe pour le dissuader de tenter de se dégager.
"Et là, tu l'as vu d'assez près, l'mien ?"
Il accentua la pression sur son genou, esquissant un large sourire de satisfaction. Le cuistot se figea, étouffant un juron. Sa blessure était parfaitement réveillée, à présent, et de douloureux lancinements fusaient tout le long de sa jambe, protestant sous le poids écrasant du garde. Faudrait qu'il pense à faire un régime, cet abruti.
"Si tu veux que j'avance, tu ferais mieux de bouger de là. Ton maître-chien ne va pas te rappeler à l'ordre s'il voit qu'on prend trop de retard ?"
L'un des autres gardes qui l'accompagnaient fit un léger signe de tête, en approbation avec l'observation de Sanji, en direction de son collègue, qui desserra son étreinte et releva son pied. Sanji laissa échapper un discret soupir de soulagement, sentant le sang revenir peu à peu dans sa jambe, et commença à la ramener vers lui avec précaution. Le garde l'observa un instant avec un regard perçant, le pied toujours levé au dessus de la jambe du cuisinier ... avant de sourire impitoyablement, et de le rabattre violement. Sanji poussa un cri de douleur, et le garde ricana.
Le cuisinier mordit sa lèvre inférieure si fort qu'il pouvait sentir le goût du sang emplir sa bouche, et tenta de se concentrer sur sa respiration haletante pour faire taire la douleur, sans grand succès. Il rouvrit lentement les yeux, histoire de vérifier si les deux parties de sa jambe étaient toujours attachées l'une à l'autre, et vit le garde qui le toisait d'un air moqueur, toujours appuyé de tout son poids sur sa blessure, exerçant une pression de moins en moins supportable ...
"Faudrait qu'tu veilles à pas trop m'prendre pour un abruti, mon vieux. Des p'tits péteux comme toi, j'en ai d'jà maté des tas. Et c'est pas pasq' tu vas t'faire exécuter dans peu d'temps qu'tu peux pas souffrir encore un peu avant ..."
Une voix doucereuse, provenant de derrière son dos, l'interrompit.
"Et bien, ne me l'abîmez pas trop, voyons ... il faut quand même qu'il arrive à marcher jusqu'au lieu de son exécution."
Le garde se figea instantanément en entendant la voix de son supérieur, et ôta avec hâte son pied de la jambe du cuisinier pour se mettre en position de garde-à-vous. Sanji s'autorisa un léger sourire de soulagement. Pour une fois qu'il tombait bien, celui-là ...
"Pardonnez-moi, M'sieur l'Exécuteur. J'voulais pas abuser d'mes droits ni ralentir not' progression."
L'exécuteur laissa son regard posé sur Sanji quelques instants, puis se tourna vers le garde, un rictus cruel dessiné sur les lèvres.
"Hum ... ce n'est pas si grave, après tout. Je dois avouer qu'en fait tout ceci était assez divertissant. Mais l'aube approche, et nous sommes presque arrivés au lieu de l'exécution. Ce serait vraiment dommage de retarder un si joli spectacle, alors aidez donc notre charmant ami à se relever, qu'il puisse reprendre la route."
Le garde acquiesça brièvement, avant de donner un coup de pied dans l'estomac de Sanji.
"T'as entendu ? 'lors lève-toi. À moins qu'tu préfère que j'te traîne là-bas par une patte ..."
"Pas la peine."
Sanji se releva lentement, s'appuyant sur sa jambe avec précaution. La plaie saignait considérablement à présent, et l'élançait à chaque pas, mais il parvint quand même à conserver une allure plus ou moins stable. Il ne restait plus qu'à espérer que ce fichu lieu d'exécution soit aussi près que ce qu'en disait l'exécuteur ...
Nami s'adossa contre le mur de la taverne en soupirant. Elle avait tout essayé depuis plus d'une heure pour obtenir des renseignements sur l'endroit où pouvaient se trouver Zoro et Sanji, sans succès. C'était comme s'ils s'étaient littéralement évaporés dans l'atmosphère. Dire qu'elle avait choisi de chercher des renseignements à la taverne en pensant qu'il lui suffirait d'user de ses charmes sur quelque beau parleur éméché pour obtenir toutes les informations qu'elle souhaiterait en moins de cinq minutes ... il ne restait plus qu'à espérer que Chopper soit parvenu à de meilleurs résultats. Car à en juger par la mine déconfite de Usopp, quelques tables plus loin, qui semblait à deux doigts de se taper la tête sur les murs, le jeune renne était le dernier espoir qu'il leur restait de retrouver leurs amis.
Dans quelle histoire tordue ces deux abrutis avaient-ils encore bien pu s'embarquer ? Décidemment, l'équipage de ce bateau était probablement passé maître dans l'art de s'attirer toutes sortes d'ennuis ... mais ils étaient aussi passés maîtres dans l'art de se sortir des situations qui semblaient les plus désespérées, alors il n'y aurait probablement pas de problème. Un mouvement dans son dos attira son attention.
"Hé ma jolie, ça te dirait de boire un verre en charmante compagnie ?"
Nami se retourna, énervée. Derrière elle se trouvait un garde à l'air gauche et passablement éméché, qui lorgnait son décolleté avec un regard qui en disait long ... elle choisit de l'ignorer et de poursuivre sa quête de renseignements un peu plus loin, mais une poigne de fer enserra son poignet, la forçant à se retourner.
"Que ..."
Le garde resserra sa prise autour de son poignet, lui coupant presque la circulation sanguine. Un rictus mauvais retroussa ses lèvres, révélant une dentition jaunâtre et incomplète.
"Sois pas si pressée de partir, ma jolie ... vois-tu, tes questions, à tes amis et à toi, commencent un peu à déranger nos intérêts, alors on a reçu l'ordre de vous faire taire, si tu vois ce que je veux dire. Mais je me suis dit qu'il y avait toujours moyen de rendre tes derniers instants un peu plus agréables ... pour toi comme pour moi. Je te promets que tu vas y prendre du plaisir ..."
La navigatrice réprima un frisson d'horreur, et s'apprêta à saisir ses baguettes climatiques à l'aide de sa main libre, lorsqu'une main robuste lui empoigna le bras, et le tordit derrière son dos. Un second garde s'était approché par derrière, elle était maintenant cernée par six agresseurs ... elle s'était laissée surprendre comme une débutante. Elle tenta de se dégager, sans succès, avant de lancer un regard désespéré autour d'elle. Les clients de la taverne, apparemment habitués à ce genre de débordements, dirigeaient obstinément leur regard vers le coin opposé de la pièce, continuant leur conversation comme si de rien n'était, et Usopp avait disparu ... où était cet imbécile quand on avait besoin de lui ?
Le garde aux dents jaunes ricana.
"Si c'est ton copain au long nez que tu cherches, nos collègues viennent de s'en occuper, ainsi que de votre drôle d'animal de compagnie ... on dirait que c'est seulement entre toi et nous, maintenant ... tes parents ne t'ont jamais dit que ce n'est pas prudent, pour une jolie jeune fille comme toi, de traîner seule dans les lieux de débauche à cette heure de la nuit ?"
Il fit signe à l'un de ceux qui l'accompagnaient.
"Attache là et n'oublie pas de la bâillonner. Je passe en premier, je vous la laisse après."
Le garde acquiesça, s'empara d'une veste qui traînait sur le dossier de l'une des chaises de la taverne, et la déchira méticuleusement en long lambeaux, pouvant faire office de liens solides. Nami se débattit furieusement, mais le garde qui lui tenait le bras la projeta avec force contre le sol. Le temps qu'elle reprenne son souffle, l'autre garde était déjà sur elle, lui nouant solidement les poignets derrière le dos, tandis qu'un autre s'occupait de ses chevilles.
"Lâchez moi ! Je vous interdit de me toucher avec vos sales pattes, bande de ..."
La fin de sa phrase fut étouffée par un large bâillon noué autour de sa bouche, la forçant à garder le silence.
Zoro poussa un grognement de frustration et abattit son poing sur l'un des sapins qui l'entouraient. L'arbre céda et Zoro le regarda s'écraser au sol, sentant sa rage s'apaiser légèrement depuis qu'il avait détruit quelque chose. Il venait encore une fois de tomber sur cette satanée paire de raquettes, ce qui signifiait qu'il étai toujours en train de tourner en rond. Mais il n'avait plus le temps, maintenant ... il leva les yeux pour observer l'horizon, où une légère teinte rose orangé avait commencé à teinter les nuages depuis que les premiers rayons de soleil avaient fait leur apparition.
"Merde."
L'aube était en train de se lever. Et si l'aube était en train de se lever, cela voulait dire que ...
"MERDE, MERDE, ET ENCORE MERDE !"
Cet abruti de cuistot était probablement en train de se faire exécuter à l'heure qu'il était, et il n'avait même pas la moindre idée de la direction qu'il devait prendre ... ces imbéciles de sapins étaient les seuls points de repère qu'on pouvait distinguer dans cette fichue plaine, mais ils se ressemblaient tous. Il ne savait même plus de quelle direction il venait, alors quant à savoir de quel côté il fallait aller ... fichu sens de l'orientation. Comment faisaient Robin et Nami pour toujours parvenir à se diriger sans effort dans des pays où elles n'avaient jamais mis un pied ?
Et ces sales raquettes qui se mettaient sans cesse en travers de son chemin, comme si elles prenaient un malin plaisir à le narguer à chaque fois ... il se baissa pour les ramasser, bien décider à les envoyer valser hors de sa vue une bonne fois pour toutes, lorsque quelques chose attira soudainement son regard. Un morceau d'étoffe verte, à demi enfoui sous la neige, qui lui semblait étrangement familier ... il agrippa le bout qui dépassait pour le sortir de là, et retint avec peine une exclamation de surprise.
Son bandana ... celui qu'il avait ficelé au crâne de ce maudit cuistot. Zoro examina de plus près les traces de pas qui jonchaient le sol, que les flocons n'avaient pas encore entièrement recouvertes. Il n'y avait pas prêté grande attention, supposant qu'il s'agissait tout simplement des siennes ... mais à bien y réfléchir, c'est vrai qu'il y en avait pas mal, alors qu'il n'était passé ici qu'une ou deux fois auparavant. Zoro poussa un cri de victoire qui aurait définitivement brisé sa réputation de guerrier impassible s'il avait été surpris par quelqu'un, et repris sa course à la hâte, en suivant les traces.
"Hé ben, ma petite poulette, on peut dire que tu as été plutôt bien gâtée par la nature ... ça serait vraiment du gâchis de n'en faire profiter personne ..."
Nami observait le garde s'approcher d'elle avec un regard horrifié. Il s'accroupit au dessus d'elle, et commença à caresser la peau de ses bras, comme pour juger de la qualité de sa prise. Elle se débattit avec rage, luttant contre ses liens, mais ne parvint qu'à s'écorcher la peau des chevilles ainsi que des poignets. Le garde l'observait tranquillement, un sourire carnassier sur le visage.
"J'admirerais bien ton joli petit minois désespéré toute la journée, si je le pouvais, mais malheureusement je n'ai pas beaucoup de temps devant moi, ma puce. Il y a aussi les copains qui doivent passer après, et ils sont pas mal pressés ..."
Il déchira d'un geste brusque la chemise de la jeune navigatrice, mettant à jour ses sous-vêtements, et agrippa le bord de sa jupe pour la faire glisser le long de ses jambes ... avant de s'interrompre, sous la menace d'une lame étincelant à quelques millimètres de sa gorge.
"Lâche-la tout de suite, espèce d'immonde porc répugnant. Décidemment, toi et tes amis vous comportez toujours comme des animaux ..."
Le dit porc répugnant se retourna prudemment, et ses yeux s'écarquillèrent de surprise en reconnaissant son agresseur.
"Akira ? Akira le Dragon Révolutionnaire ? Comment oses-tu te montrer en plein jour ?"
Les traces de pas conduisent Zoro jusqu'au bord d'une falaise. Il la longea pendant quelques minutes, puis aperçut enfin plusieurs silhouettes aux loin, et accéléra immédiatement – sa blessure objecta cruellement, histoire de lui rappeler son existence, et quelques joyeuses tâches multicolores vinrent danser devant ses yeux. Il parvint malgré tout à conserver la même allure. Avec un peu de chance, l'exécution n'avait pas encore commencé. Il y avait près d'une dizaine de personnes, mais il était difficile de discerner de qui il s'agissait car ils lui tournaient le dos ... des gardes, apparemment, et cette silhouette maigrichonne et osseuse devait appartenir à l'exécuteur. Pas de trace de Sanji, apparemment. Zoro sortit ses sabres, se préparant au combat.
"Eh ! Qu'est-ce que vous avez fait de cet andouille de cuistot ?"
Les gardes se tournèrent immédiatement dans sa direction, se mettant en position défensive, et l'exécuteur écarquilla les yeux, incrédule.
"Et bien, pour une surprise ... figurez-vous qu'on m'a apporté la nouvelle de votre mort il y a à peine quelques heures."
Zoro l'interrompit, énervé.
"M'en fous de ça. Je t'ai posé une question : où est ce maudit cuistot ?"
L'expression de l'exécuteur était indéchiffrable, mais un rictus de satisfaction déforma ses traits.
"En bas."
"Comment ça, en b..."
Zoro se figea, le souffle coupé. La falaise ...
"Je me suis dit qu'en tant qu'hôte, il était normal que je permette à mes invités de s'adonner à un peu de natation ... bien sûr, le fait qu'il ait les mains liées derrière le dos et les pieds enchaînés, et que la température se situe quelques degrés en dessous de zéro risque de lui compliquer un peu la tâche, mais d'après ce que je vois vous semblez être à peu près immortels, non ?"
Zoro alla jusqu'au bord de la falaise, et regarda en bas. Plusieurs dizaines de mètres en contrebas, l'eau se brisait, bouillonnante, contre les rochers. La chute seule devait suffire à tuer sur le coup un homme normal ... il grommela entre ses dents et se prépara à sauter.
"Ne vous donnez pas la peine de sauter, il est probablement déjà trop tard. Ça doit faire déjà quelques minutes qu'il est là-dedans, il y a peu de chance qu'il soit encore en..."
Zoro n'attendit pas la fin du discours de l'escrimeur pour se jeter de la falaise. Il resta quelques instant à chuter dans les airs, le vent sifflant dans ses oreilles, avant de heurter violemment la surface de l'eau. La puissance de l'impact ainsi que le choc thermique manquèrent de peu de lui faire perdre connaissance, et il dut attendre quelques secondes, le temps que ses muscles acceptent de coopérer, avant de pouvoir commencer à nager. Il avait déjà plongé dans de l'eau glacée sur l'île de Drum, mais celle-ci était encore plus glaciale. C'était comme si des milliers d'aiguilles lui transperçaient le corps, tétanisant ses muscles et pénétrant ses bandages pour venir réveiller sa blessure.
Il continua à descendre malgré tout, jusqu'à ce qu'il aperçoive enfin la silhouette inanimée du cuisinier flottant entre deux eaux, ses mèches blondes ondulant gracieusement sous l'effet du courant. Il se rapprocha de lui, et il s'apprêtait à le saisir par le bras lorsqu'une soudaine poussée de courant les happa, les entraînant vers la paroi rocheuse de la falaise. Zoro agrippa Sanji par l'épaule, et le tira contre lui pour l'empêcher de la percuter. Le dos de l'escrimeur heurta violemment la falaise, et il se raidit lorsque les aspérités tranchantes de la roche percèrent ses muscles ... mais il avait au moins réussi à protéger l'autre imbécile ...
Il dut lutter avec force contre le courant pour parvenir à s'éloigner de la falaise, mais finit par atteindre une petite grève de pierres, quelques mètres plus loin. Il y transporta Sanji, avant de le déposer sur le sol pour l'examiner. Les lèvres du cuisinier avaient pris une légère teinte bleutée, et ses joues avaient perdu toute couleur. Il avait dû rester sous la surface un petit bout de temps ... Zoro se pencha – un peu trop vite au goût de son dos mutilé – pour approcher son oreille du visage de Sanji, mais n'entendit aucun bruit de respiration.
"Je te préviens que si tu me forces à te faire du bouche-à-bouche, tu n'auras pas assez de ta vie pour payer la note ..."
Il trancha les chaînes passées autour de ses poignets et de ses chevilles, puis le secoua violemment par les épaules, avant de lui asséner quelques paires de claques, mais n'obtint toujours aucune réaction. Il n'était pas resté dans l'eau si longtemps que ça ... Luffy avait bien survécu après quelques minutes passées sous l'eau à Arlong Park. Il abattit encore une fois sa main sur la joue du cuisinier, mais celui-ci resta désespérément immobile, aussi pâle et glacé qu'un cadavre ... la peau de son visage n'avait même pas rougi sous le coup de la claque, conservant une teinte définitivement blafarde. Pâle comme la mort.
"Et merde."
Zoro inspira une large bouffée d'air, puis plaqua ses lèvres contre celles de ce maudit cuistot. Il allait vraiment, mais vraiment lui payer ça très très cher.
L'inconnu régla son compte au dernier des six gardes en l'envoyant s'écraser sur une table dont les précédents utilisateurs s'étaient enfuis peu de temps après le début du combat, tout comme la quasi-totalité des occupants de la taverne, et commença à s'approcher de Nami, un couteau à la main. La jeune fille acheva de trancher les liens qui reliaient ses chevilles à l'aide d'un débris de bouteille qui traînait par terre, et s'apprêta à saisir ses baguettes climatiques ... mais sa main ne rencontra que le vide. L'un de ses agresseurs avait dû lui prendre sans qu'elle s'en aperçoive.
Elle se saisit d'une bouteille brisée qui gisait sur le sol, et la pointa vers l'homme – Akira, d'après ce qu'avait dit le garde - qui s'approchait d'elle.
"Qui que vous soyez, je vous préviens que je sais me défendre. Alors ne m'approchez pas ou vous risqueriez de le regretter."
Mais il continua de s'approcher ... et posa sa veste sur les épaules de Nami. Elle leva les yeux vers lui, surprise.
"J'espère que vous allez bien, et que vous n'avez pas eu trop peur. Je suis désolé du comportement de ..."
Une voix provenant de derrière son dos l'interrompit.
"Désolé de quoi, andouille ? Tu viens juste de lui sauver la vie."
Akira leva les yeux au ciel, semblant subitement presque désespéré.
"Kakashi ... reste en dehors de tout ça, s'il te plait."
Nami tourna son regard vers le jeune homme qui venait d'arriver derrière Akira, accompagné par Usopp et Chopper, qui semblaient passablement terrorisé.
"Hé ! Je viens de sauver les fesses de Bambi et Pinocchio ®, comme tu me l'avais demandé, alors un simple "merci mille fois, mon cher Kakashi, de m'avoir encore une fois sorti de l'embarras", par exemple, ne serait pas de trop."
Usopp s'apprêta à ouvrir la bouche, probablement pour rappeler que son nom n'était pas Pinocchio, mais Usopp le preux chevalier des mers, ou tout simplement Capitaine Usopp, mais se ravisa au dernier moment, et continua à fixer le dit Kakashi avec un regard terrorisé. Ce qui était plutôt étrange, en y réfléchissant bien ... Usopp était peut-être un froussard, mais lorsqu'il s'agissait de préserver son amour propre le jeune pirate retrouvait généralement le courage de se mettre en avant ... ou tout du moins de protester à mi-voix. Nami observa Kakashi plus attentivement, intriguée.
Il devait avoir l'âge de Sanji et Zoro, à peu de choses près, tout comme son – ami ? – Akira. Sa peau était incroyablement blanche, contrastant avec des cheveux d'un noir profond qui lui tombaient élégamment devant les yeux. Derrière ce rideau de mèches sombres brillait un regard d'une profondeur intense – des yeux dorés, à la pupille fine, qui lorsqu'ils étaient posés vous donnaient la désagréable impression d'être fixé par un prédateur à l'affût du premier instant d'inattention pour vous sauter à la gorge. Le tout supplanté par un horripilant sourire narquois, qui exprimait sans détour à quelle point votre personne pouvait sembler inutile et insignifiante au yeux de son propriétaire, un long manteau noir et une cigarette à demi consommée.
Akira rompit le silence, gardant son calme, même si une large veine était devenue visible près de sa tempe, témoignant de son irritation.
"Très bien. Merci, Kakashi. Maintenant si tu le permets je vais m'occuper de la jeune demoiselle ici présente, qui vient de subir un grave trauma..."
"Tu as vu son décolleté ?"
Nami le coupa, énervée.
"Qu'est-ce que mon décolleté vient faire là ?"
Kakashi lui adressa un regard moqueur, puis inspira une large bouffée de sa cigarette, avant d'expirer la fumée avec lenteur. Et si Nami avait pu faire des reproches concernant le penchant qu'avait Sanji pour la cigarette, jamais sa façon de fumer ne lui avait parut aussi horripilante que celle-là.
"Quand on fait du charme aux clients d'un endroit peu fréquentable, on réfléchit généralement aux conséquences que ça peut entraîner. Et lorsqu'on ne sait pas se défendre tout seul, on s'abstient de faire n'importe quoi. Simple question de bon sens, petite."
"Très bien." La voix de Nami était devenue dangereusement glaciale. "Merci pour votre aide, et pour vos ... "conseils". Maintenant, si vous le permettez, j'ai des choses importantes à faire. Alors bonne révolution, et bon vent. Chopper, Usopp !"
Chopper poussa un léger glapissement de terreur, et Usopp lui répondit d'une voix tremblante, semblant encore plus terrorisé que lorsqu'il était à côté de Kakashi.
"Ou ... oui ?"
"On y va."
Elle commença à se diriger d'un pas rapide vers la sortie, lorsque la voix d'Akira l'interrompit.
"Attendez !"
Nami se retourna, irritée.
"Quoi encore ?"
"Je pense que je peux vous aider à retrouver vos amis."
Zoro s'assit quelques instants et tourna son regard vers la silhouette endormie du cuisinier, observant avec un certain soulagement sa poitrine se lever et s'abaisser au rythme de sa respiration. Après tout le mal qu'il s'était donné pour parvenir à ce résultat ... il avait fallu qu'il lui fasse du bouche à bouche pendant plusieurs minutes avant que cet imbécile daigne enfin donner signe de vie, et commence à recracher l'eau qui occupait ses poumons. Mais il ne s'était toujours pas réveillé depuis ...
Et comme si ça ne suffisait pas, quelques minutes après que Sanji ait recommencé à respirer une puissante tempête de neige s'était levée, l'obligeant à leur trouver un abri au plus vite, avant qu'ils ne finissent complètement ensevelis et congelés. Il avait fini par trouver une petite grotte pas trop loin, et avait pensé que ce serait une bonne idée de s'y abriter quelques minutes, le temps que la tempête passe. Et cela faisait maintenant près d'une heure qu'ils y étaient coincés ...
Et ce fichu cuistot qui n'avait même pas été fichu d'ouvrir les yeux, même une seule seconde ... Zoro s'approcha légèrement, pour l'observer un peu plus en détail. Cet imbécile de Tête de cadavre n'y avait pas été de main morte avec lui, il était littéralement couvert de blessures. Il était également incroyablement pâle, il avait probablement perdu une quantité assez importante de sang, comme l'indiquait la teinte rouge sombre qu'avaient pris les bandages grossier qui recouvraient diverses parties de son corps.
Enfin, de ce point de vue là, lui-même n'avait pas grand-chose à lui envier. Il faudrait peut-être qu'il jette un coup d'œil aux blessures dans son dos, d'ailleurs, quand il aurait fini de s'occuper du cuistot. Sa respiration était un peu trop rapide ... il devait probablement avoir de la fièvre ... il posa la main sur son front pour s'en assurer. Dommage que Chopper ne soit pas là, lui aurait su quoi faire pour y remédier. En tous les cas, il fallait qu'il récupère les manteaux et les provisions qu'il avait pris au garde ... il les avait laissés près de l'endroit où il avait abandonné les raquettes, à quelques minutes de marche d'ici, si ses souvenirs étaient bons ... dans la tempête ...
Il poussa un long soupir, et frappa doucement la joue de Sanji dans l'espoir de le réveiller.
"Oh ! L'imbécile ! J'aimerais bien avoir ton avis sur la question !"
Il n'avait pas le choix, il fallait qu'il y retourne ... au moins histoire de trouver quelque chose pour protéger cet idiot du froid. Il ne pouvait même pas lui donner son manteau, puisqu'il l'avait posé avant de plonger pour qu'il ne l'encombre pas. Zoro posa alternativement son regard sur ce maudit cuistot, qui tremblait encore plus que lui, et Dieu sait qu'il était pourtant gelé avec ces habits trempés, puis sur la tempête qui faisait rage à l'extérieur. Il allait encore avoir des choses à faire payer à cet imbécile aussitôt qu'il serait réveillé ...
"Si j'ai bien compris, vous avez décidé de nous aider parce que vous vous sentiez redevable envers Sanji-kun, qui vous a sauvé la vie."
Akira hocha la tête. Ils s'étaient cachés dans une ruelle éloignée du centre ville, pour pouvoir discuter sans crainte d'être remarqué par les gardes royaux, qui affluaient dans toute la ville depuis l'incident de l'auberge.
"En effet."
"Mais, ça ne risque pas de se révéler dangereux vis-à-vis de vos projets ? Je veux dire, vous nous propos d'attaquer directement la base royale pour aller les récupérer ... mais si vous avez les moyens de venir à bout de cette base, pourquoi ne l'avez-vous pas fait plus tôt ?"
"Pour vous dire la vérité, jusqu'à présent nous étions en situation d'infériorité vis-à-vis de la garde royale, mais la situation vient de changer. En fait, l'intervention de votre ami nous a permis de récupérer des plans secrets sur l'organisation de la base et des tours de garde, qui vont nous permettre de renverser le rapport de forces. Mais nous devons de toute manière agir rapidement, car ..."
Kakashi l'interrompit.
"Est-ce qu'on ne devrait pas plutôt discuter de ça avec leur capitaine ? Où au moins un membre important de leur équipage !"
Usopp éleva la voix pour la première fois depuis le début de la conversation, vexé.
"Nous sommes des membres importants de l'équipage !"
Kakashi scruta longuement Usopp des pieds à la tête, pensif, puis finit par se tourner vers Akira.
"À combien tu as dit que la tête de leur capitaine était mise à prix, déjà ? Tu es sûr qu'ils ne se sont pas trompés sur l'avis de recherche ?"
Usopp ouvrit la bouche pour répondre, mais Akira posa la main sur son épaule, dans un geste d'apaisement.
"Ça suffit Kakashi. Maintenant, nous devons savoir si vous acceptez de combattre avec nous. Qu'est-ce que vous décidez ?"
Nami n'eut pas besoin de regarder Usopp ou Chopper pour savoir quelle était leur réponse.
"Ça marche. On va vous la démolir, votre base."
Sanji ouvrit lentement les yeux, encore désorienté. Apparemment il devait se trouver dans une grotte, mais quant à se rappeler comment il était parvenu jusqu'ici ... la dernière chose dont il parvenait à se souvenir était un rêve merveilleux dans lequel il embrassait langoureusement Nami-san, mais ça ne risquait pas de beaucoup l'aider, puisqu'il n'y avait aucune trace de la navigatrice près de lui.
Une vague d'air frais parcourut la grotte, et il frissonna, s'apercevant que ses vêtements étaient trempés, et recouverts d'une fine couche de gel à cause du froid. Pourtant il ne se souvenait pas s'être baigné récem ...quelque chose ressurgit brutalement du fond de son esprit. L'exécution ! Il s'était fait balancer de cette fichue falaise par l'exécuteur, et s'était noyé ... enfin, c'était ce qu'il croyait, mais apparemment quelqu'un avait dû le tirer de là avant. Même s'il n'avait pas la moindre idée de qui avait bien pu faire ça ... peut-être que Luffy avait fini par découvrir ce qui s'était passé, et était venu les chercher. Luffy ... il ne savait pas, pour la mort de Zoro ... il fallait qu'il lui dise ...
Un bruit soudain interrompit ses réflexions, lui signalant que quelqu'un approchait. Il allait donc connaître d'ici peu l'identité de son mystérieux sauveur. Il se redressa en s'appuyant le long de la paroi de pierre, se mettant en position défensive, au cas où celui qui l'avait sorti de l'eau, qui qu'il soit, ne l'ait pas fait par pure bonté d'âme. Mais la voix qui parvint à ses oreilles lui était étrangement familière, et lorsqu'il réalisa à qui elle appartenait ses yeux il resta paralysé de stupéfaction. Impossible.
"Foutu pays ! Pas moyen de se repérer, il y a de la neige partout ! Plus d'une heure pour retrouver un coin qui était à à peine cinq minutes de marche ! C'est vraiment ..."
L'escrimeur interrompit son monologue en entrant dans la pièce, réalisant que Sanji était à nouveau conscient, et haussa un sourcil.
"Oh ... T'es enfin réveillé ?"
Sanji ne répondit pas, trop choqué pour oser ouvrir la bouche. Il avait peur que ce qu'il avait devant les yeux disparaisse au moment où il briserait le silence, et de toute façon il n'était même pas sûr que ses poumons contiennent assez d'air pour lui permettre de parler. Il n'était même plus sûr de respirer du tout, à vrai dire, et puis pour avoir ce qu'il avait devant les yeux il devait sûrement s'être noyé, en fin de compte, et là il était probablement en enfer, condamné à passer tout le reste de l'éternité avec cet abruti ... à moins que ce ne soit tout simplement une hallucination provoquée par la fièvre ...
"Eh, tronche de trombone, tu t'es pris un mauvais coup sur la tête ou quoi ? Pourquoi tu ne réponds pas ?"
Sanji senti un sourire presque imperceptible se dessiner lentement sur ses lèvres. Ce n'était certainement pas une hallucination, finalement. Aucune hallucination ne pouvait être aussi énervante et aussi stupide que cet imbécile d'escrimeur. Ce qu'il avait devant les yeux ne pouvait donc être que ...
"Zoro ?"
Notes de l'auteur : Le Kakashi de ma fic n'a pas de rapport avec celui de Naruto ( à part sa capacité à être particulirement horripilant pour son entourage quand il le veut). J'étais juste en panne d'imagination pour les noms ... d'ailleurs ça commence à faire beaucoup de personnages que j'invente, si ça vous dérange ou si vous les aimez pas dites le moi, et je me calme.
Je crois que j'ai loupé les passages avec Akira et Kakashi. Mais j'ai eu la flem ... j'ai pas eu le temps de les refaire. Hum ... désolée.
Prochain chapitre : retrouvailles émouvantes de Zoro et Sanji ( traduction : ils vont se disputer et éventuellement se taper dessus. La routine quoi.). Et Zoro répondra aux rewieweurs.
Et maintenant, l'éternelle supplique de l'auteur de fanfic : Une rewieeeeeeeeeeeeeew ! Siouplait.
