Note de l'auteur :

Bonjour à tous ! Voici un nouveau chapitre, qui j'espère vous plaira. Je vous avoue que je perds un peu ma motivation, vu le peu (voir l'absence) de commentaires sur cette histoire. C'est vrai qu'à la base je l'ai écrite simplement par plaisir et par défi personnel, mais quand je vois l'absence de réaction de la part de mes lecteurs... Bref, je vais quand même essayer de me motiver pour la suite.

Bonne lecture !

Disclamer : L'univers Twilight et la majorité des personnages appartiennent à Stéphanie Meyer


Nouveau Soleil

Contrairement à ce que tout le monde pense le grand air n'est pas toujours un remède. Ou alors je suis l'exception qui confirme la règle. Depuis que je suis arrivée, soit trois semaines, mon quota hebdomadaire de crise est en perpétuelle augmentation. J'en suis presque rendu à en faire une par jour, réagissant à la moindre émotion. L'épilepsie raffermie son emprise sur moi, diminuant par la même mes perspectives d'avenir. Jusqu'à aujourd'hui j'ai eu de la chance, aucune séquelle grave... Mais le risque est toujours le même à chaque crise. Peut-être que la solution est de rester dans ce lit sans bouger. Que peut-il m'arriver ici ?

De toute façon je n'ai pas l'énergie pour bouger. Mon corps est telle une enclume, lourd et impossible à bouger. J'ai des courbatures dans tous les muscles. Même respirer me fatigue. La crise d'hier n'était pas une petite. J'ai connu pire, mais ça a déjà été mieux aussi. Ma main et mon genou s'en souviennent encore. Sue est passée très tôt ce matin pour changer le pansement qui recouvre ma paume et me donner un baume pour mes multiples bleus. Je l'ai remerciée à l'occasion de m'avoir injecté une dose massive Diazépam qui a permis de mon plonger dans un coma profond. Maintenant la nausée m'empêche de bouger, mais aussi de dormir.

A la fatigue physique se rajoute une baisse de moral flagrante. Je n'en reviens pas de m'être ainsi écroulée pendant le premier repas auquel mes tuteurs me demandent de participer. Je n'étais pas en forme, je les avais même prévenus. Pourtant je m'en veux d'avoir tout gâché. Quelle opinion vont-ils avoir de moi à présent. Savoir que je suis malade est une chose, me voir m'écrouler prise de convulsion une autre...

Ce qui m'embête le plus c'est de ne pas comprendre pourquoi j'ai eu une telle crise. Habituellement le bouleversement émotionnel doit être important, et croiser les yeux d'un adolescent ne fait pas partie de cette catégorie. Et pourtant, ce que j'ai ressentit était si fort... Je n'arrive pas à comprendre ce qui s'est passé, comment de telles émotions ont pu ainsi s'infiltrer dans mon corps et mon esprit. Plus j'y réfléchis et plus cela est incompréhensible. Comment un garçon que je ne connais pas, et dont le physique reste assez flou a-t-il pu provoquer ce genre de réaction ?

Je doute d'un jour trouver une explication plausible.

Je soupire, étirant difficilement mon bras pour regarder l'heure sur mon portable. 14h06. Nous sommes samedi, et normalement je devais rejoindre Jacob pour qu'il m'emmène chez Quil. Cependant il est clair que c'est au dessus de mes forces. Déjà que j'arrive à peine à bouger mes jambes, alors me lever... Je pense sérieusement rester ici jusqu'à lundi matin. Au minimum. Je me laisse ballotter par la musique de mon MP3 depuis sept heures, attendant que le malaise passe, et que je puisse m'endormir. Par dessus la voix du chanteur je distingue des bruits de pas montant les escaliers d'un pas décidé. Je ferme les yeux simulant le sommeil, bien décidée à me faire oublier.

La porte grince alors que les pas font le tour de ma chambre. L'ombre sur mes paupières m'indique que mon visiteur regarde les boules à neiges posées sur ma table de nuit. Je me concentre sur ma respiration espérant qu'il partira rapidement. Hélas une main chaude me secoue, poussant la couette sous laquelle je me suis réfugiée. Je grogne contre l'empêcheur de tourner en rond, mais il insiste et je suis bien obligée d'ouvrir les yeux.

- Ah ! Je savais bien que tu ne dormais pas.

Je lui lance un regard noir. Pourquoi est-il venu ici ? Ne peut-il pas me laisser me morfondre tranquillement ? Je demande simplement quelques heures de solitude le temps de me remonter, et d'être prête à affronter le monde réel. Mais ce genre de considération n'est pas pris en compte par quelqu'un comme Jacob Black.

Il ne bouge pas, s'installant même sur mon lit, pas gêné pour un sous. Son sourire s'élargit quand il me voit me tourner sur le dos pour le regarder. Il est encore une fois habillé d'un pauvre T-Shirt noir et d'un pantalon coupé aux genoux. Je le regarde alors qu'il fini par me tendre la main. J'ai l'impression qu'il n'a pas oublié notre discussion d'hier. J'ai peur des conséquences de mon geste et pourtant je ne peux m'empêcher d'accepter sa poigne ferme. Ma main droite bandée fait tache dans celle puissante et brune de Jacob. Il me tire vers lui, m'aidant à m'asseoir. Je grimace un peu bougeant doucement à cause des courbatures.

- T'as vraiment une sale mine ! Et je sais que tu es fatiguée, mais je ne vais pas te laisser rouiller ! Alors le programme est maintenu ! Lève-toi !

- Je ne sais pas si ça va être possible...

Essaye ! Sue m'a confirmée que ça te ferait du bien de bouger. Et puis, sortir un peu voir des gens de ton âge c'est mieux que rester enfermée avec les vieux.

- Hum...

- Dis Isleen, tu me fais confiance ?

- Plus qu'à d'autres personnes, je confirme.

Parce que c'est vrai que jusqu'à présent il a respecté mes silences et mes secrets tout en se montrant ouvert. Et que je sens que je peux lui faire confiance. Au moins jusqu'à un certain point.

- Donc si je te dis que tu n'as rien à prouver à personne, et qu'on te demande juste d'être comme tu es tu me crois ?

Je le fixe surprise. Comment peut-il tomber aussi juste ? En tout cas je ne sais pas quoi lui répondre. J'ai tant envie d'accepter ce qu'il m'offre... Alors à mon tour je lui tends la main, tremblante hésitant à la reprendre. Mais ses doigts chauds m'enlacent, m'aidant à me lever. Je m'appuie sur lui, tenant à peine sur mes jambes. Il me tient droite se moquant de moi gentiment.

- J'ignorais que je te faisais autant d'effet...

- Si tu savais ! L'épilepsie à côté de toi, c'est de la rigolade.

Il me sourie, légèrement étonné que je plaisante sur ma maladie. Je m'écarte un peu, avançant doucement vers la commode. J'ouvre grand les portes sans vraiment savoir quoi mettre. Je reste un instant dubitative en voyant la pluie inonder l'extérieur.

- Et ben t'as un sacré dressing ! J'en connais qui seraient heureuses de te rencontrer.

Je hausse les épaules. Je prends mon haut en velours vieillit, et un pantalon gris ciré avant de me diriger vers la salle de bain. Je me change difficilement manquant de me casser la figure plusieurs fois tellement mes muscles sont tendus. Je me brosse les cheveux, soupirant de ne rien pouvoir obtenir d'eux avant de sortir.

Jacob est au téléphone, légèrement soucieux, assis dans les escaliers. Je me demande bien ce qu'il a. Il est étrange de le voir aussi sérieux. Enfin je crois. Ça fait presque une semaine qu'il est comme ça, peut-être es-ce due à la fatigue aussi... Il était beaucoup plus en forme à mon arrivé.

- Non, vous faites un tour histoire de voir, et vous nous rejoignez après. Il faut que je coupe... Oui ne t'inquiète pas.

Il se retourne vers moi, me détaillant de la tête aux pieds.

- Classe ! Tu sais on va juste chez Quil...

- Je n'ai que ça à me mettre. Ma garde robe à ses limites.

Il rigole avant de descendre rapidement les escaliers. Je le suis beaucoup plus doucement, j'ai vraiment du mal à marcher, et mon genou est douloureux. Chaque marche provoque des tiraillements qui me montent jusque dans le dos. Jacob m'attend en bas, alors que mon tuteur se tient près à me ramasser à ses côtés. Heureusement ma fierté reste sauve alors que j'arrive seule au rez-de-chaussée. J'enfile ma veste sans grandes difficultés, et choisis des ballerines sombres faciles à mettre. Jacob me presse, en arguant qu'après nous n'aurions pas assez de temps pour travailler. Il n'est pas encore trois heures ! Quoi qu'ils n'ont peut-être pas du tout commencé avec Embry...

Je monte dans la voiture rouge, me laissant bercée par le bruit du moteur. Nous prenons le même chemin que pour aller à l'école, remontant vers le nord. Le centre de La Push est désert, la pluie obligeant les Quileute à rester chez eux. La famille de Quil vit dans les vieux quartiers, tout près du centre culturel et de la mairie. Depuis plusieurs générations ils vivent en vendant des produits servant à la pêche marine. Jacob s'arrête devant la vitrine, communicante avec la maison derrière. Une légère lumière brille au fond. Sans faire le tour, je suis l'indien dans la boutique bien remplie. Le grand-père de Quil est assis derrière une table, lisant le journal qui s'attarde encore sur les meurtres dans la région. Le vieillard rabougris nous regarde par dessus le papier gris avant de retourner à sa lecture. Jacob me chuchote qu'il n'a jamais était super aimable alors que nous passons un rideau en perles. De l'autre côté se trouve l'entrée très pauvrement décorée. Nous suivons le bruit de la télévision pour tomber devant Quil et Embry assis en train de se moquer des apprentis mannequins de je ne sais quelle émission.

- Quil tes invités sont arrivés, coupe moi cette télévision ! lui ordonna sa mère. Bonjour Isleen, je suis Joy, la mère de Quil. J'espère qu'il ne te fatigue pas trop, et surtout n'est pas peur de lui demander de travailler à ce feignant !

- Maman !

- Bonne chance avec les garçons...

Je rigole intérieurement en regardant Quil bougonner tout en obéissant bien sagement. C'est étrange de le voir comme ça alors qu'il est un peu foufou d'habitude. Sa mère nous laisse seuls, et les garçons se mettent tout de suite à discuter de baseball. Je soupire les rappelant à l'ordre rapidement. Il est hors de question de repartir sans avoir fini notre foutu exposé. Nous nous installons tous les quatre autour de la table ronde, installé dans un coin de la pièce. Le travail avec Quil est assez simple. Il ne me contredit pas, et même si j'ai plus travaillé que lui sur le sujet il connais les bases et m'aide à synthétiser le tout. En plus avec ma main blessée je ne peux rien écrire, heureusement qu'il est là. Il prend en note tout ce que je dis. En une heure nous avons presque tout bouclé. Je me chargerai de finir de recopier les notes, parce que l'écriture de mon camarade est illisible, les lettres minuscules se chevauchant. A croire qu'il a peur de gaspiller du papier...

Évidement Jacob et Embry ont plus de mal, surtout qu'ils passent leur temps à papoter. Ils soupirent de concert en voyant que nous avons terminé. J'ai envie de leur demander ce qu'ils font pour être aussi épuisé et ne pas prendre un minimum de temps pour leurs devoirs. Enfin, ça ne me regarde pas. Quil propose de les aider, et nous voilà tous les quatre à réfléchir autour de "Beloved" de Toni Morrison. Bizarrement si le sujet ne s'y prête pas ils rigolent beaucoup, m'entraînant parfois dans leurs pitreries. Je me sens étonnement plus légère, me laissant aller contre ma chaise. Je pourrais presque sourire, mais je me fige en entendant les voix dans le couloir.

- T'es complètement idiot Seth ! Si t'es au point de ne penser qu'à ça il ne fallait pas venir !

Je me retourne doucement pour voir Leah et son frère dans l'encadrement de la porte. Seth me fixe droit dans les yeux, souriant doucement. Je me détourne rapidement pour ne pas revivre la même chose qu'hier soir, lançant un regard noir à Jacob. Il est évident qu'il savait qu'il viendrait ! Bon en même temps il ne se doute peut-être pas de la raison de mon bouleversement d'hier soir. Je tente d'éloigner la chaleur qui me monte dans le cœur. Je ne comprends rien, pourquoi ce garçon me fait cet effet ?

Lui et sa sœur s'installent sur le canapé où les garçons les rejoignent. Je vais aider Quil à apporter des boissons. Ma main me fait un peu mal, mais je fais comme si de rien n'était. Bien sûr Jacob ne me laisse pas m'échapper et me force à m'asseoir à côté de lui. Nous sommes tassés pour que tout le monde puisse s'installer sur les deux canapés face à face. Ma main me gratte et je la bouge doucement en espérant me soulager. Mais les croûtes fines doivent se fissurer car la gaze se tâche de sang. J'ai du rouvrir la plus grande plaie qui est au creux de ma paume. Je grimace sentant le regard de Jacob et celui inquiet de Seth, en face de moi. Je cache ma main entre mes cuisses refusant de répondre à leur question muette. Un silence un peu pesant règne, comme si ils ne savaient plus quoi dire. Leah me regarde comme si je gênais et je me demande si ce n'est pas le cas.

Jacob grogne quelque chose et l'ambiance s'allège d'un coup. Quil rallume la télévision et fini par dégoter une chaîne qui passe un match. Leah proteste pour la forme, mais le surnombre des garçons joue en sa défaveur. Je me retrouve donc à regarder un sport, qui malgré son succès dans tous les Etats-Unis, m'est complètement inconnu. Je me laisse aller dans leurs rires et leurs chamailleries. Il fait bon ici, Jacob est brûlant et tous respires la joie. Je m'en alimente, sans vraiment participer, impressionnée par leur chahut. Seth ne me quitte pas des yeux, me couvant du regard comme si il était subjugué. C'est vraiment gênant et même si je l'ignore du mieux possible, un feu se débat dans ma poitrine dès que je pense à lui.

Je le détaille un peu plus du coin de l'œil en réalisant que je ne sais pas vraiment à quoi il ressemble. Aussi grand que Jacob, il est plus dégingandé que les autres, comme si il avait grandi trop vite. Ce qui doit être le cas. Il ne doit pas avoir plus de seize ans, vu ses traits encore un peu enfantins. C'est un mélange entre un corps d'homme et un corps d'adolescent, et il n'est pas raté. Je rougis en me rendant compte de mes pensées. Comme si il m'avait entendu il se retourne vers moi, souriant largement, m'éblouissant comme Jacob. Je recule, détourant le regard. Ses yeux marron sont très doux, comme un chocolat profond et riche. A le voir comme ça détendu il est clair que c'est une pile électrique. Il rayonne, ouvert et énergique lorsqu'il parle, décidé et doux dans ces gestes. Je m'arrache de la vue pour me concentrer sur la télé. Je ne suis pas vraiment discrète, et lui non plus. On se détaille tour à tour, et s'il cherche mon regard je fuis dès que nos pupilles se croisent.

Heureusement la nuit tombe et il est temps de rentrer. Je me lève, manquant de tomber. A rester trop dans la même position mes muscles ce sont encore plus raidis. Je me rattrape par reflex au canapé en jurant. Quil rigole, mais une de ses mains me tiens le bras pour me tenir debout.

- Merci Quil, c'est bon.

- T'es certaine que...

- Oui, je suis habituée.

J'avance lentement, me retenant parfois au mur ou aux meubles, et réussit finalement à atteindre le rideau en perles. Je fais une petite pause, sentant un souffle derrière moi. Seth me bouscule s'en faire exprès marchant trop près de moi. Il me rattrape et me remet sur pied comme si je ne pesais rien. Je m'éloigne tentant de ne pas me laisser envahir par sa douce odeur, mélange de senteur boisée et de soleil. J'inspire cette flagrance à plein nez tellement il sent bon. Mes yeux se ferment comme pour savourer un peu plus le moment.

- Isleen ?

- J'arrive...

Je me détache doucement de lui en faisant un pas, puis un autre. Je m'accroche un peu à Jacob pour monter dans la voiture. La pluie à cesser de tomber mais le vent froid me gèle. Je me retourne pour voir Seth qui me regarde attristé. Heureusement Jacob démarre vite, allumant le chauffage pour moi. Dire qu'il est à peine couvert comme d'habitude. Je ne lui fais même pas la remarque car il rigole à chaque fois.

De là où je suis, j'aperçois Seth qui nous regarde partir. Ses pupilles sombres nous suivent jusqu'au tournant qui nous cachent la maison. Je soupire en fermant les yeux, quelle impression bizarre. Mon compagnon est étrangement silencieux dans la voiture, ses sourcils sont froncés et il semble réfléchir à de sombres pensées. Il fini par remarquer que je le regarde et se détend.

- Alors, tu vois tu n'es pas morte !

- Pas encore...

- Vraiment ? Voir Seth ne t'as pas revigoré ?

- Qu'es-ce que ? Non !

- Je prends ça pour un oui !

Je ne rajoute rien. Après tout le simple fait d'entendre son prénom m'a fait rater un battement de cœur. Je n'y comprends rien... J'ai l'impression d'être dans un vieux roman à l'eau de rose et le sourire moqueur de Jacob ne cesse de s'agrandir.

- On est arrivé.

- A lundi…

Je sors de la voiture rouge pour rejoindre la maison. Ce n'est qu'après mettre appuyée contre la porte que je souffle. Dans quoi je me suis encore embarquée ?

I&S

Je sens son regard sur ma nuque comme s'il me marquait au fer rouge. La sensation est habituelle, mais toujours aussi gênante. Parce que mon cœur s'emballe à chaque fois, dès que je le vois, quand je le sens, quand on m'en parle... Bref dès qu'il frôle mon environnement. Et vu comment il est impliqué dans ma vie de tous les jours je vais bientôt frôler l'infarctus. Je tremble un peu, cette sensation bizarre se diluant dans mon corps. C'est un mélange entre l'envie, la peur et autre chose que je ne veux pas définir. Je jette un petit regard discret au dessus de mon épaule et irrémédiablement je croise ses orbes chocolat. Je me dévisse presque la tête pour retourner à l'observation de la mer.

La nausée est toujours présente malgré les dix minutes passées au grand air. Il faut dire que je n'en ai jamais autant pris de médocs sur une période aussi courte. Je ne veux pas inquiéter mes tuteurs, mais à ce rythme une visite à l'hôpital sera bientôt nécessaire...

Je me promène devant la mer, regardant les vagues se briser sur la digue. Il ne pleut pas aujourd'hui mais le vent est si froid que la végétation est encore gelée. Je reste là campée sur mes jambes, fixant l'horizon sombre et sauvage. Ici le temps n'a pas de prise, la nature est encore vierge et si forte. Je me sens vibrer avec elle et je me ressource enfin.

La sonnerie retentie étouffée par le vent. Je me dirige vers l'étage où la plupart des élèves sont déjà installés. Je m'assois à côté de Quil déjà fatiguée. Je déteste les cours de culture Quileute. Je comprends que la tribu veille à perpétuer ses traditions, mais franchement des cours donnés uniquement en langue Quileute pour nous apprendre à confectionner des objets traditionnels... Le travail manuel m'est pénible, surtout quand je ne comprends rien à ce qu'on me dit. Je suis largement désavantagée par rapport aux autres. Ils suivent se cours depuis toujours et se sont leurs racines. Moi je suis une plante immigrée d'un peu trop loin.

Je regarde la pelote de laine qui roule à mes pieds. Mon tissage n'est pas trop mal pour une fois, même si il y a de gros nœuds en plein milieu. La vieille femme qui nous enseigne cette technique regarde mon travail me parlant en Quileute en me montrant mes erreurs. J'hoche de la tête sans comprendre, Quil rigolant à côté de moi.

Heureusement les deux heures passent vite, et comme nous sommes mercredi la journée est finie. Je sors la dernière par habitude, un peu fatiguée, ma main blessée me tiraillant toujours autant. Sue m'a dit que j'en aurai certainement pour deux semaines avant que la peau se soit reconstruite. Elle passe tous les soirs une fois que la clinique est fermée pour regarder mes plaies. Je me suis enfoncé un morceau de verre profondément à cause des convulsions.

Une fois dehors je me protège comme je peux du froid cherchant Jacob des yeux.

Je le remarque assez vite, installé contre sa voiture, discutant avec ses amis. Evidement Seth n'est pas loin. Depuis samedi le jeune Quileute est omniprésent, et comme je ne peux m'empêcher de le remarquer cela devient très difficile de nier ce qui est logé dans ma poitrine. Je les salue sans m'attarder sur Seth pour faire comprendre mon envie de partir. Jacob soupire, mais me suit sans rechigner. Je devine plus que je ne vois les yeux chocolat se remplir de tristesse. J'ai presque envie de le regarder pour qu'il se sente mieux, sauf que si je le fait c'est moi qui vais divaguer.

- Tu comptes faire comme si de rien n'étais encore longtemps ?

- Je ne vois pas de quoi tu parles...

Bien sûr que si, et je ne suis pas aveugle. Il ne te déplaît pas. Tu l'évite, mais tu n'arrêtes pas de le regarder.

- Ça c'est ce que tu imagine. Il m'énerve juste à me tourner autour.

Je mens parce qu'il a parfaitement raison. Jacob ne dit rien, renfrogné. Cette fois il ne parle pas et le silence nous tient compagnie durant tout le trajet. Il fait la tête, les sourcils froncés, concentrés sur la route. Une fois sur le chemin menant à nos maisons j'aperçois la voiture de Sue déjà garée là. Je me détache et sors de la Golf sans un mot. On pourrait presque croire que l'on s'est disputé.

- Isleen ! m'appelle-t-il. Ne le tiens pas à distance, tu pourrais y gagner à le laisser approcher. Regarde on s'entend bien tous les deux. Et c'est pareil avec Quil et Embry. Pourquoi pas lui ?

- Gagner quoi ? On se connaît depuis quelques jours à peine… Et puis c'est cruel de me demander de faire semblant. Ça ne m'apportera que des ennuis.

- Mais rien n'ai jamais certain, et puis je peux te garantir...

- Je n'en ai pas envie. Point. Je peux encore faire ce choix non ?

- C'est nul, et je ne suis pas le seul à le penser.

- Je m'en fiche, je n'ai besoin de l'accord de personne.

Je claque la porte, lui tournant le dos pour rentrer chez mes tuteurs. Ma tutrice fronce les sourcils en me voyant grimper directement dans ma chambre rageusement. Il croit que ça me fait plaisir de rester seule ? Que sait-il de la douleur de voir son avenir se réduire chaque jour. Chaque heure qui passe est une de moins à vivre, et je me retrouve enfermée dans les choix des autres.

Je pleure doucement, comme pour évacuer le trop plein que j'emmagasine depuis des années. Je me sens lourde, alors que les sanglots que j'ai trop fuient me traversent. C'est douloureux et en même temps je me délivre d'un boulet que je traîne depuis des années.

Je sursaute alors qu'une main chaude me caresse le dos. Ces lents mouvements me calme alors que je m'accroche comme une désespérée à mon coussin.

Je rêve de devenir une pierre, sans sentiment, dormant pendant des centaines et des centaines d'années. Que plus rien n'ai de prise chez moi, ni les gens à qui m'attachent, ni le temps qui approche ma mort à quelques années. Est-il étrange d'en vouloir au monde entier pour avoir un avenir ? Pour ne pas comprendre que je ne peux pas m'attacher ? Qu'ils vont souffrir... Que personne n'a voulu partager son existence durablement avec moi... Ni mais géniteurs, ni mes familles d'accueil, et bientôt se sera au tour des Quileute. Il n'y a pas de soleil dans le néant.

- Tout va bien, nous allons prendre soin de toi...

I&S

Le week-end est enfin arrivé. Fini le sport et les cours. Adieu l'infirmière. Deux jours de tranquillité bien méritée. Seth me regarde encore au loin. Il parait de plus en plus triste. Mais je tiens bon. Deux semaines se sont écoulées depuis l'anniversaire de Sue. Quinze jours pénibles. Je suis de plus en plus fatiguée si bien que j'ai commencé à me gaver de vitamines. J'ai entendu Sue dire à mes tuteurs que je me laissais dépérir. Ce n'est pas vraiment le cas, simplement la fatigue me rend plus sensible, provoquant des mini-crises, du coup je prends plus de médocs, qui outre me plonger dans un état comateux me donnent la nausée. A terme cela me coupe l'appétit, n'ayant plus de force je vie sur mes batteries m'épuisant sans arriver à dormi. Un vrai cercle vicieux. J'ignore comment en sortir tellement ce schéma est devenu habituel.

Hier ils m'ont forcée à manger, m'obligeant à rester assise et à finir mon assiette. Je ne sais pas comment j'ai fait pour ne pas tout vomir directement... Mais j'en ai quand même recraché une bonne partie après qu'ils soient partis se coucher. Ce qui m'a valut des remarques ce matin. Comme si je le faisais exprès !

La pluie s'accumule sur la vitre de ma chambre. Installée dans mon fauteuil à bascule je tente de lire un roman policier. Cependant je n'arrive pas à me défaire de l'impression d'être observée. Pourtant il est certain que personne n'irait mettre son nez dehors alors qu'un orage puissant gronde. Je me suis réveillée à la lumière des éclairs qui traversait les rideaux. Une journée mouvementée à en croire la météo... Et je n'en doute pas.

Je vais devoir me coltiner Jacob toute la journée. Mes tuteurs sont pris, l'homme par le travail, et la femme par une journée à Port Angeles pour aider un ami dans sa boutique. Et comme je suis trop "faible" pour rester seul, Billy à proposé de me laisser à la surveillance de Jacob. Quelle blague ! A ne pas y couper je vais me retrouver dans une situation gênante.

Quelques heures après notre dispute j'ai reçu un message disant qu'il s'excusait de m'avoir jugée. Bien sûr j'ai fait comme si de rien n'était.

- Isleen, Jacob est en bas, il t'attend.

- J'arrive.

Je descends à la suite de mon tuteur apercevant le sourire tranquille de Jacob. Je me dirige le plus naturellement possible vers le porte manteau enfilant ma veste imperméable et des petites tennis. Chaque mètre de terre est réduit à être de la gadoue depuis quelques jours.

- T'as pas autre chose à te mettre ? me demande Jacob. On va à la mer.

Ma grimace parle pour moi. Je n'ai pas vraiment la garde robe adaptée...

- Bon aller ! Quil et Claire nous rejoignent là bas avec Embry, Leah et Seth.

Ce n'est qu'une fois à la plage que je me rends compte que j'ai présumé de mes forces. Si la pluie s'est arrêtée, j'ai déjà les chaussures pleines de boue et les sous bois sont encore humides de la dernière averse. Nous marchons un peu pour rejoindre une plage discrète. Ou plutôt j'essaye de ne pas perdre Jacob de vue alors que Seth me suis galamment.

Comme prévu il était sur le parking à nous attendre. Un sourire est gravé sur ses lèvres depuis que je lui ai dit bonjour.

Les arbres se ressemblent tous. Tordus vers le ciel, recouvert de mousse, poussant au grès du temps au milieu des fougères. Jacob semble heureusement savoir où il va. Ses pas sont assurés. Il traverse les bois sans difficulté. Son corps robuste est plus habitué à l'environnement que la petite citadine que je suis. Je commence vraiment à avoir froid. Je frotte un peu mes bras, les serrant contre ma poitrine espérant me réchauffer un peu. Je piquerais bien une de leur polaire...

- Tiens prend ma veste.

- J'ai parlé tout haut ?

Seth rigole, et me fait non de la tête. Sa voix raisonne comme des éclats d'eau sur la pierre. Un léger tintement dans mes oreilles. Il me pose son manteau sur les épaules alors qu'une douce odeur mes titille les narines. J'inspire un peu plus fort. Du bois, de la sueur, et un parfum d'après-midi ensoleillé. Hum… Je lève les yeux et croise les orbes chocolat. Je suis ridicule à sentir comme ça sa veste. Je sors tout de suite mon nez du tissu comme si de rien n'était. Mais il me regarde attendri. Je sens une drôle de sensation me courir le cœur. Je grogne intérieurement me concentrant pour me calmer. Bon sang !

Nous continuons notre route. Y a-t-il vraiment une destination à cette marche ? Je deviens de mauvaise humeur à errer comme ça sans but. Seth ralentit le pas voyant que je suis en difficulté. Pourtant il ne s'arrête pas, mais il prend le temps de me dégager le chemin en écartant la végétation gênante.

La terre marron se colore de sable fin. J'émerge des arbres sans vraiment m'en rendre compte alors que l'air me fouette le visage. Le souffle froid pousse l'eau jusqu'à nos pieds, me lèche le corps, m'enfermant dans un cocon.

Je reste un moment là, sans bouger. Mes yeux pleurent par la violence du vent. Les vagues font de jolis roulis avant de se briser sur les rochers. L'écume blanche tranche un instant sur la pierre noire avant de disparaître, pour mieux revenir. J'avance doucement, mes tennis pleines de sable. En quelques pas je suis au bout du monde. Le spectacle de toute cette eau déchaînée me fait vibrer. La vie coule dans mes veines, et je sais que je lutte tous les jours pour un instant comme celui-ci.

Mes doigts s'amusent avec l'eau. Comme une enfant je tente d'emprisonner le liquide entre mes mains, sans jamais y parvenir. Inlassablement je recommence mon manège, poussant la folie jusqu'à jeter l'eau en l'air. Les gouttes s'éparpillent en une légère pluie. Mes cheveux deviennent humides. Le sel brule légèrement ma main blessée, mais je ne fais pas attention. Je me sens plus vivante entre les embruns marins que depuis de longues semaines.

Seth me regarde assis à la lisière des bois à côté des autres, parlant avec sa sœur. Je me relève pour les rejoindre. Un peu plus loin je vois Quil chercher des cailloux avec Claire. La petite fille semble changer d'avis toute les deux minutes. Il fini par lui courir après l'attrapant et la faisant voler dans ses bras. Ils s'amusent énormément tous les deux. Peut-être même que le garçon parait encore plus heureux qu'elle. On le dirait fasciné. Oui, il la regarde comme si c'était la plus belle des choses au monde. Deux aimants qui bougent en fonction de l'autre.

- Ils sont beaux non ?

Je regarde Seth qui couve la scène du regard. Il s'est rapproché sans que je l'entende. J'ai presque envie de lui sourire. Mais je ne dis rien, conservant la beauté du moment. Je le vois qui repart, donnant des coups de pieds dans le sable. A-t-il cru que je ne voulais pas lui parler°?

Je le regarde s'installer à l'écart des autres fixant la mer au loin le visage fermé. Je croise le regard de Jacob qui a suivi la scène. Même d'ici j'entends ses reproches. Il m'indique Seth du bras comme un ordre muet. Il dégage parfois une telle autorité.

Je reste un moment là, prise entre deux vents, hésitante. Ma raison contre mon cœur. Et comme un signe le vent me pousse vers lui. Je me pose à sa gauche. Nos bras se frôlent et je le vois réprimer un frisson. Je m'écarte légèrement, mais il m'arrête en nous collant plus qu'au départ. Figée. Je ne bouge plus.

Il regarde droit devant lui et je fais de même. Un coup de vent me fait baisser les yeux et je m'allonge sur la plage afin de m'en protéger. Son visage se tourne vers moi. J'aime ses traits fins. Son visage bien dessiné, ses yeux couleur brune. Son sourire aussi qui me réchauffe. Nos regards s'accrochent et je n'arrive pas à avoir peur. Depuis l'anniversaire de Sue c'est la première fois que nos regards se croisent vraiment. Je sens la même attraction, mais elle est beaucoup plus douce.

L'instant dure. Ses doigts s'approchent, mais il n'ose pas me toucher. Mes paupières se ferment. Je sens ses caresses invisibles me frôles le creux de la joue, s'égarer entre mes lèvres, glisser dans mon cou. C'est comme si nous étions intimes, sans se connaître. Un pont semble nous lier, partageant nos envies et nos émotions. Sent-il combien il me bouleverse ? J'ai l'impression qu'il sait très bien ce qui nous arrive.

- On fait un tour ?

Je reste un instant silencieuse. Aller avec lui c'est s'exposer clairement au danger, et en même temps, si je veux mieux comprendre le tumulte qui règne à l'intérieur de moi il faut que je l'affronte à un moment ou l'autre.

Je me lève pour le suivre tentant de ne pas trop rougir en le voyant sourire. Il m'emmène près de l'eau et nous commençons à arpenter la plage. Aucun de nous ne parle, Seth plongé dans ces pensées me jette des petits coups d'œil discret. Je crois qu'il veut me dire quelque chose mais qu'il ne sait pas comment faire. Peut-être allons-nous rester silencieux profitant de la présence de l'autre sans rien dire... Pourtant je veux avoir des réponses.

- Qu'es-ce qui se passe ?

Il s'arrête de marcher, se retournant pour me regarder. Mes cheveux vol au vent et je le vois tendre la main et la retenir au milieu de nous. Au fond de ses yeux je lis un débat profond, diverses émotions le traversent, le doute, la peur, l'envie... Il n'arrive pas à se décider. Je ferme les yeux sentant ses émotions m'envahir, bloquant l'angoisse qui monte.

- Je suis amoureux de toi.

Je sursaute. Je ne m'attendais pas à ce qu'il réponde, surtout pour me dire ça. Je le scrute cherchant à voir ce qu'il me cache. Pense-t-il vraiment ce qu'il dit ? Il voit m'a surprise mais ne détourne pas le regard. Il n'y a aucun doute dans son affirmation. Il est sûr de lui et cela me fait trembler. Amoureux ?

- Je sais que ça te gêne, mais je préfère être honnête.

Il attend que je réagisse, mais je suis figée dans mes pensées. Une partie de mon corps danse de joie, alors que l'autre s'inquiète. Comment peut-il me dire ça alors que l'on se connaît à peine. Il affirme ça comme si c'était l'évidence même. Comme si il n'y avait rien de plus normal, qu'il n'y a aucun doute à avoir.

- Je suis désolé que tu ne te sentes pas à l'aise avec ça, mais ça devait être dit.

- On ne se connaît pas... Comment tu peux...

- Je n'en ai pas besoin... Et puis je t'observe depuis assez longtemps pour savoir que je t'aime.

- Ça j'en doute...

- Tu peux me faire confiance... dit-il en soupirant.

- Ce n'est peut-être qu'un coup de cœur...

- Non, ne minimise pas l'impact que tu as sur moi. Je peux comprendre que c'est soudain pour toi, mais j'ai eu...un coup de foudre.

Soudain ? Carrément précipité même... On ne se connaît pas du tout. Et même si l'on s'observe je ne sais rien de lui. Alors comment tomber amoureux de l'inconnu ? Pourtant je sens bien cette crispation dans ma poitrine et les fourmillements qui grondent sous ma peau en sa présence.

- Je ne sais pas quoi dire. Je ne crois pas à la destiné et le coup de foudre n'existe que dans les univers magiques et fleurs bleues.

Il grogne un peu, cherchant visiblement ses mots. Il fini par s'arrêter de nouveau et me regarder droit dans les yeux.

- Isleen, es-ce que ma présence te dérange ?

- Pas vraiment, c'est juste que je ne comprends pas ce que je ressens à tes côtés.

- Mais je ne te gêne pas ?

- Non. Je m'habitue à te voir à proximité, même si je sens qu'il y a quelque chose de plus. Parce qu'il se passe un truc non ? Pour que Jacob soit aussi insistant et que ta sœur me jette des regards noirs.

- Oui, mais on s'en fiche…

- Peut-être.

Il souri un peu plus, se permettant de frôler ma joue pour remettre une mèche de cheveux derrière mon oreille. Je me coule contre cette main chaude, appréciant la caresse. Je me sens bien ici, même si je joue avec le feu. Sa présence me fait du bien, inutile de nier. Et les émotions si fortes que je n'arrive pas à retenir sont plus calmes en sa présence. Sereine enfin, après tant de tumultes.

- Je n'ai pas grand chose à offrir... je murmure.

- Je me contente de ce que tu peux me donner.

- Tu es masochiste.

- Peut-être, rigole-t-il avant de recommencer à marcher.

Je le suis de près admirant sa silhouette musclée. Il me dépasse d'une bonne tête, mais dans sa façon de bouger je vois qu'il est plus jeune qu'il n'y parait. Un rire enfantin venant de derrière moi me fait sursauter et je vois Claire nous dépasser en riant, poursuivie par Quil qui fait semblant de courir.

- Tu as raison, ils sont très beaux.

- Je les envies un peu...

- Ne t'inquiète pas pour ça, tu es encore jeune tu trouveras certainement quelqu'un avec qui partager ta vie. Tu as l'air d'être quelqu'un de bien.

- Peut-être que je l'ai déjà trouvé.

Je le regarde en coin, il n'a rien dit de clair, mais j'ai bien saisit le sous-entendu. Il est emporté, comme sa tante et sa sœur le décrivaient. Il fait certainement tout un plat d'une petite amourette. Ce que je ne saisis pas c'est pourquoi Jacob tente de me pousser dans ses bras. Il n'a pas l'air d'être le genre de personne qui joue au marieur pourtant.

- A quoi tu penses ?

- Qu'es-ce que tu attends de moi Seth ?

Il semble réfléchir pour mettre ses pensées en mots.

- Laisse-moi juste avoir une place dans ta vie pour l'instant. Qu'on apprenne à se connaître. Et si... Je veux juste passer du temps avec toi... Pas forcément seul si ça te gêne... Mais ne me fuit pas. C'est très dur pour moi aussi tout ça.

Et ce n'est pas de ma faute ! Qui puis-je s'il est attiré par moi. Déjà que j'ai du mal à accepter cette idée, alors je ne vais quand même pas m'excuser.

- Tu n'y peux rien, et moi non plus, soupire-t-il.

- Si ça te gênes pourquoi ne pas arrêter ?

- Parce que ca ne disparaîtra pas. Et puis je suis heureux de t'avoir rencontré.

Que répondre à ça ? Il parait si sûr de lui, comme si rien ne pouvait le faire douter de ses sentiments et de leur pérennité. Il est si intriguant de le voir comme ça, il n'a pas vraiment d'argument, mais il semble qu'au fond de lui il soit certain de ce qu'il avance. Hélas je n'ai pas autant d'espoir que lui. Les questions et la peur sont bien plus présentes que le reste.

Aucun de nous ne parle. Je suis plongée dans mes pensées tentant de comprendre, d'expliquer ce qui nous arrive. Lui passe son temps à me regarder comme si j'étais la plus belle chose au monde me faisant rougir invariablement. Si ce dévouement n'est pas feint, il me terrifie de parts ses conséquences. Parce que si c'est réel je ne sais pas ce que je vais pouvoir faire. Même si je l'ignore au fond de moi il y a quelque chose qui me lie à lui. J'évite de me concentrer dessus pour ne pas avoir peur, mais c'est là. Et un jour je devrais bien le regarder en face. Seth est parfait pour le moment, franc, joyeux, et discret quand il le faut.

- Il va falloir rentrer. Il est presque six heures.

- Déjà ?

- Oui, le temps passe trop vite, me souri-t-il heureux. Heureusement que l'on est invité à manger chez-vous ce soir !

- Vraiment ?

- Vraiment.

Mon cœur bat un peu plus vite, et j'espère qu'il ne l'entend pas. Parce que secrètement je suis heureuse de pouvoir profiter encore de sa présence.

I&S

Je me tasse un peu plus contre Seth, ne pouvant faire autrement tant la maison est bondée. Billy Black et Rachel la sœur de Jacob nous ont rejoins. Sue est assise à côté de son compagnon, Charlie Swan. Il est shérif à Forks et un très bon ami de la famille. S'ils sont discrets on voit bien qu'ils sont heureux ensemble, leurs regards tendres sont si chauds. Seth les observe aussi, souriant doucement en voyant sa mère rire. Leah et Rachel parlent de l'université et de la vie à Seattle. Bizarrement le fait qu'elles parlent de lieux que j'ai anciennement fréquentés ne me fait pas aussi mal que je le croyais. Jacob et Seth se joignent à la conversation plaisantant allégrement sur des stéréotypes.

- Isleen tu le sais peut-être toi ? m'interroge Jacob.

- Quoi ?

- Combien de temps il faut pour parcourir Seattle ?

- Avec le King County Metro ou par le Sound Transit ?

- Eh ! Mais tu parles comme une fille de là bas ! s'étonne la sœur de Jacob.

- J'y ai vécu pendant un moment avant... Avant de venir ici.

- Vraiment ? Alors tu as connus la vague de meurtres...

Oui, mais je vivais à Pioneer Square donc j'étais assez loin de tout ca. Le meurtrier se contentait des bas quartiers. Enfin on a quand même eu droit à l'école à un sermon et une distribution de spray au poivre à la suite de la disparition d'une élève. Comme si ca pouvait empêcher les agressions...

Je les sens tous se tendre et tenter de le cacher. Ils échangent des regards avant de reprendre leur conversation comme si de rien n'était, mais cela ne fonctionne pas. Même Rachel semble mal à l'aise. Je ne vois pas bien le problème. En quoi la délinquance de Seattle les gêne ? C'est bien trop loin pour les toucher. Et puis c'est un peu commun. Il faut dire qu'ils sont si isolé de tout ça ici.

La table de la cuisine étant trop petite, nous mangeons au salon avec nos assiettes posées sur nos genoux. Nous ne parlons qu'entre nous, sans prendre garde aux adultes. Et c'est ici que je découvre un peu plus Seth. Installés l'un à côté de l'autre il rayonne de joie et d'enthousiasme. Il parle de tout avec facilité, rigolant en secouant le canapé. Gorgé de vie, je ne peux m'empêcher de le regarder et d'aspirer les émotions positives qu'il dégage. Sa présence me fait un bien fou.

Du coin de l'œil Jacob nous observe, ravit. Je lève les yeux au ciel, avant de rapidement retourner à mon observation. Aussi gnangnan que cela puisse paraître j'aime ce que je découvre. Seth est riche en saveur, et je sens que je m'attache à lui. Le lien ténu que je sens entre nous devient plus fort. J'ai envie de me laisser aller, de voir où cela peut me mener. Et en même temps j'ai si peur de me tromper. Je tente de rester prudente, mais il m'attire irrémédiablement.

Nos regards se croisent et il me souri doucement. Il tente de m'apprivoiser sans me brusquer et ça fonctionne. Son naturel me séduit bien plus que je ne l'aurais cru. En une journée je suis en train de perdre pieds. Je rougie comme à mon habitude, détournant la tête pour me cacher. Je m'installe un peu plus confortablement et je sens le sommeil me gagner.


Un petit commentaire ? Juste au moins pour me dire que vous l'avez lu ?