Pour commencer, au cas où certains ne l'auraient pas vu, l'annonce du chapitre précédent a été remplacée par le chapitre 6 en question.
Bonne lecture !
Des Griffes dans la nuit
Partie 7
C'est un cauchemar. C'est impossible. Il ne peut pas être là. Ce n'est pas réel.
Tout devenait noir, il ne pouvait plus voir que les yeux dorés et le sourire sadique en face de lui.
Tu es à moi, jeune homme. Rien qu'à moi…
Sa cicatrice brûlait, oh, elle brulait tellement…
Personne ne te trouvera ici. Si tu es sage, peut-être que je te détacherai…
Il était au milieu de la forêt. C'était la nuit, il ne voyait plus que ses yeux, et le couteau. Le couteau qui s'approchait lentement pour finalement s'enfoncer sur son front. Puis la douleur…Il pleurait, hurlait de douleur, priait pour que quelqu'un l'arrête, pour que la douleur disparaisse…
Et la main, lâchant le couteau, attrapa délicatement son cou pour serrer, faisant immédiatement cesser ses cris désespérés…Il suffoquait, ne pouvait plus respirer. Il sentait le sang dégouliner sur son visage, entrer dans sa bouche, alors que la pression sur sa gorge se faisait plus forte à chaque instant. Il sentait aussi quelque chose couler le long de ses poignets fermement attachés à l'arbre. C'était la fin. Il allait se faire tuer. Et là…
-YO ALLEN ! hurla une voix.
Allen rouvrit soudain les yeux et découvrit devant lui le président du club d'informatique, Kazana Reed. Derrière lui, Tyki Mikk fronçait lentement les sourcils et lançait un regard noir au nouveau venu. Kazana posa une main sur l'épaule d'Allen et le fit reculer, puis l'entraina à sa suite.
-Quelle coïncidence de te voir là ! dit-il en riant nerveusement, si je m'attendais à ça, tiens !
Kazana Reed et Allen se connaissaient depuis le collège. Ils avaient travaillé au même salon de thé pendant trois ans, et avaient assisté à des cours de flute ensemble. C'était Allen qui l'avait aidé à trouver des élèves pour former son club, et c'était Kazana qui lui avait apporté tous ses devoirs lorsqu'il s'était retrouvé à l'hopital.
Kazana Reed avait également vu Tyki Mikk s'approcher d'Allen par derrière, et attendre avec excitation qu'il se retourne. Il avait vu son ami blêmir, au point de friser l'évanouissement…Et il l'avait vu l'homme lever la main pour l'approcher du jeune homme. Et il s'était précipité, tandis que ses camarades se précipitaient vers sa mère, qui les accompagnait.
Toujours sans lâcher Allen, il se dirigeait vers une voiture qui attendait tout près d'eux. Il ouvrit la portière et le poussa à l'intérieur. La mère de Kazana était au volant. Lorsqu'Allen fut installé derrière elle, blanc comme un linge, elle se retourna et demanda :
-Ça va, mon garçon ? Kazana, fait monter les autres, je ramène tout le monde !
Les Reed avaient la chance d'avoir une grosse voiture, aussi furent-ils bientôt rejoints par les trois derniers membres du club d'informatique : Tina Spark, Chaka Rabon et Miranda Lotto, qui tous observèrent prudemment Allen.
Chaka tapota doucement son épaule avant de dire :
-Désolé. Kazana est le seul à…A avoir eu le cran.
Allen lui lança un regard vide, puis se tourna vers Kazana, à l'avant de la voiture.
-Merci, murmura-t-il.
Et alors que les larmes commençaient à couler, il porta une main à son coup et inspira profondément.
C'était bien réel.
Anita freina si brusquement que la voiture faillit cogner contre un arbre. Elle en sortit en trombe et courut vers la maison aussi vite qu'elle le put dans la neige. La porte s'ouvrit pendant qu'elle montait l'escalier y menant et Mme Reed apparut sur le seuil. Elle était pâle et semblait très, très inquiête.
-Il est dans sa chambre, avec Kazana. Les autres enfants sont rentrés à pieds, ils n'habitent pas loin.
-D'accord. Oh, merci Arabella, comment puis-je vous remercier ?
-Ce n'est rien. J'avoue que quand j'ai appercu cet homme, je n'ai pas pu bouger ne serait-ce que le petit doigts. C'est Kazana qui est allé le chercher. Je n'ose même pas imaginer ce qui se serait passé si…
-Moi non plus, la coupa Anita. Allen va…Comment ?
Arabella Reed se pinca les lèvres, et baissa légèrement les yeux.
-Je…Je pensais lui préparer une boisson chaude, alors je lui ai fait un chocolat, mon fils m'a dit qu'il adorait ça, mais quand il l'a vu, il…Il a couru se cacher sous son lit …
Anita soupira et ferma les yeux un instant. Elle le savait, elle savait que l'homme reviendrait. Lorsque la police avait téléphoné quelques jours auparavant, le commissaire lui avait affirmé que Tyki Mikk n'avait pas le droit de s'approcher à nouveau d'Allen, et qu'au vu de son comportement en prison, il ne s'y risquerait pas. Les psychologues avaient décrété qu'il avait agi sous le coup du stress, et à cause d'une mauvaise situation financière. Et une fois derrière les barreaux…Il s'était comporté en citoyen exemplaire.
Mais Anita était présente au tribunal, lorsqu'il avait été condamné. Elle avait vu ses yeux. Vu le regard qu'il posait sur son neuveu.
Et elle avait compris.
Cet homme était complètement fou, et il récidiverait.
Aussi l'annonce de sa sortie de prison trois ans plus tôt que prévu lui avait fait peur.
-Il était en train de boire un chocolat chaud le soir où Mikk l'a-elle frémit et retrouve avec grand mal ses mots-capturé. Il lui a fallu des mois avant de pouvoir en boire à nouveau.
Mme Reed passa une main sur sa bouche, les yeux grands ouverts.
-Je…Je vois. Nous allons nous en aller, maintenant. Vous avez appelé la police ?
-Non, mais je vais le faire.
Mme Reed appela son fils qui descendit quelques secondes plus tard. Ils saluèrent Anita et sortirent. Celle-ci monta l'escalier et se dirigea vers la porte de la chambre d'Allen. Elle posa la main sur la poignée, et rencontra une résistance : son neveu s'était enfermé à clée. Elle pouvait parfaitement comprendre le jeune homme. Aussi n'insista-t-elle pas et appela la police.
Le commissariat d'Inuvik était petit, et seule une dizaine d'employés y travaillaient. Autrement dit, les forces de sécurités n'étaient pas une priorité dans la petite ville, et si un incident arrivait, il faudrait plusieurs heures avant que les grands moyens ne puissent être utilisés, des moyens provenant très largement d'ailleurs. Sans compter que le dit commissariat servait plus de refuge aux sans-abris et aux saoulards arrêtés qu'à autre chose. Comble de chance, Anita tomba sur l'inspecteur qui avait été en charge de l'affaire Mikk quelques années plus tôt, Suman Dark, un allemand venu s'installer à Inuvik pour son premier poste, et resté sur place jusqu'à présent.
-Mme Cross, dit-il, je crois savoir pourquoi vous m'appelez.
-Attendez un peu que je vous raconte ma journée, inspecteur. Je faisais les courses quand tout à coup une voisine m'a appelé pour me prévenir qu'elle avait trouvé Tyki Mikk au marché, à faire la conversation avec mon neveu, lequel est désormais enfermé à double tour dans sa chambre. Qu'est-ce que vous dites de ça ? Je croyais qu'on lui avait interdit de s'approcher d'Allen. Il n'est donc pas surveillé ? Il a défiguré un adolescent, a tenté de le violer et hop, trois ans de bonne conduite apparente et il est relâché dans la nature ? Je ne comprends même pas que vous le laissiez se promener tranquillement en ville !
-Calmez-vous, madame, répondit la voix trainante de Suman Dark. Monsieur Mikk avait des circonctances atténuantes, vous vous souvenez ? Il a juré ne pas s'en prendre à nouveau au jeune homme. Il n'a pas d'autres antécédents, je pense que nous pouvons lui donner le bénéfice du doute. Et j'imagine qu'il n'était pas ivre, cette fois ? Non ? Alors ne vous inquiétez pas autant. Mais si vous voulez, je peux mettre un psychologue à votre disposition, peut-être que votre neveu aurait besoin d'un peu d'aide sur ce plan.
Anita ouvrit grand la bouche. Comment cet homme osait-il ? Bien avant d'être enlevé et trainé en plaine forêt, Allen s'était plaint que l'homme le suivait tous les soirs, et parfois même le matin. Qu'avait fait Dark ? Rien. Absolument rien. Et même une fois au tribunal, il avait fallu lui rappeler ce détail ! Malgré tout…Il avait tout fait pour atténuer la peine de Mikk.
Un coup de folie. Un pétage de plomb occasionnel, qui ne se reproduirait pas, avait-il dit.
Et il osait rejeter la faute sur la victime ?
-Pourriez-vous me passer votre supérieur, inspecteur ?
-Ça ne va pas être possible, madame, répondit-il sans la moindre amabilité dans la voix, il est à Ottawa pour deux mois. C'est moi qui suis en charge de tout en son absence, je vous le dis avant que vous me le demandiez. Mes services ne vous conviennent donc pas ? Vous me pensez imprudent ?
-Je vous pense surtout influencé, inspecteur. Je ne sais pas par qui, mais je trouve incroyable qu'un officier de police protège un criminel et rejète la faute sur la victime.
-Certains criminels sont d'anciennes victimes, je vous le rappelle, madame Cross. Puis-je faire autre chose pour vous ?
-Je pense que vous m'avez déjà fait perdre assez de temps, au revoir.
Elle raccrocha furieusement, sortit un couteau, et commença à couper les oignons et les pommes de terre qu'elle avait acheté le matin même. Le bruit de couteau frappant le dessous de plat en bois retentissait dans la cuisine, tel un coup de marteau régulier et destiné et tout déchiqueter sur son passage. Inspirant et expirant profondément, Anita Cross regrettait désormais amèrement la disparition du fusil de son mari. Certes, il était le seul à savoir s'en servir, mais c'était tout de même rassurant de savoir un…
DING DONG.
Anita redressa la tête, et lâcha le couteau sur la table. Etrangement, elle sentit un léger malaise lui venir alors qu'elle se dirigeait vers la porte d'entrée. Elle attendit un moment dans l'entrée, sans vraiment savoir pourquoi, et jeta un coup d'œil dans l'œilleton.
Pas d'homme de la trentaine aux cheveux noirs et bouclés, non.
C'était un jeune adulte, d'après elle, aux longs cheveux noirs noués en une queue de cheval, qui attendait patiemment. Elle le vit appuyer une nouvelle fois sur la sonnette et recula brusquement. Mais qu'est-ce qui lui prenait ? Devenait-elle paranoiaque ?
Elle ouvrit aussitôt la porte et tenta tant bien que mal de sourire au nouveau venu.
-Bonjour, dit-elle.
-Bonjour, répondit poliment son interlocuteur, je viens voir Allen. On m'a dit qu'il était rentré chez lui.
-Je suis désolée, dit gentiment Anita, mais ce n'est pas le moment idéal. Nous avons eu un problème ce matin et…
-Tyki Mikk est ici et il est allé parler à Allen, je suis au courant. C'est pour ça que je suis là. Je dois le voir. Je m'inquiète.
Vaincue par un sentiment qu'elle ne comprenait que trop bien, Anita recula un peu et le laissa entrer. Après une minute d'observation, elle réalisa qu'il était très beau garçon, un peu plus vieux qu'Allen, elle lui aurait donné trois ou quatre ans de plus.
Et la lumière fut.
-Tu ne serais pas Kanda ?
Le jeune homme leva un sourcil surpris et confirma d'un hochement de tête.
-La première porte après l'escalier, dit-elle en réprimant furieusement un sourire entendu. Mais il s'est enfermé, je ne peux pas te dire s'il t'ouvrira.
-Je m'en sortirai. Merci, madame.
Kanda monta élégamment l'escalier.
Anita retourna à la cuisine, mais cette fois, elle était plus d'humeur à faire un gâteau. Oh, et il serait plus prudent d'appeler Lenalee pour la prévenir, et aussi pour lui demander de ramener Link. Ayant quitté le marché dans la précipitation, son neveu n'avait sans doute pas pensé à prévenir ses amis.
Ah, Allen…
Carapaté sous son lit, enroulé dans sa couette, un CD de piano tournant en boucle sur sa radio, Allen mordillait nerveusement son oreiller.
Il avait arrêté de pleurer, c'était un bon point.
Il continuait de trembler, c'était moins bien.
Aussi, lorsqu'on frappa à la porte, il n'esquissa pas le moindre mouvement. Il n'avait pas envie de parler à qui que ce soit, il ne voulait surtout pas qu'on le voit dans son état et même… Pas même Anita…
-Moyashi. Ouvre.
PAF !
Allen, en se redressant, s'était éclaté la tête contre le lit, puis était retombé violemment sur le parquet.
-Ouuuuuh…
Tout d'un coup emmêlé dans sa couette, il rampa tant bien que mal pour sortir de sous le lit, se mit debout à cloche pied et, après avoir dégagé un bras, enfin, fit tourner la clé dans la serrure. La porte s'ouvrit aussitôt.
Kanda entra dans la pièce comme s'il s'agissait de sa propre chambre. Il observa un instant Allen, toujours en train d'essayer de sortir de son armure de linge, les cheveux pleins de poussière, mais plus encore, les yeux rouges.
Lorsqu'il se rendit compte qu'une larme coulait sur sa joue, Allen baissa les yeux sur le plancher. Kanda s'avança et le prit tendrement dans ses bras. Il passa délicatement une main dans ses cheveux, et enroula l'autre autour de sa taille pour l'empêcher de reculer.
Ce que tenta justement le garçon, à la fois honteux d'être vu dans cet état, surpris du geste, et toujours tremblant de peur. Kanda le fit s'asseoir sur le lit, et ils restèrent là, dans les bras l'un de l'autre.
-Tu me fais confiance ? souffl-t-il dans l'oreille de son cadet.
Allen frissonna, mais ce n'était pas à cause de la peur. Il hocha nerveusement sa tête enfouie dans le torse du loup-garou.
-Tu sais que je t'aime ?
Il hocha une nouvelle fois, encore plus vigoureusement.
-Tu sais que je ne te ferais jamais de mal intentionnellement ?
Allen leva cette fois le visage et regarda Kanda droit dans les yeux.
-Je n'en suis pas convaincu.
Kanda arqua un sourcil, soudain tendu.
-C'est toi qui as dit que tu n'hésiterais pas à m'enfermer si je tombais amoureux de quelqu'un d'autre.
-Hum.
Le loup-garou fit son possible pour ne pas battre en retraite, mais il l'avait dit, c'était un fait, et il le pensait, surtout.
-C'est en effet ce que j'ai dit. Et je le pense.
-Et j'ai dit que j'acceptais tes conditions, répliqua Allen. Et je le pense.
Kanda sentit la tension redescendre.
-C'est parce que je t'aime.
-Je sais.
Allen posa la tête sur son épaule, ferma les yeux, et soupira.
-Ça va mieux, murmura-t-il.
-Tu penses pouvoir sortir ? J'aimerais te montrer quelque chose.
Allen se releva lentement et, tel un coup de feu, découvrit le bazar qui régnait dans sa chambre. Sa couette recouvrait une bonne partie du plancher, son oreiller dépassait de sous le lit et son sac à dos gisait lamentablement à côté de la poubelle, recouvert par son manteau roulé en boule. Autrement dit, pas la scène qu'on s'efforce de préparer avant l'arrivée de son petit copain.
La tête légèrement baissée, il attrapa son manteau, le déplia et tapota dessus pour enlever la poussière y ayant élu domicile, puis l'enfila. Il avait peut être bien oublié d'enlever ses chaussures en rentrant, ce qui lui épargnait la lourde tâche de devoir les remettre pour sortir.
Lorsqu'ils arrivèrent en bas de l'escalier, Anita se précipita sur eux.
-J'ai appelé Lenalee. Link ne va tarder, j'imagine, alors si vous voulez…
-On pourrait sortir un peu, tante Anita ? Juste un peu ? la coupa Allen.
Anita l'observa un instant. Rouge comme une tomate, réprimant visiblement un petit sourire et les yeux baissés. Tout chez lui transpirait la nervosité et l'envie désespérée de plaire. Alors dans ses conditions…
Anita regarda Kanda dans les yeux, et dit :
-Ramène-moi ce jeune homme avant dix-neuf heures, s'il te plait. Bonne promenade, et n'allez pas trop loin.
Se promener dans la forêt avec son « petit-copain »-houla, ça faisait bizarre de dire ça-était, d'après l'expérience cinématographique d'Allen, très romantique. D'un autre côté, selon son expérience personnelle, c'était plutôt considéré comme une mauvaise idée. La première fois, il s'était quasiment fait violer, et la deuxième tuer. Alors qu'on grimpait dans son échelle de dangerosité, Kanda avait décidé de le promener au milieu des arbres, avec le peu de lumière qui brillait encore, et il n'arrêtait pas de se prendre les pieds dans des racines dépassant du sol. Le faisait-il accidentellement ou était-ce-il grimaça à cette pensée- le produit de son inconscient qui le poussait à se jeter d'une manière ou d'une autre dans les bras de Kanda ? Non non non. Définitivement non. Comment pouvait-il bien avoir des pensées aussi irrationnelles ? Il amait de plus en plus le loup-garou, certes, c'était bien compris, mais pas au point de tomber exprès !
N'est-ce pas ?
La mine résolue d'Allen disparut aussi vite qu'un éclair.
D'accord, c'était un peu volontaire.
Perdu dans ses pensées, il buta dans Kanda quand celui-ci s'arrêta de marcher. Allen leva les yeux et resta bouche bée. Ils se trouvaient en face d'un magnifique lac gelé, brillant et reflétant les couleurs sous la lumière de plus en plus faible du jour.
Kanda passa ses mains autour de la taille du jeune homme et murmura sensuellement à son oreille :
-Maintenant tu peux voir ce que je vois moi quand je te regarde dans les yeux.
Allen se sentit rougir et s'accrocher sans le vouloir aux bras de Kanda. Il leva les yeux vers le loup-garou et perdit ses derniers moyens devant le sourire moqueur qu'il arborait.
-Ne te moque pas ! s'exclama-t-il d'une voix beaucoup plus enfantine qu'il ne l'aurait voulu.
Le sourire de Kanda s'étira encore et il répondit calmement, mais avec une once de provocation dans la voix :
-Ah, mais je ne me moque pas. Je dis la vérité, tu as des yeux magnifiques. Dois-je ajouter qu'on pourrait croire à deux flaques glacées sous le couché du soleil ? Je dis ça parce que tu n'es pas aussi pâle que d'habitude. Tu n'aurais pas pris un coup de soleil, tout de même ?
Allen tenta vainement de reculer, puis comprenant que manifestement ce petit jeu amusait terriblement Kanda, il se replia sur la solution numéro deux : le remettre à sa place avec une phrase pleine de compléments et de verbes pas très polis.
Ce qui n'alla pas très loin, puisque qu'il réussit simplement à bredouiller des :
-Tu…Comment tu…Je…Kandaaaaa…
Kanda enfouit sa tête dans les cheveux d'Allen, et ce qu'il fit l'acheva complètement.
Il riait. Kanda riait.
Tout de suite après l'effarement, ce fut le calme qui reprit le contrôle d'Allen. Il ferma les yeux et écouta ce rire pour le moins exceptionnel. C'était bien la première fois qu'il l'entendait rire, et c'était…C'était…Très…Agréable.
Allen sentit une bouffée de bien être l'envahir, se retourna dans les bras de Kanda et s'agrippa à lui de toutes ses forces.
Le loup garou se calma vite et déposa un baiser sur le front de son cadet.
-Décidemment, murmura-t-il, tu es vraiment…Vraiment…
Il secoua la tête et prit sa main d'Allen.
-Continuons. La promenade n'est pas finie.
Et Kanda…Etait redevenu Kanda. L'impassible Kanda…Qui conservait dans ses yeux cette étincelle de joie.
Ils traversèrent à nouveau un bout de forêt avant de s'arrêter à nouveau. Kanda pointa un doigt vers une tas de rochers et dit :
-Tu vois tout ça ? Il y a une grotte, derrière un tas de racines. Je ne rentre pas dedans, mais toi si. Aucun loup de pourrait de suivre à l'intérieur. Si tu as un problème et que je ne suis pas là, cache-toi là. Je saurai te trouver.
Après quelques minutes d'inspection, et après qu'Allen se soit faufiler entre les racines et qu'il en soit ressorti en un seul morceau, ils reprirent le chemin de la ville.
A quelques pas de la maison, dans l'obscurité la plus totale, Kanda prit une dernière fois Allen dans ses bras.
-Je vais devoir m'absenter quelques jours. Trois. Je dois rendre visite à une meute dans le sud.
Allen leva des yeux grands comme des soucoupes sur lui.
-Tu es obligé de partir maintenant ? s'exclama-t-il.
Il savait que c'était un peu égoïste de sa part, mais il n'arrivait pas à croire que Kanda veuille s'éloigner de lui alors qu'il venait juste de rencontrer un très potentiel fou furieux.
-Ce clan a des renseignements sur le loup qui t'a attaqué. Et Lavi n'est pas…Le bienvenu là-bas. Tu passes beaucoup de temps avec Lenalee Lee, n'est-ce pas ? Et bien Lavi, lui, va passer beaucoup de temps avec elle. Il te surveillera. Mais…J'aimerais que tu évites de rester seul pendant mon absence.
Kanda semblait mal à l'aise. Il tourna la tête de côté. Oh la la, il y avait autre chose !
-J'ai beaucoup réfléchi à ta sécurité et-il inspira profondément et articula lentement, d'un air dégouté-il serait plus prudent pour toi de rester avec le…Le chien qui se tape l'incruste dans ta maison. A une distance raisonnable, bien sûr.
Allen ouvrit la bouche sans s'en rendre compte.
Ben ça…
Il sentit vaguement un abime sans fond se creuser sous ses pieds. Trois jours entiers avec Link ?
Il leva les yeux au ciel. Bon sang, il y a quelqu'un là-haut qui m'en veut.
Allen déglutit difficilement.
-Ben…Je sais à quel point ça te répugne.
Kanda plaqua une main sur sa bouche, se pencha comme s'il s'apprêtait à vomir et répliqua froidement :
-Non, crois-moi, tu n'imagines même pas.
-D'accord, c'est vrai, accorda docilement le garçon.
Oula, oula, le loup garou semblait bien malade, tout d'un coup ! Allen avança une main vers lui mais la baissa presque aussitôt.
-Kanda ! s'exclama-t-il fermement, les joues rouges.
L'interpellé se redressa légèrement et lui lança un regard interrogateur.
-Tu n'as pas besoin de t'inquiéter à propos de Link, dit Allen, parce que…Parce que la seule personne que j'ai envie d'embrasser, c'est toi !
Et à partir de là, il perdit le fil.
La langue bougeait toute seule, il n'arrivait plus à l'arrêter. Il aurait aimé qu'elle en réfère d'abord à son cerveau, mais les canalisations étaient comme qui dirait bouchées et redirigées directement vers sa bouche, à sa grande désolation.
-Tu vois, depuis quelques jours, à chaque fois que tu m'embrasses, j'ai envie que tu continues. A m'embrasser, j'entends. C'est plus agréable que je ne le pensais, et même si, il faut bien le dire, c'est un peu rapide, je ne me vois pas faire ça avec quelqu'un d'autre, même pas le laisser me toucher les cheveux-parce que d'habitude, ça ne me plait pas trop, sauf quand c'est toi bien sûr-mais même là je me sens bien, alors pourquoi arrêter, hein ? Ha ha !
Quand Kanda amorça un pas vers lui, Allen recula instinctivement de trois pas.
-Je ne dis pas que c'est l'acte qui me plait, bien sûr, c'est juste qu'avec toi c'est agréable, alors, franchement, pas besoin de t'inquiéter sur ce qui pourrait arriver avec les autres, parce que, de ce côté-là tu es le seul à m'intéresser, en tant que personne, je veux dire, et ce n'est pas parce que…
Avant d'avoir pu reculer assez loin, Kanda saisit les poignets d'Allen, qui trébucha et tomba dans la neige. Au-dessus de lui, sans perdre une seconde, Kanda se pencha et l'embrassa, mettant fin au flot de paroles désordonné qui jaillissait de la bouche du jeune humain. Il se contenta d'abord de poser ses lèvres sur les siennes, et alors qu'il baissa un bras dans son dos d'un air insistant, Allen ouvrit légèrement la bouche. Aussitôt, il sentit la langue de Kanda dans sa bouche.
Allen soupira de bonheur.
Mais il y avait toujours…Ce léger mal de ventre…Pourquoi ?
Kanda passa sa langue sur les lèvres du garçon avant de demander :
-Et là, excité ?
Allen le regarda bien en face. Excité ? Evidemment, pourquoi il…
Allen sursauta en sentant un doigt tracer un cercle sur son bas ventre.
-Ça te fait quel effet ? demanda le loup-garou d'un air gourmand et des yeux profondément emplis de convoitise.
Et Allen se rendit compte qu'il voulait Kanda rien que pour lui.
Et alors que le doigt descendait lentement vers son entrejambe…
Convoitise : désir immodéré de possession, avidité, cupidité.
-Comment oses-tu, crétin de Bakanda ! s'exclama Allen, rouge de honte et le feu au ventre.
Tant bien que mal, après s'être pris un coup de genou dans l'estomac, Kanda s'était décidé à partir. Allen s'était roulé en boule dans son lit, encore sous le choc. Il avait toujours terriblement mal au bas ventre. Comme une brûlante impression de manque.
Il lança un coup d'œil à son ordinateur.
Il ne s'était jamais intéressé à …Ce genre de sujet. Il était peut-être temps de s'informer un peu. D'un pas hésitant, il alluma son ordinateur et tapa : « évolution de la relation amoureuse ». Puis, il effaça et tapa : « effets relation amoureuse ». Effaça encore une fois. « Relation amoureuse mal au ventre », et cliqua sur le bouton Entrer.
Alors qu'il commençait à ouvrir des grands yeux ahuris en découvrant les résultats et que le mal de ventre se propageait plus bas encore, la porte de sa chambre s'ouvrit.
Le claquement de l'ordinateur portable, lorsqu'il le referma résonna à ses oreilles comme une porte de prison.
-Allen, dit Anita, est-ce que tu pourrais venir m'aider un peu dans la cuisine ?
-Maintenant ? demanda-t-il visiblement au supplice.
-Finis ce que tu fais, et viens m'aider, s'il te plait. Link et Marian ne vont pas tarder.
-Oui…
Il entendit Anita descendre de l'escalier, et pour la deuxième fois de la journée, ses muscles prirent le contrôle de son corps sans passer par son cerveau. Il se précipita à la suite de sa tante et cria presque :
-Anita ! Je voudrais apprendre à utiliser une arme à feu !
Sa tante se retourna d'un bond, parfaitement à l'aise, même dans l'escalier.
-Vraiment, mon chéri ?
-Ben, dit-il en levant les bras au ciel, au vu de la situation présente et de ce qui s'est déjà passé, je…
-Très bien, le coupa Anita. Je vais m'en occuper.
Autant dire qu'Allen se souviendrait toute sa vie de la tête de Cross, lorsque, la bouche pleine de pates, sa femme lui annonça que son neveu et elle allaient prendre des cours de tir.
ENFINNNNNNNNNNNNNNNNN
Je dois dire que, tout à fait personnellement, j'ai bien rigolé en écrivant la dernière partie.
Alors déjà, merci beaucoup aux reviews.
Et maintenant, quelques explications sur : pourquoi est-ce qu'elle met autant de temps, celle-là ?
Et bien, raison numéro 1 : je me trouve en manque flagrant d'inspiration. Ce n'est pas de la flemme, juste que je me retrouve devant une page blanche à me dire : il en faut au moins 5 pour un chapitre consistant, par où je commence ? Et j'ai horreur d'écrire des trucs qui, je le sais, ne mèneront nulle part. Je préfère attendre plutôt qu'écrire quelque chose de mauvais. Ce n'est pas tant par rapport aux lecteurs, je sais que chacun a un avis différent sur chaque chapitre. Mais je ne veux pas poster quelque chose tant que moi je n'en suis pas satisfaite. Parce que si l'auteur n'aime pas ce qu'il écrit, les lecteurs le sentiront et n'aimeront pas non plus, j'en suis convaincue.
Raison numéro 2 : je suis désormais dans la vie active, et j'ai beaucoup de mal à concilier carrière et écriture, en plus de tous les autres problèmes maintenant que je vis pas mes propres moyens. De plus, je n'habite plus en France, et j'avoue qu'il m'arrive parfois de confondre anglais et français.
Pour toutes ces raisons...Mon débit de fics va très lentement, et je le sais.
Je suis assez déstabilisée par Un Fléau appelé Sorcier, parce que je sais que ce sera une fic longue, il me faut donc une histoire qui tienne la route, et pour le moment ça ne va pas.
Ensuite, mon problème principal en ce moment : Endors-toi et ne te réveille pas. La grosse arnaque. Il fallait bien entendu que le bon-sang de foutu dernier chapitre me pose problème. Il sera long, il y a beaucoup de choses à écrire, et je ne sais tout simplement pas comment m'y mettre, et j'ai essayé. Pour le moment, j'ai juste une page...Que je n'arrive pas à poursuivre. Tout simplement parce que je me pose la question suivante : le Allen de cette fic n'en a-t-il pas déjà vu assez ? Faut-il que j'en rajoute ou vais-je y aller un peu plus doucement pour le final ? Etc.
Voilà voilà, donc je réfléchis, et je sais que je prends mon temps, mais si vous voulez une fin à la hauteur du début, il va falloir faire avec. ET je suis déterminée à finir Endors-toi et ne te réveille pas avant de poster le moindre chapitre de Un fléau appelé sorcier.
Quand à Des Griffes dans la nuit...Je peux vous dire que j'ai bossé pour finir ce chapitre aussi vite. Je finissais de manger quand je me suis dis : oh la la, ça y est, ça vient ! Alors je me suis précipitée sur mon ordi. Et pour je ne sais quelle raison, cette fic semble un peu plus facile à continuer que les autres.
Tu as ta réponse, Dydy Ramen !
J'espère quand même que ce chapitre vous a plu et que, en imaginant qu'il y en aient qui relisent régulièrement les autres chapitres pour ne pas oublier l'histoire, comme je le fais moi-même avec celles que je lis, que vous ne vous en lassez pas.
Si vous avez des suggestions ou des envies particulières quand à la suite, vous pouvez toujours me les donner, je suis ouverte à toute proposition ! Je ne promets pas de les mettre à tout prix dans la fic, mais j'en tiendrai compte.
Oh ! Au fait, en parlant des review, merci beaucoup pour vos suggestions ! Je n'ai pas modifié la rencontre Tyki/Allen, même après les avoir lus, même si j'ai un peu l'impression d'être passé trop vite dessus. Dites moi ce que vous pensez de ça. Quand au moment romantique yullen...Et ben, je n'ai pas pu m'empecher de tourner ça d'une manière qui (en tout cas moi) fait un peu rire. Perso, j'étais sur mon clavier un petit sourire moqueur aux lèvres, imaginant Kanda en train de se foutre d'Allen et de le regarder comme une patisserie...C'pas ma faute, j'suis parfois comme Allen, mes mains tapent sans consulter ma conscience !
Merci pour les encouragements, j'espère, et je vais tout faire pour, que vous aimerez autant la suite que le début, voire même plus !
Bonnes lectures !
REVIEW ?
