Une seule review pour ce chapitre, mais ce n'est point grave, je poste quand même la suite !
Petite Saki : En effet, j'aime couper quand il faut pas… XD Merci et kiss !
Chapitre très spécial car on passe par tout : de la colère violente, de la déprime, du comique et de la romance ! Hétéroclite, nee ?
Chapitre 7 : Ah, les filles…
C'était le moment de vérité. Hyacinthe baissa un instant les yeux avant de redresser la tête, les sourcils froncés et l'expression déçue.
- Mon Innocence intervient ici.
Hyacinthe contourna la lame de Kanda et se mit face au jeune homme qui la suivait du regard sans ciller. Elle ferma les yeux pour rassembler sa concentration.
- Innocence, activée.
A la surprise générale, un étrange symbole mêlant ovales et courbes gracieuses vint se dessiner sur la joue droite de l'adolescente qui plissa un peu plus les yeux.
- Niveau 2. Souffle du Renouveau.
Le tatouage sur sa joue s'agrandit et gagna en complexité, orné par quelques points noirs qui décoraient la première rosace. Puis Hyacinthe ouvrit les paupières et prit le bras blessé de Kanda. Celui-ci eut un sursaut défensif mais ne fit rien de plus que de guetter Hyacinthe. Celle-ci se pencha sur la plaie ouverte qui saignait encore et souffla doucement dessus. Un faible froid passa au travers de la blessure qui se referma petit à petit jusqu'à complètement guérir. Témoins du phénomène, Allen et Lavi étaient stupéfaits. Kanda n'avait plus rien !
- Incroyable, Hyacinthe ! fit Lavi, épaté. Ton Innocence est incroyable !
- Toi… articula Kanda à la jeune fille, l'expression indéfinissable.
- Voilà mon Innocence. Mon premier niveau me permet d'aspirer le poison d'Akuma comme n'importe quel poison normal, le second referme les blessures et le trois…
- Et tu te dis exorciste ?! explosa Kanda.
L'adolescente fit un pas en arrière autant par surprise qu'effrayée par la violence de sa voix.
- C'est ça, ton Innocence ? Soigner ? Mais tu n'as même pas de pouvoir offensif !!
Hyacinthe ouvrit la bouche mais fut incapable de dire quoi que ce fût tant elle n'en revenait pas. Les deux autres garçons ne comprenaient pas non plus. Mais qu'est-ce qui lui prenait ? Même après ça, Kanda allait-il continuer de vouer Hyacinthe aux gémonies ? Au fond d'eux, ils savaient. Il cherchait un responsable pour expliquer cet échec. Hélas, Kanda paraissait ne pas en avoir fini avec son accusée qu'il poignarda d'une nouvelle colère acerbe :
- Les exorcistes sont des destructeurs ! Nous attaquons pour vaincre les Akuma ! Comment oses-tu prétendre à ce statut si tu ne fais rien qui puisse nuire aux Akuma ? Hein ?
- Mais… bredouilla Hyacinthe, les yeux de plus en plus vides.
- Pour moi, tu n'as servi à RIEN dans cette mission ! Tu es inutile !!
- Kanda, maintenant ça suffit !!! tempêta Allen en lui attrapant le bras. C'est idiot ce que tu dis ! Hyacinthe, tu…
Il se tut, arrêté par le visage de Hyacinthe qui avait radicalement changé. Elle était pâle comme la mort, ses lèvres tremblaient et une fine pellicule translucide naissait au bord de ses yeux soudainement éteints. Elle entrouvrit la bouche plusieurs fois pour tenter de parler, mais ses mots étaient comme bloqués. Elle finit par baisser la tête. Une larme perla le sol et elle s'enfuit en poussant les deux exorcistes qui lui barraient le chemin. Pourquoi ? Pourquoi cela recommençait-il ?
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Le retour en train se fit dans la même ambiance électrique de la veille au soir. Allen était effaré du comportement de Kanda et si Lavi n'était pas intervenu, l'histoire se serait terminée avec les poings. Le kendoka avait refusé évidemment de présenter ses excuses à Hyacinthe et au contraire, semblait appuyer et soutenir son réquisitoire car il n'avait pas voulu démordre depuis sa crise.
Pour Abigail, elle fut très brièvement mise au courant sur ce qui s'était passé pendant la nuit avant de la renvoyer chez elle. Après tout, son Innocence avait disparu et l'humeur n'était pas là pour s'attarder sur le sujet. Les garçons avaient donc regagné leur hôtel, éprouvés, furieux et pleins de questions. Allen voulut parler à Hyacinthe à son retour mais la porte était restée désespérément fermée à ses appels. Le silence de l'autre côté des murs avait d'ailleurs été si épais qu'il avait eu peur qu'elle fisse une bêtise. Il avait maudi Kanda et son tempérament de feu. Cette fois, il était allé vraiment trop loin.
Le lendemain matin, Hyacinthe s'était débrouillée pour ne voir personne. Elle s'était levée avant les autres, n'avait pas touché à son petit-déjeuner et était partie dès l'aube pour la gare pour ne pas croiser ses coéquipiers. Aucun d'eux ne savait comment elle allait. Mal, sûrement.
Dans le train, elle ne partagea pas le même compartiment qu'eux, elle s'en était allée ailleurs. Allen était attristé de ne pas pouvoir lui parler, mais quand il partait à sa recherche, elle demeurait introuvable. Mais selon Thomas, elle était bel et bien à bord.
Les yeux assassins fixés sur son voisin d'en face, Allen donna un coup de poing rageur dans son fauteuil de cuir.
- Merde, Kanda ! Pourquoi t'en prendre à elle ? Ce n'était pas de sa faute !
Superbe silence du côté adverse.
- Et pourquoi dire qu'elle n'est pas une exorciste ? C'est idiot ! ajouta-t-il, deux fois plus furieux.
- Elle est peut-être compatible, ça ne fait pas d'elle une exorciste pour autant, balança le kendoka sans quitter la fenêtre des yeux.
- Ah ! Alors, c'est ça, ta vengeance ? C'est tellement bas… Mais elle a toujours plus l'âme d'une exorciste que toi qui détruis plus les êtres humains que les Akuma !
Sur ce, il quitta le compartiment en claquant d'un coup sec la porte coulissante sans même se rendre compte si Kanda lui avait répondu ou pas. De toute façon, il ne voulait plus rien savoir. Allen expira un bon coup pour se délester de ses ondes négatives et regarda le paysage défiler devant ses yeux.
- Pardon, Hyacinthe…
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Une fois arrivés, Hyacinthe réapparut, attendant ses compagnons sur le quai. Elle portait le masque de la neutralité mais il était facile de voir qu'elle avait changé. Allen voulut la voir, mais il comprit à son expression que ce n'était pas encore le bon moment. Quand Kanda revit la jeune fille, il fit tout simplement comme si elle n'existait pas.
Quand ils rentrèrent à la Congrégation de l'Ombre, les quatre exorcistes se rendirent directement au bureau du Grand Intendant dans un silence étrange.
Pour changer, le bureau de Komui était dans un capharnaüm sans nom. Comment faisait-il pour avoir trois fois plus de papiers chaque fois qu'Allen franchissait le seuil de la porte ?
Les jeunes gens entrèrent sans un mot, accueilli par un Komui à l'air soucieux.
- Prenez place. J'ai été informé rapidement de ce qui s'était passé.
Chacun prit place sur un siège ou un fauteuil qui émergeait de la marée de papiers, peu fier. Le Grand Intendant jaugea les quatre visages face à lui qui faisaient grises mines.
- Je ne vais pas vous féliciter, bien sûr… soupira Komui en tapotant le bout de ses doigts les uns contre les autres. Mais je ne vais pas vous blâmer non plus car on ne peut pas gagner à tous les coups…
- Monsieur Komui…
La voix de Hyacinthe était enrouée. Elle se leva de son siège et s'inclina bas.
- La mission a échoué par ma faute. Je n'aurais pas dû insister pour partir. Lenalee aurait été amplement meilleure sur cette affaire. Je prends l'entière responsabilité de cet échec.
Les autres l'écoutèrent sans l'interrompre. Kanda la regardait du coin de l'œil d'un air de dire « C'est le moins que tu puisses faire » pendant qu'Allen et Lavi baissèrent un peu la tête.
Komui observa Hyacinthe un moment et soupira de nouveau.
- D'après ce que vous m'avez rapporté, le Comte avait besoin de cette Innocence pour réaliser son plan. Si personne n'a d'idée sur ce que c'est, il n'y a plus qu'à attendre. Vous pouvez disposer.
A peine eût-il prononcé ces mots que Hyacinthe avait déjà parcouru presque la moitié du chemin vers la poignée de la porte. Elle posa la main dessus, la tourna mais son poignet fut arrêté par une main rouge à la peau rugueuse et aux ongles noirs.
- S'il te plaît… pria Allen avec un sourire réconfortant.
La jeune fille hocha faiblement la tête et laissa Kanda passer devant elle d'une démarche impérieuse avant de se tourner vers Allen, les yeux au sol.
- Hyacinthe, il ne faut pas l'écouter. Kanda est trop fier pour reconnaître ses erreurs.
Son amie détourna la tête, le regard fuyant.
- Il a raison. J'ai tout fait rater. Et je n'ai servi à rien… murmura-t-elle d'une voix morne.
- Même pas vrai ! intervint la voix enjouée de Lavi qui s'approcha pour lui frotter la tête. Je crois qu'il était bien content d'avoir son bras de soigné. Et puis, je trouve que tu es une exorciste très utile avec un pouvoir comme le tien.
Hyacinthe eut une ébauche de sourire. Elle savait qu'elle n'allait pas déprimer toute sa vie ainsi, mais les paroles âpres de Kanda l'avaient profondément remuée. Chaque mot se répercutait dans sa tête avec un écho toujours plus violent que le précédent.
Elle voulut chasser ce sombre leitmotiv de son esprit en secouant la tête et croisa le doux regard d'Allen.
- N'oublie pas que dans la mesure où tu soignes les blessés des Akumas, tu nuis à ces monstres. Alors, si je m'en tiens au raisonnement de Kanda, tu es bel et bien une exorciste.
- A-Allen…
- Et puis, mieux que le reste, tu n'es pas une destructrice, mais une sauveuse. Et j'admire beaucoup cela.
Hyacinthe ne bougeait plus, les yeux écarquillés. Ce sourire, ces mots… Tout se diffusait en elle comme une cuillerée de miel chaud pendant une très longue journée d'hiver. Sa malédiction s'était-elle levée après ce qu'elle venait d'entendre ? Etait-elle lavée de ce péché qu'elle transportait avec elle comme une croix si son pardon était accordé de cette manière ? Peut-être pas, mais elle voulut y croire. Sa lumière était arrivée, la flamme de son cœur était ravivée. Elle voulait prendre ces mots comme la salvation qu'elle attendait depuis toutes ces années.
Une larme roula et mourut sur le sourire de Hyacinthe.
- Merci, dit-elle simplement.
- Allez ! Pour faire la paix, câlin général ! décida Lavi un bras autour des épaules de Hyacinthe et l'autre autour de celles d'Allen qui se retrouva comme son amie étreint contre le grand rouquin. Un petit bisou pour retrouver complètement la forme, Hyacinthe ?
- Non.
- Encore raté. Pourquoi au fait ?
- Je n'aime pas les garçons qui réclament.
Silence.
- Hyacinthe, je peux…
- Ca ne marche pas, Allen.
Les jeunes gens échangèrent un regard amusé avant d'éclater tous les trois de rire. Oui, là, elle se sentait vraiment mieux. Elle était tombée, certes, mais on lui avait tendu la main et elle était à présent remontée, prête à tout tenter et à tout franchir sur son passage. Elle était née avec ce pouvoir. Et dorénavant, elle ne ferait plus d'erreur et continuerait. Jusqu'à la fin.
- Bien, Allen, maintenant que nous n'avons plus qu'à attendre la prochaine manifestation du Comte pour le vaincre, nous allons pouvoir reprendre nos petites activités…
- « Activités » ? répéta le garçon, peu rassuré par cette étincelle noisette qui venait de passer en un éclair dans le regard de Hyacinthe.
- Allen.
- Oui, Lavi ?
- Cours.
Un demi « glip ! » après –il n'avait pas eu le temps de le faire en entier-, Allen était déjà en train de détaler dans le couloir comme le lièvre pendant la saison de la chasse en hurlant de peur, avec une Hyacinthe plus en forme que jamais, prête et déterminée à prendre la virginité des lèvres de notre héros. Non, elle ne changerait plus, elle garderait le sourire jusqu'au bout.
Resté adossé contre son mur, Lavi les observaient avec un sourire fraternel. Elle avait fait le bon choix. Et quel sprint mes aïeux !
- Allen ! Essaie de passer par les cuisines pour te faire des vivres ! Et évite de t'arrêter aux toilettes, elle pourrait te coincer ! lança gaiement l'exorciste roux en agitant le bras.
¤¤¤
Le silence. Un souffle accéléré. Le sang qui battait à ses oreilles dans un bourdonnement sourd. Son cœur qui devait avoir grimpé aux alentours de 116 battements à la minute. Un point de côté naissant tirait la partie droite de son ventre. Ses jambes flageolaient. Il retint un toussotement qui lui brûla sa gorge en manque d'air. Il essaya de respirer par le nez mais ses poumons avaient trop besoin d'oxygène. Au risque de franchir le décibel de trop, il reprit son souffle en ouvrant la bouche, appréciant chaque bouffée d'air aspiré.
L'atmosphère était si pesante sur ses épaules. Le stress l'écrasait comme la peur lui prenait le ventre. Non, il devait se calmer. A ce stade, n'importe quelle pulsion émotive pouvait être captée. Il prit une profonde inspiration pour essayer de respirer le plus silencieusement possible, mais son cœur tardait à baisser le rythme. Il avait l'impression que ses battements étaient audibles à un kilomètre à la ronde. Un kilomètre ? Ce périmètre était ridiculement insuffisant. Son intuition était plus acérée que tout le reste.
Un bruit. Il se raidit, le dos plaqué au maximum contre le mur, le souffle en arrêt sans même froisser son habit contre la froide paroi. Le bruit aurait été trop fort. Si seulement il pouvait prendre la couleur de la pierre et faire caméléon. Il se calma. Ce n'était que l'aiguille d'une horloge qui venait de passer à une nouvelle minute. Mais chaque son, chaque murmure était à considérer comme le dernier. Sans mouvoir sa tête, il tourna les yeux vers sa gauche. Rien. De la même manière, il glissa ses iris vers la droite. Rien. Ouf. Il battit des cils.
Bip ! Bip ! Bip ! Target found and locked. Ready to fire.
- Alleeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeen!
- Noooooooooooooooooooooooooon!
Mais comment elle faisait? COMMENT ! Il n'avait fait que fermer les yeux enfin ! Il le savait, cette fille n'était pas humaine ! Et maintenant, nous découvrons Hyacinthe, portant une veste rouge primaire, pantalon blanc et bottes noires hautes, un cor de chasse coincé à l'épaule et tous radars internes sortis boostés au maximum – à savoir sixième sens, intuition féminine et motivation- en train de s'évertuer à tirer sur une jambe d'Allen qui avait réussi à tenir deux heures collé contre le plafond d'un couloir de la Congrégation, les mains et les pieds faisant pression sur les murs parallèles.
- Rends-toi ! lui dit Hyacinthe en tirant plus. C'est pas si terrible !
- Mais naon !
A force de lui tirer dessus et avec ses forces déjà amenuisées, le jeune homme ne tint pas davantage et retomba comme une crêpe sur le sol avant de se relever bien prestement pour repartir au galop. Loin d'être déçue –bien au contraire, plus elle chassait, plus elle appréciait-, Hyacinthe eut un sourire prédateur et relança la charge en soufflant dans son cor de chasse.
- Tayoooo, tayoooo !
A force de faire autant de poursuites, Allen allait finir par connaître toute la Congrégation de l'Ombre dans ses moindres détails. Le garçon prit un nouveau couloir dont la porte du fond s'entrouvrit et la tête de Lenalee passa l'encadrement.
- Par ici ! souffla-t-elle.
- Lenalee ? Je te croyais en mission !
- On s'en fiche, vite si tu ne veux pas te faire avoir ! répéta la jeune fille en retournant à l'intérieur.
La providence en la personne de Lenalee venait de lui permettre de s'accorder un sursis, il n'allait pas cracher dessus. Allen piqua le sprint final, ouvrit la porte et la referma aussitôt avant de s'écrouler en se retenant un peu grâce à la poignée, vide de la moindre trace d'oxygène.
- Ah… Ah… Merci, Lenalee… Ah… Sans toi… ah… j'étais…
Alors qu'il s'était tourné vers son amie, le jeune homme oublia en une fraction de seconde ce qu'il voulait dire, capturé par la vision qui s'offrait à lui. Ce n'était pas possible. C'était l'absence d'oxygène dans son sang, c'était forcément cela, il rêvait.
Là, à cinq mètres de lui, Lenalee portait une immense robe de mariée d'un blanc ivoire doucement irisé par l'effet de la soie sous l'effet de la lumière. Il devait y avoir au moins huit jupons s'il arrivait encore à bien juger la masse de dentelle qu'il apercevait sous les pans brodés au fil doré. Le corset était parfaitement centré sur la taille, froncé de satin brillant, lacé par un fin ruban rose saumon et avec quelques perles de nacre qui bordaient un décolleté carré, simplement agrémenté d'un ruban ras de cou ivoire. Les manches étaient en ballon, cerclées de perles et achevées par des manches serrées le long des avant-bras.
Quand le cerveau d'Allen reprit un peu de service, il vit une couturière, épingles dans la bouche, en train de mettre un voile transparent dans le chignon de la jeune fille. Il ne se posa même pas la question de savoir pourquoi son amie était habillée de la sorte car « whaou ».
- Allen ? fit Lenalee, inquiète du silence de son camarade. Ne me regarde pas ainsi, je t'en prie…
- Ah ! Euh… je… enfin… euh…
Non, il n'était pas encore remis. Réessayons.
- Maintenant que tu es aussi dans la confidence, pas un mot à mon frère, d'accord ? annonça la jeune fille, un doigt devant ses lèvres.
Allen cligna des yeux.
- Hu ? C'est ça, la surprise de la section Recherche pour l'anniversaire de Komui ? Qu'il te voit en robe de mariage ?
- Oui.
Un ange… non, en fait, un bataillon céleste passa.
- La Congrégation, elle peut résister à des séismes de combien ?
Lenalee n'entendit pas la question d'Allen et baissa les yeux sur sa robe, triturant une perle du corse d'un air mal à l'aise.
- Pff… J'ai l'air ridicule, tu ne trouves pas ?
Le jeune homme s'accorda un second coup d'œil d'ensemble. Dieu avait-il donné aux hommes un mot capable de traduire ce qu'il voyait ? Allen ne le pensa pas. Lenalee était tout simplement resplendissante. En fait, elle l'était toujours, même avec son simple uniforme d'exorciste. Cette pensée perturba un peu Allen qui se surprit à être ainsi troublé des charmes de sa coéquipière.
Cette dernière n'aima guère son silence et fit la grimace.
- Moui, je vois…
- Je plains surtout l'homme qui t'accompagnera le jour où tu seras vêtue ainsi. Parce qu'il va se retrouver tellement ridicule devant le prêtre à ne pas pouvoir prononcer ses vœux tant il sera subjugué par toi.
A ce joli compliment assaisonné du plus chaleureux des sourires, ajoutez un soupçon de surprise, deux cuillères à soupe de gêne relevée par un doigt d'attirance encore inconnue et vous obtenez une Lenalee bien rouge à souhait. Elle était tant troublée qu'elle se contenta de rabaisser illico son voile devant ses yeux pour cacher ses joues en feu.
Au même moment, la porte s'ouvrit et le Commandant River fit son entrée, étonné de voir Allen ici.
- Lenalee, tu es magnifique ! Le Grand Intendant va hurler ! s'enthousiasma l'homme en se massant le menton.
- De bonheur ou d'horreur ? questionna Allen une goutte sur la tempe.
River fouilla dans ses poches, une grosse liasse de billets dans la main.
- Justement, les paris sont ouverts. Tu veux miser ? On commence à 10 livres ! On est environ 49 pourcents à penser qu'il va hurler d'horreur, et…
- Euh… sans façons.
Le Commandant River rangea son carnet de paris dans la poche de sa blouse et inspecta un petit moment le tableau devant ses yeux. Lenalee en merveilleuse mariée et Allen à ses côtés avec son petit costume civil noué de son nœud coulant… Et si avec un haut de forme et un frac… Oooooh… !
- Je sais ! s'exclama River en tapant le poing dans sa paume. On va faire un immense gâteau et au sommet, comme les mariés d'une pièce montée, Lenalee et Allen… !
- Commandant River, vous commencez à faire peur.
- Pardon. J'étais juste venu voir s'il y avait besoin de quelque chose, mais apparemment, tout va bien. Au fait, Allen, petit conseil amical, ne sors pas tout de suite, la déesse chasseresse Artémis est parmi nous…
Sur ce, il salua les deux adolescents et repartit en souhaitant bon courage à Allen qui se sentit brutalement très très seul. Lenalee le regarda d'un air incertain.
- Et avec Hyacinthe ? Ca se passe bien ?
Comme il avait du temps devant lui, le jeune homme raconta à son amie ce qu'ils avaient vécu à Edimbourg. Les Akumas, la récupération ratée d'Innocence, le pouvoir guérisseur de Hyacinthe, la crise de Kanda… En l'écoutant, la chinoise avait commencé à éprouver de la compassion pour Hyacinthe quand Allen lui rapporta le violent discours que Kanda avait tenu, mais cette once de sympathie se dilua quand elle fut mise au courant de l'actualisation de son projet d'embrasser Allen. Elle ne perdait pas le nord, celle-là.
- Mademoiselle Lenalee, pria la couturière en essayant de garder ses épingles en bouche. Pouvez-vous monter sur le tabouret ? Je voudrai refaire l'ourlet.
L'adolescente s'exécuta tout en réfléchissant avec Allen sur le plan futur du Comte Millénaire. S'il n'avait pas détruit cette Innocence, qu'allait-il en faire ?
- Pouvez-vous tourner un peu sur la droite ?
- J'aurais dû insister pour partir avec vous, s'énerva Lenalee, le poing serré. Maintenant, il faut se préparer au pi… iiiiiiih ?
Caché par l'immensité de sa robe qui le recouvrait complètement, la jeune fille n'avait pas vu les rebords du tabouret et glissa alors qu'elle tournait d'un quart de tour sur sa droite. Voulant bien faire, Allen voulu rattraper son amie qui basculait en arrière, mais le voile opaque devant ses yeux ne l'aida pas à voir où viser et notre héros réceptionna sur lui-même Lenalee qui s'écroula de tout son long, emportée par le poids des jupons.
- Aouch…
- Désolée Allen, pas trop de mal ? demanda l'adolescente en relevant son voile de son visage pour vérifier qu'Allen n'était pas blessé. Tu ne t'es pas pris des épingles ?
Quoiqu'un peu écrasé et le dos douloureux suite à ce deuxième impact après celui de l'assaut de Hyacinthe, le garçon lui sourit pour la rassurer mais il se laissa happer par les yeux saphir de Lenalee. Il n'avait pas souvent l'occasion de la voir d'aussi près. Elle avait une légère nuance de prune dans ses iris. Les cheveux ainsi relevés lui allaient bien. Et ce voile encadrant son visage, c'était comme une auréole qui nimbait le plus beau des anges.
- Allen ?
- Hu ? Ah, oui, ça va ! s'excusa-t-il en se redressant avant d'aider Lenalee à se relever.
Cela faisait beaucoup de troubles pour une même journée. C'était étrange, étant donné que Hyacinthe ne lui inspirait pas du tout ce genre de chose alors qu'elle le poursuivait sans répit. Au contraire, la jeune française avait le don prodigieux de faire naître en lui une peur viscérale. Points positifs, cela développait chez lui son instinct de survie et son endurance. Son temps pour un 100 mètres avait explosé tous les records.
Pour lui éviter une nouvelle partie de chasse à l'homme, Lenalee proposa à notre ami de rester avec elle pour l'après-midi afin de parfaire la préparation de l'anniversaire de Komui. Trop heureux de pouvoir se mettre à l'abri des assauts de Hyacinthe et de pouvoir profiter un peu de la présence de Lenalee qu'il n'avait pas beaucoup vue ces derniers temps, Allen accepta avec grande joie.
Les deux adolescents passèrent donc l'après-midi ensemble à planifier ce qui allait être préparé pour le buffet, les décorations de la grande salle, le stratagème pour éloigner Komui le temps de rassembler tout le monde et le nombre de bouteilles de champagne à prévoir selon le nombre de personnes qui seraient présentes à la Congrégation de l'Ombre ce 13 juin. La journée fut simple et délicieuse pour les deux jeunes gens qui ne décidèrent de se séparer qu'au soir tombant. La couturière avait emporté avec elle la robe et son matériel de couture et quitta Allen et Lenalee en leur souhaitant bon courage pour la suite.
- Merci pour le coup de main, Allen, la remercia l'exorciste, une main sur la poignée de la porte. Et… je tenais à m'excuser pour mon attitude passée, j'étais assez froide. Je pense que c'est le franc-parler de Hyacinthe qui m'a… surprise.
- C'est oublié. J'ai passé une très bonne après-midi avec toi. J'espère qu'on aura de nouvelles occasions.
La jeune fille lui rendit son sourire et tourna la poignée.
Tout se passa très vite. Le noir s'abattit, Allen sentit qu'on l'empoignait puissamment pour le plaquer sur le siège d'une chaise puis une violente lumière blanche fut braquée en plein devant ses yeux. Une main devant ses pupilles aveuglées, Allen distingua dans l'obscurité ambiante un bureau en face de lui et la vague silhouette de Komui qui claqua sa main contre la table :
- Alors ? Je veux savoir qui, où et pourquoi ! Je veux des noms immédiatement ! Nous avons les moyens de vous faire parler ! Livrez-nous les complices et la peine sera clémente ! Mais tu vas passer aux aveux, oui ?!
- Héééé ?
- Grand frère, c'est Allen !! Et nous ne sommes pas dans un commissariat !
Après un silence pendant lequel Allen se demandait ce qui lui arrivait encore, la lumière aveuglante s'éteignit et la lumière plafonnière revint, montrant un Komui qui étreignait sa sœur.
- Tu ne m'as pas prévenu de ton retour de missioooooon… gémit le Grand Intendant. Et me laisser sans nouvelles pendant tout ce temps, je me faisais du souci, sans compter ne pas savoir avec qui tu étais… Paaaaardoooon ! Et pardon à toi aussi, Allen. Je ne t'avais pas tout de suite reconnu. Pas trop eu peur ?
- N-N-Non… D-Du tout…
Ca promettait.
Aaaah... Kanda dans toute sa splendeur et Hyacinthe qui (malgré tout ce que vous pouviez penser) montre un triste visage. Et notre pitit Allen qui se perturbe face à Lenalee, trop mignon! XD
Prochain chapitre, un pur moment de rire : l'anniversaire de Komui, 1ère partie. Impossible de ne pas au moins esquisser un sourire.
Vous attends !
