Bonjour à tout le monde. Pour rappel, je ne suis que la traductrice de cette belle histoire, l'auteur étant VCalien2015. Bonne lecture.
Message de l'auteur :
Je voulais vraiment que les fils de Fëanor fassent leur apparition dans ce chapitre, mais cela aurait été trop long, et cette réunion n'aurait pas eu l'attention qu'elle méritait. De plus, Fëanor et Nerdanel méritent un peu de temps en privé. Je vous présente mes excuses et vous demande d'être indulgents les garçons apparaîtront la prochaine fois, c'est certain. Merci de venir lire ceci si vite.
Retour à la maison – Partie IV
Ce fut seulement après le départ de Nolofinwë que Nerdanel se tourna vers moi, révélant les larmes qui brillaient dans ses yeux d'émeraude – pas de chagrin, mais d'une joie qui dépassait les mots. Elle sourit avec chaleur.
- « Je sais que je devrais être en colère contre toi je devrais être furieuse. Ce que tu as fait, Fëanáro… »
Elle ferma les yeux pour contrer l'écho d'un chagrin sans limites.
- « Crois-moi, j'ai essayé d'être en colère. Mais je ne pouvais plus l'être. Mes fils sont revenus à la vie et ma souffrance est devenue de la force que puis-je utiliser contre toi ? Mieux vaut pardonner et avancer. De plus… »
Elle enroula une boucle de mes cheveux autour de son doigt.
- « … Je t'aime trop pour cela. Je le sais. Rien d'autre ne m'aurait conduite à me battre durant des âges pour ton honneur.
- Je t'ai laissé avec beaucoup de choses à faire, dis-je amèrement. Le Traité seul doit t'avoir occupée pendant un temps considérable.
- Tu connais le Traité de la Vérité ?
- Si je le connais ? Je l'ai lu du début à la fin dans Mandos, et je pense qu'il est en grande partie responsable de mon salut. Je suis sûr que tu as eu du mal à éviter de justifier nos actions, mais c'était très bien fait, et bouleversant pour moi. »
Le visage de Nerdanel devint rayonnant.
- « Oh, je suis tellement heureuse ! Nous étions ravis de voir combien le Traité a amélioré l'opinion qu'Arda avait de vous, mais nous avons tout de suite eu peur que toi, celui pour qui nous l'avions publié, ne le verrait jamais. T'entendre dire que tu l'as vu, et que cela a voulu dire quelque chose pour toi, prouve que notre travail a été utile. »
Elle se dressa sur la pointe des pieds pour m'embrasser, puis prit ma main, se penchant instinctivement sur moi. Je fus à nouveau stupéfait par son ô combien merveilleux contact, si léger.
Nerdanel me conduisit à la cour centrale, un magnifique cercle de pavés blancs, incrusté de mosaïque dorée ornée de l'étoile héraldique de mon père. Tout autour, une épaisse couche d'arbres était plantée en rangées bien ordonnées, et les lumières qui pendaient de leurs branches jetaient une lueur argentée sur les danseurs. Une grande estrade se trouvait à une extrémité, devant les grilles du palais, son marbre poli étincelant, et mon cœur rata un battement en le voyant.
J'avais prêté mon Serment ici.
J'avais poussé mon peuple à la guerre et à la ruine ici.
Je nous avais tous damnés ici.
Pendant un moment, je me revis me tenir ici, regardant d'innombrables torches dont la lumière vacillait dans des vagues d'obscurité. Leur lumière jetait une lueur rouge sur mon épée tirée, comme si elle était tachée de sang. Je sentis les tumultueuses émotions de mon peuple me submerger, sentis une brusque poussée d'adrénaline et de folie hurler en moi jusqu'à ce que j'aie l'impression que j'allais brûler si je ne levais pas ma tête et ne hurlais pas ma vengeance au plus haut des cieux.
Eru, je ne valais pas mieux que Moringotto cette nuit-là, enivré par la ferveur de la bataille et la puissance de ma propre voix.
Nerdanel sentit mon trouble intérieur, je le sus, parce que son regard avait suivi le mien jusqu'à l'estrade. Elle serra immédiatement ma main et me tira vers lui.
« Tu dois rejeter cela, amour, dit-elle. Tes péchés passés sont pardonnés ils ne peuvent te faire du mal à nouveau. Laisse-les partir. »
Elle me conduisit à la base de l'estrade et mon sang se glaça. C'était comme si je pouvais sentir le fantôme du Serment et son pouvoir terrible, semblable à des chaînes.
- « Istyë, je ne peux pas… J'appartiens au passé, au Serment, au Vide.
- C'est faux. Tu as été libéré depuis longtemps.
- Ils sont toujours enfermés en moi, tous ! »
- Nerdanel me prit par les épaules et me tourna vers elle, le regard enflammé.
- « Crois-tu, Fëanáro, qu'il y ait un seul verrou, une seule chaîne, un seul serment que le Père de Tous ne puisse briser ? Il a ôté toutes tes chaînes lorsque tu t'es tenu devant lui et son jugement tu es libre ! Pour ta propre tranquillité d'esprit, tu dois le croire. Tu dois le déclarer à toi-même et à ton passé. »
Mes jambes ne pouvaient plus bouger, et si Nerdanel n'avait pas passé une main dans mon dos, je serais tombé.
- « Je suis avec toi » dit-elle comme nous montions les marches de l'estrade.
Et elle le fut. Sa main était chaude et ferme dans la mienne, rendue rugueuse par plusieurs années de travail. Elle était mon rocher, ma force, et mon amour, comme elle l'avait toujours été. La foi qu'elle plaçait en moi était absolue, tout comme celle que je plaçais en elle.
C'était en moi-même que je manquais sévèrement de confiance.
Un froid aussi vif et pénétrant que celui du Vide me poignarda, me coupant le souffle. C'était comme si le Serment était devenu un être conscient, avait grandi en moi et me sifflait une malveillance éternelle,
Jamais libre jamais libre jamais libre…
Je tombai sur mes genoux, grelottant malgré la chaleur de cette nuit. C'était tellement fort, tellement fort, saturé par le sang d'innombrables millénaires et les âmes vidées de leur vie et de leur lumière. Ce qui avait commencé par de simples mots prononcés au nom du Père était devenu un démon à la puissance terrifiante, obstiné, toujours assoiffé, jamais rassasié.
Jamais libre jamais libre jamais libre…
Eru, c'était tellement fort. Cela avait de loin surpassé la force de son créateur. Cette pensée était horrible.
Si je ne pouvais pas le contrôler, qui le pourrait ?
La main de Nerdanel était chaude dans la mienne, brûlante comme la glace qui avait rempli mes veines.
- « Il n'a pas de force » déclara sa voix, qui au début semblait provenir de loin, avant de devenir plus claire.
- « Il est détruit, rendu impuissant par le Père de tous, et le Père de tous vainc tout mal. Le seul endroit où il peut encore survivre est ton esprit, Fëanáro. Tu es maître de ton esprit tu as toute autorité pour en chasser des invités indésirables. Fais-le ! Chasse ce démon ! »
Au plus profond de moi, le feu de mon esprit se raviva comme une petite étincelle.
Vous n'avez aucun pouvoir sur moi, affirmai-je au monstre dont les anneaux noirs et sinueux s'agrippaient à mon âme. Vous n'avez pas de pouvoir sur mon peuple. Le Père de tous vous a renvoyé dans le puits de douleur et de folie d'où vous êtes venu. Ce que vous avez tué est revenu à la vie et se réjouit. Le mal que vous avez provoqué a été guéri, et vous ne pouvez plus nous blesser ! Dans le nom d'Eru, je vous ai donné la vie dans le nom d'Eru, je vous donne la mort ! Par tout ce qui est bon et saint, moi, Curufinwë Fëanáro Finwion, je vous renvoie dans les profondeurs empoisonnées qui vous ont enfanté ! Je renonce à vous et à votre pouvoir, maintenant et pour toujours !
Une lutte brève et brutale s'ensuivit, entre mes mots brûlants et la voix glaciale du démon.
Jamais parti jamais parti jamais parti… siffla-t-il.
Vous êtes parti, répondis-je, ma voix mentale à présent douce et mortelle. Vous n'êtes rien.
Il y eut quelque chose de semblable à un hurlement de douleur, une douleur effrayante et inhumaine, le rugissement de l'eau dans mes oreilles, une sensation de déchirure en moi –
Je revins brusquement à la réalité avec le grondement d'une cadence de tambour, accompagné par le crescendo d'une harmonie provenant de chaque musicien dans la ville. Il u eut un pic sonore si puissant qu'il fit trembler le sol sous mes pieds, et alors, tout cessa, et toutes les lumières de Tirion furent éteintes.
Je connus un moment d'horreur pendant lequel je fus de retour dans la nuit de l'Obscurcissement, la nuit où mon monde avait volé en éclats. Chaque fibre de mon être hurla de protestation et d'angoisse.
Puis, soudain, avec une explosion musicale, les torches s'embrasèrent à nouveau, et chaque étoile des cieux sembla brûler avec une plus grande intensité, comme si un manteau de diamants avait été étendu sur nous. Chaque voix dans la cité s'était élevée de concert avec les cordes et les percussions, chantant un hymne glorieux à Eru et à la vie. L'harmonie était autour de moi et en moi, chassant le froid du Serment, lavant mon esprit tremblant de joie.
- « Il doit être minuit » dit Nerdanel, me remettant sur mes pieds.
- « Le milieu de l'été commence aujourd'hui. Cela semble approprié, non ? Notre étoile la plus brillante nous revient le jour où la lumière brille le plus longtemps. »
Elle se blottit contre moi, posant une main sur mon épaule et l'autre dans la mienne.
- « Danse avec moi, dit-elle. Nous avons beaucoup à célébrer. »
Elle posa la tête sur ma poitrine, et je la berçai doucement dans la vague mélodieuse de la musique. Cela semblait curieusement être un défi, danser ensemble dans un bonheur total au sommet de l'estrade où tant de chagrin avait vu le jour. Avec ma femme dans mes bras et mes mots d'exorcisme qui brûlaient toujours dans mon esprit, je me sentais comme si un immense fardeau avait été ôté de mes épaules. Mon cœur était plus lumineux, plus propre, plus pur qu'il ne l'avait été durant des âges.
Comme je me détendais, je remarquai que cette obscurité n'avait rien de comparable avec celle qui était tombée lorsque les Deux Arbres avaient été détruits. Alors que l'Obscurité avait été froide et humide, paralysant le corps et aspirant tout l'air, celle-ci était chaude et douce, rendant le monde semblable à un voile paré des bijoux qu'étaient les étoiles. Même la mer de torches que je regardais maintenant était différente de celle que j'avais vu la dernière fois que je m'étais tenu sur cette estrade. Cette nuit-là, dans ces ténèbres, la lumière des flammes avait été maladive, déformant les visages de mon peuple, les rendant perdus dans un quelconque purgatoire entre l'ombre et la lumière. Cette nuit, les flammes étaient stables et sûres, leur lumière, troublant les bordures de tout ce qu'elles touchaient, les adoucissant avec beauté.
La lumière du feu et la lumière des étoiles. L'or et l'argent. Les Deux Arbres réincarnés.
Cette pensée était réconfortante. Moringotto avait détruit les vaisseaux de Yavanna, oui, mais leur lumière vivait dans chaque autre lumière, grande et petite. Il ne pourrait jamais toutes les éteindre. Sa victoire ne pourrait jamais être totale.
La combinaison du feu et des étoiles semblait aussi curieusement primitive, quelque chose qui venait de la Cuiviénen d'autrefois, et des feux de camp sous de sombres cieux. Mon père avait passé sa jeunesse là-bas, entre de telles lumières, réalisai-je. Le désir de voir la maison de mes ancêtres grandit en moi, le désir de voir ces lumières comme mon père les avait vues, non par-dessus des murs de pierre, mais dans les reflets d'un lac lisse et noir comme de l'obsidienne. Eru, cela devait avoir été magnifique !
Regardant la lumière des torches et la lumière des étoiles qui se mélangeaient sur le visage de Nerdanel, j'eus un aperçu de ce à quoi elle avait ressemblé sur le champ de bataille, parmi les feux de l'ennemi et l'acier qui brillait d'une froide lueur. Soudain, il devint moins difficile de la voir comme un soldat.
Appuyant ma tête sur la sienne, je lui demandai :
- « Quelle était ta plus belle bataille ?
Oh, mon Dieu, elles étaient toutes belles à leur manière » dit-elle, un sourire magnifique et féroce aux lèvres.
- « Si je devais choisir, je dirais que j'ai le plus aimé la Bataille des Champs du Pelennor, quand l'Avant-garde a rejoint les cavaliers du Rohan pour une dernière charge pour briser les lignes ennemies à Minas Tirith. Tu ne peux pas imaginer la puissance de six mille chevaux au galop et de six mille cavaliers hurlant avec la folie de la bataille. Cela fait trembler le sol, et alors cela coule sous les pieds des chevaux et dans chaque veine des soldats et enflamme leur sang… Encore aujourd'hui, j'espère que nos ennemis réussissent à se tenir debout et nous rencontrer. Pendant quelques glorieux instants, nous étions intouchables. Rien, absolument rien, ne pouvait nous blesser. »
La ferveur sur le visage de Nerdanel s'estompa un peu avant qu'elle ne recommence à parler.
- « Bien sûr, cela n'a pas duré. Nous avions juste assez de puissance pour balayer ce champ et briser les lignes ennemies, et après cela, le combat a pris nombre d'entre nous. » Elle soupira.
- « Il semble presque que ce soit un péché de tant aimer cela.
- Je ne vois rien de mal à se réjouir de la mort de ses ennemis, mon amour, tant qu'on ne cesse pas d'honorer les Enfants d'Eru qui ont également donné leurs vies.
- Il y a bien plus que les morts de l'ennemi, dit Nerdanel. Si ce n'était que cela, je ne pense que je l'aimerais. Ce serait simplement un devoir. En l'état, il y a quelque chose là-dedans, quelque chose de brut et de primordial, qui remplit mes veines et… Je ne peux pas l'expliquer. Tu n'as pas suffisamment l'expérience des batailles pour comprendre, mais quand la Dernière Bataille viendra, tu comprendras. Je prie pour qu'Eru te garde en sécurité à ce moment, car la guerre est quelque chose de dangereux. Cela agit sur certains soldats comme une drogue – s'ils ne sont pas prudents, ils se perdent ainsi. »
Je ne le savais que trop bien. Je savais ce que j'étais devenu à Alqualondë, et durant la Dagor-nuin-Giliath. Eru, à ces deux occasions, je suppose que j'avais aimé la bataille plus que Nerdanel. Cela me permettait physiquement de me libérer de mon angoisse, m'offrait une vengeance, et une dangereuse sensation d'accomplissement dont j'avais désespérément besoin – particulièrement après avoir si longtemps pensé que j'avais mené mon père à la mort et commis un irrémédiable échec.
Malheureusement, cela me transforma également en monstre. Cette invincibilité que Nerdanel avait décrite était quelque chose que je comprenais aussi. Cela avait rendu mon esprit insensible à autre chose que la folie à Alqualondë, cela m'avait conduit dans les bras patients de la mort à Dor Daedeloth. En cherchant à ressentir autre chose que le chagrin et la culpabilité, j'avais embrassé la guerre et vidé cela verre après verre, et cela avait causé ma chute.
Mais maintenant n'était pas alors. Quand la Dernière Bataille commencera, je ne serai pas seul et désespéré. J'aurai ma famille et mes amis à mes côtés, et ils me garderont ave fermeté. Aussi longtemps qu'ils seraient avec moi, aussi longtemps que nous nous aimerions, je savais que je ne sombrerai pas à nouveau dans la folie. L'amour était le remède à l'ivresse de la bataille.
D'un autre côté, la perspective d'une vengeance finale contre le Seigneur des Ténèbres et ses légions était effectivement séduisante. Dans mon esprit, je me vis reculer et plonger mon épée dans la poitrine de Gothmog, et quelque chose de brûlant me traversa avec tant de force qu'il me fit trembler – et la peur n'en était pas totalement absente.
J'avais beau le nier autant que je pouvais, j'étais un Noldo et la guerre était dans mon sang.
Venez si vous l'osez, démons, pensai-je. Vous verrez que ce n'est plus comme avant. Les Enfants d'Eru sont prêts et vous attendent cette fois.
Ce fut à ce moment-là que s'acheva l'hymne à Eru, faisant la transition avec une musique sombre, vivante.
- « Te rappelles-tu de cette chanson ? demanda Nerdanel.
Absolument pas ! » Je n'avais jamais beaucoup dansé durant ma vie précédente. Ma femme avait toujours été la danseuse.
- « Alors prépares-toi ! »
Elle me prit par la main et me conduisit en bas de l'estrade, parmi la foule. Le cœur léger, me réjouissant toujours à mon abandon du Serment, la perspective de la chute du Seigneur des Ténèbres, j'étais vivant et je choisis d'abandonner mes inhibitions. Le battement des tambours résonnait en moi, me remplissant des pieds à la tête.
Le monde se dissolvait dans la lumière du feu, la lumière des étoiles, et la musique, qui brillaient dans les yeux émeraude de ma femme.
