Tout d'abord,un grand merci à tearesa, CL13 , Sssssy, LaPlumeDeJoy, bulle-de-bo,jujuftr... et toutes celles que j'oublie, pour leurs gentils commentaires et leurs encouragements

Chapitre 7 : une amitié retrouvée

Quand Jane était revenu au CBI, les premiers jours avaient été un peu tendus, chacun faisant attention à ce qu'il pouvait dire ou faire. Il avait ensuite fait part à Bertram de sa décision de rester consultant pour le CBI. Plus rien ne l'y obligeait, après tout, il était là pour Red John et celui-ci n'était plus de ce monde. Mais il avait appris à aimer ce travail et « arrêter les méchants » était finalement un beau métier. Et puis, il y avait Lisbon, c'était la meilleure façon de rester près d'elle. Il avait surpris son regard et son sourire quand il avait annoncé sa décision de rester. Elle n'avait rien dit mais il avait compris. Peu à peu, ils s'étaient détendus, la vie reprenait ses droits. Elle riait à nouveau à ses facéties. Il ne pouvait pas s'empêcher certains écarts lors des enquêtes mais faisait attention à ne pas aller trop loin pour ne pas lui attirer d'ennuis. Elle s'attardait parfois le soir pour discuter avec lui sur son vieux canapé, il lui avait appris quelques tours de cartes et de magie, il veillait à ce qu'elle mange correctement... Ils s'apprivoisaient à nouveau, retrouvaient un peu de leur complicité. Il se laissait aller souvent à la regarder. Pour n'importe qui, elle avait l'air d'aller bien, elle travaillait aussi dur qu'avant, elle souriait. Mais, il voyait bien dans ses yeux que ce n'était qu'un masque, elle n'arriverait plus à le tromper même si elle essayait de faire croire que tout allait bien. Le traumatisme était toujours là et il finirait par refaire surface, aussi loin qu'elle veuille l'enfouir.

Elle avait pensé qu'il partirait du CBI, plus rien ne l'y retenait maintenant. Elle avait été agréablement surprise quand il avait annoncé sa décision de rester. Elle ne lui avait pas dit à quel point elle en était heureuse, il ne l'abandonnait pas. Elle ne lui avait pas dit mais espérait qu'il ait compris. Elle avait retrouvé Patrick Jane, toujours drôle, prévenant, charmant. Comme tout ça lui avait manqué, comme il lui avait manqué ! De son côté, elle essayait de redevenir Teresa Lisbon, la flic sans peur, mais à l'intérieur, elle n'était plus cette femme forte qu'elle avait été. Elle n'était vraiment à l'aise qu'avec son équipe. Tout le bureau était désormais au courant, elle avait été obligée de tout raconter pour les besoins de l'enquête. Elle détestait les regards apitoyés et les chuchotements sur son passage. Jane, lui, la regardait avec un mélange de tendresse et d'inquiétude. Elle l'avait surpris plusieurs fois à la regarder comme s'il essayait de sonder son âme. Alors, elle lui souriait pour lui faire comprendre que ça allait, qu'il n'avait pas à s'inquiéter. Elle mangeait pour lui faire plaisir car elle n'avait pas d'appétit, elle ne dormait pas bien non plus, réveillée par les cauchemars. Le plus dur était quand elle se retrouvait seule. Ces images qui revenaient sans cesse la hantaient. Un jour, elle s'était même endormie sur le canapé de son bureau en fin de journée. Elle comprenait désormais pourquoi Jane avait fait cela pendant des années, elle s'était sentie en sécurité. Il était là à son réveil, assis à l'autre bout du sofa. Il lui avait souri et caressé les cheveux. Elle voyait bien qu'il était inquiet pour elle et faisait son possible pour paraître bien.

Les jours s'étaient écoulés ainsi, ponctués par quelques gestes tendres et une amitié retrouvée, jusqu'à cette affaire. Une jeune femme retrouvée morte dans un entrepôt désaffecté. Ils avaient été appelés sur les lieux où se trouvaient déjà le légiste et les patrouilles de police. Quand elle s'était approchée du corps, elle avait surpris le regard désolé du légiste. En regardant le corps, elle avait compris. Une femme brune, allongée sur le ventre, le pantalon baissé et son sous-vêtement déchiré. Elle était restée interdite à cette vue puis avait levé un regard haineux sur le légiste.

- Couvrez-la !

- Mais nous n'avons pas fini les constatations...

- Couvrez-la tout de suite !

Il avait obéi dans la seconde. Tous la regardaient, surpris par sa réaction, tous sauf Jane.

Elle avait senti son cœur s'accélérer, ses oreilles bourdonner, ses jambes se dérober, l'air lui manquer. En l'espace de quelques secondes, tous les souvenirs qu'elle avait essayé d'oublier depuis des semaines revenaient encore plus nets. Il fallait qu'elle sorte … Il ne l'avait pas suivie, elle avait besoin d'être seule. Elle était revenue quelques minutes plus tard, le masque parfaitement en place et avait écouté les commentaires du légiste. En revenant au CBI, elle s'était enfermée dans son bureau et toute l'équipe avait respecté son silence. Elle en était ressortie près d'une heure plus tard comme si de rien n'était. Jane avait attendu le soir pour renouer un semblant de normalité et lui avait proposé de l'emmener dîner.

- Merci Jane mais je n'ai pas faim.

- Je ne vous laisserai pas partir comme ça.

- Je vais bien, je vous assure.

- Vous n'avez pas faim ok, mais au moins une petite glace.

- Vous n'allez pas abandonner n'est-ce pas ?

- Non

- Va pour une glace alors.

Ils étaient allés au glacier, celui où on trouvait de la glace à la fleur d'oranger, sa préférée. Ça lui avait fait du bien, il l'avait distraite du mieux possible et elle avait souri. En rentrant, elle lui avait proposé une tasse de thé pour finir la soirée, elle ne souhaitait pas se retrouver seule.

Il était assis dans le salon quand il avait entendu la bouilloire. Ne la voyant pas revenir et la bouilloire toujours bruyante, il s'était rendu à la cuisine et l'avait vue appuyée au plan de travail, pensive. Il s'était alors approché doucement derrière elle et avait murmuré son prénom par dessus son épaule pour la faire sortir de ses pensées, revenir à lui.

Sa réaction n'avait pas été celle espérée. Elle avait sursauté violemment et s'était éloignée à l'autre bout de la pièce. Son corps tremblait et son regard était carrément paniqué. Il avait alors compris l'erreur qu'il venait de commettre.

- Je suis désolé Teresa, je n'ai pas pensé que ….

- Ne vous approchez pas de moi, pas comme ça.

Son souffle dans son cou, son prénom murmuré, sa présence dans son dos l'avaient ramenée plusieurs mois en arrière.

- Vous avez peur de moi, Teresa ?

- Non, c'est juste qu'il était...

- Vous n'êtes pas obligée de m'expliquer, je comprends.

Elle avait alors levé sur lui un regard plein de souffrance et de colère.

- Vous comprenez ? Non, vous ne comprenez pas ! Et vous ne pouvez pas imaginer non plus ! Vous ne vivez pas dans la peur ! Je vérifie ma porte au moins dix fois avant d'aller me coucher, je sursaute au moindre bruit suspect, je fais des cauchemars dès que je ferme les yeux, je sens son souffle sur ma nuque, j'entends ses râles de plaisir, sa voix prononcer mon prénom à mon oreille, il m'arrive même de le sentir encore en moi ! Mais il y a pire, il y a la honte ! Je suis flic et je ne me suis pas assez défendue. J'avais tellement peur que je l'ai laissé faire, je voulais juste que ça s'arrête ! Alors non, vous ne pouvez pas comprendre !

- Vous avez raison, Teresa, je ne peux même pas imaginer votre souffrance. J'ai essayé d'imaginer la souffrance d'Angela et Charlotte, ça a failli me tuer. Ma toute petite fille face à ce monstre. Tout le monde a dit qu'elle ne s'était rendue compte de rien... mais Angela elle... Alors non, je ne peux pas imaginer mais qu'est-ce que je ne peux pas comprendre ? La peur ? Je vis avec depuis plus de dix ans ! Elle est ancrée en moi depuis le jour où je les ai trouvées mortes par ma faute.

Il avait vu son regard si dur se changer en compassion à ce récit. Mais il devait continuer, pour eux deux, pour lui faire comprendre qu'elle n'était pas seule.

- Qu'est-ce que je ne peux pas comprendre ? La pitié que vous inspirez aux autres alors que la seule chose que vous inspire votre reflet dans la glace est le dégoût ? J'ai vécu avec ce dégoût de moi-même pendant des années. Vous savez quel jour ça s'est arrêté ? Le jour où vous m'avez regardé avec vos grands yeux verts et où vous avez dit que j'étais un homme bien. Je vous ai crue.

Les larmes coulaient maintenant sur ses joues. Il ne voulait pas la faire pleurer mais les pleurs étaient bien souvent salutaires.

- Qu'est-ce que je ne peux pas comprendre ? La honte ? La honte d'être celui qui reste, celui qui méritait de mourir et qui continue à vivre. La honte encore si récente de lui avoir demandé de me tuer... Vous dîtes que vous avez été faible ? Que devrais-je dire moi qui lui ai demandé de me tuer ? J'ai été lâche, encore. Alors, si quelqu'un peut comprendre tout ça, je crois que c'est bien moi.

- Vous n'êtes pas un lâche, vous avez fait preuve d'un grand courage en continuant à vivre et en le poursuivant. Je suis désolée, ces dernières semaines je n'ai pensé qu'à moi. Je voudrais juste redevenir celle que j'étais. Je m'en veux d'être aussi faible, il m'a rendue faible...

- Vous avez été forte, vous vous êtes opposée à lui, vous avez continué à lui tenir tête, vous avez continué à me protéger. Vous êtes la femme la plus courageuse qui soit alors continuez à vous battre, ne le laissez pas gagner. Vous êtes toujours Teresa Lisbon. J'aimerais pouvoir vous dire que vous allez oublier mais je mentirais, vous apprendrez seulement à vivre avec. Mais vous n'y arriverez pas toute seule, laissez-moi vous aider comme vous m'avez aidé toutes ces années, même si pour l'instant j'échoue lamentablement. Je veux être celui qui vous donnera la force et l'envie de vivre à nouveau.

Elle s'était rapprochée de lui et s'était blottie dans ses bras. Elle n'avait pas su si c'était pour se sentir en sécurité, pour sentir sa chaleur ou pour le consoler du mal qu'elle venait de lui faire.

Jamais il n'avait parlé aussi franchement.

- Vous êtes déjà cette personne.

- Alors parlez-moi, si vous gardez tout ça pour vous, ça va vous ronger de l'intérieur.

- Vous n'aviez jamais parlé d'elles pendant toutes ces années...

- J'aurais dû, ça m'aurait permis de me rappeler les bons souvenirs.

- J'aimerais que vous me parliez d'elles...

- Venez vous asseoir

Ils s'étaient assis sur le canapé et il avait commencé à parler de sa rencontre avec Angela, leur fuite, leur nouvelle vie, la notoriété qu'il avait connue et qui l'avait éloigné de sa famille, sa petite fille aux cheveux blonds et bouclés qui adorait construire des châteaux de sable, de ses regrets de n'avoir pas compris que l'argent n'avait aucune importance pour elles, de ne pas leur avoir consacré assez de temps... Il n'avait pas su à quel moment elle s'était endormie mais ce qu'il savait, c'est que parler ainsi lui avait fait le plus grand bien. Il était censé l'aider et comme d'habitude, c'est elle qui l'avait aidé. Il avait caressé ses cheveux et puis l'avait allongée sur le sofa. Une nouvelle fois, il avait laissé un petit mot avant de partir « Merci de m'avoir écouté ».

Le lendemain matin, en arrivant au bureau, elle avait glissé une petite lettre sur son canapé. Il était plus facile pour elle d'écrire que d'en exprimer verbalement le contenu, d'autant que Jane l'avait toujours rendue timide. Il avait été surpris en découvrant l'enveloppe et l'avait ouverte de suite.

« Je sais que je devrais vous dire tout ça de vive voix mais vous me connaissez ... Contrairement à vous, il m'est inutile de vous parler des bons souvenirs, vous les connaissez tous puisque vous êtes lié à chacun d'eux. Je vous remercie pour ceux que vous avez partagés avec moi, c'est une marque de confiance que j'apprécie. En vous écoutant hier, j'ai compris trois choses importantes. La première est que vous seul pouvez comprendre ce que je ressens face à tout ça et je vous remercie de ne pas m'avoir traitée comme une petite chose fragile. Il fallait me faire voir la vérité en face. La deuxième chose que j'ai comprise est qu'il y a une vie après Red John, vous en êtes la preuve vivante. Enfin, contrairement à ce que je croyais, je ne suis pas faible. Vous avez dit que j'étais forte et je vous ai cru. Même s'il y aura encore des moments difficiles, je sais que vous serez là pour m'aider... »

Cette petite lettre le touchait profondément. Il avait cru ne pas l'avoir aidée hier soir et finalement s'ouvrir à elle les avait rapprochés. Tous ces sentiments qu'il n'avait jamais exprimés, tous ces souvenirs évoqués, l'avaient aidée, lui avait montré la voie. Il savait bien que la culpabilité, la honte , le silence pouvaient faire encore plus de dégâts que l'agression sexuelle qu'elle avait vécue. Il était rassuré, elle reprenait confiance en elle et acceptait son aide. Il avait eu tellement peur de ne pas être en mesure de l'aider et qu'elle finisse par s'éloigner de lui. Seule la dernière phrase de sa lettre le rendait heureux et triste à la fois « Merci d'être mon ami. »

Son ami...il l'avait été au cours des neuf années écoulées. Quand il avait été rassuré sur le fait qu'il n'avait pas perdu Lisbon, il avait cru avoir perdu son amitié. Mais ils étaient de retour sur ce chemin familier qu'il avait longtemps cru que tous deux finiraient par quitter. Il avait toujours pensé que lorsque le monde serait débarrassé de RJ, il pourrait être plus que l'ami de Teresa...qu'il serait libre de l'aimer. Il n'avait pas imaginé que le tueur au smiley s'assurerait qu'elle ne soit pas en mesure de retourner son affection. Aujourd'hui, il était pétri de doutes : lui et Teresa ne seraient-ils jamais que des amis ou pourrait-elle guérir assez pour avoir une vie amoureuse ?