Disclamer : Les personnages et l'univers appartiennent à JK Rowling
Personnages : Drago et Hermione
Titre : P.A.R.C.H.E.M.I.N.
Note d'auteur : Coucou tout le monde. Voilà le sixième et avant dernier chapitre. Merci du fond du coeur à tous d'être toujours aussi fidèles et nombreux à la lecture. Vos reviews m'ont vraiment fait chaud au coeur et j'espère que ce chapitre vous plaira autant que les précédents. Je vous le poste depuis un petit coin de paradis au bord de l'Atlantique et je vous envoie quelques rayons de soleil et embruns pour bercer ce chapitre. Du coup, pour vous le poster dans les temps, j'ai fait une relecture de moins que d'habitude, j'espère que ça ne sera pas gênant. Bonne lecture !
Réponses aux reviews des non inscrits :
Cilou : Merci pour ta review, j'espère que te chapitre te plaira autant qu le précédent =).
Juju : Merci pour ta review. Je n'ai pas disparu \o/. La mort de Narcissa m'a aussi beaucoup attristé. J'ai de nombreuses fois eu envie de changer ce passage, mais il était malheureusement un mal nécessaire.
Chapitre 6 / 17 novembre 2005 (jeudi)
Drago passa enfin la porte de sa cellule qu'il était étonnamment satisfait de rejoindre. La journée était interminable. Ils avaient passé la matinée à couper des racines d'Ellebore, puis l'après-midi à diluer de l'essence de Murlap. Bien évidemment, les autres avaient été incapable de faire ces simples taches correctement et les gardes avaient voulu les punir. Ils n'avaient eu le droit qu'à une sorte de gruau infâme pour le repas du midi et le repas du soir. Le sorcier blond avait l'impression d'être un elfe de maison et il détestait ce sentiment.
Le fait de se retrouver seul dans sa cellule lui donnait au moins un peu de répit où il s'autorisait à être moins sur ses gardes. Il avait, comme souvent, dû subir des quolibets de ses camarades pour les félicitations qu'il recevait systématiquement concernant la préparation des ingrédients. Il avait songé à mal faire les tâches confiées, mais il était tout simplement incapable d'abimer des matières premières. Il l'avait fait une fois et avait senti le regard désapprobateur de Severus Rogue sur son épaule toute la semaine.
Dans ces moments-là, il se disait qu'il commençait à devenir fou et que l'isolation ne lui réussissait vraiment pas. Pourtant, à la sortie de prison, c'était une vie de ce genre qui l'attendait. Personne, à part peut-être Gregory, n'avait envie de le voir. Il avait même raté l'enterrement de sa mère, la seule personne qui le connaissait et le soutenait toujours. Il ne lui restait que sa correspondante, dont il ignorait le nom. Il avait l'impression de la connaitre et pourtant quand il pensait à elle, il se rendait compte qu'elle était en partie le fruit de son imagination et des espoirs qu'il projetait en elle. C'était un fardeau bien trop lourd à porter pour une seule personne.
Alors Drago restait immobile, sur sa couchette, à contempler la photo issue de la rubrique nécrologique que la Gazette du Sorcier avait écrit sur sa mère. Il n'avait pas gardé le texte qui était un ramassis d'inepties complètement erronées. La photo n'était pas la plus flatteuse qu'il ait vue – sa mère lors de son procès, mais c'était elle et son regard de battant le transperçait. Elle lui donnait la force d'affronter les jours qui se succédaient inlassablement. Il lui restait treize mois à tenir et avec le soutien de sa mère et de sa Serdaigle, il pourrait le faire. Il devait le faire, il devait au moins pouvoir se présenter sur la tombe de sa mère et la rendre fière. La rendre fière comme il n'avait encore jamais réussi à le faire jusque-là. Il voulait sortir d'Azkhaban et être encore sain d'esprit. Il voulait sortir de cet enfer et avoir encore la tête sur les épaules. Sa mère avait vu sa sœur se faire interner et perdre les pédales, ça n'arriverait pas à son fils. Il s'en faisait le serment.
Soudainement, le sorcier vit de l'agitation en périphérie de son champ de vision. Il se redressa d'un coup de son lit complètement pris au dépourvu. Les gardes n'entraient jamais dans les cellules et encore moins en pleine journée avant la fermeture des portes. Et pourtant, il y en avait quatre à côté de lui. Il se demanda ce qu'il avait fait pour mériter ça. Ce qui lui valait une telle escorte. Résigné, il se leva de son lit sans que personne n'ait rien à lui dire. Il se présenta devant eux et s'aperçut qu'il avait fait fausse route. Il n'y avait pas quatre mais cinq hommes dans la cellule. Ils pouvaient à peine bouger tant ils étaient serrés.
Le cinquième sorcier présent était un homme entre deux âges, les cheveux grisonnants sur les tempes, le regard hagard et un air complètement dépassé collé à son visage. Il semblait avoir du mal à réaliser ce qui lui arrivait. Et Drago comprit qu'il avait gagné un nouveau colocataire, que de toutes les autres cellules possédant encore de la place, c'est sur la sienne que c'était tombé. Sans un mot, les gardes poussèrent le nouvel arrivant vers Drago, qui rattrapa l'homme chancelant du bout des bras. Les quatre hommes en uniforme quittèrent la pièce aussi discrètement qu'ils étaient arrivés. Ils devaient subir un entrainement de ninjas, c'était impossible autrement.
Le nouveau venu leva les yeux vers le sorcier blond qui le maintenait toujours droit. Ce dernier semblait reprendre ses esprits et Drago le lâcha pour s'en éloigner le plus rapidement possible. Il n'avait pas envie de réitérer l'expérience vécue avec Evario. Il préférait ne pas se préoccuper de l'homme et retourner à ses occupations. Apparemment, l'autre sorcier n'avait pas la même idée en tête.
« Merci pour le coup de main, je m'appelle Almerick et je sors tout juste de mon procès, se présenta-t-il en lui tendant la main. »
Drago la serra rapidement, plus par réflexe que par réelle politesse.
« Drago, répondit-il sobrement.
- T'es là pour quoi ? Moi, je me suis fait chopper avec des théières à mâchoire. Apparemment ça n'a pas plu aux aurors, parce que cette fois ils m'ont envoyé face à un juge. Je pensais pas que j'aurais un procès, d'habitude, ils se contentent de noter des trucs et de verrouiller ma baguette pour quelques temps. On n'a pas idée de verrouiller la baguette des gens. Qui fait ça sérieusement ! Ils sont fous ces gars du Ministère. Je sais pas comment font les gens pour travailler là-bas. »
Le blond le regarda incrédule. A croire qu'après Evario, les gardes voulaient lui faire une blague en dégottant le malfrat le plus bavard de tout le Royaume-Uni. Qu'avait-il fait pour mériter ça ? Il pensait pourtant être un détenu exemplaire. En quelques instants, le fameux Almerick lui avait fait regretter de ne pas avoir déposé une demande de libération anticipée.
Le sorcier finit par se taire et le dévisagea, attendant visiblement quelque chose. Drago se rappela alors que ce dernier lui avait posé une question tout au début de sa tirade.
« La Guerre, je suis là à cause de la Guerre. »
Evidemment, cette réponse était une non-réponse. La quasi-totalité des sorciers emprisonnés étaient là pour un motif en rapport avec la Guerre. Le regard marron de son voisin se posa donc automatiquement sur son bras, cherchant peut-être à voir à travers sa manche si la marque était présente. En levant les yeux au ciel, il dénuda son bras et sentit le regard perçant sur sa peau. Il rabaissa le morceau de tissu tout aussi vite et retourna sur sa couchette.
Il vit quasi immédiatement qu'un des gardes lui avait laissé son courrier sur sa couverture. Drago s'en voulut de ne pas l'avoir vu plus tôt et d'avoir perdu un temps ridicule avec le malfaiteur aux théières. Il ouvrit prestement l'enveloppe bleue et se plongea dans sa lecture, sans un regard pour son codétenu qui l'observait avec de grands yeux inquisiteurs.
Londres, le 8 novembre 2005
Bonjour à vous,
J'ai bien reçu votre dernière lettre. J'ai eu l'impression, au ton de votre courrier que vous avez enfin retrouvé un peu le moral. J'en suis ravie, que ce soit effectivement grâce à ces jeux distrayants ou grâce à votre personnalité incroyable qui peut se relever de tout.
Sa Serdaigle lui avait envoyé quelques mois plus tôt un jeu qu'elle avait appelé « casse-tête ». Sa première surprise avait été de constaté que l'objet avait franchi les contrôles de sécurité de la prison. La seconde, c'était d'avoir effectivement réussi à se vider la tête en manipulant l'objet en bois. Il avait réussi, après une lutte acharnée contre l'engin inanimé, à en extraire une bille en plastique. La satisfaction de tenir cette bille entre ses mains avait été incroyable. Il en était encore étonné. Depuis, régulièrement, elle lui en faisait parvenir un nouveau sur lequel il s'arrachait les cheveux dans ses moments de désœuvrement.
Je dois avouer que vous ne cessez de m'étonner. Je ne pense pas que grand monde à votre place arriverait à voir à ce point la vie du bon côté. Vous me parlez de projet, vous avez toujours votre magnifique écriture. Je peux vous assurez que peu importe les choix que vous avez fait par le passé, vous êtes une belle personne et vous méritez que la vie soit plus belle pour vous dans l'avenir. Je suis confiante ça sera le cas !
Elle trouvait qu'il avait une écriture magnifique. Elle trouvait qu'elle était une belle personne. Il rougit presque de ces quelques mots. Elle était tellement parfaite et prévenante avec lui. Elle lui était tellement indispensable, qu'il n'en revenait pas à chaque fois qu'elle lui faisait un compliment. Il se sentait tellement petit à coté de tous ses accomplissements. Et ce sentiment ne ressemblait pas à Drago Malefoy. Non, c'était nouveau. Il n'avait jamais ressenti ça avant, jamais.
Au registre des nouvelles, le centre a enfin ouvert ses portes. Les premiers elfes de maison sont arrivés hier. J'espère que tout se passera bien. Du coup, je peux réfléchir à un nouveau projet. M. West me laisse du temps pour développer quelque chose en plus de mon poste d'assistante juriste. J'espère qu'un jour je pourrais passer du rôle d'aide à un vrai poste de juriste. J'ai hâte de pouvoir consacrer tout mon temps à des sujets passionnants et importants pour notre société. C'est comme pendant la Guerre, j'ai l'impression de pouvoir faire la différence.
Cette femme était impressionnante. Elle avait réussi à monter un complexe de formation pour elfes de maison, une première mondiale, alors qu'elle avait à peine deux ans d'expérience dans le domaine. Elle était la preuve qu'en s'en donnant les moyens, on pouvait y arriver. Elle était une battante et son inspiration. Elle lui avait dédié cet accomplissement dans un précédent courrier et il voulait s'en montrer digne. Mais comment, depuis sa prison, pouvait-il faire quelque chose à la hauteur de cette sorcière fantastique. Même une fois sorti, rien ne lui semblait suffisant pour lui prouver sa reconnaissance et son attachement.
Dans votre dernière lettre, vous me demandez de décrire ce à quoi je pense que vous ressemblez physiquement. Je trouve cette idée très amusante, même si je redoute d'être complètement à côté de ma cape. Je vous en prie, ne vous moquez pas de moi si je me trompe. Alors, pour moi, vous êtes un peu plus grand que la moyenne (mais pas un géant non plus), vous avez les cheveux relativement courts (mais pas au ras du crâne non plus). Je vous imagine avec un regard clair qui rendrait votre regard froid pour les gens qui ne vous connaissent pas vraiment. Je suis persuadée que vous fusillez du regard les autres prisonniers pour les tenir à distance. Je vous imagine assez athlétique (vous m'avez signalé que vous jouez beaucoup au Quidditch), même si je suppose que vous devez être moins musclé qu'avant vu le manque d'activité que vous avez à Azkhaban. Je me sens un peu idiote de vous raconter ça, c'est étonnamment personnel.
Elle était à la fois touchante et attendrissante. Son hésitation mêlé d'enthousiasme le touchait. S'il n'y avait pas eu le programme PARCHEMIN, jamais il n'aurait pu faire sa connaissance. Jamais elle n'aurait pu essayer de deviner à quoi il ressemblait et jamais elle ne l'aurait décrit avec autant d'exactitude. Par orgueil, il souleva sa robe de prisonnier pour observer son ventre avant bien musclé, mais il devait avouer, qu'enfermé, il s'était laissé aller. Ce n'était pas tant que la nourriture de la prison était riche et copieuse – ce n'était clairement pas le cas, mais le manque d'exercice cuisant. Il aurait pu, comme certains détenus, continuer à faire du sport… Enfermé entre ces murs, à quoi bon se donner tout ce mal.
Mais peu importe ce à quoi vous ressemblez, je sais très bien qui vous êtes. Un homme avec des convictions, mais aussi une ouverture d'esprit incroyable. Vous êtes curieux et avez envie de visiter le monde. Mais vous êtes également à l'écoute et je suis certaine que vous seriez prêt à tout pour les personnes de votre famille ou vos amis proches.
Drago se surprit à se reconnaître dans cette description alors que ça n'aurait pas été le cas lorsqu'il était encore à Poudlard. Était-ce la Guerre qui l'avait changé ? Était-ce l'enfermement ? Ou bien était-ce sa Serdaigle et leurs échanges ? Une chose était sûre, il ne reviendra pas en arrière même pour tout l'or de Gringotts.
Vous m'avez, jusqu'ici été de bon conseil et je crois que j'ai besoin d'un avis externe au sujet de quelque chose. Je suis un peu gênée d'aborder le sujet, mais maintenant que je viens de me ridiculiser en vous décrivant peut-être complètement faussement, je n'ai peur de rien. Je vous avais également parlé de mon ancien camarade de fac qui est revenu vivre à Londres, celui qui a un poste de juriste au Département des affaires familiales. Il est venu m'aider à finir de ranger mon appartement. Je n'en reviens pas que j'ai mis autant de temps à vider toutes ces fichues boîtes. Mais c'est chose faite. Bref, ce n'est pas le sujet et je digresse.
Le début du paragraphe l'avait fait rire. Si elle avait été en face de lui, il l'aurait sûrement chambrée sur le fait d'être une Gryffondor, ou quelque chose du même goût. Mais face à son papier, il ne pouvait que sourire et être attendri. Il était néanmoins inquiet au sujet de ce nouvel ami. Elle lui en avait parlé à plusieurs reprises dans les courriers les plus récents et il trouvait que ce dernier s'incrustait de plus en plus dans la vie de son amie. Elle avait tout à fait le droit d'élargir son cercle de connaissances, mais Drago ne pouvait s'empêcher d'avoir un mauvais pressentiment.
Pour le remercier, je lui ai proposé de rester dîner, et on va dire qu'on n'a pas fait que manger le repas. Depuis, je ne sais pas quoi faire. Apparemment, nous sommes en couple avant même que je n'ai eu le temps de considérer cette idée. Je suis complètement perdue. Ma dernière relation a été ma seule relation vraiment sérieuse et nous savons tous les deux comment cela s'est terminé. A ma place, que feriez-vous ?
A sa place, il en profiterait et verrait ce que le temps dirait. Mais, pour elle, il ne voulait pas ça. Elle méritait plus qu'un mec qui se souciait de son plaisir sans définir leur relation avant. Elle méritait plus qu'un arriviste de juriste. Elle méritait plus. Elle méritait qu'on lui décroche la lune et bien plus encore. Il savait, néanmoins, qu'il ne pourrait jamais lui dire ça. Qu'il n'avait pas le droit de lui dire de fuir cet homme sous prétexte que Drago ne le pensait pas assez bien pour elle. Lui n'avait peut-être pas le droit d'avancer dans la vie, mais il ne pouvait pas l'empêcher de le faire.
Bon, je me sens parfaitement ridicule. J'espère que la personne qui censure ces courriers ne connait pas mon identité non plus, sinon je n'oserai plus jamais sortir de mon bureau de peur de croiser quelqu'un.
Quoi qu'il en soit, je vous remercie de ne pas trop me juger à la lecture de ces mots. Je suis particulièrement embarrassée, mais je vous fais confiance pour votre réaction. Vous ne m'avez jamais déçu depuis les quatre ans que dure notre correspondance. Quant à vous, comment me voyez-vous ? Aviez-vous une copine avant votre emprisonnement ? Comment avez-vous géré la situation ? (je me venge un peu avec mes questions). Je vous souhaite une très bonne journée. J'espère que tout va bien pour vous.
Amicalement,
Votre amie et soutien
Drago allait bien. Il était agacé par cette histoire avec le juriste, mais il était heureux d'avoir reçu un courrier de son amie. Il était heureux qu'elle lui confie ses doutes et ses inquiétudes. Il en fait particulièrement heureux qu'elle l'estime. La vie n'était pas tous les jours facile à la prison et apportait son lot de frustration, mais avec sa Serdaigle à ses côtés, Drago se sentait capable d'affronter les pires sévices que la vie était capable de lui offrir.
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24 novembre 2005 (jeudi)
Hermione se trouvait devant la porte du foyer des Potter depuis plusieurs minutes et ne trouvait pas le courage de signaler sa présence. Elle savait que Ginny et Harry l'attendaient pour le repas, mais elle ne pouvait empêcher le mauvais pressentiment qu'elle avait. Lorsque Harry avait débarqué dans son bureau un peu plus tôt dans la journée pour l'inviter à dîner, elle ne s'était pas inquiétée. Ce n'était pas la première fois qu'il lui faisait ce genre de proposition. La suspicion s'est fait sentir lorsque le sorcier s'est exprimé par un soupir de soulagement à son acceptation : Ginny avait dû lui mettre la pression. Et si c'était le cas, c'est qu'elle voulait quelque chose d'Hermione.
En bonne Gryffondor, elle finit par s'armer de courage et frapper à la porte de la maison de ses meilleurs amis. Elle se sentait ridicule d'avoir si longtemps hésité. Après tout, elle n'était pas à l'entrée du manoir Malefoy, prête à affronter Voldemort.
La porte face à elle s'ouvrit sur une sorcière, dont les cheveux roux tentaient de s'enfuir de sa queue de cheval. Dans ses bras, Ginny portait le jeune James. Le visage du bambin s'éclaira lorsqu'il reconnut sa marraine. Il lui tendit immédiatement ses petits bras potelés pour réclamer un câlin qu'Hermione lui accorda avec plaisir. Elle salua le couple Potter, avec leur fils dans les bras, avant de s'installer dans le salon où la table était déjà dressée.
A peine Hermione se fut-elle assise que Ginny entra dans le vif du sujet :
« Hermione, j'ai entendu plein de choses croustillantes à ton sujet, commença-t-elle avec un ton de conspiratrice.
- Ne me dis pas que toi aussi tu as cru à cette histoire avec le fils de M. Fleury. La Gazette ne sait plus quoi inventer. »
Ginny éclata de rire au souvenir de cet article, aussitôt rejointe par Harry et Hermione sous le regard interrogateur du petit James qui ne comprenait pas ce qui arrivait aux adultes. Il trouvait ses petits balais volants bien plus intéressants et pour une fois, sa mère ne le grondait pas de les faire voler sur la table.
« Non, je voulais parler du nouveau juriste qui fait des ravages auprès de la gente féminine, reprit Ginny.
- Harry, ta femme ne passe pas assez de temps sur son balai si elle a encore le temps d'aller draguer au Ministère, sourit Hermione en tentant de changer de sujet. »
Malheureusement pour elle, Ginny avait grandi avec six frères et ne se laissait pas avoir par ce genre de duperie plus grosse qu'un hippogriffe.
« La colocataire de Becca, la gardienne de l'équipe, est secrétaire au département de la justice magique. Elle ne parle que du beau Tomislav et de la mystérieuse sorcière aux cheveux bruns qui lui a ravi son cœur. »
Hermione était rouge comme une pivoine et aurait bien aimé pouvoir se transformer en petit souris pour disparaitre immédiatement. Mais, l'épouvantard était hors du placard. Il allait falloir qu'elle affronte le brouillard qu'était sa vie depuis une quinzaine de jours.
« Je crois que je suis effectivement en couple avec Tomi, répondit timidement Hermione.
- Comment ça « tu crois » ?, la coupa Ginny interloquée. En général, on est au courant de ce genre de choses.
- C'est compliqué.
- Essaie d'expliquer, on pourra peut-être t'aider. »
Hermione tourna la tête vers son meilleur ami à la recherche d'un soutien pour détourner la joueuse de Quidditch de son objectif. Mais elle ne rencontra pour réponse que le regard malicieux et riant d'Harry. Il ne lui serait d'aucune aide, il semblait vouloir en savoir autant que sa femme.
« Pour faire simple, je connais Tomislav depuis longtemps. Il était à l'université en même temps que moi et on partageait quelques cours. On avait pas mal sympathisé autours de devoirs particulièrement ardus sur la jurisprudence en cours de relations moldus/sorciers. Et à la fin de nos études, il est rentré dans son pays pour travailler et retrouver ses parents.
- A ce moment-là déjà ? osa à peine demander Ginny »
La question blessa Hermione. Elle pouvait comprendre la jeune femme qui s'inquiétait logiquement pour son frère. Mais elle aurait espéré qu'elle ne tirerait pas des conclusions hâtives d'informations parcellaires.
« Bien sûr que non, Ginny. Je n'aurais jamais fait ça à Ron. Ni à quiconque. J'aimais sincèrement ton frère et ça ne m'aurait jamais traversé l'esprit. C'était juste un partenaire d'étude. Nous n'avons même pas échangé un courrier après la fin de nos études. C'était simplement une page qui se tourne. Lorsqu'il est revenu en Angleterre pour travailler au Ministère nous nous sommes croisés et il m'a proposé de sortir boire un verre. Nous nous sommes vus quelques fois depuis septembre, mais toujours en toute amitié. Et honnêtement je n'en attendais pas plus.
- Donc vous êtes simplement des amis qui sortez de temps en temps pour boire des verres et décompresser du travail, résuma Ginny. C'est pas ça être en couple.
- Quand je lui ai dit que nous étions séparés avec Ron, j'ai bien vu qu'il était intéressé. Mais je n'ai rien fait pour lui faire comprendre que ce n'était pas réciproque.
- Est-ce qu'il a ... ? »
Ginny avait blanchi en posant sa question, pensant tout de suite aux scénarios catastrophes. Certes, vivre avec un auror la prédisposait à entendre toute sorte d'histoires sordides, mais ces interruptions incessantes commençaient à agacer Hermione. Elle fit volontairement une pause dans son discours sans répondre à son interlocutrice. Après avoir savouré deux toasts délicieux, elle reprit.
« Non Ginny, il n'a rien fait que je ne l'ai pas laissé faire. Et cesse donc de m'interrompre où je ne finirais pas ce que j'ai à dire. Donc, on s'est vu plusieurs fois et, il y a trois semaines, il est venu chez moi pour m'aider à finir de déballer les cartons qui trainaient.
- Et tu as gobé une pareille excuse, l'interrompit Harry cette fois-ci. J'ai quand même l'impression que c'est la tentative de drague la plus navrante jamais entendue.
- Vous êtes agaçants en fait. C'est à se demander pourquoi vous êtes mes amis, rétorqua Hermione mi-amusée, mi-agacée.
- Et alors, ça a marché.
- Oui, répondit simplement Hermione. »
Pour une fois, le couple Potter était silencieux. Seuls les babillages de leur fils venaient alléger le silence. Harry et Ginny la regardaient, attendant visiblement qu'elle développe ses propos. Mais, elle ne voulait pas le faire. Elle n'en avait plus envie.
« Dans ce cas, dit Ginny rompant le blanc de la conversation. Pourquoi « crois-tu » être en couple ?
- Et bien, on n'en a pas parlé sur le moment. Et depuis il se comporte comme si c'était évident.
- Et tu ne veux pas ? demanda doucement Harry.
- Je ne sais pas ce que je veux. Je n'ai jamais eu ce genre de pensées vis-à-vis de Tomi. Il est gentil, il est attentionné, il est plutôt très beau, mais il manque quelque chose.
- Hermione, ça fait plus de deux ans que vous vous êtes séparés avec Ron. Il est peut-être temps de faire le deuil de la relation que vous avez eu et d'envisager de t'ouvrir à nouveau. »
Harry avait parlé doucement, comme lorsqu'il intervenait face à des victimes de crime et de violence. Il connaissait le tempérament tempétueux et borné de son amie et ne voulait pas en faire les frais ce soir-là.
« J'ai fait le deuil de la relation que j'ai eu avec Ron. Je crois que j'en avais fait le deuil avant même qu'on soit séparé. Mais j'ai quand même l'impression de me mentir à moi-même en acceptant les avances de Tomi. Je ne veux vraiment pas le blesser.
- Qui as-tu peur de trahir Hermione ? l'encouragea le brun. »
Hermione ne répondit pas. Intérieurement elle connaissait la réponse à cette question. Mais elle ne voulait pas l'admettre ni à haute voix, ni même à elle-même. Elle regarda le plat de toasts, espérant qu'un éclair frappe la maison et change le sujet de conversation brutalement. Mais aucun éclair ne vint la sauver. Et pire encore, Ginny comprit. Elle tenta de croiser le regard d'Hermione pour la confronter, mais la brune gardait le regard fixé.
« C'est à cause du prisonnier, c'est ça, finit-elle par lâcher à haute voix. »
Hermione se raidit sur sa chaise à ces quelques mots, comme une enfant prise en faute. Puis, elle se rappela qu'elle ne se trouvait pas face à ses parents, mais face à ses amis. Des amis qu'elle connaissait depuis toujours et qu'elle avait aussi vus dans des moments difficiles, voire même de doute. Ils ne la jugeraient pas. Ils ne lui reprocheraient rien. Du moins, elle l'espérait. Alors, avec tout le courage qu'elle put amasser. Elle hocha la tête.
« Tu as des sentiments pour lui ?
- Je sais pas. Comment je pourrais en avoir alors qu'on ne s'est jamais vus ? s'interrogea Hermione à voix haute.
- S'il y a une personne qui peut tomber amoureuse par le biais de lettres, c'est bien toi Hermione, lui répondit Ginny.
- C'est tellement étrange. J'ai l'impression de le connaître depuis presque toujours, de pouvoir lui confier toutes mes inquiétudes. C'est autant mon meilleur ami que vous. »
Elle avait levé la voix à la fin de sa dernière phrase, comme si elle se posait la question. En prononçant ces mots, elle savait pourtant qu'ils n'étaient pas complètement vrai. Il était devenu son meilleur ami, devançant même Harry. Elle lui confiait des choses qu'elle ne dirait à personne d'autre. Elle lui demandait des conseils et soumettait des idées comme elle ne l'avait jamais fait avec personne.
« Il sort bientôt de prison ?
- Dans un peu plus d'un an.
- Tu pourrais peut-être demander la levée de l'anonymat. Kingsley t'accorderait un droit de visite, lui assura Harry.
- Et s'il ne veut plus échanger avec moi en apprenant qui je suis.
- C'est ridicule Hermione. Tout le monde t'adore. Il n'a aucune raison de te fuir.
- On s'est sûrement affrontés pendant la Guerre, ou alors il n'en a rien à faire de moi et sera débarrassé quand il sortira de prison…
- Si tu n'avais pas l'air aussi perdue, je me moquerais presque de ce que tu racontes. C'est à toi de voir à ce sujet. Mais tu dois trouver quoi faire pour Tomislav. Tu as raison, ce n'est pas juste envers lui, ni envers toi si ton cœur est pris par un autre, dit Ginny.
- Qui a volé le cœur d'Hermione ? questionna une voix qu'Hermione reconnut immédiatement. »
La sorcière se retourna et croisa immédiatement le regard de son ex compagnon. Ron se tenait à l'entrée du salon, les bras croisés sur le torse, le visage dénué d'expression. Elle n'aurait su dire s'il était énervé, content, surpris… Elle-même était étonnée de le voir là, mais surtout soulagée qu'il ne soit pas arrivé une dizaine de minutes plus tôt alors qu'ils parlaient de son Serdaigle.
Tous les adultes se levèrent soudainement dans un mouvement crispé et peu naturel. Bien que la relation entre Hermione et Ron se soit apaisée depuis leur séparation, certains sujets restaient sensibles et personne ne savait sur quel pied danser. Hermione savait que Ron avait eu plusieurs conquête ces deux dernières années, mais elle avait pris grand soin de ne jamais aborder le sujet et surtout pas en sa présence.
Hermione attrapa sa cape et son sac qu'elle avait posé à proximité en entrant. Elle ne voulait pas rester en présence de Ron, pas après la conversation qu'elle venait d'avoir avec Harry et Ginny. Elle était émotionnellement vidée et ne se sentait pas prête à affronter Ron.
« Je vais rentrer. On se voit une prochaine fois, dit-elle précipitamment.
- Tu peux rester. Je ne voulais pas déranger, je ne savais pas que tu serais là ce soir. Je viens de rentrer de mission et voulait voir Harry, mais ça peut attendre demain, expliqua Ron alors qu'il lui barrait le passage de ses bras pour l'empêcher de prendre la fuite.
- Il est tard, je veux vraiment y aller. C'était chouette de vous voir tous. »
Sur ces paroles, Hermione s'échappa des bras de Ron et prit la poudre d'escampette. Elle savait qu'elle n'avait pas fait preuve de beaucoup de maturité, mais elle n'aspirait qu'à une chose : retrouver son lit et se blottir sous sa couette.
Plongée dans ses pensées, elle arriva chez elle plus vite que prévu, sans même avoir trouvé quoi faire face à Tomislav le lendemain. Par habitude, elle vérifia sa boîte aux lettres. Elle l'avait relié au réseau de la poste sorcière. Son courrier était automatiquement transféré d'une boîte à hiboux sur le chemin de traverse à celle de l'immeuble moldu : une bénédiction.
Toujours plongée dans ses pensées, elle récupéra les deux enveloppes qui l'attendaient et gravit les étages jusqu'à son appartement. A mi-chemin, elle s'aperçut qu'une des enveloppes provenait du P.A.R.C.H.E.M.I.N. Son cœur s'emballa soudainement, elle se retint au dernier moment de transplaner directement dans son appartement. Après la soirée qu'elle avait eue, elle avait besoin de la douceur et de la gentillesse de son correspondant.
Dès qu'elle franchit la porte de son appartement, elle ouvrit l'enveloppe et se posa dans le premier fauteuil qu'elle trouva sans prendre le temps de retirer son manteau ni ses chaussures.
Le 18 novembre 2005,
A une amie,
Merci pour votre courrier ainsi que la carte et le crayon qui viennent agrandir une collection déjà bien conséquente. Je n'aurais pas assez d'une vie pour consommer tout ce matériel de papèterie. Ceci dit, je vous en conjure, n'arrêtez pas. Ces petits clins d'œil sont des touches de soleil dans mon quotidien. Enfin, si vous souhaitez arrêter, je ne vous force à rien.
Hermione n'envisageait pas d'arrêter ces petits cadeaux. Dès qu'elle partait quelque part ou qu'elle entrait dans une boutique, la sorcière ne pouvait s'empêcher de penser à cet ami qui faisait tant battre son coeur et à ce qu'elle pourrait lui offrir. Elle prenait plaisir à chaque courrier à dénicher ces objets simples, mais si essentiel à leurs échanges. Personne ne le savait, mais elle dissimulait sous son lit une boîte remplie de cartes postales et de stylos qu'elle avait glané depuis ces années. Même si elle arrêtait d'en acheter, elle aurait sûrement de quoi lui en offrir pendant encore des années.
Il y a quelques jours, j'ai eu une entrevue avec un des gestionnaires de la prison. Il voulait que nous nous voyions pour parler de mes projets en matière de réinsertion une fois ma peine purgée. Il me reste un peu plus d'un an et je ne pensais pas que ce serait aussi compliqué. Après tout, il n'a fallu qu'un mois pour me couper de toutes les personnes que je connaissais et de tout ce que je possédais. Mais il faut plus d'un an pour envisager de me retrouver un semblant de vie, ou au moins la logistique pour que je ne dorme pas sous les ponts, ou pire, dans une tente en pleine forêt.
Hermione savait, de par ces précédentes lettres que cette audience pour sa réinsertion avait beaucoup angoissé son Serdaigle. Il devait, à cette occasion, présenter ses projets pour l'année à venir et faire les demandes d'accompagnement auprès du Ministère. La sorcière avait trouvé le procédé lourd et complexe et s'en était même plainte à Kingsley Shackelbot. Mais ce dernier avait été ferme sur ce point : le délais d'un an était essentiel pour éviter d'envoyer d'anciens détenus dans la rue. Ce délai permettait également au Ministère d'organiser des entretiens d'embauche ou d'aide au logement. Quoi qu'elle en pense, cette entrevue était une étape obligatoire et préalable à la sortie de son ami.
Cette entrevue devait m'aider à faire l'état des lieux de mes opportunités en termes de travail et de logement, et il semblerait que sur les deux points les possibilités soient très limitées. Personne ne voudra embaucher un sorcier de mon âge sans diplôme supérieur, ni expérience professionnelle, ni un repris de justice et encore moins un participant de la Guerre. Quant à la question du logement, l'intendant m'a conseillé de contacter ma famille. Mais je crains d'en être le dernier membre en vie. Du coup, j'ai fait une demande au Ministère pour au moins connaître l'état des lieux de mes finances et possessions, histoire que je sache à quel point je suis pauvre…
Hermione espérait réellement qu'il parviendrait à trouver une solution. Si jamais elle sentait que tout était contre lui, elle l'aiderait plus ou moins ouvertement. Elle ne pouvait se résoudre à l'abandonner à un triste sort si elle était en moyen de tirer quelques ficelles. La sorcière ne ferait jamais usage de sa célébrité pour son profit personnel, mais elle ne voyait aucun problème à le faire pour aider les personnes dans le besoin.
Vous qui étiez si heureuse de me voir remonter la pente, je suppose que ce courrier ne vous rassure pas énormément. Pour mettre un peu de bonne humeur, je vais répondre à vos questions gênantes, mais c'est bien parce que c'est vous et que je vous fais confiance pour ne jamais retourner ce que je vais dire contre vous.
Je vous imagine assez peu en réalité. Je pense que vous êtes de taille moyenne, peut-être un peu plus grande que la moyenne. Je suppose que vous avez de longs cheveux bruns qui ne sont pas lisses (bouclés, frisés ?) qui vous gênent particulièrement quand vous êtes plongée dans vos lectures. Vous portez sûrement des lunettes. J'imagine que toutes les personnes qui passent autant à lire portent des verres pour reposer leurs yeux. Je pense que vous aimez les vêtements simples et que vous portez aussi bien des vêtements moldus (comme les jeans ?) que des vêtements sorciers. Mais plus que tout, je pense que vous avez un regard malicieux et lumineux.
Il l'avait plutôt fidèlement décrite, bien qu'elle ne porte pas de verres correcteurs. La médecine sorcière pouvait faire des miracles si jamais elle devait en avoir besoin un jour. En lisant, elle avait rougi du début à la fin de la description. La jeune femme avait eu l'impression de sentir le regard de cet homme traverser le papier et l'observer, voire même, osait-elle l'espérer la contempler. Ces mots étaient comme du velours pour elle, comme une douce caresse. Elle s'accorda le plaisir de les relire une seconde fois avant de passer à la suite.
Je suis persuadé que tous les regards se tournent sur vous quand vous entrez dans une pièce, car dans mon esprit vous dégagez une forte aura de confiance en vous. Vous êtes déterminée et décidée à faire bouger les choses autours de vous. Vous êtes passionnée de tout ce dont vous me parler et rien ne vous laisse indifférente. Voir la vie à travers vos yeux m'a tout simplement l'air magnifique.
Dans ses mains, le parchemin tremblait légèrement, signe d'une vive émotion. Entre la soirée intense qu'elle venait de passer et ces quelques lignes, elle avait l'impression que le temps s'arrêtait et se mettait à tourner autour d'elle pour l'entrainer dans une farandole d'émotions et de sensations qui lui étaient inconnues.
Concernant mes histoires d'amour. Je suis navré de dire que je n'ai pas connu ce que vous avez pu vivre avec votre ex. J'ai été très/trop rapidement préoccupé par la Guerre qui faisait rage autour de nous et n'avait simplement pas l'esprit à ça. Ceci dit, ça ne m'a pas empêché de vivre quelques rapprochements avec mes camarades de Poudlard. Mais rien de tout cela ne semble sérieux à ces âges-là.
Hermione était partagée en lisant ces quelques lignes. D'un coté, elle était triste que cet homme si attentionné n'ait pas eu la chance de trouver l'amour d'avant d'être enfermé. Mais d'un autre, elle s'avouait à peine la jalousie qui l'avait étreint à l'idée qu'une jeune femme lui ait déjà volé son cœur. Après sa conversation avec Ginny, elle osait enfin admettre qu'elle voulait, au plus profond d'elle, être cette personne qui lui manquait tant.
Concernant votre situation d'incertitude, je ne suis peut-être pas le plus compétent pour vous répondre, mais je tâcherais de faire au mieux. De mon point de vue, j'ai l'impression que vous n'êtes pas vraiment attachée à votre collègue et qu'il s'agit d'une opportunité qu'il a vu et qu'il a saisi. Comme je vous le disais avant, je ne doute pas que de nombreuses opportunités s'offrent à vous en permanence. Il s'agit sûrement de quelqu'un de très bien, même si vous n'éprouvez rien de fort pour lui. Peut-être devez-vous malgré tout lui laisser une chance. Néanmoins, ne fermez pas la porte à d'autres rencontres. On ne sait jamais de quoi la vie est faite.
Toute la chaleur et la confiance qui avait emplie Hermione jusque-là retomba comme un soufflé. Elle avait complètement oublié Tomislav et il la précipitait dans ses bras. Elle ne savait pas à quoi elle s'était attendue en se confiant à lui sur ce sujet : qu'il lui conseille de le quitter, qu'il lui déclare sa flamme et lui dise de l'attendre à sa sortie de prison. Elle aurait été naïve de croire qu'il aurait écrit ce genre de choses.
Même si, à bien y réfléchir, la fin du paragraphe pouvait aussi être interprétée différemment. Lui disait-il à demi-mots de l'attendre ? Ou était-elle en train de lire entre les lignes des messages qui n'existaient pas ? Elle était habituée, avec Harry et Ron, à la simplicité d'esprit dont étaient capable les garçons en matière de sentiments. Elle avait certainement trop chaud de ne pas avoir retiré son manteau et tout cela lui montait à la tête.
Voilà qui conclura le moment confession, et comme toujours, quelques questions pour conclure cette lettre : Quel est votre souvenir le plus marquant avant votre entrée à Poudlard ? Vos amis ont-ils eu leur second enfant ? (Vous ne m'en avez plus parlé dans vos lettres).
En vous souhaitant une agréable journée,
Votre ami.
Hermione avait chaud. Hermione était fébrile. Elle était à la fois plus sûre que jamais de ce qu'elle ressentait et plus perdue que jamais quant à ce qu'elle devait faire. Elle n'aurait su dire si tout cela venait de sa conversation avec les Potter ou de cette si belle lettre, mais elle avait besoin de sommeil. Après tout, la nuit porte conseil.
~.~.~
29 novembre 2005 (mardi)
C'était peut-être la vingtième fois que Drago lisait les mêmes lignes qu'il avait reçues du Ministère. Ses yeux parcouraient sans relâches les quelques mots griffonnés, mais son cerveau ne les lisait plus réellement : il les connaissait par cœur à présent. Ces quelques lignes froides et austère où on lui annonçait qu'il n'avait plus rien.
Dans un premier temps, il avait espéré pouvoir récupérer le Manoir Malefoy, ou au moins une partie des biens qui étaient à l'intérieur. Mais tout avait été saisi par le Ministère sous prétexte que le Seigneur des Ténèbres y avait séjourné. Il n'avait donc accès ni aux objets transmis de génération en génération, ni même à ses maigres possessions d'enfance. Bien évidemment, l'intégralité du coffre de Gringotts avait également été saisi, car les biens avaient été accumulés de manière frauduleuse aux dires des bureaucrates. Drago avait conscience qu'aucune preuve ne permettait de le déterminer, mais il savait aussi qu'aucun avocat ne le soutiendrait et que cette fortune était définitivement perdue.
La deuxième partie de la lettre avait anéanti ses derniers espoir. Sa tante Bellatrix et son oncle Rodolphus lui avaient légué leurs coffres. Il le savait pour avoir fait toutes les démarches à la fin de la Guerre avant d'être emprisonné. Ces deux coffres avaient également été saisis par le Ministère. Celui de sa tante aurait contenu un morceau de l'âme du défunt chef de guerre et l'autre coffre des objets de magie noire.
Drago pouvait penser ce qu'il voulait de ces décisions de justice, cela ne changerait pas le fait qu'il n'avait aucune solution de secours pour gérer sa sortie de prison. Il n'avait aucun ami pour l'héberger, et s'il en avait eu, il n'aurait pas pu les contacter. Il ne savait pas non plus où il pourrait travailler. Il était perdu et ce n'était pas un sentiment qui lui convenait.
Il fut sorti de la contemplation de son courrier par son codétenu qui gesticulait dans son lit, en proie à des cauchemars. Le sorcier blond hésita un instant à le réveiller pour lui épargner cette souffrance avant de se refreiner. Almerick méritait ce qui lui arrivait. Après quelques jours à partager la même cellule, Drago avait arrêté un avis sur cet étrange individu. Cet homme était à la fois stupide et un excellent sorcier. Il ne se rendait pas compte de la bêtise des objets qu'il fabriquait et vendait. C'était un véritable danger pour la population sorcière comme moldu, car il ne voyait en ses réalisations que des objets distrayants, peu importait leur dangerosité.
Détournant le regard d'Almerick, Drago prit un de ses précieux crayons et un morceau de parchemin. Sa Serdaigle lui avait expliqué, longtemps auparavant, qu'elle affectionnait particulièrement les listes et que cela lui était toujours utile dans les situations de doutes. Il traça donc un trait pour séparer le parchemin en deux. D'un coté, il inscrit « Logement » et de l'autre « Finances ». Il voulait lister ses possibilités pour l'avenir. Une fois les listes préparées il ne restait plus qu'à les remplir. Sa correspondante ne lui avait pas dit que c'était aussi difficile.
Le sorcier blond ignorait le temps qu'il avait passé à regarder le parchemin sans rien inscrire dedans. Il fut sorti de sa contemplation par une voix qu'il avait appris à détester : celle de son camarade de cellule. Il posa son ongle sale sur le papier sous le mot « Logement » et il dit :
« Pourquoi tu demandes pas à ta copine ?
- Ce n'est pas ma copine, répondit machinalement Drago avec un pincement au cœur. »
Drago n'avait pas parlé de sa Serdaigle à son codétenu, mais ce dernier n'était pas né du dernier chaudron. Il le voyait bien relire en boucle les lettres qu'il avait reçues. Et surtout, il pouvait compter sur les langues bien pendues des autres détenus, certainement jaloux de la relation épistolaire qu'il entretenait.
« Tu peux quand même lui demander, insista Almerick. »
Drago ignora simplement ce que lui disait l'homme derrière lui. Il ne voulait pas paraître faible. Il voulait que sa Serdaigle soit fière de lui comme il voulait être fier d'elle. Elle était merveilleuse, lui faisait découvrir des sensations et émotions qu'il n'avait jamais ressenties avant. Il ne voulait pas qu'elle le perçoive comme quelqu'un de faible. Le sorcier aux yeux gris avait de grands projets pour le jour de leur rencontre et ne voulait pas se dévaloriser avant d'avoir pu la voir.
Cet intermède lui avait néanmoins été salutaire, car il commença à renseigner la liste des finances en inscrivant différents métiers auxquels il espérait pouvoir prétendre : apprenti potioniste, vendeur chez un apothicaire, vendeur, serveur… Il savait qu'il était impossible d'être embauché sur la plupart de ces postes : personne ne voudrait le mettre en contact avec de la clientèle. Il était un repris de justice et pas des moindres.
Lorsqu'il releva la tête de son parchemin, défaitiste, il eut la surprise de voir que la porte de sa cellule était ouverte et qu'Almerick était encore face à lui, comme s'il l'avait attendu. Il fut vite détrompé lorsqu'il vit ce que ce dernier tenait entre les mains : une enveloppe bleue. Drago récupéra la missive prestement, remercia son codétenu d'un signe de tête et disparu immédiatement sur sa couchette pour se plonger dans sa lecture.
Londres, le 26 novembre 2005
Bonjour,
Tout d'abord, je m'excuse pour le petit retard de ce courrier. J'ai reçu votre lettre au début du week-end et j'ai dû faire face à des découvertes imprévues. J'espère que vous ne vous serez pas inquiété de ce délai. J'ai néanmoins trouvé hier ce lot de petits crayons de Noël sur un marché moldu. Au bout de chacun il y a une gomme figurative. Elles représentent des emblèmes de Noël pour les moldus : un sapin, le père Noël et un bonhomme de neige. Ça change des stylos habituels, mais j'espère qu'ils vous plairont tout autant.
Après toutes ces années, il en découvrait tous les jours. Il avait déjà eu des crayons avec des embouts mous que sa Serdaigle appelaient des gommes. Mais jamais avec des formes et des couleurs. Il ne savait pas non plus ce qu'était un Père Noël, mais il estima, par déduction, qu'il s'agissait du visage avec une barbe et un chapeau rouge. Il avait un rapport avec la période des fêtes, mais Drago n'avait pas la moindre idée de son rôle. Encore une question à lui poser.
La description que vous avez faite de moi est étonnamment juste sur certains aspects et totalement fausse sur d'autres. C'est assez surprenant. Je ne m'attendais pas du tout à cela. Il faut croire qu'après toutes ces années à nous raconter nos vies, nous nous sommes plus rapprochés que je ne l'aurais cru. Vous êtes progressivement devenu, sans que j'y prenne garde un ami précieux. Sans vous, ma vie ne serait pas la même aujourd'hui. Je n'aurais jamais imaginé, en m'inscrivant au P.A.R.C.H.E.M.I.N. que je prendrais autant de plaisir à recevoir du courrier d'un inconnu.
Drago était tout à fait d'accord avec elle. Il s'était inscrit au P.A.R.C.H.E.M.I.N. plus pour faire plaisir aux autres que par réelle envie et il ne s'attendait pas à tout ce qui s'était passé entre eux. Il ne s'attendait pas à avoir une correspondante aussi passionnante et intéressante. Et plus que tout, il ne s'attendait pas à ce qu'elle prenne possession de son esprit et son cœur. Il ne passait pas un moment dans la journée sans qu'il ne pense à elle ou se demande où elle en était de tel ou tel problème épineux dont elle lui avait parlé. Elle avait une influence incroyable sur lui, surtout lorsqu'il se rappelait qu'il ne l'avait jamais rencontrée.
Qu'ils soient fidèles à la manière dont je me perçois ou pas (sachez que je ne porte pas de lunettes), ces mots me sont allés droit au cœur. J'espère pouvoir croiser un jour quelqu'un qui posera un regard aussi bienveillant sur moi que vous semblez le faire.
Le sorcier espérait qu'ils pourraient enfin se rencontrer un jour. Il avait envisagé de demander la levée de l'anonymat, mais il ne savait pas comment aborder le sujet. Il ne savait pas non plus si cette histoire d'anonymat avait encore son importance. A part son prénom, il avait l'impression de la connaître, de connaître tous les détails importants à son sujet. Elle faisait partie de son quotidien et il espérait que c'était réciproque. Mettre un nom sur cette personne ne changerait pas grand-chose. Et il avait toujours son plan pour la rencontrer par surprise grâce à tous les indices qu'il avait glané à son sujet dans les lettres.
Dans votre précédente lettre, vous m'avez questionnée sur la venue au monde du frère ou de la sœur de mon filleul. Le bébé n'a pas encore pointé le bout de son nez. Il a encore du temps à passer dans le ventre de sa maman, il est attendu pour le début du mois de février. Cela n'empêche pas sa mère de me faire tourner ne bourrique et de continuer à se mêler de tous les aspects de ma vie (sans toujours avoir mon accord).
Elle lui parlait souvent de ses amis et Drago s'étonnait à chaque fois des libertés qu'ils prenaient avec sa correspondante. Il avait presque l'impression qu'il n'y avait ni barrière, ni limite et que ces derniers ne se rendaient même pas compte d'à quel point ils étaient intrusifs. A sa place, il les aurait envoyé bouler par moment, histoire de se donner un peu d'espace. Mais elle n'était pas comme ça. Elle avait un cœur immense et généreux qui faisait passer les autres avant ses propres envies.
Le dernier sujet qui l'a intéressé, c'est ma relation avec Tomislav. Je n'avais jamais évoqué le sujet avec elle. A vrai dire, vous êtes le seul à qui j'en avais parlé. Mais comme toujours elle a su dénicher les derniers potins. Entre ses conseils et les vôtres, j'ai eu matière à réfléchir ce week-end, mais c'est votre lettre qui m'a décidée. Vous avez raison, je ne suis pas assez attachée pour ne pas garder les portes ouvertes à d'autres rencontres. Et ce n'est pas juste vis-à-vis de lui de le laisser miroiter une relation qui n'existe que dans son imagination.
Je peux donc vous l'annoncer officiellement, vous avez la primeur de l'information, je vais mettre un terme à cet ersatz de relation. C'est voué à l'échec et je préfère préserver mon cœur d'une rupture inutile et difficile. Il sera sûrement déçu, mais toujours moins que si j'avais attendu que la situation se dégrade. Espérons que c'est le bon choix et que quelqu'un saura pousser cette porte que je laisse entrebâillée.
Drago aurait sauté de joie s'il était une midinette. Comme il n'en était pas une, il s'accorda seulement le droit de sourire. Il était ravi que ce « Tomislav » ne soient plus d'actualité, et qu'elle ne lui annonce pas un emménagement avec lui ou d'autres projets d'avenir. Il était soulagé. La porte était toujours ouverte, il ne restait plus qu'à prévoir la meilleure des surprises pour elle le jour où ils se rencontreraient. Il ouvrirait cette porte, et avec beaucoup de chance, elle saurait faire fi de son nom et de son passé pour voir l'homme qu'il était devenu, en partie, grâce à elle.
Vous m'avez demandé un souvenir marquant d'avant mon entrée à Poudlard. J'avoue que j'en ai beaucoup, comme celui où j'ai appris que j'étais une sorcière. Mais il m'a fallu en choisir un, du coup j'ai choisi celui-ci : Quand j'étais petite, mes parents n'étaient pas souvent à la maison. Ils sont dentistes et travaillaient tard le soir pour s'occuper de leurs patients. Du coup, je passais beaucoup de temps avec ma Nanny. Heureusement, le week-end, ils avaient plus de temps à me consacrer.
Tous les dimanches matin, nous avions le même rituel. Pendant que mon père dormait encore, je retrouvais ma mère dans la cuisine et nous faisions des pancakes ensemble. Je dois avouer que je ne faisais pas grand-chose à par mélanger la pâte jusqu'à ce qu'elle soit pleine de grumeaux, mais c'est un souvenir heureux que j'ai de cette période. C'est même un rituel qui m'a manqué une fois à Poudlard. J'y pense parfois quand je prends, très rarement, le temps de faire des pancakes le dimanche.
Drago sourit en lisant ces quelques lignes assez intimes sur le passé de sa correspondante. Il l'imaginait, petite fille, avec deux couettes, les mains pleines de farine et un grand sourire auquel il aurait manqué une partie des dents. Elle devait être adorable. Même lui était attendri en y songeant.
Il nota également un détail à la lecture de ces paragraphes : elle ne lui parlait rarement, pour ne pas dire jamais, de ses parents. Il ne se rappelait pas s'ils étaient encore en vie, ou s'ils avaient péri : peut-être pendant la Guerre… Il aurait voulu l'interroger à ce sujet, mais le départ de sa propre mère était bien trop vivace pour qu'il inflige à quiconque de se replonger dans des souvenirs douloureux.
Voilà qui conclue cette lettre à nouveau très personnelle. Quel est votre souvenir marquant de votre vie avant Poudlard ? Avez-vous eu des retours quant à vos possibilités pour votre sortie ?
Je vous souhaite que des bonnes choses,
Votre amie dévouée.
Drago aurait voulu relire ces lignes et y répondre immédiatement, malheureusement la matinée n'allait pas tarder à démarrer et il voulait avoir le temps de récupérer un bout de pain à grignoter avant d'entamer une longue et inintéressante journée de plus à Azkaban. Mais il ne penserait qu'à une chose : le jour de sa sortie et celui de sa rencontre avec la femme qui avait ensorcelé son cœur.
~.~.~
6 décembre 2005 (mardi)
Voilà plus de deux heures qu'Hermione arpentait les allées du marché de Noël de Londres avec les Potter et ses pieds lui faisaient un mal de chien. Elle avait la sensation de s'être fait marcher dessus par un troupeau d'hippogriffes. Ils n'avaient pourtant pas parcouru beaucoup de distance, mais elle n'aurait jamais imaginé que se promener avec un enfant en si bas âge soit aussi éprouvant. Il courait partout, complètement indifférent aux autres personnes qui l'entouraient et allait d'un étale à un autre sans aucune logique autre que celui qui brillerait le plus ou ferait le plus de musique.
La sorcière avait même mal à la nuque à force de regarder à ses pieds pour être sûre que le petit James était toujours à ses côtés. Elle aurait pu tout aussi bien le laisser vagabonder, comme lui avait plusieurs fois dit Harry, mais Hermione était inquiète. Pour elle, le sortilège de surveillance et de rapprochement lancé par Harry pouvait être raté et quelque chose était si vite arrivé à un enfant aussi jeune. C'est donc fatiguée et à bout de nerf qu'elle laissa le couple et le garçonnet finir de profiter de la douceur du temps.
Arrivée à son appartement, elle se délesta de ses achats et manteau sur la table principale avant de faire chauffer de l'eau pour un thé qu'elle pensait avoir grandement mérité. Sa journée était loin d'être terminée et elle avait encore beaucoup de choses à faire : décorer son appartement, emballer les cadeaux, les étiqueter, choisir sa tenue pour Noël… Elle savait qu'elle avait encore du temps pour préparer les fêtes, mais Ginny l'avait contrainte à poser ce jour de congé – ce qui était une première depuis sa prise de poste - et elle ne voulait pas gâcher tout ce temps à lire ou à travailler depuis chez elle.
Hermione avait donc préparé un planning pour organiser au mieux cette journée chargée. Elle s'était levée aux aurores pour acheter un sapin enchanté qui ne perdait pas ses aiguilles et qui durerait toute la période des fêtes. Le vendeur de chez Bewitched Tree lui avait proposé de l'emballer, mais elle avait refusé. Elle avait réalisé à mi-chemin vers chez elle, qu'elle aurait mieux fait accepter le carton magique qui permettait de diminuer la taille et le poids de l'arbre qu'elle portait difficilement. Heureusement pour elle, en bas de sa résidence, elle avait croisé un voisin sympathique qui lui avait proposé son aide.
La jeune femme avait croisé ce voisin plusieurs fois sans lui adresser la parole. Elle avait peur de ne pas arriver à lui faire la conversation sans trop se dévoiler et ne voulait surtout pas trop attirer l'attention de ses voisins pour ne pas qu'ils remarquent certaines choses étranges pour des moldus, comme le fait que ce sapin ne perdit aucune aiguille pendant le transport et qu'il était bien trop tôt pour l'acheter au risque de le voir flétrir avant les fêtes.
Après l'achat du sapin, la vérification des cadeaux déjà achetés et le marché de Noël, elle était dans les temps sur son planning mais déjà épuisée comme si elle avait vécu deux journées en une. Elle aurait aimé disparaitre dans sa bibliothèque pour parcourir un de ses livres préférés ou relire unes des lettres de son correspondant du P.A.R.C.H.E.M.I.N., mais elle ne pouvait pas se le permettre sans prendre trop de retard.
Elle sortit donc le matériel pour l'emballage des paquets. Son appartement était submergé d'éléments diverses qui lui avaient semblé indispensables jusqu'alors. Elle commençait presque à regretter de ne pas avoir décidé de faire des paquets moldus tout simple. Elle avait, par exemple, acheté un papier cadeau avec des joueurs de Quidditch pour James. Ces derniers se faisaient des passes avec un souaffle et Hermione n'arrivait pas à raccorder le papier pour que le souaffle passe d'un coté à l'autre de la découpe de manière fluide. Elle s'arracha les cheveux un moment sur cet épineux problème avant de rendre les armes.
En contemplant le chantier qui devait lui permettre de faire les plus beaux paquets jamais créé, elle regretta d'être toute seule pour cette entreprise un peu trop ambitieuse. Elle s'imagina alors, se débattre avec les papiers en compagnie de son correspondant. Il l'aurait aidé à plier les papiers, à les découper. Il se serait moqué de ses cheveux en pétard qui se coinçaient dans le scotch. Ils auraient discuté de la pertinence des cadeaux qu'elle aurait choisi.
Et surtout, elle aurait adoré avoir le courage de lui demander de venir avec elle dans ce guet-apens qu'était le repas de Noël. Elle avait été invitée à faire la fête avec les Potter qui avaient omis de lui dire lorsqu'elle accepta que cette fête aurait lieu au Terrier avec tous les Weasley. Elle était ravie de les voir, mais ne savait pas comment elle gérerait la présence de Ron. C'était particulièrement tendu entre eux depuis le déménagement et Hermione ne se sentait pas particulièrement à sa place au milieu de ce repas de famille.
Elle n'avait pas réussi à décliner par la suite. Ginny avait expliqué que Molly serait beaucoup trop vexée, Harry lui avait rappelé que ses parents ne seraient pas là ce jour-là et son chef l'avait contrainte à prendre des vacances pour les fêtes. Elle se retrouvait donc sans excuse à utiliser. Elle avait peur de se retrouver seule pour affronter le clan Weasley, mais elle avait affronté des épreuves bien pires lors de son adolescence, un repas de noël au Terrier ne pouvait être pire que se faire torturer au manoir Malefoy.
En jetant un coup d'œil à sa montre, elle se rendit compte qu'il était l'heure de manger. Elle sortit un repas froid de son frigo et commença son repas en épluchant le courrier qu'elle avait récupéré le matin même dans sa boîte aux lettres. Elle ne l'avait pas vue de prime abord, mais une enveloppe du Ministère s'était mélangée à des prospectus moldus. Elle posa ses couverts et ouvrit immédiatement l'enveloppe provenant du P.A.R.C.H.E.M.I.N.
Le 1er décembre 2005,
A l'assistante juriste la plus douée,
Merci pour les crayons avec les personnages. Ces gommes ont-elles une utilité ? Elles sont faites d'un matériau très étrange. Je ne connais pas ce personnage de Père Noël. Est-il important ? Je suppose qu'il a un rapport avec la fête de Noël, mais je n'en ai jamais entendu parler dans le monde des sorciers. Quelle est son histoire ?
Hermione avait souvent tendance à oublier que son correspondant n'avait quasiment aucune connaissance du monde moldu. Après toutes ces années à discuter ensemble par parchemins interposés, elle lui avait raconté tellement d'histoires au sujet des moldus, de ses souvenirs d'enfance… Elle y prenait énormément de plaisir, car peu de ses amis la comprenait. Ron et Ginny, ne comprenaient pas l'intérêt qu'Hermione portait à ce monde. Pour eux les inventions moldues était surtout une manière de se moquer de leur père. Harry, lui, avait tellement de mauvais souvenirs de ces années chez son oncle et sa tante qu'il associait tout objet moldu avec cette aversion de son enfance. Hermione était contente et ravie de pouvoir partager ses découvertes et histoires avec quelqu'un.
J'ai été très touché par votre réponse à la description très inexacte que j'ai faite de vous. Je ne peux que remercier mon codétenu de l'époque pour m'avoir incité à participé au P.A.R.C.H.E.M.I.N.. Je n'avais pas envie d'écrire à un inconnu, je n'y voyais aucun intérêt. Mais vous m'avez apporté énormément au cours de ces années : cette bienveillance dont vous me créditez, c'est vous qui me l'avez fait découvrir. Bien que j'ai passé ces années enfermé dans un petit bâtiment, j'ai l'impression d'avoir voyagé et grandi en même temps que vous. J'ai le sentiment que nous avons traversé et affronté des périodes heureuses, mais aussi tristes l'un à côté de l'autre. C'est un sentiment rassurant de savoir qu'il y a toujours quelqu'un proche de soi qui ne nous jugera pas.
Hermione ressentait la même chose pour cet homme qu'elle n'avait jamais vu. Il était pour elle un pilier sur lequel elle savait pouvoir se reposer. Sans le savoir, il lui donnait le courage de prendre certaines décisions et il l'inspirait dans les causes qu'elle défendait. Cette relation épistolaire lui avait apporté bien plus qu'elle ne l'aurait imaginé, et bien plus que Ron ne l'avait prédit en lui conseillant le programme.
Vous m'avez questionné sur mes possibilités à la sortie de la prison. Pour le moment, mes requêtes pour accéder à mon patrimoine à Gringotts ont toutes été très rapidement rejetées. J'ai reçu le dernier courrier de refus hier. Je ne pensais pas que ça irait aussi vite, il faut croire que la question était traitée dès que j'ai émis l'hypothèse de toucher à cet argent. J'ai pourtant hérité de plusieurs coffres de défunts lors de la Guerre, mais il faut croire que ces héritages n'ont pas été validés par les bonnes instances ni aux bons moments.
La sorcière était indignée par cette information. Son correspondant était peut-être un prisonnier, il avait peut-être contrevenu à la loi, mais ça n'autorisait pas le Ministère à le dépouiller de ses biens. Il avait été privé de sa liberté, mais cela ne voulait pas dire qu'il devait être le pantin de la société sorcière. Elle était révulsée de lire ces lignes, si elle connaissait l'identité de son correspondant, elle pourrait en parler avec Bill ou Fleur Weasley. Ils avaient les contacts à Gringotts pour en savoir plus. Elle tenterait de poser la question sur la gestion des coffres de prisonniers pour voir où ça la mènerait. Elle pourrait peut-être quand même l'aider.
J'ai également demandé la permission d'entrer en contact avec des membres éloignés de ma famille. J'ai une tante encore en vie, que je n'ai jamais rencontrée. Ca me coûte de lui demander de l'aide sans même la connaitre, mais elle est l'unique personne à laquelle je peux avoir accès depuis les murs de cette cellule. J'espère qu'elle me répondra. Ce serait agréable de savoir que quelqu'un m'attend à la sortie de cet enfer, ou au moins que quelqu'un pense à moi et se rappelle que je suis là.
La jeune femme avait le cœur serré en lisant ces lignes. Cet homme était seul au fond d'une cellule froide à Azkaban et n'avait personne qui l'attendait. Du moins, personne d'autre qu'elle. Elle se fit la promesse que si elle le pouvait, elle serait là pour l'attendre. Elle trouverait un moyen de le voir et de lui dire qu'il n'avait pas à affronter tout cela par lui-même, qu'il pouvait être entouré et que tout le monde ne l'avait pas abandonné.
La sortie de prison, je la redoute au moins autant que je l'attends. Vous m'avez décrit, au fil de vos lettres, un monde en profonde mutation mais qui est toujours aussi inégal. Je ne sais pas ce que ce sera d'être de l'autre côté de la barrière. D'être craint et jugé pour des actes et des raisons qui sont lointaines et sur lesquels je n'avais pas de prise. Du fond de ma cellule, je n'arrive pas à m'imaginer comment je pourrais m'insérer dans cet immense engrenage qu'est la société sorcière de notre époque. Je dois vous sembler bien ridicule avec mes états d'âme.
Hermione était loin de le trouver ridicule. Elle avait eu les mêmes craintes à la sortie de la Guerre. Après tout, personne n'avait de place prédéterminée avant de commencer réellement à évoluer dans cette société, loin du cocon protecteur de Poudlard. Cela serait peut-être difficile au début pour son correspondant, mais elle ne doutait pas qu'il était plein de ressources. Après tout, il venait de passer de nombreuses années enfermé et il semblait toujours aussi sain d'esprit. Il ne s'en rendait pas compte, mais ces années d'isolation l'avait forgé et le rendait apte à affronter bien des aventures pour les années à venir.
Dans un autre registre, je peux vous parler d'un de mes souvenirs d'enfance, vu que vous m'avez raconté l'un des vôtres. Le mien ne concerne pas la cuisine (je suis incapable de faire cuire ne serait-ce qu'un œuf) et il ne concerne pas non plus mes parents (qui étaient assez absents dans ma jeunesse). Je me rappelle surtout des après-midis où mes amis venaient passer quelques heures chez moi. Nous allions dans le jardin, prenions nos balais pour enfants et nous affrontions dans ces jeux que seuls les enfants peuvent comprendre. On s'imaginait qu'on pouvait tout faire, que nous étions tous puissants et que le monde était à nos pieds. Nous étions jeunes et insouciants. J'ai l'impression que cette insouciance a disparu bien trop rapidement.
Même si l'insouciance avait disparu alors qu'ils grandissaient, ces rêves devaient toujours être présents et rien n'empêchait de les réaliser. La vie était pleine de possibilité et d'ouverture, et Hermione ferait tout pour que toutes les portes lui soient ouvertes et qu'il puisse montrer à tous quelle merveilleuse personne il est.
Voilà qui conclura cette très courte lettre. Avez-vous trouvé un nouveau projet auquel vous consacrer à votre travail ? Avez-vous des projets pour vos fêtes de fin d'années ?
En vous souhaitant une agréable journée,
Votre ami.
Hermione leva la tête de sa lettre, observa le chantier qui s'étendait face à elle et dans lequel reposait son maigre repas. Elle était peut-être seule pour emballer ses cadeaux, mais elle savait que quelqu'un marchait à ses côtés et qu'à eux deux ils sauraient faire face aux embûches que le monde pourrait leur présenter.
Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Qu'espérez-vous pour la fin ?
Le dernier chapitre est en cours d'écriture et devrait arrivé bientôt.
Un grand merci à Haraban et Bewitch_Tales pour leur soutien sans faille ainsi que leurs correctionx. Un merci aussi à Fraidieponge pour avoir rejoint la team des relecteurs.
