[MANHATTAN, NEW YORK, ÉTÉ 1982]

Arrivé à l'appartement de Castiel, Dean tambourina sur la porte :

« - Castiel, laisse-moi entrer. »

La porte s'ouvrit comme si elle obéissait à sa seule voix. Castiel se tenait à la porte. Il lui fit un grand signe d'entrer, se retenant visiblement de rire. Dean obéit et entra sans parler. Il s'assit sur le sofa et Castiel s'assit sur le fauteuil en face de lui. Il passa ses jambes par-dessus l'accoudoir gauche, se laissant tomber contre celui de droite.

« - Castiel, tu…, commença Dean. »

Castiel balaya l'air de la main comme pour faire signe à Dean de se taire, et ce dernier se tut. Castiel se cala en boule dans ce fauteuil qui paraissait à présent très grand à Dean, qui soupira et se leva, attendant une réaction de Castiel. Il fit le tour du salon, sans réussir à obtenir son attention. Il soupira une nouvelle fois et se dirigea vers la cuisine pour se servir un verre d'eau, car même si la chaleur disparaissait au fur et à mesure de l'avancée de la nuit, l'atmosphère étouffante de l'appartement semblait, elle, ne pas vouloir s'évanouir. Dean ouvrit toutes les fenêtres qu'il put et passa la tête à travers l'une d'elle. Elle donnait sur le quartier de Harlem, et Dean pouvait presque voir toute la population afro-américaine de New-York prendre l'air dans les rues. Quelque chose se posa sur son épaule et Dean tourna vivement la tête. Castiel s'était relevé et y avait posé sa tête. Ce dernier éclata d'un grand rire et recula légèrement :

« - Si tu voyais ta tête ! »

Il manqua de tomber en reculant, retenu par Dean qui avait attrapé son bras de sa main droite. Dean emmena Castiel sur le sofa et le scruta fermement. Ses pupilles remplissaient presque toute l'iris bleue de ses yeux, et quelques petits vaisseaux avaient éclatés dans la cornée.

« - Castiel, tu es complètement stone, murmura Dean. »

Castiel hocha la tête avec un grand sourire :

« - Ne t'inquiète pas, je suis toujours furieux contre toi. »

Il repartit d'un grand rire et s'arrêta brusquement, fixant ses yeux dans ceux de Dean. Il passa ses doigts dans ses cheveux et se leva :

« - Tu me donnes ton adresse pour que je te vois batifoler avec une fille ! Faut le faire, Dean. Tu pensais m'exciter ?

- Elle est arrivée quelques minutes seulement avant toi, et je, essaya d'expliquer Dean.

- Et tu rien du tout ! Pourquoi es-tu venu ? Tu t'en sors très bien sans moi à ce que je voix, lui répondit Castiel de façon sarcastique avant de partir vers la porte d'entrée en riant une nouvelle fois, tu peux t'en aller.

- Je suis venu parce que j'aime tes poèmes. »

Castiel s'arrêta et ouvrit de grands yeux. Il retourna s'asseoir sur le fauteuil qui faisait fasse au sofa où Dean était toujours assis.

« - Mes quoi ? »

Dean sortit le livre de sa poche où il l'avait glissé juste avant de partir de chez lui. Il le tendit à Castiel qui le prit, le feuilleta longuement sans rien dire. Il se leva et le jeta dans la poubelle de sa cuisine.

« - C'est l'argument le plus stupide que j'ai jamais entendu ! Comme si tu savais lire la poésie. Personne ne sait. »

Dean se sentit blessé, mais ne le montra pas. Il n'était pas du genre à montrer ses sentiments à n'importe qui. Il se leva et se dirigea vers la poubelle pour y récupérer le livre. Ses yeux s'attardèrent sans qu'il le voulut sur le contenu de la poubelle et il se figea.

« - Castiel, est-ce que tu es sûr de vivre seul ? »

Castiel le regarda attentivement et ouvrit toutes les portes de l'appartement et hurlant « Y'a quelqu'un ? », pour finalement revenir devant Dean :

« - La différence avec toi, c'est que moi, j'en suis sûr. »

Dean resta de marbre. Il regarda à nouveau dans la corbeille. Sur le dessus, en dessous de la seringue qui avait servi à Castiel quelques minutes avant son arrivée, et vainement caché se trouvait un préservatif plein de sang. Dean se tourna de nouveau vers Castiel, qui le fixait, attendant une réponse à ce qu'il lui avait dit plus tôt. Dean secoua tristement la tête. Il prit la main de Castiel dans la sienne que ce dernier retira aussitôt.
« - Qu'est-ce que tu crois faire ? Tu penses que parce que je suis défoncé je ne vois pas ce que tu essaies de faire ? Va-t'en, Dean. Tu en as déjà assez fait. »

Dean ne bougea pas, les yeux toujours fixé dans ceux de Castiel. Ce dernier le gifla.

« - Sors d'ici !, hurla Castiel. »

Dean resta de marbre et au moment où un deuxième coup allait s'abattre sur son autre joue, Dean attrapa fermement les poignets de Castiel.

« - Non, dit Dean calmement, je vais rester là cette nuit pour être sûr que tu ne meurs pas étouffé par tes conneries. Et après, je m'en irais et tu n'auras plus à t'en faire, parce que je ne reviendrai pas. »

Castiel libéra brutalement ses poignets de l'emprise de Dean et se dirigea vers une des pièces dont la porte était ouverte et s'effondra sur le lit. Dean soupira encore une fois, à croire que c'est ce qu'il faisait de mieux, et alla couvrir le corps de Castiel avec une couverture qui était étendue par terre dans la chambre. Il se dirigea vers la cuisine, prit une bière dans le réfrigérateur et s'assit sur le sofa, d'où il apercevait un bout de la chambre. Il prit le livre qui était tombé sur la table en face du canapé, et passa ses doigts sur les pages qui étaient pliées ou froissées. Il s'était laissé emporter, et se demandait s'il pourrait rester indifférent à Castiel et le laisser dès le lendemain. Il prit le poste de radio qui était également posé sur la table et mit la première fréquence qui passait correctement. La musique le berçait, et Dean finit par s'endormir.

Il se réveilla en sursaut au milieu de la nuit. Il faisait frais à présent dans l'appartement et Dean se leva pour fermer les fenêtres qu'il avait ouverte plus tôt dans la soirée. Il regarda l'heure sur l'horloge accrochée à droite de la porte. Deux heures sept. Il bailla, s'étira longuement et retourna s'asseoir sur le sofa. La radio grésillait à présent et il se pencha pour l'éteindre. Il allait se rendormir quand il vit une silhouette informe s'avancer vers lui. Dean devina qu'il s'agissait de Castiel, et quand celui-ci s'assit silencieusement à côté de lui, Dean sut qu'il allait un peu mieux.

« - J'ai vraiment été pathétique ce soir, commença Castiel, la voix rauque. »

- Assez, répondit Dean, amusé.

- Je suis désolé, reprit Castiel. C'était idiot de ma part de réagir comme ça. Après tout, il ne s'est rien passé entre nous. »

Sa voix s'était quelque peu brisé à ces derniers mots, et Dean reçut un choque terrible, comme un coup de poing à l'estomac. Castiel était un homme, certes, et ils s'étaient embrassés, aussi, mais jamais il n'avait aimé embrasser quelqu'un comme il l'avait fait avec Castiel. Pour lui, embrasser était désuet, ou alors un geste que l'on fait pendant l'acte, mais rien de plus. Ici, il avait pu ressentir Castiel, et c'était assez compliqué à expliquer. Il ne pouvait pas ignorer tout ça, et quand Castiel lui donna la couverture qu'il avait sur les épaules en se relevant pour aller se recoucher, Dean retînt sa main, comme par automatisme. Castiel le regarda, le bleu de ses yeux était un peu revenu et étaient éclairés par les lumières de la rue qui traversaient les fenêtres.

« - Elle est assez grande pour deux, bredouilla Dean. »

Castiel lui sourit et vint s'asseoir près de lui. Dean passa la couverture sur leurs épaules et attira Castiel un peu plus près de lui. Ce dernier posa sa tête contre le torse de Dean. Ils restèrent longtemps dans cette position, l'un écoutant la respiration de l'autre.

« - Il se passe quoi maintenant ?, demanda Castiel, d'une voix endormie.

- Déjà, je reste ici jusqu'à ce que ça aille mieux, et ensuite, je ne sais pas, lui répondit doucement Dean, passant distraitement ses doigts dans les cheveux de Castiel.

- Mais tu vas devoir aller travailler, reprit Castiel.

- Demain c'est dimanche Cas.

- Cas ?

- Oh, ça ne te plaît pas ?, se reprit Dean, un peu mal à l'aise.

- Si, si, j'aime beaucoup, soupira Castiel. »

Dean sourit légèrement et continua de mêler ses doigts aux fines mèches noires de cheveux de Castiel.

« - Mais qu'est-ce qu'on est ?, demanda Castiel avec inquiétude. »

Dean prit son temps avant de répondre, choisissant chaque mot avec soin :

« - Je ne sais pas, mais quelque chose qui me plaît. »

Castiel se releva pour faire face à Dean.

« - Et ça, ça me plaît, rajouta Dean avant de poser ses lèvres sur celles de Castiel. »

Ils finirent par se rendormir quelques minutes plus tard, enlacés l'un dans l'autre, et quelque part, Dean se sentait plus heureux que jamais.

Excusez mes probables fautes, mais j'ai écrit presque toute cette fic d'un coup et j'ai horreur de la relecture. :))) (Avertissement valable pour tous les chapitres jusqu'au 16)