Hermione se réveilla de mauvaise humeur. Charlie était parti depuis plusieurs jours, sans explication. Et elle savait pertinemment quels genres de fantômes ce comportement agitait dans sa tête. Avec Ron, cela aurait probablement signifié un match de Quidditch trop arrosé et des compagnes de beuverie complaisantes, Romilda Vane au premier chef, sans compter Lavender Brown, qui après toutes ces années, ne perdait jamais une occasion de débiner Hermione dès que l´occasion se présentait.
Mais avec Charlie, c´était différent. Tout était toujours différent avec Charlie; seulement, elle ne savait pas en quoi. Avec Charlie, elle avait cette impression constante de confiance et de stabilité, qu´elle n´avait jamais eue avec Ron. Avec Ron, on ne savait jamais sur quel pied danser. Elle était l´amour de sa vie qu´on pouvait tromper et trahir sans que cela prête à conséquence.
Sauf qu´après sept ans de vie commune, Hermione savait parfaitement ce qu´il en était. Elle savait que Ron était terrassé par son infériorité à elle, à Harry, aux Weasley, à Ginny, à Seamus et à leur brillantes carrières, quand lui était resté ce petit revendeur de livres d´occasion pour les premières années. Non seulement il n´arrivait pas à faire face à la maladie de Harry, mais qui plus est, il serait soulagé quand celui-ci mourrait. Disparu, le meilleur ami; disparu, l´élu, le chef des Aurors.
Rageusement, Hermione donna un coup de pied dans une chaise. Pattenrond poussa un miaulement interrogateur, puis soudain, ses oreilles se dressèrent. Il parut fixer quelque chose dans le vide. Hermione se leva brusquement, et soudain Charlie apparut, en sueur.
- "Je viens de transplaner, Hermione", dit-il en reprenant sa respiration.
"Oh, Charlie !" s´écria-t-elle passionnément, et elle se jeta dans ses bras.
"Hermione, Hermione, écoute-moi !"
Mais Hermione n´écoutait pas. Hermione n´avait pas envie d´écouter. Tout ce dont elle avait envie, c´était d´embrasser Charlie. Mais celui-ci se dégagea brutalement.
"Hermione, écoute-moi" répéta-t-il en la tenant par les épaules. "Tu sais ce qui s´est passé à l´Autorité de Contrôle des criminels sorciers, n´est ce pas ?"
Hermione se redressa et fronça les sourcils.
"Qu´est ce que tu crois ? Bien sûr que je le sais ! C´est moi qui la dirige ! Le Ministère m´a informée que j´étais convoquée à une audition pour mettre toute la lumière sur cette histoire."
Elle avait rangé ces évènements dramatiques dans un coin de sa tête, avec tous les autres soucis, et voilà qu´ils reparaissaient dans la bouche même de Charlie. Il n´y a pas de hasard, songea-t-elle en elle-même.
Charlie la regarda droit dans les yeux.
"Hermione, il ne faut pas que tu ailles à cette audition. Ils vont te livrer à la justice moldue."
Hermione se dégagea d´un coup, et le repoussa.
"Qu´est ce que tu veux dire, je ne dois pas aller à cette audition ? Si le Ministère considère qu la sécurité de l´Autorité de contrôle judiciaire n´était pas assez bien assurée, alors je dois en répondre, c´est tout !"
Charlie la considéra un instant, le regard fixe.
"Je veux juste t´aider, Hermione" reprit-il doucement.
Hermione le dévisagea, furieuse.
"Je n´ai pas besoin qu´on m´aide, Charlie. Toute ma vie, c´est moi qui ai aidé les autres, Harry en premier lieu. Je n´ai vraiment pas besoin qu´on me dise ce que je dois faire."
Charlie baissa la tête en silence.
"Et je ne peux pas supporter qu´on remette en question mon éthique professionnelle, ajouta-t-elle. Maintenant, si tu veux bien sortir, s´il te plaît. Je crois qu´on s´est assez vus pour aujourd´hui."
