Chapitre 7

2929.

Postée à la fenêtre, Ilana observait la pluie qui n'avait pas arrêté de tomber depuis le matin.

Sûr, Bard serait trempé, quand il rentrerait.

Elle sourit en pensant à son époux, posant une main sur son ventre plus que rond.

Oui, ils allaient avoir un troisième enfant.

Évidemment, Bain avait décrété que ce serait un garçon mais son père lui avait expliqué que c'était impossible à prévoir.

« 'Lana ? »

Elle se retourna, accueillant son époux, effectivement très mouillé.

Il s'ébroua comme un chien et elle sourit, attrapant un morceau de tissu pour qu'il s'essuie au moins le visage.

Comme elle le rejoignait, il l'attrapa par la taille, souriant :

« Comment va mon petit bébé ? »

« Très à l'étroit. Mais aussi non, en pleine forme. »

« Tant mieux. Et où sont les deux autres ? »

« Dans leur chambre. »

Face au sourcil arqué de Bard, elle rit.

« Je sais, je n'y croyais pas non plus. »

« Il faut croire que les miracles arrivent. »

Elle acquiesça, le voyant enlever son manteau bordé de fourrure.

De nombreuses coutures étaient craquées et sans un mot, elle tendit la main.

L'amertume de Bard n'échappa pas à sa femme qui le questionna :

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Notre vie devrait être plus facile. »

« Bard... »

« Non, 'Lana. Regarde-nous, cette maison est trop petite pour deux enfants alors je n'ose même pas imaginer pour trois. »

« Et quoi ? Il n'y a rien à faire. »

« Je devrais partir. »

Elle se figea, le fixant, les yeux écarquillés.

« C'est... c'est vraiment ce que tu penses ? »

« N'importe quel autre travail me rapporterait plus d'argent. »

« Certes. »

« Et vous vivriez mieux. »

« Sûrement. »

À pas lents, elle revint à la fenêtre.

Mais désormais, tout sourire avait disparu de son visage.

Survivrait-elle au départ de Bard ?

Certes, elle s'occupait de la maison et des enfants mais elle savait qu'il rentrait.

Mais s'il partait...

Oo*oO

La soirée était passée dans une atmosphère étrange.

Les enfants, sentant que Bard et Ilana n'étaient pas bien, n'avaient rien dit, allant docilement au lit, sans demander d'histoire.

Et désormais, leurs parents se faisaient face, de part et d'autre de la table.

Ilana retenait ses larmes, pourtant décidée à refuser cette proposition qui, effectivement, leur rendrait la vie plus facile.

Mais, elle le savait, cette vie était belle, emplie de bonheurs quotidiens parce que Bard était là.

Alors non, il ne pouvait pas partir.

Et surtout pas maintenant...

Elle chuchota :

« Il y a dix ans, Bard. »

« Dix ans ? »

« Dix ans que je t'ai demandé où était la taverne. »

« Déjà ? »

Elle acquiesça silencieusement comme tous deux se replongeaient dans le passé, une décennie plus tôt.

Le destin avait fait en sorte qu'ils se rencontrent, leur offrant une vie difficile, certes, mais emplie d'amour et de joie.

Alors non, ils n'étaient pas riches.

Mais c'était connu, l'argent ne faisait pas le bonheur...

Oo*oO

« Si tu dois partir, fais-le après la naissance. Je serai trop occupée pour réfléchir. »

Face au silence de Bard, elle fronça les sourcils, relevant la tête.

Son époux ne bougeait pas, se contentant de la fixer de son regard si sombre.

Elle l'appela, faisant un pas vers lui :

« Bard ? »

L'instant d'après, elle était serrée tout contre lui comme il murmurait d'une voix altérée par les larmes.

« Je te demande pardon, 'Lana. Je pensais que c'était une bonne idée mais... je ne suis pas assez fort. »

« Comment ça ? »

« Je ne suis pas assez fort pour partir. »

Elle secoua la tête, reculant d'un pas pour le fixer dans les yeux, répliquant :

« Tu es justement assez fort pour rester. Si tu étais faible, tu partirais sans regarder en arrière, pour fuir les soucis. »

« Cette idée était... »

« N'en parlons plus. »

« Très bien. »

Elle acquiesça, revenant tout contre lui.

Comme il la serrait dans ses bras, elle prit une de ses mains, la posant sur son ventre.

« Tu sens ? Notre enfant ne veut pas non plus que tu partes. »

« Apparemment, oui. »

Elle sourit, se haussant sur la pointe des pieds pour lier leurs lèvres dans un baiser rassuré et confiant.

Mais après un moment, elle se plia en deux de douleur.

Il devina :

« Il arrive ? »

« J'en ai bien l'impression. »

« C'est ma faute, c'est ça ? »

« Bard, arrête de raconter n'importe quoi. »

« Je suis sûr que c'est lié. »

Gémissant, elle s'assit, soupirant.

« Va chercher Yara. »


Bonus chapitre 8

« Mais tu m'aimes et je t'aime. »

« En effet. »

« Alors le reste n'a pas d'importance, n'est-ce pas ? »