Disclaimer : voir chapitre 1
Warnings : voir chapitre 1 et violence
A/N : -A tous : le lendemain après avoir posté le chap précédant, je travaillais dès 5h30, comme durant tout le mois. Quand dans l'après-midi je suis rentrée chez moi, crevée, et que j'ai lu vos reviews et vu le nombre de visiteurs, toute ma fatigue s'est envolée… Vous êtes géniales :3 (dorénavant que vais parler au féminin parce que ça m'étonnerait qu'il y ait des gars ici, et comme c'est la majorité qui l'emporte… :p)
-Kidara Saille : merchi, par contre je pense pas que ça restera 'discret, frais et délicat' très longtemps… *kof kof*
-Sedinette Michaelis : c'est pile ce que j'ai pensé quand j'ai commencé à écrire, j'avais effectivement peur que beaucoup prennent cela juste comme un moyen d'éviter du slash/yaoi… alors que j'ai rien du tout contre :) c'est juste que cette idée m'a trotté dans la tête si longtemps qu'il fallait que je l'écrive ! Ca me fait vraiment plaisir que tu ne sois pas tombée dans ce piège^^
-Azerty au rapport et Coral: je vais avouer quelque chose… Un POV d'Arthur est prévu… mais pas avant (très ?) longtemps… Plus précisément, normalement la deuxième partie de l'histoire sera vue par les yeux de notre prince préféré^^
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Sous le même ciel
Chapitre 7 : Catharsis
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De tout son entourage relativement proche, Morgane était celle avec laquelle Merlin avait le moins souvent l'occasion d'interagir. La dame n'en était pas directement responsable, elle allait même jusqu'à ne jamais manquer une occasion d'échanger quelques mots avec elle, en plus de la saluer quand elles se croisaient. Très peu de membres de la Cour, à part de temps en temps des chevaliers et écuyers rendus familiers grâce à ses liens avec Arthur, prenaient cette peine envers elle, simple servante.
La pupille du roi était imprévisible : tantôt elle attirait tous les regards par ses interventions animées, surtout lorsqu'il était question de condamnations, tantôt elle semblait s'éclipser sans laisser de traces, vaquant à elle ne savait trop quelles occupations. Parfois elle se contentait de seulement passer le temps avec Gwen, qu'elle considérait plus comme une amie qu'une servante, ou en tout cas, ce qui se rapprochait le plus à l'idée qu'elle devait se faire de l'amitié, habituée comme elle était aux manigances et autres hypocrisies suaves de mise dans la vie de la 'haute'.
En son sein, Morgana avait l'air d'une pierre brute, une matière première que les autres ne pouvaient tailler à leur guise, pas même Uther. Son soi-disant côté rebelle était tout simplement une recherche de liberté relative.
C'est pour ces raisons, et bien d'autres encore, que Merlin appréciait la jeune femme. Elle la voyait encore revenir des cachots, du temps où Gwen et son père avaient été enfermés quand l'adanc empoisonnait les eaux de la ville sous l'égide de Nimueh.
Et c'est pour cela que, en ce moment-même, elle s'inquiétait pour elle. Morgane était inconsciente depuis deux jours, frappée par un mal étrange et sans précédent, qui résistait sans peine aux multiples tentatives de traitement de Gaius. Elle n'était pas la seule à se faire du mouron, elle pouvait le voir dans les visages plus pâles que d'habitude, surtout du roi, d'Arthur, Gwen, Morris, Léon,…
L'envie la taraudait d'utiliser la magie afin de trouver une solution, mais Gaius était formel : cette maladie devait être traitée traditionnellement rien ne prouvait de lien avec une quelconque magie, et donc justifierait son emploi comme remède. Il n'empêchait que Merlin avait dur à tenir en place…
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Il fallait ajouter à cela ce qui pouvait sembler être un détail, mais qui la démangeait bien trop pour n'être que cela : Arthur lui semblait froid. Envers elle. Depuis l'histoire avec Valiant, il y avait déjà plusieurs mois, ils s'étaient petit à petit habitués à la présence de l'autre et à s'y accommoder naturellement, sans se forcer, effaçant les gênes et les légers embarras des tout premiers débuts. Il n'y avait plus cette aise, cette facilité avec laquelle le prince pouvait lui parler de tout et surtout n'importe quoi, et avec laquelle Merlin lui rendait la pareille.
Elle n'avait pas dû y réfléchir bien longtemps. Les souvenirs, même si légèrement confus, avaient résisté à l'alcool et sa propre volonté de les enfuir dans un coin de son esprit. Visiblement, tel était aussi le cas d'Arthur. Et Merlin n'osait pas aborder le sujet. D'autant que, au final, quand on y réfléchissait… ce n'était pas quelque chose de très important… n'est-ce pas ?
Peut-être le prince était-il surtout touché dans son orgueil, d'avoir parlé ainsi à ce qu'il considérait comme un simple valet, sous l'ivresse… Peut-être avait-il eu le sentiment de passer pour un idiot.
La jeune fille essayait d'y penser le moins possible, car à chaque fois, elle n'en tirait qu'un tiraillement au fond de sa gorge, et aucun éclaircissement en vue. Alors elle rentra dans le jeu, et essaya de faire avec.
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Tout cela semblait être un détail, comparé à la situation actuelle. Si personne n'osait vraiment communiquer son inquiétude, il fallait être aveugle, sourd ou complètement idiot pour ne pas le remarquer. Leur impuissance à tous les dépassait et les frustrait. Surtout dans le cas d'Uther et Arthur, bien peu habitués à la défaite. Merlin croyait presque entendre leurs dents grincer. Elle-même avait l'esprit constamment en ébullition, remémorant dans sa tête tout ce qu'elle avait lu et entendu lors de son apprentissage encore fort limité, à la recherche d'un indice qui leur aurait échappé.
En ce moment-même, elle était dans la chambre d'Arthur, qui lui était perdu dans ses pensées, les sourcils froncés et sans jamais la regarder. Merlin faisait les cent pas, et essayait de se rassurer plus qu'autre chose en parlant à voix haute, déblatérant des ''ça va aller'', ''Gaius va trouver comment la soigner'' ou encore ''c'est Morgane, elle ne se laissera jamais abattre comme ça''.
« Merlin » la coupa sèchement Arthur, exaspéré.
« Eh ? »
« Cesse tout de suite, tu m'irrites les nerfs. »
Il y avait quelque chose de caché dans son ton, une insinuation à propos d'autre chose qui, malgré sa résolution de ne pas y penser ces temps-ci, arriva tout de même à l'érafler quelque peu. Elle fit un effort monstre pour ne pas s'énerver, s'assit bruyamment sur la chaise la plus proche et envoya des dagues avec son regard sur l'arrière du crâne du blond.
''L'irritation est réciproque, messire…'' pensa-t-elle.
Merlin ne peut s'empêcher de penser qu'Arthur sautait sur l'occasion pour se débarrasser d'elle quand le lendemain, il la mit à la disposition d'un homme apparu depuis peu à Camelot, qui se disait médecin. Elle l'avait observé depuis un coin de la salle où Uther l'avait accueilli, en compagnie d'Arthur et de Gaius. L'homme en question, répondant au nom d'Edwin Muirden, était presque aussi grand qu'Arthur, les cheveux d'un blond terne et vêtu de vêtements de voyage amples et usés. Sa particularité était les cicatrices qui lui striaient toute la partie droite du visage et de la gorge. Pour ce que Merlin avait déjà pu apercevoir parmi les patients de Gaius, cela ressemblait à des vestiges d'une grave brûlure.
L'homme se tenait avec la nuque légèrement fléchie et ne levait le regard du sol que quand il conversait. Soit il le faisait par défense –peut-être en rapport avec sa blessure ?-, soit il devait cacher quelque chose…
Dans tous les cas, ce médecin l'intriguait presque autant que son fameux remède prétendument guérisseur de tous les maux. Qui sait, peut-être tirerait-elle quelque chose de cette situation…
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Au premier abord, tel fut le cas. Elle regardait Edwin évoluer parmi tous ses ustensiles étalé sur la table avec un intérêt non dissimulé. Elle qui avait tant l'habitude des méthodes et équipement de Gaius, qui restait fidèles à ses techniques installées avec les années de pratique, était curieuse de découvrir d'autres choses. Edwin semblait être plus… original. Ses mains la démangeaient d'investiguer tout ce qui se trouvait devant elle, soupeser, retourner, sentir, regarder de près…
L'homme dût remarquer l'intérêt dans ses yeux ronds car il brisa le silence.
« Tu me sembles intéressé par tout ceci. »
« Oui » répondit-elle sans hésiter. « Mais j'ignore à quoi tout cela peut servir. »
« A la base, ce matériel était destiné à la pratique de l'alchimie… »
« A changer les choses en or ? »
Edwin eut un petit sourire mais qui ne réchauffa pas ses yeux mornes. « Entre de nombreuses autres possibilités. »
« Mais cela aiderait-il à soigner dame Morgane ? » fit-elle, douteuse. Elle s'approcha un peu plus, la curiosité l'emportant.
« Il me semble que tu connais la réponse à cette question… De plus, l'usage de l'alchimie est à présent… indélicat. »
Merlin haussa un sourcil, attentive au ton vaguement navré de sa voix. L'alchimie était connue pour être une des subdivisions de la magie, que l'on avait essayé de combiner à la science… En savait-il plus qu'il ne le paraissait ? En tout cas, quelque chose la portait à le croire…
« Qu'allez-vous utiliser, alors ? »
Elle repéra dans le fatras un petit coffret de bois sombre surmonté de gravures qui attirèrent son regard comme en réaction à une vue familière, juste avant qu'Edwin s'en empare et l'écarte de sa vue.
« La science. »
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A peine quelques heures après l'avoir rencontré, Merlin décida que cet homme était de plus en plus étrange. Elle avait espéré pouvoir le regarder ausculter Morgane comme Gaius le lui permettait quand ses patients étaient d'accord. Ainsi, en plus de se rendre utile si nécessaire, elle en apprenait plus. Mais Edwin avait insisté pour être seul, et n'expliquait absolument rien de ses méthodes.
Maintenant, il contredisait le diagnostique de Gaius… Depuis que la jeune fille était arrivée à Camelot, le vieil homme ne s'était jamais trompé. Cela la surprit, l'agaça un peu et en même temps, piqua sa curiosité.
A y réfléchir, Gaius n'avait évidemment pas la science infuse, personne ne pouvait s'en vanter, et le savoir s'acquérait au fil du temps, de l'étude, des rencontres,… Peut-être y avait-il quelque chose à tirer de la situation ? S'il arrivait à guérir Morgane, cela ne ferait aucun doute…
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Dans les minutes qui suivirent, tous purent rentrer dans la chambre de Morgane pour trouver la jeune femme consciente et visiblement en bonne santé, au soulagement de tous. Les yeux de Merlin s'écarquillèrent un peu, et elle sentait que Gaius était tout aussi étonné qu'elle. Le regard de la jeune fille passa du vieil homme, qui interrogeait Morgane, à Edwin plusieurs fois, cherchant à comprendre ce qui avait bien pu se passer. Elle ne fit même pas attention au roi ni au prince, apparemment démangés par l'idée d'exposer leur soulagement plus franchement, mais qui restaient relativement neutres étant donné les évènements, surtout Arthur, qui se tenait droit dans un coin, en silence, ne quittant pas la pupille des yeux.
Merlin redirigea son regard vers Edwin, et vit qu'il la dévisageait discrètement, une ombre de sourire en coin. Mais de ces sourires qui vous mettent plus mal à l'aise qu'autre chose.
Etant momentanément disposée de ses devoirs envers Arthur, qui l'avait encore laissée à la disposition d'Edwin au cas où Morgane aurait une rechute, Merlin avait beaucoup de temps libre. D'autant plus qu'Edwin restait fort solitaire dans son travail, et Gaius était d'une humeur insondable et quittait souvent son cabinet pour aller elle ne savait où.
Voulant se rendre utile, elle se rendit devant les appartements du nouveau venu et toqua à la porte.
« Edwin ? » demanda-t-elle.
Rien.
Après un regard alentours pour voir si quelqu'un arrivait dans le couloir, elle ouvrit la porte et entra dans la pièce. En son milieu, sur la table, reposaient les mêmes étranges ustensiles qu'elle avait remarqués dès son arrivée. Elle les observa sans y toucher, même si cela la démangeait, elle savait très bien qu'avec sa maladresse elle n'en tirerait que des objets cassés…
Mais elle ne put résister quand elle vit le même petit coffret qui avait déjà attiré son attention auparavant. Délicatement, elle le saisit dans ses mains et l'inspecta. A l'intérieur, elle le trouva rempli de petits insectes noirs et complètement immobiles, figés même si elle secouait légèrement la boite. Merlin fronça les sourcils. A quoi cela pouvait-il bien servir ?
Elle parcourut d'un doigt les inscriptions en ivoire incrusté qui recouvraient la boite. Elle pouvait les lire. C'est ce qu'elle fit.
''Bebiede þe arisan ealdu.''
Un petit bruit entre le grincement et le crépitement se fit entendre, et en rouvrant la boite elle vit que les scarabées avaient pris vie.
« Fort bien joué. »
Merlin se retourna dans un sursaut en refermant le coffret avec un bruit sec. Edwin se tenait près de la porte avec un sourire moins froid que d'habitude. Il s'approcha d'elle et lui pris la boîte des mains alors qu'elle ne savait pas trop si elle devait rester là et faire comme si de rien n'était ou s'enfuir le plus vite possible.
''Swefn'' intima Edwin aux invertébrés qui s'immobilisèrent sur-le-champ. L'homme releva ensuite les yeux et la fixa, elle, d'un regard perçant qui la sortit de sa stupéfaction.
« Alors comme ça, tu es magicien ? » fit-il.
« Non, je n'ai rien fait, ils- »
« -ils ne bougent que grâce à la magie » fit-il sans la quitter des yeux.
Merlin déglutit. Sentant sa gêne, Edwin prit un ton plus rassurant et cessa de la regarder.
« C'est grâce à ces petites merveilles que dame Morgane est toujours en vie. Ils ont soigné son cerveau meurtri. » Il referma le coffret d'un doigt, avec un petit bruit sec et en relevant le menton. « Ils lui ont sauvé la vie… La magie peut-être une force bénéfique. »
Merlin, qui jusque là n'osait rien dire, intervint comme par réflexe. « Je sais. »
« Pourquoi tiens-tu autant à la cacher alors ? »
« Elle est proscrite à Camelot… »
« Aurais-je dû alors laisser mourir dame Morgane? » fit-il avec un soupçon de défi.
« … non » admit Merlin.
Edwin marqua une courte pause avant de reprendre calmement. « La magie est un don, ceux qui en sont gratifiés auraient tort de ne pas s'en servir pour le bien commun… comme toi et moi. »
« On ne peut s'en servir, si on ne peut la maîtriser… et comment la maîtriser, si on ne peut s'en servir ? » répondit-elle avec une pointe d'amertume.
Edwin, qui avait commencé à contourner la table, la considéra un instant.
« Je pourrais t'apprendre » finit-il par dire, sérieux.
Voyant qu'elle hésitait en silence, il poursuivit. « Tu as toi-même dit qu'il fallait la maîtriser… je n'ai pas cette prétention… mais pense un peu à ce que tu pourrais tirer d'une telle capacité. »
Elle aurait pu soigner Morgane. Elle pourrait être moins démunie à l'avenir. Elle pourrait mieux protéger Arthur. Elle pourrait faire tant de choses…
Elle avait Gaius, mais il restait frileux sur le sujet, tant les risques étaient grands. Elle avait les livres de sa cachette, mais la théorie nécessitait la pratique…
Quant au dragon, Merlin avait envisagé l'idée de lui demander un peu d'aide en ce sens, mais elle était sûre qu'il se contenterait de détourner ses réponses jusqu'à l'incompréhensibilité.
Comment devenir la magicienne qu'elle était soit disant destinée à être, dans de telles conditions ?
« …d'accord » finit-elle par lâcher.
Le sourire d'Edwin lui découvrit les dents un court instant, puis il se reprit. « Il va de soi que tu ne dois en parler- »
«-à personne » le coupa Merlin, « je sais. »
« Fort bien. Nous commencerons dès demain. »
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En attendant, ce soir-là, Merlin en profita pour lire dans sa chambre. Elle avait fini par poser le lourd grimoire de sorts sur ses genoux pour éviter d'avoir des crampes dans les bras. Une fois qu'elle avait fini un livre, elle retournait le ranger discrètement à la bibliothèque. Au lieu d'étudier chaque sort par cœur, elle essayait de trouver les points communs, les ressemblances, la logique des mots. Et parfois, pour moins de sorts qu'elle ne l'aurait voulu, elle n'avait même plus besoin des mots. Sa magie lui venait souvent instinctivement, mais alors ce devait être sur l'instant, comme dans une situation de danger. Elle devait pouvoir arriver à un tel résultat en toutes circonstances, rien que par sa volonté… Mais tout cela était extrêmement dur, et lui fit s'arracher les cheveux plus d'une fois.
En ce moment-même, elle essayait une variante d'un sort de téléportation. Elle voulait faire apparaître la bassine de bois dans sa chambre, en provenance de l'antichambre d'Arthur, et pas seulement parce qu'elle prendrait bien un bain… parce que cela pourrait être très utile. Par exemple, si le prince était désarmé en plein combat, elle pourrait lui remettre une épée en main. Et en y réfléchissant plus loin… peut-être était-ce possible avec des personnes ?
Après d'innombrables essais infructueux et un début de migraine, Merlin referma le livre en soupirant. Elle essaierait une autre fois, elle n'arrivait à rien quand les mots commençaient à s'embrouiller dans son esprit.
Elle remarqua alors qu'Archimède était rentrée et, comme à son habitude, la regardait fixement de ses grands yeux ronds. Merlin l'admira un instant et quand elle lui sourit, la chouette vint se poser près d'elle, sur le lit. Merlin tendit la main pour lui caresser les plumes du crâne du bout des doigts. L'oiseau secoua sa tête en gazouillant.
« Parfois, je me demande ce qui te trotte dans la tête » lui dit Merlin en se laissant mordiller un doigt. Elle lâcha un petit rire quand le bec la chatouilla un peu trop.
''En voilà une idée…'' songea-t-elle. Elle l'avait créée, et l'animal semblait la comprendre bien plus qu'un oiseau 'normal'… peut-être pouvait-elle pousser cela plus loin ?
« Archimède ? »
L'oiseau cessa brusquement de se frotter la tête contre sa main, pour la regarder en clignant des yeux.
« Est-ce que tu comprends ce que je te dis ? »
La chouette se dandina sur ses pattes et grippa sur la cuisse gauche de la jeune fille, qui ignora les petites griffures que cela provoquait. Une fois perchée, elle inclina la tête, les yeux vifs.
« Tu n'es pas une chouette ordinaire, n'est-ce pas ? » fit Merlin en souriant.
L'oiseau hulula doucement avant de s'envoler pour ressortir par la fenêtre.
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Quand Merlin dormit cette nuit-là, elle rêva vaguement de forêts à perte de vue, baignées par la lumière de la lune, que le vent nocturne mais modéré faisait frémir, et regorgeant de milliers de murmures et de soubresauts de vie.
Au petit matin, quand elle descendit de sa chambre, elle trouva Gaius assit à l'une des tables recouverte de bougies encore allumées et grandement entamées, ainsi que de livres à première vue anciens et qu'elle n'avait encore jamais vus. Le médecin, lui, semblait plus vieux qu'il ne l'était, l'esprit préoccupé.
« Vous n'avez pas dormi ? » demanda-t-elle.
« Non, mais j'avais une bonne raison… » Il la dévisagea, un peu comme s'il pouvait lire à travers elle. Parfois, elle avait presque l'impression qu'il le faisait vraiment…
« Et où vas-tu comme ça, de si bonne heure ? Arthur ne t'a pas encore reprise, il me semble ? »
Merlin prit son ton le plus convaincant. « J'ai promis à Edwin d'aller faire quelques courses pour lui… »
« Hum hum. »
Il ne haussait même pas son fameux sourcil que Merlin avait déjà l'impression qu'il s'était rendu compte qu'elle lui mentait. Elle se sentait mal de le faire, mais elle savait bien que Gaius n'approuverait pas ces cours particuliers… et sa curiosité était la plus forte. Elle retint sa respiration.
« Alors file donc » termina le vieil homme.
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« Comme tu me sembles déjà le savoir, la magie ne répond que si on la commande avec des mots bien précis, des mots de l'Ancienne Religion… qui malheureusement est forcée de tomber dans l'oubli, de nos jours. »
Merlin était assise sur une chaise sur laquelle elle était assise à l'envers pour poser son menton sur ses avant-bras qui eux-mêmes reposaient sur le dos du meuble, et regardait Edwin déambuler à pas mesurés.
« …il n'y a pas de secret, il faut donc passer par de longues heures d'étude pour poser les sorts adéquats. »
« Et pour le faire sans? » demanda-t-elle.
Edwin se tourna vers elle, légèrement surpris. « Comment cela ? »
« Pour utiliser la magie sans sorts, vous avez une technique particulière ? »
L'homme posa ses mains de l'autre côté de la table et se pencha un peu vers elle. « Je ne vois pas vraiment de quoi tu parles… »
« Comme ça » fit Merlin en fixant les objets devant elle. Ses yeux devinrent dorés et sans un mot, les ustensiles commencèrent à léviter à une dizaine de centimètres au-dessus de la table. Elle les y maintint quelques instants, puis les redéposa d'un simple mouvement des yeux.
Sur l'instant, il n'y eut pas de réaction, alors la jeune fille leva les yeux vers l'homme et vit qu'il la regardait avec des yeux stupéfaits, la bouche entrouverte.
« Fantastique » finit-il par dire.
Merlin se trémoussa sur sa chaise, ne sachant trop où se mettre.
« Comment fais-tu cela ? » continua le médecin.
« Eh bien, je… je fais ça depuis toute petite et… quand je répète un nouveau sort encore et encore, parfois il finit par venir de lui-même, seulement si je le veux. »
« Vraiment ? »
Merlin acquiesça de la tête. Elle n'avait pas conscience que cela pouvait paraître 'fantastique' pour d'autres…
« Eh bien Merlin » reprit Edwin, « il semblerait que ce soit plutôt moi qui ait à apprendre de toi… »
« Oh, non, sérieusement. Je n'ai rien pu faire pour dame Morgane, c'est vous qui l'avez soignée… Je veux apprendre ça, je veux savoir comment soigner les autres. »
« N'es-tu pas l'apprenti de Gaius en ce sens ? » fit-il en haussant un sourcil. Il avait perdu la lueur de curiosité apparue quelques instants avant, et était redevenu distant.
« Gaius m'apprend beaucoup de choses… mais il ne m'apprend pas tout. Il y a… certaines techniques, dont il refuse de parler. »
Edwin ne dit rien pendant quelques secondes, les lèvres pincées.
« Je vois. »
Le sentant perdre son intérêt, Merlin s'agita. « S'il vous plait, Edwin, j'ai besoin d'apprendre, et ici vous seul semblez vouloir accepter de m'aider… »
« Qu'y a-t-il, pour te motiver ainsi ? »
La jeune magicienne resta un instant interdite. Dans son esprit, elle vit des images du dragon, l'entendit parler de 'destin', d' 'Albion',… et se rappela les différents sorts qu'elle avait appris. Elle revit Gwen et son père en prison, Gaius chuter lors de son arrivée à Camelot, Morgane aussi pâle que les draps de son lit… Elle pensa à Archimède, la petite chouette aux yeux brillants d'intelligence qui lui tenait compagnie et roucoulait chaque fois qu'elle lançait un sort, même le plus simple.
Et surtout, elle pensa à Arthur. Arthur qui la rendait folle, la faisait courir pour un oui ou pour un non, lui tapait sur les nerfs et prenait un malin plaisir à lui trouver les corvées les plus improbables à accomplir dans l'heure… Arthur qui serait déjà mort sans elle. Arthur qui ne le savait même pas.
« … comme vous avez dit, » elle releva les yeux pour soutenir le regard du balafré, « ce serait du gâchis de ne pas profiter d'un tel don. »
Comme il restait silencieux, elle continua. « La science, la médecine… ne suffisent pas toujours à sauver. La magie le peut. Vous l'avez prouvé. Je veux apprendre à utiliser la mienne pour cela, pour ne plus voir des gens souffrir. »
Une ombre inidentifiable lui voila les yeux, puis il sembla se résigner.
« Très bien. »
Merlin lui sourit, mais il ne le lui rendit pas.
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Durant toute la journée, jusqu'à ce que le soleil commence à se coucher, elle écouta Edwin. L'homme insista d'abord sur l'utilité, voire même la nécessité de se baser sur des connaissances en médecine. Il était des plus complexe de se baser uniquement sur la magie pour soigner quelqu'un, car la magie était capricieuse, et s'exprimait comme elle l'entendait, rarement exactement de la même façon, et encore moins dans deux personnes différentes.
La magie était fiable et servait souvent en dernier recours, car elle était présente en tout, et tous. L'idée avait fait sourire Merlin, qui s'imaginait Uther parcouru de ce qu'il haïssait au plus haut point. Cette présence expliquait, entre autres, pourquoi il était possible pour un magicien de retrouver ses semblables dans une foule d'inconnus, pour autant qu'ils ne la bâillonnent pas, et que l'individu en question soit assez sensible et réceptif à sa propre magie.
« Mais en quoi cela sert-il à diagnostiquer ? A soigner ? » avait-elle demandé.
« Elle est partout. Ainsi, tu peux sentir les choses. Tu peux palper un organe sans avoir à éventrer le patient, tu peux regarder en lui, constater les dégâts d'une blessure, d'une maladie… ou tout simplement l'usure des ans. »
Et pour les plus aguerris, pour ceux qui contrôlaient leur magie, connaissaient les mots justes, il était possible de stopper une expansion, d'arrêter le sang de couler. Divers artéfacts, eux, peuvent soigner, si l'on a la connaissance suffisante pour les utiliser correctement.
« Comme mes scarabées » avait-il précisé.
Mais il y avait aussi ce dont nombres parlaient, mais très peu étaient capables. Il y avait ceux qui, plus que de la maîtriser, étaient en accord avec leur magie. Ceux qui l'inspiraient et l'expiraient, dans une harmonie totale. Elle coulait librement en eux. Et eux, racontait-on, pouvaient immiscer cette même magie, qui était partie intégrante d'eux-mêmes, dans les choses, les éléments, les êtres.
Eux, la Magie leur avait confié ce qui était à l'origine uniquement à Elle : créer, ou en l'occurrence, recréer. Alors, ils pouvaient retrouver ce qui était perdu, épurer ce qui était souillé, réparer ce qui était brisé, ranimer ce qui était immobile,…
De là, trônait alors une question sur toutes les lèvres, qui restait silencieuse, mais dont tous étaient conscients qu'elle traversait les esprits: pouvait-on créer la Vie ? Ou même… pouvait-on vaincre la Mort ?
En rentrant chez elle, ce soir-là, elle aperçut Gaius qui allait dans la direction opposée, vers les appartements d'Edwin. Merlin haussa les sourcils, mais n'y réfléchit pas plus, la tête trop occupée par toutes les nouvelles informations qu'elle avait apprises aujourd'hui.
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Le lendemain matin, elle retourna chez lui de bonne heure. Cette fois, elle n'avait pas croisé Gaius.
Elle reconnut plusieurs des livres d'anatomie de la bibliothèque, ouverts sur la table. Les ustensiles avaient été rassemblés pour leur faire de la place.
« Tu veux utiliser ta magie pour soigner, est-ce bien ça ? » demanda Edwin, un rien déçu.
« Oui » affirma Merlin en s'asseyant, sûre d'elle.
Edwin soupira puis désigna les livres d'un vague mouvement de la main, toujours debout. « Très bien. Alors voici ce que nous allons faire. »
Merlin haussa un sourcil. « … étudier ? »
« J'ose espérer que tu as un minimum entamé ce stade ? »
« Euh oui, bien sûr. Je veux dire, je ne connais pas encore tout, il y a tant… mais je sais faire la différence. »
« Cela ne suffit pas, mais c'est une base nécessaire… je vais alors me contenter de t'expliquer le principe. Tu devras le perfectionner par toi-même, est-ce clair ? »
Merlin opina de la tête, attentive, mais en se sentant un peu remise à sa place.
« Très bien » reprit Edwin, « alors voici comment je procède. La magie peut être utilisée comme une sorte de traceur, elle te montre l'intérieur du corps, et un œil averti peut alors y déceler les pathologies et autres traumatismes. C'est la base, celle qui te permet de diagnostiquer. »
« Je crois que je vois ce que c'est » intervint Merlin.
Elle se souvint de la femme de la cour qui était morte après avoir bu l'eau infestée par l'adanc, et dont le corps, comme celui de toutes les victimes, avait fini dans le cabinet de Gaius pour être scruté par le vieux médecin. Merlin se rappela avoir essayé de voir à travers elle, pour comprendre son mal, chercher des réponses… et avoir vu ses organes, ses vaisseaux, reliés entre eux et tintés par la magie.
Edwin se rapprocha, le visage neutre mais une lueur d'intérêt dans le regard.
« Je vais commencer à croire que je n'ai en définitive rien à t'apprendre… »
Merlin se sentit subitement gênée. « Non, euh, en fait je crois juste que j'ai déjà fait quelque chose de semblable auparavant, mais sans trop savoir ce que je faisais. »
« Cela ne peut que nous faciliter la tâche… pourrais-tu me le montrer ? »
« C'est-à-dire que… j'avais fait ça sur un cadavre. »
« Si tu ne veux pas que ce soit le sort qui attend tous ceux que tu voudras aider, tu as tout intérêt à changer cette habitude. »
Merlin serra les dents. Il avait raison, mais elle ne se sentait pas très à l'aise à l'idée d'utiliser sa magie fréquemment en la présence d'Edwin… sans arriver à comprendre pourquoi.
« Je vois… » se résigna Edwin. « Dans ce cas, peut-être préfères-tu que je te montre en premier ? »
« Oui » puis elle s'empressa de rajouter, « s'il vous plaît. »
Il tira une chaise de sous la table et s'assit en face de Merlin dans un léger bruit de raclure, puis tendit la main, paume vers le haut. « Donne-moi ton bras. »
La jeune fille obtempéra mais n'arriva pas à se relâcher totalement. Il avait les mains tièdes et rêches, et soutenait son bras comme s'il avait le même poids qu'une plume.
« Je vais démarrer par tes doigts, puis me contenter de suivre la magie. »
La jeune magicienne hocha de la tête à nouveau, les yeux fixés sur sa main. Après un court silence, Edwin commanda ''þurhsieh, íewe se gebæne ond se þóht''.
Elle vit ses yeux scintiller et, pendant une fraction de seconde, quelque chose passa de ses doigts à lui à travers les siens. Très rapidement, elle sentit son corps comme se ramollir un peu, en démarrant par sa main et en terminant par ses pieds. Sa propre magie protesta contre l'intrusion en commençant à picoter sur le même trajet, d'abord faiblement quand le flux passa dans son bras, puis plus fort quand il se divisa entre sa tête et son thorax.
Brusquement, elle fut comme brûlée et arracha sa main de la prise du médecin par réflexe, les yeux écarquillés. Sa magie à elle n'avait décidément pas aimé l'expérience, pas du tout. Et il n'y avait pas qu'elle…
Edwin la fixait sans ciller, comme si elle ne venait pas de sursauter sur sa chaise.
« Alors comme ça, tu es une fille. »
« Que… ? »
« Réfléchis un peu, ce sort me permet de voir mes patients de l'intérieur, pour visualiser ce que souvent eux-mêmes ignorent. »
Merlin bafouilla inintelligiblement puis déglutit. Cet homme en savait beaucoup trop sur elle, et elle ne savait même pas s'il était digne de confiance…
Son appréhension devait se lire sur son visage car Edwin poursuivit avec un sourire froid, « je ne dirais rien… estime que c'est dans notre intérêt réciproque, n'est-ce pas ? »
« … oui » fut tout ce qu'elle trouva à répondre.
Il se leva pour continuer à déambuler lentement dans la salle. « Je vois que ce moyen d'application te rebute… alors je te propose ceci : fais ce que je viens de faire, mais sur toi-même. Cela devrait t'occuper pour la journée. »
« C'est déjà fini ? » s'étonna-t-elle, en même temps étrangement soulagée.
« Oui. J'ai du travail à faire avant de me rendre à la convocation du roi. »
« Pourquoi donc ? » ne put-elle s'empêcher de demander.
« Tu le sauras bien assez tôt. »
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Merlin sut en effet dès le lendemain de quoi il en retournait, mais il était alors déjà trop tard. Elle dormait déjà quand Gaius était rentré la veille au soir, et n'avait donc pu voir son visage tourmenté par le passé, ni même pu remarquer qu'il avait pris le chemin des cachots en pleine nuit… pour retrouver une vieille connaissance.
Au milieu de la matinée, Uther avait convoqué le vieil homme, et l'avait purement et simplement remercié de ses fonctions, croyant bien faire, et avec des politesses et autres semblants de générosité, comme la promesse d'une pension et d'un nouveau logement, qui étaient censés atténuer l'amertume de la chose, mais ne rendaient l'ordre –car c'en était un- que plus clair.
Merlin ne l'apprit que quelques temps après que la décision soit appliquée, par Gwen et Morris, qui l'avaient croisée dans les couloirs et s'étaient excusés.
« Mais de quoi ? » avait demandé la magicienne.
« Oh, euh, tu n'es pas au courant ? » avait bafouillé Gwen, tout en lançant des regards mal assurés à Morris qui n'en menait pas plus large.
« Gaius a été renvoyé, » avait expliqué le jeune homme, que l'idée dérangeait visiblement « c'est Edwin qui est le médecin de la Cour à présent. »
Merlin en avait presque crié. « Quoi ? »
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« Gaius ! » fit-elle en entrant en trombe, peu soucieuse de faire claquer la porte contre le mur. Le vieil homme avait déjà empaqueté une bonne partie de ses possessions. « Ils n'ont pas le droit de vous faire ça ! Je vais parler à Edwin et- »
« -non, Merlin » répondit-il, étonnamment calme étant donné les circonstances, « ne fais rien, ce n'est pas la peine. »
« Ne rien faire ? Impossible ! »
Elle ne savait pas comment, mais il fallait qu'elle ouvre les yeux du roi. Il était stupide de le renvoyer…
« Merlin… il faut savoir accepter que toute chose a une fin. Uther a raison, je me fais vieux, il est temps que quelqu'un prenne la relève, quelqu'un de plus jeune… »
Il y avait une forme de tristesse dans sa voix, comme s'il n'arrivait pas à se convaincre lui-même de ce qu'il disait.
La jeune fille se tut, le cœur serré, et le regarda quelques instants plier plusieurs habits décolorés par le temps et l'usage. Il s'en allait.
« Ne partez pas », supplia-t-elle d'une petite voix.
Quand il releva le regard vers elle, elle put voir à quel point cette situation le peinait, même s'il s'efforçait de le cacher tant bien que mal.
« Je pense que c'est la meilleure solution. »
Merlin répondit du tac-au-tac, déterminée, « alors je vais partir avec vous. »
Avec des gestes lents, Gaius déposa ce qu'il tenait dans ses mains et se rapprocha de la jeune fille.
« Merlin, ma petite Merlin… » Il déposa ces mêmes mains sur ses épaules, avec tendresse. « Tu es la fille que je n'ai jamais eue et que je n'aurais jamais espéré avoir, encore moins à un âge tel que le mien… »
La magicienne sentit les larmes lui monter aux yeux, qu'elle cligna pour se retenir. « Et vous, un père. »
Il lui sourit d'un de ces rares sourires qui éclairent bien plus que le visage. « Alors crois ce que je vais te dire. Il faut que tu restes ici, à Camelot… » Il insista quand il vit qu'elle commençait à secouer la tête par désaccord, « ta place est ici, auprès d'Arthur, et il te faut apprendre à être petit à petit en pleine possession de tes dons. »
« Ils ne valent rien si vous n'êtes pas là pour m'apprendre ! »
A peine ces mots sortis de sa bouche, Merlin en prit conscience. Tant pis s'il ne voulait pas lui apprendre la magie comme le faisait Edwin, tant pis s'il s'obstinait à la forcer à mettre son nez dans des livres qui ne l'intéressaient pas, tant pis s'il insistait pour qu'elle nettoie les ustensiles les moins ragoûtants –comme la bassine à sangsues- sans qu'elle les ait utilisés… C'était de lui qu'elle voulait apprendre, avant tout, tout simplement parce qu'elle aimait cela. Il lui transmettait son savoir avec une passion tempérée par la sagesse, savait trouver les mots, l'encourageait quand il le fallait et la secouait quand c'était nécessaire… et à chaque fois, Merlin en redemandait, elle voulait découvrir encore plus, comprendre le plus possible, autant que son peu de temps libre le permettait.
« …j'ai besoin de votre enseignement. »
Dans ces quelques mots s'en cachaient d'autres, timides, comme ''j'ai besoin de vous'' et ''apprenez-moi plus que ça, aidez-moi à grandir'', ''s'il vous plait''. Des mots silencieux que le vieil homme entendit, et qui l'émurent, au point de devoir prendre une grande inspiration.
« Je vais partir ce soir » fit-il à contrecœur en lâchant ses épaules. « Et tu ne peux rien y faire. »
« Voyez seulement. »
Et sur ce, elle sortit de la pièce en serrant les poings.
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Mais que pouvait-elle bien faire ?
Elle avait cherché après Edwin mais celui-ci était introuvable. Morris avait dit l'avoir vu en compagnie du roi. Si cela était vrai, elle n'avait pas le droit de les déranger, et elle n'avait pas le cœur à retourner chez elle, si c'était pour voir Gaius se préparer à partir.
Chez elle.
Merlin se demanda depuis quand la maison de Gaius, et non plus Ealdor, était devenue 'chez elle' dans son esprit. Elle ne s'en était même pas rendue compte plus tôt. Mais maintenant, si celui qu'elle considérait comme un père adoptif partait, ça ne serait déjà plus le cas. Camelot, en elle-même, n'était pas encore complètement son nouveau foyer… suffirait-elle à la retenir, elle, si Gaius partait ?
La jeune fille s'était dirigée vers la lisière de la forêt, qui longeait les diverses aires d'entraînement, et avait grimpé dans un arbre pour y réfléchir. Depuis toute petite, elle avait cette habitude, cette manière de s'isoler. A Ealdor, situé en pleine campagne, il lui suffisait de grimper dans l'arbre le plus proche pour se faire oublier un petit temps. Ses longs membres fins et sa légèreté étaient alors utiles, et sa maladresse semblait la quitter pour rester au sol et l'y attendre dès que ses pieds en décollaient.
A califourchon sur une grosse branche à seulement trois mètres de hauteur, le dos contre le tronc, Merlin pouvait voir Arthur en train de taillader un mannequin pourvu d'un heaume grossier et rembourré de paille pour lui donner une vague forme humaine. Mais ses coups, bien que toujours précis, manquaient de pugnacité, comme si son esprit était ailleurs et ne voulait donc pas se focaliser pleinement sur la tâche. Il n'avait même pas pris la peine de se vêtir correctement, se contentant de ses habituels chemise rouge et pantalon noir. Elle put voir que le laçage de son col était complètement défait.
Si Edwin devenait réellement le nouveau médecin de la cour… Arthur allait-il la réengager bientôt ? Ou bien la laisserait-il au service du balafré ?
Merlin ferma les yeux et posa l'arrière de son crâne contre le tronc. En soupirant, elle essaya de chasser ses pensées qui prenaient une tournure désagréable, et se focalisa sur le bruissement du vent dans les feuilles et l'odeur terrestre, espérant que le calme lui apporte une solution, ou même une simple idée.
Ce soir, quand le roi se retira dans ses appartements pour la nuit de bonne heure –une de ses anciennes blessures s'était ravivée récemment et le forçait à se ménager-, Merlin se dit qu'elle pourrait enfin trouver Edwin quelque part, seul. Elle passait non loin des quartiers royaux quand elle vit Arthur se précipiter vers elle, la panique clairement visible sur ses traits.
« Merlin ! » cria-t-il. « Mon père a contracté la même maladie que Morgane, il nous faut trouver Edwin ! »
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« Edwin ! Vous êtes là ? » appela-t-elle devant la porte juste avant de l'ouvrir à la volée. « Le roi est mal, il- »
Elle se figea en voyant la scène devant elle. Gaius était là, acculé et entouré par des flammes grandissantes, alors qu'Edwin le regardait sans sourciller, l'air purement mauvais.
« Qu'est-ce que cela veut dire ? » termina-t-elle, la voix soudainement glaciale.
« Merlin ! Ne reste pas là ! Il tente de tuer le roi ! » intervint Gaius.
Le plus jeune des deux hommes se tourna vers elle. Le feu se reflétait tant ses yeux, mais même lui les laissait froids, au ras de sa capuche.
« Sa tyrannie n'a que trop duré » clama-t-il. « L'heure est venue de mettre un terme à son règne, et réinstaurer la magie sur ces terres ! »
« Relâchez Gaius » siffla Merlin en desserrant à peine les dents. Sa magie frétillait et lui donnait la chair de poule.
« Ne comprends-tu donc pas, Merlin ? Joins tes forces aux miennes, et quitte enfin ton statut de simple servante, si insultant envers tes pouvoirs… »
« J'ai dit, relâchez cet homme. » L'avertissement résonna dans sa voix.
« Ainsi donc, tu tiens à rester une moins que rien, une lèche-botte des Pendragon… ou devrais-je dire, du prince ? Ne souhaiterais-tu pas plutôt… inverser les rôles ? »
Elle resta indifférente à son sourire cruel. « Faites ce que je vous dis. Ou je vous y forcerai. »
Son sourire devint un véritable rictus. « Tu l'auras voulu. »
Il dirigea ses yeux et une main vers une hache qui ornait le mur, murmura quelques mots, et aussitôt, l'arme bougea dans le vide, tournoyant sur elle-même pour prendre de la vitesse dans sa course… droit sur elle.
Elle entendit à peine Gaius crier que le tranchant de la lame se retrouvait à quelques centimètres de l'arête de son nez, figée un court instant. Dans un sursaut de sa magie, la hache partit dans l'autre sens brutalement et elle se rendait à peine compte de la situation que l'arme s'encastra dans la tête d'Edwin, dans une gerbe de sang, et le propulsa à terre.
Il était mort sur le coup.
Merlin haleta, reprenant une respiration qu'elle avait retenue inconsciemment. Elle se força à ne pas regarder vers la silhouette empêtrée dans le manteau, à terre, qui se gorgeait d'un liquide sombre. Cet écoulement était tout ce qui bougeait, l'homme restant lugubrement immobile.
Les flammes qui encerclaient Gaius se volatilisèrent en se consumant d'elles-mêmes. Elle se précipita vers lui et l'étreignit à moitié.
« Gaius ! Gaius vous n'avez rien ? » paniqua-t-elle.
« Non, grâce à toi… Merci. »
Merlin lui sourit puis se secoua. Elle se jeta presque sur le petit coffret d'Edwin, non loin.
« Que fais-tu ? » demanda Gaius en la suivant.
« Uther est malade, je crois qu'Edwin et ces insectes ont quelque chose à voir là-dedans. » Elle ouvrit la boite, révélant son contenu immobile.
« Des scarabées d'Elanthia… »
« Ils sont magiques ? »
« Oui… ils permettent de dévorer une personne de l'intérieur… hâtons-nous ! »
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En arrivant dans le couloir qui menait aux appartements du roi, Merlin ralentit légèrement le pas.
« Gaius… » murmura-t-elle, « s'ils sont magiques, alors ça veut dire que je dois… ? »
« Oui Merlin. »
« Mais il s'agit du roi ! »
« Et il mourra si tu ne le fais pas. »
La porte était ouverte. Arthur se tenait debout, à côté de son père. Il fit volte-face en les entendant arriver et son visage s'éclaira de soulagement en les voyant.
Merlin adressa un bref regard lourd de panique envers Gaius.
« Enfin vous voilà » fit le prince, « il n'a toujours pas repris connaissance et je crains… » Il ne termina pas sa phrase.
« Sire » intervint Gaius, « ne craignez rien. » Il saisit le jeune homme par les bras pour l'entraîner doucement mais fermement vers la sortie. « Merlin va se charger de soigner le roi. »
« Merlin ? Mais… »
« Je lui ai donné l'antidote à administrer. Il sait quoi faire. Vous par contre, devez être examiné. Je dois m'assurer que vous n'avez pas contracté la maladie. »
Arthur regarda la jeune fille un court instant, puis approuva d'un très léger mouvement de tête et se laissa entraîner dehors sans résister. Le cœur de la magicienne se pinça devant cette marque de confiance silencieuse.
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Quand la porte se referma, elle dirigea son attention vers le roi, et s'assit sur le lit, à côté de lui, mais sans oser le toucher. Elle contempla alors l'homme pâle, maladif, à la respiration irrégulière, qu'était devenu Uther Pendragon. Le même homme qui avait tué des milliers des siens, et faisait de sa vie une mise en garde permanente, depuis sa naissance. Celui qui condamnait de mort ce qui lui procurait ses plus grandes joies depuis qu'elle était toute petite, avant même qu'elle ne sache parler.
Si elle ne faisait rien, elle pouvait y mettre fin. Finie la tyrannie, finie la peur constante d'être envoyée au bûcher, finis les procès injustes qui envoyaient vieillards comme enfants à la mort, sans même un adieu à leurs familles, ni une sépulture pour laisser à celles-ci quelque chose à chérir.
Elle pouvait atténuer ses souffrances au lieu de laisser le scarabée se repaître de lui, terminer son souffle, immobiliser son cœur. Et alors tout s'arrangerait.
Mais Arthur serait orphelin. Arthur serait propulsé comme roi alors qu'il devenait à peine un homme. Et surtout, Arthur perdrait sa seule famille.
Il serait seul.
Car elle savait très bien -et cela lui faisait mal- que sa présence à elle ne changerait rien.
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Elle s'enfonça un peu dans le matelas quand elle se pencha sur le roi et posa ses mains de part et d'autre de sa tête.
« Ce n'est pas pour vous que je le fais, Uther. »
Puis elle ferma les yeux.
Sa magie s'écoula en lui, à la fois timide et curieuse de tâter un territoire inconnu, surtout quelqu'un qui la haïssait corps et âme. Elle sentit la rigidité des articulations, la douleur sourde d'une blessure à l'épaule qui n'avait jamais complètement guéri, la fatigue des tissus et quelque chose d'intangible, discret mais qui se répandait dans tout son corps, en partant du cœur. Ce n'était pas une maladie, ce n'était pas vraiment une blessure, mais c'était là depuis longtemps, et rongeait tout sans discrimination. Comme si quelque chose le hantait.
Puis elle sentit, brûlante sur son passage, une invasion dans son crâne. Quelque chose s'y agitait, s'y immisçait. Elle le tâta du bout du doigt, lui ordonna de s'arrêter. Mais il ne voulait pas sortir, il se plaisait bien là. Merlin le gronda en silence, et alors il rebroussa chemin, penaud, en réparant derrière lui le désordre qu'il avait créé.
Un petit scarabée tomba dans sa main, mort avant même de la frôler. Il s'y consuma en à peine le temps d'un battement de cil, et sans une once de fumée ni de cendre.
Merlin se redressa, puis se releva avec précaution. Uther ouvrit ses yeux lourds de fièvre, et la regarda sans la voir.
« Tout va bien, altesse » murmura-t-elle dans le vide. « Tout va bien. »
Elle se leva et marcha vers la porte. Le poids de sa décision lui pesait sur les épaules et la ralentissait.
Quand elle l'ouvrit, ce fut pour croiser le regard bleu et soucieux d'Arthur.
« Comment va-t-il ? »
Elle se contenta de lui sourire timidement. Il la dépassa pour se précipiter au chevet du roi. Elle entendit son soupir de soulagement avant même de se retourner.
« Père, vous êtes sain et sauf… Tout va bien. »
Puis il releva la tête, la regarda et, silencieusement, dit ''merci''.
Cela enleva le poids qu'elle n'avait pas eu conscience de porter depuis le banquet après l'adoubement de Lancelot. Avec un infime mouvement de la tête, elle lui confirma que tout était pardonné, ou plutôt, qu'il n'y avait rien eu à pardonner.
Ils pouvaient revenir à la normale.
Et en voyant père et fils réunis, elle sut qu'elle avait fait le bon choix.
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A/N : à celles qui diront qu'il n'y a pas assez de Merlin/Arthur… je répondrai : patience ;)!
-je viens de voir le trailer de la saison 4... oh my gaius, j'ai hâte! Par contre, je me demande comment je vais faire pour continuer à suivre un minimum l'histoire dans ma fic... j'attends de voir ce qu'ils vont nous offrir *ze stress*
-aussi, j'ai une question importante à poser: j'avais mis dans le chap 1 que le rating risquait de changer, et plus je fais les notes et brouillons de la fic en général, plus celà se confirme. Alors, si celà pose problème à quelqu'un que je passe à du M, il faut me le dire maintenant pour que je puisse encore rectifier le tir... merci d'avance :)!
