Bonjour à tous! Et merci à ceux qui m'ont laissé une review! Vous êtes de moins en moins nombreux, snif... On dirait que je n'ai pas su fidéliser les lecteurs, et ce qui est clair, c'est que j'ai déçu leurs attentes. Donc, malgré le précieux soutien des quelques personnes qui continuent à m'encourager, je vous avoue que je suis plutôt démotivée...

Enfin passons, je ne vous embête plus avec mes états d'âme...

CHAPITRE SEPT

-Vous savez les bruits qui courent, les gars ?

-Non, mais tu vas te faire un plaisir de nous le dire!

-Je viens de voir Lavande, la petite blonde qui travaille à la mercerie !

-Tiens, tiens, tiens...Lavande... Tu nous avais caché ça, Fred !

-Arrête, idiot! Il n'y a rien entre nous! Bon, donc, c'est elle qui m'a mis au courant. » Excité, Fred baissa la voix. « Il paraît que Lord Parkinson a disparu. » Dit-il en détachant bien les mots.

-Hein ? S'étrangla Ron, sa boîte de violon sous le bras. Parkinson, l'espèce de type méprisant qui tourne toujours autour de la Comtesse ?

L'estomac contracté, Harry feignit lui aussi la surprise.

-Lui même..., confirma Fred.

-Disparu ? Qu'est-ce que ça veut dire? Où ? Depuis quand ?

Munis de leurs instruments de musique, Harry, Ron et les jumeaux traversaient le village, se dirigeant d'un bon pas vers le Manoir. Il était environ deux heures de l'après-midi. Au lendemain d'une nuit peuplée de cauchemars, le jeune Potter avait passé la matinée à donner des cours, et il se sentait à présent fatigué et tendu, l'esprit fiévreux.

A entendre les bruits rapportés par Fred, le corps de Lord Parkinson n'avait pas encore été retrouvé. Mais ce n'était sans doute qu'une question d'heures. Qu'allait-il se passer ensuite? Après examen du cadavre, la vérité éclaterait au grand jour. Chacun saurait que le Lord avait été tué d'un coup de couteau dans le dos avant d'être jeté à l'eau, et le lien serait vite établi entre la présence de Harry auprès de la comtesse, et celle -presque simultanée- de la victime dans les mêmes lieux...

Le garçon ne faisait-il pas une énorme erreur en se rendant au Manoir? Ne risquait-il pas de se faire tout bonnement mettre la main au collet ?

Ou au contraire, n'était-ce pas le plus sûr moyen d'éteindre les éventuels soupçons le concernant?

Dans quel état allait-il trouver Narcissa ? Malgré ses craintes, Harry était impatient de voir la jeune femme, d'échanger quelques mots avec elle, ou même un simple regard de connivence. Ils étaient seuls à pouvoir se comprendre, Minerva et Robert mis à part.

-D'après ce qu'on raconte, poursuivait Fred avec des airs de conspirateur, Parkinson était en compagnie de la Comtesse hier soir, et il n'est pas rentré chez lui. Son cocher a attendu toute la nuit pour le ramener, sans succès. Du coup, sa famille a lancé un avis de recherche.

-Eh, mais c'est pas bien compliqué! ricana George, gouailleur. Il est resté auprès de Narcissa ! J'aurais fait pareil, à sa place!

-Le problème, c'est qu'il n'avait pas prévenu son cocher qu'il découchait!

-Ni sa femme !

-S'il était resté avec la Comtesse, on l'aurait retrouvé, ou il aurait donné signe de vie depuis, vous pensez bien !

-C'est bizarre…, murmura Ron. Un homme ne disparaît pas comme ça…Et toi, Harry, tu étais aussi au Manoir, hier soir. Tu ne l'as pas vu ?

Sachant par avance qu'on lui poserait cette question, le garçon avait déjà préparé sa réponse.

-Si. Je l'ai croisé en sortant de chez la Comtesse, dit-il laconiquement.

-Ah ! Et…il avait l'air… normal ?

-Ben… oui, autant que j'aie pu en juger. Il avait sa tête habituelle, c'est à dire une gueule patibulaire...

- C'est vrai qu'en général, il n'a pas l'air ravi de nous voir, remarqua George avec une grimace.

-On se demande bien pourquoi, renchérit Fred en riant.

-Ce qui m'étonne, c'est qu'il n'ait pas encore essayé de te faire la peau, Harry…., reprit George, songeur. Surtout en te voyant sortir seul de chez la Comtesse. A l'évidence, il est fou amoureux d'elle...

- Et j'ai comme l'impression qu'il est du genre jaloux, ajouta Ron. Ceci dit, on ne le voyait plus trop, ces derniers temps…

-Peut-être qu'il en a eu marre d'être obligé de se farcir le vieux Bach tous les après-midi, gloussa Fred. Mais apparemment, hier, il est revenu à la charge...

Harry se tut. Son malaise s'accentuait. Dès qu'il en eut l'occasion, il tenta de dévier la conversation sur un autre sujet.

Parvenus devant le portail, ils agitèrent la cloche, mais ils eurent à attendre dix bonnes minutes avant qu'un jeune lad apparût, courant à petite foulées dans leur direction. Au lieu de leur ouvrir, le gamin s'adressa à eux à travers la grille dans son anglais de paysan, tout essoufflé.

-La Comtesse, elle peut pas vous r'cevoir aujourd'hui.

-Ah bon ? Et pourquoi donc, petit ? Questionna Fred avec autorité.

-Pasqu'y a com' qui dirait un léger problème, m'sieur. Y s'trouve qu'y a un Lord qu'a disparu c'te nuit, y sont tous à sa r'cherche, et y a tout qu'est sens-d'ssus-d'ssous à c'te heure. Mais j'ai un message pour m'sieur Potter. C'est ben vous, m'sieur ?

Le menton dressé, le garçon fixait Harry avec l'air crâne de celui qu'on a chargé d'une mission importante.

-C'est moi, tu le sais bien, sourit Harry en approchant.

Le lad tira de sa chemise une enveloppe et la tendit au jeune homme à travers les barreaux.

-V'la pour vous, d'la part de M'dame Minerva Mc Gonagall."Faut en parler à personne", qu'elle m'a dit. J'vous jure que j'ai rien dit.

-C'est bien. Merci!

Harry saisit l'enveloppe vierge de toute inscription et la glissa à son tour dans sa veste, sous les regards curieux de ses amis. Le gamin fit un salut comique, tourna les talons et repartit en courant.

-Alors ? dit Fred à Harry quand ils se furent éloignés. Tu n'ouvres pas ?

Harry faillit lui envoyer une réplique cinglante, mais il se retint. La curiosité mal placée était-elle un défaut également partagé par tous les Weasley?

-Je l'ouvrirai à la maison, dit-il simplement.

-Oh, je vois…c'est un mot doux de Narcissa…

-Ou de Minerva, peut-être…

-A moins que ce soit ton salaire…

-Des lettres de change pour la banque …

Ils rirent, Harry leur fit une grimace et les autres n'insistèrent plus. Mais durant tout le trajet de retour, ses compagnons firent les conjectures les plus folles à propos des évènements de la nuit précédente, et le garçon fut bien obligé de se joindre -mollement- à leur conversation.

Quand il furent rentrés à la maison, Harry annonça qu'il allait travailler et partit s'isoler dans une salle de classe avec son violon. Dès qu'il fut seul, il ouvrit hâtivement l'enveloppe cachetée.

« Harry,

La situation est grave. Ne voyant pas revenir son maître, le cocher de Parkinson, qui s'était endormi en l'attendant, a donné l'alerte ce matin. La famille du disparu est affolée et veut lancer des recherches. Lucius est sur les dents. D'abord persuadé que j'avais passé la nuit avec Everett, il m'a soumise à un interrogatoire serré. Je lui ai raconté que Parkinson était resté deux heures avec moi, qu'il avait énormément bu, puis qu'il avait quitté mes appartements comme il le fait toujours, complètement saoul. Lucius voulait connaître l'heure exacte de son départ. Toi, tu t'en es retourné chez toi vers six heures, n'est-ce pas? J'ai donc dit qu'Everett était parti aux alentours de huit heures…

En ce moment, on interroge les domestiques, et je suis au supplice. Evidemment, j'ai entière confiance en Minerva et en Robert. Ils donneront la même version des faits. Mais plusieurs autres valets et servantes t'ont vu passer, alors que personne ne semble avoir aperçu Parkinson (comment s'en étonner?)! Le plus ennuyeux, c'est que… mon Dieu, Harry, mon fils Drago a parlé de toi à Lucius, et mon époux m'a demandé des explications à ton sujet. Evidement, je lui ai appris, pour les cours de violon (il ne savait pas !), et pour l'instant, je pense t'avoir mis hors de cause...

Malgré ses réticences, Lucius a sollicité l'intervention de la police du comté, poussé en cela par Emma Parkinson, qui me déteste et qui est convaincue que son époux a été assassiné. Voilà où nous en sommes.

Pars dès que possible chez mon oncle. Cependant, bien qu'il soit un homme de confiance, je pense qu'il est préférable de ne rien lui raconter pour l'instant, nous aviserons plus tard de la conduite à suivre. Quoiqu'il en soit, je suis certaine qu'il nous couvrira et nous cachera s'il le faut. Pour ma part, je te rejoindrai dès que possible, mais mon départ ne doit en aucun cas ressembler à une fuite, aussi vais-je devoir attendre quelques jours.

Brûle cette lettre dès que tu en auras pris connaissance.

Je t'adore et te presse tendrement sur mon cœur.

Bonne chance!

Narcissa »

Harry relut rapidement la lettre puis la roula en boule et la fourra dans une de ses poches. A la première occasion, il la jetterait au feu. Il se mit ensuite à travailler une étude particulièrement difficile composée par Remus à son intention, mais il était incapable de se concentrer, et au bout d'une heure, dégoûté, il abandonna son instrument pour quitter la pièce et gagner sa chambre.

Là, il mit un genou à terre et tira son vieux coffre de dessous son lit. Il l'ouvrit et réfléchit...Un instant après, il commençait à rassembler des affaires en vue de son départ.

o0o0o0o0o0o

Pour l'instant, les investigations n'ont rien donné. De nombreux hommes du village participent aux recherches. Ils sont organisés en équipes et ratissent le parc, les prés et la forêt alentour. Encouragé par cette harpie d'Emma Parkinson, Lucius a promis une forte récompense à ceux qui découvriraient le disparu.

Mon Dieu, faites qu'ils ne trouvent rien, jamais…

La nuit dernière, à deux heures du matin, Robert est venu chercher le corps dans le cabinet, comme nous en avions convenu. La voiture du Lord se trouvait toujours dans la cour, mais le cocher ne s'était pas manifesté, à mon grand soulagement. Je ne sais où il était allé traîner en attendant son maître, le plus probable est qu'il se soit endormi dans les écuries... Minerva et moi avons aidé Robert à transporter le corps, atrocement lourd et encombrant. Heureusement, la nuit était sombre. Après l'avoir chargé dans la barque, le valet l'a lesté, puis il est parti le jeter au milieu du lac le plus silencieusement possible, tandis que je l'attendais avec Minerva sous le couvert des arbres. Quant au poignard, je l'avais serré dans un linge noir fermement noué, et Robert l'a fait disparaître de la même façon, au fond de l'eau, sous la vase et à bonne distance du cadavre et de la rive...

Mon Dieu…Pourvu que personne ne l'ait vu ou entendu…

Comment puis-je implorer Dieu dans des circonstances pareilles ? Je suis une criminelle. J'ai tué un homme. Certes, je l'ai fait pour en sauver un autre. Mais j'aurais pu appeler à l'aide, pousser des cris, alerter tout le Manoir. J'aurais pu également me contenter de le blesser, au bras, ou à la jambe…Parkinson se serait sans doute calmé, il aurait renoncé à étrangler Harry. Bien que je n'aie rien prémédité, je sais que si j'ai agi comme je l'ai fait, c'est de peur que le garçon soit découvert là, avec moi. J'avais peur que Parkinson parle. J'avais peur d'être conspuée, traînée dans la boue.

Mon Dieu…ayez pitié de moi !

Drago me hait. Quelles erreurs ai-je donc pu commettre pour que nous en arrivions là, entre mère et fils ? Il me hait, et il sait. Il a tout compris, j'en suis certaine. Mais il n'a aucune preuve, pour l'instant du moins. Je serai plus habile, plus rusée que lui. Quoiqu'il fasse, il ne parviendra pas à me confondre et à m'écraser.

Et Harry ? Oh, comme il va me manquer… ! Mais avant tout, je veux le savoir loin d'ici, et à l'abri. Certes, son départ va sembler suspect, mais je pourrai témoigner du fait que mon oncle l'a invité à le rejoindre depuis fort longtemps. Comme j'ai peur pour lui ! Si on venait à l'accuser, comment pourrait-il se défendre ? Il serait broyé, anéanti, alors que moi, je pourrai toujours m'en tirer. Mon mari saura payer qui de droit pour acheter la clémence de la justice. Je sais bien qu'il fera tout pour ne pas entacher notre nom.

Hélas, il serait trop heureux de trouver en Harry un coupable idéal…

Si on accuse Harry du meurtre, aurai-je le courage de dire que je suis celle qui a tué ? Il faudra bien que je trouve quelque part en moi cette force morale…

J'ai invité le garçon à se fier à mon oncle… Ai-je bien fait ? Je connais à peine le frère de ma mère, mais je sais à quel point sa réputation est douteuse. Bellatrix m'a plus d'une fois parlé de lui… Elle, elle l'adore, mais elle a des goûts si étranges! Pourquoi s'est-il si vivement intéressé à Harry ? A-t-il été séduit par la grâce physique du garçon, comme je l'ai immédiatement redouté, et Minerva tout autant que moi? Il avait cette manière…gênante de le regarder…avide, gourmande…celle d'un prédateur savourant par avance le plaisir qu'il aura à dévorer sa proie… A y repenser, j'en ai encore le frisson…

Non, ce n'est pas possible ! Oh, pourquoi voir partout le mal et la perversion? Mon oncle n'est pas marié, certes, mais personne ne dit qu'il ait des goûts de cette nature…C'est un mélomane, et il a été conquis par les extraordinaires qualités musicales de Harry, un point, c'est tout. Qui ne le serait pas ? Assez de soupçons ! Je veux pouvoir trouver un réconfort dans l'assurance que Harry est en sécurité à Manderley.

Oh, comme j'ai hâte de le rejoindre là bas !…Mon oncle sera compréhensif, j'en suis sûre. Nous aurons entière liberté de nous voir jour et nuit, sans témoin, sans limite…Lucius n'en saura rien, et Drago encore moins.

o0o0o0o0o

-Harry ? Qu'est-ce que tu fais ?

Ron venait d'entrer dans la pièce et regardait alternativement son ami et le coffre à demi plein reposant à ses pieds.

-Tu vois bien ! Je me prépare à partir.

-Partir ?

Harry soupira et s'assit sur son lit. Ron en fit autant, sur le sien, et ils se trouvèrent face à face, les yeux dans les yeux.

-Je t'ai parlé de cette invitation que j'ai reçue, d'aller à Bristol…

-Ah…chez le fameux Lord Voldemort ?

-Exactement.

-Tu veux aller le rejoindre, finalement ?

-Oui.

Ron haussa les sourcils, l'air surpris.

-Mais pourquoi ? Tu avais dit que…

-C'est vrai. Mais j'ai réfléchi. Et puis, il m'a écrit qu'il allait envoyer quelqu'un pour venir me chercher en voiture, et…

-Wow ! Dis donc, c'est qu'il tient vraiment à toi !

-On dirait. J'en ai parlé à ton père, et il pense comme moi qu'il ne faut pas dédaigner une offre pareille.

Ron baissa la tête et réfléchit un moment.

-Peut-être…, dit-il finalement en relevant les yeux vers son ami. Mais ça va être dur, ici, sans toi, mon vieux…

-Pour moi aussi, ça va être dur, Ron.

-Tu as pensé à Ginny ?

-…

-Tu lui en as parlé ? Elle est au courant ?

Face au regard sévère de son meilleur ami, Harry se sentait piégé comme un enfant pris en faute.

-Pas encore, dit-il brièvement.

-Elle va avoir beaucoup de mal à accepter ton départ, tu le sais ?

-C'est la vie, soupira le garçon. Je ne pars pas définitivement.

-Remarque, elle préfèrera peut-être te savoir à Bristol plutôt que dans les bras de la Comtesse…

C'était la première fois que Ron faisait une allusion aussi directe. Harry se leva sans répondre et ouvrit le placard dans lequel ses livres étaient rangés.

-Elle est très attachée à toi, tu en es conscient ? Insista Ron dans son dos.

Il y eut un silence, durant lequel Harry fourragea dans ses livres.

-Et toi, avec Hermione? Glissa-t-il finalement sans se retourner. Vous en êtes où?

-Pas très avancés, tu t'en doutes, soupira le rouquin, mais ce n'est pas le sujet.

Harry eut un petit ricanement.

-Tu vois, tu es aussi compliqué que moi, reprit-il en jetant sur son lit un volume de Shakespeare. Je crois que tu n'as pas de leçon à me donner.

-Ouais...mais j'ai des excuses. Hermione est impossible...

-Ginny n'est pas facile non plus...

-Ah...les filles...

Ils se mirent à rire, et l'atmosphère s'en trouva aussitôt allégée. Harry se retourna, cinq volumes dans les bras, et entreprit de les ranger dans sa malle.

-Avec mon départ, reprit-il, vous allez avoir beaucoup plus d'heures de cours à assurer, tes frères et toi.

Ron s'allongea de côté sur son lit, la tête posée dans sa main.

-Peut-être…mais ça, ce n'est pas grave, grommela-t-il, maussade. Ce qui m'embête le plus, c'est que tu ne seras plus là pour discuter, faire de la musique ensemble, s'amuser... tout le reste, quoi…

-Je reviendrai…, murmura Harry après un silence.

Mais une voix lui soufflait qu'il n'aurait pas dû en être aussi certain…

o0o0o0o0o0o

L'homme se présenta le soir, après le dîner, et demanda à voir Harry Potter. On fit chercher le jeune violoniste, et quelques minutes après, le garçon arrivait précipitamment, plein de curiosité et d'appréhension. L'inconnu était toujours dans le vestibule, s'entretenant avec Arthur, son chapeau à la main. C'était un homme d'une trentaine d'années, bien mis, d'apparence agréable. Ses cheveux couleur paille étaient coiffés en arrière, dégageant un visage pâle constellé de tâches de rousseur. Ses manières courtoises achevèrent de conforter Harry dans son impression favorable.

-Vous êtes bien Mr Potter ? Dit l'homme avec une légère inclinaison du buste, en se tournant vers le garçon qui venait d'arriver.

-Oui, c'est moi-même.

L'inconnu le regarda attentivement tout en lui tendant une main que Harry prit et serra sans hésiter.

-Permettez que je me présente : Barty Croupton, secrétaire de Lord Voldemort. Avez-vous bien reçu le courrier de mon maître ?

-Oui.

-Avez-vous eu le temps de réfléchir à sa proposition ?

Harry se préparait à répondre, mais Arthur s'interposa, levant une main.

-Pardonnez-moi, monsieur, mais j'ai manqué à tous mes devoirs de gentilhomme! Nous pourrons discuter de tout cela au salon…Vous prendrez bien une tasse de thé ?

-Oh non, je vous remercie, il est tard et je ne veux en aucun cas vous déranger. Je vais de ce pas vous libérer de ma présence et retourner passer la nuit à l'auberge. Mais avant, j'aimerais savoir si Mr Potter a fait le choix de m'accompagner dès demain matin à Manderley, ce que je souhaite de tout cœur…

Il y eut un court silence, durant lequel Harry fixa alternativement Arthur, puis Croupton. Ce dernier reprit la parole.

-Mr Potter, avez-vous pris votre décision ? Insista-t-il fermement, le regard engageant.

"Advienne que pourra", songea Harry.

-Oui, dit-il dans un souffle. Je pars avec vous.

Le visage de l'homme s'illumina.

-Oh, très bien ! Rien ne pouvait me faire plus plaisir ! Mon maître va être absolument ravi ! Je passerai donc vous chercher demain matin en voiture, à huit heures précises. Cela vous convient-il ?

o0o0o0o0o0o0o

Harry finissait de déjeuner. Ginny était assise en face de lui, silencieuse, les yeux rouges. Il évitait de la regarder.

Il n'avait pas faim et se contraignait à avaler une saucisse et du pain avec son bol de thé. Molly s'activait autour de la table, étourdissant Harry d'une infinité de recommandations de dernière minute. Les garçons étaient tous descendus et commençaient à se servir, plaisantant mollement. On sentait que le cœur n'y était pas.

-Tu as bien pris ton pantalon bleu ? Demandait la brave femme en posant de nouveaux pancakes sur la table.

-Oui, ne vous inquiétez pas !

-Arthur a pensé à te donner tout l'argent qui te revient ?

-Mais oui, bien sûr !

-As-tu mis dans ta malle la veste en laine que je t'ai préparée ? L'hiver approche, et il sera froid !

-Maman, laisse le tranquille…, protesta Ron en mordant à belles dents dans une crêpe dégoulinante de beurre.

Il y eut soudain un grand fracas sur les pavés. Une voiture à cheval venait d'entrer dans la cour. Harry se leva, la gorge nouée, et tous l'imitèrent. Tandis qu'Arabella introduisait Barty Croupton dans la maison, chacun des Weasley, à tour de rôle, serrait Harry dans ses bras.

Pourquoi se sentait-il si ému et désespéré ? Il n'aurait su le dire. Les yeux pleins de larmes, il chuchota un « merci pour tout » à Molly, et étreignit Ginny un peu plus fort que les autres, plongeant enfin son regard dans les beaux yeux noisette de la jeune fille, aussi humides que les siens. Enfin, il se détourna brusquement pour suivre Croupton qui observait la scène, visiblement attendri.

Dans la cour attendait une élégante voiture couverte, luxueuse, confortable, et les jumeaux sifflèrent d'admiration en aidant le cocher à hisser la malle. Ginny s'approcha des chevaux et leur caressa les naseaux. Sa boîte de violon dans une main et son sac de voyage dans l'autre, Harry monta enfin à la suite de Croupton. Une fois installé dans l'habitacle, il fit signe par la fenêtre à ses amis qui se tenaient tous debout au pied des marches, sous la pluie.

Les reverrait-il un jour ?

Comment pouvait-il en douter ?

Le cocher fouetta les chevaux. La voiture exécuta un demi tour dans la cour, faisant gicler de grandes gerbes d'eau, puis s'éloigna sur la chaussée glissante.

….

Indifférente à la pluie, Ginny resta longtemps à fixer la courbe de la rue au delà de laquelle la voiture avait disparu. Elle fut la dernière à remonter les marches et rentrer dans la maison. Les autres membres de la famille se trouvaient encore là, parlant à mi-voix. Molly reniflait et se tamponnait les yeux avec son mouchoir, appuyée sur le bras de Mrs Figgs qui n'en menait pas large non plus.

Bill passa un bras sur les épaules de sa jeune sœur. Cette dernière essuya furtivement son visage, rendu humide autant par la pluie que par les larmes, et se dégagea sans mot dire.

Ils allaient se disperser quand des coups violents frappés contre la porte les firent tous sursauter. Alarmé, Arthur alla ouvrir. Trois hommes, armés jusqu'aux dents et portant la tenue sombre des hommes du shérif, se tenaient sur le seuil.

-Police ! Nous venons chercher le dénommé Harry Potter ! Cria l'un d'eux, qui semblait être le chef du trio.

-Harry ? Mais…Qu'est-ce que vous lui voulez ? Rétorqua Arthur, interloqué.

-Nous n'avons pas d'explication à vous donner.

Arthur rougit d'indignation.

-Il est mineur, je suis son tuteur, martela-t-il, et j'ai le droit de connaître les raisons de...

-Il est convoqué au Manoir dans le cadre de l'enquête sur la disparition de Lord Parkinson, coupa le policier, agacé. Il semblerait que Potter soit impliqué d'une manière ou d'une autre dans cette affaire.

Le visage encore trempé de larmes, Molly surgit alors comme une furie et se posta devant son mari, les poings sur les hanches, défiant les importuns.

-Je ne sais pas de quoi vous parlez, lança-t-elle d'un ton agressif, mais ce dont je suis certaine, c'est que Harry n'a rien à voir dans cette histoire !

-Ca, ça n'est pas à vous d'en juger, ma petite dame. Allez plutôt nous chercher le garçon ! A moins qu'il soit là, parmi vous ?

L'homme désignait du menton les frères Weasley qui se tenaient à l'arrière plan, médusés.

- Harry n'est pas ici ! S'écria Molly hargneusement.

Le policier plissa les yeux d'un air méfiant.

-Ah, il n'est pas ici, dîtes vous? Et où est-il donc, dans ce cas ?

-Il est parti il y a un bon moment, en voiture, répliqua-t-elle avec aplomb. A l'autre bout du pays.

-Délit de fuite, refus de témoigner. Croyez-moi, ça va chercher loin. Il le payera très cher!

-Cela n'a rien à voir avec une fuite ! Il est parti en tant que musicien, sur l'invitation de Lord Voldemort, l'oncle de la Comtesse Malefoy ! C'était prévu de longue date !

Les trois hommes se regardèrent, indécis, puis leur chef reprit la parole.

-Vous répéterez tout ça devant le shérif, nous verrons ce qu'il en dira. J'espère que vous ne falsifiez pas la vérité, vous pourriez vous en repentir. Et ne soyez pas étonnés si nous venons perquisitionner d'ici peu.

Sur ce, les trois hommes tournèrent les talons. Quand ils furent loin, les Weasley se regardèrent en silence, consternés.

-Qu'est-ce que c'est que cette histoire…, balbutia Arthur en se tournant vers ses fils. Vous êtes au courant de cette « disparition » ?

o0o0o00o0o0o

-Vous avez beaucoup de chance, Harry. A propos...vous permettez que je vous appelle par votre prénom ?

-Heu…oui, bien sûr…

-Je disais donc que vous avez beaucoup de chance. Mon maître n'aurait pas entrepris tout cela pour le premier venu. Il faut vraiment que vous lui ayez plu.

A présent qu'ils étaient seuls dans la voiture, le regard appuyé que l'homme posait sur lui mettait Harry mal à l'aise.

-Je ne sais pas, dit-il en soulevant les épaules. Je connais à peine votre maître. Il ne m'a pas écouté longtemps, il a…

L'homme sourit.

-Oh…je pense qu'il lui a suffi de vous regarder…

Harry tressaillit et fixa l'homme, surpris.

-Comment ? Qu'est ce que vous …

Croupton parut gêné. Apparemment, il avait fait une gaffe.

-Non, non, ne me comprenez pas de travers, reprit-il avec empressement. Ce que j'ai voulu dire, c'est que Lord Voldemort a un œil aiguisé autant qu'une oreille infaillible, et une longue habitude de déceler les jeunes talents, les perles rares…Il ne lui faut guère de temps, en général, pour repérer celui qui mérite ses…heu… son attention.

Il y eut un silence. Harry tourna les yeux et regarda le paysage défiler à travers la fenêtre embuée de la voiture. Il pleuvait, la campagne automnale était triste, en harmonie avec ce qu'il ressentait. Et l'homme en face de lui, qui ne le quittait pas des yeux et souriait continuellement, ne contribuait pas à améliorer son humeur.

-Vous êtes très attaché à votre famille, Harry..., poursuivit l'autre d'un ton plein de compassion.

Harry fit un effort pour se tourner à nouveau vers lui. Il eût pu lui dire que les Weasley n'étaient pas sa famille, mais il n'eut pas envie de se lancer dans ce genre d'explications.

-C'est la première fois que je les quitte..., dit-il simplement.

-Je comprends votre mélancolie. Mais je suis sûr qu'elle ne durera pas. Vous verrez, vous aimerez Lord Voldemort.

L'homme avait mis une chaleur particulière dans sa manière de prononcer ses derniers mots. Intrigué une fois de plus, Harry le dévisagea.

-Il y a longtemps que vous êtes à son service ?

-Oh oui, depuis des années. Je lui dois beaucoup, il a été mon bienfaiteur. C'est un homme merveilleux, vous apprendrez à le connaître, vous aussi. Vraiment, vous comme moi, nous avons beaucoup de chance...

Quand Croupton se fut un peu lassé de chanter les louanges de son maître, il se mit à son tour à poser des questions à Harry. Ce dernier resta évasif sur son enfance et ses origines, si bien que le sujet fut assez vite épuisé. Le garçon finit par sortir du papier à musique et une plume de son sac, sous le regard surpris et admiratif de son compagnon de voyage. Mais les secousses de la route ne lui facilitaient pas l'ouvrage, et rapidement, les portées furent ornées d'autant de tâches d'encre que de notes de musique...

Ils firent un arrêt dans une auberge pour manger et permettre aux chevaux de souffler, puis continuèrent d'avancer sur les routes boueuses jusqu'à la tombée de la nuit. A l'en croire, Croupton aurait bien continué, car il voulait arriver à Manderley dès le lendemain soir. Mais le cocher le pressait de ménager les chevaux, aussi firent-ils à nouveau halte dans une auberge vers six heures.

Il ne restait qu'une chambre à deux lits de disponible. Ils dînèrent d'une soupe et de jambon grillé au milieu d'une salle bruyante et animée. Assis à table en face de Harry, Croupton parlait avec entrain de la pluie et du beau temps, et de mille autres choses sans intérêt. Curieusement, il n'évoquait guère la vie à Manderley et les habitudes de Lord Voldemort. Tout à son chagrin, le garçon lui était reconnaissant de meubler ainsi la conversation, et ne lui répondait que par monosyllabes. L'homme ne semblait pas s'en offusquer et commanda une dernière bière à la fin du repas. Harry refusa celle qu'il lui proposait et monta se coucher, heureux de se déshabiller avant que son compagnon fût revenu dans la chambre.

Mais une fois dans son lit, il ne parvint pas à s'endormir. Il revoyait les visages désolés des Weasley agitant la main, les cheveux dégoulinant de pluie, et le regard si triste de Ginny qui serrait son châle sur ses frêles épaules. Puis ses pensées le ramenèrent aux dernières heures qu'il avait passées au Manoir. Il lui semblait sentir autour de son cou l'étau des mains de Parkinson…Sous ses paupières apparaissaient les traits bouleversés de Narcissa…le corps du mort qu'on traînait, enveloppé dans le couvre-lit…le sang répandu sur le sol…

Il entendit Croupton entrer dans la chambre, se préparer pour la nuit et se coucher. Il ne broncha pas, feignant de dormir.

L'autre se tournait et se retournait dans son lit, ne dormant pas plus que lui. Cela dura des heures. Puis, malgré ses yeux clos, Harry vit que Croupton avait allumé la bougie.

Soudain, il lui sembla que l'homme sortait de son lit, se levait et marchait dans sa direction. Crispé, Harry faillit se redresser, mais il prit plutôt le parti d'attendre, pour voir ce que l'homme avait l'intention de faire. La lumière se rapprochait lentement, et Harry sentit ses paupières palpiter. Missionné par Voldemort pour le ramener à Bristol, Croupton ne pouvait pas vouloir le tuer ou lui faire du mal d'une quelconque manière ! Le garçon avait beau en être certain, il tremblait de peur. Il se contraignit à relâcher la tension de chacun de ses membres...

L'homme était tout prêt maintenant, il percevait même la caresse tiède de son souffle sur son front.

Etait-il en train de l'observer à la lumière de la bougie?

Puis des doigts vinrent se glisser dans l'échancrure de son col, tentant maladroitement de l'écarter…

Harry n'y tint plus. Ouvrant enfin les yeux, il saisit brusquement le bras de l'homme et se redressa. Croupton poussa une exclamation étouffée et faillit lâcher la bougie. Harry eut le temps de surprendre dans son regard bleu une lueur étrange, à la fois avide et cruelle, avant que l'homme se fût recomposé une expression neutre.

-Qu'est-ce que vous êtes en train de faire? Dit Harry durement en dévisageant Croupton qui s'était prestement éloigné.

-Oh…par…pardonnez moi, Harry ! Vous…vous avez gémi dans votre sommeil, et j'ai cru que... vous faisiez un cauchemar. Je…j'avais cru apercevoir…

Le garçon s'était assis dans son lit, furieux. L'homme mentait, Harry savait pertinemment qu'il n'avait pas gémi.

-Continuez ! Ordonna-t-il sèchement, tout en refermant son col.

-C'est à dire que…j'avais cru voir des marques…dans votre cou…

-Et alors ?

-Eh bien… je voulais voir si vous n'étiez pas blessé, et…

-Je vais très bien, Mr Croupton. Et j'irais encore mieux si vous aviez l'obligeance de me laisser dormir…

L'homme bafouilla encore une vague excuse et s'empressa d'aller se recoucher. Si Harry avait été énervé au début de la nuit, ce n'était rien à côté de son état actuel. De violents frissons d'angoisse le secouaient de la tête aux pieds. L'homme avait vu les marques sur son cou, et il avait voulu profiter de son sommeil pour en évaluer la nature et l'importance. Que s'imaginait-il à présent ? Avait-il appris des choses lors de son séjour à l'auberge ? Dans quelle mesure était-il au courant de ce qui était arrivé à Lord Parkinson ? Allait-il en informer Lord Voldemort ?

Harry ne sombra dans le sommeil que vers six heures du matin. Une heure après, Croupton le réveillait pour l'inviter à s'habiller et descendre déjeuner.

o0o0o0o0o0o

-Où est Potter?

-Harry ? Mais…il est parti, mon cher Severus.

-Parti ? Comment cela, parti ?

-Eh bien, oui ! Parti en voiture, pour Bristol…

-Pour Bristol ? Vous voulez rire ?

-Aucunement, mon cher révérend. Je suis on ne peut plus sérieux. Lord Voldemort a envoyé un de ses hommes le chercher, et cela a convaincu notre Harry d'accepter l'offre. Ils sont partis ce matin à huit heures.

Encore plus pâle et crispé que d'habitude, Rogue semblait avoir du mal à croire ce qu'il entendait.

-C'est une folie, Arthur, murmura-t-il d'une voix blanche. Voyez vous-même !

Le pasteur s'approcha de son interlocuteur et lui mit une lettre dans la main.

« Mon cher Severus,

j'ai été heureux d'apprendre que vous vous portez bien. Nous n'avons que trop rarement l'occasion de nous voir, il va falloir remédier à cela dans les plus brefs délais, et échanger plus souvent de nos nouvelles.

Je suis moi-même en pleine forme, malgré les charges paroissiales qui m'occupent toute la sainte journée, quand ce n'est pas la nuit…J'aimerais avoir plus de temps à consacrer à l'études des textes bibliques, mais vous savez comme moi combien les contraintes de notre fonction peuvent se montrer dévorantes.

Je ne sais pour quels motifs vous tenez à obtenir des renseignements au sujet de Lord Voldemort, mais sachez que je suis fort mal placé pour vous donner satisfaction. Je vais cependant vous communiquer tout ce qui est en ma connaissance, c'est-à-dire pas grand chose.

Lord Voldemort habite Manderley, une vaste propriété située à quelques miles de Bristol et qui dépend donc de ma paroisse. Je n'ai eu que rarement l'occasion de le rencontrer, car il n'honore jamais le culte de sa présence, et je ne l'ai jamais vu mettre les pieds à l'église. En revanche, il nous gratifie de dons fort généreux, et je n'ai donc absolument rien à lui reprocher.

Je l'ai cependant croisé une ou deux fois chez un notable local, et il m'a paru courtois et civilisé, bien qu'assez distant. J'en ai profité pour le remercier, et il a semblé touché par cette démarche de ma part. Nos contacts se sont arrêtés là…

Il me faut néanmoins vous rapporter ici quelques unes des rumeurs qui circulent dans la région sur le compte de cet homme. Je précise bien qu'il s'agit de rumeurs, des bruits de cuisine en somme, rapportés par des valets, si vous voyez ce que je veux dire. Mais bon, comme dit le vieil adage, « il n'y a pas de fumée sans feu ».

Selon ces rumeurs, donc, Lord Voldemort serait un homme immensément riche, mais étrange et mystérieux. Il se livrerait à des activités secrètes assez suspectes. Pour commencer, il serait propriétaire de plantations dans les îles Caraïbes et s'adonnerait à la traite négrière. Jusque là, rien d'illégal, me direz-vous à juste titre…Plus inquiétant, on rapporte aussi qu'il a monté une sorte de milice constituée de hors-la-loi et de repris de justice, qui ferait régner la terreur dans la région et pratiquerait la contrebande sur la côte… Il se livrerait à d'étranges rituels barbares en leur compagnie. Comme vous voyez, les choses se gâtent un peu. Dernières rumeurs enfin, et non des moindres : certains affirment que s'il n'est pas marié, c'est pour mieux courir le jupon et s'adonner à la luxure, tandis que d'autres jurent sur la tête de leur mère que Lord Voldemort n'aime pas les femmes et préfère s'entourer d'hommes et de garçons, vice non moins condamnable, vous en conviendrez …

Vous pouvez le constater par vous-même, ces bruits paraissent quelque peu outrés. Si je m'en fais l'écho, c'est pour mieux vous conseiller de les prendre avec les précautions qui s'imposent. Il n'y aurait qu'un moyen d'en savoir plus : s'introduire auprès de lui et mettre le nez dans ses affaires. Vous comprendrez bien que je n'ai guère de temps à consacrer à cela pour le moment, mais si j'en apprends plus à ce sujet, je ne manquerai pas de vous en informer.

Mon cher ami, j'espère vous voir très prochainement. Permettez moi de vous rappeler que vous êtes toujours le bienvenu chez moi. J'ai la nostalgie des discussions passionnées qui nous opposaient autrefois…Ma tendre épouse se joint à moi pour vous dire qu'elle se fera un plaisir de vous recevoir.

Bien affectueusement

Révérend Thomas Collins »

Arthur se leva et rendit la lettre à Rogue, qui n'avait cessé de l'observer pendant qu'il lisait.

-Alors ? Demanda l'homme d'église d'une voix sourde.

Arthur haussa les épaules.

-Votre ami le dit lui même : ce ne sont que des rumeurs.

-Ecoutez moi, Arthur : vous et moi n'avons pas fait tout ce que nous avons fait par le passé pour que ce garçon aille se perdre corps et âme chez un négrier doublé d'un contrebandier aux mœurs dévoyées !

-Allons, allons, mon ami…il me semble que vous exagérez. De toute façon, Harry est un garçon sérieux et avisé. S'il perçoit quelque chose de désagréable chez cet homme, il ne tardera pas à revenir ici.

-Je vous trouve bien confiant. Qui vous dit qu'il saura détecter le danger à temps? Et aura-t-il les moyens financiers de repartir ? L'homme le laissera-t-il faire ?

Les yeux noirs du pasteur lançaient des éclairs. Arthur le fixa un moment, préoccupé.

-Harry a de quoi payer son voyage de retour…, dit-il lentement, se forçant au calme. Faisons lui confiance, voulez-vous, Severus ?

-S'il n'en avait tenu qu'à moi, je lui aurais interdit de partir, un point, c'est tout ! S'écria hargneusement le pasteur.

-Eh bien, pour ma part, j'ai préféré le laisser prendre lui même sa décision. C'est le meilleur moyen pour qu'il grandisse et devienne un adulte responsable. Il a dix sept ans, après tout !

Rogue renifla et se dirigea vers la porte.

-Très bien, Arthur. Je vous aurai prévenu.

Il posa la main sur la poignée, puis se retourna soudain vers Mr Weasley, lui jetant un regard indéchiffrable.

-Si vous apprenez quoique ce soit de nouveau à ce sujet, tenez-moi au courant ! Dit-il plus bas, avant de sortir de la pièce d'un pas vif.

o0o0o0o0o0o

Trop tendu pour somnoler, malgré son état de fatigue, Harry avait passé la plus grande partie de la journée à écrire de la musique. Il était étrangement inspiré, peut-être la sourde mélancolie qui l'habitait y était-elle pour quelque chose. Evidemment, la partition était presque illisible, mais il savait que remettre ses notes au propre ne présenterait aucune difficulté. Elles étaient gravées dans son esprit.

Croupton s'était montré discret, mais Harry sentait son regard bleu peser sur lui tandis qu'il maniait la plume dans la voiture désagréablement secouée par les irrégularités de la route. Chaque fois qu'il levait les yeux, l'homme détournait les siens et fixait la fenêtre d'un air rêveur. Le garçon n'avait pas retrouvé dans ce regard presque candide la lueur féroce qu'il y avait surprise la nuit précédente.

Ils n'échangèrent que peu de paroles. Harry avait décidé de ne plus penser aux évènements de la nuit pour l'instant, et tentait de chasser de sa conscience le souvenir pénible de la mort de Parkinson qui revenait régulièrement le hanter. Le quatuor à cordes qu'il était en train d'écrire l'y aidait efficacement.

Cependant, Croupton s'animait de plus en plus au fur et à mesure que la nuit tombait et qu'on approchait de Manderley. N'y voyant plus assez clair, Harry finit par ranger papier à musique, plume, encrier et écritoire dans son sac de voyage.

-Nous arrivons, Harry ! Vous allez enfin découvrir Manderley !

Le garçon se redressa et repoussa en arrière les cheveux qui lui tombaient dans les yeux.

-Malheureusement, je ne verrai pas grand chose, dans cette obscurité, et avec cette pluie…, soupira-t-il en s'étirant.

Il se sentait tout ankylosé après cette longue station assise, et pour ne rien arranger, son estomac se rappelait cruellement à lui. Son dernier repas lui paraissait bien loin maintenant.

-Espérons que le temps se remettra, et que vous pourrez faire demain le tour de la propriété, continua Croupton. Lord Voldemort en est très fier et aime la faire visiter à ses hôtes. Mais elle est si vaste qu'on en vient difficilement à bout en une journée !

Harry resta silencieux. Il était impatient en effet de faire connaissance avec son nouveau lieu de vie, mais surtout, il avait hâte d'être débarrassé de Croupton dont la présence le mettait mal à l'aise depuis les évènements de la nuit.

La voiture passa un grand portail, puis avança le long d'une allée, sur une distance qui parut interminable au garçon. Enfin, le véhicule s'immobilisa au milieu de ce qui semblait être une sorte de vaste esplanade couverte d'un fin gravier blanc.

-Nous y sommes ! S'écria joyeusement Croupton en ouvrant la portière, avant même que le cocher eût fini de descendre de son siège.

Une bouffée d'air froid et humide s'engouffra dans l'habitacle, porteur d'une odeur inhabituelle, agréable et vivifiante.

Le secrétaire sauta sur le sol, puis se retourna en souriant vers Harry. Son visage était éclairé par les lanternes du véhicule. Le garçon mit son chapeau, prit son sac et son violon, puis descendit à son tour de voiture. Le vent faillit lui arracher son couvre chef. Un bruit, une rumeur lointaine, diffuse et cependant puissante, s'imposa aussitôt à ses oreilles, plus forte que celle du vent. Il comprit qu'il s'agissait du bruit de la mer, bien qu'il ne l'eût jamais vue, et une sorte d'allégresse s'empara de lui.

Croupton lui prit le bras et lui fit contourner la voiture.

-Voici Manderley, Harry! Annonça-t-il fièrement.

Harry ne put retenir une exclamation admirative.

Le château était magnifique Dans la nuit pluvieuse, on devinait une grande construction de pierre flanquée de tours élégantes, à l'évidence bien plus imposante encore que le Manoir Malefoy. Haute de plusieurs étages, la façade était illuminée de nombreuses fenêtres derrières lesquelles on voyait briller des lustres étincelants. Pour pénétrer dans le château, il fallait emprunter un escalier monumental qui conduisait à une terrasse bordée d'une balustrade aux poteaux sculptés.

Tandis que Harry contemplait bouche-bée la demeure dans laquelle il allait vivre, une grande silhouette sombre apparut sur la terrasse et avança jusqu'à la balustrade.

-C'est le maître…, dit Croupton d'une voix fébrile en saisissant le bras de Harry. Venez vite ! Il vous attend !

L'homme lui arracha sans ménagement son sac des mains et traversa l'esplanade, l'entraînant vers l'escalier. La pluie tombait dru, et Harry se dépêcha de grimper, tenant son chapeau et essayant de protéger de son corps la boîte de violon.

-Le maître est rentré se mettre à l'abri. Suivez moi !

Ils faillirent glisser sur les dalles de la terrasse et parvinrent enfin à la grande porte dont les deux battants avaient été ouverts pour les accueillir. Harry entra à la suite de Croupton, lequel enleva son chapeau et se fendit aussitôt en une profonde révérence. Le garçon l'imita.

-Bienvenue à Manderley, Harry ! Dit une voix forte, une voix habituée à commander.

Le garçon se redressa. Lord Voldemort le regardait, debout au milieu d'un immense hall dallé de noir et blanc. Plusieurs valets, vêtus de livrées vertes et coiffés de perruques blanches, se tenaient en retrait, formant un demi cercle dont leur maître était le centre. De grands chandeliers de bronze ajoutaient le scintillement de leurs nombreuses bougies à celui de l'immense lustre qui pendait du plafond.

Le Lord était extrêmement élégant, tout habillé de noir, une cape de velours négligemment jetée sur ses épaules. Son visage pâle, aux traits aiguisés, à la mâchoire puissante, souriait au nouveau venu. Dans ses vêtements trempés, ce dernier ne savait quelle contenance adopter.

-Avancez, mon garçon. Approchez donc !

Harry fit quelques pas, et le maître des lieux en fit autant dans sa direction. Croupton s'était écarté, un valet l'avait débarrassé du sac de voyage et attendait, tout comme le secrétaire, en observant la scène.

Voldemort leva les mains et les posa sur les épaules de Harry. Ce geste plein de familiarité surprit le garçon. Après tout, l'homme le connaissait à peine. Intimidé, mais trop intrigué pour garder les yeux baissés, il soutint bravement le regard de son hôte.

-Avez-vous fait bon voyage ? Murmura l'homme en le scrutant attentivement.

Harry frissonna sous ce regard. D'où lui venait ce sentiment étrange et dérangeant que le Lord entrait en lui, pénétrant ses pensées?

-Excellent, monsieur, dit-il à mi-voix, incapable de sourire.

-Parfait! Mais vous devez être affamé ! Barty, as-tu veillé à alimenter correctement ce jeune homme ?

Pris au dépourvu, Croupton émit une sorte de hennissement étranglé qui devait signifier que oui, il avait scrupuleusement suivi les consignes de son maître.

-Mr Croupton m'a très bien nourri, dit Harry avec prudence. Cependant, j'avoue que…

Voldemort éclata d'un rire sonore qui alla claquer contre les hautes voûtes du hall.

-Je m'en doutais. A dix sept ans…c'est bien votre âge, n'est-ce pas ?…Oui, je disais donc qu'à dix sept ans, on a continuellement l'estomac vide. Je vais vous faire conduire à votre chambre, vous y prendrez vos quartiers, et vous me rejoindrez ensuite dans le petit salon, où vous mangerez avec moi. Cela vous convient-il?

-Heu...oui, bien sûr... Merci monsieur…, dit platement Harry, toujours tenu par les épaules et embarrassé par le regard inquisiteur de son hôte.

Il luttait contre la tentation d'essuyer d'un revers de manche une goutte de pluie qu'il sentait glisser le long de sa joue.

-J'en profiterai pour vous présenter à mon maître de musique, Peter Pettigrew, et à quelques amis qui se trouvent ici ce soir.

Harry approuva de la tête, la goutte d'eau accéléra sa chute et tomba dans son cou. Voldemort sourit, raffermissant encore la pression de ses grandes mains.

-Nous devons faire connaissance, vous et moi, n'est-ce pas? dit-il d'une voix adoucie, étrangement caressante.

-Oui, monsieur, murmura Harry une nouvelle fois.

-Si vous saviez à quel point je suis heureux que vous soyez venu…, continua le Lord, soudain grave, tout en maintenant l'emprise de ses yeux noirs sur ceux du garçon. Je craignais de ne pas réussir à vous convaincre.

-Eh bien... C'est votre lettre qui...

-J'ai réalisé un peu tard que vous n'aviez peut-être pas les moyens de financer ce voyage.

Gêné, Harry entrouvrit les lèvres, cherchant une réponse, mais Voldemort reprit sur un ton un peu plus acide:

-A moins que ma nièce ait tout fait jusqu'à présent pour vous retenir auprès d'elle?

Le garçon se troubla.

-Oh non, pas du tout..., bredouilla-t-il en rougissant.

Le Lord se remit à sourire et laissa retomber ses mains, sans cesser de fixer Harry.

-Peu importe, vous êtes là maintenant, et c'est tout ce qui importe. Les vieux murs de cette demeure sont aussi impatients que moi d'entendre vibrer votre merveilleux instrument …

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Pas trop épuisés, après ce chapitre à rallonge? Je ne sais pas quand le prochain sera là, il est à peine commencé, et je n'ai guère de temps en ce moment. Alors, vous savez ce qui vous reste à faire ! Pour les suggestions, les réclamations, les critiques et les encouragements, il y a un petit bouton bleu, en bas à gauche... Et je vous rappelle que même un mot très court fait un immense plaisir !