Désolé pour le retard !

Mon emploi du temps est horrible en ce moment, je vais essayer d'être plus régulier, promis, mais va falloir attendre un peu, c'est la période des exams' blancs, et vous comprendrez que je sois un peu occupé à autre chose, j'en suis sûr :-).

Bonne lecture,

CHAPITRE 7 : Halloween

Le stade de Quidditch de l'école était déjà quasiment plein lorsqu'une légion de Première Année habillée de rouge et d'or et escortée de deux petits serpents commença à monter les escaliers des tribunes. Marchaient devant Ron et Hermione, en plein conciliabule. Pour Edmund et Drago aussi, la discussion était de mise.

« On ne peut pas monter dans les tribunes des Gryffondors ! » soutenait le blond.

« Ah ouais ? Et tu proposes quoi, Dray ? On va se faire massacrer, si on rejoint les autres ! »

Les deux cousins observèrent un instant les Serpentards qui ne les quittaient pas des yeux, hostiles. Il s'était écoulé presque trois semaines depuis la découverte des jumeaux Malefoy et l'évanouissement d'Harry, et depuis, seule la réhabilitation d'Edmund au sein des « intouchables » et la menace latente que faisait planer Loan sur les plus jeunes, même durant son absence supposée, avaient permis au petit groupe d'échapper au pire. Néanmoins, les deux serpents restaient aussi éloignés que possible de leurs congénères, préférant – bien que Drago ne l'avouerait jamais – le clan hétéroclite qui était à présent le leur, plutôt que la compagnie des Serpentards. S'étant aperçu qu'ils ne les suivaient plus, Hermione s'immobilisa et se tourna vers eux :

« Alors ? Vous venez toujours ? »

« Bien sûr » maintint Edmund alors que Drago l'ignorait superbement.

Ce faisant, le brun leva les yeux vers la tribune professorale dans l'espoir d'y voir son père. Celui-ci l'avait déjà repéré, et en dépit de la distance qui les séparait, Edmund put voir le regard noir que le Maître des Potions porta sur ses élèves. Ainsi, on ne voulait pas de son fils dans les tribunes ? Il lui était inutile de parler avec les Préfets ou tout autre élève pour sentir d'ici l'hostilité qui les animait. Même si l'idée de permettre à Edmund et Drago de monter dans les tribunes Gryffondoriennes le rendait malade, il ne pouvait pas nier à ce point les problèmes qu'encouraient les deux enfants parmi les leurs. Las, il adressa à son fils un hochement de tête à peine perceptible à cette distance, et se détourna. Edmund esquissa un bref sourire.

« C'est bon les gars, Sev est d'accord. »

« Génial… » souffla le blond avec mauvaise humeur. « A ce train-là, on peut carrément aller encourager Jasp avec ces crétins de Poufsouffles, non ? »

« Je connais les Poufsouffles aussi bien que toi, alors non, je crois pas que ce soit l'idée du siècle. »

Drago s'apprêtait à ajouter quelque chose lorsque Wyra se laissa tomber sur Edmund qui étouffa une exclamation. La jeune fille passa un bras autour des épaules du brun et ébouriffa les cheveux blonds soigneusement coiffés de l'autre, qui se dégagea, furieux.

« Me touche pas ! » gronda-t-il en remettant ses cheveux en place d'un geste rageur.

« Salut tout le monde ! » clama Wyra, pas gênée pour deux sous. « Alors, comment va ? »

« Pas trop mal » sourit Edmund en se dégageant doucement. « On attends de voir nos mascottes en action. »

« Mascottes, mascottes… » fit Ron d'un air peu convaincu. « C'est pas l'avis de tout le monde. Deux Première Année qui entrent dans une équipe de Quidditch, c'est du jamais vu, et y en a certains qui disent qu'ils ont se ramasser… »

« Pff ! Tu parles ! Ils vont assurer ! »

« J'espère… » souffla Hermione avec inquiétude en observant la hauteur des buts. L'idée que deux de ses amis puissent voler sur des balais à une telle hauteur la rendait nerveuse. Certes, comme les autres, elle n'avait pas eu l'occasion de voir Harry et Jasper en entraînements, les garçons ayant été tenus éloignés par leur capitaine d'équipe respectif, ceux-ci les présentant à mi-voix comme leur botte secrète, mais même s'ils étaient bon, un accident était vite arrivé, surtout à cette hauteur. Combien de talentueux joueurs de Quidditch s'étaient écrasés contre des poteaux ou avaient fait de terribles chutes lors de matchs ?

C'est dans cet état d'esprit qu'elle monta avec les autres rejoindre les tribunes des lions rouge et or. Pour une question de pratique – et de bon sens – ils décidèrent de se mettre près de l'escalier, en bordure des tribunes, le plus éloigné possible des autres élèves. Même Wyra ne pourrait rien faire si un ou deux Septième Année décidaient de venir les embêter.

Deux étages plus bas, alors qu'il suivait, anxieux, son capitaine Olivier Dubois, Harry sentit monter la nausée. Il ne se sentait vraiment pas en état de jouer devant toute l'école, ça jamais. Même en sachant que Jasper se trouvait en face de lui, sans doute dans le même état de nerfs, il ne parvenait pas à occulter le fait qu'il risquait fort de ne pas être à la hauteur. Les jumeaux Weasley y allaient de leurs encouragements moqueurs, mais ils paraissaient confiants dans ses capacités, Katie Bell, une grande fille de Troisième Année, semblait même l'avoir pris sous son aile, tant elle paraissait ravie de lui donner des conseils et s'enchantait de ses résultats et plus généralement, pas un dans l'équipe ne doutait qu'il fut capable de tenir sur un balai et d'attraper le Vif d'Or plus vite que l'adversaire, mais il suffisait que lui en doute pour changer la donne.

« N'oublie pas Harry » dit Olivier en pénétrant sur le terrain. « Surtout, ne t'occupe de rien d'autre que du Vif d'Or. Tu peux très bien l'attraper, on a déjà vu de quoi tu étais capable en entraînement. »

« Sauf que c'était en entraînement » grinça le petit brun en enfourchant son balai, pâle comme un linge.

Les Poufsouffles étaient déjà en place au-dessus du terrain, et Mme Bibine avait sortit la malle qui contenait les balles. Lorsqu'ils se furent positionner les uns en face des autres, Gryffondors et Poufsouffles se saluèrent de brefs hochements de tête, et Olivier alla même jusqu'à avancer son balai de sorte à pouvoir serrer la main du jeune capitaine d'équipe adverse, Cédric Diggory. Il avait entendu parler de l'entente respectueuse teintée de moquerie qui liait les deux garçons, et s'en était un peu étonné. Bien qu'il ne fit partie de l'équipe que depuis peu, il avait bien crut remarquer qu'Olivier était un garçon très porté sur la réussite de sa Maison et qui avait développé un esprit très « pro » Gryffondor. Un statut qu'il avait un peu de mal à concilier avec les remarques moqueuses qu'échangeaient les deux capitaines en regagnant leur place respective. Décidément, il avait encore beaucoup de choses à apprendre sur son équipe… son regard dériva vers le fond de l'équipe, d'où se détachait lentement Jasper pour venir se positionner au-dessus de ses coéquipiers, en face de lui. Les deux Première Année échangèrent un sourire encourageant et heureux. Tout ça avait été un peu trop rapide pour eux.

Lorsque les professeurs Chourave et McGonagall étaient venues leur annoncer leur entrée officielle dans l'équipe de leur Maison respective, ils avaient d'abord crut à un canular, sans compter que c'était à moins d'un mois du début des matchs, et qu'ils – en tout cas Harry – n'avaient jamais fait de Quidditch de leur vie. Mais elles s'étaient montrées rapidement particulièrement ravies de cette double exception, sans compter que les garçons passaient pas mal de temps ensemble et avaient déjà 'emprunté' par deux fois les balais de l'école pour aller faire un tour sans autorisation (« De toute façon, même si on se faisait prendre, les gens seraient si impressionnés par vos performances qu'on ne se ferait même pas engueuler ! » prétendait Wyra, qui n'était autre que l'instigatrice de ces sorties.). Mais l'enthousiaste de la tante de la jeune fille avait rapidement pris des proportions inattendues, et Harry avait eu la surprise de recevoir, moins d'une semaine plus tôt, le meilleur balai du marché, un magnifique Nimbus 2000.

« Qu… que… » avait bredouillé le garçon en déballant sa nouvelle acquisition au petit-déjeuner du dimanche précédent.

Autour de lui, en dépit de l'effarement que suscitait l'arrivée du paquet, une certaine place s'était formée. Rien d'étonnant à ça, dans la mesure où, le règlement étant un peu plus 'relâché' le dimanche, Edmund, Drago, Klaus et Jasper étaient venus s'installer à côté de lui. Ron, Hermione et Wyra achevaient de compléter le groupe habituel. Jasper, qui d'ailleurs tenait entre les mains un balai presque identique, venait lui aussi de manquer de se le recevoir dans la figure au moment du lâché du hibou facteur.

« Cadeaux de tante Minerva ! » avait clamé Wyra avec enthousiasme. « Avec Chourave, elles ont presque harcelé Dumby pour qu'il accepte que vous ayez vos propres balais. Faut dire que ceux de l'école sont vraiment nuls, et pour un match, y a vraiment pas pire… »

« Sev aussi a encouragé pour le balai de Jasper » avait signalé Edmund. Harry lui avait adressé un sourire ironique de son mieux, encore sous le choc.

« Pas la peine de préciser, on se doute que c'est pas pour moi ! »

« Comment ça se fait que Jasper n'ait pas de Nimbus 2000 ? »

« Weasley, tu crois franchement que Sev allait vouloir que Jasp ait le même balai qu'Harry ? T'es malade ! Il a insisté pour qu'il ait le tout dernier modèle de Brossdur, une petite merveille, c'est sûr, mais un Nimbus… la vache… »

Edmund aurait difficilement pu trouver un meilleur terme pour illustrer ce que ressentait Harry à cet instant. « La vache », c'était même peut-être encore un peu faible. Deux directrices de Maison – plus Rogue, qu'il préférait ne pas compter – avaient acheté des balais pour eux, les deux Première Année dont on se fichait le plus pour le moment dans l'école, persuadé qu'ils allaient se crasher dès leur premier match. C'était un investissement colossal, lui avait appris Ron (« C'est pour ça que tes frères ont des balais de l'âge de pierre, ils les achètent brindilles par brindilles, ils vont bientôt avoir finis ! » « Ta gueule Malefoy ! ») et jamais Harry n'aurait osé penser que McGonagall et Chourave décideraient de les équiper, Jasper et lui, avec de bons balais. Visiblement, il y avait encore des choses, même en dehors de son équipe, qu'il avait à apprendre…

« Bonne chance ! » lui lança Jasper, le sortant de ses pensées.

« Toi aussi ! »

Mme Bibine leur annonça solennellement qu'elle attendait d'eux une conduite irréprochable durant ce match, mais visiblement, elle ne semblait pas très inquiète à ce sujet. Sans doute savait-elle que les deux équipes s'entendaient plutôt bien et se respectaient bien assez pour ne rien tenter de dangereux l'une envers l'autre. Tandis qu'elle énonçait quand même les avertissements à titre d'obligation, Harry laissa son regard dériver vers les tribunes, mais il fallut que Jasper ne lui dise de se retourner pour qu'il voit la vaste banderole qu'avaient confectionnée ceux de ses camarades qui se fichaient bien qu'il traînât avec des serpents – soit assez peu, il devait en convenir. Mais le lion immense dessiné en couleurs par Dean Thomas, le jeune pro du pinceau du dortoir, que leur « Miss Intelligente 1ère » avait ensorcelé pour qu'il brille de mille feux, lui fit chaud au cœur. Soudain, à l'extrémité des tribunes, il aperçut ses amis et un large sourire se peignit sur ses lèvres.

« Jasp ! Regarde ! »

Mais le Poufsouffle avait déjà vu. Edmund, Ron et Wyra tenaient à bout de bras leur propre banderole, une presque deux fois plus grande sur laquelle étaient écris, dans les couleurs des deux Maisons, les mots : Top-Potter VS Poussin Volant : allez les gars ! Il ne devait pas y avoir beaucoup d'élèves de onze à treize ans suffisamment fous pour marquer un tel slogan et l'agiter devant l'intégralité de l'école. Mais le garçon dû mettre un terme à son examen, car déjà le match commençait.

Mme Bibine libéra d'abord les Cognards et le Vif d'Or, qui s'élevèrent en l'air et partirent sillonner le terrain. Elle se pencha ensuite pour saisir le Souaffle, qu'elle lança soudain en l'air.

« ET C'EST PARTI ! » beugla Lee Jordan dans le micro. « Et c'est Bell qui récupère le Souaffle ! Non mais vous avez un peu vu comment elle vole, c'est absolument génial ! Aïe ! Cognard de Garel. EH ! GAREL ! T'ES PAS BATTEUR ! »

« Jordan » grinça McGonagall d'un air menaçant.

« C'est bon professeur, je me calme… ALLEZ KATIE ! »

Harry sourit malgré lui. Wyra aurait elle-même assurée les commentaires qu'il en aurait sans doute été de même. Et cela avait un petit quelque chose de rassurant, au fond. Mais visiblement le dénommé Garel venait en effet de commettre une faute que désapprouvait même son capitaine, et le Gryffondor aperçut Diggory, furieux, lancer une remarque cinglante à son Poursuiveur. Le garçon négocia son virage pour venir se positionner au-dessous des tribunes des Serdaigles, ses yeux scrutant le terrain avec attention. Il ne put de se fait manquer le cri que poussa Klaus, quatre mètres plus bas :

« ALLEZ HARRY ! »

Le Gryffondor, surprit, se pencha brièvement pour lui adresser un sourire de remerciement. Il ne se serait pas attendu à une telle attitude de la part du jeune surdoué, et était étonnamment surpris.

« Et c'est Angelina Johnson qui récupère le Souaffle et sème un à un les Poursuiveurs Poufsouffle… regardez comme elle vole bien, elle passe à Bell, et… GARE AU COGNARD ! » Katie effectua un écart brutal suivi d'un tonneau impressionnant, échappant de ce fait au Cognard de justesse. Elle se redressa et, passant sous le nez d'un des Poursuiveurs, Garel d'après ce que put voir Harry, jeta le Souaffle vers les buts et…

« Elle MARQUE ! » hurla Lee. « DIX POINTS POUR GRYFFONDOR ! »

« Yes ! » s'exclama Harry en levant le bras vers sa coéquipière en signe de triomphe. « Bien joué ! »

« Merci ! » cria la jeune fille en le dépassant.

Le garçon reporta son attention sur le terrain, le fouillant du regard de son mieux. Les commentaires de Lee lui agressaient un peu les oreilles du fait de leur puissance, mais il devait reconnaître que c'était efficace.

« Diggory récupère le Souaffle, il passe à Emel, très jolie Poursuiveuse, il faut le dire, j'ai cru comprendre qu'elle était célibataire… aie ! C'est bon, j'arrête professeur ! »

L'ensemble du stade se mit à rire du ton geignard de Lee, qui venait de recevoir un coup de baguette sur la tête de la part de sa directrice de Maison.

« Je vous serais gré, Jordan, de ne pas prendre ce poste de commentateur comme l'occasion de faire part de vos propositions à sortir avec les membres féminins des différentes équipes » signala McGonagall en dardant sur lui un regard sévère.

« Oui professeur… » soupira l'adolescent de quatorze ans. « Donc, on reprend, Emel passe à Garel, qui évite un Cognard de Fred – ou George, impossible de savoir – bref, un Weasley, ça c'est sûr, tire et… YES ! Bravo Olivier ! »

Le gardien des lions rouge et or venait de bloquer le tir d'extrême justesse. Au moment où il s'apprêtait à lui lancer une félicitation, Harry aperçut le Vif d'Or, minuscule éclat doré à peine visible, qui voletait au pied de la tribune professorale. Ni une, ni deux, il plongea, se doutant parfaitement que Jasper ne serait pas long à réagir – il s'entraînait avec, c'est dire s'il connaissait sa vitesse ! Et d'ailleurs, le Poufsouffle fit honneur à sa réputation : à peine Harry avait-il amorcé sa descente qu'il l'avait rejoint, et même légèrement dépassé. Le Gryffondor tendit son bras à l'extrême, Jasper fit de même, ils se retrouvèrent côte à côte, à quelques mètres du sol, avec devant eux le Vif d'Or qui semblait les attendre… lorsque soudain, sans qu'il comprenne, Harry vit son balai faire un bond sur le côté tel qu'il manqua basculer dans le vide.

Il poussa un cri de surprise lorsqu'il se retrouva accroché d'une seule main à son balai qui faisait des soubresauts dans l'intention évidente de le faire tomber.

« Harry ! »

Jasper était remonté vers lui, délaissant le Vif d'Or qui s'était volatilisé. Le Nimbus 2000 du Gryffondor bondit subitement vers le haut, se mettant hors de portée du Poufsouffle.

« Qu'est-ce qui se passe ? » s'affola Jasper.

« J'en sais rien ! » hurla presque Harry, paniqué.

Il tenta de se raccrocher de l'autre main, mais le balai ne semblait pas avoir prévu cela, et il s'agita encore plus. Le match semblait soudain s'être suspendu, tous les joueurs regardant le Première Année, inquiets et horrifiés. Cédric Diggory jeta un regard suspect vers les tribunes de sa Maison et, après avoir fait signe à ses coéquipiers de ne pas bouger, vola jusqu'à elles.

« Qui est le rigolo qui s'amuse à jeter un sort au balai de Potter ? » lança-t-il d'un ton féroce.

La dénommée Emel, qui avait subtilisé une batte à l'un des ses coéquipiers, rejoignit son capitaine. Elle ne fut pas la seule, car Fred vint rapidement se placer à ses côtés.

« Y a des amateurs ? » cria le rouquin en agitant sa batte.

« Parce que ça peut s'arranger ! » compléta la jeune fille.

Mais les Poufsouffles secouaient la tête, visiblement terrifiés à l'idée de s'attirer le courroux de Cédric et que les deux autres mettent leur menace à exécution, jurant sur leurs têtes, celles de leurs proches, sur Merlin même, qu'ils n'y étaient pour rien. De l'autre côté du terrain, Edmund, déjà pâle, était devenu pratiquement translucide. Wyra avait presque arraché ses jumelles à Drago, faisant fi des ses protestations, et passait les tribunes au crible dans l'espoir de trouver le jeteur de sorts, imitée par Hermione. Mais rien, elle ne voyait rien…

« Il va tomber ! » s'exclama Ron, horrifié, en fixant son ami qui peinait à rester accrocher à son balai.

Drago vérifia les tribunes à son tour, malgré lui. Il détestait Potter, bien sûr, mais le balai n'arrêtait pas de monter, et avait déjà atteint une hauteur mortelle en cas de chute, et une sainte terreur montait en lui. D'autant que Jasper persistait à vouloir attraper son homologue Gryffondor, et ce en dépit des embardées violentes du Nimbus 2000. Bon sang, mais quel était le con qui…

« C'est pas un élève ! » lâcha Wyra en laissant s'échapper les jumelles qui heurtèrent violement le sol. « C'est pas possible, ou alors c'est un Septième Année, ça peut pas être autre chose ! »

« Mais ça peut pas être un prof ! » s'écria Edmund, au désespoir, en se tournant vers la tribune professorale. « SEV ! » Mais si son cri atteignit les oreilles de son père, celui-ci n'y répondit pas, le regard fixé sur l'élève de Gryffondor qui se trouvait à présent suspendu à plus de vingt mètres du sol.

Hermione tourna ses jumelles vers la tribune professorale. Comment savoir qui pouvait lancer ce sort, puisque tout le monde avait les yeux rivés sur Harry ? Surtout que si Wyra avait raison, le jeteur de sorts était forcément là, au milieu des adultes, ce qui voulait dire qu'il fallait faire quelque chose à tout prix avant qu'il ou elle ne réussisse à faire tomber Harry ! Elle tâtonna sa poche pour réaliser, horrifiée, qu'elle avait oublié sa baguette sur son lit. Non ! Elle avisa rapidement Drago, juste à côté d'elle, et sa baguette qui dépassait de sa poche. Ce n'était pas son genre, mais là elle n'avait plus le temps de réfléchir à autre chose, Harry allait lâcher prise d'une seconde à l'autre. Elle fourra ses jumelles dans les mains de Ron et saisit la baguette du Serpentard.

« EH ! » cria-t-il en tentant de l'arrêter, mais la fillette avait déjà filé dans l'escalier. « Granger ! » hurla-t-il en se lançant à sa poursuite.

« Dray ! » appela Edmund, mais un nouveau soubresaut particulièrement impressionnant du Nimbus 2000 le fit s'arrêter devant l'escalier. Il retint une exclamation d'horreur lorsqu'Harry manqua de lâcher le manche du balai.

« Tiens le coup » l'implora Jasper en se penchant dangereusement pour tenter de l'agripper, en vain. George s'était placé de l'autre côté et faisait de même, mais le balai fou se mettait chaque fois hors de portée.

« Granger ! » cria furieusement Drago.

Ils courraient sous les tribunes, et la petite lionne était déjà engagée dans l'escalier qui menait à celle des professeurs, lorsqu'il se jeta presque sur elle et parvint à la faire tomber à plat ventre sur les marches.

« Rends-moi ma baguette ! » rugit-il en tentant de la lui arracher.

« Il faut sauver Harry ! » protesta-t-elle en se retournant sur le dos.

Elle ne parvenait pas à se dégager, le garçon étant plus fort et plus lourd qu'elle, et, dans un geste désespéré, lui administra un coup de genou dans l'estomac. Le souffle coupé, Drago s'écroula contre le mur de bois, les bras croisés sur son ventre, des larmes de douleur aux bords des yeux. Hermione se releva et reprit son ascension. Elle parvint enfin sous les sièges des professeurs, dans le petit couloir qui permettait ensuite de monter s'y installer. Tentant de se remémorer un sort qui pourrait affecter le jeteur de sorts, dont elle ignorait l'identité, elle ne vit pas le blond la rejoindre, à demi plié en deux, le regard haineux.

« Granger ! »

« Chut ! » intima la fillette, mais c'était inutile, les professeurs au-dessus ne leur accordaient pas la moindre attention.

Drago saisit sa baguette, la lui arracha.

« Malefoy, non ! »

Hermione se jeta à son tour sur lui, le faisant basculer contre le mur.

« J'en ai besoin ! »

« Elle est à moi ! »

La fillette agrippa la baguette, la dirigea vers les tribunes, mais Drago lui opposait une sacrée résistance, et elle n'avait toujours pas d'idée de sorts.

« Granger, lâche-la ou j'te jure que tu vas le regretter ! » menaça le serpent en tourna de son mieux la baguette vers sa camarade. C'est qu'elle avait de la force, cette foutue Sang-de-Bourbe ! Comme elle ne lâchait toujours pas prise, il fit la chose la plus stupide et à la fois la mieux venue dans ces circonstances : il lança le premier sort qui lui passa par l'esprit. Et au même instant, Hermione parvint à tourner à nouveau la baguette vers les tribunes.

« EXPELIARMUS ! »

Le sort eut des effets inattendus : plutôt que de désarmer et repousser un adversaire hypothétique, il 'repoussa' les planches des tribunes. Plus exactement, il les projeta vers le ciel, les brisant et par la même occasion, propulsant tous leurs occupants au premier rang, le seul que le sort épargna. Un flot de cris de surprise et d'épouvante s'éleva de l'assemblée de professeurs tandis que les deux élèves tenaient toujours la baguette, assis par terre, tétanisés.

Le balai d'Harry se stabilisa soudain, alors même que le garçon n'y tenait plus que par trois doigts. Dans un effort désespéré pour ne pas chuter, il lança son deuxième bras et parvint à saisir le manche de son balai à deux mains.

« Harry, ça va ? » demanda Jasper alors que le petit brun, papillonnant des yeux pour chasser les larmes qui lui brouillaient la vue, se balançait de gauche à droite.

Il prit son élan quelques secondes et parvint à lancer sa jambe droite par-dessus le balai, le ré-enfourchant sous les acclamations de la foule – ou tout du moins ceux qui n'avaient pas les yeux rivés sur la tribune professorale.

« Qu'est-ce que c'est ? » s'exclama Harry, les yeux exorbités, alors que Rogue, McGonagall et quelques autres se relevaient avec peine.

Il remarqua que Quirrell avait l'air particulièrement mal en point, peut-être parce qu'Hagrid, que la directrice des lions rouge et or avait accepté parmi les enseignants malgré son poste de garde-chasse, lui était tombé dessus en l'écrasant partiellement. Sous la tribune, Drago se releva dans un état second puis, réalisa que l'un des professeurs allait bientôt passer la tête par le beau cratère que lui et Granger venaient de faire dans leurs sièges, il empoigna la fillette et dévala les marches quatre à quatre. Ils s'arrêtèrent au bas de l'escalier, essoufflés, et échangèrent un regard ahuri.

« Tout ça, c'est ta faute ! » explosa le blond.

« Ma faute ? » répéta Hermione, hors d'elle.

« Si Severus l'apprend, il va me crucifier ! Pourquoi t'as fait ça, au juste ? »

Il tenait son épaule droite, douloureuse, avec laquelle il avait heurté le mur durant l'affrontement avec la fillette, et son ventre lui faisait toujours mal.

« Parce qu'il fallait sauver Harry, pauvre crétin ! »

« Répète ? » mugit le serpent.

Sur le terrain, les quatorze joueurs s'étaient rassemblés autour de la tribune professorale, inquiets.

« Professeurs ! Qu'est-ce qui s'est passé, par Merlin ? Vous allez bien ? »

« Lee ! » appela Fred en avisant les corps qui se redressaient, hagards. « Lee ! »

« Je suis là » lui répondit le garçon en émergeant de sous une latte de bois. « Je vais bien, t'en fais pas. »

« Mais par Merlin, que c'est-il passé ? » s'écria à son tour le professeur Vercors en jetant autour de lui des regards furieux.

McGonagall s'était redressée et observait elle-aussi les alentours, visiblement anxieuse. Elle avisa Mme Bibine qui avait rejoint les élèves devant la tribune, et lui fit signe d'approcher. Harry ne put entendre tout ce qu'elle lui dit, mais il en ressortit que leur arbitre se tourna vers le stade et siffla trois fois dans un sifflet visiblement magique car le son strident vrilla les tympans du Gryffondor. Ayant capté l'attention de l'ensemble des élèves, elle saisit sa baguette et la dirigea vers sa gorge en marmonnant quelque chose qu'Harry ne comprit pas.

« VOTRE ATTENTION S'IL VOUS PLAÎT. EN RAISON DE PROBLEMES TECHNIQUES SUR UN BALAI VISIBLEMENT TRAFIQUE ET DE L'ATTAQUE PERPERTREE SUR LA TRIBUNE PROFESSORALE, LE MATCH DE QUIDDITCH EST AJOURNE. LA NOUVELLE DATE VOUS SERA COMMUNIQUEE ULTERIEUREMENT. »

Aussitôt une salve de protestations s'éleva des tribunes, les élèves huant et criant à s'en casser la voix. Un match de Quidditch annulé ! On n'avait encore jamais rien vu de pareil. Alors que les hurlements de vaines protestations se faisaient entendre, Edmund, Wyra et Ron dévalèrent les escaliers en courant pour rejoindre leurs deux amis, qui venaient d'atterrir devant les tribunes. Le brun arriva le premier près de son cousin.

« La vache, vous allez bien ? » s'enquit-il aussitôt.

« Personnellement, c'est bon » répondit Jasper en se tournant vers Harry. « Et toi ? »

« C'est bon » dit le Gryffondor en détendant ses doigts douloureux. « Mais j'ai eu un peu la frousse… » avoua-t-il, penaud.

« Y a de quoi ! » s'exclama Wyra en lui ébouriffant les cheveux, soulagée. « Tu peux te vanter de nous avoir foutu une peur bleue, Top-Potty ! »

Le garçon le savait, et si durant ces terribles instants, ses mouvements avaient été entièrement conduits par des réflexes dont il ne soupçonnait jusqu'alors pas même l'existence, il était à présent parcouru de tremblements.

« Où sont Hermione et Malefoy ? » s'informa-t-il en notant soudain leur absence.

« Euh… » fit Ron en jetant aux deux autres un regard vaguement anxieux. « Disons que y a des chances pour qu'ils soient les responsables de ce beau bazar » expliqua-t-il finalement en jetant un regard éloquent vers la tribune professorale. « D'ailleurs ils sont toujours pas revenus… »

« Mieux vaudrait les attendre plus loin » fit remarquer Wyra en dardant autour d'eux des regards méfiants. « Inutile d'attirer des soupçons bêtement. »

Sur ces mots, les cinq enfants s'éloignèrent rapidement et finir par s'arrêter devant les vestiaires, où Harry et Jasper entrèrent, chacun dans le sien, pour se changer rapidement. Le reste des équipes arrivait lentement, furieux et inquiets du déroulement du match, et passèrent devant les enfants sans leur accorder la moindre attention, tous à leur discussion. Lorsqu'ils furent entrés pour se changer, il ne fallut pas longtemps à Edmund, Wyra et Ron pour voir arriver, légèrement échevelés, Hermione et Drago, rouges comme de fureur.

« Tout ça c'est de ta faute, Granger ! » siffla le blond en arrivant devant les vestiaires.

« De MA faute ? Qui a jeté le sort, tu me rappelles ? »

« Je n'aurais rien jeté du tout si tu m'avais rendu ma baguette ! »

« J'en avais besoin ! » rappela férocement la fillette.

Devant le comique de la situation – Drago et Hermione, couverts de brindilles et de poussière et décoiffés, en train de s'engueuler vertement – les trois autres ne purent retenir de larges sourires. Les disputes demeuraient fréquentes dans leur petit groupe, mais une dans ces conditions étaient une première.

« Eh bah, quand vous agissez, vous faites pas les choses à moitié ! » lança Wyra, goguenarde.

Edmund, par un instinct de solidarité, se retint de faire la moindre réflexion, mais il avait bien du mal à contenir son amusement en époussetant la robe de sorcier de Drago, constellée d'éclats de bois. Hermione et lui continuèrent de se foudroyer du regard en attendant les deux petits Attrapeurs, qui ne furent pas longs à les rejoindre. Jasper étreignit Drago avec un large sourire.

« Sans votre coup d'éclat, on était très mal » dit-il en embrassant Hermione sur la joue.

« Sûr » souffla Harry. « Merci beaucoup. »

« Remercie le Sang-Pur décoloré » rétorqua Hermione, cassante.

« Ou la Sang-de-Bourbe aux dents de castor, ça marche aussi » contra ledit blond.

Les autres échangèrent de brefs sourires, bien qu'un peu hésitant quant à leur intervention. Enfin, tant qu'ils ne s'entretuaient pas, ils pouvaient bien les laisser se pouiller entre eux. S'il fallait qu'ils haussent le ton à chaque fois qu'une dispute éclatait, Harry s'était déjà fait la réflexion qu'ils passeraient plus de temps à s'énerver après les fauteurs de troubles qu'à discuter. Aussi, plutôt que de se mêler à la colère qui animait les deux enfants, il se tourna vers Wyra, qui s'était éclaircie la gorge.

« Hagrid m'a dit de vous dire qu'il nous invitait à prendre le thé » les informa-t-elle. « On a un peu d'avance, vu les circonstances, mais on peut toujours y aller maintenant. »

Les autres acceptèrent et s'éloignèrent rapidement, avides de mettre une certaine distance entre les professeurs et eux, les balais à la main.

« Tu crois que je devrais donner mon balai à Mme Bibine pour une vérification ? »

« Si comme on le croit c'est un sort qui a déréglé ton balai, c'est inutile » répondit Wyra. « Je suis même pas sûre qu'elle va te le demander, elle n'est pas stupide, et je te parie out ce que tu veux que cet aprem tes exploits vont alimenter les conversations ! »

Désireux de se changer un peu les idées, les enfants, à mesure qu'ils avançaient vers la maisonnette d'Hagrid, dirigèrent la conversation vers le commentateur préféré de l'école.

« Pas étonnant que tu t'entendes bien avec lui » dit Ron en jetant un œil à Wyra. « Il est un peu… »

« Distrait ? » proposa Harry.

« Ouais » sourit Edmund.

« McGonagall est stricte, aussi » tenta le rouquin.

Il se produisit alors une chose assez étrange : Edmund et Wyra se tournèrent d'un même mouvement vers Ron. Ils semblaient éberlués de ses propos, le regardant exactement comme s'il avait été une quelconque créature inconnue et particulièrement laide.

« Eh, j'ai pas dis ça mal, hein… » chercha à se rattraper le garçon.

« T'es pas au courant ? » s'enquit Edmund, effaré. « Tes frères t'ont pas dit ? »

« Dire quoi ? » demanda Harry, dont la curiosité était piquée.

Edmund se tourna vers Wyra, un peu mal à l'aise, et la jeune fille s'éclaircit la gorge.

« Tante Minerva est super cool avec Lee, en fait. C'est un des bénéficiaires du système 'Orphan Post-War' que le Ministère a mis en place après la première guerre contre Grindelwald et ses armées, et qui permet d'assurer un avenir aux enfants dont les parents sont morts en combattants ou en victimes des Mangemorts ou de ceux qui s'y apparentent. J'en suis aussi bénéficiaire » glissa la Troisième Année avec un furtif sourire un peu triste. « Mais seulement à moitié, puisque j'ai encore de la famille. Lee est lui un bénéficiaire total. Les Jordan ont été massacrés lors d'un raid sur leur manoir lorsque Lee avait deux ans. Il est le seul à s'en être sorti, et uniquement parce qu'on l'avait planqué et que les Mangemorts ne l'ont pas trouvé. Lee est devenu une pupille du Ministère et, comme le précise le système pour ces enfants là lorsque l'on n'arrive pas à les placer, ils sont ensuite envoyés dans leur future école, et parfois y deviennent pensionnaires avant même d'y entrer en tant qu'élève. On en a six, des comme ça. Lee en fait partie. Durant les vacances, il va chez des amis ou rentre au centre des pupilles où il vit depuis toujours. Lorsqu'il est arrivé la première fois, il était question de l'incorporé à mi-temps à Poudlard. Finalement, on a réussis lui éviter une intégration précoce et foireuse, et il est retourné au centre. Mais trois jours par semaine, il était autorisé à venir au château, et Tante Minerva est devenue sa référente au bout de trois mois, le délai légal minimal. C'est pour ça que Lee se permet cette attitude lorsqu'il assure les commentaires des matchs – tu devrais le voir en cours ! – parce que de toute façon il sait que Tante Minerva ne lui criera pas dessus. Au pire, il aura une retenue, mais avec les Copies Conformes, c'est pas comme s'il n'était pas habitué… »

Harry et Ron échangèrent un long regard. Ils connaissaient vaguement Lee, mais n'auraient jamais pensé qu'il fut orphelin et sous la tutelle de McGonagall. Et apprendre que leur amie était également orpheline leur faisait à tous l'impression d'un sale coup déroutant et blessant. Mais cela expliquait un certain nombre de choses, il fallait en convenir…

« Eh, ça va ! » s'exclama Wyra en agitant les bras devant la figure du Survivant. « R.A.S. Top-Potty ! Pas la peine de se mettre martel en tête ! »

Mais aux yeux d'Harry, cela avait une certaine importance. Wyra, s'il avait bien entendu de la peine pour elle, venait d'intégrer un univers qui était le sien : celui des orphelins de la dernière guerre. Elle et Lee n'étaient pas 'le Survivant', mais ils étaient des survivants, et cela, à ses yeux, étaient beaucoup plus important qu'il n'aurait jugé poli de dire. Et quelque part, il se sentait rassuré. Il n'était pas aussi seul qu'il l'aurait cru.

Tout en parlant, ils étaient arrivés à la cabane d'Hagrid, et Edmund avait frappé trois coups à la porte avant de la pousser. Le géant leur ouvrit avec un large sourire.

« Les enfants ! Je vous attendais pas si tôt ! » Ses yeux glissèrent furtivement vers Drago, qui détaillait sa cabane d'un air dégoûté et conservait le plus de distance possible avec le garde-chasse. « Comment ça va ? Harry, tu as été fantastique ! Je n'en attendais pas moins de toi, avec les capacités de ton père, il était normal que tu sois aussi adroit sur un balai, mais là, chapeau ! Mais ne restez pas là, entrez, entrez ! » Il les poussa avec ses mains larges comme des plateaux, les propulsant littéralement au centre de la cabane. « Il y a du thé, des biscuits et une tarte à la mélasse, servez-vous ! »

La cabane était ronde, rustique et de petite taille. Harry y était déjà venu plusieurs fois depuis la rentrée, mais jamais avec autant de ses camarades et, autant l'admettre, jamais avec Malefoy. Du moins, pas avec Drago, Jasper étant déjà passé dire bonjour une ou deux fois au géant. Le Serpentard blond ne semblait d'ailleurs pas très à l'aise, et il était clairement inscrit sur son visage qu'il attendait le moment propice pour sortir.

Exactement comme si elle était chez elle, Wyra se laissa tomber nonchalamment dans le canapé défoncé. La conversation un peu difficile peut-être, qu'ils venaient de quitter ne semblait pas lui poser le moindre problème, et elle paraissait tout aussi joyeuse que d'ordinaire.

« Alors Hagrid ? » s'enquit-elle. « Comment avancent les préparatifs d'Halloween ? »

« Plutôt bien » répondit le géant avec un large sourire en leur servant du thé. « Tu verrais les citrouilles ! Presque un mètre de haut à présent ! » La fierté dans sa voix transparaissait facilement. On sentait bien quel effet la confiance manifeste qu'on avait dans ses capacités à préparer la fête le comblait de joie, et il s'empressa de leur désigner les citrouilles qu'on voyait par la fenêtre.

« La vache ! » s'exclama Harry en se penchant pour les apercevoir. « Elles sont énormes ! Comment vous faites ? »

« Bah, un très bon engrais que m'a refilé le professeur Chourave, et un peu de magie – vous ne le direz pas, hein ? » demanda-t-il précipitamment en scrutant les enfants du regard. « C'est que, voyez-vous, je ne suis pas supposé faire de magie… »

Sa phrase mourut sur ses lèvres alors que, dans un bel ensemble, tous les enfants se jetaient de manière significative un regard à Drago. Celui-ci leur décocha un regard noir.

« C'est bon » cracha-t-il d'un ton méprisant, « je dirais rien ! »

Edmund et Jasper lui adressèrent un petit sourire, et la conversation se réorienta sur les cours et le Quidditch. Hagrid avait visiblement été bouleversé par ce qui était arrivé à Harry, un acte de terrorisme, selon lui (Drago leva les yeux au ciel et Ron le foudroya du regard) et ce qui s'était produit au niveau de la tribune professorale, qui d'après lui relevait également du même type d'actes, et qui fit se ratatiner Drago et Hermione. Heureusement, trop pris par le sujet, le demi-géant ne sembla pas s'en apercevoir. Par mesure de prudence cependant, les autres lui firent changer de sujet doucement.

« En attendant, c'est vraiment dommage, vous êtes de vrais pros ! » s'exclama Hagrid.

« Dites Hagrid » risqua Jasper, l'air de rien, « vous avez une idée de ce que les cambrioleurs pouvaient chercher ? »

Tous se tournèrent vers lui, perplexes, avant de voir qu'il agitait un exemplaire de la Gazette. Visiblement, il datait de plusieurs jours, même plus, et soudain Harry le reconnut : c'était celui de mardi, dans lequel une journaliste faisait le point sur l'enquête toujours vaine du Ministère pou savoir qui étaient les cambrioleurs qui s'étaient introduits dans Gringott's. Apparemment, Hagrid avait conservé seulement la page concernant le vol. Il parut d'ailleurs particulièrement mal à l'aise en voyant de quoi parlait l'article.

« Pas la moindre » grommela-t-il.

« Mais… » fit semblant de s'étonner Harry en attrapant la page de journal. « Je l'avais pas vu ! C'est le coffre qu'on a vidé le jour où l'on est allé au Chemin de Traverse ! Hagrid, regardez, c'est le numéro 713 ! »

Le demi-géant manqua de s'étrangler avec la chope de bière qu'il avait entamée. Il darda sur Harry un regard noir et affolé, et ses yeux firent plusieurs allés-retours entre le petit brun et les Malefoy, notamment Drago. Le jeune Attrapeur se mordit la lèvre, l'air penaud, mais déjà Edmund enchaînait :

« Vous avez vidé ce coffre juste avant ? Mais qu'est-ce qu'il contenait qui puisse pousser quelqu'un à cambrioler Gringott's ? C'est un coup à y rester ! »

« Il a raison » renchérit Ron. « Du jamais vu ! »

« J'ai lu quelque part que le Ministère allait requérir l'aide de puissants sorciers et d'enquêteurs réputés » broda Hermione à la-vite. « C'est dingue ! »

« Ultra-dingue » intervint à son tour Wyra. « A ce train-là Fudge va pas tardé à demander à oncle Dumby de lui filer un bon coup de main, vous pouvez me croire ! Le cambriolage de Gringott's, sous son gouvernement, c'est le top de la pub, faut le comprendre… Si on est plus en sécurité dans cette forteresse, j'me demande bien où on peut l'être ! »

« N… non mais, stop ! » s'exclama Hagrid, dépassé. « Stop, stop, stop ! Je ne sais pas ce qu'il y avait dans ce coffre, et même si je le savais, je ne vous le dirais pas, c'est top-secret, et… »

« Mais c'est cool ça, ça va bien avec Top-Potter » l'interrompit Wyra avec un large sourire auquel le demi-géant répondit un regard noir.

« Et vous n'avez aucun besoin d'en savoir plus ! Je ne sais pas ce que vous avez lu, ni ce que Fudge prévoit de faire, mais tant que cette p… chose sera au château, elle ne risquera rien. C'est le seul endroit qui soit aussi bien protégé, plus encore que Gringott's ! Et s'il n'a pas jugé de tenir le ministre au courant, Dumbledore ne lui dira rien sans l'accord de Flamel ! »

« Flamel ? » s'exclama Harry avec des yeux écarquillés. « C'est qui ? »

Hagrid sembla soudain furieux contre lui-même, et il reposa violement sa chope sur la table.

« Personne ! Bon, les enfants, désolé si je vous mets à la porte, mais j'ai du travail. Allez, ouste ! »

Se forçant à conserver un air à peu près sérieux, réprimant de leur mieux les sourires moqueurs qui montaient sur leurs lèvres, les enfants le remercièrent de les avoir invités et quittèrent la cabane. Juste avant de sortir, Hagrid saisit Harry par l'épaule et le força à s'immobiliser.

« J'aimerais que tu évites ce genre de bourdes, à l'avenir. Je sais bien que tu ne pensais pas mal, mais mets-toi un peu à ma place, je te fais confiance pour garder des informations, pas pour les raconter à tes copains. Sans compter que la fiabilité des Malefoy reste à prouver. Tu as bien compris ? »

« Oui, Hagrid » murmura le garçon en regarda fixement ses chaussures. « Je suis désolé. Vraiment. »

Le demi-géant lui donna une tape sur l'épaule avant de le pousser dehors. Lorsque la porte se referma, Harry songea que cette mascarade allait lui coûter la confiance du garde-chasse, mais il fallait qu'il l'a tente, et il n'avait vu aucun autre moyen de forcer Hagrid à parler. Mais quand même, cela lui faisait un pincement au cœur. Sa mine devait d'ailleurs en dire suffisamment long à ce sujet, car Edmund lui donna une tape amicale dans le dos en affirmant d'un ton sans réplique :

« C'était une bonne idée, Harry. T'as super bien joué le coup. »

Le Gryffondor lui offrit un petit sourire peu convaincu, avant de reporter son attention sur l'ensemble de ses camarades.

« Alors, on a quoi ? » s'enquit-il.

« Un certain Flamel, qui visiblement connaît Dumbledore » répondit joyeusement Ron. « De quoi commencer les recherches, si tu veux mon avis. »

« Ah bon ? On te le demande ? »

« Malefoy, la ferme ! »

°0°0°0°

Les enfants achevèrent la journée à la bibliothèque, le nez dans toutes sortes de livres dans lesquels ils espéraient trouver des renseignements sur un certain Flamel, mais en vain. Cependant, il y avait au moins un des enfants pour qui l'après-midi signifiait autre chose que le début des véritables recherches ou la suspension du premier match de Quidditch de l'année. Et cet enfant n'était autre que Loan.

Le jeune Indien n'était pas reparu en cours depuis presque un mois. L'absence de Wolf se prolongeant, lui-même s'était improvisé ermite par obligation. Il s'était purement et simplement enfuit de Poudlard, après avoir prévenu Flitwick… si le verbe 'prévenir' pouvait toutefois être utilisé dans ce cas. C'était la première et, espérait-il, la dernière fois qu'il se montrait dans un tel état, mais il n'avait pas eu le choix. Lorsque son directeur de Maison l'avait vu arriver dans son bureau, il avait d'abord crut à un cauchemar. Bien sûr, il s'évertuait à le surveiller de plus près, davantage que les autres élèves, mais il ne pouvait pas vraiment surveiller Loan, c'était tout simplement impossible. Le garçon était bien trop distant et sauvage pour être surveiller. Mais, lorsqu'il avait pénétré ce soir-là dans son bureau, si silencieux, il paraissait n'être plus que l'ombre de lui-même. Les bras repliés sur sa poitrine, avec ses cernes sous les yeux, ses cheveux ébouriffés, ses yeux où perçait une saine terreur, secoué de tremblements, il paraissait tellement fragile, apeuré qu'il était, que Flitwick ne l'avait d'abord pas reconnu. Il n'avait plus rien de l'adolescent sûr de lui, prétentieux, qui faisait les quatre cents coups sans jamais paraître embêté de quoi que ce soit.

« Loan ! Par Merlin, que t'arrive-t-il ? » s'était exclamé le nain, horrifié.

Le bureau était sombre, une fenêtre largement ouverte sur la pluie battante du dehors, et l'enfant dissimulé dans un recoin. Lorsque son professeur voulut se rapprocher, il recula contre le mur avec un murmure angoissé.

« Ne… ne vous approchez pas ! » articula-t-il difficilement. « P… pas… vous… »

Flitwick s'exécuta, mort d'inquiétude.

« Loan, que… »

« Peux… plus… Wolf… »

« Il revient bientôt, je te le promets » assura le sorcier avec conviction.

« P… pas attendre… blessé… partir… »

Des sanglots percèrent dans sa voix, et Filius sentit son cœur se serrer. Le pire était peut-être de se savoir à ce point impuissant, incapable de faire quoi que ce soit pour l'aider.

« Loan… »

« Quand… Wolf… »

« Je l'envoie te chercher » compléta le nain. « C'est juré. Fais bien attention à toi Loan, ne va pas trop loin. »

L'enfant ne répondit. Au lieu de ça, il rejoignit la fenêtre, qui donnait sur le parc mais le surplombait de presque vingt mètres et, avec un ultime regard en arrière, enjamba le rebord. Lorsqu'il fut sûr que le garçon avait sauté, Filius s'approcha de la fenêtre et vit le jeune Indien se réceptionner sur le cadre de la fenêtre de l'étage inférieur. Il descendit ainsi jusqu'à la pelouse, sur laquelle il atterrit à quatre pattes. De là, il courut jusqu'à la forêt et disparut dans la nuit.

C'était la dernière fois que l'on avait vu Loan.

Le garçon avait obéit à Flitwick : il n'était pas allé bien loin. En vérité, il avait juste dépassé la limite de la Forêt Interdite, se faufilant au nez et à la barbe de tous ceux qui pouvaient croiser sa route par mégarde, se tenant éloigné du plus de créatures possible. Il ne voulait pas créer d'incidents, c'était la seule chose qui demeurait dans son esprit. La seule, car pour le reste il semblait sombrer doucement dans la folie. Rapidement, Wyra et les autres lui étaient sortis de la tête, devenant pour lui des ombres sans vie, puis disparaissant dans les méandres de sa mémoire envahie par les ténèbres de sa double nature. Et c'était pour cette raison qu'il ne pouvait oublier son seul impératif, ne pas causer de problèmes, parce que s'il commençait à se comporter comme un animal, il ne résisterait plus très longtemps avant d'en devenir véritablement un, et de cela il n'était pas question. Et c'était à Wolf, son seul et unique modèle, ce qu'il aurait aimé devenir un jour, c'était à lui qu'il se raccrochait. A lui. Parce que si lui aussi tombait dans l'oubli, il ne resterait plus rien. Plus rien pour le convaincre qu'il pouvait tenir.

Assis au fond d'une minuscule grotte qui tenait plus du terrier, roulé en boule, Loan Whyte n'était plus que l'ombre de lui-même. Il paraissait totalement sauvage, se rongeait les doigts dans l'espoir de ne pas en venir à ronger autre chose. Il était émacié, ses yeux injectés de sang ressortaient de son visage devenu pâle, ses vêtements, les mêmes depuis son départ, étaient en lambeaux, et ses cheveux en bataille lui tombaient devant les yeux. Son abri était en légère pente, et avec les pluies diluviennes des derniers jours, il avait été entièrement inondé, aussi Loan dormait-il dans une mare de boue de plusieurs centimètres de profondeur, la tête posée sur une pierre un peu surélevée. Pour se nourrir, le garçon avait dévasté l'un des magasins de Pré-au-Lard la nuit de sa fuite, profitant que son état le lui permettait encore, car par la suite s'approcher d'un être humain était devenu purement exclu. Il ne devait pas, ne pouvait pas se le permettre. Ses vivres n'avaient pas tenus longtemps cependant, et depuis deux jours Loan n'avait rien avalé, redoutant trop de sortir de sa cachette et de tomber sur une pauvre créature qui n'aurait eut pour erreur que de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Couvert de boue, le garçon avait à présent des yeux d'un noir d'encre, où brûlait une lueur dangereuse de prédateur.

Il faisait presque nuit lorsque ses sens perçurent les bruits de pas qui s'approchaient, à vive allure. Le garçon se crispa, plaqua ses mains sur ses oreilles dans une vaine tentative de ne plus rien entendre. S'il entendait, il allait finir par sortir, il le savait. Et encore, le bruit n'était pas le pire, allait bientôt venir l'odeur, une odeur certes atténuée par la boue et la pluie, qui déjà envahissaient son odorat, mais elle viendrait. Il le savait. Et après, ça deviendrait beaucoup plus dur, trop dur sans doute, et peut-être que cette fois serait la fois de trop, qu'il ne parviendrait pas à se retenir. C'était si dur, si dur…

Faim.

C'était le seul mot qui s'imposait à son esprit désormais. Le seul... oh non… l'odeur était là à présent et… et… cette odeur… cette odeur…

Wolf.

« Loan ! »

Le cri retentit dans le terrier du garçon, et celui-ci rouvrit les yeux, qu'il gardait résolument fermés depuis des heures. Au-dessus de lui, à peine visible derrière le buisson qui dissimulait sa cachette, le visage inquiet de son meilleur ami venait d'apparaître.

« Loan ! Ça va ? Loan ! Réponds-moi ! »

Wolf passa un bras dans le faible espace que lui offrait la roche au-dessus de lui et passa une main dans les cheveux désordonnés du jeune Indien. Celui-ci tenta de relever la tête vers l'adulte, mais sans y parvenir. Pestant, Wolf se faufila de son mieux, mais Loan avait à peine assez de place pour tenir replié en position fœtal, autant dire que s'installer à ses côtés relevait de l'impossible. Il passa un bras sous le corps tremblant de l'enfant, le souleva de son mieux et parvint, après quelques efforts, à l'extirper de là. Il le déposa doucement dans l'herbe, ôta sa veste et l'en enveloppa.

« Par les caleçons de Merlin ! » marmonna-t-il. « T'es brûlant ! »

Il sortit de sa sacoche une bouteille d'eau, dont il fit tant bien que mal avaler quelques gorgées à Loan, dont les lèvres, sèches à l'extrême, se craquelaient sans qu'il parvienne à les ouvrir. Au prix d'un grand effort, il y arriva néanmoins, les yeux entrouverts, rivés sur le visage de l'adulte.

« Wolf… »

« Je suis là Loan, c'est bon, tout va bien aller… je vais te ramener à Poudlard, on va s'occuper de toi… »

« Peux… pas… »

« C'est bon, on va gérer ça » assura Wolf avec un sourire réconfortant. « Ça va aller, tu vas voir… dans deux jours, tu pourras de nouveau faire tourner Rusard en bourrique. Je vais t'aider, ça va aller… »

Le garçon n'écoutait plus, il s'était assoupi. Pour la première fois depuis le départ de Wolf, il dormait paisiblement. La sérénité qui émanait de son ami l'apaisait, emportant sa haine et son instinct bestial. Il en était toujours ainsi, en en serait toujours ainsi. Un des seuls avantages donnés à leur race était la capacité, pour les rares qui échappaient à la folie, d'absorber les sentiments dangereux de leur congénères – dans la mesure où eux-mêmes étaient en état de les recevoir sans risque, bien entendu. Mais Wolf était pour ainsi dire toujours en état de recevoir la violence de Loan. Toujours…

Mais, alors qu'il courrait entre les arbres, Wolf ne put que remercier mentalement la petite Wyra, qui avait – alors qu'elle était supposée ne même pas connaître son existence – laissé en évidence un mot sous la dalle de la Tour d'Astronomie qui servait de cachette à Loan, et où elle se doutait que l'homme viendrait faire un tour, parce que c'était toujours là que le garçon déposait les choses auxquelles il tenait et celles qu'il souhaitait que Wolf trouve, selon un plan établi des années auparavant. Wyra avait pris connaissance de cette planque un an auparavant, et nul doute qu'elle en connaissait la raison, puisqu'elle avait déposé un mot dans lequel elle avait écris « Loan est parti dans la forêt, il vire taré. Faits quelque chose. Il ne doit pas être loin. Bonne chance. »

Sacrée gosse. Il faudrait peut-être qu'ils se rencontrent, un jour…

°0°0°0°

« Courrier ! » cria Wyra avec joie. « DUBOIS ! Courrier ! »

La Troisième Année parcourait la table des Gryffondors en brandissant le courrier égaré. Il était midi, le trente et un octobre, et tous s'apprêtaient à fêter Halloween dans la soirée, au point pour certains d'en négliger leur correspondance… Une chose sur laquelle la jeune fille était heureusement plutôt pointilleuse, et c'est avec un certain plaisir qu'elle arpentait la Grande Salle, une poignée de lettres à la main.

« Dites ! » lança-t-elle à la cantonade. « Qui sont les imbéciles heureux qui font confiance au hibou nommé Errol pour desservir le courrier ? J'ai une lettre du 4 octobre, dont la réponse vient à peine d'arriver ! »

Tandis que le clan Weasley baissait les yeux, mal à l'aise ou au contraire amusé, Wyra tendait sa lettre à un Serdaigle de Sixième Année.

« Comment ça se fait qu'elle s'occupe du courrier ? » s'étonna Hermione.

« Y a toujours des ratés » expliqua George. « Comme Wyra a pris pour habitude de traîner un peu partout dans le château, elle en profite pour aider Hagrid en ce qui concerne la volière. Du coup, elle gère l'arrivée des lettres perdues. Manque de pot, le plus souvent, c'est le nôtre, d'hibou, qui les perd. »

« Ouais » renchérit Fred. « J'te raconte pas la réputation. Je comprends pas que les gens le prennent encore, depuis le temps, ils devraient pourtant savoir. »

« ELOÏSE MIDGEN ! » beugla Wyra. « COURRIER ! »

« Ça c'est de la discrétion » ironisa Hermione.

« HERMIONE ! »

« Quoi ? »

« Une lettre de tes parents » fit la jeune fille en lui tendant le bout de papier. « NEMO CLIFFER ! »

« C'est NEO ! » mugit l'intéressé, un élève de Serpentard d'une quinzaine d'années.

Le remue-ménage provoqué par la jeune fille attirait l'attention de toute la salle, et les professeurs, McGonagall et Dumbledore en tête, ne pouvaient s'empêcher de sourire, amusés. Hermione, qui venait d'ouvrir sa lettre, ne souriait cependant pas. Quel qu'en soit le contenu, son visage s'était brusquement fermé, et Harry la vit se crisper, les yeux clos. Elle tremblait même un peu lorsqu'elle finit par replier la lettre avec des gestes saccadés.

« Quelque chose ne va pas ? » s'informa doucement le Survivant.

La fillette lui adressa un sourire forcé.

« Non, tout va bien. »

Elle prit une profonde inspiration, serra les dents et frotta rageusement ses yeux avec sa manche. Inquiet, Harry la prit par l'épaule et la secoua gentiment. Personne autour d'eux ne semblait s'apercevoir de rien, focalisés qu'ils étaient par le one woman show que leur offrait Wyra.

« Ça va aller Harry » assura Hermione en se forçant à nouveau à sourire. « C'est bon. »

« Mais... qu'est-ce qui se passe ? »

La fillette ouvrit la bouche pour répondre, sembla hésiter, puis tenta une nouvelle fois de parler, mais sa gorge nouée l'en empêcha, et elle se contenta de tendre la lettre à Harry. Celui-ci, un peu mal à l'aise à l'idée de lire le courrier d'autrui, mit quelques secondes pour déplier la missive. Il la parcourut rapidement, et écarquilla les yeux, incapable d'y croire. Annoncer ça par courrier ! Les voir, elle et Klaus, pour en discuter n'aurait-il pas été mieux ?

Ayant finit de lire, Harry replia la lettre, interdit, et la tendit à son amie.

« Je suis désolé » dit-il avec gaucherie, ne sachant pas comment réagir.

« C'est pas la peine. »

Elle essuya à la va-vite les deux petites larmes qui s'étaient faufilées sur ses joues, lui adressa un vague sourire qui, à l'instar de ses deux précédentes tentatives, échoua lamentablement. Harry voulut lui prendre la main, mais elle se leva au même instant.

« Je veux juste être un peu tranquille » dit-elle précipitamment devant son air inquiet. « Je reviens toute à l'heure. T'inquiète pas. »

Sans parvenir à la retenir, Harry regarda la fillette s'éloigner, la démarche raide, et il soupira profondément. Il n'avait jamais connu une ou plusieurs personnes pouvant s'apparenter à des parents, mais il osait croire que ce n'était pas là une habitude de faire ce genre de révélations par courrier interposé.

« Où elle va ? » demanda la voix d'Edmund.

Harry sursauta : le garçon de Serpentard était debout derrière lui, habillé de ses vêtements faits sur mesure. Aujourd'hui étant un jour de fête, les cours avaient été annulé et les impératifs vestimentaires relégués au second plan, ce qui expliquait les tenues décontractées de certains des élèves. Encore trop incertain vis-à-vis du château pour se permettre ce genre de fantaisies, Harry avait pour sa part conservé son uniforme, tout comme la plupart des élèves.

« Sais pas » répondit sincèrement Harry. « Elle a besoin d'être un peu seule, je crois. »

« Pourquoi ? » s'enquit Edmund, soucieux. « Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Harry marqua un temps d'hésitation, avisa la lettre qu'Hermione avait oublié de reprendre. Il ne savait pas s'il devait en parler au garçon, sans compter que cela ne le concernait pas, et que la fillette serait peut-être vexée de voir qu'il avait divulgué l'information. Mais elle paraissait assez mal, et prévenir les autres ne serait peut-être une mauvaise idée…

« Regarde » dit-il simplement en tendant la lettre à Edmund, derrière lequel venait d'arriver Drago.

Seuls eux deux semblaient s'être aperçus du départ d'Hermione, les autres étant toujours focalisés sur Wyra qui continuait de rendre dingues les élèves au courrier égaré. Le grand brun parcourut la lettre des yeux, sans réaliser que son cousin lisait par-dessus son épaule.

« Eh ben merde… » lâcha le jeune Rogue en achevant sa lecture. « C'est… pas cool du tout. »

« Tu l'as dis » soupira Harry. « Rassure-moi, tous les parents sont pas comme ça ? »

« J'espère pas. »

« T'en sais rien ? Eh, c'est moi, l'orphelin ! » signala le Survivant.

« T'as vu un peu mon père ? » rétorqua Edmund. « Tu crois peut-être qu'il est catalogué 'Meilleur Papa Chéri Super Diplomate' ? »

Harry lui accorda un sourire, vaincu.

« Un point partout » reconnut-il. « Bon… qu'est-ce qu'on fait cet aprem' ? On aide Hagrid à la déco ? »

« C'est ce qu'avait prévu Wyra, non ? »

« Yes » confirma le Survivant.

« Eh bah on va faire ça, à moins que… » Il désigna la Grande Porte d'un bref regard.

« Je sais pas, elle a dit qu'elle voulait être seule » répondit Harry d'une voix incertaine. « Mais… »

« On ira voir où elle est si elle ne réapparaît pas d'ici une heure » décida Edmund en se tournant vers Hagrid qui quittait la pièce.

Il donna une tape sur la tête de Ron, lui désigna le garde-chasse et héla Wyra. Seul Drago, comme à l'accoutumée, protesta :

« Hors de question que je passe l'après-midi à jouer les domestiques ! »

« Merde » gronda son cousin, « tu pourrais faire un effort, pour une fois ! »

« Pas question ! »

Jasper et Klaus les rejoignirent à cet instant, et Harry en profita pour avertir le Serdaigle, qui lâcha un juron.

« J'vais la chercher. »

« Elle a dit qu'elle voulait être seule… »

« C'est ma sœur ! » protesta Klaus.

« Regarde plutôt la lettre » soupira Harry en lui montrant le texte. « Ils disent que t'étais au courant depuis des mois. Je crois qu'y faudrait peut-être la lâcher une heure ou deux avant d'aller la voir, non ? Pas sûr qu'elle soit très contente de te voir de suite… le prends pas mal, hein ! »

Mais Klaus secouait la tête, la mine déconfite. Il n'avait jamais imaginé que ses parents les poignarderaient dans le dos de la sorte, et l'idée même que sa sœur soit seule quelque part dans le château en train de broyer du noir, et que sa présence, comme l'avait supposé Harry, puisse l'énerver plus qu'autre chose, le rendait malade. Dans ce genre de moments, il avait la sensation étrange que leurs parents ne comprenaient pas le moins du monde leurs états d'âmes et n'envisageaient même pas qu'ils puissent mal vivre leur annonce, qui pourtant faisait à présent un effet de bombe. Sans compter que la lecture de la missive apprit à Klaus ce dont il aurait dû se douter : Hermione, loin d'être stupide, avait posé des questions à sa mère, de sorte que la femme s'était retrouvée au pied du mur, forcée finalement d'avouer la vérité à la fillette d'une manière ou d'une autre. Mais apprendre que son frère jumeau était au courant officiellement depuis des mois était pour le moins dérangeant, voir choquant…

« Allez » fit Harry en le prenant par l'épaule. « On va aller aider Hagrid, ça te changera les idées. »

« Si tu le dis… » fit le Serdaigle, peu convaincu.

« Allez-y sans moi. »

« Dray, tu viens » ordonna Edmund d'un ton sec. « Il faut que tu te fasses à l'idée que… »

« Que rien du tout » coupa le blond en s'éloignant. « Je ne jouerais pas aux bonniches. En revanche » ajouta-t-il devant l'air furieux de son frère et de son cousin, « si vous voulez, je vous rejoins pour le thé… à la condition que ça ne soit pas chez ce taré ! » ajouta-t-il précipitamment. Ce 'taré' désignant évidemment Hagrid.

Soupirant profondément mais conscient qu'il n'obtiendrait rien de mieux, Edmund le laissa filer après avoir adressé un regard atterré avec Jasper.

« Ton frère est impossible » lâcha-t-il en se dirigeant vers le parc.

°0°0°0°

Drago arpentait les couloirs déserts depuis moins de vingt minutes lorsqu'il capta les sanglots de la fillette. Il avait l'habitude. Après tout, Jasper avait eu toute une période durant laquelle il était sujet à de fréquentes crises de larmes, et vu l'expansivité des Malefoy, Drago avait été le seul présent pour le réconforter. Non que l'idée d'aller réconforter une Sang-de-Bourbe l'ait effleurée ne serait-ce qu'une seconde, hein ! Mais s'il y avait une chose qu'il ne supportait pas, même venant de ces foutus Sangs Impurs, c'était de voir les autres être mal au point de pleurer. Lui-même avait versé des larmes bien trop souvent à son goût, et c'était une chose qu'il trouvait profondément déprimante et aussi une marque de faiblesse. Pourtant ce n'était pas là la principale raison qui le poussait à la chercher, mais plutôt que lui aussi avait reçu du courrier. La réponse que lui faisait Dosten Caligar Junior faisait trois pages et était arrivée deux jours plus tôt. Le garçon, par précaution, ne s'en était pas séparé depuis. L'homme avait eu la gentillesse de lui répondre en lui donnant de nombreux exemples concrets qui parlaient au garçon, et qui lui proposaient une version des choses qui n'était assurément pas la sienne. Drago avait d'ailleurs longuement hésité à la lire, redoutant ce que l'expert pourrait lui dire. Et si lui aussi remettait en cause l'enseignement de son père ? Que ferait-il alors ?

Mais l'homme ne remettait pas foncièrement en cause les dires de Lucius Malefoy, il exposait plutôt une autre forme de vérité qui expliquait le point de vue des Sangs Purs sur la société sorcière. Drago l'avait lu, relu, sans y croire. Ainsi, selon les dires de ce spécialiste, il était possible que les Moldus soient surprenants dans le bon sens du terme, et qu'ils se révèlent aussi bons que les sorciers. Une version que le petit blond n'aurait jamais ne serait-ce qu'accepté de lire jusqu'au bout, si moins d'une semaine plus tôt, il n'avait reçu une lettre incendiaire de ses parents, lui signalant qu'ils avaient commencé une procédure de déshéritement pour Jasper. Le garçon les avait bien trop déshonorés à leur goût, et Lucius Malefoy avait promis qu'il viendrait en personne à Poudlard s'assurer que le nom qui était le sien n'était pas trop traîné dans la boue. Ce qui signifiait simplement que Drago devait s'attendre à de la visite dans la semaine. Mais, pire que les mesures auxquelles il s'attendait depuis rentrée, c'était l'ordre de ne plus revoir son frère, de ne plus l'approcher, même, qui le terrifiait. Nul doute que les Malefoy avaient leurs espions au sein de la Maison des serpents, et que ses faits et gestes étaient transmis à sa famille régulièrement.

Tous ces changements avaient peu à peu mué le dégoût de Drago en mépris. Il n'aimait pas Granger, trouvait toujours qu'être Né-Moldu était la pire des tares, mais l'idée de laisser la fillette pleurer toute seule, dissimulée aux yeux des autres, le rendait malade. S'il ne se rendait pas auprès d'elle, ne serait-ce que pour lui lancer des méchancetés, il allait s'en vouloir. Parce que ça lui faisait bien trop songer à Jasper. Et jamais, il n'abandonnerait Jasper.

« Tu t'apitoies sur une Sang-de-Bourbe ? »

Drago s'appuya contre le mur, les yeux clos, soudain tremblant. Non, pas maintenant, pas alors que ça allait à peu près bien…

« Tu es tombé bien bas, Dray. »

« La ferme, toi. »

Il était de plus en plus mal, déjà nauséeux.

« Dray, arrête ! ARRETE ! Tu es contaminé par Edmund et Jasper ! »

« Il ne veut pas être ami avec elle, il veut juste qu'elle arrête de pleurer ! »

« Oublie-la ! Passe ton chemin, va-t-en ! Va-t-en ! »

« LA FERME ! »

Drago se boucha les oreilles avec force, vaine tentative pour faire taire les voix qui se battaient dans sa tête.

« Allez-vous en ! » grommela-t-il furieusement. « Allez-vous en ! »

Mais non, les voix ne partiraient pas comme ça, comme si elles n'existaient pas.

« Arrête ton cirque, Dray ! Dégage ! »

« Non, tu dois y aller, c'est ce qu'il faut ! »

« La ferme… » gronda Drago. « La ferme, la ferme, la ferme, la ferme… »

Et, contre toute attente, les voix se turent. Il n'y eut soudain plus rien, plus rien sinon cet écrasant silence, comme il en connaissait trop rarement dans son esprit. Un vide parfait, réel, mais pour la lutte duquel il se retrouvait épuisé, assis contre le mur, secoué de violents tremblements et couvert d'une sueur glacée.

Au bout de ce qui lui sembla des heures, Drago rouvrit enfin les yeux, légèrement tremblant, mais au moins débarrassé de ces fichues voix pour le moment. Et, bien qu'il doutât toujours autant – sinon plus ! – du bien-fondé de sa démarche, il poursuivit. Il ne reviendrait pas en arrière, ça non. Pas après avoir lutté contre les voix et en avoir triomphé. Car c'était ça qui, plus que tout, le poussait à avancer vers l'endroit d'où venaient les pleurs. Il avait tenu tête, il avait réussi à triompher ! Alors, même si cela exigeait qu'il allât au bout d'une décision insensée et stupide prise dans un instant de faiblesse, il le ferait. Et tant pis pour les conséquences. Oui, tant pis.

Il poussa la porte derrière laquelle s'élevaient les pleurs, et tiqua : il était dans les toilettes des filles ! Si jamais il se faisait prendre, il lui faudrait donner une explication, et il commença aussitôt à inventer une excuse dans laquelle il passerait pour le moins coupable des deux (Granger lui avait fait une remarque vexante et il s'était lancé à sa poursuite pour la lui faire ravaler, par exemple). En se repérant au bruit, il localisa la fillette dans la troisième cabine, enfermée depuis l'intérieur. Drago soupira silencieusement. Il était peu à l'aise avec les effusions de larmes, et le fait qu'il ne supportât pas Granger n'aidait pas, loin de là. Mais il était venu jusque là, ce n'était pas pour repartir bredouille.

Il se faufila dans la cabine voisine et avisa les quelques centimètres qui séparaient le sol et la cloison contre laquelle était appuyée Granger. Le blond avait été tellement silencieux que la fillette ne l'avait pas entendu et sursauta lorsqu'il glissa une part de tarte à la mélasse emballée dans du papier près d'elle.

« T'as pas pris de dessert » lâcha-t-il d'une voix atone en lui tendant une petite cuillère.

« Qu'est-ce que tu fais là ? T'as rien de mieux à faire que de venir te moquer de moi ? »

« Parfaitement. Allez, prends cette foutue cuillère, ça me tord le poignet. »

Avec une certaine hésitation, la fillette s'exécuta, et prit la part de tarte. Après quelques secondes de silence, elle lâcha d'une voix dégoulinante de larmes :

« Je suppose que t'as lu la lettre de mes parents, sinon tu serais pas là. »

« Hm. »

« Ils… » Elle se tut un instant, la gorge nouée à l'extrême, avant de reprendre : « Ils ont été dégueulasses… »

« Ce sont des Moldus » fit remarquer Drago.

Hermione esquissa un bref sourire à travers ses larmes, amusée malgré elle par la nonchalance de son camarade.

« Ce sont mes parents, alors arrête avec tes préjugés sur les Moldus, tu es énervant. »

« On dit 'chiant', Granger. »

« J'ai onze ans, je fais attention à mon vocabulaire. »

« Trop. Lâche-toi un peu. T'es furieuse, alors vas-y, faut bien que je serve à quelque chose, alors gueule-moi dessus un bon coup, ça te fera du bien, et on sera tranquille. »

Cette fois-ci, Hermione éclata carrément de rire. Décidément, le blond semblait décidé à la dérider, aujourd'hui !

« J'ai pas envie de te crier dessus, je suis triste, un point c'est tout. »

« Pff ! Foutue Née-Moldue ! » lâcha Drago d'un ton dégoûté.

« Merci pour la tarte. »

« Remercie plutôt ce triple idiot d'Hagrid, s'il nous avait pas invité hier, j'aurais pas su que t'aimais la tarte à la mélasse. »

« Hagrid n'est pas un idiot ! » s'énerva Hermione.

Elle venait d'oublier, durant un bref instant, qu'elle parlait à Drago Malefoy, un élève qu'elle détestait et qui la détestait. Elle ne voyait même pas ce qu'il fichait là, à lui apporter à manger et à essayer – ou du moins très bien imiter – de lui remonter le moral.

« Qu'est-ce que tu fais là, Malefoy ? »

« J'ai l'air de faire quoi ? » rétorqua le Serpentard.

« Sérieusement ! » tempêta la fillette.

De l'autre côté de la cloison, le petit serpent esquissa un rictus satisfait. Il avait réussi à la mettre en rogne, alléluia, ils faisaient des progrès !

« Je trouve ça chiant de voir pleurer les autres » grommela-t-il en se tordant les mains.

« Je suis une Sang-de-Bourbe et techniquement, tu ne me vois pas » signala Hermione d'une voix cassante.

« Techniquement » répéta Drago en singeant la fillette d'une voix haut perchée. « T'es comme Jasper toi, t'as de ces mots ! Et t'es tellement comme lui que y a qu'en te mettant en rogne qu'on arrive à te faire arrêter de chialer. Lui, faut lui trouver un truc à faire, comme battre son record de vitesse sur un balai. Tout est question d'habitude, en fait. »

Il y eut un bref silence, puis…

« C'est parce que je suis comme Jasper que t'es venu ? »

Le silence s'étira si longtemps qu'Hermione crut un instant que Drago était parti sans se faire remarquer. Mais finalement, au bout de longues minutes, il lâcha d'une voix distante :

« Je suis jamais venu, on est pas amis et on le sera pas, alors si tu dis à qui que ce soit pour la tarte, tu vas en baver à un point que tu n'imagines même pas, Granger. C'est compris, j'espère ? »

« C'est compris » répondit lentement Hermione en contemplant sa part de tarte. « Malefoy ? »

« Qu'est-ce que tu veux, encore ? » s'impatienta le blond, debout devant sa cabine.

« Merci. »

« C'est ça. »

Drago referma soigneusement la porte des toilettes derrière lui en vérifiant que personne ne pouvait le voir et il disparut dans le couloir. En tête à tête avec le reste de sa part de tarte à la mélasse, Hermione essuya les quelques larmes qui s'étaient faufilées sous la barrière de ses paupières.

°0°0°0°

« Vive la bouffe ! » claironna Ron en se jetant littéralement sur les plats que le festin d'Halloween proposait. « C'est'y pas génial ? »

Les enfants avaient passé toute l'après-midi à aider Hagrid à disposer les citrouilles, les bougies et les autres décorations typiques, comme des guirlandes d'aspect morbide que les fantômes avaient installées autour des fenêtres de la Grande Salle. Ils n'avaient pas été de trop pour décorer le château, et leur aide avait fait oublier au garde-chasse leurs questions de la veille.

A présent, alors qu'ils étaient attablés autour d'un des meilleurs festins de l'année, Harry balayait la table du regard.

« Hermione n'est toujours pas là » fit-il remarquer.

« Elle est dans les toilettes des filles, en train de pleurer – ou en tout cas c'est ce qu'elle faisait il y a deux heures » répondit Wyra. « Je suis passé la voir, et elle m'a envoyé promené. Apparemment, Klaus a fini par la retrouver et ils se sont 'expliqués' » dit-elle en mettant la phrase entre guillemets. « Du coup, quand je suis passée, elle m'a dit qu'elle avait eu assez de visites pour la journée. J'ai préféré la laisser tranquille, elle m'a dit qu'elle viendrait au repas. »

« Là j'ai des doutes » grommela Harry en avisant la porte de la Grande Salle, d'où Hermione ne surgissait pas.

« Je lui ai fait promettre » assura la jeune fille.

Mais le garçon avait un mauvais pressentiment. Il jeta un coup d'œil à Klaus, l'air désespéré, qui se comportait en véritable paria de sa table depuis le début de l'absence de Loan. Merde, Loan ! Il l'avait momentanément oublié, celui-là ! Il n'était plus là depuis un certain temps, mais Harry n'aurait su dire exactement depuis combien de temps. Mince, il fallait qu'il voit où il était passé ! Il se tourna vers Wyra, dans l'idée de lui poser la question, quand soudain les portes de la Grande Salle s'ouvrirent à la volée pour laisser passer un Quirrell visiblement en état de choc.

« Un troll ! » hurla-t-il en se précipitant vers la table de ses collègues. « Un troll dans les cachots ! Je… je voulais vous prévenir. »

Sur ces mots, le professeur s'évanouit entre les deux tables du milieu. Survint alors dans la Grande Salle une agitation qu'il ne serait pratiquement plus donné à Harry de voir durant sa scolarité. Tous les élèves hurlaient, terrifiés, et couraient dans tous les sens. Il fallut à Dumbledore crier pour parvenir à ramener un semblant de calme.

« Retournez tous dans vos dortoirs pendant que les professeurs et moi-même allons descendre dans les cachots. Les Préfets ont la responsabilité de leurs camarades, veillez à ce que tous regagnent ses appartements. Dans le calme » insista-t-il.

Aussitôt Percy héla les Gryffondors avec un air important.

« Suivez-moi, ne vous perdez surtout pas ! »

Alors qu'il quittait la table des serpents, Edmund capta le regard de son père, debout derrière la table des professeurs, qu'il décrypta sans mal. 'Rentre et NE. FAIS. PAS. D'IDIOTIES.' Le garçon voyait mal quel type d'idiotie il commettre jusqu'à ce qu'il entende Wyra lui crier depuis le rang voisin :

« Eddy ! T'as vu Hermione ? »

« Non ! » répondit le garçon sur le même ton en descendant l'escalier avec les autres serpents. « Pourquoi ? » s'inquiéta-t-il. « Où elle est passée ? »

« On sait pas ! » cria Harry, soudain très pâle, en suivant ses camarades vers les étages supérieurs.

Malgré lui, Drago leva les yeux vers les Gryffondors, submergé par une certaine inquiétude. Si jamais Granger était restée dans les toilettes, elle n'était pas au courant pour le troll et… par Merlin ! Il se tourna vers Edmund, qu'il voyait, soudain nerveux, jeter des regards dans tous les sens, à la recherche d'un moyen d'échapper au troupeau de Serpentards. Oh non… il voyait d'ici ce que cela allait donner…

« Ed, non… »

« Il faut qu'on la retrouve » rétorqua Edmund. « Si jamais elle tombe sur le troll, t'imagines ? » Il leva les yeux vers les Gryffondors et désigna à Wyra et Harry le rez-de-chaussée d'un geste de la main. Les deux autres acquiescèrent, et le serpent, que ses camarades avaient déjà dépassé, commença à remonter.

« Ed, non ! »

« On a pas le choix, Dray » répliqua son cousin d'un ton sec. « Vas-y si tu veux, mais moi je pars à la recherche d'Hermione. »

Le blond leva les yeux au ciel, en cherchant néanmoins à dissimuler son inquiétude. Pas spécialement pour Granger, mais pour Ed et lui, s'ils partaient à la recherche de la Sang-de-Bourbe. Il connaissait des trolls ce qu'il en avait lu, et l'idée d'en rencontrer un dans un avenir proche ne l'inspirait pas plus que cela.

De l'autre côté, Harry et Wyra avaient eux-aussi commencés à rejoindre le rez-de-chaussée.

« Harry ! » s'exclama Ron en le retenant par la manche. « Où tu vas ? »

« Hermione est pas au courant, il faut qu'on aille la chercher ! »

« QUOI ? » s'exclama le rouquin.

Mais devant l'air très sérieux de ses deux amis, il effaça rapidement son air effaré de son visage.

« Ok, j'arrive. »

« Alors dépêche ! » intima Wyra en dévalant les escaliers.

Les trois Gryffondors rejoignirent rapidement les cousins Serpentards et se lancèrent au pas de course dans les couloirs.

« Où elle est ? » demanda Ron.

« Dans les toilettes des filles, je crois ! » répondit Harry en montant une volée de marches qui menait au deuxième étage. « Il faut qu'on se grouille ! »

Ils négociaient leur denier virage lorsqu'Harry, qui courrait en tête, percuta de plein fouet un autre élève à peine plus grand que lui, qui venait d'un petit couloir adjacent. Sous le choc, le Survivant recula et faillit s'écrouler contre Edmund.

« Klaus ! » s'exclama Ron en l'aidant à se relever. « Qu'est-ce que tu fais là ? »

« A ton avis, Weasley ? Et ma sœur, t'as oublié ? »

Le Serdaigle, à peine debout, avisa le fond du couloir, où se trouvaient les toilettes des filles. Et ses yeux s'écarquillèrent d'effroi lorsque, comme les autres, il entendit un cri de terreur s'élever des toilettes.

« Non, j'y crois pas… » lâcha Drago, cloué sur place. « C'est pas possible… elle peut pas manquer de bol à ce point… »

« HERMIONE ! » hurla Klaus en se précipitant, les autres sur les talons.

Le Serdaigle ouvrit la porte à la volée, pour resté figé d'horreur juste après. Une erreur qui lui coûta cher, car le carrelage n'aidant pas, Ron et Harry, qui arrivaient directement après, ne parvinrent pas à freiner à temps, et percutèrent le garçon dans le dos. Wyra parvint à s'immobiliser devant les trois Première Année écroulés les uns sur les autres, et les Serpentards stoppèrent à l'entrée des toilettes. Devant eux se tenait le premier troll qu'il leur était donné de voir, et ce n'était pas avec une joie immense qu'ils se trouvaient à présent face à lui. Le troll mesurait près de quatre mètres de haut, avait une minuscule tête à l'aspect rocailleux posée sur ses épaules, une peau épaisse et grisâtre, et un air profondément stupide. Il tenait une lourde massue, aussi lourde au moins que les enfants, qu'il balançait mollement tout autour de lui. Hermione était plaquée contre le mur du fond, l'air sur le point de s'évanouir.

« EH ! GROS BALOURD ! » hurla Klaus de toute la force de ses poumons.

Mais le monstre se détournait déjà des nouveaux venus pour reporter son attention sur la fillette. Harry pointa sa baguette vers lui, mais aucun sort ne lui vint à l'esprit. Ce que ce pouvait être bête ! A côté de lui, Ron avait trouvé une autre technique : il s'empara d'un des morceaux des cabines que le troll avait détruites, et le jeta de toutes ses forces sur la tête du monstre. Mais celui-ci ne sembla même pas s'en apercevoir.

Se forçant au calme, Klaus leva sa baguette vers le troll :

« Petrificus Totalus ! » hurla-t-il.

C'était une bonne idée, certes, mais la magie du garçon n'était pas encore assez développée pour lui permettre d'immobiliser une créature de cette taille, et tous s'en rendirent très vite compte. Cependant, le troll sembla se rendre compte de quelque chose, comme un picotement très désagréable, et se tourna vers le Serdaigle en levant sa massue, menaçant. L'arme s'abattit à quelques centimètres du garçon, qui exécuta un bond de côté.

« Wyra ! » fit Harry, avec de la panique dans la voix. « T'as des sorts en stocks qu'on connaîtrait pas ? »

« Pas des masses » avoua la jeune fille, sa baguette pointée sur le troll. « GARE ! »

La massue balaya l'air tout autour du monstre. Harry, Edmund et Wyra se jetèrent au sol à temps pour sentir l'arme sifflée au-dessus de leurs têtes, Drago fit un bond en arrière pour se mettre hors de portée, et Klaus plongea dans les décombres de l'une des cabines massacrées, ce qui lui sauva la mise. Cependant, peut-être parce qu'il tentait de se souvenir d'un sort utile, Ron n'eut pas les mêmes réflexes, et la massue le percuta dans les côtes et l'envoya projeter contre le mur. Il en glissa, inconscient, un filet de sang coulant au dessus de son oreille, et se retrouva allongé près de Klaus.

« RON ! » hurla Harry.

« POTTER ! » prévint Drago avec effroi. « BOUGE ! »

Le Survivant leva les yeux et eut tout juste le temps de s'écarter avant que la massue ne s'abatte à l'endroit où il se trouvait une seconde plus tôt. Au même instant, Edmund pointa sa baguette :

« EXPULSIO ! »

Le sortilège projeta le troll contre le mur du fond – une grave erreur, comme Edmund s'en rendit compte immédiatement en entendant les cris d'Hermione. Pourtant, la fillette parvint visiblement à s'écarter à temps, car elle apparut sous les décombres des lavabos. Elle s'était presque entièrement écartée lorsque le troll se redressa en mugissant de fureur, visiblement hors de lui. Il leva sa massue, près à l'abattre sur Hermione, dont il venait d'apercevoir la présence près de lui, mais n'en eut pas le temps, car au même instant, Harry, Edmund, Klaus, Wyra et Drago levèrent leur baguette.

« INCENDIO ! »

« EXPULSIO ! »

« IMMOBILUS ! »

« GLACIUS ! »

« EXPERLIARMUS ! »

Les cinq sorts heurtèrent le troll en même temps ou presque, et la vague d'énergie qui en résultat projeta les enfants au sol.

Lorsqu'il se releva, Harry constata avec un certain effroi l'effet que les sorts combinés avaient eu sur le monstre. Fumant, raidi, la peau recouverte d'une pellicule de givre, le corps disloqué, écrasé contre le mur, le troll ne ressemblait plus à rien. Se redressant avec difficulté, Wyra inspecta la pièce.

« Tout le monde est vivant ? » s'enquit-elle à la cantonade.

« Me semble » répondit prudemment Edmund alors que Klaus se précipitait vers sa sœur qu'il serra dans ses bras, soulagé.

Harry s'approcha de Ron, toujours effondré sur les débris, inconscient. Le Survivant tremblait un peu, la gorge nouée par l'angoisse, en prenant le pouls du rouquin. Il sentit le soulagement le submerger lorsqu'il le perçut. Il lui parut précipité, mais il était là, c'était le principal.

« C'est bon ? » s'informa Hermione d'une voix tremblante.

« Je crois » risqua Harry. « Mais il faut le conduire à l'infirmerie le plus vite possible. Il fait aller chercher les profs ! » ajouta-t-il en se redressant, près à partir.

Mais Drago, qui s'était approché, se pencha pour voir le couloir par la porte restée ouverte et secoua la tête.

« Pas la peine, ce sont eux qui arrivent. »

En effet, quelques secondes plus tard, McGonagall, Rogue, Flitwick et Quirrell franchirent la porte avant de s'immobiliser, stupéfaits et un peu horrifiés, devant le spectacle qu'offrait le troll.

« Wyra ! » s'exclama la directrice des Gryffondors. « Que c'est-il passé, par Merlin ? »

La jeune fille se tourna vers les autres, incertaine puis, jugeant que l'air courroucé de sa tante n'avait pas vraiment le même poids que l'habituel et que la situation n'était elle aussi pas très habituelle, elle finit par lâcher d'un ton dégagé :

« Hermione a eut un coup de blues dans l'après-midi, et elle était venue se réfugier ici. Du coup elle savait pas pour le troll, alors on est venu la chercher. C'est pas notre faute si on est tombé sur le troll, quand même ! »

« Tous ? » fit remarquer Rogue.

« Bah oui, pourquoi ? » rétorqua Edmund avec évidence.

Les deux Rogue s'affrontèrent du regard jusqu'à ce qu'Harry s'exclame avec angoisse :

« Professeurs, Ron a été blessé ! Il faudrait qu'il aille à l'infirmerie ! S'il vous plaît ! »

Les enseignants avisèrent le rouquin et, d'un coup de baguette, Flitwick le fit se soulever du sol.

« Je m'en occupe. »

Le minuscule sorcier s'éloigna avec le jeune Weasley tandis que Minerva et Severus foudroyaient du regard leurs protégés respectifs.

« Je retire dix points par personne » annonça la lionne en les regardant tour à tour. « Vous auriez dû venir nous avertir tout de suite au lieu de tenter de vous en charger vous-mêmes. Vous auriez pu être tués ! »

« On est vivant » objecta Wyra. « Et en plus, ça m'étonnerais que ce troll nous pose à nouveau des problèmes. »

Mais visiblement, sa tante n'était pas d'humeur à supporter ses traits d'humour. Elle se tourna vers le maître des cachots.

« Je crois que vous conviendrez avec moi qu'ils ont été parfaitement insensés ? »

« Parfaitement » gronda Severus en dardant sur son fils et son filleul un regard porteur des pires menaces.

« Eh, on va bien ! » fit remarqué Edmund.

« Et on a fait du bon boulot ! » enchaîna Wyra. « Bon, ok, va falloir refaire les toilettes, et je crois qu'un bon chocolat chaud c'est le minimum que vous puissiez nous filer en guise de récompense, mais on vous a quand même faire gagner du temps, si vous voulez mon avis. »

« On te le demande ? » rétorqua machinalement Drago, sans y penser.

Tous se tournèrent vers lui, surpris voire médusés.

« Ben quoi ? »

Minerva s'apprêtait à dire quelque chose, mais les regards croisés des enfants l'en empêchèrent, car à cet instant un mince sourire se fraya sur les lèvres de tous, qui se mua lentement en un rire nerveux.

« Change un peu ton disque, il raye » répliqua Wyra en se plaquant une main devant la bouche pour tenter de dissimuler le rire qu'il la secouait.

« C'est vrai, t'avais déjà cette réplique l'autre jour » fit remarquer Edmund.

« T'es dans quel camp, toi ? »

« Pas celui du Serpent Mort-Vivant, visiblement » dit Harry.

« La ferme, Potter ! »

« Dray, zen » intima Hermione en essuyant quelques larmes à la va-vite.

« Pour toi, Miss Je-Sais-Tout, c'est 'Malefoy' ! »

« Drake, du calme » dit doucement Edmund.

« Oh, le Serpent Railleur, je t'ai rien demandé ! » rétorqua Drago. « Eh, Miss WSSC, c'est quoi ce délire avec tes noms bizarres, j'arrive pas à les oublier, c'est la cata ! »

« C'est WMSSEC : Wyra Magnifique et Sublime Sorcière En Chef ! »

Et, sans que les trois adultes présents n'y comprennent quoi que ce soit, le rire des enfants enfla et bientôt tous se retrouvèrent pliés en deux, secoués d'un fou-rire incontrôlable…