Bien le bonjour, assidus lecteurs.
Tout d'abord, nom d'un Sorceleur, quel est ce déferlement de lectures sur le dernier chapitre ? Zêtes des malades ! Vous voulez me filer une syncope ou quoi ?
Voici donc le chapitre 7 des Liens du Sang. Déjà le septième chapitre. Ca va vite, dites donc. Les mots coulent encore et encore, de mon esprit tortueux jusqu'à mon fidèle PC, et avant d'avoir eu le temps de dire « balançoire », ils sont déjà 25000.
Donc merci à vous tous pour la motivation que vous me donnez.
Chers reviewers, à présent suivez-moi dans cette merveilleuse section qui vous est dédiée. Venez ! Allons courir dans les prés !
dry1410 : [Zombie Mode Activated] : « Pizzaaaaaaa ! ». Tarte aux pommes… [Shin Mode Activated] : « C'est des Granny Smith ? ». Merci pour ta review, chère VIP !
fiction-mikana : Et oui j'ai succombé à l'appel du flash-back. J'le re'frais plus m'dame ! ;) Merci beaucoup pour ta review !
Miss Otaku Nacht : Non d'un Dragibus, quel roman ! Merci d'avoir prit le temps d'écrire tout ça ! Et du coup je vais répondre à tout ! Oui Madame ! Parce qu'il n'y a pas de raison ! Merci pour ton appréciation sur les noms, et figure-toi, ma chère, que pour ton interprétation du nom de Bob, tu as tapé dans le mille ! C'est exactement comme ça que j'imagine les choses. Je ne pense pas développer ça dans cette fic, mise à part une allusion par-ci par-là, mais c'est un headcanon qui me plaît beaucoup. Pour Shin… moi ? Un plot twist ? Naaaan, ce n'est absolument pas mon genre. J'aime les fics calmes et sereines. Avec des papillons et des lendemains qui chantent. Pour la partie souvenir, contente qu'elle t'ait plu ! J'ai beaucoup aimé la raconter du point de vue d'un des quatres. Je ne voulais pas faire un bête flash-back. Quant à Lumelle… et oui, elle n'a pas osé leur dire. Elle a dû avoir peur qu'ils renoncent, après tout, elle ne les connaissait pas… mais à présent qu'elle les connait mieux, elle peut tout leur dire…Du coup, merci encore pour ta review, ma chère Ota !
Evig Morder : Merci d'avoir prit le temps de poster cette review, malgré ton manque de temps ! Oui j'ai beaucoup aimé écrire le passage sur Bob bien blasé mais toujours badass (J'ai beaucoup de mal avec les fics qui le décrivent faible et fragile de manière totalement gratuite). Quant à la suite, et bien regarde un peu plus bas, elle est juste là ;). J'espère qu'elle te plaira !
Ailane : Bienvenue à toi et merci pour ta première review qui m'a rendue toute soyeuse ! Tous ces compliments, ahlalala c'est troooop ! Merci pour la détection de la coquille je corrige ça ! Sers-toi donc un cookie.
Comme toujours, un grand merci également aux followers, fav et lecteurs.
Comme d'habitude, je précise qu'Aventures ne m'appartient pas.
Comme à chaque fois, après cette prose abondante, voici venir le chapitre.
Que la lecture vous soit agréable.
Chapitre 7 : Tiens-toi tranquille.
Les quatre compagnons s'étaient glissés le plus discrètement possible dans le manoir, ayant découvert une porte donnant sur une arrière-cour facilement accessible. Rien n'était verrouillé, malgré la nuit tombée, et ils n'avaient détecté aucune protection, magique ou non, ce qui augmentait leur méfiance. Ce n'était pas comme l'Eglise des Enfers. Ils ne pouvaient pas se permettre d'ouvrir la grande porte et foncer dans le tas. C'était la demeure d'Enoch, et ils aimeraient éviter une confrontation avec le démon autant que possible.
Le manoir était plongé dans un silence oppressant. Pour faire le moins de bruit possible, Théo avait enveloppé les jointures de son armure de chiffons, et Grunlek en avait fait de même avec son bras. Ils débouchèrent dans le grand hall avec ses escaliers qui montaient vers les étages. Et d'autres descendaient plus bas. D'un commun accord, ils prirent logiquement les escaliers menant aux niveaux inférieurs. Le bruit des pas lourd de Théo et Grunlek et de ceux plus feutrés de Lumelle résonnait doucement sur les marches, tandis que Shin ne produisait aucun son, silencieux comme une ombre. Tous étaient sur le qui-vive, surtout le Paladin qui pouvait ressentir de l'énergie démoniaque en dessous d'eux. Son bouclier commençait à émettre une légère lueur qui semblait pulser comme un cœur vivant. Instinctivement, il resserra sa prise sur la poignée de son épée.
En arrivant au bas des escaliers, ils débouchèrent sur une cave. Des denrées étaient entreposées un peu partout, et des bouteilles de vin s'alignaient le long des murs, prenant de l'âge. Lumelle eu un sourire ironique. Visiblement, Enoch n'avait pas changé d'un iota. Il appréciait toujours autant de vivre dans l'opulence.
Cependant, un premier problème se posa à eux : la cave ne laissait aucune autre sortie visible que celle par laquelle ils étaient entrés.
-Apparemment, c'était un mauvais choix, chuchota Grunlek qui s'apprêtait à faire demi-tour pour remonter.
-Non, rétorqua Théo également à voix basse. Mon bouclier est formel, il y a de l'énergie magique en dessous de nous. Et pas de la magie divine, si vous voyez ce que je veux dire.
-Il y a probablement un passage secret, déduit Lumelle. Cherchons.
Ils passèrent plusieurs minutes à passer la cave au peigne fin, examinant la moindre irrégularité dans les murs, déplaçant le moindre tonneau. Jusqu'à ce que le regard affuté et expérimenté de Grunlek ne repère un mécanisme inhabituel sous une étagère de chêne. L'Ingénieur étudia l'appareil et se releva, puis examina l'étagère. Après quelques minutes, il sentit dans le bois dur une anfractuosité sous ses doigts organiques. Il appuya, et un cliquetis se fit entendre. L'étagère pivota alors sur elle-même, dévoilant une ouverture grossièrement taillée dans le mur, et un escalier qui s'enfonçait dans les ténèbres. Alertés par le bruit Théo, Shin et Lumelle, s'approchèrent.
-Bien joué, Grun, chuchota Théo.
-C'est de la technologie naine, un jeu d'enfant pour moi, répondit Grunlek avec un sourire en coin.
Ils progressèrent dans les escaliers, Théo fournissant de la lumière en faisant briller son armure. Ils arrivèrent bientôt en bas, et devant eux s'étirait un long couloir sombre, avec des portes solides alignées le long des murs.
-Des cellules, grogna Shin de dégoût.
-Allons-y, enjoint Lumelle d'une voix tremblante d'inquiétude.
Ils fouillèrent chacune des cellules sur leur chemin, mais aucune trace de Bob. Lumelle se sentit mal à l'aise. Elle refusait de croire qu'Enoch, s'il se trouvait bien ici, ne puisse pas être au courant de leur venue. Pourquoi donc n'était-il pas intervenu ? Qu'attendait-il au juste ? Elle se sentait constamment observée, épiée. Elle se retourna, sondant le tunnel sombre de ses yeux méfiants, mais ne vit rien. Grunlek, qui avait observé son manège, scruta à son tour les ténèbres. Ne voyant rien, il sourit à Lumelle d'un air rassurant et lui fit signe de les rejoindre. La femme obtempéra, mais elle ne pu chasser la sensation désagréable qui lui nouait l'estomac.
Un silence de mort régnait sur les souterrains. L'atmosphère renfermée et oppressante commençait à donner des sueurs froides à Shin, qui supportait difficilement ce genre d'endroit. Néanmoins, le demi-élémentaire refusa de laisser ses peurs lui dicter sa conduite. Il secoua la tête pour chasser ses idées noire et continua d'avancer.
Toutes les cellules étaient vides. Sauf une. La toute dernière, à la porte la plus solide. Théo posa la main sur la poignée, s'attendant la trouver fermée. Il n'en fut rien. Les gonds huilés pivotèrent sans opposer de résistance et la porte s'ouvrit. Ils échangèrent tous un regard et s'avancèrent, le cœur battant. Devant eux se trouvait un lit et une table. Et scellées au mur du fond se trouvaient des chaines de tout évidence magique. Mais elles ne retenaient personne. La pièce était vide.
Un mouvement feutré se fit entendre derrière eux, comme un bruissement d'étoffe.
« Un piège ! » Comprit immédiatement Théo.
Il n'eu que le temps d'attraper Lumelle et l'entraîner dans la pièce, tandis que Grunlek faisait de même avec Shin, ayant aperçu le danger de ses yeux perçants.
A la seconde d'après, une explosion se produisit dans le couloir, projetant des gerbes de flammes jusque dans la pièce où ils s'étaient réfugiés, pulvérisant la porte qui ne fut plus qu'un amoncellement de fer et de bois brûlé. Plaqués contre le mur, les quatre amis s'en sortirent indemne. Grunlek reconnu avec horreur l'aura particulière que dégageaient ces flammes et tourna un regard affolé vers le Paladin.
-Théo ! C'est…
-Je sais ! Coupa Théo, furieux. Bob ! Hurla-t-il ensuite. Arrête, crétin, c'est nous !
Quelqu'un lui répondit, mais la voix n'était pas celle de leur ami. C'était une voix plus grave, moqueuse et méprisante.
-Navré Inquisiteur, mais votre ami n'est malheureusement pas en possibilité de vous répondre. Je vous dirais bien de repasser plus tard, mais je m'en voudrais de troubler ces retrouvailles… enflammées.
Si la situation n'avait pas été aussi grave, le Paladin aurait levé les yeux au ciel devant la facilité de la blague. Même Bob n'aurait pas osé la faire, celle-là. Il ravala néanmoins ses répliques sarcastiques – il aurait tout le temps de les lui dire une fois qu'il lui aurait planté son épée en travers de la poitrine – et risqua un regard par l'ouverture dans l'espoir d'identifier la menace.
L'homme qui avait parlé était de constitution solide et se tenait au milieu du couloir, sûr de sa supériorité. Il portait une chemise richement brodée et on pouvait voir ses muscles noueux rouler sous sa peau à chacun de ses mouvements, démontrant une maîtrise des arts du combat. Mais ce qui attira le regard du Paladin furent ses yeux écarlates aux pupilles fendues. Il arborait un sourire d'anticipation. Le sourire d'un prédateur qui sait que ses proies sont prises au piège et ne peuvent plus lui échapper.
Et à côté de lui se tenait une silhouette grande et mince – très mince – que n'importe lequel des trois aventuriers reconnaîtrait entre mille. Tout trois frissonnèrent. Leur ami était pratiquement méconnaissable. Disparue, la familière robe de mage rouge qui faisait la fierté du pyromage. Bob était à présent tellement maigre que la chemise et le pantalon de jute qu'il portait flottaient sur lui comme les draps d'un fantôme. Emacié, son visage était irrégulièrement recouvert d'écailles. Ses yeux étaient entièrement rouges et incandescents tandis que ses dents ressemblaient plus à des crocs et ses ongles à des griffes. Sa respiration était erratique et sifflante et ses mains étaient agitées de soubresauts.
Grunlek serra les dents. Etaient-ils arrivés trop tard ?
-Qu'est-ce que tu lui as fait, saloperie ? Cracha Théo, furieux.
-Je n'ai fais que lui fournir les armes dont il aurait besoin contre vous, et contre son père, répondit leur adversaire. Ce n'est pas très bon pour lui, je le crains, mais je n'en ai cure. Il est grand temps qu'Enoch descende de son piédestal. Il semble porter à son fils une étrange affection, quand bien même j'ignorais qu'un Diable puisse en avoir. Mon propre père ne m'en a jamais témoigné, d'ailleurs, mais qu'importe. Mais ce sera cette faiblesse qui causera sa chute. Son engeance fera une excellente arme contre lui. Et il est temps qu'il s'entraîne un peu.
A ces mots, il donna une légère poussée dans le dos de Bob, qui se raidit, tendit les paumes devant lui et projeta une boule de feu vers leur cachette. Une explosion se produisit, ébranlant les fondations du manoir, tandis que Théo et Grunlek plongeaient sous leurs boucliers respectifs tout en protégeant les deux autres.
-C'est décidé, je vais définitivement le buter, gronda l'Inquisiteur entre ses dents.
-La ferme, Théo, répondit Grunlek sur le même ton. On est là pour le sauver, et rien d'autre.
- Il essaye de nous incinérer, je te signale ! Qu'est-ce que tu veux que je fasse d'autre ?
-Et ben tu l'assommes ! Il me semble que tu es plutôt doué pour ça, non ?
-Avec mon bouclier, oui, je sais faire !
-Tu ranges ça tout de suite !
Shin poussa un soupir. Ces deux-là avaient trouvé le moment parfait pour se crêper le chignon. Une seconde explosion se produisit et des fragments de pierre commencèrent à tomber du plafond. Mieux valait en finir rapidement.
-L'ennemi, c'est l'autre demi-diable, Inquisiteur, intervint Lumelle. Il faut les séparer, et je pourrais alors lancer mon rituel. Mais je vais avoir besoin de quelqu'un pour immobiliser Octavius d'abord.
-Je m'en charge, approuva Grunlek en saisissant par réflexe son bras mécanique de sa main organique.
-Très bien, décréta Théo. Shin et moi on s'occupe de l'autre enfoiré. C'est le moment de voir si notre préparation a porté ces fruits, ajouta-t-il à l'adresse de Lumelle.
Celle-ci répondit par un hochement de tête déterminé. Le Paladin dégaina son épée et raffermit sa prise sur son bouclier. Il retira les chiffons qui masquaient le bruit de son armure, devenus inutiles, et entendit Grunlek en faire de même pour ceux autour de son bras. Puis il se mit à réciter calmement et à voix basse des versets de la Lumière. Son bouclier frémit et une lueur irisée l'enveloppa comme un voile. Shin généra deux flèches de glaces dans chaque main et en encocha une d'un geste précis. Tout deux se lancèrent un regard indiquant qu'ils étaient près. Lumelle et Grunlek se tinrent près derrière eux.
Lorsque la dernière salve de flammes se tarit, Théo bondit par l'encadrement de la porte, Shin derrière lui. Devant eux, Bob répliqua immédiatement par un nouvel Enfer sur Terre. L'Inquisiteur mit son bouclier devant lui, tandis que Shin se plaça derrière lui.
Le feu rugit dans leur direction comme un monstre affamé. Lorsqu'elle atteignit le bouclier, la vague de flammes se sépara, comme tranchée en deux, passant de chaque côté sans leur faire de mal. Théo grimaça, la sueur perlant sur son front, sentant le contrecoup énergétique que lui réclamait son enchantement, mais il tint bon et continua d'avancer. Furieux, Bob intensifia son pouvoir. Le feu gagna en intensité, et la chaleur dans les souterrains devint presque insupportable. Petit à petit, le Paladin sentit son pouvoir faiblir et sa psyché se vider. Son bouclier chauffé à blanc commença à lui bruler le bras et la main.
Sentant la fatigue de son compagnon, Shin décida d'agir. Se concentrant sur son pouvoir, il invoqua une légère pellicule de glace qui vint recouvrir ses mains et ses bras. Se décalant légèrement, ignorant les flammes qui lui léchaient les bras protégés temporairement par la glace, il tira une flèche en direction de Bob.
Le demi-diable vit la flèche venir vers lui. Il l'évita en se décalant sur le côté, mais cette inattention brisa sa concentration et le jet de flammes s'arrêta.
Shin pu ainsi en profiter. Les flammes s'étaient à peine évanouies qu'il décochait deux flèches coup sur coup en direction de l'acolyte de Bob. Celui-ci les évita d'un mouvement souple et agile. Mais cela leur offrit l'ouverture dont ils avaient besoin. Profitant de la diversion offerte par son ami, Théo bondit en avant, droit sur Bob. Le demi-diable ne pu faire un geste que le Paladin le saisissait par le col et le projetait derrière lui.
Droit vers Grunlek et Lumelle.
Profitant de cette occasion inespérée, le nain décida de ne pas faire dans la dentelle. Il lança son bras grappin qui s'étira en direction de Bob, qui était tombé à terre, avec un sifflement métallique. La main mécanique l'agrippa par le bras et le traina au sol aux pieds du nain. Avant qu'il ne put faire quoi que ce soit, Grunlek se jeta sur lui et l'immobilisa et l'entourant de son bras grappin. Le demi-diable se débattit en hurlant de rage, mais le nain tint bon.
L'autre demi-diable tenta d'intervenir, mais il ne pu passer la véritable muraille que formaient un Paladin de la Lumière et un demi-élémentaire d'eau manifestement très énervés.
Grunlek recula en entrainant son ami vers une cellule sur le côté, suivi de près par Lumelle. Le nain grimaça. Malgré sa maigreur et son état, Bob déployait une énergie incroyable à tenter de se dégager de sa poigne. Comprenant que ces efforts étaient vains, le demi-diable cessa soudain de se débattre. A la place, une lueur mauvaise s'alluma dans son regard rougeoyant, et Grunlek vit alors des flammèches apparaître le long de ses doigts. Une boule de feu jailli alors de la main droite du pyromancien et explosa au milieu de la pièce, les projetant tous contre les murs, avec des brûlures en prime pour le nain et la femme.
Le demi-diable tenta à nouveau de se libérer mais rencontra à nouveau la résistance de son adversaire. Malgré la violence de l'impact, l'Ingénieur ne l'avait pas lâché, sachant que s'il le faisait, c'en était fini. Furieux, Bob voulu générer une nouvelle boule de feu dévastatrice.
-Non, certainement pas, siffla le nain entre ses dents.
Juste à temps avant qu'il ne déclenche une nouvelle catastrophe, le nain réussi à lui attraper les poignets de sa main organique et de celle mécanique dont le bras étiré maintenait toujours le demi-diable sous son emprise.
-Lumelle ! Hurla Grunlek. Maintenant !
La femme s'était relevée, ignorant la douleur des brûlures que son propre fils lui avait infligées. Elle s'avança vers eux, en colère et décidée à en finir.
Comprenant ce qui allait se passer, Bob se mit à crier dans une voix qui n'était pas la sienne, perçante, haineuse et pourtant étrangement suppliante.
-Non ! Je ne veux pas y retourner ! Laisse-moi sortir ! Ne m'enchaîne pas à nouveau !
Lumelle se contenta se s'agenouiller devant lui, le regard déterminé.
-Rend-moi mon fils, démon, siffla-t-elle de fureur.
Elle posa ses mains doucement sur les tempes de Bob, et rapidement se mit alors à psalmodier des incantations impies de l'Eglise des Enfers. Le demi-diable poussa un hurlement de fureur et de haine et se débattit de plus belle. Imperturbable, Lumelle poursuivi son rituel, ses yeux doux plantés dans ceux inhumains de son fils. Lorsqu'elle termina, elle ne put s'empêcher de glisser quelques mots à son oreille, qu'elle était sûre que Lui les entendraient.
-Reviens, mon grand, chuchota Lumelle. Ne le laisse pas gagner. Tes amis ont besoin de toi.
Bob ferma les yeux et se tendit brusquement, poussant des gémissements de douleurs entrecoupés d'inspirations brusques. Dans la tempête qu'était son esprit, enchaîné par sa propre conscience, il se sentit investit d'une force nouvelle. Il connaissait ce pouvoir, pour l'avoir ressentit deux fois dans sa vie. Il banda alors son esprit et sa volonté et d'une impulsion unique et puissante, il repoussa les ténèbres qui l'étouffaient. Les chaînes mentales qui l'entravaient tombèrent à terre, inefficaces.
Son démon se tenait devant lui, se prenant la tête à deux mains, luttant contre cette force extérieure qui voulait l'enfermer à nouveau. Bob se redressa lentement et inspira à fond, se délectant de cette énergie extérieure à la fois maudite, mais aussi douce et rassurante. D'un mouvement, il bondit et se jeta sur son double démoniaque. Il le plaqua au sol avec une force qu'il n'était pas sensé posséder, et à son contact, des chaînes noires naquirent de ses mains et s'enroulèrent autour du démon, l'immobilisant au sol, vaincu et sans pouvoir.
Bob se releva et contempla la créature à terre. Cette chose étrange qui était à la fois lui, et pas lui. Identique, comme le reflet parfait d'un miroir. Leur seule différence était leurs yeux. Mais ne dit-on pas que les yeux sont les fenêtres de l'âme ? Âme, esprit… ces mots semblaient tellement vides de sens pour un demi-démon. Deux esprits pour une âme… à moins que ce ne soit l'inverse.
« Les deux faces d'une même pièce, hein ? » Pensa-t-il avec un sourire de dérision.
Son démon lui lança un regard brulant de haine, luttant contre ses liens.
-Tu crois peut-être que cela suffira à me retenir ? Tu sais aussi bien que moi que je suis bien plus puissant que la dernière fois où ce tour pathétique a été utilisé. Tu n'es qu'un idiot. Lorsque je briserai à mon tour mes chaînes, je m'emparerai définitivement de ce corps qui me revient de droit.
-Et je serais toujours là pour te combattre. En attendant, tiens-toi tranquille. Je parie que tu as causé un merdier pas possible, là dehors.
Il tourna les talons et referma cette porte de son âme, tout en se doutant qu'il aurait bientôt à la rouvrir.
Petit-à-petit, le demi-diable cessa de se débattre dans les bras de Grunlek, qui laissa échapper un soupir de soulagement. Les écailles commencèrent alors à se rétracter du visage de Bob jusqu'à disparaître totalement et ses dents reprirent une forme normale. La tension de ses muscles disparu aussi soudainement qu'elle était venue et il s'affaissa dans les bras du nain qui cessa de le maintenir et laissa son bras mécanique revenir à une forme normale.
Ce fut le silence, presque suspendu dans le temps, entrecoupé par la respiration régulière de Bob. Le nain le déposa doucement au sol, Lumelle continuant du lui tenir la tête.
Bob rouvrit alors lentement les yeux, et ses pupilles redevenues rondes et de la couleur chocolat si se posèrent sur le visage en face de lui. Malgré cela Lumelle ne put détacher ses mains du visage de son enfant. Comme si elle craignait que si elle le faisait, il rebasculerait dans la folie.
Bob mit du temps à se rendre compte de la situation. Instinctivement, ses mains se portèrent sur celles qui lui touchaient les tempes. Il finit par se rendre compte de qui était la personne devant lui. C'est alors que, comme une bourrasque entrant par une fenêtre que l'on aurait ouverte, les souvenirs de ce qu'il s'était produit pendant sa possession par son démon le frappèrent de plein fouet.
-Maman… balbutia-t-il d'une voix éraillée par ses hurlements. Je suis désolé…
-Ne t'inquiète pas, ce n'était pas de ta faute, murmura doucement sa mère.
-Mais j'aurais pu… J'ai failli… Je suis désolé…
Bob était visiblement en état de choc, horrifié par ce qui aurait pu se produire, mais aussi furieux contre lui-même. Son regard se posa sur les brûlures qui marquaient les bras et les vêtements de Lumelle et il serra les mâchoires.
-Du calme, Bob. Vas-y doucement, tu es dans un sale état.
La voix venait de derrière lui. Grunlek se tenait derrière lui et l'observait de ses yeux rieurs, faisant fi de ses blessures. Le pyromage remarqua aussi sa peau parsemée de brûlures.
-Grun, dit-il de sa voix cassée. Merci. Et désolé pour ça, vieux.
Grunlek eu un petit rire joyeux. Il avait retrouvé son ami vivant, et il se fichait royalement du reste.
-Ce n'est pas la première fois que tu m'immoles par le feu, Bob. Alors une de plus ou une de moins… Ne t'inquiète pas, je m'en remettrais.
Le pyromage rit à son tour, soulagé de mois de souffrance et de combat. Soulagé d'être en vie.
Mais revenant au présent, son visage se durcit.
-Il reste encore quelque chose à faire.
Du côté de Théo et Shin, ça ne se passait pas très bien. Furieux d'avoir vu sa carte maîtresse lui être enlevée, le demi-diable avait rivalisé de sorts et de coup plus vicieux les uns que les autres. Il avait invoqué une armure des Ombres qui le rendait insensible à leurs coups, déviant flèches de glace et épée de la Lumière comme un mur d'acier stoppant un vulgaire bâton. De son corps jaillissaient des ombres étirées comme des fouets, qui tentaient de les frapper, aussi vives que des serpents. Ces Ombres étaient tantôt inatteignables comme de la fumée, tantôt tangibles et tranchantes comme des lames, ou lourdes comme des masses. Elles étaient totalement soumises à la volonté du demi-diable des Ombres.
Les deux aventuriers s'étaient vu infliger de nombreuses petites blessures, qui, bien que superficielles, les handicapaient dans leurs mouvements. Leur ennemi semblait jouer avec eux comme un chat avec une souris, attendant que ses proies ne s'épuisent.
Le Paladin et l'Archer tentaient quant à eux de déceler une ouverture dans la défense du demi-diable qui s'était révélée jusqu'à présent impénétrable, quels que soient leurs efforts. Tout deux bondissaient dans tous les sens pour éviter les Ombres que la créature lançait sur eux. Mais tous les deux faiblissaient à vue d'œil. La situation semblait inextricable. Théo comprit qu'il n'avait pas le choix. Il allait devoir y recourir. Il avait espéré qu'il n'aurait pas eu à l'utiliser aussi tôt, mais les circonstances ne lui laissaient pas le choix. Cependant, il avait besoin de temps. Il croisa le regard épuisé de Shin qui semblait être arrivé à la même conclusion que lui.
Le demi-élémentaire lui adressa un hochement de tête et rangea son arc avant de générer un poignard de glace dans chaque main et de se ruer sur leur ennemi. Il évita les fouets d'Ombre avec agilité et frappa à un point précis sur le corps sombre de leur adversaire. Malheureusement, cette attaque échoua comme les précédentes contre l'armure d'Ombre générée par le demi-diable. Néanmoins, cette attaque eue pour effet de concentrer sur lui l'attention de leur adversaire. Celui-ci lança ces Ombres contre l'Archer, qui fit de son mieux pour les esquiver. L'une d'entre elles lui érafla le flanc, mais sans gravité. Le demi-diable continua d'attaquer, ses Ombres dessinant un ballet mortel et macabre, tandis que Shin virevoltait entre elles, semblant presque danser.
Mais le demi-élémentaire se fatiguait vite. Trop vite. L'un des fouets réussit à se frayer un chemin par son angle mort et le frappa dans le dos comme un coup de massue. Shin entendit ses côtes craquer sous l'impact, qui le projeta violement au sol. Serrant les dents sous la douleur, étourdit, il tenta de reprendre ses esprits au plus vite. C'est alors qu'il sentit son instinct l'avertir d'un danger imminent. Par pur réflexe, il roula sur le côté, poussant un cri de douleur lorsque ses côtes malmenées protestèrent. A la seconde d'après, un fouet d'Ombre s'abattit à l'endroit où il se trouvait, faisant se fissurer la pierre.
Malheureusement, Shin ne pu aller plus loin, car un fouet s'enroula autour de sa jambe, l'empêchant de s'enfuir, tandis que d'autres s'élevaient au dessus de lui, tels des cobras près à frapper.
Cet à ce moment précis, où Shin voyait la mort descendre sur lui comme un voile de ténèbres, une lumière éblouissante envahit le souterrain, si bien que le demi-élémentaire dû se protéger les yeux. Lorsqu'il les rouvrit, les fouets d'Ombre avaient disparu. Et devant lui, son ennemi était bloqué, enfermé au milieu d'un sceau qui s'étendait au sol, brillant d'une lumière dorée, tracé de traits multiples et de runes mystiques qui étaient apparus au sol. Le demi-diable était libre de ses mouvements, ainsi que ses ombres, mais il ne pouvait pas sortir du piège dans lequel il était tombé, tel des miasmes enfermés dans une bouteille.
Un rire victorieux rompit le silence. Les deux adversaires se retournèrent pour découvrir Théo agenouillé au sol, ses deux mains plaquées contre la pierre froide. Les tracés lumineux semblaient pulser à son contact, reconnaissant l'aura d'un envoyé de la Lumière. Le Paladin envoya au demi-diable un sourire carnassier.
-On a mit des jours à mettre ça au point avec Lumelle. Je le réservais à Enoch, mais tant pis. Assez perdu de temps, c'est toi qui va payer pour lui, demi-diable.
Cette réplique de Lumelle, lorsqu'elle s'adresse au démon de Bob, est inspirée d'un passage de l'un des chefs-d'œuvre de Hayao Miyazaki : Princesse Mononoké.
Le reviewer est glorieux.
Comme le score de la France à l'Eurovision 2016. Cette année est une année faste. On a fini dans le top 10 ET on est devant les anglais. Joie et paillettes.
Une review, c'est donc de la joie et des paillettes. CQFD.
