J'avais prévu de vous poster un tout autre OS qui remettait en scène Tracey, Daphné, Blaise et Théo. Avec genre presque de l'action et tout. Presque.

Sauf que bon. Je suis assez lancée sur les Greengrass en ce moment, et puisque vous avez eu droit à une esquisse de l'enfance d'Astoria, il me semble naturel de poursuivre avec celle de Daphné. Et je n'ai pas besoin de vous répéter encore tout l'amour que j'éprouve pour elle. Ceux qui ont lu Chers Oiseaux trouveront en approfondi ce que j'avais esquissé sur son enfance.

Un immense merci pour vos reviews : Selemba, Orlane Sayan, xxShimyxx, Inkfire, AydenQuileute et Lil's C !

Disclaimer : Tout appartient à JKR.

Thème : #26 - Lueur antisolaire

Rating : K+

Bonne lecture !


Elle avait grandi sur une plage. Ecume vivante, elle s'était abritée dans les coquillages et avait orné ses cheveux de soleil. Elle avait gonflé ses paupières d'ambroisie, s'en était nourrie. Pelotée aux rochers, ronronnante, chantante, elle avait longtemps omis le réveil, tombant épuisée sur le sable quand l'heure venait. Elle s'était faite braise, flamme, arme. Elle s'était métamorphosée.

Lorsque les rayons s'apaisaient, lorsqu'ils laissaient l'obscurité régner, c'était elle, l'Aurore aux doigts de rose, qui s'embrasait. Elle était la relève, le jour volé – la préférée. Elle allait distribuer des fleurs à tout ceux qui passaient. Parfois, au bord des plages, elle s'asseyait et alors ils la regardaient, des hommes et des femmes, des natifs et des étrangers, s'émerveillaient :

« Elle sera si belle ! Il vous faudra toujours la surveiller. »

Son père souriait. La grâce le rendait fier et elle en était son incarnation, sa perfection.

Daphné.

Tantôt Hélène, tantôt Médée, elle était la beauté magicienne, la dévoreuse, l'enfant joyeuse. Une brindille flambée de minuit. Une ramure du passée, une rainure, écorchure, une princesse gâtée. Sublimée. Elle lâchait par vague son corps à l'eau, elle allait se draper de plumes d'oiseaux. Elle avait dans la gorge la joie comme d'autres portaient sur leur peau le désarroi des villes pluvieuses. Comme cette sœur qu'elle ne comprenait pas. Comme cette mère qu'elle croisait parfois.

Ces inconnues aux allures de fantômes existaient dans un lointain recouvert de mer. Il arrivait qu'au jour levé, elles la rappelassent, vieilles sirènes ou harpies, d'un chant marin qui recouvrait le monde. Daphné s'approchait alors du rivage. Elle cherchait l'horizon, tentait de discerner la terre d'où elles étaient originaires mais il n'y avait rien, rien à faire. Mère et sœur étaient des formes creuses. Des aboyeuses.

Elles appartenaient à l'illusion. Aux mondes vivants, aux rues de ciment, maisons serrées, foules pressées, cris omniprésents. C'était à croire que rien jamais ne s'arrêtait, qu'il n'y avait pas un coin de terre pour se poser, se reposer, s'abandonner. Lorsqu'une fois par année son père la ramenait quelques semaines en Angleterre, l'enfant s'agaçait. Elle devenait l'odieuse, la vénéneuse. Morose, elle donnait la sensation de se noyer. Aux repas, elle observait avec dédain la porcelaine et jetait l'argenterie par terre. Les coudes sur la table, en tailleur sur sa chaise, elle jouait le rôle de la sauvage jusqu'à en agacer les portraits. Ils conspiraient en russe sur son passage et ces mots étranges dont le sens lui échappait la captivaient. C'était une langue dure et froide. Une langue enneigée.

Daphné ne connaissait que les accents roulés et chantés des îles où elle s'était élevée. On y marchait pied nu sur le sable. Les femmes qui la servaient, les nourrices, les cuisinières, les ménagères, ne laissaient jamais le silence s'abattre. Elles allaient et venaient, désordonnaient ses cheveux pour mieux les brosser et lui offraient des fruits, des bonbons, du thé dès qu'elles l'apercevaient. Elles rôdaient le soir, s'extasiaient devant sa beauté, sa peau de blonde qui dorait, la clarté de ses yeux qui envoûtait. Elles avaient des grosses mains chaudes et rassurantes. Des contes pêle-mêle qu'elles récitaient de mémoire. Elles avaient entre les bras tout ce que la simplicité dont l'Europe s'était dépossédée.

En Angleterre, la mère ne racontait pas. Elle rappelait ses ancêtres et la révolution. Elle s'y dévouait et la sœur écoutait, sans quitter ses couvertures pour observer et s'en faire une propre idée.

Alors Daphné provoquait. Elle lâchait ses cheveux, refusait de s'habiller correctement et dévalait les escaliers. Elle s'exprimait haut et fort, ignorant les récits de famille, réclamait des fruits dont personne n'avait jamais entendu parler et boudait ostensiblement des heures durant lorsque les elfes, terrifiés, lui annonçaient qu'ils n'en avaient pas trouvé.

Elle raffolait de ces moments privilégiés où la mère sifflait : comment l'as-tu éduquée ? Elle atroce. Rien ne pourra y remédier, tu l'as perdue, ne souris pas, tu l'as foutue.

Son père haussait les épaules. La nuit venue, il se glissait dans sa chambre pour l'embrasser et se contentait de ricaner : tu seras la plus intenable mademoiselle. Les hommes se plieront à tes vœux, car tu seras la plus fastidieuse, la plus précieuse, la plus radieuse.

Daphné avait appris à tout obtenir. Elle était l'enfant-reine, l'entêtée de liberté. Puis tout s'était arrêté.

Idiote divinité qui se croyait si protégée. Elle n'avait rien vu venir du serpent qui s'était glissé. La femme nouvelle, la femme trop belle. Avec ses rires, ses fumées, ses vins français. Avec ses longs cheveux bruns bouclés, son parfum luxueux, l'obscurité de ses yeux. Elle avait gratté la croûte d'indépendance dont père et fille s'étaient parés. Elle s'était immiscé dans leur confidence et se l'était appropriée.

« Elle aurait onze ans, l'année prochaine.

– Oui.

– Elle aura besoin d'une réelle éducation. N'était-ce pas ce que vous aviez prévu depuis le début, ce retour chez sa mère ?

– Oui. Non. Je ne sais plus. »

On la leva un matin. On la mit dans un avion, ses bagages à la main, et on l'embrassa longtemps. Douze heures plus tard, mère et sœur la ramassèrent. L'enfermèrent durant ce qu'elles osèrent appeler un été. Leur raison et leurs principes suffirent à déloger le soleil de l'Angleterre.

Daphné blanchit. Dépérit. S'enfouit.

Daphné tomba dans le secret du mensonge, et l'inconstance fut son prix.


Voilà. Après ça, il me semble nécessaire de sortir un peu de la spirale Greengrass dans laquelle je commence doucement à m'enfoncer (sans déconner, si je m'écoutais, ce recueil serait bientôt entièrement centré sur Daphné). Je vais donc faire entrer en scène Milicent. Qui a légèrement été profondément oubliée pour l'instant (mais je commence doucement à m'approprier son caractère, donc je suis contente).

Je vous laisse à vos reviews, en espérant que ce chapitre vous ait plu.

A très vite !

Ana'

P-S : ça n'intéresse absolument personne, mais il y a deux jours, on a bouclé nos vacances d'été en réservant nos billets d'avion pour le Pérou et la Bolivie. Donc en ce moment, je suis la fille la plus heureuse parce que partir 5 semaines avec des amis en sac à dos voir des lamas, ça m'émerveille. Voilà. Fallait que ça sorte.