Disclaimer : The Host appartient à Stephenie Meyer.
Chapitre 7
Malheureusement, la nuit aura suffi à tout bouleverser une nouvelle fois. Mon hurlement m'a réveillée. Je venais de revivre, minutes par minutes, l'instant où j'avais perdu ma sœur. Mais quelque chose était différent. Je l'avais vu me regarder et me murmurer quelque chose. Ce qui ne s'était pas produit puisque en réalité, au moment où je l'ai prise dans mes bras pour nous enfuir elle était inconsciente. À mon réveil je n'arrivais pas à savoir ce qu'elle voulait me dire, ni à savoir si j'avais réellement hurlé, ou si cela ne provenait que de mon cauchemar. Je m'étais retrouvée par terre et j'étais restée ainsi, essayant de comprendre ce qu'elle avait tenté de me dire. Tout d'un coup ça m'a frappée. C'était un appel à l'aide. J'avais vu la panique dans son regard, la déception aussi. Et ses lèvres ont soufflé un « à l'aide », qui, elle le voulait j'en étais sûre, aurait dû être un cri et non un murmure. Elle était prisonnière. C'était ce que ce cauchemar voulait me rappeler.
J'étais encore en plein dans cette terreur lorsque plusieurs personnes sont arrivées. Je les regardais sans vraiment les voir, les entendais sans vraiment les écouter. Je n'arrivais pas à enlever cette image de ma tête. Je suis brusquement revenue à moi lorsque j'ai reçu de l'eau, que Jamie avait copieusement envoyée sur mon visage. J'ai alors vu toutes leurs têtes inquiètes. J'avais donc hurlé, assez fort même, pour qu'ils m'entendent. Je me suis essuyée le visage et me suis levée.
-Je suis désolée de vous avoir fait peur. Ce n'était qu'un rêve. Vous pouvez retourner dormir.
-Tu es sûre que ça va Hayley ? a demandé Mélanie, inquiète.
-Oui, ça va.
-Tu as crié très fort. Tu étais par terre, complétement ailleurs. Jamie a du t'arroser pour que tu reviennes à toi. Qu'est-ce qui t'as mis dans cet état ?
C'était Jared qui avait posé cette question. D'une main il tenait celle de Mél, de l'autre, l'un des revolvers que j'avais rapporté avec moi.
-Je sais que je vous ai fait peur, mais ce n'était qu'un cauchemar concernant ma sœur. Ça va maintenant.
J'ai esquissé un sourire qui n'a guère eu l'air de les rassurer. J'ai soupiré et leur ai dit:
-C'est simplement parce que je vous en ai parlé aujourd'hui, tout m'est revenue. Mais ça va, je vous assure. Vous devriez retourner vous coucher. Vous allez inquiéter les autres pour rien en restant ici. Vous faites toute une histoire de rien du tout.
-Bien, tu as raison, a conclu Jeb. Tu as eu de la chance que le gamin soit vif. Tu as failli te recevoir une belle claque de Jared.
J'ai ri de bon cœur, cela les a rassurés et ils ont ri avec moi.
-Merci Jamie. Bonne nuit, tous. Et encore désolée.
Ils m'ont sourie, je leur ai rendu et ils sont partis. J'ai baissé les épaules sous le poids de la peine. J'avais besoin d'air et de m'évader. Jeb m'avait montrée l'autre entrée qui se trouvait justement ici, à l'infirmerie. Je me suis agenouillée et me suis glissée dehors. L'air était sec mais il ne faisait pas chaud. J'ai inspiré, profondément, cela faisait du bien. Je me suis allongée sous ce merveilleux plafond étoilé. J'enlevais ces affreuses images, les remplaçant par les nombreux bons moments que l'on avait pu avoir, malgré les situations de danger, avec ma sœur. J'ai ensuite repensé aux dernières semaines dans ces grottes. J'avais eu beaucoup de chance. Ils étaient, chacun à leur manière, si généreux et intentionnés. Pourquoi la vie avant l'invasion n'avait-elle pas été semblable. Il avait fallu une extermination presque totale de la race humaine pour enfin retrouver les meilleurs côtés des Hommes. Cela avait également fait ressortir nos plus bas instincts de survie, il fallait l'avouer. Et c'était loin d'être un bon côté de l'invasion. Je n'ai plus dormi. Je suis rentrée quand j'ai vu l'aube pointée. Je suis allée à la cuisine, je n'avais plus envie de rester à l'infirmerie. Vu l'heure qu'il était je n'avais pas pensé y trouver quelqu'un.
-Bonjour Lily, ai-je dis, doucement pour ne pas la brusquer si tôt. Comment vas-tu ?
Je ne la connaissais pas vraiment. Elle ne parlait pas beaucoup, elle était très triste. Jamie m'avait dit que son petit ami avait été tué par la traqueuse.
-Au moins aussi bien que toi.
Son ton était ironique bien sûr. Elle avait dû, elle aussi, entendre mon cri cette nuit.
-Je suis désolée si ça t'a réveillée, me suis-je excusée.
-Avec ou sans ça, je n'aurais pas réussi à mieux dormir. Ce n'est pas de ta faute.
-Tu veux que je te laisse seule ?
-Non tu peux rester. La présence d'autres personnes ne me dérange pas. Désolée si je ne suis pas d'humeur bavarde.
-Oui, je comprends.
-Je suis vraiment désolée que tu le puisses.
-Je crois que tout le monde ici peut le comprendre Lily. Même si c'est plus ancien pour eux, ils l'ont tous connu. Tous s'en sont remis. On y arrivera aussi.
Je disais ça plus pour la rassurer que par réelle conviction. Le meurtre de Wes avait été indépendant de sa propre volonté. Celui de ma sœur était entièrement de ma faute.
-Peut-être, mais pour l'instant je n'ai pas cette lucidité. Ça me paraît trop dur, trop injuste.
-Tu crois vraiment qu'il aurait voulu te voir si triste, si isolée du reste du groupe, de ta famille. Je sais que ce n'est pas ce que tu veux entendre. Tu vas surement me détester de te dire ça. Mais tu ne t'aides pas en restant dans ton coin. Ils ne demandent qu'à t'aider. Il suffit que tu attrapes la main qu'ils te tendent. Si on ne peut pas être là les uns pour les autres alors tout ce que l'on accomplit ici ne sert à rien.
Elle m'a regardée intensément, comme pour me faire retirer ce que je venais de dire. Mais ce n'était que pure vérité et son regard ne changerait rien à mes convictions. Je n'étais, de toute façon, pas du genre à me laisser faire ni à me laisser dicter mes choix. C'est d'ailleurs en partie à cause de ce caractère que j'avais abandonné mon double. Elle a soupiré bruyamment. Ce que je venais de lui dire avait fait son chemin et elle comprenait qu'elle s'était trop laissée aller.
-Pourquoi personne avant toi n'a osé me parler ? Peut-être que je ne serais pas restée aussi longtemps emmurée dans ma peine et ma colère.
-Surement parce qu'ils te connaissent mieux que moi et qu'ils avaient peur de plus te blesser. Chacun réagit différemment à la perte d'un être cher et il est souvent difficile de savoir quoi faire dans ces cas-là.
-Pourtant, toi, tu as su.
-J'ai pris le risque de te dire ce que j'en pensais. Mais je ne prétends pas que c'était la bonne solution. Tu pouvais bien me détester. Maintenant c'est ce qu'il te fallait et c'est tant mieux. J'ai eu de la chance qu'on ait presque le même âge et qu'on ait toutes les deux perdu quelqu'un. Sinon je n'aurais pas mieux réussi que les autres.
-J'ai l'impression que tout ce que tu viens de me dire, tu ne te l'appliques pas. Pourtant nos situations se rapprochent, comme tu l'as dit.
-Elles sont loin de se ressembler. Je l'ai sciemment tuée. Mais ça n'a pas d'importance, je continue à vivre. Ce serait plus que de la lâcheté si je me laissais mourir. Passons. Ça va. Tu veux quelque chose à boire ? Je meurs de soif moi.
Je lui ai souri.
-Oui, bien sûr, il fait déjà trop chaud. Prends-moi quelque chose à grignoter aussi, s'il te plait.
-Je te rapporte ça tout de suite.
J'ai sauté de la table où je m'étais assise et je suis allée chercher des jus d'orange et des céréales.
Je me suis assise en face d'elle et nous avons mangé en silence.
Petit à petit, des membres de cette communauté de survivants arrivaient. Ils nous disaient bonjour, comme si de rien n'était, mais on pouvait aisément lire l'inquiétude sur leurs traits. Je ne voulais pas rester là à me faire épier par ces regards peinés. Je me suis levée pour aller me laver, cela me ferait surement le plus grand bien. Lily m'a suivi, apparemment elle non plus ne voulait pas rester plus longtemps dans la cuisine.
-Il faut que tu arrêtes de fuir les autres Lily. Autrement ils ne cesseront de s'inquiéter pour toi.
-Oui, je sais. Mais je vais y aller petit à petit. J'en ai déjà fait beaucoup aujourd'hui en t'avouant tout.
Je lui ai souri, en signe de compréhension. Nous nous sommes séparées pour aller chercher ce dont nous avions besoin pour se laver. Je suis allée à la salle d'eau mais je n'ai plus rencontré Lily. Je me suis lavée, longuement, essayant de faire partir mes cauchemars en même temps que la saleté sur ma peau. Personne ne m'a dérangée. Lily devait être fatiguée et s'être, par conséquent, endormie. Ça ne lui ferait pas de mal, elle paraissait tellement épuisée. Je suis sortie de la piscine creusée, me suis habillée et je suis sortie. Je suis allée à l'infirmerie pour déposer mes affaires. Jamie était assis sur mon lit.
-Salut Hayley !
-Jamie ! Tu n'es pas en cours ?
-Non, Sharon ne m'apprend plus rien. Je lui laisse la possibilité de mieux apprendre aux petits.
-Et ça t'arrange bien n'est-ce pas ? ai-je plaisanté.
Il n'esquissait qu'un léger sourire. Je suis redevenue sérieuse.
-Qu'est-ce que tu as Jamie ?
-C'est moi qui devrais te poser cette question.
Je l'ai regardé dans les yeux. Il avait l'air grave. Je me suis redressée, mal à l'aise.
-Je vais bien, ai-je répondu en insistant. Ce n'était qu'un cauchemar, comme il vous arrive à tous d'en faire. Particulièrement difficile, je te l'accorde. Mais rien de plus qu'un mauvais rêve. Ça n'a aucune répercussion sur ma façon d'être, je reste la même. Et cesse donc de t'inquiéter pour moi. Ce devrait être l'inverse.
Pour faire baisser la pression je lui ai secoué les cheveux. Je ne savais pas si j'avais réussi à le persuader ou s'il ne faisait que remettre cette discussion à une prochaine fois, mais il s'est levé et m'a enlacée.
-Merci Jamie. (Je me suis glissée hors de ses bras.) Alors, comme tu ne vas plus à l'école et qu'il est hors de question que tu ne fasses rien, tu vas venir avec moi pour aider les autres à finir ma chambre, que je puisse enfin rendre son infirmerie à Doc.
Il a ri, cela faisait plaisir à voir. On s'est mis en route et on a creusé toute la matinée.
