Salut à tous,

D'abord, un grand merci pour vos commentaires super encourageant sur le one-shot. C'était la première fois que j'en faisais un et j'ai trouvé ça vraiment cool. Sinon que dire ? Une bonne et une mauvaise nouvelle : je n'ai dormis que trois heures à cause d'un mal de tête. La bonne c'est que du coup, ce chapitre qui devait faire sept pages en fait vingt-et-une. Au programme, humour avec un flash-back plutôt amusant et surtout, surtout, du Emison ! (bien que pas encore de la façon dont on voudrait).

WeLoveEmison : C'est vrai qu'on croit tous aux Happy-end, mais il est pas pour tout de suite. Les ennuis continuent pour Alison…

Guest73 : Concernant un possible one-shot Emison, ça me dit carrément ! Seul truc, j'écris déjà sur du Emison, je veux éviter de piquer des idées que j'ai pour ce texte. Donne-moi un contexte et je t'écris ce que tu veux. Je veux dire par là, ça te plairait plus un texte type flash-back, ou plus réel avec Alison s'expliquant sur son comportement auprès d'Emily. voire une réalité alternative : qu'est-ce qui se serait passé si Alison n'avait pas 'trahit' Emily une seconde fois ? Je t'écris ça pendant les vacs, par contre je sais pas quand je le posterais :)

Anne : J'ai un style d'écriture particulier ? Je m'en rend pas vraiment compte, mais c'est chouette. J'espère que la suite continuera à te plaire.


Chapitre 7

Je ne t'appartiens pas.


Emily avait observé Alison reposer le dernier verre d'alcool sur le comptoir, avec stupéfaction. Même bien après ça, la jeune fille n'avait pu détacher son regard de son ancienne amie. Quelque part au fond son esprit, une petite voix lui soufflait que son attitude, l'instance avec laquelle elle la dévisageait en ce moment même, frôlait les limites de l'indécence. Seulement, c'était juste impossible de faire autrement.

Comme ses yeux s'étaient attardés un peu trop longtemps sur son visage, la blonde baissa la tête et Emily su avec certitude qu'Alison avait noté son brusque changement d'attitude.

Et voilà pourquoi elle aurait dû éluder son regard. Maintenant, la fille qui avait brisé son cœur voyait clair dans son incapacité à se détourner d'elle, et qui sais ce que lisait d'autre. La brune se désola de ne pas être plus habile pour dissimuler ses émotions.

Cela ne prit pas longtemps à l'enfant des Dilaurentis avant de reporter son attention sur la nageuse. L'habituelle lueur d'assurance qui brillait à travers ses prunelles azurées avait disparu. Seule la vulnérabilité subsistait à présent.

Emily sentit son cœur se serrer. Ce regard-là semblait attendre tellement d'elle. Comment s'y soustraire ?

Enfin ressaisit-toi ! Ne vois-tu pas que ce n'est qu'un jeu pour elle ! Alors quoi ? Tu comptes réellement reproduire les mêmes erreurs jusqu'à la fin des temps ? N'as-tu pas assez souffert comme ça ? S'il te reste un tant soit peu d'amour propre, fais-toi cette faveur Fields: garde tes distances.

Par réflexe, la brune recula d'un pas. Elle éprouva alors une honte profonde en constatant à quel point elle était…

Manipulable.

Plus Emily y pensait, plus la sensation d'être piégé à travers les filets d'Alison se renforça. La pièce lui sembla tout à coup oppressante. A quoi rimait sa présence ici ? Il fallait qu'elle sorte.

Sans même jeter un nouveau coup d'œil par-dessus son épaule, l'adolescente quitta le bar en plantant son ancienne amie au beau milieu de la pièce.

A l'extérieur, les bourrasques de vents avaient cessé mais la pluie était plus intense que jamais, coulant à flot sur la chaussée déjà glissante. L'adolescente entrouvrit rapidement son sac et chercha la clé de son véhicule. Mais que ferait-elle juste après ? Dans quel but, surtout, pour aller où ? Cette soirée semblait dénuée de tout sens. Et la voilà, Emily Fields, perdu au cœur de la nuit, coincée entre les fantômes de son passés et l'ennemi sans visage de son présent.

Durant un instant, la jeune fille se surprit à rêver sa vie telle qu'elle l'aurait imaginé quelques années plus tôt. Si on lui avait demandé, la brune se serait bien vue au bras d'une fille qui la regarderait avec tendresse et qui l'aimait. Bien sûr, comme dans toute relation il y aurait eu des hauts et bas, mais ses amis auraient toujours été à ses côtés pour la soutenir. Quand on y pense, ça ne s'était pas joué à pas grand-chose finalement. Sa vie aurait pu être simple. Semblable à ces routes lisses et droites. Parfaites.

Mais elle s'était perdue en chemin.

Il avait fallu qu'elle tombe amoureuse d'Alison. Emily s'en voulait d'avoir gaspillé tellement temps pour elle, alors qu'à l'époque 'A' n'existait pas, et avec regret, l'adolescente réalisait trop tard qu'elle aurait mieux fait de l'employer pour se créer de beaux souvenirs, avant le drame.

Forcé à reprendre pied avec la réalité, la pluie l'y obligeant, Emily déverrouilla sa voiture. Celle-ci s'apprêtait à entrer lorsqu'un étourdissement la fit vaciller. Remuer tous ces souvenirs la rendait malade.

Pendant un instant, la jeune fille resta immobile, les mains posés sur la portière, en attentant que la sensation de vertige lui passe. Les symptômes s'amplifièrent et Emily se laissa glisser sur les genoux.

La douleur finit par perdre en intensité, aussi la brune se redressa puis s'assis sur le siège conducteur. Son regard croisa le miroir du rétroviseur. Un filet de sueur couvrait son front et son visage était d'une pâleur inquiétante, impression que le rayonnement blafard de la demi-lune accentuait.

La nageuse secoua la tête et inspira profondément. Courses poursuites et frayeurs nocturnes ne lui convenait décidément pas. L'adolescente aurait donné cher pour un peu de sommeil.

Emily inséra la clé de contact dans la fente et le moteur se mit en marche dans un grondement sonore. La brune vérifia l'angle mort et enclencha la première. Tandis que la voiture gagnait en vitesse, la jeune fille composa le numéro de Spencer. 'A' ne semblait plus se manifester, peut-être pourrait-elle les aider à retrouver la trace d'Hanna ? Quoi qu'il en soit, c'était le mieux qu'Emily puisse faire pour l'instant.

— Em' ?

— C'est moi.

La métisse jeta un coup d'œil discret aux alentours avant de reprendre, a voix-basse cette fois.

— J'ai fait ce que tu m'as dit et poursuivit le jeu de 'A'. Je ne pense pas qu'il se soit aperçut de quelque chose. D'ailleurs, il ne devrait plus tarder à m'envoyer de nouvelles instructions. Comment ça se présente pour vous ?

— On est toujours en communication avec Hanna, murmura Spencer. Les panneaux et le peu de descriptions qu'on a, laissent à penser qu'elle doit se trouver quelque part au nord de Rosewood.

— Je croyais que 'A' l'emmenait en dehors des limites de la ville.

— ça a changé, expliqua la plus jeune des Hastings. Aria et moi on a une théorie selon laquelle il essayerait de brouiller les pistes, au cas où on le suivrait. Aux dernières nouvelles, Hanna devait être dans les environs du centre commercial, mais on n'a aucune certitude.

— Je vais aller là-bas et trouver cette camionnette.

— ça ne servirait à rien, la dissuada Spencer immédiatement.

— Mais enfin, on va pas rester là les bras croisés ?

— Ecoute-moi, Emily. Je ne supporte pas plus que toi d'être impuissante, tu peux me croire. Le problème est qu'il avance vite et que pour l'instant, tout ce qu'on a, ce sont des hypothèses et déductions hasardeuses. Ce qu'il nous faut maintenant, c'est du concret.

— Alors on fait quoi ?

— Patience, assura-t-elle. Les réponses viennent à point pour ceux qui savent attendre. 'A' va bien finir par s'arrêter. Si on se débrouille correctement, on connaitra d'avance sa destination finale. A ce moment-là on intervient.

— Je n'aime pas ce qui se passe.

— Je te promets qu'on trouvera le moyen de sortir Hanna de ce mauvais pas.

— Il ne s'agit pas seulement de ça, avoua Emily d'une voix faible. Cette incertitude, précisa-t-elle. J'ai l'impression…

Un silence prolongé s'installa entre les deux adolescentes.

— … D'avoir lutté depuis trop longtemps, conclut-elle, et quelque chose dans l'intonation brisées de ses mots, une chose que Spencer ne pourrait jamais décrire, lui intima la certitude qu'Emily était bouleversée.

L'enfant des Hastings resta interdite. La brune comprenait exactement ce qu'avait voulu dire son amie. Bien avant le début de cette histoire, les quatre filles tenaient leur avenir entre leur main. A cette période, le plus gros de leurs soucis était leur réussite scolaire. Mais 'A' s'était immiscé dans leur quotidien, emportant tout sur son passage. La routine, la tranquillité, les rêves tout simplement. Et lorsqu'il frappait plus fort, que l'espoir se consumait, alors dans ces moment-là, une envie irrésistible d'abandonner vous envahit. Spencer connaissait ce sentiment. Ce désir de renoncer, là, maintenant, sans même fournir d'explications.

Etre lâche.

Pas par facilité, juste parce que vous en avait désespérément besoin. Mais ce n'est pas une émotion qu'on peut se permettre d'avouer à voix haute. Encore moins lorsque c'est précisément ce qu'attend votre maître-chanteur. Alors vous continuez de marcher le buste droit et fier, le regard sans détour, mais ça ne veut pas dire que vous n'en souffrez pas.

Si le calme persistait à l'intérieur de l'habitacle, c'était parce Spencer témoignait silencieusement à Emily le soutien qu'elle ne pouvait lui apporter de vive voix. Et pour cause : on ne mentionne pas l'existence d'un sentiment qui nous est défendu.

Emily reprit, ce qui mit un terme aux rêveries secrètes de son amie à l'autre bout du fil.

— Où est-ce que je vous rejoins ? Demanda soudain la brune, sans détourner les yeux de la route.

Elle se trouvait dans une impasse, à quelques rues du bar.

Génial.

Emily fit marche arrière.

— On se retrouve…

Spencer réfléchit intensément. Mieux valait rester discret sur leur point de rendez-vous dans l'hypothèse où 'A' les surveillait.

— Là où on s'est rencontré toi et moi pour la première fois, conclut la jeune fille.

Et celle-ci raccrocha sans qu'Emily ne puisse ajouter quoi que ce soit. Les dernières paroles de son amies résonnaient encore dans son esprit.

L'endroit de notre première rencontre.

La nageuse ne put s'empêcher de sourire à l'évocation de ce souvenir


Six ans plus tôt,

Cet été là, une vague de chaleur sans précédent avait déferlé sur Rosewood. Les pelouses, à l'ordinaire verdoyantes et soigneusement tondues, souffraient de déshydrations depuis les restrictions d'eaux mis en place. Si le symptôme semblait toucher la majorité des résidences de la ville, Emily constata que la végétation du terrain de golf, elle non plus, n'avait pas été épargnée. L'adolescente dévia la tête en direction de la piste huit. Son père s'y tenait, le visage concentré, les jambes légèrement fléchies de part et d'autre de la batte. Il frappa. La balle esquiva une dizaine d'obstacle et aboutit directement dans le trou, trois mètres plus loin. Son visage s'illumina. Rien ne pouvait faire plus plaisir à Emily en cet instant que la vision de son père heureux. Enfant d'un militaire, la jeune fille avait peu d'occasion de profiter de sa présence. Lorsqu'il rentrait, c'était une véritable bouffée d'oxygène.

A la plus grande joie d'Emily, Wayne Fields avait annoncé son retour imminent auprès des siens. Dès que l'adolescente avait appris la nouvelle, elle et sa mère avait décidé de lui organiser un cadeau d'anniversaire. Aussi loin que la brune s'en souvienne, son père avait toujours adoré le golf. Il disait souvent que ce loisir était une métaphore de la vie. Tu es face à la balle comme tu es face à toi-même. Alors, lorsqu'un nouveau centre avait ouvert en ville, l'idée s'était imposé toute seule. Et tandis qu'Emily regardait Wayne sourire, elle sentait son cœur se remplir de bonheur.

— Emmy, t'as vu ça ! S'exclama son père satisfait.

Il pointa la balle du doigt, balle qui avait à présent disparut dans une cavité.

— Tu es le meilleur, répondit la brune.

Et elle le pensait sincèrement. Emily observa encore un moment son père franchir les obstacles, un par un, et ne put s'empêcher d'être amusé par son esprit de compétition.

La chaleur était étouffante. L'adolescente songea qu'une boisson pour déshydrater sa langue râpeuse, ne serait pas de trop. La jeune fille décida de quitter le terrain.

— Admire et observe comment ton père ici présent va…

L'intéressée frappa de nouveau. Cette fois, le tir manqua sa cible de peu. Wayne arqua les sourcils, un peu déçut.

— Tu peux pas réussir à tous les coups papa, objecta Emily qui s'était prise au jeu.

— Vient un peu par ici pour me porter chance, princesse, dit-il en lui adressant un regard affectueux.

— Je reviens. Je vais chercher des boissons.

L'adolescente quitta la piste pour se diriger vers le bâtiment principale, abritant notamment une cafétéria. La brune marchait tranquillement à travers l'allée lorsque quelqu'un, dont la démarche était pressée, déboula à son tour dans le couloir. Comme le son des pas se rapprochait avec une rapidité étonnante, Emily se retourna, curieuse de connaitre l'identité de ce mystérieux sprinteur.

Mauvais timing.

L'inconnu, surpris de la voir ralentir, la percuta de plein fouet. Mais à peine la nageuse eut-elle le temps de relever la tête que déjà, la silhouette filait de plus belle, dans une course effrénée. La seule certitude qu'Emily avait à son sujet, était qu'il s'agissait d'une fille. Du moins, c'était ce qu'il lui semblait.

La brune baissa les yeux. Un portefeuille en cuir sombre traînait à ses pieds. Celui-ci avait dû glisser de la poche de sa propriétaire au moment du choc.

Peut-être puis-je encore la rattraper ?

La jeune fille balaya rapidement du regard le couloir. Personne. Elle tourna à gauche puis poursuivit sur sa droite, hésitante. Toujours rien. Pourtant, Emily aurait juré l'avoir vu prendre cette direction.

La nageuse allait abandonner ses recherches lorsque celle-ci aperçut, à demi-masqué par l'ombre, une silhouette familière.

Jackpot.

L'adolescente s'engagea vers la mystérieuse inconnue. Une fois à sa hauteur, Emily tenta d'amorcer la discussion afin de lui rendre son portefeuille, mais n'obtint aucune réaction.

— Excuse-moi, répéta timidement la nageuse, il semblerait que tu es…

— Spencer ! Spencer Hasting ! Hurla-t-on soudain du hall d'entrée. Ne va pas croire que tu vas t'en tirer comme ça !

La voix était lointaine mais résonnait jusqu'ici.

Et merde, c'est pas mon jour de chance, pensa Spencer.

Une jeune fille à ses côté la dévisageait avec curiosité, mais l'enfant des Hastings ne s'en souciait guère. Elle avait plus urgent à régler. Celle-ci chercha désespérément un endroit où se cacher. Comme ses poursuivants se rapprochaient dangereusement, Spencer attrapa par le bras l'autre adolescente, visiblement pas résolu à la lâcher, et l'entraina vers la première porte qui croisa son chemin.

A l'intérieur, une désagréable odeur d'eau de javel et de désinfectant se dégageait. En face, plusieurs vasques leur faisaient front, et, juste à droite, un appareil de séchage automatique. Des cabines individuelles occupaient le reste de l'espace.

Félicitation, t'aurais vraiment pas pu trouver de meilleur endroit, ironisa Spencer en comprenant qu'elle venait de se jeter tout droit dans les toilettes pour hommes.

A nouveau, deux étudiants hurlèrent son prénom, plus proche que jamais de sa cachette improvisée. Elle attira la nageuse dans l'une des cabines et s'enferma.

— Hey ! Protesta Emily. Celle-ci ne comprenait absolument rien à ce qui était en train de se passer. Tu voudrais bien m'expliqu…

Spencer lui couvrit la bouche avec sa main.

Les voix des deux hommes s'effacèrent peu à peu, jusqu'à redevenir lointaine. La jeune fille recula, soulagée.

— Désolé, s'excusa finalement l'enfant des Hastings, une gêne perceptible dans son regard. Crois-moi, c'est mieux comme ça.

— J'imagine que c'est censé me rassurer.

— Dois-je en déduire que tu ne te sens pas en sécurité ?

— Ça t'étonne ?

— On répond à une question par une autre : je note, souligna Spencer en souriant.

L'adolescente avait l'oreille collé à la porte de la cabine, l'écoute aux aguets.

— Habituellement, les gens disent que j'inspire la confiance, reprit la jeune fille à voix basse.

— Et ils te disent ça avant ou après les avoir traîné dans les toilettes pour hommes ? Interrogea Emily, amusée par la situation.

— Avant, avoua Spencer en roulant les yeux. En fait, j'affectionne pas particulièrement ce genre d'endroit.

— Alors pourquoi on est ici au juste ?

— C'est longue histoire, répondit-elle, maintenant à moitié accroupit, observant par le trou de la serrure. Emily la dévisagea avec curiosité.

— Et j'suis pas non plus une obsédée, ajouta rapidement la seconde en réalisant qu'elle espionnait en ce moment même, et ce, dans les toilettes pour hommes.

— Je ne juge pas, plaisanta la brune, souriant davantage.

Décidément, cette fille avait un sens de la réparti qui lui plaisait. Spencer se retourna vers elle. Trop préoccupé par ses mystérieux poursuivants, ce n'est qu'à cet instant précis que l'adolescente reporta enfin son attention sur Emily. La nageuse était habillée d'un jean sombre et d'un sweat du collège de…

— Rosewood ? Murmura l'enfant des Hastings, incrédule. Comment ça se fait que je ne t'ai jamais croisée ?

— Je passe la majeure partie de mon temps au club de natation, expliqua Emily avant de réaliser que sa justification était maladroite.

— Curieux, conclut la première peu convaincu. Elle ne chercha pas plus loin néanmoins. Ecoute, pour ce qui vient de se passer je m'excuse sincèrement. J'ai fait le pari que j'arriverais à placer cinq balles consécutives dans le trou de ce maudit terrain de golf. J'avais tout prévu, l'inclinaison de la batte, l'intensité du coup, le nombre d'obstacle et de quelle façon les franchir. Et ça marchait plutôt bien… jusqu'au dernier lancé. La faute à cet idiot de vent !

— Le vent ? Répéta timidement Emily, ne voyant toujours pas le rapport avec son kidnapping dans les toilettes.

— Oui, le vent ! Manque de chance, il a fallu que je décide de miser la moitié de mon argent de poche sur ce coup-là…

— Je vois, sourit la brune.

Alors qu'autour d'elles tout était calme, de l'agitation se fit entendre. Deux personnes poussèrent la porte des sanitaires.

— T'y crois ça ? Questionna un étudiant.

Spencer sursauta en reconnaissant la voix familière de ses poursuivants.

— On vient réellement de se faire semer par une gamine de seize ans ?

L'autre haussa les épaules.

— Il faudra qu'elle m'apprenne un jour, reprit l'intéressé tout en tournant la vanne du robinet.

— Perso, je voudrais bien qu'elle m'apprenne d'autres choses…

— Mais encore, ironisa le premier.

— Tu sais très bien de quoi je parle. Tu crois que je t'ai pas vu la mater pendant qu'elle tirait ?

Ça craint, pensa Spencer, profondément gêné. Emily, de son côté, avait les larmes aux yeux à force de se retenir de rire.

— Je l'ai fait parce que tu l'as fait aussi, ce défendit l'étudiant amusé.

— Sauf que moi j'étais pas à deux doigts de la plaquer contre un mur et l'embrasser sauvagement.

C'est moi ou ça devient de plus en plus ridicule ?

— Y'avait pas de mur. Sinon, je l'aurais fait volontiers !

— Je te crois sur parole. Tu sais qu'il parait qu'elle donne des cours de soutiens ?

— Je suis impatient de savoir ce que Spencer Hastings a à m'apprendre ! Renchérit le premier en quittant les toilettes.

Pendant un instant, la brune resta immobile à la fois stupéfaite par la scène qui venait de se jouer devant ses yeux, et prudente. Lorsque l'adolescente fut certaine que les étudiants avaient déserté, elle sortit de la cabine.

— Qu'est-ce que tu fais, souffla Emily confuse.

— Je fuis cet endroit aussi vite qu'il m'est possible.

— Tu pourrais tomber sur eux.

— Aucune importance ! Crois-moi, tout l'argent du monde ne vaut pas ce que je viens d'entendre. J'ai perdu mon innocence en quelque chose comme… trente seconde.

La nageuse ne put s'empêcher de sourire.

— Au passage, contente d'avoir fait ta connaissance. Je suis Spen…

— Spencer Hastings, coupa l'autre jeune fille en lui serrant la main.

— Bonne mémoire. Tant pis, je savais que je me ferais pas d'amis cette année de toute manière, répondit-elle sur le ton de la plaisanterie.

— Emily Fields, annonça la nageuse quand vint son tour, masquant son amusement.

La jeune fille mit fit à la poignée de main et se décida à faire demi-tour. Son père l'attendait depuis un bout de temps maintenant.

— Une dernière chose, reprit Emily au moment où elle franchissait le seuil.

La brune laissa flotter une pause maîtrisée. Spencer l'interrogea des yeux.

— Evite de te faire plaquer contre un mur…

Et la nageuse quitta les sanitaires tandis que l'enfant des Hastings souriait de plus belle, conquit par son humour.


— Emily !

L'adolescente secoua la tête. Le souvenir de sa première rencontre avec Spencer s'était effacé. Reprenant contact avec la réalité, la nageuse décela la provenance de cette mystérieuse voix. Une jeune fille s'interposait en travers de sa route.

Alison ?

Ça ne pouvait pas être elle. Non. Pas maintenant. C'était certainement la dernière personne qu'Emily aurait voulu croisé en cet instant.

— Em', supplia une nouvelle fois la blonde, à bout de souffle.

Elle semblait manifestement avoir couru pour la rattraper avant son départ.

— J'ai aucune envie de te parler Alison ! Maintenant tire-toi du chemin parce que je te promets que je n'arrêterais pas cette voiture pour toi !

Le véhicule conserva son allure. Néanmoins, son ancienne amie ne recula pas.

A quoi tu joues ?

Comme le véhicule de rapprochait dangereusement de la blonde, Emily sentit son cœur battre à la chamade. Alison n'avait pas l'intention de bouger. Ce constat eut d'abord du mal à s'imposer dans son esprit, mais lorsqu'Emily le réalisa, celle-ci appuya précipitamment sur la pédale de frein. Finalement, elle avait arrêté cette voiture.

Pour elle.

La brune resta un moment immobile, les doigts crispés contre le volant. Pourquoi Alison devait-elle toujours tout compliquer ? Et plus encore, quelle était cette mystérieuse force qui l'attirait inexorablement vers elle, irrationnelle et dangereuse ?

Emily releva la tête. Le capot de la voiture frôlait quasiment la blonde.

— Il faut que je te parle, murmura Alison.

Ses yeux… ils sont un spectacle à eux tout seuls, songea Emily malgré-elle. Son cœur battait frénétiquement dans sa poitrine.

J'étais sur le point de la tuer. J'étais sur le point de tuer Alison.

Elle n'en revenait pas. Ça n'aurait pourtant pas dû l'étonner. La nageuse avait bien conscience de l'hostilité que celle-ci cultivait pour l'enfant des DiLaurentis. Alors pourquoi se sentait-elle si bouleversée en cet instant ? Derrière ce grand torrent de la haine, il semblait qu'un contre-courant plus puissant encore, s'agitait.

Un courant contre lequel il lui était impossible de lutter.

— Tu n'allais pas le faire Emily, la rassura la blonde comme si elle avait lu ses pensées. Je savais que tu ne le ferais pas.

Emily sursauta. Elle ouvrit brusquement la portière de la voiture et lui fit face. Rien qu'à son regard, Alison sut que les choses ne se passaient pas de la manière dont celle-ci l'avait prévu.

— Tu ne sais rien de moi, déclara la brune d'une voix dure. Et encore moins ce que je suis capable de faire ou pas. Tu penses peut-être encore pouvoir me manipuler comme ton pantin, mais tu as tort. Je ne t'appartiens pas Ali. Je ne t'appartiens plus.

La blonde éprouva une difficulté extrême à soutenir son regard. Voir grandir la colère dans ses yeux la détruisait de l'intérieur, chaque seconde un peu plus.

— Emily, répéta Alison.

Son souffle se transforma en une fumée blanchâtre à travers la froideur hivernale. La jeune fille baissa les yeux, la voix trop tremblante pour articuler quoi que ce soit.

Elle s'inspecta un instant. La pluie coulait toujours à flot. La blonde était complètement trempée, son gilet s'affaissait sous le poids de l'eau qu'il avait engrangé. Sans parler de ses cheveux, flaques. C'était à se demander si on avait affaire à la même personne, cette adolescente au top de la mode par le passé.

Non.

Cette fille était morte il y a des années.

— Je n'ai jamais douté que tu en serais capable, murmura enfin Alison dans un souffle. Seulement que tu ne le ferais pas.

— Je suis vraiment pas d'humeur à méditer sur tes métaphores douteuse Ali, s'exaspéra la brune, déjà prête à regagner son véhicule.

La blonde retint son bras.

— Etre capable et agir sont deux choses différentes, Emily. Tout le monde peut tuer. Il suffit pour ça d'une arme. Rien de plus. Rien de moins. Pourtant, on ne passe pas tous à l'acte. C'est ce qui fait la différence entre un assassin et… quelqu'un de bien, conclut Alison.

Elle lui sourit, mais ce sourire-là était triste.

— Emily, je…

— Ne fais pas ça, supplia la nageuse. Je sais déjà ce que tu vas me dire, et j'ai pas la force de l'entendre.

Alison entrouvrit pourtant les lèvres, en dépit de sa demande.

Nous y voilà. Tu vas me dire que tu es désolée, mais tant de mensonges sont sortis de cette même bouche que je ne peux plus y croire. Comme tu l'as dit, tu as le choix. Tu peux soit agir égoïstement et ne pas tenir compte de ce que je peux ressentir. Dieu, que tu en es capable. Tu l'as démontré mainte et mainte fois… La question est : le feras-tu ?

Emily lisait une guerre intérieure se jouer à travers les yeux d'Alison. Finalement, la blonde se ravisa avant qu'aucun son ne puisse franchir ses lèvres.

— Alors je ne le dirais pas.

L'espace d'un instant, la brune perçut de la douleur dans sa voix. En croisant son regard blessé, Emily ne put s'empêcher de se revoir ainsi, cette vision d'elle-même si torturée. Le temps avait dû remonter des années en arrière, lorsque les rôles étaient inversés et que l'adolescente endurait silencieusement l'indifférence d'Alison.

Et maintenant, elle avait pris sa place. C'était comme si à cet instant, la blonde passait par tous les stades de sa souffrance. À cette idée, Emily ressentit une vague de douleur l'envahir au plus profond de son être. Un sentiment très fort qu'elle ne pouvait décrire, ne cessait de s'agiter en elle avec violence.

Quelqu'un peut-il réellement changer sous vos yeux ? Parce que c'était la sensation que ça lui donnait. Se pourrait-il que son ancienne amie soit finalement aussi... brisée qu'elle l'avait été ?

— Je sais que ça ne sera pas facile et que ça prendra du temps, mais… j'espère qu'un jour viendra, tu pourras me pardonner.

La pluie trempa une nouvelle mèche des cheveux d'Emily, et celle-ci retomba devant son visage. Alison la repoussa derrière son oreille avant de se raviser brusquement, réalisant que son geste était inapproprié. La brune recula, effrayé par ses propres sentiments et la sensation d'être de nouveau attiré sous la gravité d'Alison, irrationnelle et dangereuse.

— Tu sais ce qu'on dit de l'espoir, n'est-ce pas ? murmura Emily avant de la quitter. Il nous promet beaucoup et nous trahit à la moindre occasion.

La jeune fille plongea une dernière fois ses yeux à travers les prunelles azurées d'Alison. Elle rejoignit la voiture et démarra le moteur. Bientôt, sa silhouette fut happée par la pénombre.

La blonde resta un long moment figée au beau milieu de la rue, n'ayant plus même conscience de la pluie qui la trempait jusqu'aux os.

— Qu'il me trahisse, souffla doucement Alison. Et sa voix résonna dans le vide, douloureusement. Je suis prête à souffrir.

Je suis prête à souffrir pour toi.


Qu'avez-vous pensé de cette suite ? Laissez-moi vos avis ! Je ne sais pas encore si je posterais pendant noël, mais si ce n'est pas le cas, sachez qu'il y a un détail – particulièrement dans ce dernier chapitre – qui s'est glissé et donne un indice sur la suite de l'intrigue. Bon casse-tête et joyeuse fête en avance !