Chapitre 7

Sur le chemin du retour, Sirius était dans un état second. La magie qu'il avait utilisée... ou plutôt, qui était sortie de lui sans son consentement, le rendait perplexe. Il se sentait comme un enfant de moldus qui découvre soudainement qu'il est sorcier et que sa vie ne sera jamais plus la même. La nature de ce pouvoir l'intriguait. Ce n'était pas sa magie habituelle. Celle-ci paraissait plus sauvage, plus brute, presque... cruelle.

Il leva les yeux. Ils venaient de sortir de Sainte Mangouste et le ciel bleu les accueillaient chaleureusement malgré l'air hivernal. Sirius ferma les paupières et respira à plein poumons comme s'il avait retenu sa respiration depuis le matin. Ou même... depuis son réveil dans la cellule du manoir Malfoy. Depuis quand n'avait-il pas respiré avec une telle liberté ?

Lucius se racla la gorge. Il regardait ses chaussures et enlevait du bout de sa canne des tâches invisibles sur le sol. « Hum..., fit-il d'une voix mal assurée. Merci... D'être intervenu, j'veux dire ». Sirius se fendit d'un large sourire. Pourquoi Malfoy l'attendrissait ? Il avait ce truc attachant du gars qui n'a jamais vraiment su comment faire avec les émotions humaines... Sirius haussa les épaules sans se défaire de son sourire : « T'avais pas l'air confortable dans cette position », dit-il avec humour. En voyant le rouge monter aux joues de Malfoy, il prit un malin plaisir à aggraver sa gêne en lui donnant une tape sur la fesse.
« Allez, on rentre », déclara-t-il en s'éloignant sans voir que Lucius fermait les yeux et se mordait la lèvre.

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Sirius n'aurait su dire pourquoi, mais les jours suivants, il se sentit enjoué et plein d'énergie. Un rien l'amusait. Il avait envie de parler, de se promener, de flâner comme lorsqu'il était élève à Poudlard et qu'il partait marauder avec ses amis. Il avait envie de manger, d'écrire ses commentaires à Charlie, de... réaménager le manoir, tiens !

Lucius l'avait d'abord regardé avec un air sceptique et avait voulu fuir dans sa chambre pour reprendre leurs bonnes habitudes d'ignorance feinte. Mais Black l'avait retenu par le bras. « T'es bipolaire, ma parole », s'était exclamé Lucius en se dégageant d'un geste vif. Il ne savait plus trop s'il préférait la version éteinte ou la version sociable de Sirius. Certes, l'idée de voir son colocataire plus souvent le remplissait d'une joie inavouable. Mais dans cette nouvelle configuration Black devenait de plus en plus familier et multipliait inconsciemment les contacts physiques. Lucius passait ses journées à tenter de dompter les papillons qui lui chatouillaient constamment le bas ventre !

OoOoOo

Sirius était assis en tailleur au milieu de ce qui était anciennement une salle de torture. Il venait d'ouvrir les rideaux et un nuage de poussière flottait encore dans la pièce alors que la lumière du jour pénétrait pour la première fois depuis des années. Lucius resta à l'entrée, observant Black qui lui tournait le dos, penché sur des parchemins posés à même le sol. Sirius se redressa, passa une main dans ses cheveux poivre et sel. La mèche qu'il venait de dégager retomba sur le devant de son visage presque aussitôt, indomptée.

Il se retourna vers Lucius. « Viens », fit-il, la plume à la main, en lui faisant signe d'approcher comme s'il était un enfant inoffensif ou pire... un ami. « J'ai dessiné des plans », expliqua-t-il en poussant les parchemins vers Lucius qui s'accroupit à côté de lui. « Dis-moi ce que tu préfères ».

Lucius fit une moue dédaigneuse. Il cherchait une remarque cinglante à faire. Mais Sirius continua sans se rendre compte de son hostilité. « Celui-là est pas mal, je trouve. Ça permettrait d'avoir un accès direct à la cuisine juste à côté. J'me suis inspiré des magazines moldus. C'est très tendance. ». Il parlait d'une voix posée. C'était peut-être la première fois qu'ils avaient une conversation qui n'était pas empreinte d'agressivité. Lucius s'assit et regarda le plan qui proposait de relier les deux pièces. Sirius avait prévu un bar américain à la place du mur. Une table ronde au milieu de la salle à manger. Une ambiance conviviale complètement incongrue pour le manoir habitué à la froideur de l'étiquette aristocrate.

Devant le silence dubitatif de Lucius, Sirius insista : « On pourrait demander à Charlie de venir cuisiner pour nous de temps en temps ? ». Lucius acquiesça presque automatiquement.

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Une alarme tonitruante retentit brutalement dans le manoir, éclairant toutes les pièces dans une lumière rouge et foudroyante. « Un moldu s'approche ! Un moldu s'approche ! », cria une voix féminine en proie à la panique. Lucius sortit de sa chambre pour se précipiter vers la porte d'entrée. Il s'était fait devancer par Sirius qui dégringolait les marches quatre à quatre pour arriver le premier. « Fais taire ce truc, Malfoy », lança-t-il par-dessus son épaule. Lucius leva sa baguette et murmura son mot de passe. Le silence tomba. Sirius ouvrit la porte.

Lucius manqua de s'étouffer. Sur le gravier de SON entrée, stationnait une camionnette jaune et bleue. Deux moldus se tenaient devant la porte. L'un cherchait encore le bouton d'une sonnette qui n'existait pas. L'autre maintenait en équilibre deux énormes cartons posés sur le perron. Jamais, non jamais aucun moldu n'avait osé pénétrer dans la propriété ! D'ailleurs, l'aurait-il voulu qu'il n'aurait pas pu tant la demeure était protégée par une multitude de sorts et de pièges. Par la barbe de Merlin, comment ces deux-là avaient réussi à venir se garer ici ?

Lucius resta interdit, cherchant une explication, avant de remarquer l'air décontracté et serein de son satané locataire. Le traître semblait savoir qui était
« Ikea » et pourquoi cette inconnue avait décidé de livrer deux colis au manoir. Lucius fulminait. Et puis... en y repensant... comment Black avait-il pu défaire les sorts d'invisibilité et de protection alors que lui-même n'en connaissait pas tous les emplacements ?

Sirius attendit que la camionnette sorte de leur champs de vision, actionna sa baguette pour faire voler les colis jusqu'à la nouvelle salle à manger et referma la porte sans prendre le temps de s'inquiéter de l'état de stupéfaction de Lucius. « Viens m'aider », ordonna-t-il simplement.

Après un moment, Lucius finit par le rejoindre plus par curiosité que par réelle envie d'apporter son aide. Sirius avait déballé l'un des cartons en quelques coups de baguette et les planches de ce qui devait être un buffet étaient rangées par taille à côté de petites piles de vis et de boulons. Lucius ouvrit la bouche. La referma. L'ouvrit à nouveau.

« C'est un meuble à construire soi-même, répondit Sirius avant d'entendre la question qui ne venait pas.

- C'est un meuble moldu, surtout.

- C'était moins cher que chez Tours nés fils.

- Mais c'est en pièces détachées.

- Ça doit pas être bien moldu ! Y'a des instructions », dit Sirius en montrant un bout de parchemin pâle où l'on devinait quelques schémas statiques.


Petit chapitre de transition qui sera suivi immédiatement d'un deuxième, indissociable.

Vous sentez la tension sexuelle qui monte ? ^^
RDV au chapitre 8 !