Le jour suivant, Sofia attrapa sa peluche favorite puis descendit de son lit pour aller frapper à la porte de la chambre de sa mère.
- Mama ! Fini dodo ! Lève-toi !
Encore endormie, Callie se tourna dans le lit en ronchonnant et quitta le confort des bras de Sonia pour aller lui ouvrir. Sa mauvaise humeur disparut dès qu'elle se retrouva face au sourire angélique de sa fille qui lui tendit les bras, des mèches de cheveux tombant en bataille sur son visage.
- Tu sais vraiment comment t'y prendre avec ta Mama toi.
Elle la souleva dans ses bras en souriant et embrassa sa joue. Elle retourna se coucher avec elle et l'encouragea à réveiller Sonia qui continuait sa nuit. Sofia s'exécuta aussitôt et secoua la jeune femme en la tapant doucement avec sa peluche.
- Yéveille toi Sonia !
Accoudée, Callie se mit à rire lorsque Sonia ouvrit péniblement les yeux.
- Tu sais que t'es une vraie petite canaille ?, lui dit-elle en lui chatouillant les hanches.
Aussitôt, Sofia se débattit en s'agitant dans tous les sens entre les deux adultes qui continuèrent de l'embêter durant encore quelques minutes avant de partager un moment de tendresse. Cette bonne humeur matinale s'envola dès que Sonia fut bipée. Elle se dépêcha de se préparer puis vint rassurer sa compagne qui avait du mal à cacher le stress qui la tenaillait subitement en pensant à l'épreuve qui l'attendait.
- S'il y a quoique ce soit, n'hésite pas à m'appeler, d'accord ?
- Promis, lui répondit Callie en lui souriant tendrement avant de lui donner une tape sur les fesses. Dépêche-toi d'aller sauver des vies.
Sonia déposa un baiser sur ses lèvres puis embrassa la joue de Sofia avant de partir. Callie se tourna alors vers sa fille qui se prélassait toujours à ses côtés dans son lit.
- On va peut-être se préparer nous aussi, hein ?, lui annonça-t-elle en frottant affectueusement son ventre. Qu'est-ce que t'en dis ?
- Oui ! On prépare !, accepta-t-elle en se mettant debout sur le lit avec sa peluche.
Sa mère se leva et Sofia se jeta dans ses bras en riant. Lorsqu'elles quittèrent leur appartement, Callie fixa avec nostalgie la porte en face de la sienne. En ce jour qui s'annonçait rude, elle regrettait particulièrement l'absence de son meilleur ami.
Flash-Back
Cela faisait une semaine que Callie et Arizona avaient pris leur fonction au sein du Seattle Grace Mercy West. Quelques semaines après l'accident, Callie avait avancé l'idée de quitter John Hopkins pour exercer dans un autre hôpital alors que sa compagne semblait sombrer lentement dans la dépression et qu'elle s'obstinait à refuser l'aide d'un psychologue. Elle avait besoin de retrouver la femme dont elle était tombée amoureuse et ce n'était pas en restant sur le lieu du drame qu'Arizona parviendrait à faire le deuil de leur fils. Elle avait fait part de leur désir à leur chef qui regrettait cette décision mais la comprenait au vu des évènements. Il les avait convoquées un matin pour leur faire part d'une opportunité qui se présentait à elles. Un de ses vieux amis, le Docteur Webber, était à la recherche de titulaires et des postes étaient à pourvoir au sein de son hôpital à Seattle. Un emploi dans une autre ville allait au-delà des espérances de Callie qui s'était empressée d'accepter cette offre, Arizona s'étant contentée de suivre sa décision. Cependant, si depuis leur arrivée sur le plan professionnel, la jeune cubaine s'épanouissait, sur le plan personnel, sa relation avec Arizona continuait de s'ébrécher. Elle n'était cependant pas décidée à renoncer à sauver son couple et continuait à redoubler d'efforts. En sortant du travail ce soir-là, elle acheta une pizza ainsi qu'un pack de bière puis passa louer un film. Elle espérait ainsi renouer le dialogue avec sa petite amie mais à peine eut-elle franchi la porte qu'elle fût de nouveau confronter à une Arizona impassible.
- Je nous ai pris une pizza et de la bière, je me suis dit que ça faisait longtemps qu'on ne s'était pas fait une soirée toutes les deux.
- J'ai déjà mangé, lui apprit froidement Arizona sans quitter des yeux l'écran de son ordinateur.
Même si elle était habituée à cette hostilité, Callie n'en restait pas moins affectée à chaque fois mais elle ne se découragea pas.
- Bon et bien… on peut au moins regarder un film ensemble. J'ai loué « Beaches », ça doit bien faire des années qu'on ne l'a pas regardé !
Arizona soupira, faisant ainsi comprendre à sa compagne que son insistance l'agaçait et qu'elle n'aspirait qu'à être seule. Epuisée, Callie préféra ne pas aller au-devant d'un conflit cette fois-ci et se résigna à battre en retraite.
- Je vais aller offrir cette pizza à Mark, au moins elle ne sera pas perdue.
- Evidemment, persifla Arizona en continuant de fixer son écran.
Callie se retourna.
- Je te demande pardon ? T'es décidée à parler maintenant ?
Devant cette riposte inattendue, Arizona lui décocha un regard glacial. Callie lui en renvoya un aussi intense.
- Je crois que tu n'as vraiment aucun commentaire à faire sur les relations que j'entretiens avec nos collègues. Si tu étais un peu plus aimable, c'est avec toi que je passerais cette soirée.
A bout de nerf, la jeune femme quitta son appartement pour frapper à la porte de son voisin.
- Désolée de te déranger. J'avais acheté cette pizza mais finalement, Arizona et moi on n'a plus très faim alors je me suis dit que je pourrais t'en faire profiter.
La peine était visible dans le regard de Callie. Depuis leur arrivée, Mark était le témoin privilégié de leurs disputes et il se doutait qu'elle commençait à suffoquer dans sa relation malgré l'amour incontestable qu'elle portait à sa petite amie.
- Tu pourrais la manger avec moi sinon. Je suis certain qu'elle te fait envie.
Callie jeta un bref regard en direction de la porte de son propre appartement. Si elle acceptait, elle avait le sentiment qu'elle abandonnait sa compagne mais son besoin d'échapper à son quotidien le temps d'une soirée fut le plus fort.
- Je suis affamée, reconnut-elle d'un petit sourire.
Mark lui céda le passage et l'invita à rentrer. Il attrapa un couteau et s'installa avec sa voisine sur le canapé pour déguster la pizza.
- Tu sais, je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas mais tu ne devrais pas la laisser te traiter ainsi.
- Elle en a le droit…
Mark lui adressa un regard interrogateur.
- Je ne suis pas prête à en parler….
Au cours de cette soirée, Callie avait pu longuement se confier, sans jamais révéler la source du conflit entre sa compagne et elle. Mark l'avait écoutée, conseillée puis lui avait proposé de renouveler ce genre de soirées lorsqu'elle en ressentirait le besoin. Dès lors, il était devenu son confident privilégié, celui vers qui elle s'était tournée dès qu'elle avait eu un moment difficile.
Fin Flash-Back
- Mama ! On doit pati !, lui rappela sa fille en tirant son pantalon.
Callie mit de côté son chagrin pour lui sourire et prit sa main pour se diriger vers l'ascenseur. Elle hissa Sofia pour lui permettre d'appuyer sur le bouton puis elles entrèrent dans la cabine lorsque les portes s'ouvrirent.
Au même moment, Arizona s'imaginait mille scénarios différents dans l'avion qui la conduisait à Seattle. A ses côtés, Lauren s'était assoupie. Elle aurait aimé parvenir à en faire de même mais son esprit était bien trop préoccupé pour le lui permettre. Entre sa peur de l'avion et ses retrouvailles avec Callie qui se rapprochait au fil des minutes qui s'égrenaient, sa fatigue ne faisait pas le poids. Alors que son regard fixait l'étendue de nuages à travers le hublot, sa main jouait nerveusement avec le bracelet qu'elle avait trouvé sous son oreiller à son réveil, dernier cadeau que lui avait réservé Lauren pour son anniversaire. Ce geste ne passa pas inaperçu auprès de sa compagne lorsqu'elle ouvrit les yeux. Cette dernière saisit sa main pour la caresser du pouce. Arizona lui offrit alors un sourire rassurant mais intérieurement, elle resta tourmentée jusqu'à ce que l'avion atterrisse à Seattle. Elles passèrent déposer leurs bagages à l'Archfield où elles avaient réservé une chambre puis prirent la direction du Grey Sloan Memorial. Arizona observa la silhouette imposante du bâtiment qui se dressait devant elle. Près de quatre ans s'étaient écoulés et pourtant, d'extérieur, rien ne semblait avoir changé. Seul le nom ornant la façade témoignait du changement qu'il s'y était produit. Dans le hall, Owen Hunt accueillit les deux jeunes femmes en leur présentant le Docteur Barnett sous les ordres duquel il était prévu qu'elles travaillent puis ils entamèrent ensemble la visite en commençant par les Urgences. Le but était clairement de les séduire. Hunt insista avec fierté sur l'équipement moderne dont s'était doté l'hôpital depuis son rachat. Arizona était impressionnée par toute cette technologie de haute pointe mais son futur environnement de travail n'était pas au cœur de ses préoccupations. Alors qu'il les assommait d'explications, elle guetta discrètement les alentours en s'attendant à voir surgir Callie à tout moment. Les résidents les plus anciens la reconnurent aussitôt et les chuchotements se multiplièrent jusqu'à parvenir à Sonia qui s'occupait d'un patient. Tout en continuant ses soins, elle scruta du regard cette femme qu'elle avait été curieuse de rencontrer.
Dans une salle de scanners, Callie interprétait des radios, du moins elle essayait car son esprit avait du mal à se concentrer sur la colonne vertébrale de son patient. L'avion d'Arizona s'était posé il y avait plus d'une heure, nul doute que son ex devait se trouver dans le bâtiment à cette heure-ci. Soudainement, elle entendit des pas derrière elles puis reconnut les voix masculines qui les accompagnaient. Elle ferma les yeux un instant : le moment tant redouté était arrivé. Elle se retourna lorsque les visiteurs pénétrèrent dans la salle. Arizona franchit la porte en dernier. Immédiatement, son regard accrocha celui de son ex. Toutes deux sentirent le rythme de leur cœur s'accélérer, cette sensation de chaleur familière au creux du ventre, ce magnétisme évident qui existait entre elles deux depuis leur adolescence mais également à présent cette animosité que le temps passé n'était pas parvenu à effacer. Owen fut embarrassé par ces retrouvailles quelque peu anticipées et prit la parole afin d'éviter un éventuel règlement de comptes en sa présence mais ignorant le lien qui unissait Arizona et Lauren, son intervention ne fit qu'accentuer la tension existante.
- Docteur Torres, je vous présente le Docteur Boswell dont je vous avais parlé.
Callie quitta du regard son ex pour concentrer son attention sur Lauren. Lorsqu'elle avait appris leur relation, sa curiosité l'avait amenée à consulter Internet pour mettre un visage sur ce prénom qu'elle avait haï. Elle avait dû admettre que la jeune femme était très séduisante mais physiquement, elle était tout son opposé. Elle avait alors voulu voir dans ce flirt une simple manière pour Arizona de tenter de l'oublier, tout comme elle avait essayé avec Mark, preuve qu'elle avait alors encore selon elle une place dans les pensées d'Arizona mais lorsque leur relation avait perduré, elle avait dû accepter le fait qu'elle avait définitivement perdu sa petite amie. Même si ses sentiments pour elle avait disparu aujourd'hui, elle gardait ce ressentiment envers cette ancienne rivale qui avait précipité selon elle la fin de leur relation. Elle lui avait « volé » Arizona, la possibilité de la reconquérir à son retour et elle comptait bien lui faire comprendre qu'elle ne l'avait pas du tout apprécié. De son côté, Lauren était prête à faire les efforts nécessaires pour entretenir des rapports cordiaux avec la jeune femme, par respect pour Arizona, mais ses bonnes intentions se heurtèrent rapidement à l'hostilité de sa future consœur.
- Je suis ravie de faire votre connaissance. J'ai appris ce que vous et vos collègues avez fait pour cet hôpital, c'est remarquable.
Callie serra poliment la main qui lui était offerte.
- J'ai lu votre C.V., nul doute qu'avec un parcours comme le vôtre, votre expérience sera bénéfique à l'hôpital, tout comme votre renommée. Je suis certaine que vous vous intègrerez parfaitement parmi nous. Le Docteur Robbins se fera certainement un plaisir de s'en charger personnellement….
Callie lança un regard froid en direction d'Arizona qui prit sur elle pour ne pas répliquer à son attaque devant ses futurs supérieurs, en particulier le Docteur Barnett qui commençait à perdre patience. Owen, lui, s'interrogea sur l'origine de cette tension entre les trois jeunes femmes. Mieux valait-il poursuivre la visite aussi invita-t-il les deux jeunes femmes à le suivre pour se diriger vers le service de chirurgie pédiatrique.
- J'ai besoin de dire quelques mots au Docteur Torres auparavant, l'informa Arizona sans quitter des yeux la cible de ses futurs reproches.
Lauren posa brièvement une main sur son épaule pour lui intimer de rester calme puis suivit les deux hommes. Callie croisa les bras en signe de défi dès qu'elles se retrouvèrent seules.
- C'est toi qui es à l'origine de ce plan pour me faire revenir travailler ici ?
Callie étouffa un rire.
- Toujours aussi centrée sur toi-même à ce que je vois. Tu me crois aussi désespérée que ça ? Rassure-toi, j'arrive très bien à vivre sans toi.
Callie avait conscience que son ton était agressif mais l'attaque était pour elle la meilleure des défenses. Elle avait besoin de faire comprendre à Arizona qu'elle lui en voulait et malgré elle, elle souhaitait lui faire autant de mal qu'elle lui en avait fait. Arizona fit face à cet affront avec calme.
- Owen m'a appris que c'était ton père qui avait fourni à l'hôpital les fonds nécessaires pour le programme et mon embauche, justifia-t-elle son accusation d'un ton plus sec.
- Crois-moi, j'ai été aussi stupéfaite que toi en apprenant ce que mon père avait manigancé dans mon dos. Il a financé tes études alors que tu avais refusé, tu es bien placée pour savoir que lorsqu'il a une idée en tête, il va jusqu'au bout sans tenir compte de nos avis.
Arizona le lui concéda.
- Je peux comprendre que mon retour ne te fasse pas plaisir, je te cache pas que moi-même j'ai longuement hésité avant d'accepter ce poste mais je pensais qu'on agirait en adultes toutes les deux. Nos problèmes ne regardent que nous alors évite de les exposer devant mes futurs supérieurs et surtout ne t'en prends pas à Lauren, elle n'y est pour rien. Au contraire, remercie-la car sans elle, je ne serais peut-être pas ici aujourd'hui.
Arizona adressa un dernier regard lourd de reproches à son ex et sortit. Elle s'autorisa enfin à laisser couler les larmes qu'elle avait retenues tout le long de leur confrontation et se hâta de les faire disparaître. La douleur était aussi vive qu'elle l'avait imaginée. Tout ressurgissait : la perte de son enfant, sa rancœur envers Callie, le souvenir de leur relation qui était devenue destructrice. Elle commençait à remettre en cause sa décision, revenir à Seattle n'était peut-être pas une si bonne idée.
