Bonjour à toutes et à tous!
Voici le chapitre 7! Ca commence à prendre forme, on y croit!
Merci pour vos reviews, elles me touchent énormément, j'apprécie vraiment que vous preniez le temps de me donner vos avis!
Merci à Sevy: tes reviews me vont toujours droit au coeur, merci beaucoup de ton assiduité, j'espère que le chapitre te plaira autant que les précédents!
Merci à Kotias : je suis vraiment heureuse que tu aies apprécié les lettres, j'espère que tu prendras toujours autant de plaisir à lire les répliques de Drago et ce qu'il pense réellement!
Je remercie également toutes les personnes inscrites sur fanfiction et auxquelles je réponds par mp: merci merci à vous!
Merci à vous, chers lecteurs, sans vous, cette fiction serait bien triste, toute seule dans un pauvre coin d'ordinateur, à vaciller entre le bureau et mon programme word... *sniff*
Bon, sur ce, bonne lecture! ^^
Chapitre 7 : A pile ou face
Assis derrière son large bureau d'ébène, un vieil homme se lissait soigneusement la barbe en fronçant les sourcils. Plusieurs petits insignes brillaient devant lui et de son autre main préalablement carbonisée, il tenait une plume chatoyante qui effectuait plusieurs arabesques au-dessus d'une liste de noms d'élèves de sixième-année.
Le sorcier aux longs cheveux argentés semblait profondément concentré. Qui allait-il placer aux postes de préfets cette année ? A Poufsouffle, aucun problème : Ernie Macmillan et Hannah Abbot resteraient préfets. A Serdaigle, Anthony Goldstein et Padma Patil avaient assumé leurs fonctions avec brio, il ne voyait pas pourquoi cela changerait cette année. Non, ce qui le perturbait était les deux dernières maisons de son école : à Gryffondor, que choisir ? L'envie de placer Harry Potter au poste de préfet le tiraillait vraiment, après tout, il était le plus préposé. Mais il avait déjà offert ce poste à Ronald Weasley l'an dernier. Ne le prendrait-il pas mal de se voir supprimer ce privilège ? Surtout pour un fils cadet qui passe dans l'ombre de tous ces frères… Et il n'était juste pas pensable d'enlever cet honneur à Hermione Granger, peu importe qu'elle aidât Drago Malefoy. Quoique… Mais non, il fallait la parité des sexes. Il secoua vivement la tête : tant pis, Hermione Granger resterait préfète.
Dumbledore poussa un long soupir. Son attention se reporta sur la maison Serpentard. Le choix se corsait. Pansy Parkinson avait plus ou moins été à la hauteur de son rôle, il ne voyait pas de raison de lui enlever ce privilège. Mais Drago Malefoy… Le directeur eut un regard sévère. Drago Malefoy de nouveau préfet ? Et puis quoi plus encore ? Bien qu'il se sacrifiât pour lui, il ne fallait quand même pas qu'il ait tous les droits : c'est donc avec un petit sourire sadique qu'il décida de ne pas le nommer préfet cette année. Basse vengeance ? Grand sens de l'humour plutôt. Il réfléchit : si on lui demandait la raison, qu'allait-il pouvoir expliquer ? Il repensa aux événements de l'an dernier : bien sûr, la Brigade Inquisitoriale serait une bonne excuse. Il avait entendu parler de la dernière idée farfelue de Dolores Ombrage, qui avait démonté l' « Armée de Dumbledore ». A cette appellation, il eut un sourire, qui se perdit très vite dans sa longue barbe. Pansy Parkinson aussi en avait été membre, fallait-il qu'il changeât aussi son insigne ? Dumbledore eut un sourire amusé : cette année, tant pis, il n'y aurait aucun préfet à Serpentard. Il se reprit bien vite : c'était impossible. Il regarda plus sérieusement la liste qui s'imposait devant lui. Entre Théodore Nott et Blaise Zabini, lequel était le moins pire ? Bien que Dumbledore ne fût pas un homme porté par les préjugés et les ragots, il hésita à choisir de nouveau un fils de mangemort. Il nomma alors à contrecœur Blaise Zabini. Et si on lui en demandait la raison, il dirait simplement que le jeune homme avait trop usé de ses privilèges.
Hermione reçut le grand duc avec colère ce matin-là. Et les derniers échanges avec Malefoy avaient une part de responsabilités majeure dans sa mauvaise humeur. Comment avait-il pu ? Il allait avoir son poste de préfète. Il allait pouvoir de nouveau terroriser les première-année et faire la pluie et le beau temps dans la Salle Commune. Et elle ne pourrait rien faire, car il n'y avait rien dans la lettre de Poudlard à part la liste des fournitures. Rien. Pas le moindre petit insigne. Dumbledore devait vraiment être en colère pour ne pas renouveler son rôle. Elle trouva cela justifié, le Serpentard étant un piètre préfet, mais elle trouvait simplement que ce n'était pas juste quand cela se passait l'année où elle allait être enfermée dans ce corps. Elle froissa le parchemin en engloutissant avec fureur une tartine de confiture de fraises.
Les résultats de Malefoy qu'elle avait reçus l'avaient plutôt dégoûtée : son air hautain puisait malheureusement dans une certaine crédibilité, étant donnée leur qualité. A part en « Soins aux créatures magiques », il avait de nombreux « Optimal » et le reste n'était que des « Efforts exceptionnels ». Elle fut cependant soulagée de s'apercevoir que les siens étaient meilleurs. Et surtout, elle n'avait pas l'humiliation de se retrouver avec un « Troll » sur son bulletin de notes. Quand même, il existait une justice !
Les dernières missives de Drago Malefoy l'avaient un peu déstabilisée : entre prendre des cours de magie noire alors qu'elle s'en savait totalement incapable et devoir utiliser un des trois sorts impardonnables, elle ne savait plus que faire. C'était fini : elle n'aurait plus jamais droit à une quelconque rédemption que ce fût.
Narcissa n'était pas au petit-déjeuner avec elle, ce matin. Elle avait reçu une lettre elle aussi et s'était aussitôt empressée d'y répondre, quittant précipitamment la pièce. A voir la fébrilité de cette femme imposante ouvrir le parchemin et perdre son masque de froideur, ce devait être une bonne nouvelle. Peut-être une lettre de son fils. Hermione haussa les épaules. Elle repensa aux événements précédents : notamment, quand elle avait dû annoncer à Mrs Malefoy que son fils voulait qu'elle lui apprît le sortilège d'Imperium. Cette fois-ci aurait été comique, si seulement cela s'était passé dans différentes conditions.
Narcissa n'avait rien dit, avait simplement jeté sur elle son regard glacial, déchiffrant si elle se moquait ou si elle était sérieuse. A l'évidence, Hermione Granger ne parlait pas à la légère de magie noire.
Elles s'étaient donc retrouvées dans le grand parc, en face à face, chacune une baguette dans les mains. Hermione s'était demandé comment allaient tourner les choses, mais essayait de garder un masque impassible sur le visage, comme Narcissa lui avait si souvent montré.
- Tout d'abord, vous devez savoir plusieurs choses avant de jeter ce genre de sortilèges : la magie noire est plus puissante que la magie blanche pour certaines raisons. Lesquelles ? demanda sèchement Narcissa, sur un ton semblable à celui de McGonagall.
- Leurs sorts sont plus… douloureux ? répondit timidement Hermione (pour la première fois, elle séchait devant une question).
La blonde qui lui faisait face eut un rictus de mépris devant la platitude de la réponse. Mais elle s'abstint de tout commentaire.
- La magie blanche se repose sur de la pratique et de la théorie. En somme, il faut connaître l'incantation. Puis, plus vous pratiquez un sortilège, plus vous gagnez en puissance. Il s'agit de précision, de savoir-faire et de répétition.
Hermione hocha la tête, l'air très concentré.
- La magie noire, reprit Narcissa, l'air pincé (qui aurait cru un jour qu'elle allait enseigner de la magie noire à une née-moldue ?), c'est un peu plus compliqué. C'est tout ça en même temps, mais c'est surtout basé sur le ressenti. Ce sont des sortilèges qui puisent dans les sentiments profonds du sorcier pour les reproduire sur la victime. Par exemple, dans les sortilèges impardonnables, le plus mortel puise dans l'envie de voir mourir la victime. Pour le doloris, c'est la même chose, il faut avoir envie de faire souffrir l'autre pour que le sortilège soit puissant et efficace. Pour l'Imperium, c'est légèrement différent. Il faut être convaincu à la base qu'on est supérieur à la victime. Une fois qu'on est en position de force, il suffit juste de lui ordonner ce que l'on souhaite. La plupart de ces victimes sont faibles, n'ont pas vraiment d'estime personnelle, il est donc facile de les manipuler à sa guise. Avez-vous saisi, Miss Granger ?
Le grand blond acquiesça, le visage fermé : la magie noire était vraiment écœurante. Il fallait éprouver du plaisir de voir l'autre faible, éprouver l'envie de le tuer ou éprouver des sentiments de puissance supérieure aux autres. Pas étonnant que tous les mages qui ont choisi la voie du mal viennent de branches aristocratiques ou soient des sang-pur : ces valeurs leur sont déjà inculquées depuis leur plus jeune âge. Hermione réprima un frisson.
- Si vous avez compris, la coupa Narcissa dans ses réflexions, je vais d'abord vous montrer les effets de l'Imperium, afin que vous puissiez pleinement comprendre ce que je viens de vous expliquer. Etes-vous prête ?
Hermione hocha la tête et soudain, tout tourna. Avant de pouvoir se préparer, son agresseur avait lancé le sortilège et elle eut l'esprit totalement vide. Sa raison, sa conscience, son pouvoir de décision avaient disparu. Ne restaient qu'un profond sentiment de faiblesse, une obéissance démesurée face à la personne qui soudain se tenait devant elle et la toisait avec suffisance. Comme elle se trouvait vile, soudain, laide, nulle, comme elle dévorait des yeux cette femme si sûre d'elle, si supérieure. Avait-elle jamais osé penser qu'elle lui était égale ?
- Bien, très bien, Miss Granger, susurra une voix dans son cerveau, et il lui sembla que la voix était même interne, en elle. Maintenant, faîtes trois fois la roue et deux fois le poirier.
La roue ? pensa Hermione, mais je ne sais pas faire la roue, moi. Je n'ai jamais été douée en sports quand j'étais dans mon école moldue… Pourtant, à sa grande stupéfaction, elle sentit son corps bouger et effectua avec grâce trois roues et deux équilibres. Hermione ne comprenait plus rien, son corps entier lui criait d'obéir à cette créature si fascinante et si merveilleuse qui était devant elle. Et elle s'exécutait, l'esprit vide, incapable de réagir.
- Bien, reprit la voix doucereuse qui remplissait son cerveau, maintenant, Miss Granger, pourriez-vous me réciter tous les sortilèges que vous connaissez ?
Incapable de résister, Hermione ouvrit la bouche, mains derrière le dos, comme une enfant récite ses tables de multiplications. Intérieurement, elle ne comprenait plus rien, elle se pliait aux ordres de sa nouvelle maîtresse et rien ne lui importait plus que de lui plaire.
La liste des sortilèges était longue et Narcissa eut un mouvement d'énervement.
- Bien, c'est très bien, Miss Granger, reprit-elle, d'une voix sucrée. Maintenant, trouvez une façon de vous donner la mort ici-même.
Hermione ouvrit de grands yeux : qu'est-ce que c'était que cette sensation ? Elle regarda autour d'elle : où trouver un moyen de se suicider ici ? Et alors elle comprit. Ses propres mains encerclaient son cou et commençaient à l'étouffer. Elle regarda d'un air horrifié la grande femme qui n'esquissait aucun geste pour la sauver. Lentement, elle sentait sa respiration diminuer, son cœur s'accélérer…
- Il suffit !
Instantanément, la raison, la conscience et le pouvoir de décision avaient réapparu et son cerveau se trouva très encombré, très lourd et très étourdissant.
Chancelante, Hermione tomba dans l'herbe, en toussant bruyamment, la tête contre le sol. L'air rentrait librement dans ses poumons et son cœur battait la chamade. Elle jeta un regard apeuré à Mrs Malefoy qui conservait un visage glacial en fixant le garçon blond qui était à terre.
- Le sortilège d'Imperium, expliqua-t-elle en se rapprochant, sa longue robe noire bruissant dans l'herbe, est un sortilège qui absout tout désir personnel de la victime. Il existe plusieurs paliers dans ce sort et voici le premier : la victime a conscience de ce qu'on lui demande mais ne peut qu'obéir. Pour réussir à maîtriser ne serait-ce que ce premier stade, il faut beaucoup d'entraînement et je pense que ce sera suffisant pour vous. La personne vous voit comme un être infiniment supérieur et absolument intouchable qu'elle doit combler peu importe comment.
Hermione toussotait toujours. Ses yeux roulaient dans ses orbites et des larmes commençaient à noyer ses yeux de cendre.
- Vous devez d'abord faire le vide en vous, poursuivit Mrs Malefoy d'un air indifférent, puis augmenter grandement votre assurance, épancher votre estime personnelle et enfin trouver la personne en face de vous infiniment plus inférieure. Une fois cela fait, lancez le sort. Conservez ces sentiments et ordonnez à la personne tout ce que vous désirez qu'elle fît pour vous. La théorie est simple.
Le grand blond qui essayait de se relever tant bien que mal réfléchissait très vite à tous ces conseils et ne put que constater avec désespoir et accablement que jamais, il ne pourrait lancer un sort pareil à quelqu'un. Non seulement Hermione Granger était trop empathique, mais elle avait aussi une confiance en elle-même qui avoisinait les moins quarante. Comment pourrait-elle jamais se trouver supérieure à quelqu'un d'autre ? Elle commença à ouvrir la bouche, pour lui annoncer avec hébétement qu'elle abandonnait l'apprentissage.
Mais Narcissa ne semblait pas de cet avis et un mulot arriva vers elle, flottant dans les airs par un sort d' « accio ». Il atterrit dans les mains de Mrs Malefoy qui l'attrapa sans ménagement et le fourra sous le nez d'Hermione.
- Maintenant, à votre tour, lâcha-t-elle sans appel, en même temps que le mulot qui lui jetait des regards terrifiés.
Reprenant avec difficulté sa respiration, chancelant encore légèrement, Hermione baissa son regard vers le rongeur apeuré et son cœur se serra. Elle fit le vide dans son esprit. Surtout, se sentir supérieur, se sentir supérieur. Puis, elle leva sa baguette.
- Impero !
Il faut avouer, quand même, qu'il n'y avait pas besoin d'une grande estime de soi-même pour se sentir supérieur à un mulot. Aussi, le sortilège fonctionna plutôt bien et Hermione réussit à faire danser une mazurka à la souris complètement transportée.
Elle libéra le mulot de son emprise et il fila à une vitesse éclair.
En jetant un œil craintif à Narcissa, Hermione s'aperçut que cette dernière semblait satisfaite de ce premier essai.
- Bien, à présent, nous allons passer à plus gros, déclara-t-elle sans autre mot de félicitation.
Hermione déglutit difficilement, s'attendant à devoir s'essayer sur un être humain. Mais ce ne fut qu'un hibou qui piqua en plongée vers elles. Elle reproduit le même procédé et le hibou mima une brasse crawlée à même le sol.
Bien que les ordres que donnait le garçon blond fussent très gentillets, Narcissa ne dit rien, à l'évidence ravie qu'il apprît aussi vite.
- C'est très bien. Voyons voir ce que vous pouvez faire avec ceci à présent. Bugsy ! s'écria-t-elle.
Aussitôt après un pop sonore, l'elfe de maison apparut et s'inclina très bas aux pieds de sa maîtresse. Hermione jeta à cette dernière un regard d'effroi : était-ce une plaisanterie ? Allait-elle devoir s'entraîner sur un elfe de maison ? Non, jamais, absolument impensable.
Voyant l'hésitation de son élève, Narcissa fronça les sourcils.
- Hé bien ? dit-elle dans une moue d'impatience en réponse à son silence prolongé.
Hermione pesa le pour et le contre : mettre en colère l'épouse Malefoy alors que celle-ci l'aidait justement pour la mission qu'elle devait réaliser avec son fils ? Ou conserver ses valeurs envers les elfes de maison qui jusqu'à preuve du contraire se moquaient éperdument de leurs conditions et revendiquaient leur esclavagisme ? Une entorse à ses valeurs aurait un impact moins néfaste et plus bref dans sa vie future que se mettre à dos Narcissa. A contrecœur, Hermione leva sa baguette magique et lança le sort. Mais il ne réussit qu'à moitié : Bugsy resta en effet béat, ses grands yeux de chauve-souris larmoyants, figés et vides. Son corps immobile était désormais semblable à celui d'une statue.
Horrifiée, Hermione se tourna vers Narcissa qui croisait les bras, dans une expression peu émotive, comme si elle s'y était attendue.
- C'est normal, dit-elle simplement. C'est la première fois sur un être capable de parler, de penser et de réfléchir. Retenez bien, Miss Granger. Voici l'effet d'un imperium mal lancé : la victime perd totalement conscience de tout ce qui l'entoure. Si jamais un cas similaire arrive à un humain, il faut aussitôt le désenchanter, sinon les séquelles sur son cerveau sont irrémédiables.
Sur ces paroles, elle libéra l'elfe de l'emprise du maléfice et intima à Hermione de recommencer. Mais peu importe le nombre de fois qu'elle s'y essaya, la victime redevenait parfaitement immobile et inutile. Ce petit manège durait depuis un bon moment, et malgré toute la patience dont Narcissa faisait preuve, elle commençait à s'énerver doucement, bien qu'Hermione s'excusât platement à chaque fois.
- Ce n'est pas en un jour qu'on arrive à maîtriser ce sortilège. Mais laissez-moi vous dire que si vous avez des difficultés sur un elfe de maison, je n'ose imaginer ce que ce sera sur un être humain, dit Mrs Malefoy dans un geste de dédain. Continuez à vous entraîner jusqu'à ce que vous y arriviez.
Et sans un mot de plus, elle avait tourné les talons et regagné le manoir, la laissant seule et désemparée au milieu de la pelouse à torturer Bugsy.
Un peu plus tard dans la matinée, Narcissa redescendit l'escalier de pierres, l'air très content. Elle venait de recevoir une missive de son fils qui lui donnait des nouvelles et lui demandait surtout de lui envoyer une bourse de gallions afin de faire ses achats au Chemin de Traverse. Elle venait de répondre et semblait soulagée de voir que tout se passait bien, malgré la situation dans laquelle ils se trouvaient et si on pouvait considérer qu'ainsi, les choses pouvaient aller « bien ».
En la voyant, Hermione fit part à Narcissa des nouvelles par hibou en provenance du Terrier, lui annonçant que les Weasley comptaient se rendre au Chemin de Traverse le samedi suivant. Celle-ci acquiesça et convint de s'y rendre également ce jour-là.
- Avez-vous réussi votre sortilège d'Imperium ? demanda poliment Narcissa, mais sans grande conviction.
A voir le temps de réaction d'Hermione, il était évident que la réponse était négative. Celle-ci voulut protester, expliquer qu'entre la recherche de solutions pour tuer Dumbledore sans le tuer vraiment, les méthodes pour faire rentrer les mangemorts dans l'enceinte de l'école, et la façon de communiquer avec Malefoy quand ils seront à Poudlard, le sortilège d'Imperium avait brutalement été relégué au rang des choses moins importantes. Surtout s'il s'agissait de torturer l'elfe de maison familial.
Narcissa avait bien compris qu'Hermione entretenait une certaine empathie envers ces créatures, même si elle ne comprenait pas son point de vue. Peu importait, le sortilège devait être réussi, s'ils voulaient continuer leurs plans.
Elle se leva, légèrement contrariée et son regard se perdit sur une brochure ministérielle violette qui traînait à côté de la plume d'Hermione Granger.
- Qu'est-ce ? demanda-t-elle pour changer de sujet, en prenant la plaquette avec précaution.
- Les nouvelles règles de sécurité du ministère, soi-disant pour protéger les familles de Voldemort, dit Hermione d'un ton laconique.
Mrs Malefoy tressaillit au nom du mage noir et parcourut rapidement la brochure : des conseils contre les mangemorts ? Une interjection de mépris s'échappa de ses lèvres en voyant quels conseils le ministère prodiguait. Pas étonnant qu'ils ne soient vus que comme une bande d'incompétents.
- D'où ça vient ? questionna-t-elle froidement en froissant le dépliant.
- Mal… Votre fils me l'a envoyé. Sans doute pour nous faire rire, souligna Hermione, d'un ton plat et détaché.
A l'évidence, Narcissa trouvait cela aussi drôle qu'Hermione et ne dit rien de plus.
- Continuez donc de vous entraîner sur le sortilège d'Imperium, dit-elle d'un ton autoritaire. Vous en aurez besoin par la suite. Dès que vous aurez la capacité d'ordonner quelque chose à Bugsy, vous pourrez vous entraîner sur un humain.
- Un… humain ? s'enquit Hermione avec une voix un peu blanche.
- Oui, un humain. Je verrais qui fera l'affaire en temps voulu.
Hermione déglutit difficilement. Elle envoya son hibou à Drago Malefoy pour lui confirmer le rendez-vous du samedi à venir, et resta un peu pantelante à la grande table de la Salle à manger. Alors que Narcissa quittait la pièce, Bugsy fit son apparition et Hermione poussa un long soupir de résignation. Elle leva la baguette magique de Malefoy et lança à nouveau le sortilège impardonnable. Son regard se fit un peu plus dur : elle devait y arriver, ils risquaient leurs vies.
Hermione trépignait de joie : elle avait enfin réussi à ensorceler l'elfe de maison. C'était le jour où ils allaient au Chemin de Traverse, et ce matin précisément, elle avait enfin réussi son sort. Elle en fit part au petit-déjeuner à Mrs Malefoy qui ne prit pas la peine de la féliciter, se contentant d'hocher la tête.
- Nous allons passer à un être humain, dans ce cas, dit-elle simplement.
Le sourire d'Hermione se figea et son regard gris se rembrunit. Qui Narcissa allait-elle choisir ? Comment se comporter, cette fois ?
Narcissa ne montrait aucune marque d'affection ou d'empathie envers Hermione et leurs relations étaient distantes et courtoises ce qu'il fallait. Elle tolérait cette née-moldue qui habitait le corps de son fils et vivait sous son toit, pour la simple et bonne raison qu'elle n'avait pas le choix. Elle acceptait de lui parler et qu'elle mangeât à sa table, mais elle ne pouvait encore la considérer comme une proche. Elle se refusait également de la voir comme telle : qu'aurait dit Lucius ? Lui qui était emprisonné par sa faute ? Pourtant, elle sentait bien qu'Hermione Granger n'était pas la personne imbue d'elle-même, revêche et acariâtre dont on lui avait parlé. Elle voyait bien son anxiété, sa politesse, son respect et sa volonté dans ses gestes et dans les divers plans qu'elle élaborait pour se sortir de cette mission. Alors Narcissa restait entre deux balais, ne sachant comment juger cette intruse qui essayait de se faire le plus petit possible, qui avait à cœur de pouvoir résoudre les énigmes en voulant blesser le moins de personnes possible et préférait penser à toutes les solutions avant de foncer dans le tas. Ce qui ne semblait pas très Gryffondor, d'ailleurs. A ce propos, elle devait certainement avoir pensé à leur rencontre avec Drago, quand ils seraient sur place…
- Au fait, Drago sera au Chemin de Traverse en même temps que nous, mais il est certain que nous ne pourrons nous entretenir avec lui intimement. Où comptez-vous le retrouver ? demanda la grande blonde d'un air hautain.
- Chez Madame Guipure. C'est Drago qui a eu cette idée. La boutique est petite, peu de monde pourra être présent.
Narcissa hocha la tête d'un air entendu.
- Il sera certainement accompagné… Et si jamais cela ne tourne pas comme prévu ? Si jamais il y a du monde indésirable ou si jamais nous ne pouvons l'approcher à notre guise ?
- J'y ai pensé, répondit Hermione, vivement. Je pense bien qu'en ces temps-là, Mr et Mrs Weasley ne laisseront jamais Harry, Ron et… Drago… faire leurs courses tous seuls. Je me suis dit que si jamais quelque chose tournait mal, il faudrait faire encore plus de grabuge pour ne pas se faire remarquer.
- C'est-à-dire ? demanda Mrs Malefoy, l'air pincé, ne voyant pas où elle voulait en venir.
- Eh bien…, réfléchit Hermione. Si jamais Harry et Ron sont là aussi, nous devrons les provoquer, de sorte à ce qu'ils soient principalement concentrés sur quelque chose ou quelqu'un d'autre – en l'occurrence, vous – pour me permettre de pouvoir glisser deux mots à votre fils. Cela serait pertinent.
La blonde parut sceptique.
- Vous pensez ?
- J'en suis sûre, dit Hermione, convaincue. Une fois qu'Harry et Ron sont en colère, ils se focalisent sur ce qui les énerve, plus rien ne compte.
Narcissa laissa passer un petit silence. Puis, à contrecœur, elle ouvrit la bouche.
- Très bien… Je vous crois. Faisons comme ceci, dans ce cas-là…
Au matin du samedi, une bourse remplie de gallions que sa mère venait tout juste de lui envoyer par hibou, Drago était impatient de partir, certain qu'il pourrait retrouver sa mère et l'usurpatrice de son corps un moment sur le Chemin de Traverse, au calme, à l'insu des Weasley et de Potter. Aussi, ne se formalisa-t-il même pas lorsqu'il vit apparaître un engin démoniaque des moldus qui avait été entièrement trafiquée pour devenir une « voiture spéciale » du ministère de la Magie et qui les attendait pour escorter principalement le Survivant. Et il ne rechigna même pas à prendre place entre Harry et Ginny. Il fut même surpris du confort d'un tel engin.
- C'est seulement à cause d'Harry, entendit-il dire Mr Weasley qui était assis à l'avant. Harry a droit à la sécurité maximum. Et nous aurons aussi des renforts quand nous serons arrivés au Chaudron Baveur.
Drago jeta un regard au concerné qui restait silencieux : il eut une moue de dédain. Etant persuadé qu'il ne disait mot du fait de son sentiment d'importance, il ne put s'empêcher de le haïr très fort et ses yeux le foudroyèrent sur place. Alors, c'était ça, la vie avec Harry Potter ? Toujours vivre dans l'ombre de sa célébrité ? Passer dans son sillage ? Il réprima un hoquet de désapprobation. Finalement, il se réjouissait de ne pas avoir sympathisé avec lui au cours de ses années à Poudlard.
- Nous y sommes, annonça le chauffeur.
La voiture ralentit dans Charing Cross Road et s'arrêta devant Le Chaudron Baveur.
- Je dois vous attendre. Vous avez une idée du temps que vous allez mettre ?
- Environ deux heures, j'imagine, répondit Mr Weasley. Ah, très bien, il est là.
Ils tournèrent tous la tête vers le trottoir et virent la silhouette gigantesque de Rubeus Hagrid, le garde-chasse de Poudlard. Drago se figea : alors c'était lui le renfort ? Un vulgaire demi-ogre n'ayant aucune compétence en magie ? Il le regarda comme s'il ne s'agissait que d'une erreur de la nature et reporta son attention sur la bourse pleine qu'il tenait entre ses doigts. Glissant un regard suspicieux vers les sorciers présents dans la voiture, il constata que personne ne le remarquait et il sortit le gallion magique de sa poche de pantalon : il abaissa sa baguette et les chiffres changèrent instantanément, indiquant l'heure précise actuelle. Granger était désormais au courant de sa position, le rendez-vous était proche.
Il avait au préalable demandé à Mrs Weasley de s'arrêter chez Madame Guipure en prétextant vouloir renouveler sa garde-robe, ce qui avait beaucoup étonné son interlocutrice. Bien que Drago se moquât éperdument de la couleur des robes de Granger, il lui avait semblé que cet endroit était le plus approprié à des échanges intimes sans être repérés. En effet, l'échoppe de Madame Guipure était étroite, de sorte que peu de monde pouvait y entrer. Si on admettait qu'il soit seul ou accompagné seulement de Mr ou Mrs Weasley, il pourrait facilement leur fausser compagnie pour s'entretenir quelques minutes avec sa mère et Granger.
Il descendit de la voiture, et se tint un peu en retrait d'Hagrid qui n'avait d'yeux que pour Harry.
- Le ministère voulait envoyer une bande d'Aurors mais Dumbledore a dit que je ferais l'affaire, déclara fièrement Hagrid, gonflant la poitrine et glissant ses pouces dans ses poches. Allons-y, maintenant. Après vous, Molly, Arthur…
Drago le regarda d'un air effaré (Dumbledore avait vraiment perdu la raison ! Ce rustre, faire l'affaire ?), mais son expression se perdit dans les cheveux de Ginny qui passait devant lui et disparaissait dans Le Chaudron Baveur.
Le bar était complètement désert et Drago fut un moment rassuré de ne pas avoir à jouer la comédie devant un troupeau de sorciers avides de contempler Harry Potter et ses fidèles serviteurs. Bien qu'il aimât en général l'ambiance confinée du lieu, il fut soulagé de passer directement dans la petite cour glacée derrière la porte de derrière. Hagrid leva son parapluie rose et tapota une brique du mur qui s'ouvrit aussitôt pour former une arcade donnant accès à une rue pavée et sinueuse.
Quand Drago passa de l'autre côté, il ne put constater avec surprise que le Chemin avait bien changé. Tout semblait plus morne, plus sinistre. Une version de l'Allée des Embrumes en plus grand. Peu de personnes longeaient les boutiques qui étaient placardées d'affiches ministérielles, et pressaient le pas, la tête baissée. Et surtout, un silence un peu pesant rappelait les événements passés.
Sur la façade d'un apothicaire, Drago frémit en reconnaissant le portrait de sa tante, Bellatrix Lestrange, le fixer de ses yeux sombres, et accéléra le pas. De nombreux vendeurs à la sauvette s'alignaient les uns à côté des autres et lançaient des regards suaves aux passants afin de les attirer. Drago s'approcha, l'air vivement intéressé par tant de camelote. Il trouvait que ces brigands osaient décidément tout et il eut un rire mauvais sous cap.
Un surtout, particulièrement repoussant dans son attitude et son apparence, agitait une fine médaille en argent sous le nez de Mrs Weasley, qui d'un geste protecteur ramena Ginny près d'elle.
- Vous en voulez une pour votre petite fille, madame ? lança-t-il à Mrs Weasley en lorgnant la jeune rouquine. Pour protéger son joli petit cou ?
- Si j'étais en service…, dit Mr Weasley, qui lança un regard courroucé au marchand d'amulettes.
- Je sais, chéri, mais ce n'est pas le moment d'arrêter qui que ce soit, nous sommes pressés, répliqua Mrs Weasley en consultant d'un air inquiet une des listes envoyées par Poudlard. Je crois que nous devrions commencer par Madame Guipure, Hermione veut de nouvelles robes de soirée et les robes d'école de Ron sont devenues trop courtes, on voit ses chevilles. Toi aussi, il t'en faut d'autres, Harry, tu as tellement grandi. Allez, venez, tous…
Drago pâlit : ce n'était pas vraiment ce qu'il avait prévu. Tous chez Madame Guipure ?
- Molly, c'est un peu idiot de se retrouver tous en même temps chez Madame Guipure, fit remarquer Mr Weasley. Ils n'ont qu'à y aller tous les trois avec Hagrid et pendant ce temps-là, nous irons chercher les livres chez Fleury et Bott, non ?
Jamais de sa vie, Drago n'aurait imaginé un jour avoir envie de sauter au cou d'un rouquin du nom de Weasley. Pourtant, c'était ce qui lui avait traversé la tête quand il vit Arthur Weasley prendre la parole et jouer en sa faveur.
- Je ne sais pas, dit Mrs Weasley, anxieuse, manifestement déchirée entre le désir d'en finir au plus vite avec les achats et le souhait de voir tout le monde rester groupé. Hagrid, pensez-vous que…
- Ne vous inquiétez pas, Molly, ils seront très bien avec moi, la rassura Hagrid, en agitant d'un geste désinvolte une main de la taille d'un couvercle de poubelle.
Bien que Drago partageât l'avis de Mrs Weasley à ce sujet, il ne dit rien, bien trop content que son plan fonctionnât exactement comme il l'avait prévu. Il se dirigea donc en compagnie d'Harry, Ron et Hagrid vers la boutique miteuse et minuscule de la tailleuse.
Drago remarqua que personne ne se déplaçait seul, tous les sorciers qu'ils croisaient étaient en petits groupes et il se demanda un moment comment semer les trois abrutis pour se libérer un moment avec sa mère et accessoirement avec Granger.
- On sera peut-être un peu serrés là-dedans, si j'y vais avec vous, dit Hagrid qui s'était arrêté devant la vitrine de Madame Guipure en se penchant pour jeter un coup d'œil à l'intérieur. Je monterai la garde dehors, d'accord ?
Drago pensa que finalement, Hagrid n'était pas si bête que ça, mais il se reprit : en faisant juste preuve d'un peu de bon sens, qui donc aurait envie de voir entrer un tel pachyderme dans son estancot ? Réprimant un petit sourire, il pénétra en dernier la boutique qui semblait vide. La brunette eut un mouvement d'anxiété : n'étaient-ils pas là ? Où se trouvaient-ils ? Pourtant le rendez-vous avait bien été confirmé à cet endroit…
La porte se referma avec un petit bruit sec et une voix traînante et familière s'éleva derrière une rangée de robes de soirée pailletées de vert et de bleu. Drago soupira légèrement de soulagement. Elles étaient à l'heure.
- … ne suis plus un enfant, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, mère. Je suis parfaitement capable de faire mes achats seul.
- Votre mère a tout à fait raison, mon petit, déclara Madame Guipure, personne ne doit plus se promener seul, qu'on soit un enfant ou pas n'a rien à voir avec ça…
- Faites attention où vous mettez cette épingle, s'il vous plaît !
Drago s'approcha, derrière Harry et Ron et put entendre plus distinctement les propos de son usurpatrice corporelle. Il se réjouit de voir qu'elle avait décidé de se plier à ses conseils et de jouer la comédie, elle aussi.
Un adolescent au visage pointu et aux cheveux d'un blond presque blanc apparut alors, vêtu d'une élégante robe de sorcier vert foncé sur laquelle brillaient des épingles, autour de l'ourlet et au bout des manches. Il s'avança vers le miroir et se regarda.
Hermione en avait assez de jouer la comédie depuis plus d'une demi-heure dans cette minuscule boutique et s'impatientait que Drago ne se montrât toujours pas. D'autant que Madame Guipure ne lui facilitait pas la tâche, nerveuse et distraite comme elle l'était. Elle entendit la cloche de la porte d'entrée résonner, mais n'y prêta que moyenne attention, étant donné le nombre de personnes qui avait déboulé dans la boutique depuis qu'ils y étaient entrés. Aussi, quelques instants passèrent avant qu'elle n'aperçût par-dessus son épaule le reflet du trio infernal dans le miroir. Hermione plissa aussitôt ses yeux gris clair et, enfin certaine qu'il s'agissait bien de Drago, elle refoula un soupir de soulagement, réprima une furieuse envie de se jeter aux cous d'Harry et de Ron, et ouvrit la bouche, de façon désobligeante en faisant signe à Narcissa.
- Si vous vous demandez quelle est cette odeur, mère, je vous signale qu'une Sang-de-Bourbe vient d'entrer ici, dit-elle dans le corps de Drago Malefoy.
C'était le signal. Drago eut une expression outrée, la bouche ouverte. Qu'est-ce que c'était que cette provocation gratuite ? S'insultait-elle elle-même ? En l'occurrence, l'insultait-elle, lui ? Et comment allait-elle remédier à cette situation qui allait déraper, c'était certain ? Elle allait tout gâcher !
- Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de tenir ce genre de propos ! protesta Madame Guipure en sortant de derrière la rangée de vêtements, un mètre ruban et une baguette magique à la main.
Hermione souriait d'un petit sourire en coin qu'elle avait si bien appris à reproduire et hocha la tête d'un air entendu à travers le miroir en direction de son propre corps. Drago fulminait : il savait comment ça allait se finir et il la maudit : comment allait-il faire pour se retrouver un moment seul avec elles, maintenant ? A l'évidence, elle n'y avait pas pensé ! Ses craintes se confirmèrent quand Harry et Ron pointèrent leurs propres baguettes sur le grand blond.
- Et je ne veux pas non plus qu'on se batte dans ma boutique ! se hâta d'ajouter Madame Guipure.
Drago réfléchit à la vitesse d'un vif d'or. Il se tenait légèrement en retrait, trop abasourdi pour tenter quoi que ce soit. S'ils se battaient ici, il était certain que Granger n'aurait aucune chance. S'il devait se battre lui-même contre Granger, jamais ils ne pourraient se parler. Non, il fallait calmer les ardeurs des deux garçons. Ensuite, trouver un moyen de discuter avec elle, mais ça viendrait après. Elle avait gâché la seule occasion qu'ils avaient de pouvoir communiquer ensemble. Il lui en voulait à mort.
- Arrêtez, franchement, ça n'en vaut pas la peine…, murmura-t-il à contrecœur, en la foudroyant du regard.
- Ouais, comme si vous alliez oser vous servir de vos baguettes en dehors de l'école, ricana Hermione.
Drago était atterré. Et voilà qu'elle en rajoutait ! Mais qu'est-ce que Narcissa avait bien pu faire à cette fille ? Il avait été pourtant convenu qu'ils devaient se rencontrer, mais ça signifiait faire profil bas pour se débarrasser des deux gêneurs, pas les provoquer de la sorte ! Il était évident qu'ils ne s'en iraient pas de cette façon !
- Qui est-ce qui t'a collé un œil au beurre noir, Granger, que je lui envoie des fleurs ?
Indigné, Drago ouvrit la bouche pour répliquer : il avait complètement oublié cette histoire de coup de poings et voir Granger lui rappeler ce fâcheux épisode le fit fulminer. Il était vrai qu'une plaisanterie de la sorte était particulièrement bien trouvée et qu'elle jouait son personnage à la perfection, mais il s'agissait quand même de lui, accessoirement, dont elle se moquait ! Et elle le ridiculisait. Pire. Elle jouait. Il ne savait pas pourquoi elle faisait ça, mais elle le faisait exprès. Et il trouvait ça insupportable parce qu'il n'en connaissait pas les raisons. Il allait rétorquer quelque chose de cinglant, mais il fut coupé dans son élan par Madame Guipure.
- Ça suffit ! s'exclama Madame Guipure, qui regardait par-dessus son épaule en quête d'un soutien. Madame, s'il vous plaît…
Narcissa Malefoy trouva que le moment d'intervenir était venu, et elle apparut à son tour, ses yeux bleus fusillant du regard les deux Gryffondor. Elle avait suivi la scène un peu cachée dans les rayons de robes de soirée pour apercevoir son fils, dans le corps de cette jeune fille brune. Elle avait été soulagée en le voyant semblait-il en bonne santé et en forme. Elle avait jeté un regard entendu à l'adolescent blond qui était toujours sur son piédestal enturbanné d'une robe de sorcier trop grande pour lui, qui se tut et eut un sourire satisfait sur ses lèvres fines.
- Rangez ça, lança Narcissa d'un ton glacial à Harry et à Ron. Si vous recommencez à attaquer mon fils, vous pouvez être sûrs que ce sera la dernière chose que vous aurez jamais faite dans votre vie.
Pendant qu'Harry Potter s'avançait et continuait de la provoquer allègrement, Drago et Hermione se fixaient. Ron et Madame Guipure étaient trop concentrés sur le tournoi de joutes verbales qui venait d'avoir lieu, et ignoraient royalement tout ce qui se passait autour d'eux. Hermione, lentement, leva son doigt en direction de la rue et avec ses mains traça un rectangle. Muette, elle essaya de former sur ses lèvres des mots que Drago ne comprit pas, trop occupé à bouillir de rage d'avoir vu la situation lui échapper.
Puis, Drago comprit soudain. Il était évident qu'ils n'auraient jamais pu avoir de conversation intime tous les trois sur le Chemin de Traverse. Il avait été trop naïf de penser quelque chose comme ça. Surtout en compagnie de Potter et Weasley. Sans compter le garde-chasse qui les attendait dehors. Alors c'était ça ? Faire chauffer la tension entre eux pour qu'ils puissent discuter à demi-mots, tandis que Narcissa accaparait l'attention ? Mais que voulait-elle lui dire ? Il réfléchit, mais ne trouva aucune réponse. Il secoua la tête en signe d'incompréhension et elle fulmina, en soupirant de frustration. Leur attention se reporta alors sur la conversation animée entre Harry et Mrs Malefoy et Hermione vit Drago prendre une couleur tomate en entendant Harry insulter sa mère.
- Peut-être qu'à Azkaban, ils vous trouveront une cellule double à partager avec votre mari vaincu !
Hermione, voyant que Drago s'apprêtait à faire quelque chose qui pourrait les compromettre, s'élança alors vers Harry, d'un air furieux. Mais voulant se précipiter, elle se prit les pieds dans sa robe trop longue et trébucha. Ron éclata d'un rire sonore et elle le fusilla du regard.
- Ne t'avise pas de parler à ma mère comme ça, Potter ! gronda-t-elle.
- Ça n'a pas d'importance, Drago, dit Narcissa qui le retenait en posant ses doigts pâles et fins sur son épaule. Je pense que Potter ira rejoindre le cher Sirius avant que je ne retrouve Lucius.
Harry leva sa baguette un peu plus haut. Drago sentit que la tension était à son comble et consentit à calmer les nerfs de tout le monde, les siens en particulier. Peu importe que Potter soit un abruti fini, il ne pouvait le laisser risquer de blesser sa famille, alors que lui-même ne pourrait rien faire pour les aider.
- Harry, non ! gémit-il en imitant Hermione.
Devant les yeux surpris de Narcissa et ébahis d'Hermione, il l'attrapa par le poignet, non sans une moue de dégoût, en essayant de lui faire baisser le bras.
- Il ne faut pas… Tu aurais trop d'ennuis…
Chaque mot lui écorchait la bouche et il crut vomir, face à tant de honte et de ridicule. Mais à priori, sa prestation était concluante : Harry abaissa sa baguette. Le silence se fit profond et tendu. Madame Guipure se pencha vers le grand blond qui regardait toujours Harry, essayant de conserver un air furieux. Drago, en retrait, fixait sa mère qui lui renvoyait un regard profond. Puis, Narcissa se tourna vers Hermione et hocha la tête. Celle-ci jeta un regard à Drago qui ne comprit pas, et eut un sourire en coin. L'entretien semblait terminé.
- Je crois qu'on pourrait encore raccourcir un peu la manche gauche, ne bougez pas, mon petit, je vais…
- Aïe ! s'écria Hermione en lui écartant la main d'une tape. Faites attention où vous mettez vos aiguilles, femme ! Mère… je crois que je ne veux pas de cette robe, finalement…
Elle l'enleva en la passant par-dessus sa tête et la jeta, par terre, aux pieds de Madame Guipure.
- Tu as raison, Drago, approuva Narcissa qui lança à la brunette un regard devenu méprisant. Maintenant que je vois quel genre de racaille vient se fournir ici… On trouvera mieux chez Tissard et Brodette.
La mère et le fils sortirent alors de la boutique, et Hermione bouscula brutalement Ron au passage, non sans un certain pincement au cœur. Les regards qu'il lui avait lancés tout au long de l'entrevue l'avaient profondément blessée : bien sûr qu'elle était dans le corps de Malefoy et que Ron ne voyait que le Serpentard prétentieux et arrogant, mais elle avait un goût étrange dans la bouche. Un sentiment d'amertume devant ce regard : le même que celui qu'il avait eu lorsqu'il l'avait critiquée en première année, parce qu'elle l'avait reprise sur le sortilège du professeur Flitwick. Inconsciemment, elle l'avait bousculé de la même façon que cette fois-ci.
- Non mais vraiment ! s'indigna Madame Guipure, tandis que Drago, désemparé, se demandait comment il pourrait désormais les rejoindre.
Après une rapide visite chez l'apothicaire, Drago suivit le reste de la troupe vers le magasin des jumeaux Weasley, Farces pour sorciers facétieux, dont il trouva la devanture absolument incroyable de par ses artifices et son kitsch à toute épreuve. Il détourna le regard d'un objet pimpant derrière la vitrine de gauche en entendant le rire sonore d'Harry et de Ron qui s'esclaffaient devant une affiche parodiant les mises en garde du ministère, et qui faisait la publicité d'un produit dont seuls Fred et George avaient eu l'idée fantasque de le concevoir réellement. Il trouva cependant l'humour excellent et réprima un sourire devant l'expression horrifiée de Mrs Weasley.
En passant la porte derrière Harry et Ron, Drago esquissa une moue de mécontentement. La boutique était noire de monde et la plupart des clients, des enfants et adolescents, le bousculait sans ménagement. D'innombrables cartons et boîtes de toutes tailles s'entassaient et les étagères regorgeaient de produits loufoques que Drago n'avait jamais vus. Bien sûr, il était au courant de leurs nombreuses expériences et produits destinés à faire rire et à tromper, mais il n'avait jamais imaginé l'ampleur du phénomène, même quand il avait eu cette discussion si utile avec Fred quelques jours auparavant. Un peu plus impressionné qu'il aurait voulu le montrer, il se glissa jusqu'à un présentoir sur lequel une boîte trônait, ornée d'un jeune homme séduisant qui se laissait admirer avec volupté par une demoiselle en détresse sur le pont d'un navire pirate. L'étiquette était aussi mièvre que le contenu semblait intéressant.
- « Rêve Éveillé, sortilège breveté…», lut Drago. « Une simple incantation et vous entrerez dans un rêve éveillé de trente minutes, hautement réaliste et d'une exceptionnelle qualité, facile à utiliser dans un cours de durée moyenne et pratiquement indétectable (les effets secondaires peuvent entraîner un regard vide et une tendance à baver). Interdit à la vente aux moins de seize ans. »
Il eut un petit sourire en coin, il trouvait l'idée excellente.
- Tu sais, fit-il remarquer en levant les yeux vers Harry, qui était le plus proche de lui pour entendre ses propos, c'est vraiment extraordinaire, comme magie !
- Pour avoir dit ça, lança une voix derrière eux, tu as droit à une boîte gratuite.
Fred s'était approché, la mine réjouie, vêtu d'une robe de sorcier magenta qui jurait magnifiquement avec ses cheveux d'un roux flamboyant. Drago lui lança un sourire enchanté. Il commençait réellement à apprécier les jumeaux Weasley – pour autant qu'ils restassent des Weasley. Pendant qu'il saluait Harry Potter, Fred se tourna vers la brunette et fronça les sourcils.
- Qu'est-ce que tu as à l'œil, Hermione ?
Drago oublia instantanément sa fraîche sympathie pour lui en repensant que c'était de sa faute s'il ressemblait à un panda depuis deux semaines.
- Ton télescope m'a donné un coup de poing, répondit-il simplement d'un air piteux.
- Oh, mince, je les avais oubliés, ceux-là, dit Fred. Tiens…
Il sortit un flacon de sa poche et le lui tendit. Drago dévissa précautionneusement le bouchon et découvrit à l'intérieur une épaisse pâte jaune. Il fit une moue suspicieuse, et releva le regard vers le jumeau.
- Tu en mets juste un peu et tu n'auras plus rien dans une heure, assura Fred. On a été obligés de trouver un bon effaceur de bleus, vu qu'on teste la plupart de nos produits nous-mêmes.
Mais cela ne le rassura pas pour autant. La pâte jaune n'était en rien avenante et connaissant les jumeaux, il se demanda si ce n'était pas une autre de leurs farces. Mais enfin, il n'allait pas non plus rester ainsi jusqu'à Poudlard !
- C'est sans danger, hein ? demanda-t-il, inquiet.
- Bien sûr que oui, répliqua Fred d'un ton rassurant. Viens, Harry, je vais te faire visiter.
Drago poussa un soupir en laissant Harry entraîné par Fred dans l'arrière-boutique. Son attention se reporta vers la petite fiole et il entreprit de soigner son œil au beurre noir. Après tout, il n'en était plus à un autre bleu près. Soudain, la poche de son pantalon chauffa étrangement et il eut un sursaut. Glissant la main dans sa poche, il en ressortit le gallion magique dont émanait une chaleur tiède. L'heure inscrite avait changé depuis et indiquait un autre horaire. En consultant l'heure sur un petit cadran au mur, il s'aperçut que Granger lui donnait rendez-vous dans moins de dix minutes. Mais où ?
Drago releva les yeux et chercha rapidement du regard un potentiel lieu de rendez-vous qui lui permettait de la rejoindre en si peu de temps. Mais il n'en trouva pas aucun. Il était coincé dans un magasin de farces et attrapes, avec une colonie de Weasley, un balafré et un géant. Hermione Granger allait-elle arriver ici ? Tout à ses pensées, une boîte dans les mains, il n'avait pas vu Ginny le rejoindre pour s'intéresser au « Rêve Eveillé ». Finalement, ce fut Fred qui le tira de ses rêveries, en revenant vers elles, un sourire enjoliveur sur les lèvres.
- Dites-moi, les filles, est-ce que vous avez vu notre gamme Charme de Sorcière ? demanda-t-il. Suivez-moi, mesdemoiselles…
Près de la vitrine, un groupe de filles gloussaient devant des produits d'un rose criard qui semblaient être aussi dangereux que leur couleur. A l'évidence, Ginny pensait la même chose et ils restèrent en retrait, réticents.
- Et voilà, s'exclama Fred avec fierté. Le meilleur choix de philtres d'amour que vous puissiez trouver.
Alors que Ginny commençait à s'intéresser aux petits flacons et que Fred et George se transformaient en mère Maquerelle pour la sermonner sur sa vie amoureuse dont Drago connaissait – à son grand damne – tous les détails, ce dernier retournait à ses pensées : le gallion était redevenu froid et il ne voyait pas comment il pourrait se retrouver dans un endroit dont il n'avait ni le nom, ni l'emplacement, seulement l'horaire. Harry Potter était réapparu, tenant dans les mains deux autres boîtes qui s'intitulaient « leurres explosifs » et Ron avait rejoint le groupe, les bras chargés de marchandise.
Pour détourner l'attention de son frère qui commençait à l'exaspérer, Ginny avait soudain trouvé un intérêt fascinant pour des petites boules de poil au fond d'une cage et suppliait Mrs Weasley qui venait se mêler à la conversation de lui en acheter un. Soucieux, Drago jeta un coup d'œil à travers la vitrine. C'est alors qu'il la vit : la silhouette d'un grand blond qui passait devant la vitrine et s'était arrêté un bref instant pour fixer la vitrine. Leurs regards se croisèrent et il reprit rapidement sa route.
Narcissa était sortie la première et marcha quelques instants dans la rue quasi-déserte, laissant Hermione la rejoindre, afin qu'Hagrid qui était devant la porte de Madame Guipure ne soupçonnât rien du tout. Hermione avait fait son possible pour ne pas saluer le garde-chasse, bien qu'elle en mourût d'envie. Elles marchèrent quelques instants, puis firent le tour par un autre magasin et remontèrent la rue en se cachant sous un porche, espionnant les allées et venues des trois adolescents.
- Ce Potter…, siffla Mrs Malefoy en gardant un air digne, malgré ses yeux qui brillaient de haine.
Hermione fit profil bas : elle n'avait pas pensé que l'entretien se fût déroulé de cette façon, mais au moins elles l'avaient vu. Elle avait voulu lui souffler qu'elle comptait aller acheter l'Armoire, mais il n'avait rien compris. Comment lui faire signe, désormais ? Elle avait perdu le contrôle de la situation. C'était vrai, elle avait pensé qu'ils auraient réagi différemment, soit en se battant réellement, soit en l'ignorant totalement. Elle n'aurait jamais pu penser qu'Harry mettrait le feu aux poudres avec Mrs Malefoy en l'attaquant directement sur son époux ou sur Voldemort. Par Merlin, il avait franchement perdu la tête !
Hermione secoua la tête. Il ne fallait pas perdre espoir. La deuxième partie du plan consistait à acheter l'Armoire et cette fois, elle verrait pour y aller avec Drago.
Comment faire ?
La porte de Madame Guipure émit un petit tintement et les trois Gryffondor repartirent avec Hagrid quelques temps après.
Les deux blonds les suivirent du regard et se mirent à les filer pour trouver une occasion d'alpaguer Drago. Hermione réfléchissait distraitement. Ils se dirigeaient à présent vers un magasin qui dénotait dans la rue, tant par ses couleurs que par ses accroches : le magasin de Fred et George, évidemment ! Hermione vit Drago l'air vivement intéressé par ce qui se trouvait en vitrines, et Harry et Ron s'esclaffer bruyamment en lisant une affiche. Dépassée qu'un tel fond de commerce eût autant de succès, elle glissa la main dans sa poche, négligemment, l'air boudeur. Ses doigts frôlèrent une pièce ronde et froide et une idée lui traversa l'esprit : elle allait utiliser le gallion ! Si jamais il n'était pas si stupide, il irait vers la fenêtre pour apercevoir si elle était là et quand il serait suffisamment près de la vitre…
Hermione se retourna vers Narcissa et eut un petit sourire de convenance.
- C'est le moment.
- Tout ira bien ? demanda Narcissa, légèrement angoissée.
Hermione hocha la tête, se voulant sûre d'elle. Instinctivement, elle effleura son bras gauche et respira profondément. Elles avaient longuement parlé de son « escapade », afin de la rendre la plus crédible possible et avaient extrapolé tout un stratagème. Elle irait dans l'Allée des Embrumes, puis rejoindrait Narcissa au Chaudron Baveur. Mrs Malefoy s'enveloppa dans sa cape noire et sans un mot, glissa dans la rue, en direction du bar. Hermione resta sous le porche, en aval du magasin et attendit patiemment.
Elle l'espionnait depuis vingt bonnes minutes, et avait envoyé le signal par le gallion depuis une dizaine seulement. Attendant le moment propice pour sortir de sa cachette, elle fit semblant de remonter le Chemin de Traverse pour passer innocemment devant la boutique des Weasley. Elle avait pris soin, auparavant de s'assurer qu'il était assez proche de la vitrine pour qu'il l'aperçût, puis, une fois sûre qu'il l'avait bien vue, elle se volatilisa dans une ruelle.
Un peu déboussolé, Drago jeta un regard autour de lui, s'apprêtant à fausser compagnie aux autres.
- Je me demande où est sa mère, dit Harry, les sourcils froncés.
Drago se stoppa dans son élan : il n'était pas le seul à l'avoir vue. Granger n'avait pas été si discrète que ça, pour que même Potter l'ait remarquée.
- Apparemment, il lui a faussé compagnie, constata Ron.
La brunette réprima un soupir exaspéré. Alors oui, Granger était vraiment la pire des incompétentes qu'il connaissait. Elle était si peu discrète que même le roi Ouistiti l'avait vue. Autant considéré que la mission dont elle avait la charge ne pourrait jamais se dérouler correctement. Il fulmina, sifflant entre ses dents.
- Mais pourquoi ? s'interrogea-t-il en murmurant.
Oui, pourquoi fallut-il que Potter et Weasley aimassent fouiner ? Et pourquoi, par tous les sorts, pourquoi fallut-il qu'il fasse équipe avec une fille aussi maladroite et repérable que Granger ? Il n'était plus question d'aller voir ce que trafiquait Granger, maintenant. Certainement pas avec eux. Bravo Granger ! Alors comme discrétion, ya pas mieux, un Troll des Montagnes est plus discret !, pensait-il en ruminant, furieux. Comment allait-il faire maintenant ?
- Venez vite là-dessous, chuchota Harry en sortant la cape d'invisibilité de son sac.
Drago se figea : qu'est-ce que c'était que ça, encore ? Et qu'est-ce qu'il entendait par « venez là-dessous » ? Et où comptait-il aller ? Il décida de ne rien montrer de son ignorance et opta pour un autre jeu de scène.
- Oh… tu crois, Harry ? dit-il, en lançant un regard incertain vers Mrs Weasley.
Il jeta un regard suspicieux à cette cape et réprima un hoquet de surprise quand Harry Potter disparut de son champ de vision, enveloppé dedans. Il vit parfaitement ce qu'ils comptaient faire et ça ne l'enchantait pas du tout. Filer Granger, pourquoi pas. Mais filer Granger avec Potter et Weasley, c'était une autre histoire. Et s'ils venaient à découvrir ce qu'ils mijotaient ? Cependant, Ron disparut à son tour sous la cape.
- Allez, viens ! dit-il en l'incitant.
Il hésita un instant, puis les rejoignit sous le tissu. L'idée de suivre Granger ne l'enchantait pas, mais si jamais il n'y allait pas, il ne saurait jamais comment la suite des événements se déroulerait et ça, il ne pouvait s'y résoudre. Parce que, si jamais ça tournait mal, il se devait d'intervenir.
Ils se faufilèrent par la porte, mais ils n'avaient plus aucune trace du grand blond. Drago fut un peu soulagé et ouvrit la bouche pour demander s'il ne serait pas plus sage de rebrousser chemin et de retourner voir de plus près ces boursouflets qui semblaient tout à coup vraiment trop craquants.
- Il allait dans cette direction, murmura Harry à voix très basse pour que Hagrid, qui chantonnait à côté d'eux, ne puisse l'entendre. Venez.
Drago ne put s'empêcher de les haïr une nouvelle fois : pourquoi diable aimaient-ils autant fouiner dans les affaires des autres ?
Pendant qu'ils marchaient, il comprit également à quel point ils l'avaient berné, durant toutes ces années à Poudlard. Une cape d'invisibilité ! Mais où avait-il trouvé ça ? Il se garda de poser la question : les deux meilleurs amis de Potter devaient le savoir depuis des années.
Ils s'éloignèrent rapidement, regardant à droite et à gauche, à travers les vitrines et les portes des boutiques. La boutique de Madame Guipure apparut à l'angle et tout fut clair dans l'esprit de Drago. Ce que Granger avait mimé avec ses mains, la direction qu'elle avait indiquée, tout : elle allait à l'Allée des Embrumes pour l'Armoire et voulait qu'il y allât avec elle. Et maintenant, il se retrouvait avec deux boulets aux pieds, sans moyen de la prévenir. Il confirma ses hypothèses quand il la vit tourner à l'angle d'une rue et disparaître, non sans avoir jeté un coup d'œil circulaire. Comprenant qu'il fallait à présent rentrer dans le jeu des deux Gryffondor, Drago pointa l'index devant eux.
- C'est lui, là-bas, qui tourne à gauche, non ? chuchota-t-il, à contrecœur.
- Pas étonnant, dit Ron.
- Vite ou on va le perdre, dit Harry en accélérant le pas.
- On va voir nos pieds ! protesta Drago.
- Ça ne fait rien, répliqua Harry avec impatience. Dépêchons-nous !
L'Allée des Embrumes s'ouvrit à eux, déserte. Drago refoula une réplique cinglante devant l'air insolent du Survivant qu'il ne détesta jamais autant qu'à ce moment-là. L'impatience avec laquelle il voulait découvrir ce que fabriquait Granger et l'énervement qu'il montrait de la voir filer entre ses doigts le mettaient hors de lui. Comment Granger pouvait trouver quoi que ce soit d'intéressant à ce type qui se moquait vraiment des mesures de sécurité mises en place pour lui-même et bravait les interdits en se mettant en danger avec une nonchalance déconcertante ?
Sans s'en rendre compte, il lui pinça le bras avec un air satisfait.
- Aïe !
- Chut ! Regarde ! Il est là ! dit Drago dans un souffle à l'oreille d'Harry, pour détourner son attention et refouler un sourire naissant.
A force de dériver sans savoir, ils étaient à présent devant le seuil de Barjow et Beurk. Drago savait parfaitement où Granger allait, et il aurait été juste inutile de faire semblant de ne pas avoir vu le grand blond qui se tenait de dos face au vendeur voûté dont le respect transpirait l'hypocrisie. Drago n'avait jamais apprécié cette boutique, ni le propriétaire, et eut un regard anxieux et peu convaincu envers l'adolescent blond qui parlait avec animation en faisant de grands mouvements avec ses mains. Arriverait-il à convaincre Barjow ?
Hermione poussa la porte de Barjow et Beurk, convaincue que Drago Malefoy la suivait. Ce dont elle n'était absolument pas au courant, c'était d'être prise en filature par trois espions au lieu d'un.
La clochette indiquant sa présence fit un son crissant et peu engageant. Mais elle ne perdit pas de son assurance pour autant. La première étape de son plan prenait place. Mr Barjow, petit homme aux épaules voûtées et aux cheveux huileux la salua respectueusement, mais ses yeux la toisèrent avec une pointe de crainte et de ressentiment.
- Monsieur Malefoy… Quel plaisir, vraiment, commença Mr Barjow, le regard baissé humblement en signe de consentement.
- Mr Barjow, salua froidement Hermione. J'ai besoin de vos conseils. Je souhaite acquérir votre Armoire à Disparaître.
- Mais certainement, Monsieur Malefoy, dit le vendeur, en se passant une main sur son front en sueur. Mais savez-vous seulement le prix de…
- Ce n'est pas une question de prix, le coupa Hermione, se voulant le plus imposant possible.
- Veuillez m'excuser, s'inclina Barjow en esquissant une courbette comique.
- Mon problème, Mr Barjow, n'est pas si vil qu'un simple problème vénal, reprit Hermione, d'un ton glacial. Il se trouve que j'ai la même Armoire en ma possession. Mais elle ne fonctionne plus aussi bien qu'avant. Il lui est arrivé un léger accident. J'aurais aimé savoir si vous pouviez connaître la source du problème et si vous savez comment la réparer ?
- Si seulement on pouvait entendre ce qu'ils se racontent ! dit Drago, un peu frustré.
- On peut, assura Ron d'un ton surexcité. Attendez… Ah, zut…
Il laissa tomber deux des boîtes qu'il avait gardées dans les bras en essayant d'en ouvrir une plus grande.
- Regardez, des Oreilles à rallonge !
- Fantastique ! dit Drago tandis que Ron déroulait les longues ficelles couleur chair en les dirigeant vers l'entrée de la boutique : il ne savait absolument pas ce que c'était, mais il imagina que cela servirait à écouter la conversation des deux négociants. J'espère que la porte n'a pas subi un sort d'Impassibilité…
- Non ! s'exclama Ron d'une voix réjouie. Écoute !
Ils penchèrent la tête vers l'extrémité des ficelles grâce auxquelles la voix du grand blond leur parvint, claire et forte, comme s'ils avaient allumé une radio.
- … vous savez comment la réparer ?
- Peut-être, répondit Barjow sur un ton qui laissait deviner une certaine réticence à s'engager. Il faudra que je voie ça. Pourquoi ne l'apportez-vous pas au magasin ?
- Je ne peux pas, répondit Hermione, d'un ton abrupt. Elle doit rester là où elle est. Je veux simplement que vous m'expliquiez comment faire.
Drago vit Barjow se passer la langue sur les lèvres d'un air préoccupé : son cœur battit un peu plus vite. Il fallait que Granger le convainquît. Il le fallait.
- Si je ne la vois pas, je dois dire que ce sera très difficile, peut-être même impossible. Je ne peux rien vous garantir.
- Non ? répliqua Hermione, et elle y mit tout le mépris dont elle était capable. Dans ce cas, peut-être que ceci vous rendra plus sûr de vous.
Elle s'avança vers Barjow et souleva la manche gauche de sa robe de sorcier. Une marque noire, montrant un crâne vomissant un serpent, apparut à son bras sous les yeux du vendeur qui essaya de garder sa contenance, mais ne put que tenter de ne pas tomber au sol en respirant avec difficulté.
Cachée par l'armoire. Harry, Ron et Drago se déplacèrent légèrement sur le côté pour essayer de la garder dans leur champ de vision mais ils ne voyaient que Barjow qui semblait terrorisé.
- Si vous le dites à qui que ce soit, menaça Hermione, il y aura des représailles. Vous connaissez Fenrir Greyback ? C'est un ami de ma famille, il viendra vous rendre visite de temps en temps pour vérifier que vous consacrez à la question toute l'attention qu'elle mérite.
- Il est inutile de…
- J'en jugerai moi-même, coupa Hermione, sans appel. Bon, il faut que j'y aille, maintenant. Et n'oubliez pas de mettre celle-ci de côté, j'en aurai besoin.
- Vous voulez peut-être l'emporter maintenant ?
Hermione eut une expression exaspérée, en rabaissant sa manche.
- Certainement pas, petit homme stupide, de quoi aurais-je l'air si je portais ça dans la rue ? Ne la vendez pas, c'est tout.
- Bien sûr que non… monsieur.
Barjow la salua en se penchant aussi bas que le jour et Hermione eut un petit sourire en coin satisfait.
- Pas un mot à quiconque, Barjow, y compris à ma mère, d'accord ?
- Naturellement, naturellement, murmura Barjow en s'inclinant à nouveau.
Un instant plus tard, la clochette au-dessus de la porte tinta avec force tandis que le grand blond sortait de la boutique en paraissant très content de lui. Il passa si près d'Harry, Ron et Drago qu'ils sentirent la cape onduler à nouveau autour de leurs genoux. À l'intérieur du magasin, Barjow restait figé. Son sourire onctueux avait disparu, il semblait inquiet.
Alors que Drago entendait les pas de Granger s'éloigner, il restait le regard vide, soucieux de ce qu'il venait d'entendre et de voir. Qu'avait montré Granger à Barjow pour le terroriser de la sorte et le convaincre ? Il faudrait qu'elle lui racontât tout. Il s'apprêtait à se relever et à rebrousser chemin, quand il fut interrompu par Ron.
- De quoi parlaient-ils ? murmura Ron en ré-enroulant les Oreilles à rallonge.
Drago se figea : il n'aimait pas la façon dont tournaient les événements. Pourquoi ne s'en allaient-ils pas ? Pourquoi étaient-ils toujours aussi curieux ?
- Je l'ignore, dit Harry qui réfléchissait. Il veut qu'on lui répare quelque chose… Et il veut qu'on lui mette un objet de côté dans la boutique… Tu as vu ce qu'il montrait du doigt quand il a dit « celle-ci » ?
- Non, il était derrière l'armoire…
Drago poussa un soupir d'énervement : il fallait qu'il agisse. Il ne pouvait laisser Potter et Weasley continuer leurs hypothèses, ils risquaient de découvrir tout trop tôt et trop vite et tout gâcher. Il décida de prendre l'hippogriffe par les serres et de les devancer dans leur raisonnement.
- Restez ici, tous les deux, chuchota-t-il.
- Qu'est-ce que tu…
Mais il s'était déjà dégagé de la cape. Vérifiant sa coiffure dans le reflet de la vitrine, il entra dans la boutique d'un pas décidé, faisant à son tour tinter la clochette. Si c'était comme ça, il ferait tout pour détourner l'attention des deux crétins qui lui servaient de « meilleurs amis ». Navré, Granger, pensa Drago, mais ils ne me laissent pas le choix, je vais devoir te ridiculiser.
- Bonjour. Quel horrible temps, ce matin, n'est-ce pas ? dit-il d'un ton allègre à Barjow qui ne répondit pas et lui jeta un regard soupçonneux.
Chantonnant d'un air enjoué, il s'avança parmi le bric-à-brac d'objets exposés. Son esprit réfléchissait à toute allure : il ne fallait surtout pas qu'il s'approche de l'Armoire. Il savait que Potter et Weasley l'écoutaient, il devait les mener vers une fausse piste : tiens, ce collier, là, par exemple…
- Ce collier est-il à vendre ? demanda-t-il en s'arrêtant devant une vitrine.
- Oui, si vous disposez de mille cinq cents Gallions, répondit froidement Barjow.
- Oh… heu… non, je n'ai pas tout à fait assez, dit Drago qui fit encore quelques pas. Et cette… charmante petite… heu… tête ? (il eut une moue peu convaincue en désignant l'objet : il n'aurait su ce que c'était)
- Seize Gallions.
- Ah, elle est donc à vendre ? Vous ne l'avez pas mise de côté pour… pour quelqu'un ?
Barjow le regarda en plissant les paupières. Il y eut un silence et Drago soupira intérieurement : Barjow n'était pas si bête, il avait bien compris le manège. Il allait en rajouter une couche et se ferait mettre à la porte, ensuite il n'aurait plus qu'à jouer l'étonné face aux deux Gryffondor. Et il aurait sauvé la mise de Granger et préserver le secret.
- Voilà, en fait, le… heu… garçon qui vient de sortir de chez vous, Drago Malefoy, est un de mes amis et je voudrais lui acheter un cadeau pour son anniversaire, mais s'il a déjà fait mettre un objet de côté, je ne voudrais pas risquer de lui offrir la même chose, alors… heu…
C'était l'excuse la plus alambiquée qu'avait pu trouver Drago et il s'en félicita, presqu'autant que l'attitude de Barjow qui ne se fit pas attendre.
- Dehors, ordonna ce dernier sèchement. Sortez d'ici !
Drago ne se le fit pas répéter et se précipita vers la porte, Barjow sur ses talons, trop satisfait d'imaginer que Potter ou Weasley ne tireraient rien de cette escapade. Lorsque la clochette eut à nouveau retenti, Barjow claqua la porte et accrocha une pancarte qui indiquait : « Fermé ».
- Bah, dit Ron, en recouvrant Drago de la cape. Ça valait la peine d'essayer mais tu as peut-être été un peu trop directe…
Drago eut un regard méprisant à l'égard de Ron et siffla entre ses dents. Il n'appréciait pas le rouquin, c'était un fait, alors le fait de se faire critiquer par lui le mettait hors de lui.
- Eh bien, la prochaine fois, tu me montreras comment on doit s'y prendre, monsieur le maître du Mystère ! répliqua-t-il d'un ton abrupt.
Au moins, il avait réussi à sauver les meubles. De fort méchante humeur face au manque de discrétion de Granger et à la façon dont ils ont failli se faire compromettre, il passa ses nerfs sur Weasley et ils continuèrent de se disputer jusqu'à ce qu'ils revinssent dans le magasin des jumeaux. Une fois la cape d'invisibilité ôtée, et être passé sous les interrogatoires de Mr et Mrs Weasley qui s'étaient aperçus de leur absence, Drago se tint à l'écart de la foule et son regard fut attiré par une petite boîte dans le fond de la boutique. Il s'en approcha et put lire sur l'étiquette l'inscription « Poudre d'Obscurité Instantanée ».
- Ça t'intéresse, Hermione ? demanda une voix enjouée derrière lui.
Fred lui offrit un franc sourire, alors qu'il se retournait, la boîte dans les mains.
- C'est la poudre dont tu m'as parlée ? demanda la brunette, innocemment.
- Oui. On la fait venir du Pérou, expliqua Fred en hochant la tête. Très commode si tu veux disparaître rapidement.
Drago eut un sourire en coin. Décidément, les jumeaux Weasley l'épateraient toujours.
- Ça m'intéresse, en effet, dit-il, l'air songeur. C'est combien ?
- Deux gallions et dix mornilles. Mais on peut s'arranger.
Devant l'expression interrogative de la brunette, Fred eut un sourire carnassier. Il le regarda dans les yeux et lui chuchota quelque chose à l'oreille. Drago eut l'air surpris l'espace d'un instant : il balaya la salle d'un regard, et toisa à nouveau Fred. Un sourire en coin, il hocha lentement la tête.
Granger,
Dis-moi, Granger, qu'est-ce que tu ne comprends pas dans « on se retrouve au Chemin de Traverse pour discuter » ? Es-tu aveugle, dyslexique, abrutie ? Nous n'avons même pas échangé la moindre parole ! Alors, bravo ! Bravo pour cette non-rencontre au Chemin de Traverse !
Non mais je rêve, Granger ! Je suis outré, je suis absolument choqué ! Et au fait, tu comptais m'insulter encore longtemps chez Guipure ? C'aurait été tellement plus simple si on avait parlé calmement ! A cause de toi, on n'a pu discuter de la suite des événements.
Et je ne te félicite pas ! Un Ogre se serait mu avec plus de délicatesse et de discrétion pour aller chercher cette Armoire ! Comment expliques-tu le fait que, bien sûr, je t'ai vue dans la rue, mais que Potter et Weasley ne t'ont pas loupée non plus ? Tu sais pourtant que notre mission est importante ! Dois-je te le rappeler ? Dois-je te rappeler que c'est toi qui es censée nous tirer d'affaire ?
Sinon, du nouveau à propos de l'Armoire ? Que devons-nous faire ?
Et je ne sais pas ce que tu as proposé à Barjow pour le convaincre, mais j'en entends des belles auprès de Potter, depuis ! Des vertes et des pas mûres…
Bref, il ne reste que peu de jours avant de rentrer à Poudlard, à présent. Je souhaite vivement m'entretenir avec toi dans les plus brefs délais de comment, où et quand nous allons entrer en scène. Tu as bien dit que tu souhaitais faire « rentrer » des choses à Poudlard ? Des objets mortels ensorcelés… Il y en a des kilos chez Barjow et Beurk, la boutique en regorge. Et Mondingus peut aussi être utile. Après tout, c'est un sacré roublard. As-tu réussi le sortilège d'Imperium ?
Dans tous les cas, nous devons nous retrouver le plus rapidement possible.
Dépêche-toi de me répondre et je ne te salue pas,
D.M.
PS : Ah, et au fait, il faut absolument modifier les gallions pour avoir l'endroit où se donner rendez-vous. Je n'ai pas vraiment apprécié l'absence d'indications lors de ton dernier changement.
Merci de votre temps et de votre patience,
N'hésitez pas à me donner votre avis, je ne suis qu'un pauvre auteur qui aimerait savoir ce que pensent ses lecteurs: si vous aimez, si vous n'aimez pas, si vous trouvez telle ou telle chose trop capilotractée, ou simplement si vous avez envie d'une glace...
Je vous remercie et je vous dis au prochain chapitre!
Au plaisir,
Kumi
