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CHAPITRE VI
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7.
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. . . . . . Le jour s'était à peine levé, quand Midori se pointa à nouveau devant le grand portail de la pépinière qui était, bien entendu, encore fermé. Un vieux gardien, d'aspect anodin, lui ouvrit une petite porte de service et la conduisit jusqu'à deux gros hangars, par l'intermédiaire d'une longue allée pavée.
Les portes de ces derniers étaient gardées par quatre gaillards à l'aspect un peu plus militaire, vêtus de discrètes combinaisons de jardinage et de gilets sous lesquels on devinait des bosses lourdes de menaces.
Ces hommes (tout comme le gardien) avaient manifestement reçu des instructions à son sujet, car ils lui ouvrirent la porte de l'un des hangars, sans rien lui demander.
A l'intérieur, la sylvidre y trouva quatre gros camions semi-remorques, sur chacun desquels était fixé un gros conteneur. Autour d'eux il y avait une vingtaine de végiens (vêtus également de combinaisons de jardinage) parmi lesquels Midori reconnut le lieutenant Kolos qui observait d'un air très satisfait, deux de ses hommes, affairés sur un énorme empilement de sacs, à l'intérieur de l'un des conteneurs.
. . . . . . L'officier fit un peu poireauter la sylvidre, quelques minutes, avant de daigner enfin se tourner vers elle.
Midori, qui ne laissa transparaître aucune émotion, se contenta de lui demander si tout était prêt pour le Queen Eméraldas.
Kolos lui fit un geste affirmatif de la tête tout en lui exhibant les bordereaux de chargement, et autres paperasses indispensables. Il expliqua à la sylvidre, que dans chacun de ces quatre conteneurs, il y avait environ 30 tonnes de nitrate d'ammonium, ce qui en comptabilisant les trois autres, qui étaient chargés sur les camions de l'autre hangar, donnaient une bombe de 210 tonnes!
Il poursuivit, en précisant que le système de mise à feu allait être relié à un capteur, qui réagissait aux perturbations générées par le mode de navigation extra dimensionnelle. Dès que le Queen Eméraldas ferait un 'Warp', il déclencherait le mécanisme de la bombe.
. . . . . . Le végien venait à peine de finir ses explications, que l'un de ses hommes vint le prévenir que le commandant en chef voulait lui parler.
Sans piper mot, Kolos sortit du hangar, avec la sylvidre sur ses talons, et se dirigea vers les locaux administratifs.
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. . . . . . A peine quelques minutes plus tard, on les retrouvait tous les deux dans la salle de repos (celle avec le placard 'distributeur de café'), face à un téléviseur. Sur l'écran allumé, s'affichait la 'bobine' d'une vieille connaissance : le Général Minos !
Son visage portait encore les marques des dures épreuves qu'il avait endurées, plus de quatre ans auparavant. Le changement le plus visible, étant le port d'un petit "eyepatch" ovale en cuir noir, fixé à même l'oeil droit; ainsi que des cicatrices et des traces de brûlures sur le même côté du visage
Kolos posa un genou à terre en signe de respect et salua son chef.
. . . . . . D'une voix calme mais autoritaire, Minos demanda au Lieutenant si lui et ses hommes avaient tout bien préparé pour l'attaque du soir même!
Kolos acquiesça et confirma à son commandant en chef que tout le dispositif qui avait été mis en place dans la capitale d'Euphor, était prêt à entrer en action pour neutraliser tous les centres de commandement militaire et civil, moins d'une heure, avant l'arrivée des premiers Golgoths & croiseurs! Il entra ensuite dans les détails en expliquant que ses 'taupes' ainsi que celles des sylvidres étaient toutes bien à leur poste, prêtes à agir simultanément, au moment où la première fusée du feu d'artifice des Euphoriens partirait. Et il ajouta qu'il en était de même pour ses commandos.
. . . . . . Minos lui demanda alors, d'un ton particulièrement pressant si la présence du Prince d'Euphor et de sa soeur au banquet, était toujours confirmée dans la tranche horaire où aurait lieu l'attaque.
Quand le lieutenant lui répondit par l'affirmatif, l'aristocrate végien, ne put s'empêcher d'avoir un rictus de satisfaction.
Une fois le rapport achevé, le Général prit congé de son subordonné et le téléviseur s'éteignit.
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. . . . . . Kolos attrapa une paire de jumelles dans un tiroir et monta sur toit du bâtiment, avec Midori sur ses talons.
Une fois à l'air libre, il porta à ses yeux les jumelles, qu'il pointa en direction de l'astroport, durant de longues minutes!
. . . . . . Il les rabaissa et dit:
. . . . . . . — C'est parfait, le Queen Eméraldas est, comme il se doit, sur sa zone de chargement! Si tout ce passe comme prévu, dans moins de deux heures, il appareillera avec nos conteneurs d'engrais à son bord!
. . . . . . Il se tourna, le sourire aux lèvres, vers Midori.
. . . . . . . ... Tout est prêt, pour que notre amie Eméraldas aie la possibilité de s'envoyer en l'air avec votre nourriture...
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. . . . . . Pour sa part, Eméraldas, elle, s'efforçait pour l'heure, de se remettre de sa demi nuit blanche, avec l'aide d'une grande tasse de café bien fort dans l'un des bars de l'astrogare.
Elle avait passé une bonne partie de la nuit à essayer de localiser l'endroit d'où avait été envoyé le message intercepté, y compris en parcourant la ville avec sa Jaguar XKR (une superbe pièce de musée de la fin du XXèmes siècle, gagné dans un tournoi d'escrime)... mais en vain - et pour cause : Kolos faisait passer les messages destinés à ses agents, par l'intermédiaire d'un appareil relais, dissimulé sous terre.
. . . . . . Cet échec contrariait fort notre amie car, faute d'avoir pu décoder le texte du message qui accompagnait la vidéo, elle en était venue à soupçonner l'homme qu'elle traquait, d'en être l'auteur. Ce qui n'était pas dépourvu de logique : Le fugitif, de par les très hautes fonctions qu'il avait occupées dans le gouvernement collaborationniste Terrien (avec les "Illumidas") aurait très bien pu être en possession de son casier judiciaire.
. . . . . . Faute de pouvoir, pour le moment, localiser l"émetteur', elle décida d'essayer au moins, de coincer le 'destinataire' du message, au Palais Royal.
Cela ne serait hélas pas simple, car le cerveau électronique de son vaisseau, n'était pas parvenu à l'identifier de manière précise, à part son nom: Balsamo ! – et ce patronyme était des plus courants dans la capitale. De plus, le terminal sur lequel était arrivé ce message, était utilisé par une bonne quarantaine d'occupants du Palais, dont cinq Balsamo!
Ce qui laissait supposer qu'il s'agissait très probablement d'un simple employé, car, son ordinateur lui avait confirmé que le prince et sa soeur, ainsi que les principaux dignitaires, ministres et autre hauts fonctionnaires Royaux, disposaient tous de terminaux privés.
. . . . . . Sa décision était prise: elle irait à la cérémonie à laquel l'avait conviée le prince d'Euphor!
Et tant pis si les horaires de ces festivités étaient incompatibles avec le transport à destination de la planète Rubis, qu'elle aurait dû effectuer le jour même : elle décalerait ce vol de 24h, pour le reporter après les festivités, en invoquant un cas de force majeure.
Elle transférerait les passagers prévus pour cette destination, sur un autre vaisseau et paierait des indemnités de retard aux affréteurs des marchandises en soute (car aucun des autres vaisseaux présents, n'avaient la capacité d'emport de charge nécessaire, pour assurer l'intérim).
. . . . . . Elle paya son café et sans plus attendre, elle se dirigea vers les bureaux des services compétents.
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. . . . . . Un peu plus d'un heure et demi plus tard, nous retrouvons notre femme capitaine, la chevelure au vent, sur l'une des jetées de l'astroport.
Pour la première fois depuis son réveil, elle affichait un visage presque radieux : les formalités du report du voyage, avaient pu, toutes être réglées sans aucun problème avec les responsables concernés, qui lui avaient spontanément apporté leur aide (et pour cause : beaucoup avaient un secret béguin pour notre belle pirate).
Elle prit donc le temps de s'accorder une pause, tout en se remémorant les détails du rêve merveilleux quelle avait fait.
. . . . . . Sur le parking de l'usine contiguë à l'astoport, les préparatifs de la cérémonie du baptême, battaient leur plein : l'estrade et la tribune officielle avaient déjà été dressées à côté du vaisseau cargo flambant neuf de forme circulaire, qui était pour l'heure, encore recouvert d'une multitude de grandes bâches en tissu de couleur blanche; et il en était de même pour une statue posée sur un piédestal, au pied de l'astronef.
. . . . . . Des ouvriers achevaient de monter des gradins en bois, destinés au public pendant que d'autres s'occupaient des décorations composées de guirlandes et de très inattendues lanternes japonaises en papier.
Ces dernières étaient littéralement accrochées partout, autour du lieu des festivités, y compris sur les branches des arbres et arbustes.
Comme ces végétaux étaient présents en très grand nombre sur l'ensemble du site, le spectacle promettait d'être particulièrement féerique, à la tombée de la nuit.
. . . . . . De l'autre côté de la piste circulaire de l'astroport, des manutentionnaires achevaient de charger les derniers conteneurs à bord du Queen Eméraldas.
